Les Saint-Bonnet, fêtards et bons garçons, mais hâbleurs,
outrecuidants, tapageurs en un mot, ne comptaient pas que des amis dans leur
paroisse et celles des environs.
Or, il arriva, -c’était en 1662 dit la chronique-, Monsieur de
Saint-Bonnet l’aîné étant absent, que ses deux frères plus jeunes, messieurs de Pronsac et de la Hillière, étaient
réunis chez leur ami, le chevalier de la Noë. On les avertit qu’un parti
d’environ quarante gentilshommes étaient rassemblés à Fontaine les Ribouts, chez
le sieur Chateaudacier, dans la ferme intention d’en découdre avec ces
messieurs et de les envoyer rejoindre ceux, parfois de leur parentèle, qui, à
leur contact, avaient été frappés de « mort subite ».
Un des fils du chevalier de la Noë, Monsieur de Montreuil, s’était
rangé aux côtés des conjurés ; il se mit en embuscade à Blévy, près de la
maison des Saint Bonnet. Les autres prirent le chemin du manoir de la Noë, qui
était situé un peu avant le village, sur la route de Dreux
Monsieur de Pronsac comprit aussitôt que son adresse et sa vaillance ne
pourraient rien contre le nombre. Son
cheval et celui de son frère étaient des meilleurs de leur écurie qui était une
des meilleures de la région.
[Image]-« A cheval, mon frère, dit-il à la Hillière, c’est notre seule
chance ! »
Leur adresse et leur fougue les aidèrent à forcer le passage tenu par
Mr de Montreuil à l’entrée de Blévy.
Cependant le reste des
assaillants tenaient toutes les rues du village. Il ne leur restait qu’une
issue non gardée car pratiquement infranchissable : le gué du Moulin des
Graviers sur la Blaise et la côte presque à pic qui se trouvait derrière.
Pronsac passa le gué sans encombre, mais le cheval de La Hillière, affolé sans
doute par les coups de mousquet regimba et se démena tant que son cavalier
tomba à l’eau.
Les poursuivants, rejoints par ceux qui venaient de Fontaine ne lui
laissèrent aucune chance. L’infortuné, criblé de balles perdit la vie au milieu
du gué.
Pendant ce temps, Pronsac avait réussi l’exploit de faire gravir la
côte à son cheval, espérant de là gagner la plaine. Mais arrivé en haut, des
hommes l’attendaient ; il demanda quartier ; il lui fut refusé.
Alors, d’un habile coup d’éperon, il fit cabrer et pirouetter son cheval. Les
sabots menaçants lui ouvrirent un passage. Sous l’affolante pétarade des mousquets,
cheval et cavalier prirent la plaine au
grand galop en direction de Jaudrais et disparurent à l’horizon.
Aucun commentaire pour le moment.
Fermer cette fenêtre