tag:blogger.com,1999:blog-79306865603131189042008-05-31T09:04:46.944+02:00BLEU DE PAILLEJean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comBlogger15125tag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-35453538160402568182008-04-17T22:32:00.010+02:002008-04-18T09:21:33.278+02:00Marie-Claire Bancquart<a href="http://bp2.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/SAhIQNkY2TI/AAAAAAAAAJs/GO_Fmf09R2g/s1600-h/bancquart.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190478013901887794" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/SAhIQNkY2TI/AAAAAAAAAJs/GO_Fmf09R2g/s200/bancquart.jpg" border="0" /></a><br /><blockquote><em>Dans la clairière une grande pierre debout<br />ressemble à une femme<br />pas tout à fait achevée<br />qu'on aurait hissée de dessous la terre<br /><br />je<br />ne<br />veux<br />pas dit-elle<br />n'être plus qu'un morceau<br />de ce monde qui m'ajustait bien étroit<br /><br />ne me donnez pas un coeur, ses pulsations faussées<br />vers l'introuvable,<br /><br />faites une ouverture-éclair sur le sol<br />glissez-moi de nouveau dans le touffu<br />rendez-moi l'indistinct.<br /><br />Et nous l'avons abandonnée parmi les feuilles,<br />ne pouvant<br />faire mourir la mort.<br /></em></blockquote>Musique : on aurait ici quatre compositions, chacune assemblant deux ou trois mouvements, chacun de ces mouvements liant ensemble cinq, douze, vingt pièces. Et chacune de ces pièces compte à son tour de quelques vers à plus d'une page. La table d'un tel livre éclaire d'un jour inattendu la grande familiarité du poète avec les modes d'organisation de la musique de son temps : on sait sa collaboration comme librettiste à plusieurs oeuvres du compositeur Alain Bancquart. Familiarité, de plus, avec les manières de titrer : la dégustation de la table de <em>Verticale du secret</em> est d'une grande gourmandise.<br />"Chaque partie du recueil va du noir à cette clarté qu'on tente de dire en mots rigoureux", risque l'auteure. Qu'il soit permis de dire que l'oeuvre ici dépasse l'intention : c'est davantage encore dans l'enrichissement du parcours que se vérifie la nécessité du poème. "Pigiste de la vie", "Pour le profond du corps", "Ville, et toi", "Isis toujours" - les quatre parties qu'on a dites, diffractée chacune en une multitude de grains, d'ombres et de timbres, proposent autant d'entrées dans ce qui serait le son de vivre - et son silence. Sans oublier jamais ce que <em>femme</em> veut dire :<br /><br /><blockquote><em>Femmes,<br />nos vêtements aux poches si rares<br /><br />une parfois, où traîne un reçu de distributeur<br />un ticket périmé<br />quelques grains<br />d'une tige, qui fut brin de lavande<br /><br />rien pour notre identité, notre demeure...<br /><br />Tout cela fugitif, dévoré<br />comme notre beau genre...<br /></em></blockquote>Orphée s'éloigne, reste <em>Isis toujours</em> : témoin ce livre superbement composé.<br /><br /><blockquote></blockquote><br /><p align="right">Jean-Marie Perret.<br /></p><br /><ul><br /><li><strong>Marie-Claire Bancquart,<em> Verticale du secret</em>, Obsidiane, 4e trim. 2007.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-49194180135909952652008-04-11T10:32:00.015+02:002008-04-11T11:14:47.606+02:00Yves Bonnefoy<a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R_8p7O-IWDI/AAAAAAAAAI0/eeLKdOudUtA/s1600-h/bonnefoy.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5187911393361811506" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R_8p7O-IWDI/AAAAAAAAAI0/eeLKdOudUtA/s200/bonnefoy.gif" border="0" /></a><br /><div><br /><blockquote>On dit<br />Que des barques paraissent dans le ciel<br />Et que, de quelques-unes,<br />La longue chaîne de l'ancre peut descendre<br />Vers notre terre furtive.<br />L'ancre cherche sur nos prairies, parmi nos arbres,<br />Le lieu où s'arrimer,<br />Mais bientôt un désir de là-haut l'arrache,<br />Le navire d'ailleurs ne veut pas d'ici,<br />Il a son horizon dans un autre rêve.<br /></blockquote>Les livres d'Yves Bonnefoy se succèdent, et il est difficile de n'y pas reconnaître cette grande voix, dans sa permanence et les changements qu'imposent les années. Quand le poète excelle, alors le poème se nourrit de sa propre atmosphère légendaire, que chaque vers, chaque groupe de mots enrichit de certitudes, de doutes, de notations à la fois attendues et surprenantes. Bonnefoy prend des précautions pour dire des choses simples, en précipite de plus complexes, poussant devant lui un flot énergique et doux, où l'on reconnaît sa matière dans ses métamorphoses :</div><br /><div><br /><blockquote>Il advient, toutefois,<br />Que l'ancre soit, dirait-on, lourde inusuellement,<br />Et traîne presque au sol et froisse les arbres,<br />On l'aurait vue se prendre à une porte d'église,<br />Sous le cintre où s'efface notre espoir,<br />Et quelqu'un de cet autre monde fût descendu,<br />Gauchement, le long de la chaîne tendue, violente,<br />Pour délivrer son ciel de notre nuit...<br /></blockquote>Cette <em>Longue chaîne de l'ancre</em>, dont proviennent ces deux extraits, offre la plus belle séquence de vers du recueil. Quant à la prose, on vantera l'éclat de <em>L'Amérique </em>: cette façon de se laisser surprendre par le récit, qui se mue en méditation, avec superposition d'une scène parallèle, imprimée antérieurement dans la mémoire (pure rêverie ?), seul Bonnefoy nous procure de telles émotions dans le moderne poème en prose. Mais c'est au prix d'une surveillance du rythme et du style dont ne témoignent pas au même titre toutes les pièces ici réunies. Un recueil ainsi fait n'est pas forcément un livre : aux inédits s'adjoignent ici, en plus grand nombre, des ensembles parus de 2001 à 2007, dont l'hétérogénéité est patente. Qu'importe :</div><br /><div><br /><blockquote>Et voici qu'un enfant essaie de revenir en arrière, malgré l'étroitesse de la voie - vers qui ? Il se heurte aux autres, eux si requis par la difficulté d'aller de l'avant et de retenir leurs ballons qu'ils ne le voient même pas. Je le prends par le bras, je le retiens. "Où vas-tu ?" lui dis-je. Il lève vers moi deux yeux agrandis par une pensée dont jamais je ne saurai rien. Et je lui ai demandé encore : "Comment t'appeles-tu ?" Mais sans répondre, et me regardant toujours, de ses yeux pensifs, il secoue la tête.<br /></blockquote>Comme ces barques du ciel citées plus haut, ce qui passe et s'interdit entre l'homme d'âge et l'enfant qu'il fut est le thème insistant, profond, de cette grande période qu'on a vue commençant avec <em>Là où retombe la flèche</em>... Lui fait écho le trouble du poète devant sa propre écriture :</div><br /><div><br /><blockquote>Je défroissai mes notes... je n'y découvris aucun sens. Des mots, mais dont la pensée s'était retirée.</blockquote></div><br /><div>De très belles pages.</div><div align="right">Jean-Marie Perret.</div><ul><li>Yves Bonnefoy, <em>La longue chaîne de l'ancre</em>, Mercure de France, 2008.</li></ul><br /><div></div>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-61368489781711803832008-02-25T22:40:00.009+01:002008-03-07T22:42:52.617+01:00Fernand Ouellette<a href="http://bp0.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R8M2JlWVBVI/AAAAAAAAAIE/mBBkr6qSX-Y/s1600-h/ouellette.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5171036335423948114" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R8M2JlWVBVI/AAAAAAAAAIE/mBBkr6qSX-Y/s200/ouellette.gif" border="0" /></a><br /><br /><blockquote><p><em>L’arbre du midi se déplace,<br />Qui déracine son ombre.<br />Un soleil bien présent le vise, total,<br />D’un long faisceau...<br /><br />Tout se grave en moi.<br />Tout s’énonce<br />Dans une seule parole.<br />Pour la mutité de l’âme,<br />Pour les esprits enfin<br />Sur le qui-vive.<br /><br />Ainsi va le jour,<br />Qui sait ouvrer sa lumière<br />Et rassembler les convives.</em> (Midi) </p></blockquote>Après un parcours, jalonné au Québec par de nombreux prix, et cinquante ans de publications, il faut encore prendre le temps de lire le présent recueil de Fernand Ouellette – né à Montréal en 1930. Jamais tonitruante, musicale, au contraire, et modeste, son écriture culmine ici en quelques tableaux peints, en quelque sorte, avec franchise, comme la pièce ci-dessus.Une autre réussite, ses petites enluminures spirituelles – chrétiennes, certes, mais avec un tel tact, une telle discrétion, qu’elles ne prêchent aucune appartenance : <p></p><blockquote><em>Dans la grisaille extrême<br />D’un champ de pierres tombales,<br />Se forment les piliers de bronze<br />De la Jérusalem qui va descendre.<br /><br />La puissance des morts est lumineuse,<br />Quand ils prient fortement<br />Pour mieux traverser les flammes,<br />La rosée de l’Esprit<br />Qui ruisselle dans l’âme<br />Et les enlumine.<br /><br />Prochaine est la révélation<br />Du nom nouveau.<br />Ardente et claire, la brise<br />Du Vivant qui se lève en eux.<br /></em>(Petite apocalypse) <p></p></blockquote>Manières douces et polies qui rappellent Pierre Emmanuel, plus que Claudel ou La Tour du Pin. Lorsqu’il évoque ses sources d'inspiration, Fernand Ouellet cite en effet le matin, la lumière, la mort, l'indicible. Mais si on lui demande ce qui le passionne, il répond : la musique. C’est ce souci de musique qui fait sa poésie évidente et simple, alors même qu’il avoue Friedrich Hölderlin, Pierre Jean Jouve et Paul Celan comme ses poètes préférés – trois auteurs d’oeuvres autrement complexes.<br /><blockquote><em>Pose le regard<br />Bien au bord de la plage océane.<br />L’espace va tout consoler.<br /></em></blockquote>Le poète n’oubliera rien du monde : tout fait poème, dans ces séries chronologiques où il compose (pour ce livre, des pièces écrites de 2000 à 2005, et révisées plus récemment). Tout fait musique.<br /><br /><strong></strong><br /><ul><li><strong>Fernand Ouellette,<em> Présence du large</em>, l’Hexagone, premier trimestre 2008.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-90328532603754932132008-01-17T09:57:00.003+01:002008-03-08T09:16:47.853+01:00Walt Whitman<a href="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R48ZfmUI1kI/AAAAAAAAAH0/0AD16kL2mIA/s1600-h/whitman.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5156368129014158914" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R48ZfmUI1kI/AAAAAAAAAH0/0AD16kL2mIA/s200/whitman.jpg" border="0" /></a><br /><br /><blockquote><p><em>Elèves je vous salue,<br />Je vois vos rangs innombrables qui arrivent . . . . je vois que vous vous comprenez, et moi,<br />Que vous savez que ceux qui voient de leurs yeux sont divins et que ont tout aussi divins les aveugles et les boiteux,<br />Que vous savez que mes pas sont à la traîne après les vôtres tout en les précédant,<br />Et que vous êtes conscients que je ne suis pas plus avec vous qu'avec tous les autres.<br /></em></p></blockquote><br />Les Feuilles d'herbe sont par ailleurs disponibles dans leur version intégrale, grâce notamment à Jacques Darras (Poésie/Gallimard), dont la lecture reste indispensable. Car Withman n'a cessé de remanier et augmenter son livre unique. Mais ici, Corti nous offre la chance d'avoir en mains l'édition première, celle de 1855. L'oeuvre dans son noyau, dans une présentation bilingue, traduite et postfacée par Eric Athenot. L'oeuvre nouvelle, risquée, dans sa toute jeune puissance d'éclatement :<br /><br /><blockquote><em>J'enlace l'homme qui sombre . . . . je le soulève d'une volonté irrépressible.<br />Ô désespéré, voici mon cou.<br />Grand Dieu ! tu ne sombreras point ! Accroche-toi à moi de tout ton poids.<br />Je te dilate d'un souffle inépuisable . . . . je te maintiens à flot ;<br />Chaque pièce de la maison je remplis d'une force en armes . . . . de mes amants, ces trompe-la-mort ;<br />Dors ! nous montons la garde, eux et moi, toute la nuit ...</em></blockquote><br />"Je me célèbre moi", "J'erre toute la nuit dans ma vision", "De leur corps hommes et femmes", "Un jeune homme vint", "Un enfant autrefois", "Ma leçon qui l'apprend ?", "Splendeur des mythes"... Chacun des douze longs poèmes, dans leur fantaisie et leurs fulgurences, est commenté avec simplicité. Et paradoxalement, parce que le langage est particulièrement travaillé par le traducteur pour consonner avec un texte d'âge qussi vénérable, Il nous apparaît dans toute sa jeunesse. L'édition s'orne de surcroît d'un fort beau portrait photographique de l'auteur : que de raisons pour ne pas résister à l'attrait du livre !<br /><ul><li><strong>Walt Whitman, <em>Feuilles d'herbe (1855)</em>, trad. & postface E.Athenot, José Corti 2008.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-63861634775660895332007-11-22T08:12:00.001+01:002008-03-08T09:17:47.934+01:00André Markowicz<a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R0Uv4F-i3jI/AAAAAAAAAE4/-qUcS4F6LuQ/s1600-h/Markowicz.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5135563590809607730" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/R0Uv4F-i3jI/AAAAAAAAAE4/-qUcS4F6LuQ/s200/Markowicz.jpg" border="0" /></a><br />(1960)<br /><div><blockquote><em>Le je me laisse m'en<br />aller de voir<br />sur les voilages la<br />lumière en particules<br />ou la poussière, quel<br />apaisement de l'être, c'est<br />un reflet d'arbres sur une eau flamande<br /></em></blockquote><em>Figures</em> enchaîne vingt-deux chants amples à la recherche d'un monde plein d'être, où auraient leur place maints poètes russes admirés, de Pasternak à Mandelstam. <em>Figures</em> serait de la sorte le livre d'un grand commençant, "au milieu de son âge", puisque l'auteur s'est illustré, jusqu'ici, dans de nombreuses traductions - du russe principalement. Il a pris dans ce bilinguisme une liberté d'allure, un élan, un bouillonnement ; et ce que les grands auteurs ne lui auraient pas appris, il est allé le chercher au théâtre, dans la langue des acteurs :</div><div><blockquote><em>A son réveil,<br />les fragments délavés sont comme<br />un autre corps<br />de sa terreur du trop -<br />un corps<br />en mosaïque sous<br />une eau cette fois trouble ;<br />un point, et puis un autre,<br />et de nouveau le parc<br />et la fatigue<br />invraisemblable :<br />on lève un bras,<br />et la journée est pleine. Il prend<br />un livre et il se sent<br />glisser<br /></em></blockquote>Oui, c'est ainsi que souvent l'on écrit, aujourd'hui, pour le théâtre. Vingt-deux déclamations d'une pièce impossible, une pièce où passeraient à leur tour les ombres de ces doux et redoutables <em>démons</em> - ici, Dostoïevski - les poètes. Vingt-deux traces d'une méditation qui s'est étendue, en 2005, de mai à octobre, et nous vaut cet excellent livre... :</div><div><blockquote><em>Il tremble<br />et sent ce que ses ombres sont -<br />il se voit, lui, parmi ses ombres,<br />et c'est si rassurant d'en être aussi<br />dans ces rues rectilignes...<br /></em></blockquote>... qu'on aimerait entendre souvent, désormais, sur les ondes et sur la scène.</div><ul><li><strong>André Markowicz, <em>Figures</em>, Seuil, mars 2007.</strong></li></ul><div></div>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-61160192158702615412007-11-15T22:35:00.001+01:002008-03-08T09:18:26.426+01:00Michèle Dujardin<a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzzELV-i3iI/AAAAAAAAAEw/VuDx5Lm4_eE/s1600-h/Dujardinmichele1.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5133193374452604450" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzzELV-i3iI/AAAAAAAAAEw/VuDx5Lm4_eE/s200/Dujardinmichele1.jpg" border="0" /></a><br /><br /><br /><br /><br /><span style="font-size:78%;">Photographie Olivier Roller</span><br /><br /><blockquote><p><em>Laisse monter, laisse venir, laisse prendre, le pont du rêve est solide, la vision est nette, la délivrance proche, à ta portée, sans combat, sûre</em></p><p><em>à ta droite les ciels, leurs printemps aux oiseaux clairs, lancés à l'assaut des spirales noires quand tu lèves la tête et que la nuit ils te la déverrouillent, la pénètrent, te l'étoilent de prodiges, comme la mer qu'ils cousent avec ses voiles de sang et ses danses immobiles, dans le vertige clos du baiser...<br /></em></p></blockquote>Le poème de Michèle Dujardin a du souffle, de l'élan, de la portée. <em>Abadôn</em>, du nom du Messager de l'abîme de l'Apocalypse, est un poème en douze chants, dont une <em>Postface</em> situant la première intuition de cette magnifique irruption de rythmes et de cris, son espérance et sa source, dans une amitié d'adolescence face à l'immense baie de Marseille ; sachant alors<br /><blockquote><em>Que nous n'aurions pas le choix, que la question même ne se posait pas, que la seule question était voler, voler jusqu'où la parole se mangerait, jusqu'où les mots usés se perdraient, s'oublieraient comme la vieille peau usée du monde<br /></em></blockquote>Il y a comme un salut à Saint-John Perse, à Segalen, à Claudel même dans cette ampleur de dire, prose soulevée de rythmes serrés et larges respirant odeur de monde, fragrances maritimes, pays découvert d'âme et de visions :<br /><blockquote><em>L'île, si seulement nous avions su en nous penchant un peu tournant la tête, en pluie sur nous ce bleuissoir de la mer, et ces rondes grappes de cris, et même ricochant sur l'écume, la mesure effilée de ce pas des oiseaux, la mer où jamais nos regards ne portèrent, tournant la tête et se penchant un peu, l'île ma soeur, et va d'un champ et vient à l'autre ton regard sur les rocs, la caresse, et va et vient et laisse place nette où mon regard s'éploie...<br /></em></blockquote>On voit une grande attention, et même beaucoup de science dans cette façon dont la langue à son tour comme la mer s'éploie, dont l'écriture se retient et s'épand dans un geste aimant, mimant l'univers... Beau livre, que cet <em>Abadôn</em>.<br /><ul><li><strong>Michèle Dujardin, <em>Abadôn</em>, Seuil, octobre 2007.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-74460951722735884002007-11-09T17:03:00.001+01:002008-03-08T09:19:06.231+01:00Jean-Philippe Gagnon<a href="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzSFXEKpRKI/AAAAAAAAAEQ/9anXJcLbAxE/s1600-h/JeanPhillipeGagnon07.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5130872506783712418" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzSFXEKpRKI/AAAAAAAAAEQ/9anXJcLbAxE/s200/JeanPhillipeGagnon07.jpg" border="0" /></a><br /><br /><div><br /><br /></div><div>(1980)</div><div></div><div></div><div><blockquote><em>depuis cette absence présence miroitée<br />je ne suis plus seul<br /><br />la nuit d'un autre en moi<br />a pris l'apparence de deux oiseaux<br />navigant immobiles<br />côte à côte dans mon sang<br /></em></blockquote>Comment peut-on vivre la séparation de la naissance, lorsque de deux jumeaux arrivant à terme, l'un vit, et l'autre non ? C'est la question qui soulève la quarantaine de poèmes composant ce premier recueil, et confère à celui-ci sa belle unité.</div><div>Rien de funèbre pour autant chez Jean-Philippe Gagnon : sa voix d'Orphée fait oeuvre de lumière, interpelant avec douceur "cette force que je nomme frère" :</div><div><blockquote><em>j'ouvre à claire-voie<br />cette nuit de pierre et de phares<br /><br />je tire mon ombre à la lumière<br /><br />silences<br /></em></blockquote></div><div>Une belle maîtrise de la langue, tout en simplicité, mais jamais prise en flagrant déli d'indigence, renforce la maîtrise de la pensée. Progressivement, le dialogue avec l'absent devient un entretien avec soi-même :</div><div><blockquote><em>j'apprends à dormir dehors<br />écho sans origine<br />devenant chaque nuit<br />frontière<br /><br />je récite tes rêves<br />dômes percés de jour<br /></em></blockquote>On aimerait que tous les premiers recueils soient autant décantés, aussi voulus, aussi irréfutables que celui-ci - et, pour finir, aussi beaux.</div><ul><li><strong>Jean-Philippe Gagnon, <em>Frères d'encre et de sang</em>, l'Hexagone, 2007 (Diffusion en France : Librairie du Québec.)</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-16530041156760475062007-11-08T10:19:00.001+01:002008-03-08T09:20:10.394+01:00Christine Billard<a href="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzRA0EKpRHI/AAAAAAAAAD4/55IKSXj75ss/s1600-h/billardc.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5130797138697602162" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzRA0EKpRHI/AAAAAAAAAD4/55IKSXj75ss/s200/billardc.jpg" border="0" /></a><br /><div><a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzLVrEKpRGI/AAAAAAAAADw/MLSr45Eq0wM/s1600-h/renarde_rouge.jpg"></a></div><br /><div></div><div><br /></div><div></div><br /><div><br /><blockquote><br /><p></p><br /><p></p><br /><p></p><br /><p><em>Visage de pouzzolane<br />modelé dans la lave<br />La terre est un immense cratère<br />d'où un dieu en colère<br />crache des mots de feu<br /><br />Hommes de peu de foi<br />vous aurez à répondre<br />de ce champ de mines<br />de ce ciel à jamais gris de cendres<br />transformé en champ de bataille...</em></p></blockquote>Dans ce quatrième petit volume publié, comme les précédents, à la Renarde Rouge (éditeur par ailleurs réputé pour ses livres pour la jeunesse), Christine Billard conduit sa quête d'un juste-dire dans le champ de l'indignation. Sa poésie discrète, si sensible aux variations du temps, des silhouettes et des visages, s'élargit ainsi à la disharmonie du monde des hommes. Mais jamais l'amertume n'écarte le poète de sa tâche de célébrer (si peu que ce soit), de chanter (si bas qu'il le faille) :</div><div><blockquote><em>... Mais se hisser<br />sur la pointe des pieds<br />s'ouvrir au monde.<br /></em></blockquote>Ces <em>Clématites</em> et ces <em>Ronces de douleurs</em> ont bien du charme, dans leur pitié pour un monde désenchanté, où la poésie garderait en propre néanmoins le suprême privilège de ne pas renoncer à dire, encore et toujours.</div><ul><li><strong>Christine Billard, <em>Ronce de douleurs</em>, La Renarde Rouge (89510 Véron), 2007. </strong></li></ul><br /><div></div>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-32980333789078723052007-10-28T18:57:00.001+01:002008-03-08T09:19:41.107+01:00Emily Dickinson<a href="http://bp2.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RyTN4lqe9YI/AAAAAAAAADg/IUmMqjriHRQ/s1600-h/dickinson_guidu.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5126448647921137026" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RyTN4lqe9YI/AAAAAAAAADg/IUmMqjriHRQ/s200/dickinson_guidu.jpg" border="0" /></a><br /><div></div><br /><p></p><p>(1830-1886)<br /><span style="font-size:78%;">Portrait Guidu ANTONIETTI di CINARCA</span></p><blockquote><p><em>Si je ne suis plus vivante<br />Au retour des Rouges-Gorges,<br />Donne à l'Etranglé de Rouge<br />Une miette au Mémorial.</em></p><p><em>Si je ne puis te dire merci,<br />A cause d'un sommeil profond,<br />Sache au moins que j'essaie<br />De mes lèvres de Granit !</em></p></blockquote><p>Emily Dickinson n'écrit que dans le mystère, mais c'est le mystère de l'existence : et ce mystère la traverse. Les larges espaces américains, elle les parcourt à l'intérieur d'une même maison, où elle passera sans compagnon mais non sans amour ses trop brèves années.</p><p>A ces poèmes d'abord complexe, jamais ne fait défaut pourtant la simplicité fondamentale d'une vivante parmi les vivants :</p><blockquote><p><em>Voici ma lettre au Monde<br />Qui ne M'a jamais écrit -<br />Les simples Nouvelles que la Nature disait -<br />Avec une tendre majesté</em></p><p><em>Son Message est confié<br />A des Mains que je ne vois pas -<br />Pour l'amour d'Elle - Doux - compatriotes -<br />Jugez-Moi avec - tendresse</em></p></blockquote><p>Ce volume est la reprise en collection grand public d'une anthologie d'une cinquantaine de pièces, parue en 1998 dans cette belle traduction : c'est (en attendant d'hypothétiques <em>Oeuvres complètes</em>) une excellente chose.</p><ul><li><strong>Emily Dickinson, <em>Lieu-dit l'éternité</em>, Poèmes choisis, trad. et prés. Patrick Reumaux, bilingue. Le Seuil, Points/Poésie, oct. 2007.</strong><br /></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-645548470023942492007-10-24T19:17:00.000+02:002007-10-25T22:00:46.828+02:00Pascal Commère<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/Rx-CKbNiJ5I/AAAAAAAAACk/5ehDePrIdhA/s1600-h/Commere_pgr.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5124958016585738130" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; CURSOR: pointer" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/Rx-CKbNiJ5I/AAAAAAAAACk/5ehDePrIdhA/s200/Commere_pgr.jpg" border="0" /></a><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />(1951)<br /><br /><blockquote>Herbe égrenée à quoi songeant, oublieuse<br />d'un chemin creusé par la mort, c'est à peine<br />si j'entends le chuintement des roues de ton vélo<br />l'été après les cours,<br />il pleut - la rue crachouille, un nom s'est tu<br />à peine en ressent-on le poids en silence,<br />rumeur avec toi qui viens ce soir dans un bruit d'herbe,<br />adolescente passant étonnée, qui repasse<br />silhouette dans la montée. Bientôt<br />tu perds souffle un temps et t'attardes. Ton ombre<br />est une herbe simple qui penche, fait un signe</blockquote>Ainsi vont trente-huit onzains de la plus belle facture, souples, sensibles et fermes à la fois. Mais l'élégie ci-dessus à une fillette de quinze anscache des humeurs plus diverses : c'est une méditation sur l'herbe, les herbes, ou encore vingt méditations se croisant au gré de promenades vicinales.<br /><blockquote>Habitué aux chemins versés - leur langage,<br />à la conversation que tissent entre elles les herbes<br />quand il a plu, le soleil<br />fait avant de dormir la tournée des collines...</blockquote>Où l'on voit que c'est d'une lumière solaire que vit <span style="FONT-STYLE: italic">Graminées</span>, cet ensemble modeste et doux, retrouvé dans un cahier des années quatre-vingt dix. Lumière émouvante, pour une superbe réussite.<br /><ul><li><span style="FONT-WEIGHT: bold">Pascal Commère, </span><span style="FONT-WEIGHT: bold; FONT-STYLE: italic">Graminées</span><span style="FONT-WEIGHT: bold">, Le Temps qu'il fait, octobre 2007.</span><br /></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-21440813732451211692007-10-17T09:29:00.001+02:002008-03-08T09:20:51.003+01:00Madeleine Gagnon<a href="http://bp2.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzSDS0KpRII/AAAAAAAAAEA/DSNbAQfnZho/s1600-h/MadeleineGagnon05.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5130870234746012802" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RzSDS0KpRII/AAAAAAAAAEA/DSNbAQfnZho/s200/MadeleineGagnon05.jpg" border="0" /></a><br /><br /><a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RxW-tLNiJ3I/AAAAAAAAACU/MXJWFb53iSU/s1600-h/gagnon-hexa.gif"></a><br /><br />(1938)<br /><br /><p></p><br /><br /><blockquote><br /><p><em>C'est l'histoire des trouées de lumière dans ce ciel d'après-tempête - de pluie, de vent - , l'histoire de ce bleu qui ne nous a jamais parlé et qu'on voudrait plein de mots alors que traversent en diagonale son silence les chansonniers de toutes espèces revenus par troupeaux, petits ou grands, migrateurs aux ailes saupoudrées de semences lointaines, c'est l'histoire des oiseaux qui refont la vie des arbres, tels les bourgeons, en passant ou en s'y nichant, printemps printemps... </em></p></blockquote><p>Madeleine Gagon brasse, dans ses proses et ses vers, son Québec natal et la vie telle qu'elle va, telle qu'elle vous prend - telle qu'elle vous laisse -, avec un à-propos de romancière. Elle n'a publié pourtant que deux romans, le reste de son oeuvre est poème, poème... </p><blockquote><em>Dire je pars et je viens<br />chante ne sais d'où au juste<br />de vous anéantis<br />de vous ressuscités<br />d'antan étouffés là réveillés<br />écho des voix perdues défaites voix<br />remaillées<br />plaintes retenues les plaines<br />forêts conquises<br />bois des berceaux voix des revanches </em></blockquote>Abondance et diversité, ces oeuvres presque complètes publiées par l'Hexagone sont (sous couvert d'un titre un peu pâle) d'une belle richesse. A chaque page, la générosité d'un coeur dolent du monde et non de soi, et la joie de dire la vastitude de cette vie qui nous exalte et nous opresse : c'est, avec simplicité, Madeleine Gagnon.<br /><ul><li><strong>Madeleine Gagnon, <em>A l'ombre des mots</em>, Poèmes 1964-2006, L'Hexagone, 2007.<br /></li></ul></strong>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-23385812631938176212007-10-13T21:11:00.001+02:002008-03-08T09:21:29.110+01:00Jean-Pascal Dubost<a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RxEgqLNiJwI/AAAAAAAAABM/FLfo61L6woI/s1600-h/A1355dubost_jp.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5120910160233113346" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RxEgqLNiJwI/AAAAAAAAABM/FLfo61L6woI/s200/A1355dubost_jp.jpg" border="0" /></a><br /><br /><br /><blockquote><p align="justify"><em>Ce matin j'ai tourné autour de la maison plusieurs fois je tournais en rond je tournais cheminant d'un pas lent dans la neige silencieuse où je voyais des traces, des oreilles de lapin d'abord, et qui se mêlaient à celles des oiseaux, puis, à force, aux miennes, et qui, sur le blanc finalement, me donnaient l'impression d'eux </em>(Les étincelants) -</p></blockquote>Ces non-vers de prose tarabustée (au vrai double justification, dans la mise en page du livre), dans lesquels persiste Jean-Pascal Dubost et qu'il signe, nous mènent loin, on ignore où. On est là, dans ses girations si terriblement matérielles que l'esprit s'en mêle, s'enmêle, c'est une machine à faire tourner l'esprit autour d'un centre qu'on n'a point vu. S'il existe. Mais s'il n'existait pas, autour de quoi tournerait-on ?<br /><br />On aimerait parfois que cette fatrasserie où l'auteur nous plonge se range un peu, nous ordonne, introduise dans un ordre (quel qu'il soit). Architecture. Mais non, pas grand chose à craindre de ce côté-là. Paraissent néanmoins <em>CINQ BLOCS</em> dédiés à l'ami, au poète Antoine Emaz. C'est comme une photo d'Antoine qui dans son brillant refléterait un peu Jean-Pascal - et tout prend sa place :<br /><br /><blockquote><p align="justify">OEUVRE<br /><em>Une fois posé le mot fatigue des journées pénibles<br />passées dans un corps de métier pénible ouf peut-<br />être clope ou chope (sûr) la table et l'oeil au-dehors<br />un autre se met dans le même en place à son travail<br />il retrouve un état continu par là son nécessaire<br />à vivre enchâsse et manouvre et sans relâche sertit<br />mais surtout pas une oeuvre, un mot à jeter aux morts -- </em></p></blockquote>On fatrasse par ici de bien belles choses.<br /><br /><ul><li><strong>Jean-Pascal Dubost, <em>Fatrassier</em>, Tarabuste, 2007.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-74712965652872730182007-10-09T23:46:00.001+02:002008-03-08T09:22:16.318+01:00Roger Munier<a href="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/Rwv5jLNiJtI/AAAAAAAAAAg/6TJG8k5VV5I/s1600-h/munier_crlfc.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5119459784136992466" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/Rwv5jLNiJtI/AAAAAAAAAAg/6TJG8k5VV5I/s200/munier_crlfc.jpg" border="0" /></a><br /><br /><blockquote><p></p><p></p><p></p><p><em>Dans presque tous les poèmes, il y a un discours latent qui les altère, sourdement les mine. La poésie du poème</em> sait <em>qu'elle est poésie. Comme la pensée</em> sait <em>qu'elle est la pensée. Et la peinture, et la musique, et la danse. C'est ce qui fait écran. Le poète touche, mais il ne sait pas qu'il touche, ni comment. Il n'est poète que s'il ne le sait, que dans la mesure où il ne le sait ni ne cherche à le savoir.</em></p></blockquote>"Je poursuis la pensée de l'instant", écrivait Roger Munier dans <em>Opus Incertum</em> (Gallimard, 2002, p.75). <em>Poésie</em> poursuit cet assemblage incertain, cette construction n'appareillant que des extraits bruts de carrière. Mais les morceaux ici cernent la poésie. Se tenir au plus près de l'expérience, décrire, et dans l'écriture de la pensée, et dans la pensée de l'instant. A mi-distance toujours du poème et de l'aphorisme, tel que l'entend la philosophie depuis Nietzsche et, plus haut, Héraclite. Entendre l'injonction de l'Un, mais se dispenser obstinément de concaténer, d'organiser à son invite. Se tenir à l'écart de chaînes langagières, qui feraient croire l'esprit à autant de causes et d'effets.<br /><br /><blockquote><em>Au poème, j'ai préféré le texte bref. Chacun de mes "instants" est un poème qui n'a pas lieu. Qui d'ailleurs , s'il n'était plus tenu dans les limites de l'aphorisme, n'aurait pas lieu.<br /></em></blockquote><br />Un retrait à la Blanchot ... mais du corridor qui mène on ne sait où, la porte au passage du passant est demeurée ouverte.<br /><ul><li><strong>Roger Munier, <em>Poésie</em>, Poliphile (9 rue du Gymnase, 21000 Dijon), 2006; 99 exemplaires.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-485981868419506332007-10-05T18:12:00.001+02:002008-03-08T09:22:53.998+01:00Louis Aragon<a href="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RwZlW7NiJsI/AAAAAAAAAAU/veWYrp0Qi2k/s1600-h/aragon_vague.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5117889471079130818" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RwZlW7NiJsI/AAAAAAAAAAU/veWYrp0Qi2k/s200/aragon_vague.gif" border="0" /></a><br /><br />Le poème des poèmes à venir. Aragon avant Aragon... Un Aragon enfoui derrière sa légende, derrière le <em>Manifeste</em> d'André Breton de 1924 (qu'il précède de quelques mois), et non seulement derrière <em>Les cloches de Bâle</em> et <em>Les communistes</em>, mais même derrière <em>Le paysan de Paris </em>et <em>Le fou d'Elsa</em>. Et derrière la geste de Desnos, le rêveur des rêveurs - rêveur forcené, disparu derrière le dernier poste d'aiguillage de Compiègne...<br /><br /><em>Une vague de rêves</em>, « premier manifeste du surréalisme » ? s'interroge Marie-Thérèse Eychart, dans son excellente postface. Il ferait beau voir qu'on subordonne la littérature à son intérêt quant à l'histoire d'ycelle ! Le feu est mis sous le creuset, les métaux y sont jetés, s'y colorent et métamorphosent. Tout est encore possible. A cet instant, on ne sait encore ce que cela va donner : de l'or ? une créature admirable ? le coeur d'un ange ? L'esprit même se retient, à force de mots fulgurants, phrases térébrantes, rythmes incalculables. Et notons au passage une ponctuation libre comme respirer, pas pour faire genre, non : pour être.<br /><br /><br /><blockquote><em>Il m'arrive de perdre soudain tout le fil de ma vie. Je me demande, près d'un café fumant et noir... par quel chemin de la folie j'échoue enfin sous cette arche, ce qu'est au vrai ce pont qu'ils ont nommé ciel...<br /></em></blockquote>La prose n'est pas la prose, la langue est ici dans une vraie crise d'envers : « Je saisis tout à coup comment je me dépasse : l'occasionnel c'est moi, et cette proposition formée je ris à la mémoire de toute l'activité humaine... » Rimbaud n'est pas congédié en effet, il inspire (« J'ai vécu dans l'ombre d'une grande bâtisse blanche ornée de drapeaux et de clameurs ») (« Il fallait pour que la surréalité affleurât la conscience humaine d'extraordinaires écoles, et les événements des siècles amoncelés »).<br />Car le rêve n'est plus déni du monde, mais porte d'entrée majuscule :<br /><br /><br /><blockquote><em>Je rêve d'un long rêve où chacun rêverait. Je ne sais ce que va devenir cette nouvelle entreprise de songes.<br /></em></blockquote>Et la chute, la célèbre – l'admirable :<br /><br /><br /><blockquote><em>Qui est là ? Ah très bien : faites entrer l'infini.<br /></em></blockquote><p>La poésie doit se réapproprier cette <em>Vague</em>, qui est plus qu'un libelle : le poème des poèmes à venir. </p><ul><li><strong>Louis Aragon, <em>Une vague de rêves</em>, 56 p, 10 €. Seghers 2006.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-7930686560313118904.post-74557850987784091792007-10-01T18:31:00.001+02:002008-03-08T09:23:31.902+01:00William Carlos Williams<a href="http://bp0.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RwExF7NiJrI/AAAAAAAAAAM/Sh8WRHA0QFA/s1600-h/williamswc.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5116424629533157042" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_jMjVN9a4grQ/RwExF7NiJrI/AAAAAAAAAAM/Sh8WRHA0QFA/s200/williamswc.jpg" border="0" /></a><br /><br /><br /><br /><br />1883-1963<br /><br /><br /><blockquote><em>"Tout n'est<br />que célébration de la lumière.<br />Toute la pompe et le cérémonial<br />des noces,<br />"Douce Tamise, cours lentement<br />jusqu'à la fin<br />de mon chant," -<br />sont d'un genre identique.<br />Pour notre mariage, aussi,<br />la lumière s'était éveillée<br />et brillait. La lumière !<br />la lumière attendait<br />devant nous !<br />Je crus que le monde<br />s'était arrêté"...</em></blockquote>Cet extrait d'<em>Asphodèle</em> (1954), dans la traduction d'Alain Pailler, donne le ton d'un livre de la grande maturité, où le poète américain se retourne avec émerveillement sur l'amour qui a illuminé son existence. Bilingue, l'édition permet à l'oeil de naviguer dansle vis-à-vis des deux langues, et de vérifier les nuances d'une traduction particulièrement agréable. L'introduction du traducteur souligne la métamorphose du thème d'Orphée, qui travaille ce recueil tout en rigueur et en simplicité : "Chante-moi un chant qui rende la mort tolérable" (<em>Paterson</em>). La douceur s'alliant à la vigueur pour faire de ce poème une oeuvre irréprochable.<br />Toute la sagesse d'une vie s'y condense :<br /><br /><br /><blockquote><em>"Quel pouvoir a la mort, hors le pardon ?<br />Ou si l'on veut<br />par son vouloir<br />ce qui fut lié<br />peut être défait"...</em></blockquote><ul><li><strong>William Carlos Williams, <em>Asphodèle</em> suivi de <em>Tableaux d'après Brueghel</em>, biblingue, trad. A.Pailler, Poésie/Points, Seuil, sept.2007.</strong></li></ul>Jean-Marie Perrethttp://www.blogger.com/profile/12771297085669153588noreply@blogger.com