Imaginons un instant qu’un adolescent de sexe indéterminé insiste pour être reçu à l’Elysée ; des messages intergalactiques lui seraient parvenus, lui enjoignant de communiquer au président en exercice les moyens efficaces de résoudre la crise financière, les problèmes d’emploi, la violence des banlieues et le réchauffement climatique.
Parviendrait-il à son but ?
Certainement pas !
Il serait sans doute reconduit à sa famille avec mission pour celle-ci de la garder soigneusement au calme en vérifiant bien les substances qu’il roule dans ses pétards.
Réjouissons-nous ! C’est que la France est beaucoup moins malade qu’au XV° siècle.
En ce temps-là, une jeune campagnarde répondant à des « voix », est parvenue – non sans insistance, il est vrai- jusqu’au roi de France ; elle se nommait Jeanne, elle n’avait pas vingt ans, aucune expérience du métier des armes.
Pourtant, le 29 avril 1429, avec l’armée royale rassemblée autour de sa bannière déployée représentant le Christ environné de fleurs de lys, et précédée du clergé chantant le Veni Créator, elle escorte un convoi de vivres destiné a ravitailler Orléans .
A la barbe des « godons » qui assiègent la ville depuis octobre de l’année précédente, elle franchit les lignes de défense et s’en va prier à la cathédrale.
Le 8 mai, le siège est levé.
Christine de Pisan, réfugiée dans un couvent de Poissy pour fuir les massacres qui ensanglantent Paris qu’elle aimait tant et aussi pour n’avoir pas à choisir entre la France à laquelle elle est toujours restée fidèle et le duc de Bourgogne à qui elle doit sa notoriété, pourra juste avant sa mort écrire ses derniers vers à la gloire de celle qui rassemble ce qu’elle a toujours chanté : la valeur des femmes et la chevalerie :
Ditié de Jeanne d’Arc Moi, Christine, qui ai pleuréOnze ans en abbaye fermée,……Maintenant pour la première fois je me prends à rire. L’an mil quatre cent vingt et neufReprit à luire le soleil ….
…Toi, Jehanne, à bonne heure née,Béni soit qui te créa !Pucelle de Dieu envoyéeEn qui l’Esprit Saint rayonnaSa grande grâce ; et qui eus et asToute largesse en son haut don,Jamais quête ne refusas… ….Oh ! Comme alors cela bien parutQuand le siège était à Orléans,Où en premier lieu sa force apparut !Jamais miracle, ainsi que je penseNe fut plus clair ; car Dieu aux siensVint tellement en aide, que les ennemisNe se défendirent pas plus que chiens morts.Là furent pris ou à mort mis. Hé ! Quel honneur au fémininSexe ! Que Dieu l’aime il parait bien,Quand tout ce grand peuple misérable comme chienPar qui tout le royaume était désertéPar une femme est ressuscité et a recouvré ses forcesCe que hommes n’eussent pas fait,Et les traîtres ont été traités selon leur mérite,A peine auparavant l’auraient-ils cru. Une fillette de seize ans(N’est-ce pas chose hors nature ?)A qui armes ne sont pesant.Mais il semble que son éducationAit été faite à cela, tant elle y est forte et dure ;Et devant elle vont fuyantLes ennemis que nul n’y dureElle fait ce maints yeux voyant.
Et d’eux va France désencombrantEt recouvrant châteaux et villesJamais force ne fut si grandEt de nos gens preux et habilesElle est principal capitaine ;Telle force n’eut Hector ni AchilleMais tout ce fait Dieu, qui la mène.
Christine eût la grâce de mourir avant de connaître le sort funeste réservé à son héroïne, par celui contre qui elle-même eût à lutter : l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon.
1 commentaire
Fermer cette fenêtre Passer au formulaire de commentaireQuelle belle langue !
(j'la kiffe grâve) !!! :)
26 avril 2013 à 13:37