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Au temps où les turbulences des Messieurs de Saint-Bonnet troublaient les quiètes habitudes des bonnes gens de Blévy et meublaient le vide de leurs conversations, il advint que le riche fermier de la Vieille-Boulaye maria sa servante avec son charretier.Ce fermier faisait les frais de la noce et, tenant lieu de père, avait mené la mariée à l’autel. La messe dite, le cortège s’en retournait au son des violons jusqu’à la ferme située à une demie lieue du bourg, quand il croisa la route de ces Messieurs.Un gentilhomme de leur suite, un nommé Montescarpe, avisant la mariée et la trouvant gentille, voulut comme il s’en croyait le droit s’assurer le premier de l’intégrité de la belle. Sautant de cheval, il s’empara de la servante qui criait et se débattait. Blême et tremblant de rage, le nouvel époux restait paralysé par la crainte que lui inspiraient les redoutables gentilshommes, quand l’aîné de ces Messieurs, voyant là une belle occasion de tapage, tira son épée et la tendit au charretier, lui disant :-« Tiens mon gars ! Défend ta mariée ! »Le garçon s’en saisit et, du même mouvement, la passa au travers du corps du ravisseur bien loin d’avoir imaginé un tel manquement au respect dû à son rang.Les violons et les voix s’étaient tus ; on n’entendait plus que quelques corbeaux se disputant une carcasse. Les deux époux, serrés l’un contre l’autre attendaient que le ciel leur tombe sur la tête.Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné ramassa l’épée sanglante abandonnée sur le sol, l’essuya dans l’herbe et la remettant au fourreau dit au fermier :-« Que cet incident ne trouble pas la fête ! Allez, les violons, musique ! Mangez, dansez, chahtez, braves gens ! Et toi, garçon, honore comme il se doit ton épouse. Pour ton rival, j’en fais mon affaire ! »Au son des violons, d’abord timide puis de plus en plus animé, le cortège s’ébranla dans la plaine en direction de la Vieille-Boulaye dorée par le soleil de midi. Le curé qui dans la sacristie, rangeait burettes et surplis entendit résonner sur les dalles de son église un grand arroi de talons de bottes et d’éperons. Bon gré, mal gré et craignant la contagion, il dut accepter de bénir et d’ensevelir en terre chrétienne la nouvelle victime de la fâcheuse épidémie qui empoisonnait l’air dans le sillage des Saint-Bonnet, causant dans leur entourage tant de « morts subites ».
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