tag:blogger.com,1999:blog-9362002782403850822008-07-22T18:31:59.770+02:00Maître ChroniqueMaître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comBlogger63125tag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-6479635079724919122008-07-18T22:42:00.002+02:002008-07-18T22:52:34.195+02:00L'été en pente douce<div style="text-align: justify;">Il n'est même pas certain que je parvienne à me défaire d'une dépendance assez marquée à l'outil informatique au cours des prochaines semaines et que je reste, même en pointillés estivaux, connecté à cette blogosphère à laquelle j'imagine appartenir, de près ou de loin, depuis maintenant plus de trois ans et que je m'efforce d'inonder de mes phrases biscornues et interminables à chaque fois que l'occasion m'en est donnée, selon un rythme que je tente de conserver hebdomadaire même si, comme c'est le cas en ce moment, un vrai relâchement se fait jour dans mes écrits au moment où je m'apprête à quitter une Lorraine dont la grisaille n'a jamais été aussi persistante pour rallier d'autres points de notre hexagone national, d'abord en direction des Alpes où une bonne cure mêlée de marche et de musique classique m'attend avant qu'une traversée d'est en ouest de plus de neuf cents kilomètres ne me donne l'occasion de retrouver une lumière charentaise dont j'avais apprécié les bienfaits l'an passé, à la Toussaint, accumulant ainsi une dose vitale d'énergie dont la nécessité ne tardera pas à se faire sentir à l'approche de ce cruel mois de septembre, symbole de reprise et de travail, un horizon encore lointain qui pointera bien trop tôt ses vilains crocs, ceux qui vous menacent de travailler plus pour gagner pareil, démentant ainsi les fanfaronnades d'un monsieur dont la présence insistante finira par me rendre honteux d'être français.<br />Bonnes vacances à ceux qui ont la chance d'en prendre et rendez-vous à très bientôt, voire avant...<br /></div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-29096215408472889772008-07-01T23:19:00.008+02:002008-07-02T09:47:25.197+02:00Touche pas à ma gonarthrose !<div style="text-align: justify;">Ici commence peut-être vraiment, après une récente mise en bouche intitulée <a href="http://maitrechronique.blogspot.com/2008/06/la-fte-des-paires.html">«La fête des paires»</a>, ma saga des «ThromboChroniques», parfois évoquée depuis quelques mois, jamais mise en chantier. Il faudrait que je commence par le début, c’était il y a… vingt-neuf ans. Et puis non, j’ai bien le temps de remettre en ordre mes souvenirs éparpillés au fil des années et de l’absorption de comprimés d’un anti-coagulant dont je tairai le nom mais avec lequel j’entretiens aujourd’hui une relation presque amicale. Pensez donc, j’ai déjà dû en avaler environ plus de 10500, alors forcément, ça crée des liens. J’avais bien pensé organiser une petite fête pour le dix millième mais… le manque de temps, l’absence d’un sponsor malgré mes appels réitérés à mon couturier favori, en ont décidé autrement… Pas de soirée festive, juste une consommation matinale et mécanique.<br /></div><div style="text-align: justify;"><br />Je vous propose néanmoins un résumé du résumé, histoire de ne pas vous laisser dans l’ignorance totale de ma triste condition de sujet d’étude du corps médical. Au printemps 1979 donc, après plusieurs semaines d’un état fiévreux, perclus de douleurs au point qu’il fallait me déplacer d’une pièce à l’autre par un ingénieux système consistant à glisser sous les pattes du fauteuil dans lequel j’avais péniblement atterri depuis mon lit des patins de feutre, mon médecin décida de m’expédier à l’hôpital, ce qu’il imaginait être mon ultime voyage après une courte vie que j’étais supposé quitter en raison d’une forte suspicion de leucémie foudroyante et, c’est la moindre des choses, incurable. Patatras, pas de bol, je décidai de résister à ce lâche abandon en exhibant fièrement, quelques jours et examens plus tard, un valeureux diagnostic de, je cite, «<span style="font-style: italic;">thrombo-phlébite ilio-fémorale bilatérale de cause non déterminée</span>». Pour faire plus simple, mon sang avait été gagné par l’idée saugrenue de coaguler en d’innombrables recoins de mon système veineux, et plus particulièrement sur toute la zone allant de mes reins à mes pieds. J’étais désormais détenteur d’un nouveau diplôme, celui du cas médical unique en Europe. Maître Chronique n’aime pas la demi-mesure.<br /><br />Je passe sur toute la suite que j’aurai l’occasion de raconter de temps à autre, et croyez-moi, vous aurez l’occasion de vous bidonner ! Ah, les biopsies ! Ah, les phlébographies ! Ah, la ponction lombaire dont on ne se relève que de longues heures après la fatidique piqûre et au sujet de laquelle on apprend très vite qu’elle était la première pour celui qui venait de la pratiquer…<br /><br />J’effectue lâchement mon grand bond en avant, j’avance de vingt-neuf ans sur le grand jeu de Moi et me retrouve dans une salle d’attente, celle de mon radiologue, qui doit rendre un verdict sans appel au sujet de ce satané genou gauche dont la faiblesse a provoqué une chute assez mémorable qu’il m’est récemment arrivé de narrer ici même. En fait, c’est un peu plus compliqué mais, voyez-vous, on me bichonne assez facilement du côté de la sphère médicale. Déjà qu’on comprend très mal ce qui m’est arrivé alors que je n’avais que vingt et un ans, on ne va pas en plus prendre le risque de m’en faire courir. Des risques, bien entendu. C’est, je crois, ce qu’on appelle aujourd’hui le principe de précaution.<br /><br />Donc, je me suis cassé la binette, j’ai saigné, décoré ma jambe gauche d’un œdème et mon genou d’une cicatrice, vu ma généraliste, puis une angiologue. Restait plus qu’à consulter le radiologue parce que je suis titulaire d’un étrange genou gauche qui claque, émet de drôles de bruits lorsque je marche, coince un peu de temps à autre. Moi, j’ai bien ma petite idée sur le sujet : je suis persuadé que j’ai une jambe plus longue que l’autre et que, par conséquent, mon pied a tendance à frotter au sol et à me tendre des pièges. Une explication que je garde pour moi néanmoins, parce que je sais qu’une autre hypothèse pourrait venir la battre en brèche : j’aurais en réalité une jambe… plus courte. Mais, chut ! Je préfère ne pas ouvrir ce débat…<br /><br />Salle d’attente. Ici, c’est plein de vieux, avec des gens moins vieux qui en accompagnent certains. A gauche on tousse, un peu plus loin aussi mais plus fortement, si on était tout seul, on cracherait peut-être à même le sol. Un téléviseur branché sur un mystérieux Canal 33 (bravo l’humour…) diffuse des informations médicales ou paramédicales, entrecoupées de quelques reportages. Eh, vous me croirez si vous voulez mais j’étais à peine arrivé que j’ai eu droit à une visite du Musée d’Arles proposant une exposition… Christian Lacroix ! Promis, juré, craché, c’est vrai ! Ma voisine, qui pourrait être au moins ma grand-mère, est toute contente d’avoir reconnu le peintre Delacroix ! «<span style="font-style: italic;">Oh ben, il doit bien avoir 100 ans maintenant !</span>». Tu m’étonnes qu’il est pas jeune le Delacroix… Cela dit, l’autre, le Christian, faut pas pousser non plus… Va pour la soixantaine, mais 100, ça fait peut-être un peu beaucoup. Au fait, Christian, toujours pas de nouvelles de mes chemises ? Tu n'ignores pas que je viens d'en ajouter deux nouvelles à ma collection... Et je n'ai pas changé d'adresse.<br /><br />Sont malins les médecins et les radiologues des salles d’attente : ils mettent le son de leur télé au niveau minimum (de toutes façons, on ne perd pas beaucoup… c’est un peu le vide ce truc là), comme ça les patients, ben y croient qu’ils sont un peu sourds et du coup, ils filent chez l’ORL dans la foulée. C’est une entente bien rôdée entre gens du même monde.<br /><br />«MADAME DUSCHMOLL» ! Oh la vache, c’est pas le genre «annonces aéroport» ici, juste la secrétaire qui s’est collé la bouche au micro pour appeler le prochain pékin. Elle te hurle dans son biniou, preuve qu’elle aussi nous croit tous sourds, comme si sa vie en dépendait. Alors la madame en question, elle se lève, et comme elle est polie, elle nous dit au revoir, ignorant qu’elle va revenir dans quelques minutes en attendant l’oracle du médecin et qu’elle sera obligée de nous redire bonjour. Mais bon, c’est une question d’habitude.<br /><br />Je ne regarde même pas les magazines, y a que de la poubelle sur papier froissé avec plein de gens vulgaires qui ne sont pas toujours aussi beaux qu'ils l'imaginent, ce genre de trucs que les français achètent par millions et lisent par plus de millions encore. Je me suis juste glissé les écouteurs de mon iPod dans les oreilles et j’écoute un truc sympa (euh… c’est le nouveau disque de Jannick Top, «Infernal Machina», j’en reparlerai une autre fois parce que là, c’est pas le sujet. Désolé…).<br /><br />«MONSIEUR MAÎTRE CHRONIQUE !!!». Non mais elle va arrêter de beugler comme ça, l’autre, là, derrière son comptoir.<br /><br />«<span style="font-style: italic;">Au revoir, m’sieur dames…</span>». Je reste poli et m'efforce de me couler dans le moule du patient lambda.<br /><br />Une manipulatrice en radiologie m’attend de pied ferme et me conduit vers une micro cabine – à ce sujet, quelqu’un pourrait-il m’expliquer comment font les gens corpulents ? Parce qu’avec mon IMC de 21, je me sens un peu coincé dans ce gourbi à peine éclairé, je fais attention de ne pas m'arracher la tête dans le porte habits, alors vous imaginez, un bon gros, le pauvre, il est pas plus sûr de sortir que d’entrer – où je suis supposé me délester de quelques uns de mes vêtements. «<span style="font-style: italic;">Mettez-vous torse nu, on viendra vous chercher de l’autre côté</span>». Hein ? Qu’est-ce que vous dites ? Torse nu ? Pour une radio du genou ? Y aurait pas comme une petite erreur ? Rouge pivoine qu’elle est devenue la petite manipulatrice, surtout que ses copines du secrétariat, qui avaient tout entendu, sont écroulées derrière leur bureau. Belle solidarité, mesdames ! Est-ce que je me moque de vos annonces au micro quand vous hurlez le patronyme de mes congénères ?<br /><br />«<span style="font-style: italic;">Euh… vous êtes certaines que je peux lui faire confiance à votre copine ? Parce que si elle situe mon genou vers le torse, j’ai quand même un peu peur qu’elle vise mal avec son rayon X et je ne voudrais pas être victime de dommages collatéraux…</span>». Re-bidonnage au fond du couloir, les deux blondes du comptoir pliées en deux sur le clavier de leur ordinateur.<br /><br />Je vous épargne la séance photos : un coup debout de face, un autre de profil, trois clichés allongé sur la table, avec flexions différentes et retour cabine en attendant le médecin. Coup de bol, personne ne s'est cru obligé de me badigeonner de gel... J’entends derrière la paroi les commentaires dictés à un petit magnétophone, ça ne parle pas de moi puisqu’il est question de poumons (encore que… avec mon genou au niveau du torse…), je me rhabille et attend patiemment que le Maître des lieux vienne m’expliquer de quoi je souffre.<br /><br />Quelques minutes après, un homme au crâne dégarni entrouvre la porte, pas exactement sympathique, pour me demander si j’ai mal au genou. «<span style="font-style: italic;">Ben… non, pas vraiment, il grince, il claque, il craque, mais pour l’instant, non, pas bobo monsieur</span>». Et vous avez quel âge ? «<span style="font-style: italic;">Ben, 50 ans, depuis le mois de janvier, même qu’on a fait une petite fête avec des amis dans un bon restaurant de Nancy. On a mangé comme des rois et j'ai été vachement gâté</span>». Non, en fait, je ne lui donne pas toutes ces précisions, c’est juste qu’au moment où je lui ai annoncé mon demi-siècle, j’ai repensé à tous ces bons moments. Vivement le 12 octobre 2012 !<br /><br />Le brave monsieur, expéditif genre je rentabilise à mort pour cause de 4X4 qui me coûte la peau des fesses, m’explique que mon cartilage est un peu usé, qu’un traitement est possible (ignorant qu’en raison de la médication dont il est question plus haut, ce dernier, justement, m’est interdit) et qu’il va s’éclipser pour rédiger son compte rendu. Quatre lignes obscures dont il sera question plus loin.<br /><br />Retour à la salle d’attente, bonjour bonjour les amis, à la télé une pauvre chanteuse des années 80 (décennie maudite pour la musique à bien des égards, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai envie de claquer le beignet à tous ces gens qui tentent misérablement de se faire des sous en exhumant les sinistres productions de l’époque. C’est pas que tout soit mieux aujourd’hui, loin s’en faut, mais les années 80, franchement, c’était le gouffre…) essaie de nous faire croire qu’elle est de retour… Reste où tu es, ma grande, tu es très bien comme ça, inutile de revenir, tu vas te faire du mal. A nous aussi, accessoirement…<br /><br />«MONSIEUR MAÎTRE CHRONIQUE !!!!!». Mais elle fatigue jamais la speakerine en blouse blanche ? Elle déclame, elle brame, elle chante, ce serait tellement bien qu’elle instille une petite dose de… Mais non, pas de proportionnelle ! Vous confondez avec les années 80, une fois de plus… Euh, j’ai bien peur que les plus jeunes d’entre vous, qui n’ont, c’est bien connu, aucune conscience politique, ne comprennent pas cette allusion à une manœuvre mitterrandienne… Non, une petite dose de douceur dans ses appels téléphoniques, voilà ce que je lui demande à la petite dame.<br /><br />«<span style="font-style: italic;">Au revoir, au revoir tout le monde</span>». Bon, je crois que je suis le seul à être réveillé dans cette salle d’attente où on s'applique à soupirer toute la misère de l’âge qui avance. Canal 33 continue lui aussi de ronronner, tout le monde s’en fout mais l’important, c’est bien que le cabinet de radiologie touche un peu de pépètes en diffusant ce chloroforme qui n’est rien d’autre qu’une vaste entreprise de publicité à peine déguisée. Y aura bien de quoi remplir le réservoir de la grosse voiture...<br /><br />«<span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Gonarthrose gauche débutante avec ostéophytose des épines tibiales. Hyper pression rotulienne externe bilatérale bien visible sur les incidences en défilé avec discrète ostéophytose latérale externe de la rotule gauche. Par ailleurs pas d’anomalie de la trame osseuse</span>».<br /><br />Alors là… Je suis vaincu ! Maître Chronique a trouvé son… maître dans la discipline extrêmement complexe de la phrase absconse et tordue ! Je ne sais pas du tout ce qu’il a voulu dire, mon radiologue, mais quel talent ! Il y a dans cette phrase une vraie poésie, un mystère, celui de la création militaro-littéraire. J’aime tout particulièrement «<span style="font-style: italic;">les incidences en défilé</span>». Est-ce l’approche du 14 juillet ? J’imagine un régiment invisible qui rampe sur mes genoux, marche au pas autour de mes rotules, surtout la gauche, je suis subitement devenu l’Avenue des Champs Elysées pour une armée de cartilages, les fanfares militaires venant ensuite, pour finir, parcourir ma trame osseuse…<br /><br />C’est bien beau cette phrase de spécialiste… mais ça n’éclaire pas beaucoup, en fait. Il a voulu dire quoi, le radiologue ?<br /><br />«<span style="font-style: italic;">Ah ben c’est de l’arthrose !</span>», m’annonce fièrement ma généraliste que j'interroge au téléphone ; elle semble presque contente d’ajouter un nouveau trophée à mon cas médical. «<span style="font-style: italic;">Vous pouvez prendre un Doliprane</span> en cas de douleur». Mais j’ai pas mal, moi ! Je grince, je cliquette, je couine, mais je ne souffre pas ! «<span style="font-style: italic;">Ah ben… alors ne faites rien, il faut continuer à vous muscler, vous pouvez marcher autant que vous voulez</span>».<br /><br />«<span style="font-style: italic;">C’est de la vieillerie !</span>». Pan dans les dents, cette autre version des faits émane du Docteur H., mon cardiologue préféré (à ne pas confondre avec le Docteur D., mon héros des StimuloChroniques) qui n’a jamais eu l’habitude de mâcher ses mots.<br /><br />Vieillerie ! Tiens, et moi qui raillait les personnes âgées dans la salle d’attente. Du coup, pour me venger, j’ai embarqué Madame Maître Chronique dans une longue marche (au début de cette note, je vous proposais un grand bond, c’est logique finalement, sauf que là, j’inverse le cours de l’histoire) afin de tester ma mécanique rotulienne. Qui me semble ma foi bien huilée, malgré l’usure du cartilage. Près de trois heures à crapahuter sans le moindre signe de défaillance, selon un rythme régulier et soutenu.<br /><br />Grand bien nous en a pris parce qu’au bout de je ne sais combien de kilomètres parcourus sous un soleil de plomb, nous avons pu visiter une magnifique église, d’habitude fermée et ce jour là bondée d’une foule bruyante et peu respectueuse du cadre majestueux s'offrant à nos regards, celle de <a href="http://pagesperso-orange.fr/stanislas/stanislas/stanislas-eglise-bonsecours.htm" target="_blank">Notre Dame de Bonsecours</a>, dont la rénovation tout juste terminée est une réussite et un régal pour les yeux. Profitez de l’été qui s’avance pour la visiter, c’est un conseil d’ami.<br /><br />L’église de Bonsecours est la dernière demeure du Roi Stanislas. Mais elle n’était qu’une première étape sur la longue route qui me reste à parcourir avant que mon genou ne rende l’âme. C'est pas demain la veille !<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://maitrechronique.free.fr/pics/ndbonsecours.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px;" src="http://maitrechronique.free.fr/pics/ndbonsecours.jpg" alt="" border="0" /></a>Je t’en ficherai de la vieillerie ! Et j'ai encore plein de choses à vous raconter...<br /></div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-82319450975855625862008-06-23T07:47:00.009+02:002008-06-24T09:31:54.764+02:00My Favorite Things<div style="text-align: justify;"><span style="font-weight: bold;">Ma première galette…</span><br /><br /><span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Ou comment, après pas mal d’années durant lesquelles j’avais reporté l’achat de ce qui fut en réalité mon premier vrai disque de jazz, je suis entré alors dans un univers qui reste, aujourd’hui encore, la source de toutes les émotions.</span><br /><br />Ce texte est la troisième livraison du "Z Band", ce collectif de blogueurs ayant choisi de publier à intervalles réguliers un texte portant sur un thème choisi. Aujourd'hui, le premier disque de jazz.<br />Les autres contributions sont ici :<br />- <a href="http://belette36.blog.ca/2008/06/22/premiaegrave-re-galette-4349096" target="_blank">Belette et jazz</a><br />- <a href="http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2008/06/23/9567349.html" target="_blank">Jazz à Paris</a><br />- <a href="http://jazzfrisson.blogspot.com/2008/06/ma-premire-galette.html" target="_blank">Jazz Frisson</a><br />- <a href="http://jazzques.skynetblogs.be/post/5995219/premiere-galette" target="_blank">Jazzques</a><br />- <a href="http://cooldesource.blog.lemonde.fr/2008/06/23/mon-premier-disque-de-jazz/" target="_blank">Ptilou's Blog</a><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://maitrechronique.free.fr/pics/coltrane_favorite.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 200px;" src="http://maitrechronique.free.fr/pics/coltrane_favorite.jpg" alt="" border="0" /></a>Remontons un peu la terrible machine du temps. Nous sommes le 9 septembre 1985 et j’entre chez mon disquaire favori de l’époque, «La Parenthèse» à Nancy pour ne pas le nommer. On y trouve toute une variété de disques, chanson, rock et jazz pour l’essentiel, ce dernier vivant là ses dernières semaines avant qu’une opération de recentrage économique ne le fasse disparaître de la boutique, me contraignant par la suite à effectuer mes achats dans un magasin concurrent (qui existe toujours en tant que disquaire, mais dont les bacs se font de plus en plus maigrichons… époque oblige). En entrant, j’ignore totalement ce que je vais acheter, je ne suis même pas certain d’y dépenser le moindre franc. Je furète, joue des doigts avec célérité pour faire défiler les pochettes des 33 tours, encore nombreux malgré la présence de ces jeunes CD qui restent coûteux et ne couvrent qu’une partie des catalogues. Mes goûts de l’époque sont marqués par une certaine incertitude ; j’ai connu bien des bonheurs musicaux durant les années 70 à 80 mais la période qui vient de s’écouler me laisse un peu sur ma faim. En consultant aujourd’hui la liste de mes disques, je m’aperçois d’ailleurs qu’il n’existe aucun mouvement musical dominant depuis l’entrée dans les années 80 : Magma est en sommeil malgré la publication d’un drôle de «Merci» et Christian Vander ne nous a pas encore offert le premier disque de sa nouvelle formation, «Offering», qui déjà se produit sur scène ; la troisième mouture de King Crimson semble avoir vécu ; même mon bon vieux Grateful Dead ne donne plus beaucoup de nouvelles depuis quatre ans, son leader Jerry Garcia n’étant pas au mieux de sa forme, parce qu’emprisonné dans les griffes de la drogue. Il y a quelque part chez moi comme une forme de déshérence qui m’entraîne à choisir sans choisir un disque de temps en temps, par habitude mais aussi sans grande conviction. Alors, c’est peut-être ce soir-là le moment de me remémorer les nombreux interviews du même Christian Vander qui, à chaque fois que la possibilité lui était offerte, dressait dix ans plus tôt dans les revues spécialisées – Best ou Rock’n’Folk – un portrait passionné et intrigant d’un saxophoniste dont la musique semblait être la source de toutes ses inspirations : John Coltrane. Vander se plaisait à raconter comment, alors qu’il avait une douzaine d’années, il avait écouté sans fin le disque «<span style="font-weight: bold;">My Favorite Things</span>» et la version obsédante que Coltrane avait créée à partir d’une chanson a priori anodine tirée d’une comédie musicale, «La mélodie du bonheur». Il disait aussi que la disparition de Coltrane, le 17 juillet 1967, l’avait presque anéanti avant qu’il ne décide de réagir et de mettre sur pied cette formation à nulle autre pareille dont il reste, quarante ans plus tard, l’âme et le moteur surpuissant. Alors, Coltrane, enfin ? N’était-ce pas le moment d’en savoir un peu plus et de découvrir celui qui me semblait un peu comme un magicien ?<br /><br />Nous étions les 9 septembre 1985 : étrangement, c’était le jour anniversaire de mon frère, celui qui m’avait tellement appris en musique. Ce soir-là, j’investissais un nouveau monde, dont il ne m’avait jamais parlé, étant de son côté emporté par d’autres passions, transatlantiques elles aussi mais d’une toute autre coloration. On peut y voir un symbole, pourquoi pas…<br /><br />Une valse, tourbillonnante, répétitive, un saxophone soprano au son dense et habité, instrument que je croyais jusque là voué pour l’éternité à jouer «Petite fleur» ou «Les oignons». Une batterie foisonnante, subtile, omniprésente (Elvin Jones) et un piano enchanté (Mac Coy Tyner) qui évoque un carillon. Pendant près d’un quart d’heure, sans que jamais la lassitude ne gagne. «My Favorite Things»… mais aussi «But Not For Me» et «Summertime» de George Gershwin, interprété au saxophone ténor, ou encore «Everytime We Say Goodbye» de Cole Porter. Une sacrée manière de revisiter un répertoire déjà consacré ! Coltrane vous laissant même l’impression qu’il était le compositeur de ces thèmes tant il avait su se les approprier et les relire d’une voix si originale qu’il y avait là quelque chose comme de la transfiguration.<br /><br />Un drôle de tour de magie en réalité et le début d’une longue aventure pour moi.<br /><br />Parce qu’en même temps que je découvrais la musique de John Coltrane, je mesurais à quel point ce musicien majeur avait – en peu de temps finalement – marqué son époque et accumulé une impressionnante discographie au beau milieu de laquelle je me sentais un peu perdu. Oui, perdu et ce malgré de nombreux allers retours vers les boutiques pour tenter d’y voir plus clair (pas d’Internet à cette époque, pas de Google ni même de Wikipedia…). Mais par où fallait-il donc commencer ? Pourquoi Impulse ? Pourquoi Prestige ? Pourquoi Atlantic ? J’avais entendu dire – par qui, je ne me souviens plus – que certains disques étaient inaudibles, comme un certain «Live in Japan, 1966» ou «Om» en 1965… Je comprenais que le saxophoniste avait connu une évolution foudroyante entre le milieu des années 50, époque à laquelle il travaillait avec Miles Davis et son décès en juillet 1967 alors qu’il n’avait pas encore 41 ans et que sa musique s’apparentait plus que jamais à un cri. Mais comment donc s’y prendre pour démêler les fils de ce drôle d’écheveau ?<br /><br />J’étais fatigué de toutes ces questions et je me rappelle le jour où je décidai de soumettre mes interrogations à Jazz Magazine. Alors que je croyais avoir été oublié, je reçus une longue et belle lettre, plusieurs pages, de François-René Simon, qui reste l’un des grands spécialistes de Coltrane. D’une élégante écriture manuscrite (les ordinateurs étaient hors de prix et peu répandus encore, même dans les salles de rédaction), cet éminent journaliste me dressait un fort utile et très documenté portrait discographique en me conseillant de procéder avec méthode. Je crois que je ne le remercierai jamais assez…<br /><br />La porte s’entrouvrait…<br /><br />Je crois avoir mis depuis cette époque un point d’honneur à me procurer tout ce que j’étais en mesure d’acheter. Accumulation de CD, de coffrets (somptueuse intégrale des années Prestige, de 1956 à 1958, soit seize disques regorgeant de musique), au nom de Coltrane ou des leaders des formations avec lesquelles ils évoluait (Miles Davis, Thelonius Monk, Cecil Taylor, Paul Chambers, …). La belle créativité des années Atlantic de 1958 à 1960 avant que John Coltrane ne signe avec Impulse, un label auquel il restera fidèle jusqu’à la fin. Et cette évolution foudroyante de l’inspiration d’un homme pour qui la musique était tout, qui ne vivait que par elle. Ceux qui l’ont côtoyé disent que John Coltrane était un inlassable travailleur, qu’il ne délaissait que très rarement son instrument. Et si les interviews sont très rares, c’est aussi parce qu’il consacrait tout son temps à la musique. Jusqu’au dernier souffle.<br /><br />En témoignent ses multiples interprétations de «My Favorite Things», qu’il portera à un niveau d’incandescence dont le feu n’a pas fini de nous dévorer. Parce que finalement, si Coltrane enregistra beaucoup de disques, il joua finalement assez peu de thèmes sur scène : «My Favorite Things» bien sûr, mais aussi «Impressions», «Afro Blue» ou «Naima» pour citer les compositions les plus renommées. Mais il les réinventait à chaque fois, trouvant toujours une nouvelle histoire à raconter, de nouveaux territoires à défricher. Une quête de l’absolu qui reste aujourd’hui encore unique et exemplaire.<br /><br />Je regarde ce 33 tours acheté depuis près de 23 ans… Les informations qu’on y trouve sont parfois cocasses : on nous présente les musiciens, ce qui paraît un minimum, mais dans une autre rubrique, on nous dit «Ce qu’il faut savoir» avant de porter à notre connaissance «Ce qu’il faut tout particulièrement apprécier» avant de nous livrer les ultimes «Observations» nous expliquant que «My Favorite Things» est une œuvre marquante et obsédante qu’on aime ou qu’on n’aime pas mais que les critiques de jazz considèrent unanimement comme l’une des plus émouvantes réussites de John Coltrane. On est bien loin des livrets savants qui accompagnent désormais les rééditions de la discographie du saxophoniste, avec leurs analyses approfondies, les détails précis qui nous indiquent le jour, voire l’heure de chacune des prises de chacun des titres.<br /><br />«My Favorite Things» est en tous les cas un disque phare, lumineux et visionnaire, qui portait très haut, en 1960, l’étendard de la mélodie et de l’intensité de son interprétation. Un sacré guide pour, ensuite, partir à l’assaut de la montagne jazz et découvrir sa richesse.<br /><br />Je pouvais difficilement espérer meilleure initiation à cette musique dont on nous annonce régulièrement la fin et qui, malgré les menaces, malgré les attaques constantes portées par un système économique soumis aux exigences de la rentabilité immédiate, malgré le mépris affiché par ceux qui nous gouvernent et s’affichent avec la lie de l’art, continue de rugir et se tient debout. Il faut beaucoup de force aux artistes pour ne pas abdiquer, gageons que bon nombre d’entre eux ont beaucoup appris de John Coltrane et de son incroyable «Resolution».<br /><br /><span style="font-weight: bold;">En écoute</span> : les premières minutes de "My Favorite Things", enregistré le 21 octobre 1960 avec John Coltrane (saxophone soprano), McCoy Tyner (piano), Elvin Jones (batterie) et Steve Davis (contrebasse).<br /><br /><object data="http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/my_favorite_things.mp3&bgcolor=446666" type="application/x-shockwave-flash" height="20" width="200"><br /><param value="http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/my_favorite_things.mp3&bgcolor=446666" name="movie"><br /></object><br /><br /></div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-74613494322740128942008-06-18T21:36:00.006+02:002008-06-18T21:54:19.165+02:00Mortelle plongée<div style="text-align: justify;"><span style="font-style: italic;">La nouvelle est tombée dimanche soir, brutalement : Esbjörn Svensson est mort lors d’un accident de plongée. Il n’avait même pas 44 ans…</span><br /></div><br /><div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://maitrechronique.free.fr/pics/esbjorn_svensson.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px;" src="http://maitrechronique.free.fr/pics/esbjorn_svensson.jpg" alt="" border="0" /></a>La renommée mondiale de ce pianiste suédois n’avait fait que grandir au cours des quinze dernières années, et l’homme avait trouvé un véritable accomplissement au sein de son trio E.S.T., dont les concerts comme les disques étaient autant d’événements. Cette disparition est certainement l’une des pertes les plus cruelles pour l’univers de la musique, et nous n’avons pas fini, loin s’en faut, de ressentir l’absence d’un grand monsieur qui avait su réunir des publics a priori incompatibles et creuser un sillon singulier, aux frontières du jazz et d’une certaine «pop music» ouverte aux courants les plus contemporains et n’hésitant pas à recourir au besoin à la technologie. Il y aura aussi ce sentiment d’une vie trop courte, d’une œuvre inachevée…<br /><br />J’ai trouvé sur le site du trio d’Esbjörn Svensson une définition de la musique jouée par cette formation, dont les deux autres membres éminents ont pour nom Dan Berglund (contrebasse) et Magnus Öström (batterie) :<br /><br />«<span style="font-style: italic;">Le Esbjörn Svensson Trio est surprenant : un trio de jazz qui se considère lui-même comme un groupe de pop, qui joue du jazz en élevant la conception traditionnelle de liberté d'action du leader et de ses sidemen au même niveau, qui remplit non seulement les clubs de jazz mais également les salles habituées aux groupes de rock, dont les prestations sont souvent agrémentées de jeux de lumière et de brouillard. Et qui arrive, à la fin de ses concerts, à faire chanter des standards de jazz tels que "Bemsha Swing" de Thelonious Monk à tout un public et fait exploser le cadre classique du trio de jazz. (…) Avec ses sonorités uniques qui allient jazz au groove drum & bass, à certains éléments de musique électronique, rythmiques funky ou emprunts au rock et à la pop mais également à la musique classique européenne, E.S.T. a conquis un public allant des fans de jazz aux amateurs de hip hop.</span>»<br /><br />Pas grand chose à ajouter sur le fond, si ce n’est, et c’est énorme, le souvenir d’un concert du groupe lors de l’édition 2005 du Nancy Jazz Pulsations, dans une Salle Poirel comble qui avait vibré à un musique dont la dramaturgie presque obsédante vous prenait souvent à la gorge. J’avais inéluctablement mordu à cet hameçon à forte attractivité, moi petit poisson toujours prêt à me laisser conduire au beau milieu des flots de la création musicale, et n’attendait qu’une seule chose depuis des mois : revoir le groupe et plonger une fois encore dans son univers onirique. Poisson, flots, plonger… ces mots s’écriraient-ils avec leur part d’inconscient tragique ?<br /><br />La musique d’Esbjörn Svensson se caractérisait très souvent par de longues et obsédantes montées, créant une tension dont vous ne parveniez pas à vous dessaisir, même de longues heures plus tard, bien après l’extinction des projecteurs. Et il est parfaitement exact que le trio procédait aussi et avant tout d’un formidable équilibre entre chacun des musiciens, jamais l’un d’entre eux ne prenant dans le groupe une position dominante, mais savait toujours être d’une constante présence. Ils étaient sur scène comme sur disque côte à côte, frères d’interprétation. Pourtant, les triturations d’Esbjörn Svensson sur les cordes de son instrument, ses effets sonores puisant dans les ressources de l’électronique, les scansions électriques d’un Dan Berglund habité manipulant son archet parfois électrifié avec fièvre ou le drumming si particulier de Magnus Öström (un recours minimal à la grosse caisse et le choix esthétique d’une certaine légèreté percussive des balais sur la caisse claire) étaient autant de sources de curiosité qui captaient votre attention tant auditive que visuelle. Car E.S.T., pour avoir enregistré de magnifiques disques en studio, était d’abord un groupe à «ressentir» sur scène, sa musique dégageant une incontestable énergie et une vibration que seul le concert pouvait libérer au mieux. Il avait, selon mon point de vue de simple mélomane, cette capacité à formuler des mélodies simples et enivrantes dont tout le fluide se dégageait au fil des minutes.<br /><br />Cadeau malheureusement posthume, le trio venait de terminer l’enregistrement de son prochain opus baptisé « Leucocyte ». C’est le cœur serré qu’il nous faudra l’écouter, conscients de la disparition d’une étoile, une de plus, dans le grand ciel de la Musique.<br /></div><br />R.I.P. Mr Svensson.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">La discographie du trio d’Esbjörn Svensson</span><br />- When everyone has gone, 1993<br />- E.S.T. Live, 1995<br />- EST plays Monk, 1996<br />- Winter in Venice, 1997<br />- From Gagarin's point of view, 1998<br />- Good morning Susie Soho, 2000<br />- Live in Stockholm, (DVD) 2000<br />- Strange place for snow, 2002<br />- Seven days of falling, 2003<br />- Viaticum, 2004<br />- Live in Berlin, 2005<br />- Tuesday wonderland, 2006<br />- Live in Hamburg , 2007<br />- Leucocyte , 2008 (à paraître en septembre)<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Le site officiel du groupe</span> : <a href="http://www.est-music.com/" target="_blank">http://www.est-music.com/</a><br /><br />En écoute : «<span style="font-style: italic;">The Unstable Table & The Infamous Fable</span>», extrait de «Viaticum».<br /><object data="http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/table_fable.mp3&bgcolor=446666" type="application/x-shockwave-flash" height="20" width="200"><br /><param value="http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/table_fable.mp3&bgcolor=446666" name="movie"><br /></object>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-67842317668854245502008-06-18T19:53:00.003+02:002008-06-18T20:01:03.747+02:00Le travailleur des équivalences<div style="text-align: justify;"><span style="font-style: italic;">Un mois après la publication de </span><a style="font-style: italic;" href="http://maitrechronique.blogspot.com/2008/05/le-polyglotte-de-limaginaire.html">l'interview d'Hervé Aknin</a><span style="font-style: italic;">, le deuxième "petit nouveau" de Magma, Bruno Ruder, a bien voulu répondre à mes questions. Une occasion privilégiée de découvrir un personnage dont la personnalité musicale nous laisse deviner pour les temps à venir une collaboration fructueuse avec le groupe, qui fêtera en 2009 ses quarante ans ! Et un grand merci à Bruno pour le temps consacré à me renvoyer une copie dont la lecture devrait retenir votre attention.</span><br /></div><div style="text-align: justify;"><br /><div style="text-align: center;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://maitrechronique.free.fr/pics/bruno_ruder.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px;" src="http://maitrechronique.free.fr/pics/bruno_ruder.jpg" alt="" border="0" /></a><a href="http://photos.musicales.free.fr" target="_blank"><span style="font-size:85%;">Photo : Fabrice Journo</span></a><br /></div><br /><span style="font-weight: bold;">Bruno, peux-tu, en quelques lignes, nous dire d’où tu viens, quelle est ta formation musicale et quel a été ton parcours artistique avant d’intégrer Magma ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : J’ai commencé la musique à l’âge de six ans, en étudiant pendant une douzaine d’années le piano de «manière classique», c’est-à-dire en abordant une petite partie du vaste répertoire consacré à cet instrument. Mais je n’ai jamais poussé très loin la pratique de la musique classique. Mon professeur m’a parallèlement donné goût au jazz, et c’est vers cette musique que j’ai commencé à me tourner sérieusement, à l’adolescence. J’ai alors commencé à la pratiquer en groupe. Plus tard, je suis passé par l’école de musique de Villeurbanne, puis par le département Jazz du CNSM de Paris, où j’étais d’ailleurs dans la même promotion que Benoît Alziary, vibraphoniste de Magma, et que Rémi Dumoulin et Fabrice Theuillon, qui collaborent parfois aussi avec Magma. J’ai rencontré là-bas une bonne partie des musiciens avec qui j’aime jouer aujourd’hui, et c’est là-bas que j’ai connu Riccardo Del Fra, qui a fait appel à moi pour son «Jazoo Project», et qui m’a donné l’opportunité de jouer avec pas mal de très bons musiciens comme Joey Baron, Kenny Wheeler, Dave Liebmann, Billy Hart, Simon Goubert, Daniel Humair, Tony Malaby… Je prends (ou j’ai pris) évidemment part à plusieurs autres groupes, parmi lesquels «Yes Is a Pleasant Country» (un trio avec la chanteuse Jeanne Added et le saxophoniste soprano Vincent Lê Quang), est peut-être celui qui m’est actuellement le plus cher.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Ton arrivée au sein de Magma s’est opérée dans un contexte marqué par une certaine urgence compte tenu du départ précipité de trois des membres du groupe qu’il fallait remplacer très vite. As-tu hésité lorsque tu as été sollicité, étant donné qu’il s’agissait de remplacer au plus vite Emmanuel Borghi, qui travaillait aux côtés de Christian Vander depuis plus de 20 ans, dans Magma, Offering ou le Trio ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Etant disponible au moment où cela s’est présenté, je n’ai pas hésité, car sans être un inconditionnel du groupe, j’aimais vraiment sa musique. Le fait qu’il s’agisse de remplacer Emmanuel Borghi n’est pas rentré en ligne de compte. Je ne pense pas qu’il soit utile de se demander si on sera «à la hauteur» de son prédécesseur quand on entame une collaboration avec un musicien ou un groupe. Ce genre de scrupules ne me semble procéder que d’une politesse obséquieuse ou d’une bête mystification. Dans l’un ou l’autre cas, ça n’a aucun rapport avec la réalité de la musique, qui est d’essayer de trouver les moyens de faire sonner un groupe, c’est-à-dire de concentrer ses efforts vers un résultat musical, voire sonore, qui sera, bien sûr, différent si l’on remplace un ou plusieurs membres du groupe par d’autres. Ceci dit, il reste évident que les vertus d’un travail sur le long terme qu’ont pu mener Emmanuel et Christian sont énormes, et que le remplacement dans un groupe d’un ou plusieurs musiciens par d’autres implique pas mal de travail à fournir, de la part des nouveaux venus mais aussi de la part du groupe tout entier.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Que penses-tu pouvoir, à terme, apporter au groupe et que penses-tu que le groupe pourra t’apporter ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : La musique de Magma est très différente de celles que j’ai pu pratiquer jusqu’à maintenant, et ce tant au niveau du rendu musical que de sa pratique. Ici tout est très écrit, très peu de place est laissée à l’improvisation, contrairement aux autres projets musicaux auxquels je participe. C’est déjà une dimension un peu nouvelle pour moi : on n’a pas le droit aux mêmes erreurs que dans un contexte plus improvisé, en quelque sorte. Et puis il y a une vraie singularité dans la façon de traiter le rythme. Ces deux éléments font que lors des concerts, il faut déployer une très grosse énergie de concentration, pour se rappeler de tout, et pour être toujours «là» rythmiquement. Ça, c’est pour la catégorie «difficultés à surmonter». A côté de ça, c’est pour moi une occasion, que je n’ai pas connue si souvent, de jouer régulièrement avec un groupe, et qui plus est devant un public en général nombreux, et pas uniquement composé, comme trop souvent lors des concerts de jazz, d’individus qui écoutent le concert en se grattant le menton d’un air sceptique en se demandant quelles subtiles réflexions ils vont pouvoir trouver en sortant du concert. Autrement dit, j’ai l’impression que le public de Magma réagit pour une grande partie avec enthousiasme et spontanéité, et ce n’est pas parce que je suis sensible à la flatterie que j’apprécie cela, mais parce que je crois que cette musique a bel et bien de quoi provoquer de telles réactions, au même titre, je pense, d’ailleurs, que plein d’autres qui n’ont pas la chance d’avoir un tel accueil. Quant à savoir ce que moi, je peux apporter au groupe, à part mon réel enthousiasme et mon énergie de travail, je n’en ai réellement pas trop conscience…<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Est-ce que tu vas occuper une place identique à celle d’Emmanuel Borghi ou ta propre personnalité va-t-elle être source de nouvelles couleurs musicales, notamment en interaction avec le vibraphone de Benoît Alziary ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Pour l’instant, les rôles n’ont pas vraiment évolué, je crois, par rapport à avant. Ce sera peut-être le cas plus tard, quand nous monterons de nouveaux morceaux. Je crois que Benoît, notamment, aurait envie de cette évolution, qui lui permettrait d’exploiter à fond les possibilités de son instrument.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Selon toi, et avec l’expérience de ces premières semaines, les «petits nouveaux» de Magma et l’énergie qu’ils peuvent insuffler contribueront-ils à une évolution de Magma et si oui, de quel ordre serait-elle ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Honnêtement, je ne peux pas savoir ce que Hervé Aknin et moi apportons ou pouvons apporter au groupe… Peut-être tout simplement le fait que nous arrivions avec un enthousiasme et une motivation flambant neufs, ce qui n’est sans doute pas négligeable pour un groupe qui va fêter ses quarante ans l’année prochaine !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Quel a été ton premier contact avec la musique de Magma ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Quand j’avais quatorze ans et que j’ai formé avec des amis mon premier groupe, Jean De Antoni, un guitariste qui avait joué à une époque dans Magma, et habitant dans ma région, venait nous faire travailler une fois par semaine. C’est à cette occasion que j’ai pour la première fois entendu parler du groupe. Mais c’est plus tard j’ai découvert les disques, et que j’ai notamment écouté «Üdü Wüdü» en boucle pendant un moment !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Avais-tu imaginé un jour faire partie de l’écurie Vander ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Non, pas vraiment, mais je côtoyais déjà certains membres de Magma, Benoît bien sûr, mais aussi notamment James Mac Gaw avec qui nous avions déjà en projet de collaborer (sur un groupe qui s’appelle N’Walk, avec les batteurs Philippe Gleizes et Daniel Jean d’Heur). Je joue également dans le quartet d’Eric Prost, saxophoniste qui a fait partie du Christian Vander Quartet.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Tu vas, de fait, être impliqué dans l’enregistrement du prochain disque de Magma, «Ëmëhntëht-Rê» qui est par ailleurs une composition aujourd’hui mythique du groupe. Sacré enjeu ou enjeu sacré ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Je ne crois pas être impliqué dans cet enregistrement, les parties de piano ayant déjà été enregistrées par Emmanuel Borghi avant son départ du groupe…<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Ton parcours musical montre que tu n’as pas attendu ton entrée dans Magma pour exister en tant que musicien. Comment comptes-tu faire coexister tes différentes activités ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Il me semble que c’est tout simplement une question d’emploi du temps, qui va peut-être être un peu plus chargé qu’avant, mais en tous cas, il est certain que je ne compte pas renoncer à tout ce que j’avais déjà commencé à entreprendre, ou à tout ce qui n’est peut-être encore qu’à l’état de projet mais auquel je tiens déjà beaucoup quand même ! Il ne me semble pas impossible de mener tout ça de front. Même si j’aime beaucoup la musique de Magma, je n’ai pas envie de la pratiquer de manière exclusive, et je reste notamment très attaché à une musique acoustique, au piano acoustique. Je suis en fait plutôt néophyte dans l’électricité ! Et puis je suis aussi très attaché à l’improvisation, qui ne tient pas une grande place dans la musique de Magma.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Ton identité, jusqu’à présent, est celle d’un musicien de jazz. Et tu sais quelle importance revêt pour Christian Vander la musique de John Coltrane. On imagine volontiers que le saxophoniste compte aussi pour toi ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : En effet, sa musique m’a beaucoup marqué. A vrai dire je l’ai écoutée énormément à une époque, et beaucoup moins souvent aujourd’hui, mais chaque fois que je remets un de ses disques, je suis estomaqué ! Il fait partie des musiciens (et même des artistes) auxquels je me réfère sans cesse, même sans y penser, c’est d’ailleurs le cas aussi d’Elvin Jones, dont les innovations rythmiques n’ont toujours pas finies d’être exploitées, étendues… A cet égard, il me semble que Christian est un des musiciens qui prolongent l’héritage d’Elvin, mais dans un sens très singulier.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Nous sommes fin mars 2008 et à ce jour, tu es monté une seule fois sur scène avec Magma, pour un concert à Grenoble. Quelles sont tes premières impressions ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Bon, comme j’ai un peu traîné à répondre à l’interview, nous sommes en réalité début juin, et j’ai déjà joué cinq fois avec Magma. Comme je l’ai dit plus haut, la musique de Magma est assez différente, notamment dans sa pratique, de celles dont j’avais jusqu’ici l’habitude. Par exemple, j’ai remarqué que la concentration qu’exige cette musique, bien qu’assez conséquente, est très ciblée. En gros, il y a un travail de mémoire, et une attention particulière à porter au rythme (c’est le moins qu’on puisse dire). Et du fait qu’elle soit ciblée, j’ai l’impression qu’on peut aller chercher plus loin dans ses réserves d’énergie : par exemple, jouer la musique de Magma pendant une heure est fatigant, on peut sortir de là en ayant l’impression d’être vidé, d’avoir tout donné, mais en fait on aurait peut-être pu jouer une heure de plus. Ca vient sans doute aussi de l’énergie que Christian lui-même insuffle durant tout le concert. Et puis après cinq concerts, on peut commencer à entrevoir les différentes sensations que peut procurer cette musique d’un concert à l’autre, ce qui fait par exemple qu’un concert est réussi, que cette musique «sonne» mieux ou moins bien d’un soir à l’autre. C’est quelque chose qui n’est pas si facile à imaginer lorsqu’on aborde une musique aussi différente de ce que l’on avait l’habitude de faire.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Je te soumets à un questionnaire piège… Peux-tu, avec le minimum de mots, nous faire le portrait des membres de Magma tel que tu les ressens aujourd’hui ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR </span>: Bon, c’est effectivement une question piège, je ne crois pas que j’arriverai à y répondre en peu de mots… Alors je préfère m’abstenir…<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Afin de mieux te connaître : quels sont tes musiciens préférés, tes influences (tous styles confondus) ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Ça change souvent… En ce moment j’aurais envie de citer Paul Bley, Bill Frisell, David Bowie, Jack Dejohnette, Craig Taborn, Bobo Stenson, Paul Motian, Ran Blake, J.S. Bach ou Gyorgy Ligeti… Je suis aussi passé par bien d’autres (que je ne renie absolument pas, mais qui occupent peut-être moins le premier plan aujourd’hui), comme : Bud Powell, Marc Ducret, Joe Lovano, Sonny Rollins, Keith Jarrett, Ornette Coleman, Weather Report, King Crimson, Wayne Shorter, Jim Black, Gerry Allen, Henry Threadgill, Joey Baron, Steve Lacy, les Beatles, Mc Coy Tyner, John Coltrane, Elvin Jones, Herbie Hancock, et évidemment beaucoup d’autres. Mais je ne crois pas qu’il soit abusif, bien qu’ils ne soient pas musiciens, de citer Proust, Dostoïevski, Nietzsche, Céline, Queneau… ou Kurosawa, Kubrick, Eisenstein, Fassbinder… parmi mes influences.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Quels sont tes disques de chevet ou pour l’île déserte ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Comme pour la question précédente, ça dépend de la date (voire de l’heure) de mon départ… Là, maintenant, j’emmènerais volontiers «Outside» de Bowie, «Hommage to Carla» de Paul Bley, «Where in the World» de Frisell (tiens, je vais me l’écouter dès maintenant d’ailleurs), «Atlantis de Shorter»… Mais de toutes façons, aujourd’hui, tout le monde a un iPod, on peut y mettre beaucoup plus de choses que ça, et ça tient moins de place, n’est-ce pas ?<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Quelles sont les musiques actuelles qui t’intéressent ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">BR</span> : Toutes les musiques sont susceptibles de m’intéresser, donc je préfère ne pas citer un genre musical précis, même s’il est vrai que c’est dans le jazz que j’ai le plus souvent trouvé de choses qui me plaisaient. Je crois qu’une constante dans les musiques qui me touchent est qu’elles sont jouées par des «musiciens traditionnels», ou par des musiciens qui «jouent comme des musiciens traditionnels». C’est peut-être à cette condition que les musiciens peuvent «transgresser les règles», puisque justement, elles ne se présentent pas comme telles à leurs yeux. Christian Vander fait par exemple partie, à mon sens, de ces musiciens.<br /><br /><span style="font-style: italic;">Propos recueillis le 17 juin. Un grand merci une fois de plus à Bruno Ruder pour le temps consacré à me répondre et pour sa grande gentillesse.</span><br /><br /><span style="font-style: italic;">PS : le titre de cette note est directement issu de l'interview d'Hervé Aknin. Je n'ai pas hésité un seul instant avant d'adopter cette belle formule !</span><br /><br /><div style="text-align: right;">© Maître Chronique 2008 :<br />reproduction interdite sans autorisation de l'auteur</div></div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-77503073004795258622008-06-15T18:03:00.003+02:002008-06-16T18:08:52.368+02:00La fête des paires<div style="text-align: justify;">Je crois bien qu’il me faudra prochainement attaquer la rédaction des premiers épisodes des «Thrombochroniques» que j’ai en tête depuis pas mal de temps. Certes, mes lecteurs les plus assidus remarqueront, avec raison, qu’ils attendent toujours le quatrième et dernier volet des «Pieds nickelés électroniques», longue saga appartenant, elle, à ce vaste ensemble que j’ai créé et réuni sous le vocable de «Stimulochroniques». Cette dernière partie est partiellement rédigée, mais… allez savoir pourquoi, je la laisse dormir pour l’instant, lui accordant un repos bien mérité. Elle verra le jour prochainement, c’est plus que probable…<br /><br />En réalité, les «Thrombochroniques» devraient raconter de vieilles aventures, les premières n’étant pas loin de fêter leur trentième anniversaire… ce qui me conduit, par esprit de contradiction, à commencer par la fin et vous suggérer de prêter un minimum d’attention au fait qu’il m’a fallu, pas plus tard qu’hier matin, me procurer en pharmacie, trois paires de chaussettes, ou plus exactement, de bas de contention.<br /><br />Mais je souhaite être précis dans mon récit et ne pas oublier que ces précieux bas me furent prescrits quelques minutes plus tôt par une angiologue… Non, soyons rigoureux : si je porte aujourd’hui ces «choses» solidement arrimées à mes mollets musclés par de longues heures de marche, c’est aussi et surtout parce que ma généraliste, alertée deux jours plus tôt par un œdème qui pouvait révéler une défaillance dans la bonne santé de mes jambes, décida derechef de m’expédier chez un spécialiste… Ah, et puis non : j’oublie l’essentiel ! Ma visite chez le médecin fut provoquée par la nécessité de lui montrer quelques blessures récentes, conséquences d’une chute qui scella le sort de mon jean préféré et ensanglanta mon genou, comme ça, dans la rue, sous l’œil indifférent de quelques congénères visiblement pressés et peu soucieux du devenir de l’un des leurs, ayant lamentablement échoué dans une tentative de vol plané urbain et qui avait fini sa course dans un roulé-boulé du meilleur effet. Pourtant, j’avais conjugué bien des efforts pour ne pas me ratatiner comme le dernier des ivrognes – auquel les dits congénères avaient probablement dû m’assimiler, j’explique ainsi leur totale indifférence ! Patatras, j’ai raté mon coup et la chute fut finalement rude, pas assez toutefois, on l’aura compris, pour susciter ce minimum de compassion que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de civisme. M’en fous, le prochain qui tombe, je le regarde, je le nargue et je laisse sur le bas-côté, chacun son tour…<br /><br />Voilà pour la chute. Bobos, saignements, cicatrices, chevilles qui tendent malicieusement à un gonflement suspect, interrogation de mon médecin qui, malgré un lumbago provoqué par un éternuement trop violemment retenu, sut me diriger vers celle qui avait en mains les clés de mon pauvre destin. Une angiologue.<br /><br />Les angiologues, j’ai tendance à m’en méfier un peu. La dernière que j’ai consultée, c’était il y a plus de vingt ans, m’avait soumis un diagnostic tellement erroné que j’avais dû retourner quelques heures à l’hôpital pour infirmer ses conclusions (et me faire injecter par les pieds je ne sais combien de litres d’un mystérieux liquide qui vous chauffe de l’intérieur, on appelle cet examen une phlébographie… mais bon, on verra plus tard, je vous raconterai) et diagnostiquer moi-même une certaine incompétence chez cette charmante dame qui, allez savoir pourquoi, continue d’avoir ici pignon sur rue. La médecine a ses mystères que la raison ignore parfois. Le portefeuille jamais !<br /><br />Alors, hier forcément, j’étais tout de même habité par un soupçon de doute en entrant chez celle qui avait en charge la difficile mission de me dire où en était mon réseau veineux, après vingt-neuf ans de lente destruction.<br /><br />Je passe sur les couleurs du cabinet : tout en bleu blanc et rouge. C’est amusant, on a l’impression de défiler sur sa chaise. Manque plus que la fanfare.<br /><br />J’oublie le look de la dame, sorte de croisement pas forcément réussi entre une prof de maths à quelques années de la retraite et l’une de ces mamans bénévoles enseignant la catéchèse à l’école primaire. Gentille la dame, hein, je ne dis pas le contraire. Très gentille même, attentive et sereine.<br /><br />Je fais abstraction de la surprise qui fut la mienne en voyant cette spécialiste extirper de son tiroir une fiche cartonnée qu’elle se mit à remplir consciencieusement à la main, avec un vrai stylo, tout en me posant les questions rituelles : nom , prénom, âge, profession, adresse… Moi, j’attendais un acte hyper technologique du début à la fin, avec saisie des informations dans une base de données méthodiquement sauvegardée, j’imaginais l’angiologue les yeux rivés sur un écran plat, écoutant d’une oreille distraite mes propos pendant qu’elle tapait à deux doigts sur un clavier sans fil. Vous avez remarqué : les médecins, maintenant, on a l’impression qu’ils ne vous voient même plus. Leur logiciel doit être bien compliqué pour qu’ils en oublient à ce point le patient qui est assis juste à côté d’eux. Ben non, elle, elle vous écoute, elle écrit tranquillement, comme au bon vieux temps. C’est bien, ça me plaît…<br /><br />Le problème, c’est qu’il a fallu que je lui raconte toute l’histoire, depuis les premiers malaises en 1979, les chutes de tension, la fièvre , les douleurs, l’hospitalisation pendant deux mois, le premier diagnostic de leucémie foudroyante, le contre diagnostic ayant permis de mettre à jour une «thrombo-phlébite ilio-fémorale bilatérale des membres inférieurs et de cause indéterminée». J’ai dû poursuivre, raconter le pace maker, la bradycardie sinusale etc etc. Je suis habitué à cet exercice de synthèse mais à force, j’ai l’impression de me répéter, je cherche à chaque fois une anecdote nouvelle, du genre de celle où, au jour de mon entrée à l’hôpital il y a 29 ans maintenant, une infirmière avait demandé à la future Madame Maître Chronique qui j’étais pour elle et qui, sachant que j’étais en possession du titre officiel de fiancé, s’était vu répondre que l’histoire n’irait pas plus loin pour elle. Et quelques secondes plus tard, après un premier examen radiologique, elle poussa le brancard dans le couloir et hurla : «Enlevez-moi ça ! ». Merci pour l’accueil, je sais bien que nous étions un premier mai, mais tout de même, pourquoi tant de haine ?<br /><br />Je n’évoque pas pour l’instant la montagne de paires de chaussettes qui encombrait le bureau de la dame hier matin : une livraison soudaine ? un arrivage inopiné ? Pas moyen de savoir, mais spectacle amusant néanmoins qui me laissait présager une possible intimité avec ces parements multicolores (oui, parce que de nos jours, le bas de contention a pris des couleurs, finie la teinte chair et le matériau caoutchouté qui vous cisaille le creux poplité des genoux. Aujourd’hui, on fait mode, y a des rayures, du fil d’Ecosse, du coton, ça rigole pas).<br /><br />Ah, si j’avais le temps, je vous raconterais bien, une fois de plus, les mésaventures m’opposant au gel que ces sacrés fichus de médecins vous badigeonnent sur tout le corps pour mieux voir ce qui se passe à l’intérieur. A chaque fois, c’est la même chose, ça coule partout, surtout sur la chemise Lacroix toute propre et vous avez beau vider la moitié du paquet de mouchoirs en papier qu’on vous tend pour vous essuyer, y a rien à faire ! Il en reste toujours et vous le découvrez pile poil au moment où vous rhabillez. C’est fichu, ça va coller jusqu’au soir…<br /><br />Tout cela pour dire qu’après un minutieux examen au cours duquel j’appris non sans satisfaction que bon nombre de mes veines s’étaient en partie re-perméabilisées et que mon assiduité à marcher quotidiennement entre cinq et dix kilomètres avait été du meilleur effet sur leur bonne santé, je serais néanmoins fort bien inspiré d’accepter de porter désormais ces fameux «bas de contention» dont j’avais abandonné l’usage depuis cet été de 1985 où, n’y tenant plus alors que je randonnais en famille quelque part du côté des Ménuires, j’avais jeté par dessus bord ces instruments de torture qui me faisaient souffrir inconsidérément dès lors que la température ambiante excédait 20 degrés Celsius. J’avais au moins cette chance d’être lorrain et de ne pas connaître si souvent de telles conditions climatiques, qui s’apparentent ici à une forme larvée de canicule.<br /><br />Bon, ben, OK, fais voir les modèles m’dame ! Je veux bien en acheter, mais pas des trucs de vieux en caoutchouc qui puent au bout d’une demi-heure. «<span style="font-style: italic;">Meuh nan, vous n’y pensez pas mon bon monsieur, c’est fini ce temps-là ! Regardez comme elles sont belles mes chaussettes ! Elles sont pas magnifiques mes chaussettes ? Y en a des noires, des grises, des rayées, avec des motifs, c’est-y pas beau tout ça ?</span>» Euh, oui, d’accord, on dirait que c’est moins pire qu’avant, mais bon, faut quand même être motivé pour enfiler ces trucs qui vont vous comprimer les mollets du matin au soir, au nom de je ne sais quel principe de précaution. C’est bien parce que j’ai pris de bonnes résolutions parce que sinon, vos bas de machin, là, je crois que vous pourriez les garder !<br /><br />«<span style="font-style: italic;">Allez, je vous prescris trois paires tout de suite, et c’est à renouveler une fois !</span>» Ah ouais, quand même, ça nous en fait six par an en moyenne, à ce train-là, j’en aurai bientôt plus que des chemises Lacroix (dont le stock actuel est de 9, je tiens à la rappeler, et qu’il me serait agréable d’élever au niveau suivant, parce que 10 est un joli chiffre et que le temps des soldes approche).<br /><br />75 € et 60 centimes plus tard (pas mal, pour une petite demi-heure, non, vous ne trouvez pas ?), je partis en quête des paires magiques et me rendit chez mon pharmacien, charmant jeune homme qui me conduisit dans son arrière-boutique afin de prendre la mesure de mes mollets galbés. 37 centimètres au plus large, moi je trouve que c’est pas mal… Et ça nous fait, je pose 3 je retiens 8, alors… 28 € l’unité mais avec votre mutuelle, il reste 5,90 € à votre charge donc ça nous fait… euh, ben, 17 € et 70 centimes, c’est donné.<br /><br />Voilà, je me demandais pourquoi depuis quelque temps il était question ici et là de «fête des paires», il paraît même que c’est aujourd’hui. J’ai compris.</div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-37311021914386083962008-06-05T09:44:00.004+02:002008-06-18T19:20:05.523+02:00Dérèglements<div style="text-align: justify;">Je crois que je commence à en avoir assez de toutes ces futilités dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée, quel que soit le vecteur de ces informations non essentielles, radio, télévision, journaux, etc. Le choix ne manque pas, en effet : dérèglements climatiques à répétition, raréfaction des matières premières, famines dont les effets sont démultipliés par les coups de boutoir d’une spéculation honteuse et méprisante, fractures sociales perceptibles à l’échelle de chaque pays comme au plan mondial, modèles de société inégalitaires portés haut et fort tels des étendards par les vainqueurs du moment, inconséquence des pouvoirs politiques occidentaux prisonniers de leur logique électorale qui veut qu’on n’ait peu de chances de renouveler son mandat dès lors qu’on ne promet pas des lendemains qui chantent, fût-ce au seul profit de quelques privilégiés convoqués sur des yachts amis, violences, guerres, régressions, résurgence des vieux démons religieux avec ou sans barbe moyenâgeuse, … Arrêtons-là l’énumération, elle suffit à nous rappeler que notre bonne vieille Terre vit sous le régime de la loi du plus fort et continue à pleurer une misère qui se généralise pendant qu’une infime minorité insouciante et sans valeurs se vautre dans le luxe.<br /><br />J’aimerais, pour une fois, m’attarder durant quelques lignes concises – on me reconnaît facilement ainsi présenté – sur un sujet essentiel dont il me semble bien que ma chère et néanmoins fragolienne descendance l’a tout récemment évoqué sur <a href="http://strawberryredux.hautetfort.com/archive/2008/06/02/justice-divine.html" target="_blank">son propre espace</a>… J’ai longtemps hésité à en parler tant il est vrai qu’il n’est pas aisé de traduire en mots la honte qui peut me gagner à trop m’acharner sur les vicissitudes de mes contemporains, dont je finis par me demander s’ils sont vraiment mes congénères.<br /><br />Pourtant, tout était méthodiquement planifié. Aucune erreur n’était possible et Madame Maître Chronique se faisait, tout comme moi, une joie de voir l’excellent film «Française» dans lequel la jeune Hafsia Herzi prouve, après sa belle prestation dans «La Graine et le Mulet», qu’elle est à vingt ans une actrice avec laquelle il va falloir compter dans les années à venir. Nous avions opté pour notre cinéma chéri, dit «d’art et d’essai», où les bouffeurs de pop corn sont proscrits et les zappeurs de générique de fin aussi rares que les doigts d’une main. Conscients qu’une séance à 20 heures un dimanche soir devait nous valoir une assistance plutôt maigrichonne, nous pourléchions depuis quelques heures nos babines cinéphiles à l’idée de passer quatre-vingt-dix minutes quelque part entre France et Maroc, dans la sérénité d’un velours rouge (celui des fauteuils… quoiqu’à bien y réfléchir, la matière soit probablement synthétique) et d’une pierre de roche noire (celle du plafond et des murs), grâce à ce beau film de Souad El-Bouhati.<br /><br />Qu’on se rassure : notre stratagème était parfaitement au point et le film est remarquable. Qu’on se le dise et qu’on me permette de vous recommander d’aller le voir les yeux fermés, même si je crains que mon conseil suivi de trop près pourrait risquer de vous priver de ses charmes. C’est une image ! Mais il y eut ce grain de sable, terrible, celui qu’on redoute toujours inconsciemment et qui s’est abattu sur nous telle une pluie d’orage de fin d’été en Lorraine (l’été correspondant ici à une assez brève période comprise entre la fin du mois de juillet et le début du mois d’août). Tout s’était pourtant déroulé selon la stricte logique imposée par notre plan : une petite douzaine de spectateurs attentifs, chacun choisissant son rang, le plus isolé possible des voisins immédiats, quand elle sont entrées dans la salle. Tout était parfaitement en place, sauf que…<br /><br />Allez savoir pourquoi, je me plais à imaginer qu’elles ont dû subir une irrépressible aimantation, devinant peut-être la présence de Maître Chronique – pourtant, j’étais là, incognito, arborant un immonde t-shirt publicitaire fabriqué aux Philippines aux couleurs lie-de-vin d’une officine de prospection téléphonique locale, mettant ainsi de mon côté toutes les chances de n’être point identifié, moi qu’on aborde d’habitude dans la rue pour me congratuler d’arborer de belles chemises signées Christian Lacroix (à ce sujet, mon petit Christian, j’attends toujours ta livraison, toi qui as bénéficié de ma part d’une campagne de publicité qui ne t’a pas coûté un seul centime) – les conduisant à s’installer tout près de nous pendant que ma fille et son compagnon, mus par une intuition que je ne tardai pas à leur jalouser, se déplaçaient de quelques rangs pour gagner le fond de la salle et s’isoler, tels des adolescents post-pubères qu’ils ne sont pourtant plus depuis des lustres, allez donc savoir pourquoi ces trois dames cumulant probablement plus de deux siècles de vie, ont décidé de devenir nos voisines de salle obscure et, ce faisant, de nous pourrir méthodiquement une soirée à laquelle elles n’auraient jamais dû participer.<br /><br />Madame Maître Chronique, sentant ce mauvais vent souffler sur nous, entreprit une manœuvre supposée provoquer l’inquiétude – et donc le départ immédiat – de cet échantillon de maison de retraite, avec la complicité de Mad Jazz Girl pour une fois abandonnée par <a href="http://www.myspace.com/madjazzboy" target="_blank">son compagnon de saxophoniste</a> (avis aux non initiés, j’évoque ici mon fils). Tranquillement assis dans mon fauteuil, j’étais contraint d’assister en un silence un peu gêné à un drôle de spectacle où mes deux voisines d’infortune en étaient réduites à simuler une étrange bataille d’indiens et de cow-boys, singeant de la main l’exécution sommaire des spectateurs du fond de la salle, à grand renfort de bruits supposés imiter les coups de feu produits par leurs pistolets imaginaires ou leurs projectiles explosifs.<br /><br />Rien n’y fit : les trois mamys ne bougèrent pas d’un poil et commencèrent à se concentrer sur ce qui fut leur drôle de manière de regarder un film et, pour nous, un supplice : en parlant tout le temps, sans prendre la moindre pause, un flot ininterrompu de paroles inutiles ! Comme si les moments de silence étaient d’un poids insupportable, pour combler je ne sais quel vide. Là, je peux vous dire que nos nerfs furent mis à rude épreuve… Tout y est passé : «<span style="font-style: italic;">Et la coiffure, et je te parie que c’est le passeport, et pourquoi elle s’est coupé les cheveux, et là c’est qui c’est sa mère ? ah qu’est-ce qu’il est dur avec elle son père ! c’est quoi le livre qu’elle lit ?</span>» Un véritable déferlement, nos oies cacardeuses – surtout celle du milieu, la petite, là, toute frisée à l’air stupide, nichée entre les nichons de ses deux copines – n’ont pas cessé de commenter. Pourtant, nous avons tout essayé : le chut agacé, la remarque polie du genre : «<span style="font-style: italic;">Est-ce que vous pourriez vous taire, mesdames, s’il vous plaît</span> ?», les coups de semonce plus brutaux : «<span style="font-style: italic;">Mais elles vont la fermer, les trois là !</span>», les regards menaçants, les commentaires assassins lorsqu’il était écrit sur l’écran «Dix ans plus tard», quelque chose comme : «<span style="font-style: italic;">Ouais ben dans dix ans, j’espère qu’elles seront plus là pour faire du bruit avec leur bouche !</span>».<br /><br />Echec total, sur toute la ligne. Drapeau blanc, je me rends ! C’est vous qui êtes les plus fortes, je rends les armes. D’ailleurs, les trois papoteuses, elles ne se sont pas interrompues, elles ont continué leurs bavardages stupides en quittant la salle, même qu’elles commençaient à faire bouchon dans le couloir parce que, forcément, il fallait en plus qu’elles causent de front, sur toute leur largeur et croyez-moi, le corridor de sortie n’est pas si étroit que ça. Toutes prises à leur conversation, sous les regards amusés des autres spectateurs et même de l’ouvreuse qui avaient eu tout autant de mal que nous à les supporter, les voilà qui se sont dirigées vers une autre salle, pensant peut-être faire subir à d’autres leur supplice vocal. Mais non, rien qu’une erreur, elles ont fait demi-tour pour rester tout près de nous sur le trottoir. Et vous savez quoi : ben les petites dames étaient un brin agacées d’avoir dû subir les remontrances de leurs voisins ! Véridique ! Elles venaient d’emmerder tout le monde pendant une heure et demie et, en plus, elles n’étaient pas contentes d’avoir suscité agacement et remarques désagréables.<br /><br />Alors Madame Maître Chronique, Mad Jazz Girl et moi-même, après avoir dit au revoir à monsieur et madame Fraise, qui poussent le vice jusqu’à habiter à quelques encablures de notre cinéma préféré, avons choisi de presser le pas afin de distancer ces trois nuisibles qui prenaient la même direction que nous.<br /><br />Encore un peu et elles seraient montées dans notre Navette Spatiale. C’est pas normal des gens comme ça, je me demande si le climat est le seul à avoir subi des dérèglements ces derniers temps.<br /><br />De toutes façons, je le sais depuis longtemps… Voilà des années que ma conviction est faite : ils sont là, ils me poursuivent. Même déguisés en vieilles chipies, je sais qu’ils guettent et attendent leur heure. Mais je saurai lutter, fièrement,jusqu’au bout, je vendrai chèrement ma peau...<br /><br /></div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-33578569606313510782008-05-28T21:40:00.002+02:002008-05-28T21:45:55.860+02:00Longueurs pas monotones<div style="text-align: justify;">Donner du temps au temps… Prendre son temps… Le temps de respirer… Contempler, écouter, attendre… Notre époque accélère, on passe d’un continent à l’autre en quelques heures, on veut manger des fraises au mois de décembre. Il n’est plus temps de penser, il faut passer à autre chose, ne pas s’arrêter. On prend, on jette. Pour être de son temps…<br /><br />Et pourtant, quoi de plus précieux que le temps ? Quoi de plus enrichissant que l’écoute, l’observation ou la patience ? Illustration par quelques exemples...<br /><br />J’assistais hier soir à une conférence sur le thème de l’indépendance de l’Europe au moment où l’on évoque son retour au sein du gendarme des nations, le Commandement Militaire Intégré de l’OTAN. Ce débat, organisé à l’initiative du journal «Marianne» donnait la paroles à trois contradicteurs : Nicolas Dupont-Aignant, Pierre Moscovici et Jean-François Khan, sous la direction du rédacteur en chef du journal, Laurent Neumann. Une salle pleine, un public attentif et une organisation à des années-lumière de toutes les agitations télévisées où l’on voit avant tout le journaliste se mettre lui-même en scène et consacrer l’essentiel de son énergie à ne pas écouter ses invités chronométrés et à les forcer à dire en deux phrases ce qui, le plus souvent, mériterait de longs développements. Hier soir, point de bousculade dans les propos échangés, mais une organisation méthodique consistant à donner dans un premier temps la parole à chacun des trois invités pour une vingtaine de minutes. Soit l’équivalent d’un siècle télévisé ! On parle, on argumente, on attend et lorsque vient le moment de prendre la parole, on le fait calmement, sans invectiver l’autre. Les idées fusent, elles ne concordent pas toujours, se rejoignent, s’éloignent, mais elles atteignent un objectif essentiel : elles donnent à réfléchir. Le public lui-même est invité à participer en dernier ressort à cet échange fructueux à travers une série de questions. À l’exception d’une prise de parole totalement hors sujet – un spectateur étant venu là pour exprimer un poujadisme bien franchouillard façon «Les auditeurs ont la parole» – les volontaires ont eu, eux aussi, le temps de s’exprimer, au risque parfois de s’embrouiller dans un questionnement confus. La faute au trac peut-être. Au temps lui-même aussi, qu’on ne nous accorde que rarement et qu’il faut apprendre à maîtriser, ce qui ne s’apprend pas forcément en quelques minutes.<br /><br />Le même journal nous apprend que le temps est la condition du succès. Mais pas le temps qui s’étire ni même celui que nous consacrons à travailler. Non, un temps calculé, formaté, calibré en vertu de je ne sais quels calculs stupides qui aboutissent à la conclusion qu’une chanson doit durer exactement 2 minutes et 42 secondes pour multiplier les chances de rencontrer le plus grand succès. C’est en tout cas la thèse d’un journaliste américain du Morning News, Joshua Allen ! Ce dernier propose sur son site (<a href="http://www.2m42s.muxtape.com/" target="_blank">www.2m42s.muxtape.com</a>) une sélection de 12 titres – que je vous laisse découvrir - dont la durée est exactement de 2 minutes et 42 secondes et qu’il considère comme un argument imparable pour étayer sa thèse redoutable. Avec un slogan «<span style="font-style: italic;">Anything else is just a goddamn waste of time</span>» qui en dit long sur l’intérêt de l’auteur pour toute forme de création artistique qui oserait sortir de ces sentiers chronologiques bien battus… Vision déprimante à laquelle j’oppose les interminables chorus de John Coltrane, tout particulièrement ceux du Japon de 1966 lorsque le saxophoniste étirait sur près d’une heure des thèmes originellement courts comme «My Favorite Things» ou «Afro Blue». Ridicule comptabilité que je fracasse sur l’autel magmaïen des longues chevauchées orchestrales de «Köhntarkösz». Appel éhonté à l’absence d’audace que je désosse à grands coups de «Bye Bye Blckbird» ou «Billie’s Bounce» interprété en 1963 par Albert Ayler et ses stridences tellement vivifiantes. Méthode inique qui trouve une réponse cinglante lors des «Sacrifices» d’Henri Texier, qui laisse crier sa musique bien au-delà des délais réglementaires. Et je pourrais multiplier ainsi les exemples du talent, voire du génie, qui a certainement lui aussi buté sur cette frontière du temps mais qui, année après année, affirme fièrement qu’il est… intemporel. Peut-être ce journaliste ne nous soumet-il en réalité qu’une vaste plaisanterie, mais dans ce cas, est-elle si éloignée des formatages qui sont le quotidien des émissions à succès ? A-t-on, aujourd’hui, le droit de prendre son temps ? Le temps est-il devenu si cher pour nos experts économiques et autres décideurs qu’il faille, à tout prix, le compresser afin qu’il finisse par ne plus exister ?<br /><br />Tiens, même mon traitement de texte s’y met ! Pourtant, je lui ai offert un joli écrin, un petit ordinateur tout blanc qui me préserve des virus et autres «bugs» qui envahissent nos univers en passant à travers les Fenêtres. Une machine apaisante, elle… Et pourtant, ce cuistre de logiciel s’acharne à souligner la quasi totalité de mon texte au moyen de longues vagues vertes, pour de sombres et très irritantes raisons : le voilà, l’autre soir, qui m’explique que mes phrases sont trop longues ! Mais trop longues pour qui, nom d’un chien ? Pour mes lecteurs ? Mais ça les regarde, mes lecteurs, de savoir s’ils ont envie de lire de longues phrases, avec des virgules, des points-virgules, des parenthèses s’il le faut, des exclamations, des interrogations, des citations parfois, tout ce que j’ai rassemblé comme journal extime d'un écriveur, parenthèses volontairement digressives, insinuations musicales récursives, dérapages syntaxiques quelquefois contrôlés, souvenirs à résurgence aléatoire, soubresauts écrits divagatoires d'un pace moqueur... et autres obsessions textuelles. Et dont la définition n’est jamais terminée, toujours susceptible de poursuivre son chemin (j’arrêterai lorsque l’en-tête de ce blog occupera tout l’écran de mon ordinateur…). Il est donc évident que ce formatage du temps contamine jusqu’à l’expression même de nos idées et gagne petit à petit notre pensée. Pourquoi écrire long quand tous les modèles qu’on nous impose doivent faire court ? Ce qui, on le devinera, a le don de m’exaspérer… et de m’amuser aussi, car le logiciel est doté d’une étrange fonction dite de synthèse automatique qui présente cette caractéristique réjouissante de faire absolument n’importe quoi ! Au nom d’une prétendue analyse et d’un possible résumé, voilà que ma page est subitement gagnée d’un surlignage anarchique, façon Stabilo jaune – dont il est possible de régler soi-même les paramètres quantitatifs ; juste pour voir le résultat, je me suis risqué à le défier de synthétiser mon texte à 25 % - qui ne veut absolument rien dire alors qu’il est supposé permettre au lecteur de ne pas gaspiller son précieux temps à me lire intégralement.<br /><br />Ah le temps si précieux. Voilà qui me fait penser à tous ces congénères au regard fuyant qui, voyant une file d’attente – au cinéma, chez mon maraîcher, ou dans tout autre occasion d’un rassemblement de bipèdes – font semblant de regarder ailleurs et omettent de se ranger à la suite des quelques crétins de mon espèce qui, bêtement, ont choisi d’attendre leur tour. Juste pour resquiller et nous faire comprendre que leur temps est beaucoup plus précieux que le mien.<br /><br />Mais je m’en fiche ! J’ai tout mon temps, même si je sais qu’il m’est compté (je vous épargnerai ma théorie du double-décimètre, expliquée ici-même voici quelques semaines). Et je m’aperçois qu’à elle seule, la discographie de John Coltrane, que je me flatte de posséder dans sa quasi totalité, représente un nombre d’heures d’écoute tellement ahurissant qu’il vaut mieux éviter de se poser la question de sa compatibilité avec la terrible thèse du Morning News. Parce que le pauvre John serait bien mal barré de nos jours.<br /><br />J’ai choisi mon camp, c’est à vous de jouer maintenant ! Mais faites vite, je suis certain que vous êtes pressés…</div>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-29094188410444207372008-05-20T20:34:00.015+02:002008-05-21T10:37:02.415+02:00Le polyglotte de l'imaginaire<div style="text-align: justify;"><span style="font-style: italic;">Il a dû tout récemment prendre une décision importante : remplacer au plus vite Antoine Paganotti en tant que chanteur de <a href="http://www.seventhrecords.com/" target="_blank">Magma</a>. C'était au mois de février, alors que des concerts étaient programmés, dont le premier à Grenoble au mois de mars. Hervé Aknin s’est prêté au jeu des questions-réponses et nous propose de mieux faire connaissance avec lui. Portrait d’un artiste humble et attachant… et un grand merci à lui pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à cette interview.</span><br /></div><br /><div style="text-align: center;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://maitrechronique.free.fr/pics/herve_aknin.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px;" src="http://maitrechronique.free.fr/pics/herve_aknin.jpg" alt="" border="0" /></a><a href="http://photos.musicales.free.fr/" target="_blank"><span style="font-size:85%;">Photo : Fabrice Journo</span></a><br /></div><br /><div style="text-align: justify;"><span style="font-weight: bold;">Hervé, peux-tu, en quelques lignes, nous dire d’où tu viens, quelle est ta formation musicale et quel a été ton parcours artistique avant d’intégrer Magma ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Je me présente donc : je m’appelle Hervé Aknin, je suis né le 15 juin 1961 à Constantine (Algérie), je vis dans le Sud de la France à Montpellier. Mon parcours musical est assez chaotique : j’ai commencé par apprendre les rudiments de la guitare à 17 ans et dès que j’ai été capable de jouer trois accords, j’ai "composé" mes premières chansons avec la collaboration de mon frère aîné Patrick qui écrivait les paroles.<br />La musique est arrivée tard chez moi ! Je devais avoir 14-15 ans quand j’ai entendu pour la première fois les sons de guitares saturées de Deep Purple, Led Zeppelin, Queen, etc. Avant, ça dépassait rarement Guy Lux et la famille Carpentier ! Et puis le miracle s’est accompli quand mon frangin a eu assez de thunes pour s’acheter une "chaîne stéréo" !<br />Et là, tous les groupes métalliques de l’époque sont passés ! Petit à petit, je me suis dirigé vers les musiques dites "progressives" : Yes, Genesis etc., puis le jazz rock de Return to Forever, Mahavishnu Orchestra, Zappa. Je me suis dirigé tranquillement vers les musiques funky par l’intermédiaire de Al Jarreau et Earth Wind & Fire et j’ai découvert Magma !!!... et le jazz ! Sans Magma, je n’aurais peut-être jamais écouté de jazz, et je serais passé à côté de Coltrane, de Miles, d’Art Blakey.<br />J’ai chanté dans pas mal de groupes de rock progressif de la région montpelliéraine au tout début des années 80 : Gandalf, Futuo etc., j’ai commencé à travailler ma voix vers 85-86 avec un professeur particulier : M. Claude Verhagen, puis j’ai décidé de "tenter" le conservatoire – ce n’est pas forcément la meilleure idée que j’ai eue ! – j’y suis resté deux ans et j’ai continué ma formation avec des professeurs prestigieux tels que Jean Pierre Blivet (professeur de Nathalie Dessay, s’il vous plaît) et Yva Barthelemy. Finalement, après bien des années d’errance, je suis retourné vers mon premier professeur M. Verhagen à qui je dois tout ! Parallèlement à tout cela, j’ai chanté dans diverses formations jazz.<br />Dans les années 90, j’ai participé à la création du groupe vocal "Les Grandes Gueules", j’ai rejoint le Groupe classico-comique "Le Quintet de l’Art", enregistré un disque a cappella avec "Les Fêlés du Vocal".<br />Et en 2002, nous avons créé, Odile Fargère et moi-même, "Elull Noomi", un groupe vocal a cappella. Le répertoire est fait de compositions à moi, chantées dans une langue imaginaire, inventée par Odile. Nous avons sorti notre premier album en 2007 sur le label Ex-tension Records de Stella et Francis Linon, et Antoine Paganotti nous a rejoints en 2004.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Ton arrivée au sein de Magma s’est opérée dans un contexte marqué par une certaine urgence compte tenu du départ précipité de trois des membres du groupe qu’il fallait remplacer très vite. As-tu hésité lorsque tu as été sollicité, étant donné qu’il s’agissait de remplacer au plus vite Antoine Paganotti, voix de Magma depuis 10 ans et qui avait fini par devenir une composante essentielle du groupe ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Alors c’est vrai que j’ai hésité ! La première raison est que j’avais du mal à croire que ça m’arrivait vraiment. Quand Stella m’a appelé courant février pour me proposer de participer à cette aventure, j’ai bien mis 45 minutes à retrouver mon souffle après avoir raccroché ! Ensuite, bien sûr il y avait Antoine. Il était important pour moi de savoir comment il vivait tout ça, et surtout s’il existait une chance pour qu’il revienne sur sa décision. Je l’ai appelé et nous avons longuement parlé de cette situation étrange. Finalement, il m’a dit que je n’avais aucune raison de refuser. Le lendemain, j’ai rappelé Stella, et voilà…<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Que penses-tu pouvoir, à terme, apporter au groupe et que penses-tu que le groupe pourra t’apporter ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Pfffiouuuu ! Ce que je peux apporter ? Franchement je ne sais pas ! Pour l’instant j’agis, je ferai un bilan plus tard. Le son sera forcément différent puisque je n’ai ni la voix de Klaus, ni celle d’Antoine. En même temps, il m’appartient de faire le maximum pour que le son reste celui de Magma. Donc, pour l’instant je dirais que je peux apporter ma bonne volonté, tout mon amour pour cette Musique et ma disponibilité. Pour le reste, on verra plus tard.<br />Ce que Magma peut m’apporter ? J’ai la chance de chanter avec des musiciens exceptionnels. La liste serait trop longue !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Est-ce que tu vas occuper une place identique à celle d’Antoine Paganotti ou bien Magma (qui compte actuellement une voix en moins puisqu’Himiko Paganotti n’a pas été remplacée) va-t-il déployer autrement son chant ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Dans un premier temps, il a fallu parer au plus pressé. J’ai été contacté courant février et il fallait être prêt fin mars pour le festival de Jazz de Grenoble ! Ma voix est donc pour l’instant une sorte de mix entre celle d’Antoine et celle d’Himiko, l’important étant de trouver l’homogénéité entre Stella, Isabelle et moi pour que la musique de Christian sonne. Au final, c’est la seule chose qui importe. Il a été question qu’une chanteuse intègre le groupe, mais je ne sais pas ou ça en est.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Selon toi, et avec l’expérience de ces premières semaines, les "petits nouveaux" de Magma – la seconde arrivée dans le groupe étant celle du pianiste Bruno Ruder à la place d’Emmanuel Borghi – peuvent-ils contribuer à une évolution de Magma et si oui, de quel ordre serait-elle ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Pas facile comme question ! Je serais tenté de répondre comme à la question concernant ce que l’on peut apporter à Magma : on verra plus tard. En fait, il faudrait poser la question à Christian puisqu’au final, c’est lui le compositeur. Que peut bien lui inspirer tout ceci ?<br />Bruno est un rythmicien fou ! Il travaille sur des équivalences que je n’imaginais même pas. Il faut que je m’accroche comme un malade pour tout piger et je suis bien content parce que je ne sais pas si cela va faire évoluer Magma, mais c’est certain : ça va me faire évoluer moi !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Quel a été ton premier contact avec la musique de Magma ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Mon premier contact décisif avec la musique de Magma a eu lieu en 1979. Je travaillais dans une fabrique de meubles à Lunel, petite ville du sud de la France, j’avais 18 ans. J’ai rencontré dans cette usine un fan de Magma. Il était musicien, bassiste. Il avait fait partie d’un groupe qui à l’époque était l’équivalent des Beatles à Lunel ! Ce groupe s’appelait Zakmoon, et lui s’appelle Jean-Charles Matta. Il m’a d’abord fait écouter le Live à la Taverne. Et paf ! La claque ! Je n’avais jamais entendu une telle musique auparavant ! Des sonorités incroyables, intemporelles. Et le rythme ! C’est simple, quand je mettais – et c’est toujours d’actualité – un disque de Magma, je ne pouvais rien écouter d’autre derrière, à part un autre disque de Magma bien sûr…<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Avais-tu imaginé un jour faire partie de l’écurie Vander ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : J’en ai rêvé ! Mais c’était plus un fantasme qu’un but. Je me souviens que vers mes 20 ans, j’ai dit pour rire : « <span style="font-style: italic;">Je suis Le chanteur de Magma ! C’est juste que pour l’instant "ils" ne le savent pas !</span> »... Et voilà qu’une bonne vingtaine d’années plus tard, Stella m’appelle ! C’est pas complètement dingue, ça ?<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Tu vas, de fait, participer à l’enregistrement du prochain disque de Magma, "Ëmëhntëht-Rê" qui est par ailleurs une composition aujourd’hui mythique du groupe. Sacré enjeu ou enjeu sacré ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Déjà, je trouve incroyable de dire que je chante dans Magma ! Quand je rencontre quelqu’un que je n’ai pas vu depuis quelque temps et qu’il me demande : « <span style="font-style: italic;">Alors ? tu fais quoi en ce moment ? </span>» et que je lui annonce la bonne nouvelle, j’en reviens pas que ces mots sortent de ma bouche : « <span style="font-style: italic;">Je chante dans Magma</span> »… Alors voir mon nom sur une pochette de CD…<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Tu es l’une des deux têtes du sextette vocal Ellul Noomi </span><span style="font-weight: bold;font-size:85%;" ><span style="font-style: italic;">(1)</span></span><span style="font-weight: bold;">, dont Antoine Paganotti est membre. Voilà une situation atypique, pas forcément simple à gérer. Vas-tu maintenir la coexistence de ces deux formations ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Ce n’est pas simple à gérer mais pas impossible non plus ! Et le fait que je chante dans Magma ne remet absolument pas en cause l’existence d’Elull Noomi. D’ailleurs je me suis remis à composer ! Elull Noomi est très important pour moi. Et sans cette expérience, je n’aurais peut-être jamais rencontré Stella, Francis, Christian, Antoine et toute l’équipe. On a envie de créer, de jouer et une formidable envie d’avancer !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Dans Elull Noomi, tu chantes une langue inventée (l’Elull Noomi justement), et dans Magma aussi (le kobaïen). Te voici de fait un véritable polyglotte de l’imaginaire !!! Quelles sont, selon toi, les différences essentielles entre les deux ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : La première différence entre ces deux formes de langages est dans le processus de création. Le kobaïen est le langage de la musique de Christian. C’est-à-dire qu’il naît quasiment en même temps que les mélodies. Lorsque Christian compose, ce sont les sons qu’il chante spontanément qui donnent naissance à cette langue avec ces phonèmes si particuliers. Dans Elull Noomi, c’est forcément différent puisque nous sommes deux. Odile invente une langue, cherche, entend d’autres sonorités, renomme petit à petit tout ce qui nous entoure et, le plus souvent, écrit sur ma musique des textes. Cela dit, il est arrivé aussi que j’écrive de la musique sur ses textes. C’est un vrai langage.<br />L’autre grande différence est la sonorité même de ces deux langages ! Et je vais te citer, car on n’a jamais aussi bien décrit cette différence et ce qui caractérise notre musique !<br /><br />« <span style="font-style: italic;">Du côté d'Elull Noomi comme chez les kobaïens de Christian Vander, on s'exprime dans un langage inventé (ici l'Elull Noomi justement). C'est la co-fondatrice du sextuor qui s'y est collée, puisque tous les textes ont été écrits par Odile Fargère, qui réalise ainsi un vieux rêve : "Un vrai langage, avec du sens, avec lequel on peut vraiment communiquer..." Mais autant la langue organique de Magma est gutturale, virile même et propice aux incantations, quand ces dernières ne sont pas des commandements, autant les couleurs sonores d'Elull Noomi ne sont que fluidité et féminité, conférant à l'ensemble une impression de douceur quasi liquide qui nous éloigne très fortement des chants martiaux de la Trilogie Theusz Hamtaahk de Magma. Et nous rapproche du même coup de musiques plus minimalistes et plus sérielles comme celle de Steve Reich par exemple. </span>» <span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;">(2)</span></span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">Nous sommes fin mars 2008 et à ce jour, tu es monté une seule fois sur scène avec Magma, pour un concert à Grenoble. Quelles sont tes premières impressions ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : En fait, comme j’ai tardé à te répondre, on est mi-mai… et je suis monté cinq fois sur scène avec Magma… Désolé !<br />Mes impressions ? Difficiles à décrire, je ne suis pas tout à fait redescendu, je ressens une force, un dévouement, une énergie… palpable… tout ça en vrac ! C’est incroyable ! J’ai vu souvent Magma en concert et maintenant je fais à peine trois mètres de plus et je me retrouve à côté d’Isabelle et Stella !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Je te soumets à un questionnaire piège… Peux-tu, avec le minimum de mots (en français s’il te plaît), nous faire le portrait des membres de Magma <span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;">(3)</span></span> tels que tu les ressens ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : En peu de mots ?<br /><br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Christian Vander</span> : ce qui m’a frappé le plus, en dehors du fait que c’est un musicien extraordinaire, un compositeur de génie, c’est son engagement ! En répétition, il est le même qu’en concert, il est à fond tout le temps, il ne fait pas un son pour rien ! Évidemment en concert, l’échange avec le public fait qu’il va encore plus loin. Mais aucun doute là-dessus, il est à fond dans la musique… et la musique est en lui !<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Stella Linon</span> : Stella c’est la franchise incarnée ! Quand elle a un truc à te dire, elle te le dit, point. Et c’est super ! Mais surtout quelle voix ! Une de tes questions était ce que Bruno et moi pouvions apporter, elle ne se pose même plus pour Stella. Magma existe aussi grâce à elle, c’est une Grande Dame !<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Isabelle Feuillebois</span> : Ce qui est incroyable chez elle, c’est que quand Christian ou un autre membre du groupe lui dit qu’elle devrait chanter telle ou telle partie, elle refuse d’abord en disant qu’elle ne peut pas. Puis elle le chante, et c’est sublime ! Et elle essaye de nous faire croire que c’était naze… C’est dingue non ?<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">James Mac Gaw</span> : le premier mot qui me vient quand je pense à James est : fluidité. Pourquoi ? Je ne sais pas, son jeu probablement. Même saturé, son jeu reste fluide et clair. Ce n’est pas une place facile, guitariste dans Magma (y a-t-il une place facile dans Magma ?), à mon avis, le meilleur guitariste que Magma ait connu ! Ou en tous cas le plus proche de l’esprit de la musique de Christian.<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Philippe Bussonnet</span> : Un Titan ! Un des meilleurs bassistes que j’ai jamais vus et j’ai la chance de jouer avec ! Je n’en reviens pas ! Pour le peu que je les connais, je dirais qu’avec Christian, l’un est le prolongement de l’autre, et inversement, complémentarité parfaite !<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Benoît Alziary</span> : Benoît est une force de la nature, c’est simple : il n’arrête jamais ! Mais là ou il prend toute sa dimension, c’est sur scène. Les premiers concerts (Grenoble, Le Mans, Saint Germain en Laye) incluaient un set "jazz". Et il nous a gratifiés de chorus incroyables ! Rythme, mélodie, tout y était ! Grand, grand, grand talent !<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Bruno Ruder</span> : Comme je l’ai dit plus haut, c’est un rythmicien de folie ! Mais pas seulement. L’harmonie, il connaît, et puis surtout il a fallu qu’il avale le répertoire et, autant pour les voix, il y a quelques plages de repos, autant pour le pianiste rien du tout !!! Il joue du début à la fin, chapeau !<br />- <span style="font-weight: bold; font-style: italic;">Francis Linon</span> : Un calme olympien ! Quelle que soit la situation, il l’appréhende tout à fait calmement. Il est capable de te dire très tranquillement que niveau son, on est dans une merde noire. Cela dit, je le soupçonne de bouillir à l’intérieur !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Afin de mieux te connaître : quels sont tes musiciens préférés, tes influences (tous styles confondus) ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Voyons voyons… Magma ? Plein d’autres trucs aussi ! Pat Metheny, Chic Corea, Bob Berg, John Williams, Bartok, Fauré, Debussy, Poulenc, Coltrane, Miles, Carl Orff, Al Jarreau jusqu’en 82, Gini Vannelli jusqu’en 83, Paga, Jannick Top, Yes, King Crimson, etc.<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Quels sont tes disques de chevet ou pour l’île déserte ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : Ces derniers temps, j’ai beaucoup écouté la musique du film "Babel" et plus précisément un morceau d’un compositeur japonais <span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;">(4)</span></span> (dont j’ai oublié le nom… Honte sur moi…) qui se situe vers la fin du film ! Je pourrais écouter ce morceau en boucle une journée entière ! Le thème principal du film "La liste de Schindler" me met par terre, carrément !<br /><br /><span style="font-weight: bold;">Quelles sont les musiques actuelles qui t’intéressent ?</span><br /><br /><span style="font-weight: bold;">HA</span> : l’électro, la tektonik (ou je ne sais quoi) me laissent totalement froid ! En fait les musiques que j’aime le plus sont justement celles dont on ne peut dire de quelle époque elles sont ! Celles qui me semblent intemporelles !<br /><br /><span style="font-style: italic;">Propos recueillis le 19 mai. Un grand merci une fois de plus à Hervé Aknin pour le temps consacré à me répondre et pour sa grande gentillesse.</span><br /></div><br />Pour en savoir plus : <a href="http://www.elullnoomi.com/" target="_blank">le site officiel d'Elull Noomi</a> et la page <a href="http://www.myspace.com/elullnoomi" target="_blank">My Space</a> du groupe.<br /><br />Et pour (re)découvrir Elull Noomi de vive oreille, "Aborimis", extrait du disque "Uléella".<br /><object data="http://muzihk.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://muzihk.free.fr/dewplayer/aborimis.mp3&bgcolor=446666" type="application/x-shockwave-flash" height="20" width="200"><br /><param value="http://muzihk.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://muzihk.free.fr/dewplayer/aborimis.mp3&bgcolor=446666" name="movie"><br /></object><br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;">(1)</span> Dont le premier disque, "Uléella", est disponible sur <a href="http://www.ex-tensionrecords.com/ex05/index.htm" target="_blank">Ex-Tension</a>, le label de Stella et Francis Linon.<br /><br /><span style="font-style: italic;">(2)</span> Par un amusant retournement des choses, Hervé Aknin cite un extrait d'une chronique du CD d'Elull Noomi... que j'avais écrite sur la version précédente de ce blog et qu'on peut relire <a href="http://musiques.hautetfort.com/archive/2007/03/11/elull-noomi-est-la.html" target="_blank">ICI</a>.<br /><br /><span style="font-style: italic;">(3)</span> J’ajoute Francis Linon, qui occupe tout de même une place essentielle dans la vie du groupe depuis de longues années.<br /><br /><span style="font-style: italic;">(4)</span> Il s’agit du compositeur Ryuichi Sakamoto qui avait en son temps été le fondateur du Yellow Magic Orchestra.<br /><br /></span><div style="text-align: right;"><span style=";font-family:";font-size:100%;" >© Maître Chronique 2008 :<br />reproduction interdite sans autorisation de l'auteur</span><br /></div><span style="font-size:85%;"><br /></span>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-936200278240385082.post-39793490243260676022008-05-12T11:59:00.012+02:002008-05-20T09:18:24.851+02:00Les onze formules du professeur Zorn<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://maitrechronique.free.fr/pics/zorn_the_dreamers.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 120px;" src="http://maitrechronique.free.fr/pics/zorn_the_dreamers.jpg" alt="" border="0" /></a>Ce type-là commence vraiment à m’énerver…<br /><div style="text-align: justify;"><br />Il pourrait se contenter d’être un saxophoniste lyrique dont les stridences vous interpellent au plus profond de votre sensibilité, vous agacent parfois, vous charment souvent, mais ne vous laissent jamais indifférents.<br /><br />Il pourrait être un compositeur chef d’orchestre à l’étonnante prolixité, capable d’investir des univers sonores variés et parfois très éloignés les uns des autres, quand ils ne semblent pas irréductibles les uns aux autres. Mais toujours en quête.<br /><br />Il pourrait tout simplement être à la tête d’un vaste mouvement artistique et apporter son soutien à de nombreux et talentueux artistes, notamment au sein de la communauté juive de New York.Il pourrait, il pourrait… Il peut tout cela en effet, j’ai même déjà eu l’occasion de <a href="http://musiques.hautetfort.com/archive/2006/10/24/john-le-fou.html" target="_blank">saluer son talent sur la précédente version de ce blog</a>, à l’occasion d’une carte blanche que le festival <a href="http://www.nancyjazzpulsations.com/" target="_blank">Nancy Jazz Pulsations</a> lui avait offerte en octobre 2006. Un texte réécrit quelque temps plus tard pour le compte du magazine <a href="http://www.citizenjazz.com/article3458694.html" target="_blank"><span style="font-weight: bold;">Citizen Jazz</span></a>.<br /><br />Mais il faut aussi que l’année 2008 soit pour <a href="http://www.tzadik.com/" target="_blank"><span style="font-weight: bold;">John Zorn</span></a> l’occasion de proposer un nouvel opus confondant de talent et de limpidité. Une évidence musicale dont la fausse simplicité confine au grand art. Et un disque de plus dans une discographie dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est abondante.<br /><br />Et puis… j’avais déjà écrit aux trois-quarts cette petite note, quelque part dans un coin de ma tête, lorsque je me suis aperçu que dans sa dernière livraison, celle du mois de mai 2008, le magazine <a href="http://www.jazzman.fr/" target="_blank"><span style="font-weight: bold;">Jazzman</span></a>, disait sous la plume d’Alex Dutilh, avec certainement beaucoup plus de talent que moi tout ce que j’avais envie de partager avec vous au sujet de ce splendide album. De quoi vous dégoûter et vous inspirer une retraite anticipée du côté des vingt-quatre mètres carrés de mélèze qui constituent la terrasse du jardin de ville de la Maison Rose pour un farniente bien mérité en cette période quasi estivale du côté de la Lorraine. Il y a les professionnels de la plume avec leur talent, d’un côté, et les "écriveurs" comme moi, qui essaient de traduire avec les moyens du bord ce qu’ils ressentent et tentent de partager leurs propres vibrations, dans la mesure du possible, de l’autre.<br /><br />Je m’étais donc décidé à renoncer. Je pensais vous parler d’autre chose.<br /><br />Et puis… non ! Achetez d’abord Jazzman sous forme papier ou électronique (parce que la presse spécialisée mérite d’être soutenue autant que faire se peut et parce qu’il devient bien difficile de rester au contact de ce qui n’est pas surexposé dans la sphère médiatique télévisée ou radiophonique) et prenez le temps de lire ces quelques lignes, il y a de toutes façons de la place pour tout le monde… enfin, presque, et pour combien de temps, c’est une autre affaire.<br /><br />"<span style="font-weight: bold;">The Dreamers</span>", c’est le nom de ce nouveau disque, ressemble en effet à un petit miracle. Loin des stridences de Pain Killer, des climats éthérés et classicisants du Masada String Trio ou du jazz à teneur garantie en inspiration klezmer du Masada Quartet, la formule concoctée par le professeur Zorn est cette fois d’une limpidité qui en surprendra plus d’un parmi tous ceux qui, parfois, se trouvent déroutés par le caractère imprévisible de la démarche artistique et protéiforme de ce grand monsieur !<br /><br />On devrait d’ailleurs plutôt évoquer onze formules car le disque est composé d’autant de pièces, souvent courtes (la plupart d’entre elles durant de trois à cinq minutes) d’où le saxophoniste est presque toujours absent (à l’exception de "Toys", seule présence fugace et néanmoins typiquement zornienne d’un alto vitaminé), cédant la place au Zorn compositeur, arrangeur et chef d’orchestre. Et là, vous pouvez m’en croire, "The Dreamers" est un magnifique modèle de mise en place et de mariage parfaitement harmonieux des couleurs sonores. La guitare de Marc Ribot, le vibraphone de Kenny Wollesen, l’orgue de Jamie Saft, les percussions de Cyro Baptista, la basse de Trevor Dunn ou la batterie de Joey Baron (formidable enlumineur, on ne le dira jamais assez) créent, sous la baguette de John Zorn, un délicieux breuvage dont il paraît difficile de se repaître. À peine achevée, l’écoute des 53 minutes de ce disque ne vous laisse qu’une seule envie : y revenir, encore et encore ! L’Electric Masada est bien là, au grand complet, et c’est un pur bonheur que de goûter avidement à sa musique. Le constat de cette somme de précision et de concision n’a rien de surprenant quand on a eu la chance de voir l’homme Zorn sur scène, tant son autorité est stupéfiante. Il me revient en mémoire l’édition 2003 du Nancy Jazz Pulsations où Zorn dirigeait d’un bras de fer cette même formation, mettant littéralement K.O. debout un public qui, pourtant, en avait vu pas mal d’autres.<br /><br />Maîtrise, concision, imagination, romantisme, séduction et lyrisme.<br /><br />Surtout, avec ce disque, Zorn réussit, sans jamais tomber dans le piège de la facilité, à rendre sa musique accessible au plus grand nombre tout en laissant libre cours à des passions sans frontières, qui font fi des étiquettes pour notre plus grand plaisir. Comme il le dit lui-même sur le site Internet de son label, cet album s’inscrit dans la continuité de "The Gift", album à vocation populaire s’il en est, et combine les passions musicales dans une sorte de conte de fées instrumental aux multiples facettes : world music, musique pour le cinéma, jazz, minimalisme, funk, rock et plus encore.<br /><br />Inutile de préciser ici que le choix d’un extrait à vous faire écouter relève de la quadrature du cercle, parce que, justement, cet exercice consiste à mettre en avant une formule parmi onze alors que toutes mériteraient d’être distinguées. J’ai choisi deux minutes de "Nekashim", pour sa lumière, sa mélodie qu’on mémorise immédiatement, pour la fusion parfaite entre guitare, vibraphone et Fender Rhodes, pour la subtilité de la frappe de Joey Baron sur ses cymbales, pour la cohésion, l’évidence. Et pour un millier d’autres raisons, qu’on pourrait appliquer tout aussi bien à "A Ride on Cottonfair", "Mystic Circles", "Exodus" ou "Raksasa"…<br /><br />Je ne suis pas un adepte des remises de trophées, des classements, de toutes ces visions scolaires ou diplômantes de la sphère artistique, mais "The Dreamers" est à mon sens l’un de ces ovnis musicaux dont on peut être certain qu’ils marqueront durablement les mois à venir et qu’il mérite à cet égard d’être considéré d’ores et déjà comme l’un des événements marquants de l’année.<br /><br />Il devrait, en toute logique, faire partie de votre discothèque. Je vous aurai prévenus...<br /></div><br /><object data="http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/zorn_nekashim.mp3&bgcolor=446666" type="application/x-shockwave-flash" height="20" width="200"><br /><param value="http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/dewplayer.swf?mp3=http://maitrechronique.free.fr/dewplayer/zorn_nekashim.mp3&bgcolor=446666" name="movie"><br /></object>Maître Chroniquehttp://www.blogger.com/profile/17563568613955457652noreply@blogger.comtag:blo