L'amour est un formidable aiguillon de l'Esprit. Bise
9 juin 2013 à 23:11
De Ninon de Lenclos au Marquis de Villarceaux-
A Paris, ce 29 juillet 1650.
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Que vous avez raison, mon cher Villarceaux, de croire que mon coeur est aussi déraisonnable que le vôtre! Quand on aime autrement, on n'aime point; une âme tendre suit quelquefois la raison, mais de si mauvaise grâce que l'amour n'a rien à dire; toutes les imprudences qui ne le seront que pour moi, je les ferai toujours sans hésiter; quant à celles qui pourraient vous nuire, j'espère que je pourrai m'arrêter.Vous ne vous êtes pas trompé, cette nouvelle séparation me coûte bien plus que l'autre; c'est peut-être parce que je vous aime mille fois davantage.Quoique mon sentiment soit bien justifié par la raison, ce n'est pas elle qui l'a dirigé; sa marche est trop lente; il a pris naissance et s'est développé avant que j'aie eu le temps de le définir et de m'en rendre compte.Ah! je me suis bien trompée quand j'ai cru que votre absence n'était pas la seule cause de la langueur; je sens qu'elle est bien augmentée par la certitude de ce nouveau délai de quinze jours. Je ne pourrai me rétablir qu'à votre retour; votre vue peut tout pour moi, votre gaieté rappellera la mienne. Depuis longtemps le rire n'est plus sur mes lèvres, ou, s'il s'y peint, la joie est bien loin de mon coeur. On me demande ce que j'ai; peut-on le demander? Il n'est pas ici, il restera quinze jours de plus; qu'on ne m'en parle pas, c'est tout ce que je demande.
2 commentaires
Fermer cette fenêtre Passer au formulaire de commentaireJoli texte sur une attente amoureuse...
9 juin 2013 à 22:32
L'amour est un formidable aiguillon de l'Esprit.
Bise
9 juin 2013 à 23:11