Après le sanglant règlement de
comptes de 1669 et les
condamnations qui ont suivi, Blévy
connut encore en 1670 un hiver des plus rudes, puis si l’on excepte quelques
phénomènes météorologiques, des crues de
la Blaise fortes à emporter les ponts, une assez longue période de calme. Une
dizaine d’années toutefois, pas plus.
En 1681, les affaires reprennent : l’épouse de Philippe
Chesnay de Blévy accoucha d’une fille le
mardi 5 mai. La chose n’a rien d’exceptionnel me direz-vous. Certes, mais le
mercredi 20 mai, soit deux semaines plus tard , les douleurs tenaillèrent
de nouveau la jeune femme qui accoucha d’une garçon. On s’en étonna fort, on en
parla beaucoup car personne n’avait alors vu chose semblable et je crains fort
qu’on ne l’ait guère revu depuis.
Petit évènement bien sûr si on le compare à la geste des saint Bonnet
ou au massacre de l’église, mais petit fait précurseur de bien d’autres.
L’année suivante, on soupçonna un crime. Monsieur de la Lucazière
avait une sœur, Madame de Saint- Marclou, qui était venu chez lui en visite.
Elle se portait fort bien mais suivait de très près les modes. La mode à Paris
et à la cour en ce temps-là, était de se purger. Madame de Saint-Marclou
voulait vivre à la campagne comme à Paris envoya son domestique à Brezolles
chez Madame Boutroux l’apothicaire pour avoir du cristal et diverses autres
drogues afin de composer sa médecine.
Médecine qu’elle fabriqua et qu’elle prit. Et voilà qu’en un rien de
temps, la jeune femme en parfaite santé se trouva mourante. On envoya chercher
médecins et chirurgiens qui analysèrent la potion et y découvrirent du sublimé
qui est du chlorure de mercure, un poison particulièrement dangereux. On jeta
la drogue et le domestique retourna bien vite chez Madame Boutroux chercher de
quoi soulager sa maîtresse. Madame Boutroux consciencieuse lui remit les mêmes
ingrédients. Madame de Saint-Marclou se trouvait de plus en plus mal. Aucun des
divers soins et remèdes administrés par
les médecins accourus à son chevet ne sut lui procurer de soulagement. La
malheureuse femme ne manqua pas de trépasser le lendemain.
La mode était aussi des empoisonneues. Une mode qui venait de la Cour. Chance, on en
soupçonnait une dans les environs : Madame Boutroux fut arrêtée,
emprisonnée, accusée d’empoisonnement prémédité et il lui en coûta beaucoup
d’argent pour démontrer son innocence et sa sottise.
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