tag:blogger.com,1999:blog-7170400190591131612009-07-15T14:11:48.120+02:00De la sexualité des araignéesZoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.comBlogger290125tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-81943269186945335612009-07-12T12:00:00.000+02:002009-07-12T12:00:01.233+02:00ô joie de la programmation des billets !Dans une minute paraîtra un billet sur <a href="http://leplafond.blogspot.com/">Le Plafond</a> !<br /><br />Dingue, non ?<br /><br />Ben non, ce n'est pas moi qui l'ai écrit !<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8194326918694533561?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-81192730306729788802009-07-11T20:34:00.003+02:002009-07-11T20:48:52.282+02:00Oblivion<div style="text-align: justify;">"L'Argentin est introverti et c'est pourquoi il souffre. J'ai senti la nostalgie quand j'ai vu mon père pleurer et ces larmes versées restent en moi parce que mon tango, ma musique, est un peu masochiste. J'aime la tristesse, je ne suis pas une personne triste, bien au contraire, mais j'aime redécouvrir la tristesse à travers la musique d'un Schumann ou d'un Malher. Je me sens tout à fait heureux quand j'écoute Malher, tellement heureux. La musique est quelque chose de triste mais je suis heureux en compagnie de la tristesse.<br /><br />Quand Carlos Gardel chantait, tout vous faisait pleurer. Les paroles du tango parlent de l'indifférence de l'homme à l'égard des femmes. Les hommes se sentaient heureux si leur femme les quittait. Ils parlaient de la mort, de la mort de la mère ou de la femme qui quittait son homme pour le meilleur ami de celui-ci."<br /><br /><div style="text-align: right;">Astor Piazzola<br /><br /></div></div><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/I26V_CeC2ak&hl=fr&fs=1&"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/I26V_CeC2ak&hl=fr&fs=1&" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344"></embed></object><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8119273030672978880?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com4tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-13311245382804402602009-06-30T11:01:00.021+02:002009-06-30T13:25:06.066+02:00Juste une petite envie de mourir<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SknqJg6pXmI/AAAAAAAABPw/FXdyT3G5rPE/s1600-h/HeavenMarkRyden.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SknqJg6pXmI/AAAAAAAABPw/FXdyT3G5rPE/s400/HeavenMarkRyden.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5353067081282182754" border="0" /></a>C'est peut-être lorsque j'ai découvert un moucheron au bout de mes doigts - je venais de me gratter sous l'œil - que j'en ai pris conscience. C'était là, niché dans mon ventre, poignant, malgré le soleil, le ciel bleu et le vague contentement de soi qui succède au concert de fin d'année de mes élèves. J'ai cherché comment le nommer, j'ai examiné ce que cela me faisait. Ce n'était pas grand chose, l'image de moi entrain de me laisser tomber de ma chaise, sur le parquet, ou de me noyer dans mon lit et cette douleur, alors, qui creusait entre mes tripes et mon cœur son vaste sillon.<br /></div><div style="text-align: justify;"><div style="text-align: justify;"><br />Un jour mon amie Nathalie m'a dit <span style="font-style: italic;">Tu es très forte, je n'aurais pas supporté la moitié de ce que tu as vécu. Je l'ai déjà difficilement supporté comme amie... </span>Je pense souvent à ces mots, à ce qu'ils disent de moi, ce qu'ils disent de ce que j'ai montré, de ce que j'ai étouffé, de ce qui me tue et je sais qu'il n'y a pas grand chose que je pourrais supporter encore. Pourtant, je me gratte là où ça me démange et je m'attends à sentir des bestioles à l'orée de mes narines, j'imagine des vers qui rampent le long de mes paupières, ça me chatouille tellement ! Je serais bien obligée de supporter cela si ça arrivait mais <span style="font-style: italic;">est-ce que c'est normal d'avoir de telles rêveries</span> ?<br /><br />Plus tard, en parcourant des élucubrations sur la mort de Michael Jackson, j'ai appris que son nez n'avait plus d'arête et que son aile droite s'était effondrée. Il était écrit "Celui que son père surnommait <span style="font-style: italic;">big nose</span> s'était acharné à modifier le sien", quelque chose dans le genre et je me suis demandé comment l'on pouvait résumer un destin d'une formule aussi violente sans être terrifié. Est-ce qu'il est possible de ne pas se rendre compte de ce qui est dit ? Ou est-ce moi qui déforme tout ?<br />Dans <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/2009/06/une-lettre.html"><span style="font-style: italic;">Un conte de Noël</span></a> Elisabeth déclare à sa mère "Le désespoir d'Henri n'a su causer que le malheur. Moi j'ai essayé d'être pleine de joie..." De mon côté, j'ai le sentiment d'avoir essayé les deux, la joie, le désespoir et rien ne me sied vraiment.<br /><br />Finalement, j'ai lancé <span style="font-style: italic;">Ça me donne juste envie de mourir !</span> et j'ai précisé <span style="font-style: italic;">Juste une petite envie </span>!<br />Mais je ne suis pas satisfaite de la formule. Ce n'est pas de l'envie, je ne mourrais pour rien au monde... Alors ?<br /><br />Je vais aller me doucher, peut-être que les démangeaisons se calmeront...<br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration </span>: <span style="font-style: italic;">Heaven</span>, <a href="http://www.markryden.com/">Mark Ryden</a></span><br /></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-1331124538280440260?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com16tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-79357056560497657722009-06-30T10:45:00.003+02:002009-06-30T12:25:27.612+02:00Une lettre<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SknN_RRUrOI/AAAAAAAABPo/zg5rNnj-j1c/s1600-h/AbominableMArkRyden.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 256px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SknN_RRUrOI/AAAAAAAABPo/zg5rNnj-j1c/s320/AbominableMArkRyden.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5353036118958058722" border="0" /></a>"Elisabeth,<br /><br /><div style="text-align: justify;">Sur l'injonction tacite de ton fils, nous voilà conduits à nous voir pour Noël. Quels mots peut-on trouver pour recouvrir plus de cinq ans de bannissement ? Je crains qu'il n'y en ait pas ou qu'il faille une force d'âme telle que tu ne saurais la trouver en toi. Toujours mon vieux principe, ne pas agir au delà de sa capacité à réparer. C'est assez injuste mais ainsi Junon peut presque tout se permettre parce qu'elle peut presque tout réparer. D'autres peuvent peu sinon se laisser pardonner. Ainsi toi et ton mari qui furent tous deux trop couverts d'indulgence. Mais la démesure, la folie, la violence de cette nouvelle structure familiale ont atteint des limites que je n'imaginais pas. Nous sommes ici en plein mythe et je ne sais pas de quel mythe il s'agit. Que se passera-t-il à Noël ? Rien, bien évidemment. Mais peut-être le malaise une fois énoncé, il nous sera plus facile de l'endurer et de se protéger derrière une douce chape d'ennui.<br /><br />Je connais peu de gens qui furent autant haïs que moi et à chaque fois je m'en étonne. Pourtant, j'imagine que d'une façon ou d'une autre, je dois bien le désirer. Alignant les mots avec mon stylo, je m'amuse en songeant que cette lettre semble tout droit sortie d'une parodie de Kafka. Elle ferait un bon début de nouvelle.<br /><br />C'est donc comme si toutes ces tentatives d'assassinat mental et social avaient eu l'heureuse fonction de me transformer en personnage et de transmuer ma vie en roman. Pendant quatre ans voir mes parents dans des cafés quand ils passaient à Paris parce que ma présence puait sans que je sache jamais pourquoi, être toléré chez mon frère cadet ,navré, comme un prisonnier en cavale, apprendre de ving sources différentes que quand ma soeur ne me niait pas, elle prêtait main forte ou main molle aux attaques les plus indécentes qui s'organisaient contre moi, à tout ceci qui est mal décrit à travers le prisme un peu bête de ma solitude, il n'y a pas de mot qu'on puisse ajouter.<br />Quel mot pourrais-tu désormais écrire qui performe une douceur sans mièvrerie après une telle curée ? La voix peut performer bien plus, <span style="font-style: italic;">je le jure</span>, dit-on au tribunal. Ce dernier paragraphe confus pour te dire que j'ai bien conscience que ce courrier n'appelle pas de réponse. Tu n'en trouverais pas les mots et de cela je ne t'en veux pas. Simplement je te regarde aujourd'hui avec une pitié fraternelle. Sœur imprudente, ô, tu as grandement offensé ton sang et comme une petite fille devant un vase cassé, tu ne sauras le recoller. Ce n'était pas ta faute, ni celle du vase, c'était un jeu idiot qui a mal tourné.<br /><br /><div style="text-align: right;">Henri"</div></div><br /><br /><object width="304" height="200"><param name="movie" value="http://www.musicme.com/_share/minialbum.swf?cb=3298490016411"><param name="wmode" value="transparent"><embed src="http://www.musicme.com/_share/minialbum.swf?cb=3298490016411" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="304" height="200"></embed></object><div style="overflow: hidden; width: 280px; position: relative; z-index: 1573; top: 0px; left: 12px; margin-top: -200px;"><a href="http://www.musicme.com/Gregoire-Hetzel/albums/Un-Conte-De-Noel-bof-3298490016411.html"><img src="http://graphics2.musicme.com/pict/spacer.gif" width="280" border="0" height="180" /></a><br /><b><a href="http://www.musicme.com/Gregoire-Hetzel/albums/Un-Conte-De-Noel-bof-3298490016411.html">Grégoire Hetzel : un conte de noël [bof] - écoute gratuite et téléchargement</a></b><br />album proposé par <a href="http://www.musicme.com/">musicMe</a></div><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration </span>: <span style="font-style: italic;">Abominable</span>, <a href="http://www.markryden.com/">Mark Ryden</a></span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-7935705656049765772?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com6tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-30560941973088688522009-06-25T11:41:00.003+02:002009-07-13T15:38:09.490+02:00Le bruit du silence<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SkJMWhBQpUI/AAAAAAAABPg/Hu6Xug8q5dg/s1600-h/Brendan_Monroe_Headache_2006_726_42.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 317px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SkJMWhBQpUI/AAAAAAAABPg/Hu6Xug8q5dg/s320/Brendan_Monroe_Headache_2006_726_42.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5350923256974058818" border="0" /></a>La couverture m'intriguait tandis que le résumé me semblait plutôt rebutant ; je n'ai jamais été attirée par la science-fiction<span style="text-decoration: underline;"></span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction"></a>, genre qui me semble privilégier souvent l'univers au style. Or,<span style="font-style: italic;"> La voix du couteau </span>avait tout du récit d'anticipation : ambiance post-apocalyptique, créatures mystérieuses, virus étrange.<br /><br />C'est pourquoi, je ne m'attendais pas à être saisie dès les premières lignes par une langue drôle, imagée, poétique, au rythme heurté. Dans ce roman c'est le style qui m'a d'abord subjuguée. Le suspense, entretenu habilement par l'usage répété du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cliffhanger_%28fin_ouverte%29">cliffhanger</a> en fin de chapitre, la découverte du monde dans lequel vit Todd, son histoire ont fini de me séduire...<br /><br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">"J'en sais rien. Moi je me crois"</span><br />C'est Todd qui raconte. Il aura 13 ans dans trente jours et alors, il sera officiellement un homme. Pour l'instant, il est le plus jeune de Prentissville et à cause de cela personne ne lui adresse plus la parole en dehors de ses pères adoptifs, Cillian et Ben, et d'Aaron, sombre prêtre qui ponctue ses prêches incompréhensibles de coups.<br /><br />Todd n'a pas été longtemps à l'école, il sait à peine lire et il écrit comme il pense, émaillant, malgré lui, son récit de fautes d'orthographe qui évoquent les fautes de prononciation des enfants - <span style="font-style: italic;">prérapatifs </span>pour préparatifs, <span style="font-style: italic;">criature </span>pour créature, et <span style="font-style: italic;">effarible </span>parce que c'est tellement évocateur ; ça n'a l'air de rien mais ce sont ces accidents d'écriture qui donnent au style sa poésie, son rythme et à la voix de Todd sa véracité.<br />Sans oublier les injures déguisées si savoureuses,<br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">"- Et toi aussi, va te faire </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">feuttre</span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">, je réponds. Sauf que je dis pas </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">feuttre, </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">je dis un autre mot pour </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">feuttre</span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">."</span><br />ni les dialogues avec son chien.<br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">"Manchee sort des broussailles et il s'assied à côté de moi stoppé là en plein milieu du sentier. Il regarde autour de lui pour voir ce que je vois, puis déclare :</span><br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">- Bon popo, Todd.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />- Tant mieux pour toi, Manchee.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />Pas question d'avoir un autre purain de chien pour mon anniversaire prochain. Cette année, je veux un couteau de chasse comme celui que Ben porte à l'arrière de son ceinturon. Ca, c'est un cadeau pour homme.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />- Popo, répète tranquillement Manchee."</span><br />Avant même de comprendre de quoi il s'agissait, j'ai ri, énormément, dès le début du roman.<br /><br />Puis, en dehors de l'écriture novatrice et des aventures du jeune garçon, pleine de rebondissements, de suspense, ce qui m'a passionnée c'est l'histoire du Bruit...<br />A Nouveau Monde, un virus a été répandu qui a, pense Todd, tué toutes les femmes et la moitié des hommes, rendant ce qu'il en reste presque fou : le virus du Bruit. Depuis, tout n'est que vaste brouhaha car aucune pensée ne peut demeurer secrète et même les animaux pensent à leur façon répétitive, et limitée.<br />Le seul moyen de préserver un peu d'intimité c'est d'ajouter des pensées bruyantes à celles que l'on voudrait taire. Mais le stratagème ne fonctionne pas toujours... Car quand ils dorment les hommes laissent encore échapper une clameur, un raffut<span style="color: rgb(51, 51, 255);"> qu'ils savent même pas qu'ils pensent, même quand tout le monde les entend.<br /></span><br />Aussi, quand Todd découvre, dans le marais, un <span style="color: rgb(51, 51, 255);">trou dans le bruit</span>, il est bouleversé :<br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">Je m'élance derrière lui, courant moi aussi, mon sang pulsé, à cause que c'est là, il est là le trou dans le Bruit</span>.<br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">Je l'entends.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />Enfin, je </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">l'entends </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">pas, justement, mais quand je cours vers lui, le vide de </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">ça </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">me touche la poitrine et l'immobilité de </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">ça </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">me tire, et il y a tant de paix dedans, ou non, non, pas paix : </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">silence </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">- tant de silence incroyable que je commence à me sentir vraiment déchiré, comme si j'allais perdre la chose la plus précieuse que j'ai à moi, comme si c'était là, une mort, et je cours et mes yeux se mouillent et ma poitrine s'écrase, et il y a personne pour voir et je veux pas mais mes yeux se mettent à pleurer, ils se mettent à pleurer mes purains d'yeux et je m'arrête une minute et je me plie en deux et </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">Nom, Prénom de Dieu (oh, ça va, hein)</span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">, je perds une longue interminable minute, une longue purain de minute cassé là - après quoi, bien sûr, le trou s'éloigne, il s'est éloigné, il est parti.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />Manchee hésite, entre le courser ou revenir vers moi, puis finalement revient vers moi.<br /></span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);">- Pleure, Todd ?</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />- Ferme-la, je dis, et lui balance un coup de pied.</span><br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">Je le rate exprès.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br /><br /></span>Quand Todd rencontrera Viola, une fille, il sera partagée entre l'envie de la protéger et l'hostilité de ne pouvoir lire en elle. Il y aura bien des disputes entre les deux jeunes gens à cause de leur différence. Car Viola n'a pas de Bruit tandis qu'elle peut lire Todd à livre ouvert.<br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">- Chaque fois que tu penses </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">Oh, elle, c'est vraiment rien que du vide</span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">, ou </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">Il se passe rien à l'intérieur d'elle, </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">ou </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">Peut-être que je peux la larguer avec ces deux là </span><span style="color: rgb(51, 51, 255);">- je l'entends, d'accord ? Et je comprends bien plus de choses, mille fois plus de choses que je ne voudrais. </span> <span style="color: rgb(51, 51, 255);"><br />- Ah oui ? je chuchote moi aussi, mais mon Bruit n'est pas un chuchotement du tout. Chaque fois que tu penses à quelque chose de débile, moi </span><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 51, 255);">je l'entends pas.</span><span style="color: rgb(51, 51, 255);"> Alors, comment je serais supposé savoir ce qui se passe, si tu gardes toujours tout secret ?</span><br /><br />Le Bruit n'est pas seulement quelque chose que les hommes subissent, c'est un véritable personnage, une arme, un miroir. Ainsi, Todd l'élève-t-il <span style="color: rgb(51, 51, 255);">pour barrer la route à tous les questionnements qui viennent des hommes</span> ou <span style="color: rgb(51, 51, 255);">Le Bruit de Matthew se jette sur <span style="font-style: italic;">lui</span> comme des mains de une douzaine de Bruits différents <span style="font-style: italic;">le </span>tâtent,<span style="font-style: italic;"> le</span> sondent brusquement, brutalement, comme des bâtons</span>.<br />Et, quand on perd un être cher, impossible de l'oublier, la douleur devient lancinante :<br /><span style="color: rgb(51, 51, 255);">Son dernier <span style="font-style: italic;">Todd ?</span> laboure mon Bruit comme une plaie.<br />Le Bruit, il a ça de particulier, aussi. Tout ce qui vous est arrivé continue de vous parler, sans cesse et sans cesse.<br /></span><br />Le Bruit d'une personne peut être sincère, rouge de rage, noir ou lumineux : <span style="color: rgb(51, 51, 255);">son bruit lui sort du corps comme une belle fanfare, toute pleine de bienvenue pas bienvenue et de bons sentiments encombrants. </span>On peut le rendre si plat que personne ne peut le lire. On peut le donner à voir comme un film.<br /><br />Son absence chez les femmes est perçu tantôt comme une force, tantôt comme une menace.<br />A Carbonel Downs, par exemple, les femmes sont reléguées de l'autre côté de la rivière, <span style="color: rgb(51, 51, 255);">pour ne pas interférer dans les pensées des hommes</span> et une musique passe jour et nuit empêchant les hommes restés entre eux de s'entendre penser.<br />A Farbranch au contraire, ce sont les femmes qui dirigent la ville car leur insondabilité les rend plus fortes. Auprès d'elles, les hommes semblent calmes et leur Bruit, <span style="color: rgb(51, 51, 255);">quelquefois irrité, (...) généralement suit le cours des choses. </span><br /><br />Le livre refermé, la petite musique de ce roman m'a poursuivi un bon moment (il faut, au passage, saluer le travail du traducteur Bruno Krebs).<br /><br />Je n'avais pas prêté attention au chiffre 1 qui s'étalait sur la couverture.<br />Au milieu de ma lecture, tandis que la fin s'approchait fatalement, j'ai eu la joie d'apprendre qu'il ne s'agissait d'un premier tome... Depuis j'attends...<br /><br /><span style="font-weight: bold;">La voix du couteau - Gallimard Jeunesse - Avril 2009</span><br /><span style="font-weight: bold;">Prix Guardian 2008, Booktrust Teenage Prize 2007</span><br /><a href="http://www.patrickness.com/"><br />Patrick Ness</a> présente son livre <a href="http://www.carnegiegreenaway.org.uk/shadowingsite/watch.php?authorid=6&amp;questionid=35">ici</a>.<br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration : </span><a href="http://www.brendanmonroe.com/">Brendan Monroe</a></span><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-3056094197308868852?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com8tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-91225978677778489382009-06-24T11:19:00.002+02:002009-06-24T11:38:57.698+02:00Je ne suis pas là...Plus que quelques jours de marathon, ensuite je pourrai souffler... En attendant vous pouvez me lire, ainsi que <a href="http://identites.wordpress.com/">Sonia Rahal</a> et <a href="http://lexperiencedudesordre.hautetfort.com/">Sophie Poirier</a> sur l'excellent site <a href="http://www.buzz-litteraire.com/index.php?2009/06/24/1421-trois-jeunes-auteurs-et-blogueuse-racontent-leur-premiere-publication-emeline-bravo-sophie-poirier-et-sonia-rahal">Buzz Littéraire</a>.<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-9122597867777848938?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com10tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-27404123854512229102009-06-15T21:03:00.006+02:002009-06-25T10:21:50.512+02:00Je devrais toujours m'écouter...<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SjafVPE-8jI/AAAAAAAABPA/SoE8zPFelX4/s1600-h/Brendan_Monroe_Taking_Time_and_Letting_Go_2008_1346_97.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 230px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SjafVPE-8jI/AAAAAAAABPA/SoE8zPFelX4/s320/Brendan_Monroe_Taking_Time_and_Letting_Go_2008_1346_97.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5347636794722546226" border="0" /></a>La <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/search/label/Le%20chien">dernière</a> fois, ou peut-être même la <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/search/label/Jeanne">précédente</a>, je m'étais jurée que l'on ne m'y reprendrait pas et qu'avant de publier les premiers épisodes, j'aurais achevé l'histoire dans un fichier word...<br /></div><br /><div style="text-align: justify;">Hélas, là, j'ai cru que mon enthousiasme, aurait je ne sais quel effet magique sur le temps, sur ma fatigue et que malgré un mois de juin s'annonçant terrible, je finirais rapidement...<br />Or je n'en fais rien et <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/search/label/la%20f%C3%AAte">la fête</a> n'a pas encore eu lieu. Je travaille une quarantaine d'heures par semaine au minimum et le soir je reste bouche bée devant mon ordinateur, n'ayant même plus la force de bouger ma souris. Cela ne m'empêche pas de penser tous les jours à mon blog et aux cinq articles dont le plan est dans ma tête... Je suis une petite nature, je sais que de <a href="http://jegpol.blogspot.com/2009/06/la-genese-dun-tri.html">nombreuses</a> <a href="http://yaelleliane.blogspot.com/2009/06/apparences-ii-24.html">personnes</a> <a href="http://detoutetderiensurtoutderiendailleurs.blogspot.com/">travaillent</a> autant et ont le <a href="http://mtislav.blogspot.com/2009/06/quand-vendredi-se-prend-pour-gala.html">courage</a> d'écrire des billets <a href="http://bouchedela.blogspot.com/2009/06/politique-vie-et-fruits-de-saison.html">pleins</a> de verve. L'inconvénient c'est que je ne peux écrire au travail, mes apprentis chanteurs trouveraient cela bizarre !<br /><br />Alors... Vous attendrez ?<br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration</span> : <a href="http://www.brendanmonroe.com/">Brendan Monroe</a></span><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-2740412385451222910?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com29tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-22276179769706385432009-06-07T18:21:00.003+02:002009-06-07T20:48:20.649+02:00Préambule à une heureuse régression<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SivoPSoEfPI/AAAAAAAABN0/2obCs3bRS-Y/s1600-h/65AmyBennett.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 600px; height: auto;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SivoPSoEfPI/AAAAAAAABN0/2obCs3bRS-Y/s400/65AmyBennett.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5344620732200811762" border="0" /></a>A V., la première bibliothèque où je mis les pieds, était sise dans l'aile vieillissante d'une demeure bourgeoise. Entre les allées étriquées planaient des nuées de grains de poussière, brillants comme des copeaux de verre. Ma mère m'aidait à choisir des albums cartonnés. Le premier dont je me souviens décrivait la reproduction humaine. Un spermatozoïde voguait sur des pages roses, frôlant des parois spongieuses, appuyant sa face joviale contre un bel organe rebondi. Après quoi il ne tardait pas à disparaître et je m'inquiétais, une page après l'autre, <span style="font-style: italic;">Il est où le ver de terre Maman ? </span>Ma mère avait beau rétorquer <span style="font-style: italic;">Ce n'est pas un ver de terre, c'est un spermatozoïde</span>, je refusais de croire qu'une chose aussi mignonne puisse être affublée d'un nom aussi barbare. Les dernières pages du livre me barbaient, je battais des pieds, roulais sur le côté, escaladais les accoudoirs du canapé. Que venait faire ce bébé surgi de nulle part ? Je préférais le début de l'histoire et demandais à tourner les pages en sens inverse. Qu'il était drôle ce petit ver de terre !<br /></div><div style="text-align: justify;">Pourtant, aussi plaisant qu'il fut, ce livre m'inquiétait et sa lecture me laissait un goût amer car ma mère ne manquait pas de me rappeler, lorsque nous le refermions, l'arrivée prochaine d'une petite sœur. Elle désignait alternativement le livre et son ventre. Je secouais la tête, mécontente, j'aurais préféré un ver de terre ! <span style="font-style: italic;">Un spermatozoïde, </span>reprenait ma mère machinalement.<br /><br />Plus tard, la bibliothèque s'est installée dans un grand bâtiment qui avait été conçu spécialement pour cela. Au rez-de-chaussée, la bibliothèque pour enfants déployait ses étagères comme l'ossature gigantesque d'un animal mystérieux ; à droite c'était les bandes dessinées, qu'il était quasiment impossible de lire dans l'ordre, au fond, le coin des tout-petits jonché de coussins, et au milieu d'innombrables possibilités de lecture pour l'adolescente que j'étais, bibliothèques roses et vertes, classiques abordables, nouvelles, ouvrages scientifiques, artistiques. Ma mère nous laissait choisir nos livres et montait à l'étage afin de dénicher ceux qu'encore elle n'aurait pas dévorés. Je la rejoignais quelquefois et j'errais, perplexe, entre les sombres allées ; telle le spermatozoïde de mes trois ans, j'avançais sans savoir ce qui m'attendrait au tournant. Je saisissais parfois un ouvrage usé, parcourais la quatrième de couverture, reniflais les pages jaunies des livres... Ma mère me glissait une anecdote au sujet du roman ou de son auteur, m'encourageait à le découvrir ou me disait que ce n'était pas la peine, <span style="font-style: italic;">on l'avait à la maison</span>.<br /><br />J'ai fait, plus vite que je ne l'avais imaginé, le tour des livres jeunesse. Roald Dahl m'avait baladée au gré d'aventures rocambolesques peintes d'une plume épique ; plus tard, Susie Morgenstern m'avait époustouflée par sa modernité, il me semblait qu'à chaque fois l'héroïne de ses romans existait juste pour répondre à mes préoccupations ; Alexandre Dumas, Zola me volaient des après-midi entières. Il y avait aussi un recueil de nouvelles très noires que je relisais souvent. Il me fascinait et lorsque j'essayais d'écrire, j'y pensais comme à un idéal. Un des récits, presque un conte, s'attachait à un petit garçon affamé qui mendiait avec son père dans la rue, sous la neige. Un homme s'émouvait de les voir si démunis et les invitait à venir avec lui au restaurant partager un repas de fête. En entrée, il commandait des huîtres, heureux de leur faire goûter un met des plus raffinés. L'enfant dégoûté, mâchait les mollusques sans pouvoir les avaler. Il me semble que l'histoire s'arrêtait là...<br /><br />Lorsque je décidai de choisir mes lectures à l'étage de la bibliothèque, je gravis la pente qui y menait avec un sentiment d'importance mâtiné de nostalgie. J'allais emprunter les mêmes chemins littéraires que ma mère. Pourtant, si faire lecture commune nous permettrait de communiquer à travers des histoires que nous n'aurions même pas vécues, il me semblait que je ne retrouverais jamais la sensation de parcourir un livre qui me parlait de moi à l'oreille. Je me figurais la jeunesse comme un bien précieux et le monde adulte comme quelque chose que tout le monde pouvait avoir. Je tenais résolument à rester du côté des chanceux du premier groupe, malheureusement ma curiosité m'entrainait déjà de l'autre côté...<br /><br />Je reconnus les quatrièmes de couvertures que j'avais lues de temps en temps. Les livres m'étaient familiers sans que j'aie dépassé ce résumé et les premières lignes, je ne cessais de tomber dessus donc je m'emparai de ceux-ci en premier. Je découvris ainsi Thomas Hardy, les sœurs Brontë, Victor Hugo, les romans policiers en commençant par Agatha Christie. J'eus aussi la surprise de retrouver des romans que j'avais découvert au rez-de-chaussée. Ainsi les frontières n'étaient pas si nettes... Mais c'est seulement avec <span style="font-style: italic;">Harry Potter</span>, beaucoup plus tard, que j'osai plonger de nouveau dans la <span style="font-style: italic;">littérature jeunesse</span>. Alors, se disputèrent en moi la joie de parcourir un récit fascinant et le regret de ne pas avoir eu, enfant, de lecture pareille ; <span style="font-style: italic;">que j'aurais aimé cela</span>, me disais-je en aimant le roman autant que la possibilité de redevenir enfant le temps d'une centaine de pages.<br /><br /><div style="text-align: right;"><span style="font-style: italic;">(A suivre tant que je lirai...)</span><br /></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-2227617976970638543?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com11tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-87169049022525384492009-05-29T20:29:00.010+02:002009-06-24T21:13:12.039+02:00Dr Z.<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SiAvI602SCI/AAAAAAAABMc/DHDmYXXk8uc/s1600-h/TashaCat.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 236px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SiAvI602SCI/AAAAAAAABMc/DHDmYXXk8uc/s320/TashaCat.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5341320988337784866" border="0" /></a>Ce soir il y avait foule dans le métro. Une jeune femme s'est retrouvée en équilibre à côté de mon siège. J'avais reposé depuis un moment mon livre, écœurée par la conjonction de chaleur et de conduite chaotique du chauffeur, aussi observais-je les gens attentivement.<br /></div><div style="text-align: justify;"><br />Elle, brune, bronzée, fine de visage exhibait un petit ventre bien rond surmonté d'une ceinture, elle même surmontée d'une poitrine abondante. "Oh, ai-je dit, vous êtes enceinte ?"<br />C'était plus une affirmation qu'une question. J'engageais simplement la conversation afin de pouvoir lui offrir ma place... Mais à ma grande surprise, elle me répondit que non.<br /><br />Ce faisant, elle n'eut l'air ni choquée, ni vexée comme l'aurait été toute femme à qui l'on poserait à tort une telle question. Je fronçai les sourcils. Elle était, au contraire, tout à fait louche.<br /><br />Je pensai à un épisode mémorable du Dr House dans lequel il soupçonne une femme obèse d'être enceinte. Elle s'obstine à nier. Finalement, ils n'ont raison ni l'un ni l'autre puisque la patiente se révèle porteuse d'une tumeur de la taille d'un enfant de neuf mois...<br /><br />Observant une varice sur la jambe plutôt fine de la jeune femme, la densité du ventre qui n'évoquait pas un bourrelet j'ai songé, presque nostalgique, que j'avais à côté de moi, un rare cas de déni de grossesse. Ou, encore plus rare, une malade qui s'ignorait.<br /><br />Je lui ai souri avec commisération...<br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8716904902252538449?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com22tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-15382775622297379042009-05-25T10:58:00.005+02:002009-05-26T08:44:38.225+02:00La fête (2)<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/ShpbcdrPFSI/AAAAAAAABMM/nUOzYyoGDEQ/s1600-h/Calascione.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 396px; height: 400px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/ShpbcdrPFSI/AAAAAAAABMM/nUOzYyoGDEQ/s400/Calascione.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5339680852761580834" border="0" /></a>C’était le matin que Minna se sentait le plus pesante. Elle se demandait si tout le monde connaissait ça, l'effort que c'était de réintégrer sa peau un jour après l'autre et d’endosser les différents rôles que son entourage espérait. Rien ne servait de se dérober. Quand elle se terrait dans son lit, son père venait la chercher précédé de son ventre qui ressemblait au sien, sa mère l'appelait de son sprechgesang exaspérant, ou Juliette la narguait, essayant ses minijupes avec des moues de pétasse, tortillant ses fesses de rat sous son nez.<br /></div><div style="text-align: justify;">Minna devinait que celle qu'elle était dans ses rêves l’instant précédent, douce, sexuelle, finirait écrabouillée sous le premier pied qu'elle poserait par terre, droit ou gauche. Peu après la colère ferait battre son cœur un peu plus vite que la normale et elle se sentirait lasse à en vomir. <span style="font-style: italic;">Si seulement</span>, pensait-elle assise dans les toilettes, <span style="font-style: italic;">si seulement tout ce qui m’énerve pouvait me faire gerber… Alors je serais plus mince que ma sœur, bien plus mince. </span><br />Elle avait une fois chatouillé sa gorge à l’aide d’une brosse à dents - c'est ainsi que faisait Keyla - mais Minna ne vomissait pas facilement et c’est à peine si elle avait pu cracher quelques miettes du croissant qu’elle venait de manger, baignées dans un filet de bile. Pour faire passer le goût elle avait avalé une tablette de chocolat arrosée d’un litre de Coca-Cola. <span style="font-style: italic;">Bof.</span><br /><br />De toute l’année un seul jour valait la peine d’être vécu selon la jeune fille et bizarrement, c’était celui de son anniversaire. Car depuis quelques années ses parents avaient la discrétion de s’éclipser. Elle avait champ libre. D’autant qu’ils emmenaient même Juliette avec eux. Ils avaient commencé quand elle avait quinze ans, <span style="font-style: italic;">M</span><span style="font-style: italic;">a chérie</span><span style="font-style: italic;"> nous avons tellement confiance en toi</span>, avait bêlé sa mère. Pourquoi pas en fait ? Minna les deux premières fois n’avait fait que glousser avec quelques copines autour de paquets de bonbons. Elles s’étaient couchées vers minuit, les bouches poisseuses et elles avaient échangé dans le noir des confidences tout aussi poisseuses sur les garçons qu’elles aimaient bien. <span style="font-style: italic;">Waouh ! Quel trip quand on y pense !</span> Minna ne connaissait pas encore Keyla à l’époque. Ni Blaise ni Grük.<br />Ah oui, et pour ses dix-sept ans, elles avaient fumé un paquet entier de cigarettes, elles étaient neuf à tousser, sauf une ou deux qui prétendaient en avoir l’habitude et elles avaient sifflé une bouteille de champagne que ses parents conservaient pour une grande occasion. <span style="font-style: italic;">Après tout, c’en était une</span>, elle avait dit, le lendemain à ses parents. Son père avait cligné un de ses yeux chafouins et l’affaire avait été dans le sac. S’il avait vu l’effet que ça leur avait fait à Minna et ses copines, il aurait peut-être même versé une larme débile <span style="font-style: italic;">Il faut bien que jeunesse se passe</span>, il aurait balbutié, sentencieux. Ému que des jeunes filles se sentent saoules après un petit verre d’alcool. Saoules au point de se rouler des pelles une partie de la nuit. Cindy n’avait-elle pas fait un strip-tease ou un truc comme ça d’ailleurs ? <span style="font-style: italic;">Bof. </span><br /><br />Pour ses dix-huit ans Minna voyait les choses en grand. Pour la première fois, il y aurait des garçons. Keyla avait promis qu’elle rameuterait des copains de son quartier et surtout, Minna, depuis plusieurs semaines, se préparait à adresser la parole à Blaise et Grük pour les inviter. Il ne se passait pas une heure sans qu’elle y pense. Elle visualisait la scène comme le lui conseillait toujours son psy lorsqu'ils évoquaient ce qui la terrifiait, elle tapoterait sur l'épaule de Grük en cours d'Economie, de Blaise en Droit, <span style="font-style: italic;">Salut, ça te dirait de venir à une fête ?</span> Ce qui la retenait c’était la certitude déraisonnable que les garçons liraient derrière ses paupières baissées les rêveries salaces qu’elles nourrissaient à leur égard. <span style="font-style: italic;">Et s’ils me voulaient tous les deux</span>, se demandait-elle, <span style="font-style: italic;">comment je ferai</span>s ? Elle savait qu'elle serait incapable de résister à l’un comme à l’autre ; peut-être même que le vieux SDF qui dormait le long du boulevard pourrait obtenir ses faveurs pour peu que ses yeux brillent assez en la regardant... <span style="font-style: italic;">T</span><span style="font-style: italic;">u y crois, toi</span><span style="font-style: italic;"> </span>? lui soufflait une petite voix . <span style="font-style: italic;">Bof</span>. Le SDF, à la rigueur...<br /><span style="font-size:85%;"><br /><span style="font-weight: bold;">Illustration </span>: <a href="http://www.calascione.com/">Calascione</a></span><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-1538277562229737904?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com11tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-62936032043671696522009-05-25T10:24:00.009+02:002009-05-25T10:34:19.690+02:00So long, DorhamounetSi vous cliquez sur Extra-Ball, dans ma blogroll, vous aboutirez désormais sur un message d'erreur. Dorham a décidé de ne plus bloguer... <br /><br />Il va me manquer...<br /><br />Bye l'ami !<br /><br /><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/VGpMmB0QJqc&hl=fr&fs=1"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/VGpMmB0QJqc&hl=fr&fs=1" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344"></embed></object><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-6293603204367169652?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com11tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-78485753990114892672009-05-22T10:03:00.002+02:002009-05-22T10:06:57.798+02:00Fils - le texte de Mtislav<div style="text-align: justify;">Mtislav se l'était réservé et il a tenu promesse. Son beau texte, au cordeau, a déjà enthousiasmé et ému plein de lecteurs... Ne le manquez pas !<br /><a href="http://mtislav.blogspot.com/2009/05/fils-de-p.html">http://mtislav.blogspot.com/2009/05/fils-de-p.html</a><br /><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-7848575399011489267?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com9tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-81164502891941781702009-05-21T14:57:00.006+02:002009-06-30T10:10:27.878+02:00On ne nait pas homme<div style="text-align: justify;">"Hypothèse en pointillé : dès qu'un petit garçon comprend qu'il vient (que tout le monde vient) de l'intérieur d'un corps de femme, un corps donc différent du sien, il se met à construire et à détruire, à bricoler, à manier, à remanier et à tripatouiller, la petite fille ne fait pas cela. Les garçons ouvrent les poupées, les nounours et les voitures petites et grandes, ils ouvrent les fusils, jouets ou non, pour en comprendre le fonctionnement ; ils veulent pénétrer le mystère de la vie, des origines, comprendre d'où ils viennent, pourquoi ils sont là ; ils regardent de près, d'encore plus près ; plus tard, certains iront jusqu'à arracher le fœtus du ventre de la femme enceinte et à en fracasser le crâne. Après le dépeçage du nounours, après le carnage, ils laissent derrière eux : non-sens, monceaux de chairs mortes qui ne veulent plus rien dire. Ils ont réussi à transformer le vivant en mort, en objet, en chose, en rien : puissance sidérante qui ne peut se comparer qu'à celle de mettre un enfant au monde."<br /></div><br />Le reste de l'article de Nancy Huston pour <span style="font-style: italic;">Le Monde</span> est <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/05/16/on-ne-nait-pas-homme_1194052_3232.html">là</a> !<br />Olympe en a parlé <a href="http://blog.plafonddeverre.fr/post/On-ne-nait-pas-homme-apres-meditation">ici</a>...<br /><br />Je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez...<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8116450289194178170?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com22tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-26016860361609954162009-05-18T10:42:00.008+02:002009-05-21T19:09:16.485+02:00La fête (1)<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/ShEKLAa34hI/AAAAAAAABLs/MHaa5DXY1cM/s1600-h/JVinerimmaculatemetamorphlow.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 319px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/ShEKLAa34hI/AAAAAAAABLs/MHaa5DXY1cM/s320/JVinerimmaculatemetamorphlow.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5337058217618301458" border="0" /></a>En s'endormant Minna caressait ses bras épais comme des jambonneaux.<br />Elle avait cette habitude depuis l'enfance mais c'est récemment qu'elle s'était mise à rêver que ses bras étaient ses jambes et que ce n'était pas elle qui les caressait.<br /></div><div style="text-align: justify;"><br />En général, elle imaginait le sourire de Blaise tandis que les gros doigts boudinés de sa main droite pétrissaient son avant-bras, cernaient le poignet étrangement gracile et remontaient à l'intérieur du bras, là où la peau est douce et les veines affleurent.<br />Mais il arrivait que s'y substituent les yeux froids et brillants du garçon au premier rang du cours d'Histoire des Faits Économiques. Sa copine Keyla lui avait dit qu'il s'appelait Alexis, elle avait aperçu le prénom griffonné en haut d'un devoir, seulement Minna s'en moquait, elle ne voulait pas le savoir. Tout ce qu'elle voyait c'est qu'il n'avait pas une tête à avoir un prénom qui existe. Il n'était pas comme les autres, c'était évident et rien ne servait d'essayer d'expliquer cela à Keyla, elle ne comprendrait pas, elle se moquerait d'elle, encore une fois. D'ailleurs Keyla n'avait pas les mêmes goûts que son amie en matière de garçons. Enfin, c'est plutôt que Keyla avait décidé de n'être attirée que par les bruns aux yeux bleus et comme ci et comme ça, tandis que Minna savait bien qu'elle se donnerait à qui le voudrait... Pas question de tergiverser, elle ne voulait pas finir vierge ! Vierge et obèse, quel destin ! Quelle horreur !<br />En esprit, Minna préférait appeler le garçon du cours d'Histoire des Faits Économiques Grük ; Alexis c'était bien trop banal. Tandis que Grük, ça lui allait comme un gant...<br /><br />Minna n'avait pas échangé un mot avec Grük mais elle avait l'impression qu'il l'observait et plus d'une fois, elle avait trébuché en rejoignant son siège parce que le regard qu'il dardait sur sa nuque était si inexpressif qu'il ne pouvait révéler qu'un amour ou une haine incroyables. Peu importe, grosse Minna qui ne comptait pour personne se contenterait d'être haïe, pourvu que ce soit avec passion. A l'intérieur de ses cahier, Minna griffonnait des B. pour Blaise et des Grük qui faisait rire Keyla : <span style="font-style: italic;">Jamais vu une tordue comme toi</span>, elle lui disait et les deux comparses riaient à s'en étouffer, baissant la tête pour dissimuler leur inattention au professeur. <span style="font-style: italic;">Grük, Grük, </span>répétait Keyla, <span style="font-style: italic;">mais d'où tu sors ça bordel ? C'est le nom de ta planète c'est ça ? Tu vas tous nous manger à la fin ? </span>Pour qu'elle se calme, Minna attrapait un bourrelet de sa taille, elle tordait et, en général, ça suffisait pour que Keyla la ferme.<br /><br />La jeune fille se troublait toujours en pensant à Grük. Les images doucereuses des rêveries qu'elle partageait avec ses copines, les projets d'avenir inspirés des pires mélos, laissaient place à des scénarios salaces que Minna ne devait à personne : sa chair débordait de cordages qui l'enchaînaient à un lit, on l'interpellait, on lui tirait les cheveux, Minna bavait, sa bouche s'ouvrait comme pour happer, elle se tortillait sous ses draps, étouffait ses gémissements dans son oreiller. Même Blaise était là, à contre-jour, un peu effacé mais peut-être pas si innocent que ça après tout. Le film s'arrêtait assez brusquement, fracassé contre les arrêtes du caractère terre à terre de la fille car Minna ne savait pas désirer ce qu'elle ne connaissait pas ; sa mère disait toujours ce truc imbuvable <span style="font-style: italic;">: Juliette c'est l'artiste, la rêveuse, Minna c'est le concret... Ma grande est tellement terre à terre</span> ! Puis comme pour se faire pardonner, elle ajoutait <span style="font-style: italic;">: Au moins, avec elle je ne me fais pas de souci, je sais qu'elle se choisira un travail sérieux et tout ce qui va avec. Alors que Juliette, elle n'a pas fini de me causer des insomnies !</span><br /><br />Minna reprenait son souffle, un peu écœurée, mais surtout furieuse que l'histoire se heurte aux limites de ce qu'elle avait vécu : un baiser échangé au CP avec Damien Leroux. Impossible, même si elle avait lu des livres, vu des films, d'imaginer qu'un garçon puisse la caresser et placer son sexe entre ses jambes. Pourtant elle était sûre de souhaiter que cela advienne. Car sa mère se trompait. C'est à cause de son manque d'imagination que Minna essayerait le plus de choses. Juliette laisserait sa nature lymphatique décider de sa vie ; Minna, au contraire, prendrait les devants pour que son quotidien revête les couleurs qui lui plaisaient vraiment. Et elle n'avait jamais eu les mêmes goûts que les autres !<br /><br />De l'autre côté de le chambre sa sœur dormait déjà et son nez sifflait avec un petit claquement au début de chaque inspiration. Une frange noire mordait son front, ses bras s'étiraient comme les cous de cygnes amoureux autour du délicat visage assoupi. Juliette avait treize ans et elle était venait de rompre avec son premier amant, un terminale de son lycée. Celui-ci, digérant mal la rupture venait hurler sous leurs fenêtres un soir sur deux. La semaine dernière, il avait intercepté Minna alors qu'elle rentrait d'un baby-sitting. Éméché, le jeune-homme l'avait plaquée contre la porte de l'immeuble et il avait frotté son visage contre son épaule dodue. Il murmurait : <span style="font-style: italic;">Ma Juliette, ma Juliette, dis-moi comment elle peut me faire ça, hein dis-moi ?</span> mais c'est elle, Minna, qu'il touchait, dans ses cheveux qu'il mouchait ses larmes. Minna d'abord qui avait voulu le repousser, l'envoyer dinguer sur les marches de l'escalier, se sentit flancher, émue par son désespoir, troublée par la main qu'il remuait sur ses hanches. Ses pensées se déroulaient à toute vitesse et au milieu d'elle un désir fou étalait son audace comme des tentacules.<br /><br />Elle lui tendait les lèvres quand il avait reculé : <span style="font-style: italic;">Mais qu'est-ce que je fais moi ? Non mais n'importe quoi !</span> Il était parti sans s'excuser...<br /><br />La dernière fois qu'il avait hurlé en bas de l'immeuble, Juliette dormait chez une amie et Minna avait déversé, par la fenêtre, un seau d'eau entier ; elle y avait mis tant d'enthousiasme et de rage que le seau était parti avec son contenu. Quand Damien avait protesté elle avait hurlé <span style="font-style: italic;">ta gueule !</span> et peu après elle avait entendu démarrer son scooter ridicule.<br /><br /><div style="text-align: right;"><span style="font-style: italic;">(A suivre...)</span><br /><br /><div style="text-align: left;"><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration </span>: <a href="http://www.vinerstudio.com/">Jonathan</a> <a href="http://store.vinerstudio.com/">Viner</a></span><br /></div></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-2601686036160995416?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com15tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-77861506370394496092009-05-17T12:05:00.002+02:002009-05-17T12:08:53.316+02:00La Petite Demoiselle Muffet<div style="text-align: center;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sg_hqX5i7TI/AAAAAAAABLU/4Furd0QD3Ck/s1600-h/littlemissmuffet_willcox.jpeg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 248px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sg_hqX5i7TI/AAAAAAAABLU/4Furd0QD3Ck/s400/littlemissmuffet_willcox.jpeg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5336732201543462194" border="0" /></a><span style="font-weight: bold;">La petite demoiselle Muffet</span><br /><span style="font-weight: bold;">Assise sur un tabouret</span><br /><span style="font-weight: bold;">Mangeait son caillé et son petit-lait.</span><br /><span style="font-weight: bold;">Vint une araignée</span><br /><span style="font-weight: bold;">Qui s'assit à côté</span><br /><span style="font-weight: bold;">Mademoiselle Muffet partit tout effrayée.</span><br /><br /><br /><span style="font-style: italic;">Little Miss Muffet,</span><br /><span style="font-style: italic;">Sat on a tuffet, </span><br /><span style="font-style: italic;">Eating her curds and whey.</span><br /><span style="font-style: italic;">Along came a spider, </span><br /><span style="font-style: italic;">Who sat down beside her, </span><br /><span style="font-style: italic;">And frightened, Miss Muffet, away.</span><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-7786150637039449609?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com8tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-59515500691981870472009-05-15T11:11:00.006+02:002009-05-15T12:27:40.843+02:00La chasse<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sg0q3VrWMeI/AAAAAAAABK0/Fy7qVMS4arg/s1600-h/JulieFillo.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 247px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sg0q3VrWMeI/AAAAAAAABK0/Fy7qVMS4arg/s320/JulieFillo.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5335968263704031714" border="0" /></a>Il y a quelques semaines des ouvriers sont venus et, munis de marteaux-piqueurs, ils ont, avec détermination, éventré les trottoirs de ma rue. Leur installation s'était faite sous la fenêtre de notre chambre, à l'aube - du moins, c'est le souvenir que j'en garde -mais les jours suivants, l'ouvrage des marteaux-piqueurs s'est étendu jusqu'à l'avenue Marx Dormoy.<br /></div><div style="text-align: justify;">Lorsqu'ils eurent passé la rue Poissonnière, il ne nous parvint plus qu'un vague écho mais le souvenir du supplice enduré nous le rendait insupportable. Dehors, nos pieds charriaient des monceaux de boue, la terre bavait sur la route et, craignant de crotter mes bottines vernies, je me croyais transportée quelques siècles auparavant, lorsque le goudron ne recouvrait pas le sol de Paris.<br /><br />Une semaine après l'autre, le bitume s'est lézardé laissant apparaître ses entrailles parcourues de tuyaux nauséabonds. En passant près des excavations, je me rappelais ce fait divers, l'année dernière je crois : à la suite de travaux devant chez eux, les habitants d'un immeuble s'étaient plaints de sentir une odeur de gaz. Les ouvriers étaient partis sans les prendre au sérieux. Jusqu'à ce que l'immeuble explose... Il y avait eu de nombreuses victimes.<br /><br />Par ici aussi, ils ont fini par reboucher les trous et remballer leur matériel. Bientôt les matins sont devenus quasi calmes : seuls les camions du Champion, le va-et-vient incessant des palettes et parfois, de gentils coups de klaxons nous réveillaient. La cacophonie habituelle. Après l'acharnement sonore des marteaux-piqueurs, ces menus bruits nous avaient semblé désirables et je me suis surprise, un matin, à ôter une boule Quiès pour savourer amoureusement le grincement des roulettes devant l'entrepôt.<br /><br />Je pensais que nous subirions juste après l'odeur du goudron, moindre désagrément pour des trottoirs touts neufs. Que nenni. Les trottoirs restent zébrés de brun et dégueulent de la boue lorsqu'il pleut. Par la fenêtre, cela fait comme des pointillés brun sur la grisaille. J'ai pris l'habitude de sauter par dessus les lambeaux de terre mise à nue, de slalomer, d'éviter. Je me demande quel effet sur le mental peut avoir le fait d'habiter dans une rue qui ressemble à des points de suspension à l'infini. Dans l'écriture aussi je les ai évités longtemps. Ainsi que les points d'exclamation multipliés et les petits ronds au-dessus de la lettre i.<br /><br />Bref, à cause de la désorganisation de l'espace sous mes fenêtres, je ne les ai pas remarquées tout de suite. D'abord il y a du monde, même le soir, les rires fusent, des cris couvrent le vrombissement des voitures qui redémarre lorsque le feu passe au vert, on se hèle, on se harangue, on s'enthousiasme, on râle, on se bat. Devant le petit café, les habitués fument leur clope en me saluant d'un air goguenard. C'est toujours un objet de réflexion pour moi : pourquoi tous les clients de ce bar ont-ils l'air goguenard ? Mais je me trompe, les femmes n'ont pas le même air. De leurs voix rauques de fumeuses, elles gueulent des blagues puis toussent en riant. Elles sont imposantes, leur ventre les précède et sous leurs yeux vitreux, le khôl dégouline. Mais elles possèdent une grâce étrange - peut-être conférée par l'assurance de plaire - qui m'amène à les fixer longuement lorsque je passe devant elles. Le patron, lui, me salue avec chaleur. Puis, parmi les goguenards il y a ceux qui ont vraiment l'air de rire en dedans et ceux qui font mine de flirter. Je sourie aux rieurs, parfois, je salue les autres d'un hochement de tête sévère. Un peu plus loin, je vois des hommes et des femmes qui, absorbés dans leur conversation, ne cessent de guetter la <a href="http://extra-ball.blogspot.com/2008/05/poubelles-de-supermarchs.html">sortie</a> des <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/2007/11/ne-pas-avoir-peur.html">poubelles</a> du <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/search/label/Poubelles%20de%20supermarch%C3%A9">supermarché</a>. Il arrive que je les entende évoquer un incident : "Il nous a dit que si on revenait, il appellerait les flics". Ils se font discrets, ils se mêlent aux clients du bar, à ceux du salon de coiffure, ils se fondent dans le décor.<br /><br />Elles surgissent la nuit tombée. Je les ai remarquées un soir. Il était minuit passé. B. et moi venions de nous coucher lorsqu'un frottement dans la pièce m'a poussé à allumer. J'ai scruté le plafond. Dans le coin droit de la pièce j'ai aperçu une tâche noire :<br />"Ah ah, ai-je dit, cette nuit tu vas gober une araignée !"<br />J'étais entrain de calculer les possibilités que l'insecte tombe dans ma bouche plutôt que dans celle de mon époux, lorsqu'un mouvement a attiré mon regard, dans le coin gauche de la pièce. De mon côté. Une araignée dodue agitait ses pattes dans une toile qui partait de la bibliothèque. B. a éclaté de rire.<br />"Ce n'ai pas drôle, ai-je râlé. Tu crois que c'est un couple ?"<br />J'ai aussitôt imaginé les ébats qui avaient peut-être eu lieu juste au-dessus de nous, depuis des semaines. Je me suis demandée si la femelle araignée, en ce moment même portait ses petits sur son dos. Mais il me semble que le mâle est vivant... Or il paraît qu'après l'accouplement, la femelle, le tue. Parfois elle le mange. Cela dépend des espèces.<br />"Ils n'en sont peut-être qu'à la phase de séduction, ai-je murmuré.<br />- Et si c'était toi qui le faisais pour une fois, a grogné B.<br />- Ah non, j'ai dit, je ne peux pas ! Je suis une des leurs !"<br />Et j'ai quitté la chambre pour ne pas assister au carnage.<br /><br />Le front contre la fenêtre du salon j'ai regardé dans la rue. Comme chaque fois, que je scrute l'obscurité depuis que nous habitons là, j'ai repensé à la femme-qui-autrefois-dormait-en-bas de-chez-moi. Je me suis demandée où elle pouvait être et j'ai espéré qu'elle reçoive enfin des soins appropriés.<br />"Peut-être a-t-elle enfin retrouvé la raison ? Et ses enfants, ai-je pensé.<br />- Zut, râla B.. Elle a sauté !<br />- Oh non, ai-je dit en retournant dans la pièce. Et bien sûr c'est de mon côté ! Je suis sûre que pour la tienne tu t'es appliqué !<br />- Elle était morte, a-t-il dit. Enfin il y avait un truc mort.<br />- A mon avis c'était le mâle, ai-je dit en lui jetant un regard menaçant."<br /><br />Et je suis retournée observer la rue pendant que B. empilait les livres qui jonchent le sol au pied du lit, de mon côté. De temps en temps, une ombre le faisait sursauter, il donnait un coup de balais avant de s'apercevoir que ce n'était rien. Dehors quelque chose avait attiré mon attention. Plusieurs jeunes filles attendaient. Elles étaient deux par deux, appuyées contre les vitrines des boutiques fermées. Il y en avait une demi-douzaine. Leurs vêtements étaient ceux de lycéennes : jeans noirs moulants, tee-shirts, petits blousons ajustés. Toutes étaient en noir et blanc. <span style="font-style: italic;">Qu'est ce qu'elles peuvent bien attendre à cette heure de la nuit</span> <span style="font-style: italic;">? </span>je me demandais. Soudain un homme est passé et l'une d'elle lui a adressé la parole. <span style="font-style: italic;">Tiens elle doit vouloir connaître l'heure ! </span>C'est tout ce que je parvenais à imaginer. Mais l'homme n'a pas regardé sa montre, ni consulté son portable. La fille a traversé la rue en direction de mon immeuble et il l'a suivi. Cinq minutes plus tard une autre fille est partie avec un autre homme.<br /><br />"Ça y est je l'ai eue ! a crié B. dans la chambre.<br />- Il y a des putes dans la rue, j'ai répondu. Tu ne me mens pas ? j'ai insisté... Fais voir !"<br /><br />Sous sa chaussure, B. me montra la femelle araignée, toute aplatie. Et nous sommes allés nous coucher en fermant la bouche au cas où les petits aient survécu.<br /><span style="font-size:85%;"><br /><span style="font-weight: bold;">Illustration </span>: <a href="http://www.etsy.com/shop.php?user_id=102589">Julie Fillo</a></span><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-5951550069198187047?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com19tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-89350048415542569152009-05-09T00:21:00.001+02:002009-05-09T10:33:43.080+02:00Les amis<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SgSvci2mIlI/AAAAAAAABKs/zF30GLvvKJ4/s1600-h/AndyHixon27.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 226px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SgSvci2mIlI/AAAAAAAABKs/zF30GLvvKJ4/s320/AndyHixon27.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5333580763640504914" border="0" /></a>Il y a quelques temps, après avoir lu <span style="font-style: italic;">Le film</span>* de Cypora Petitjean-Cerf, j'ai pensé à ce que je voudrais montrer si je réalisais un documentaire...</div><div style="text-align: justify;"><br />Dans le roman, Ruth, une institutrice qui déteste ses élèves, s'interroge sur les racines. Devant la caméra, elle évoque le besoin poignant qu'elle avait eue d'exprimer son identité juive, enfant, besoin que son père avait réprimé violemment, par haine des religions et de ce qu'elles engendrent... de violences, justement.<br />En contrepoint, Gisèle, sa voisine, adoptée à la naissance, tente de faire de son attachement à tout ce qui est espagnol, la preuve de ses origines ibériques. Peu à peu, le documentaire fascine tout leur entourage et chacun sans savoir grand chose de ce qui se tourne, finit par s'interroger sur le sens de sa vie. Peut-être est-ce la boulangère qui m'a amenée vers mon projet. Cette femme, obèse, mène une vie de titan pour nourrir sa famille. De temps en temps, elle se souvient de son premier amour, de ses aspirations passées. Jusqu'au jour où elle réussit à s'extirper de son quotidien lénifiant. Elle achète une caméra et commence à rédiger un scénario...<br /><br />Alors ce sont mes amis que j'ai imaginé filmer, ce sont eux que j'ai eu envie d'interroger : <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/search/label/Des%20mots">Nathalie</a> et son compagnon <a href="http://quicoulol.blogspot.com/2008/03/faire-caca.html">Monsieur</a> <a href="http://balmeyer.blogspot.com/2007/11/les-yeux-qui-ne-bougent-pas.html">Rom</a><a href="http://balmeyer.blogspot.com/2008/06/sss.html">ano</a>, les premiers que j'ai connus, puis B. et son acolyte <a href="http://fanzinebd.canalblog.com/archives/mieux/index.html">Jérôme Boche</a>, Maud, sa compagne, arrivée plus tard. Nous avons vécu ensemble à tour de rôle, les groupes se sont composés puis dénoués, nous avons partagé nos rêves d'avenir, dressé des constats du présent, nous avons passé des nuits blanches et certains jours noirs, nous avons écrit, nous nous sommes filmés, nous avons assisté aux concerts des uns, aux expos des autres, nous avons dansé, chanté... Nous pourrions évoquer les périodes où nous nous sommes connus, où nous avons été comme les doigts d'une main : la passion du cinéma avec Nathalie et notre correspondance, les concerts de rock dans les champs avec Monsieur Romano, <a href="http://balmeyer.blogspot.com/search/label/les%20gardes%20russes">l'opérette</a> avec Jérôme Boche et les soirées nouvelles à Paris, les visites à la maternité... J'en oublie, évidemment....<br /><br />Ensuite, nous raconterions notre présent. Je ne sais pas ce que me diraient les autres mais j'évoquerais bien sûr la difficulté de chanter, le courage de se vendre qui se perd, l'envie d'une vie tranquille et la peur de m'endormir...<br />Parfois, j'ai l'impression que les choses se sont arrêtées et que nos rêves se sont délités jusqu'à ce que ce que ne subsistent, aujourd'hui, que quelques bribes enfouies au plus profond de nous ; ces bribes il m'arrive de trouver qu'elles sont dangereuses, y penser serait fatal. Ou bien je les renie en les targuant de fallacieuses, à quoi bon se retourner sur le passé, après tout ?<br /><br />Un jour, j'étais assise en voiture à côté de ma mère, nous roulions dans la lumière dorée d'un soir d'été, à travers les monts et vallons du Beaujolais quand elle m'a dit "C'est étrange mais je crois que j'ai tourné la page de la mort de Guy. Quand j'y réfléchis je me dis que j'ai eu plusieurs vies. Impossible que ce soit la même. Impossible que je sois aujourd'hui la gamine qui dénouait avant la nuit, le corset de sa grand-mère, celle qui était en pension la semaine et servait au restaurant le week-end. Cette gamine n'est pas devenue la jeune épousée, intimidée par son docteur de mari, soucieuse de le satisfaire, inquiète de lui déplaire. Divorcée, il y a eu une nouvelle Claire et avec Guy c'était encore une autre. J'entame une nouvelle existence et il me semble que je ne regrette presque rien. Certains appellent ça la capacité de résilience. Je crois que la mienne est hors du commun."<br /><br />Depuis cette conversation avec ma mère, je m'interroge souvent sur la pérennité de la vie : est-ce que je suis la même que cette petite fille qui guettait les humeurs de son père, la même que l'adolescente qui s'enfermait dans sa chambre et se noyait dans l'acre fumée de l'encens pour écrire à sa meilleure amie, la même femme et mère ?<br /></div><br /><div style="text-align: justify;">Mercredi soir le <a href="http://www.myspace.com/becsbienzen">chanteur</a> était magnifique et la musique grisante. Nous venions pour voir <a href="http://www.myspace.com/guilhemlacroux">Guilhem</a>, un des musiciens et comparse d'autrefois, à Lyon. <a href="http://cindycookie.blogspot.com/">Mathieu</a>, le petit frère de Jérôme était là, illustrateur comme lui ; <a href="http://www.clementchabert.com/">Clément</a> aussi, qui dessinait des cochons d'un trait à la fois précautionneux et sûr ; sur scène Guilhem jouait de la mandoline et son jeu de jambes aurait impressionné Elvis lui-même ; dans la salle une chanteuse que j'avais rencontrée à un stage il y a dix ans me souriait et il y avait encore Vincent, compositeur de musique contemporaine avec qui j'avais créé une association et joué dans des maisons de retraite ; une araignée monstrueuse agitait ses pattes, de l'autre côté de la fenêtre ; la chanson s'appelait <span style="font-style: italic;">Les corbeaux</span>.<br /><br />Nathalie et Monsieur Romano n'avaient pas pu venir, Jérôme Boche et Maud vivent désormais en Savoie mais c'est comme s'ils étaient tous là, avec nous, à boire du vin dans des verres de plastique. D'un coup j'ai réalisé que nous étions toujours les mêmes, que rien ne s'était arrêté et qu'il ne tenait qu'à nous de continuer de rêver. Je me sentais infiniment heureuse et confiante. Et tellement reconnaissante de les connaître !<br /><br />J'avais envie de sourire à la petite fille que j'ai été..<br /></div><br /><span style="font-size:85%;">* <span style="font-style: italic;">Le film,</span> de Cypora Petitjean-Cerf faisait partie de la sélection pour le </span><a href="http://www.aufeminin.com/prixdelarevelation/"><span style="font-size:85%;">Prix de la Révélation aufeminin.com.</span></a><br /><span style="font-size:85%;">Calepin, autre membre du jury en parle <a href="http://romansetlectures.canalblog.com/archives/2009/03/29/13144133.html">ici</a>, Cunéipage <a href="http://www.cuneipage.com/archive/2009/02/03/le-film-cypora-petitjean-cerf.html">aussi</a></span>...<br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration</span> : <a href="http://www.andyhixon.com/">Andy Hixon</a></span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8935004841554256915?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com15tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-80903964421778921952009-05-07T18:46:00.009+02:002009-06-30T10:10:53.016+02:00Parallèle<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SgMXb-7tPKI/AAAAAAAABKk/Oxxvy8dwolo/s1600-h/VirginiaWoolf.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 258px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SgMXb-7tPKI/AAAAAAAABKk/Oxxvy8dwolo/s320/VirginiaWoolf.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5333132153254132898" border="0" /></a>"Elle, elle aime les lettres, parce qu'on y parle sans être vue. On se blottit dans des bras qui ne risquent pas de vous lâcher. On fait l'intéressante sans craindre de voir l'ennui crisper les traits du visage qui vous fait face.<br /></div><div style="text-align: justify;">Mais elle n'est pas dupe. Nous ne connaissons jamais l'autre, ne cesse-t-elle de répéter, si ce n'est à travers l'image que nous nous en faisons et qui n'est qu'une émanation de nous-même. Pauvres vaisseaux scellés. Et que fait-on quand on écrit une lettre, sinon tenir compte de l'image qu'on vous renvoie ? « Quand j'écris à Lytton ou à Léonard, confie-t-elle à Gérald Brenan, je ne ressemble en rien à ce que je suis quand je vous écris. Voici que ma buche qui a une forme de patte d'éléphant vient de tomber par terre, conclut-elle. Bonsoir. »<br />Jeu et sincérité, sincérité joueuse, et jeux sincères, être toujours sincère et toujours autre. Virginia ne cesse d'interroger ce moi insaisissable, le sien. Et cela au moins est constant. « Quand je vous écris, je prends invariablement un ton enjoué, parce que c'est un masque commode, mais les masques, précisément parce que je suis écrivain, me pèsent. Maintenant que je suis vieille, je ne veux plus m'encombrer de superflu, je veux former mes mots à la crête des vagues, redoutable entreprise », écrit-elle à un autre de ses correspondants privilégiés, Jacques Raverat.<br />On comprend mieux les lettres sont à la fois le jeu social par excellence et le lieu de la sincérité par excellence. C'est pourquoi, régulièrement, Virginia Woolf décide d'arrêter. Plus de lettres. D'abord cela prend du temps, le temps qu'il faudrait consacrer à l'œuvre, et puis on s'élance vers les autres, et on se casse la figure, on y ment et c'est pire quand on dit la vérité."<br /><br />Geneviève Brisac, Agnès Desarthe - <span style="font-style: italic;">La double vie de Virginia Woolf</span> -P75 et 76<br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8090396442177892195?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com8tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-77836446198636409472009-05-04T11:02:00.000+02:002009-05-04T11:02:59.456+02:00Petites coupures<div style="text-align: justify;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sf6rHxuSPpI/AAAAAAAABKc/asSTOtboJL0/s1600-h/madreraycaesar.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 164px; height: 200px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sf6rHxuSPpI/AAAAAAAABKc/asSTOtboJL0/s200/madreraycaesar.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5331887158948150930" border="0" /></a>L'autre jour je pensais à l'amour que j'éprouve pour mon fils et au fait qu'un jour il faudrait le laisser s'envoler loin de moi. Cela parait normal mais ce n'en semble pas moins d'une violence intolérable, surtout lorsqu'il colle son visage contre le mien en disant "Maman, je t'aime plus vite que la fumée !". Ma mère m'avait appelée à mon retour de vacances et j'avais été émue par sa toute petite voix lorsqu'elle m'avait dit "tu ne m'as pas téléphoné de la semaine !". Je n'imaginais même pas qu'elle puisse l'avoir remarqué. Alors quand je t'ai aperçu, toi aussi, à mon retour, je me suis demandé si tout amour ne serait pas plus fort, voué à la séparation. J'ai imaginé un couple qui vivrait ensemble une vingtaine d'années et, à l'heure où les sentiments menacent de s'étioler, partirait vivre chacun de son côté.<br /></div><div style="text-align: justify;"><br />Il faudrait décider cela au départ, la raison devra l'emporter sur la passion, ce qui n'est guère facile au début d'une relation et demandera, des deux côtés, beaucoup d'intelligence et d'abnégation : il en ira de l'avenir du couple. La séparation n'en sera pas moins douloureuse... Je me souviens des cris de ma mère lorsque je lui ai annoncé que je quitterai la maison après mon baccalauréat. N'empêche, en se donnant rendez-vous comme aux premiers temps, en redécouvrant le visage de l'autre, sa vie, son indépendance, ce couple ne connaîtra-t-il pas une véritable cure de jouvence ? Et plus que ça, la perspective de cette séparation pendant les premières années de la relation, n'en fera-t-il pas une alliance exceptionnelle ?<br /><br />Tu me regardes et tu ne comprends pas ce dont je parle... Dans quelques minutes, tu vas bouder et les questions vont se succéder, en rafales : "Tu n'es pas bien avec moi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux qu'on se sépare, c'est ça ?" Si je devais te reprocher quelque chose, ce serait cela : tu as le chic pour me faire culpabiliser dès que je doute, dès que je prends de la distance avec toi. J'aimerais tellement que ce que je t'ai donné suffise à te combler. Sais-tu que certains, parfois, s'étonnaient de ce que je te nourrisse autant ? Ils me demandaient "Mais comment trouves-tu le temps de préparer tout cela ?" Il se trouve que je n'avais guère de vie en dehors de mon travail et de toi. Il m'a fallu du temps pour découvrir que nous étions les seuls à trouver ça normal.<br /><br />C'est peut-être pour cela que je ne te supporte plus aujourd'hui, exactement comme il m'arrive de ne plus me supporter. J'ai l'impression d'avoir placé en toi bien plus qu'il n'est nécessaire ; j'ai l'impression de me voir en toi et ça peut paraître idiot, mais du coup, je ne sais plus bien qui je suis. Tu retiens certaines choses que je voudrais oublier, tu effleures d'autres choses qui me sont essentielles et cela suffit à donner aux gens une idée de moi qui n'est pas forcément la bonne. Je m'y perds. Tout a commencé avec l'idée de me mettre plus sérieusement à écrire. Comme tu t'es cabré à cette perspective ! "Mais que vais-je devenir ? Je ne te suffit plus ?" Du coup tu m'as coupé les vivres. Très vite, je me suis sentie sèche comme un rosier sans eau. Perplexe devant mon écran d'ordinateur, je cliquais un peu partout, parcourant par habitude de nombreux textes, sans rien ressentir, sans laisser de traces de mon passage. Sans toi, je me sentais invisible.<br /><br />Un soir, j'ai loué un DVD et je ne t'ai même pas jeté un coup d'œil. Que c'était bon ! Dexter est un personnage fascinant tu sais, vraiment inspirant. Les Desperate Housewives aussi. Et les infiltrés ? Vraiment bien ! Il m'arrive de penser que ces personnages m'apportent plus que toi.<br />J'ai mon petit rituel maintenant. Après huit à dix heures de cours, je me dis "à quoi bon passer du temps avec lui (c'est de toi qu'il s'agit, oui !) ?" et je glisse un disque dans le lecteur. Je câle un ou deux oreillers dans mon dos et je soupire d'aise.<br /><br />Le hic, mon cher blog, c'est que malgré tout, tu me manques... Il va falloir trouver une façon de s'entendre à nouveau...<br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-7783644619863640947?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com23tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-3669265961618477802009-04-27T09:27:00.000+02:002009-04-27T09:29:11.876+02:00C'est fini... Snif !<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SfVepWn4ZrI/AAAAAAAABJ0/MJKbZOGhsG4/s1600-h/IMG_4599.JPG"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 300px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SfVepWn4ZrI/AAAAAAAABJ0/MJKbZOGhsG4/s400/IMG_4599.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5329269798603351730" border="0" /></a><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-366926596161847780?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com17tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-81856332332790936642009-04-15T22:55:00.002+02:002009-04-15T22:58:02.893+02:00Eh !<div style="text-align: justify;">J'ai oublié de vous dire... Je suis en vacances ! Enfin à moitié, quasiment, bientôt... Mais je ne lis plus vos blogs et je n'écris pas non plus. J'ai encore une tonne de livres à lire pour le <a href="http://www.aufeminin.com/prixdelarevelation/">Prix de la Révélation</a> de aufeminin.com, je m'occupe de Kéké, je profite du soleil ! Et je vous souhaite de belles journées à vous aussi...<br /><br />A très vite !<br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-8185633233279093664?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com18tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-4916982252415803742009-04-06T21:37:00.018+02:002009-05-17T21:04:10.383+02:00Le combat de Desdémone<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sdpwi8TPvzI/AAAAAAAABJo/9ot1qsVjcII/s1600-h/AmomentwithLiza.jpg"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 295px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/Sdpwi8TPvzI/AAAAAAAABJo/9ot1qsVjcII/s400/AmomentwithLiza.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5321689655296376626" border="0" /></a>Lorsque le lundi arrive, il m'arrive de soupirer car c'est le jour du cours de <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/2008/12/le-jugement-de-desdmone.html">Desdémone</a>.<br /><div style="text-align: justify;"><br />Elle s'est un peu adoucie, il n'empêche que lui enseigner le chant s'apparente à un combat sans merci. Je me collette avec son orgueil, son autorité naturelle et ses préjugés. Dès le début du cours, lorsqu'elle joint ses pieds en un claquement que je trouve militaire, je retiens un soupir de découragement. Je feins d'ignorer ses boutades, ma voix devient froide, mes décisions inébranlables ; je dicte, concentrée, les mouvements de détente, les exercices de respiration et si Desdémone me pose une question, je lui donne des explications débarrassées de toute poésie car elle n'y est guère sensible.<br /><br />Elle est à la fois très consciente de son corps, mince, ferme, paré de seyantes tenues et totalement incapable de le mouvoir avec grâce. Les mains sur ses hanches, elle ondule du bassin, trop cambrée, comme engoncée dans une armure de guingois. Elle est bien dans sa peau, pourtant, elle pose parfois les mains sur sa petite poitrine et une expression de satisfaction traverse alors son visage sévère. Elle secoue sa chevelure noire où frisent des éclairs d'argent. Il me semble que Desdémone sabote toujours mes demandes : d'un geste un peu trop rapide, d'une respiration à contre-temps elle fait des preuves de ma nullité comme professeur de chant. Et lorsque je veux la confronter à sa mauvaise volonté, elle me lance, grande dame :<br />"Ah, c'est ça que vous vouliez ? Vous ne le disiez pas aussi... Il fallait le dire !"<br /><br />De temps en temps, elle me regarde, sourcil levé et s'enquiert :<br />"Vous pensez que j'ai progressé ?<br />Je balbutie, un peu trop enthousiaste :<br />- Oui, bien sûr que vous avez progressé, n'en êtes-vous pas consciente ?<br />- Et bien non, assène-t-elle avant de partir d'un éclat de rire grelottant. Absolument pas ! Enfin j'ai plus de souffle mais là, quand je m'entends avec le micro, je trouve ça très laid !<br />Redevenant sérieuse, elle me demande des détails :<br />-Le jeune homme qui était avant moi... hum... vous avez trouvé qu'il chantait comment ? Parce que, comment dire ? Je ne tiens pas à être méchante, n'est-ce pas, mais... Il ne chantait pas bien, hein ? Vous ne trouvez pas qu'il chantait bien ? Je l'espère... Non, parce que si je chante comme ça, dites-le moi tout de suite et j'arrête tout ! Enfin c'était peut-être la chanson, elle était difficile certainement..."<br /><br />Une fois, Desdémone exécutait une vocalise qui nécessite beaucoup de gymnastique faciale lorsqu'elle s'est écriée :<br />"Mon dieu, ce que je me sens ridicule !<br />- Mais non, ai-je rétorqué. Vous ne l'êtes pas. Pas du tout.<br />- Oui, a-t-elle dit, je comprends votre positionnement. Vous avez l'habitude. Vous n'êtes pas gênée. C'est comme moi, dans mon métier... Une amie à moi m'a demandée si je pouvais l'examiner, parce qu'elle avait besoin d'un second avis. Elle avait moyennement confiance en son gynécologue. Elle était un peu mal à l'aise mais je lui ai expliqué que je m'en moquais de la voir en position gynécologique. C'est mon métier et c'est tout. Je peux tout à fait aller dîner avec elle après lui avoir fait un frottis. C'est comme vous, je en serais pas gênée du tout si vous veniez consulter.<br />J'éclate de rire : - Oh moi si ! Je n'imagine pas du tout ça !<br />L'idée m'effleure que cette façon insidieuse de convoquer une scène où j'offrirais mon entrejambe écartelée à son œil noir, vise à me déstabiliser tout à fait, à m'interdire de lui enseigner quelque chose. Desdémone est sans doute inconsciente de la façon dont elle sape mon autorité ; c'est plus fort qu'elle. Régulièrement, pendant l'heure de cours, j'imagine son époux, tantôt petit être échevelé, maladroit, impuissant tantôt tyran à qui elle emprunte une once de cruauté dès qu'elle se trouve hors de sa portée. Le plus souvent, c'est étrange, je l'imagine mort ou alité. M'est avis que Desdémone ne peut avoir d'alter ego...<br />- Je sais que vous, vous n'aimeriez pas cela. Pourtant, moi ça ne me ferait rien. ..Tandis que faire ces mimiques devant vous, ce que je me sens idiote, c'est phénoménal !"<br /><br />La semaine passée, alors que je l'imitais entrain de chanter Wonderful World, elle a été prise d'un fou rire tonitruant.<br />"Regardez, comment vous signifiez le bonheur, Desdémone, venais-je de lui dire. Vous souriez de la bouche mais pas des yeux.<br />Et je l'avais imitée. Pas par méchanceté mais parce que les cours de chant sont basés, essentiellement, sur le mimétisme. Ainsi, sans arrêt, je deviens le miroir de visages crispés, je répète une flopée de sons aigres ou engorgés. Desdémone, qui je le croyais, allait se défendre, protester a paru ravie au contraire :<br />- C'est exactement ça ! Je fais semblant... Je fais mal semblant ! Alors que le monde est si merveilleux, n'est-ce pas ? Wonderful world, oui, un de mes meilleurs amis est entrain de mourir à l'hôpital ! Ah ah ! Mais il ne faut pas que je dise ça, il va s'en sortir... Une énième de ses artères vient d'exploser, mais il va s'en sortir ! Allez, on y croit ! Je vais sourire des yeux ET de la bouche. On y va !"<br /><br />Hier, en fin de séance, Desdémone a chanté pour les deux sœurs qui ont cours après elle, les yeux clos et le micro serré entre ses deux mains jointes... Je l'imaginais en robe fourreau pour le mariage de sa fille, au milieu de l'orchestre. L'événement est toujours secret. Desdémone ne s'entraine que dans sa voiture. Personne dans son entourage ne sait qu'elle prend des cours de chant. Pour télécharger la musique d'accompagnement sur une clef USB, elle a dû demander de l'aide à l'un de ses trois fils. Il lui a dit "Mais pourquoi ne me dis-tu pas simplement ce que tu veux comme musique ? Je te la téléchargerai, moi !" mais Desdémone lui a tenu tête : "Je veux juste savoir comment on fait et le faire toute seule !". "Vous allez vous faire pincer, à la fin ! l'ai-je taquinée" mais elle est sûre que non. Alors dans la salle voutée, j'ai imaginé la surprise de sa fille, de son époux, des invités. Desdémone au maintien d'acier, Desdémone au parler âpre chantait comme une diva. Ses bras dessinaient autour d'elle des arabesques musicales, parfois elle se déhanchait à peine. Sa voix a gagné en souplesse, ses aigus brillent, ses graves sont impressionnants. Et elle a cette façon de regarder le public tendrement au moment où elle prononce "I love you !" qui me stupéfie.<br />Nul doute que sa prestation sera le clou du mariage...<br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-491698225241580374?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com26tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-6729409993313262172009-04-03T17:01:00.000+02:002009-04-03T17:01:00.451+02:00Ce qui sort de la bouche des enfants<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SdW5NkS8hRI/AAAAAAAABJg/2EpOlTib790/s1600-h/baaple.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 240px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SdW5NkS8hRI/AAAAAAAABJg/2EpOlTib790/s320/baaple.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5320362177540687122" border="0" /></a><br /><div style="text-align: justify;">Concentré, Kéké gravit l'escalier son école. Je me tiens derrière lui, prête à le retenir s'il basculait. De temps en temps je l'encourage d'une petite poussée dans le dos. Aujourd'hui ses jambes sont sûres, vigoureuses, il avance rapidement, agrippée d'une main à la rampe verte.<br /><br />Soudain, la mère d'un de ses camarades de classe s'arrête à sa hauteur et le salue. Elle a à peine tourné les talons qu'il me demande :<br />"C'était qui ?<br />- La maman d'un enfant de ta classe, dis-je plus doucement. Je ne sais plus de qui...<br /><br />Kéké réfléchit puis il lance :<br />- C'est une vieille maman ?"<br /><br />J'espère qu'elle avait déjà quitté l'école...<br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-672940999331326217?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com19tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-44063397700120615752009-04-03T08:01:00.000+02:002009-04-03T08:01:00.338+02:00Philippe Djian, l'homme qui écrivait<div style="text-align: justify;"><span style="font-style: italic;">Lorsque j'ai évoqué Philippe Djian sur ce blog, chacun y est allé de son appréciation plus ou moins argumentée. Les lecteurs férus de classiques se défendent d'apprécier un auteur qu'ils pensent trop populaire. D'autres admirent depuis lon</span><span style="font-style: italic;">gtemps ses histoires, la finesse de son style, son efficacité, la beauté de ses images et de ses personnages. Ceux qui ne l'ont pas lu se demandent s'ils ont envie d'aborder un auteur français qu'il leur semble déjà connaître...</span> </div><div style="text-align: justify;"><span style="font-style: italic;"><br />J'ai découvert Philippe Djian au sortir de l'adolescence. En même temps que Miller. Et de même que l'auteur américain, il a été une sorte de révélation, une pierre sur le chemin de mon envie d'écrire, une aide à vivre, aussi, qui m'a donnée à vo</span><span style="font-style: italic;">ir autre chose que ce que l'on m'avait enseigné à l'école, qui m'a parlé du monde dans lequel j'allais vivre, adulte, un monde âpre et violent parcouru de sombres espoirs. Pas si différent, finalement, de l'enfance que je quittais.</span><br /><span style="font-style: italic;"><br />Malgré tout, en rencontrant Philippe Djian dans un salon des Editions Gallimard, je n'ai guère pensé à ses livres. Il est arrivé et nous nous sommes toutes levées tandis que les conversations résonnaient encore dans la pièce. Son sourire était timide, son expression embarrassée.<br />"Vous voulez boire quelque chose ? a proposé quelqu'un p</span><span style="font-style: italic;">our briser le silence.<br />-Oui, a-t-il répondu. Mais pas de l'eau gazeuse. Pas non plus de l'eau plate. Ni du jus de fruits.<br />Il a ri :<br />- Vous voyez ce qui reste."<br />Le champagne a coulé. Nous avons pris place autour d'une table et <a href="http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/">Lily</a> a parlé la première. Mon <a href="http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/2009/03/ouf.html">trac</a> s'était envolé : j'avais en face de moi un hom</span><span style="font-style: italic;">me qui écrivait et j'avais mille questions à lui poser...<br /><br /></span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SdPOPuvUnlI/AAAAAAAABJE/5YbJF-YHEhQ/s1600-h/RIMG0008.JPG"><img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 300px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SdPOPuvUnlI/AAAAAAAABJE/5YbJF-YHEhQ/s400/RIMG0008.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5319822354494561874" border="0" /></a><br />Tous les matins, il écrit. Pas parce qu'il s'agit du moment idéal pour cela mais parce que c'est le plus pratique, finalement. L'après-midi il sera incapable d'aligner deux mots, ses pensées baguenauderont, il fera deux trois trucs, il tournera en rond - on sent bien, quand il évoque ces heures creuses, que sa vie n'est pas là.<br /><br />Il se remettra au travail vers dix-huit heures. L'objectif ne varie jamais : il lui faut écrire une page par jour, chaque jour, et cette page ne sera pas retouchée. "Je peux passer des heures sur une virgule à me dire <span style="font-style: italic;">Ça ne va pas, ce n'est pas ça que j'ai envie de rendre</span>.<span style="font-style: italic;"> </span>Mais une fois rédigée, la phrase ne bougera plus : j'y ai suffisamment réfléchi au moment où je l'écrivais pour qu'il n'y ait rien à changer"<br />De même, Philippe Djian passe peu de temps à se relire : <span style="font-style: italic;">"</span>Comme je travaille tous les jours, j'ai mon histoire bien en tête", dit-il<span style="font-style: italic;">. </span>Modeste, il ajoute "C'est juste ma façon de fonctionner. Elle ne conviendrait pas à tout le monde. Il paraît que Carver, par exemple, écrivait très vite. Puis qu'il retouchait chaque phrase, sans arrêt, jusqu'à la fin. John Irving écrit un roman en trois mois puis<br />passe trois ans à revenir sur le texte... "<br /><br />Philippe Djian ne cherche pas à raconter des histoires, d'après lui, Shakespeare les a déjà toutes rapportées il y a des siècles. Il n'a pas besoin d'une idée, d'un thème ou d'une anecdote pour commencer à écrire. Parfois, il lui suffit d'un mot, d'une phrase ou d'un titre. De phrase en phrase, l'histoire se tisse toute seule. Elle coule comme l'eau qui trouve toujours une façon de contourner un obstacle, de se glisser, de s'immiscer pour continuer sa course. "Je ne connais pas ce truc de la page blanche. On ne peut pas avoir de problème de page blanche si, simplement, on marche sur la mélodie."<br />Ainsi, il lui semble insupportable de devoir se documenter en cours d'écriture et après s'être heurté à cette nécessité deux fois, il s'est promis que cela n'arriverait plus ; les plans ne lui sont pas indispensables car quand le roman est commencé il est trop tard pour le planifier, rien ne doit retarder l'écriture, rien ne doit entraver l'imagination. L'histoire existe déjà, la tâche de l'écrivain est de la retrouver. "Comme disait Salinger, j'essaye d'écrire le livre que j'aimerais lire."<br /><br />Philippe Djian semble loin des clichés de l'artiste égoïste, du Francis d'<span style="font-style: italic;">Impardonnables, e</span>ntre autres, qui laisse ses proches péricliter pendant qu'il s'occupe du positionnement d'une virgule. Au contraire, il se sent investi d'un rôle de guide dans la cité.<br />"J'ai toujours cherché des réponses dans les livres et les livres m'ont aidé à comprendre plein de choses. Kerouac, Faulkner, Miller ont rendu ma vie moins floue... Et parfois, ils ont même dicté mon comportement. Après avoir lu Cendrars je n'ai pu faire autrement qu'aller travailler sur un cargo. C'était sans doute stupidement romantique, mais j'en avais besoin à ce moment là...<br />Et c'est pour cela que j'écris des romans ancrés dans le monde d'aujourd'hui. Pour faire avancer les gens avec la littérature... Tout a changé pourtant. On ne peut plus mettre le monde dans une phrase comme Carver et je ne comprends pas que l'on puisse défendre des règles précises et figées de la langue aujourd'hui. En ce moment, dans ma poche, j'ai dix dictionnaires. Ça ne rime à rien si ça ne ressort pas en littérature..."<br /><br />L'écrivain est sourd de l'oreille droite. Quand il repère qu'on s'adresse à lui de ce côté, il tourne la tête, dans une attitude un peu penchée et il écoute, en fixant la personne qui s'exprime comme si elle en disait plus que ce que tout le monde perçoit. "J'aurais aimé faire de la musique, confie-t-il mais le jour où j'ai tenu une guitare je me suis rendu compte que le son partait du mauvais côté et que je n'entendais rien. Quand j'écris, j'entends tout..."<br />Quand il lit c'est pareil : "Rien ne m'étonne en littérature. Pour moi il n'y a pas de génies littéraires. Parce que je comprends comment ça marche, je comprends comment ils font. Pas avec mon intelligence... Non, tout comme la musique, un livre de Carver, par exemple, ne parle pas à mon intelligence. C'est simplement qu'en le lisant, j'ai l'impression de marcher avec lui. A ses côtés."<br /><br />Sa femme est peintre*. Ils ont travaillé dans la même pièce et Philippe Djian, malicieux, raconte sa jalousie en la voyant, les mains pleines de peinture, tourner autour de ses toiles. Il y avait du bruit, de la matière, du mouvement. En face de lui, seulement une page blanche ; en lui des milliers de mots capables de vibrer...<br />La représentation de l'écrivain au cinéma l'a toujours amusé : "On voit le type, passionné, écrire toute une nuit. Le tas de papier blanc ressort au fur et à mesure de l'imprimante, barbouillé de mots... Ça ne se passe jamais comme ça. L'écriture est un travail. C'est lent, ça avance doucement et on est seul. J'ai connu le sentiment incroyable d'entendre mes mots, mes phrases scandés par un public de trois mille personnes parce que j'ai eu la chance d'écrire pour Stéphane Eicher... Mais quand j'ai fini un livre, je ne sais pas ce qui va se passer après. Je suis satisfait parce que j'ai fini mon travail, c'est tout. Je ne me suis jamais laissé emporter. Je ne vais pas au delà de ma page d'écriture par jour et même, si cette page a été laborieuse à écrire il m'arrive de laisser le dernier mot coupé en deux à la fin. Parce que je ne peux pas commencer une nouvelle page. J'ai fait mon travail..."<br /><br />Inutile de dire que la soirée s'est achevée trop tôt. Une question en entrainant une autre Philippe Djian nous a consacré le double du temps prévu. J'avais une question sur le bout des lèvres lorsque la fin de la rencontre a été annoncée... Philippe Djian nous a serré la main, souriant, l'air aussi heureux que nous de ce moment partagé mais sans doute inconscient de ce qu'il avait nous avait apporté, en parlant, en écrivant...<br /><br /><span style="font-size:100%;"><a href="http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/2009/04/rencontre-avec-philippe-djian.html">[Lily</a></span><span style="font-style: italic;font-size:100%;" > </span><span style="font-size:100%;">a ressenti</span><span style="font-style: italic;font-size:100%;" > </span><span style="font-size:100%;">les </span><span style="font-size:85%;"><span style="font-size:100%;">mêmes choses que moi avant la rencontre. J'aime beaucoup son compte-rendu. <a href="http://shesapinklady.hautetfort.com/archive/2009/04/01/le-jour-ou-j-ai-rencontre-philippe-djian.html">Pinklady</a></span> <span style="font-size:100%;">s'est perdue en chemin pour venir mais elle n'a pas manqué l'essentiel.]</span><br /></span><span style="font-style: italic;font-size:85%;" ><br />Mille merci à Philippe Djian qui s'est montré d'une patience, d'une simplicité et d'une générosité incroyables. Et toute ma reconnaissance à la maison Gallimard</span><span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;"> </span></span><span style="font-style: italic;font-size:85%;" >et à Véronique Laury</span><span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;"> pour leur accueil chaleureux et l'invitation à cette rencontre à laquelle je ne cesserai de penser...</span></span><br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-weight: bold;">Photo</span> : Philippe Djian en pleine séance de dédicace... Il a dit qu'il utiliserait mon prénom dans un de ces prochains romans !</span><br /><br /><span style="font-size:85%;">*Tiens, comme <a href="http://www.mercedes-gomez-flipo.com/pages/24alhomepag.html">celle</a> de <a href="http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/">Georges Flipo</a> !</span><br /></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-4406339770012061575?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com21tag:blogger.com,1999:blog-717040019059113161.post-40644684570462343692009-04-02T09:08:00.002+02:002009-04-02T09:25:02.442+02:00Le marchand de sable (4)<div style="text-align: center;"><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SdRoHujjXMI/AAAAAAAABJM/zKeizc6J7nU/s1600-h/sensibility_smallWilkinson.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 204px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_Bfqu0RRim2A/SdRoHujjXMI/AAAAAAAABJM/zKeizc6J7nU/s320/sensibility_smallWilkinson.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5319991541796920514" border="0" /></a>IV<br /></div><br /><div style="text-align: justify;">Le dimanche matin, quelques heures avant de conduire Mathilde à l’hôpital pour une crise d’appendicite, Louis frappa Elise. Elle s’était réveillée en pleurant :<br />« J’ai encore fait pipi au lit. Il va se mettre en colère. Mathilde, j’ai peur.<br />-Souviens-toi de ce que je t’ai dit Elise. Ne t’inquiète pas, fais-moi confiance. »<br />Elle avait prévu un pyjama de rechange pour sa sœur. Elle la sécha avec une serviette et l’aida à se changer. Elle retira les draps du lit et les cacha sous l’armoire. Puis elle ouvrit les tiroirs de leur nouvelle commode pour en chercher des propres.<br />Mais Louis entra dans la chambre.<br />« Tu cherches quelque chose Mathilde ?<br />-Non répond Mathilde, en pensant <span style="font-style: italic;">ne pas avoir peur, ne pas avoir peur</span>. »<br />Mais Louis la regarda intensément en abattant sa main levée sur la joue d’Elise, chiffonnée par la nuit :<br />« Tu mens ! Ta sœur a encore pissé au lit ! »<br />Il s’agita dans la pièce, trouva les draps humides.<br />« Mes filles, voilà mes filles ou plutôt les dignes filles de leur mère, une pisseuse, une menteuse ! »<br /><br />Les deux enfants pleuraient dans les bras l’une de l’autre. Mathilde qui protégeait sa petite sœur chuchotait :<br />-N’aie pas peur, tu sais ce que je t’ai dit. Pense au marchand de sable. En vrai, c’est un marchand de sable, il endort les gens malades et les gens riches, tu sais, avec ses mains, il verse une petite poudre dorée… Mais c’est un secret, sinon tout le monde voudrait de la poudre de sommeil… Alors il est obligé de faire le méchant, hein ? Tu comprends ?<br />Louis quitta la pièce en tapant les murs avec les poings.<br />Elise regardait sa sœur d’un œil différent :<br />« Tu m’as menti, ce n’était pas vrai qu’il ne fallait pas avoir peur. A cause de toi, il m’a tapée. Si ça se trouve ce n’est même pas vrai que c’est un marchand de sable…<br />-Oh si, ça s’est vrai, suppliait Mathilde, ça c’est vrai, je le jure sur ma tête.<br /> <br />La crise d’appendicite fut fulgurante. Juste avant midi, Mathilde se mit à vomir, le ventre tordu par la douleur. Elise qui lui faisait la tête depuis le matin s’empara de sa main et la serra de toutes ses forces. Louis la prit dans ses bras, enveloppée dans une couverture et l’emmena à l’hôpital. Mathilde, malgré la douleur était heureuse de se sentir prise en charge. Elle pensait au marchand de sable. En chemin, son père lui avait expliqué qu’il ne pourrait pas s’occuper d’elle parce que ça faisait partie des règlements de l’hôpital, on ne soigne pas les gens de sa famille. Elise, pleine de regrets d’avoir critiqué sa sœur crut comprendre qu’elle ne lui avait pas menti. Les marchands de sable ne peuvent distribuer leur douceur qu’à un petit nombre de personne et surtout pas aux membres de leur famille.<br />« Mais je te confierai au plus compétent de mes collègues, avait promis Louis. »<br /><br />Mathilde fut conduite sur un brancard dans une chambre blanche et claire. Louis lui donna des gélules pour l’empêcher de vomir. Une infirmière l’aida à quitter ses vêtements et à enfiler une drôle de chemise qui ne se fermait pas à l’avant. Puis le collègue de Louis entra. Il était grand avec des yeux bleus qui faisaient des clins d’œil sans arrêt.<br />« Mathilde, voici Pierre le meilleur anesthésiste de cet hôpital. Il va s’occuper de toi. »<br />Il restait debout, s’appuyant d’une jambe sur l’autre.<br />« Je vais vous laisser, dit-il. Je serais juste là, dehors. »<br /><br />Pierre lui demanda de s’allonger à plat ventre.<br />« Tu te sens mieux, tu n’as plus envie de vomir ?<br />-Non mais j’ai encore mal au ventre. Vous allez m’endormir ?<br />-On va discuter un peu, d’abord, répondit-t-il tranquillement ? Quelle est ton histoire préférée ? »<br />Mathilde, oubliant le lieu où elle se trouvait se mit à réfléchir, en fermant les yeux. Elle pensait à tous les contes qu’elle avait lus mais elle les trouvait souvent tristes ou violents. Candy était une de ses histoires préférées mais il fallait en être sûre. Il lui semblait que l’on ne pouvait s’enthousiasmer pour une histoire triste parce qu’une histoire triste appelait des sentiments tristes. Candy était orpheline mais elle était tellement drôle parfois…<br />« J’aime beaucoup Candy mais je ne sais pas si c’est mon histoire préférée…<br />-Ah, fit Pierre. Raconte-moi donc Candy.<br />-Tu veux que je te raconte toute l’histoire ?<br />-Oui, vas-y, je t’écoute. »<br />Mathilde jubilait.<br />« Candy est orpheline. Elle habite dans un orphelinat avec des tas d’autres enfants…»<br />Soudain une douleur dans la fesse droite la fit se redresser. Pierre appuya sur ses épaules pour qu’elle s’allonge de nouveau.<br />« Voilà, c’est fini, dit-il en déposant la seringue dans une tablette. Maintenant tu vas t’endormir tout doucement. »<br />Il quitta la chambre sans se soucier du reste de l’histoire de Candy.<br />Louis suivit le brancard de sa fille jusqu’en salle d’opération. Elle réclamait sa sœur. Quand enfin elle l’aperçut elle souffla, luttant contre le sommeil : « Les marchands de sable, ça n’existe pas. »<br />Elise fondit en larmes.<br /><br />Des années après, Louis ressassait encore cette phrase. Il ne savait pas ce qu’elle signifiait dans la bouche de Mathilde ni pourquoi Elise avait eu du chagrin en l’entendant. Mais curieusement, elle lui évoquait cette curieuse soirée avec Claire et leurs amis anglais, dix ans auparavant quand il avait poussé sa violente diatribe contre Depardieu. J<span style="font-style: italic;">’étais un gamin, je voulais que rien ne bouge. Et j’ai préféré fuir que d’affronter le changement des gens que j’aimais</span>. Le fleuve, grossi par les pluies incessantes de l’hiver, grignotait en grondant ses berges amollies. Alors, Louis comprit que toutes ces années il avait couru après des illusions. Parce que ce n’est pas ce que fait Gérard Depardieu qui est important, c’est le fait qu’on l’aime quoi qu’il fasse. Mais il était trop tard pour changer. Claire avait un nouveau mari et ses filles qui avaient grandi s’étaient définitivement détournées de lui. Les arbres noirs tendaient leurs bras tronqués dans le ciel où ne volait aucun oiseau. Louis n’avaient pas d’autre choix que de continuer…<br /><br /><div style="text-align: center;">FIN<br /><br /><div style="text-align: left;"><span style="font-size: 85%;"><span style="font-weight: bold;">Illustration</span> : <a href="http://www.richard-wilkinson.com/page/1">Richard Wilkinson</a></span></div></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/717040019059113161-4064468457046234369?l=delasexualitedesaraignees.blogspot.com'/></div>Zoridaehttp://www.blogger.com/profile/08554256912514042818noreply@blogger.com12