[Image]"Il m'a fallu servir pendant tant d'années de fils de serf, de paillasson, de héros, de fonctionnaire, de bouffon, de vendu, d'âme, d'écureuil, à tant de légions de fous divers, que je pourrais peupler tout un asile rien qu'avec mes souvenirs. J'ai nourri d'idées, d'effort, d'enthousiasme, plus de crétins insatiables, de paranoïaques débiles, d'anthropoïdes compliqués, qu'il n'en fait pour amener n'importe quel singe moyen au suicide." Louis-Ferdinand CELINE (1894-1961), lettre au Canard Enchaîné, octobre1933.
3 commentaires
Fermer cette fenêtre Passer au formulaire de commentaireCELINE QUEL TALENT? ET QUELLE RAGEen meme temps bisous
17 octobre 2011 à 10:44
Quoiqu'on en dise... j'aime cette écriture.
Bisous.
17 octobre 2011 à 10:47
Pour poursuivre une réflexion sur Céline, un documentaire ce soir sur Arte à 22h30 :
Le procès Céline
Antoine de Meaux
(Fr., 2011, 52 min).
A la fin de sa vie, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) joue l'écrivain du siècle réduit à la clochardise. L'accusé incompris d'un injuste procès, la victime d'un malentendu, comme si ne comptait pour rien qu'il ait été l'auteur de pamphlets antisémites, d'écrits collaborationnistes.
Pour mettre en balance cette mise en scène de lui-même après-guerre avec son évolution à l'époque nazie, le réalisateur Antoine de Meaux a fait appel à une quinzaine de spécialistes et d'amoureux de l'œuvre de l'écrivain (François Gibault, Emile Brami, Yves Pagès, Pierre Assouline, Pascal Ory, etc.). Des essayistes, biographes ou historiens qui n'interviennent pas tant en juges, détracteurs de son ignominie ou défenseurs de son génie, qu'en exégètes passionnés par " le cas Céline ". D'où le côté quelque peu factice du titre de ce documentaire, de la mise en scène choisie - l'image récurrente d'une salle d'audience vide - et, surtout, du montage, avec des propos parfois trop hachés, notamment en fin de documentaire, comme s'il s'agissait d'arracher un verdict tranché aux spécialistes interrogés.
" L'ENJEU : SAUVER SON ŒUVRE "
Archives et lectures d'extraits d'œuvres n'en restent pas moins toujours intrigants s'agissant de Céline. Il n'est par exemple pas inutile de réentendre l'écrivain affirmer : " La vraie inspiratrice, c'est la mort. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n'avez rien. Il faut payer ! " A quoi Stéphane Zagdanski ajoute - en précisant que c'est à Céline que l'on doit le mot " blabla " - : " Ce qu'il comprend très vite, c'est que le XXe siècle est un siècle d'horreurs. Absolument pas parce que ce siècle invente le massacre, le crime ou la guerre, ce sont des choses vieilles comme le monde, mais parce qu'il invente "le blabla", c'est-à-dire la propagande. Il comprend que la mort va se déguiser derrière la propagande, toutes les formes de propagande. " On ne se lasse pas non plus de réécouter Céline s'exclamer : " C'est rare un style, monsieur ! Un style, il y en a un, deux, trois par génération. Et il y a des milliers d'écrivains ; ce sont des pauvres cafouilleux, des aptères ! Ils rampent dans les phrases, ils répètent ce que l'autre a dit... " Ce qui amène l'écrivain Yves Pagès à rappeler la stratégie de l'auteur, après-guerre, une fois revenu de son exil au Danemark : " L'enjeu, pour lui, c'est de sauver son oeuvre ; et dans les années 1950, il ne pouvait la sauver qu'en se faisant passer pour un misanthrope n'ayant jamais eu qu'un seul enjeu : le style. "
Questionné précisément sur l'accusé Céline, l'historien Pierre-André Taguieff note : " Il est responsable et coupable, mais ne reconnaît jamais la culpabilité. Au contraire, il procède à une inversion, puisqu'il se présente comme une victime. Au fond, le juif, c'est lui ! "
Martine Delahaye
© Le Monde
17 octobre 2011 à 12:24