[Image]…. Je me souviens qu’à table, je
le regardais manger, pour m’assurer que cette belle humeur n’était pas
jouée, et je dus constater qu’il jouissait réellement de l’excellente chère que
nous avait fait préparer notre hôte, des plats nationaux, mais cuisinés avec un
art exquis : de la boutargue, et du caviar, pour commencer,
- un coulis de poisson ensuite comme potage, - puis du khébab, - comme
rôti, un coq de bruyère venu du golfe d’Arta, - des aubergines frites comme
légumes, - et, pour dessert, de cet étrange gâteau, sorte de feuilleté au miel
et à l’huile d’olives : le baklava, des figues sèches, garnies de
pistaches ; du fromage de chèvre, des mandarines d’un arôme délicieux et
des confitures de nèfles, achevaient ce menu, - le tout arrosé d’un château-yquem
et d’un margaux dignes de figurer à la table d’un prince.
-« Ce sont des caisses de
vin que j’avais dans ma cave depuis trente-cinq ans, « nous disait
modestement notre hôte, « on les y avait oubliées. Par hasard le
domestique les a découvertes l’autre jour, derrière les piles de bois, et c’est
heureux, car je n’ai de passable ici, comme vin grec, que du Mavro
Daphné ; vous le goûterez tout à l’heure… »
Quand arriva cette liqueur de
raisin, fièrement surnommée le vin du Laurier Noir, le geste par lequel
Malglaive souleva son verre à facettes pour aspirer l’arôme de cette goutte
d’ambre chaude et parfumée, me rappela tout à fait l’épicurisme gai qu’il
montrait dans nos petites fêtes de jeunes hommes, à dix-huit ans….
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