tag:blogger.com,1999:blog-71062061326099736292009-02-21T06:46:18.999ZJournal-bibliothèqueStéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.comBlogger22125tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-79647948755577566512009-01-04T18:01:00.007Z2009-01-04T18:06:52.732Zles narrateurs« On ne nommera plus, en ce temps assez proche, les hommes de lettres des écrivains, mais plutôt des <em>narrateurs</em> ; le goût du style et des phrases pompeusement parées se perdra peu à peu, mais l’art de la diction prendra des proportions invraisemblables ; il y aura des narrateurs très recherchés pour l’adresse, la sympathie communicative, la chaleur vibrante, la parfaite correction et la ponctuation de leurs voix ».<br />Octave Uzanne, <em>La fin des livres</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-7964794875557756651?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-58044013039790788672009-01-04T18:01:00.005Z2009-01-04T18:04:39.061ZLe commerce avec les anciens« Il y a deux avantages qu’on peut retirer du commerce avec les anciens : l’un est de s’exprimer avec élégance, l’autre d’apprendre à faire le bien par l’imitation des meilleurs modèles, et à éviter le mal. Mais celui qui, dans sa conduite et dans ses paroles, montre qu’il n’a retiré aucune utilité des livres, que fait-il d’autre sinon tailler, en les achetant, de la besogne aux rats, des demeures aux vers et des coups aux esclaves sous prétexte de négligence ? »<br />Lucien de Samosate, <em>L’Ignorant Bibliomane</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-5804401303979078867?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-45498567504966554122008-04-27T20:51:00.002Z2008-04-27T20:56:22.350ZRéforme de livres« Sur cela, les gardes arrivèrent avec une grande troupe de passagers égarés qu’ils avaient attrapés. On les fit aussitôt examiner par l’Attention et la Réserve, et l’on scruta tout ce qu’ils transportaient. Sur le premier on découvrit Dieu sait quels livres, dont certains bien enfoncés dans les replis de son sein. On en lut les titres, et l’on trouva qu’ils étaient tous interdits par le Jugement, contre les édits de la prudente Gravité, car c’étaient des romans et des comédies. On le condamna à se réformer avec ceux qui rêvent éveillés, et l’on ordonna d’interdire ces livres aux hommes qui le sont et de ne les tolérer que chez les pages et les servantes ; et d’une façon générale on abandonna tout genre de poésie en langue vulgaire, et en particulier la poésie burlesque et amoureuse, létrilles, vaudevilles, intermèdes, verbiage printanier, aux godelureaux. Ce qui étonna le plus tout le monde fut que la Gravité en personne ordonna avec sérieux qu’à partir de trente ans nul ne lût ni ne récitât les vers d’autrui, et moins encore les siens ou passant pour tels, sous peine d’être tenu pour léger, désobligeant ou versificateur. Pour ce qui est de lire quelque poète sentencieux, héroïque, moral et même satirique en vers graves, on le permit à quelques-uns de plus de goût que d’autorité, et ceci dans leurs cabinets, sans témoins, afin qu’ils se libèrent le ventre de tels enfantillages ; mais en cachette, loin de tous et en se suçant les doigts. Celui qui resta très confus c’en fut un sur qui l’on trouva un livre de chevalerie.<br />— Une vieillerie, dit l’Attention, qui vient de quelque boutique de barbier. »<br />Baltasar Gracian, <em>Le Criticon</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-4549856750496655412?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-92047942624087495592008-01-20T20:42:00.001Z2008-01-20T20:44:58.008Z"L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment."« "L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment."<br />Tous tournèrent les yeux vers celui qui venait d’émettre une telle absurdité.<br />Les hôtes d’André Marcueil, au château de Lurance, en étaient arrivés, ce soir-là, à une conversation sur l’amour, ce sujet paraissant, d’un accord unanime, le mieux choisi, d’autant qu’il y avait des dames, et le plus propre à éviter, même en ce septembre mil neuf cent vingt, de pénibles discussions sur l’Affaire.<br />On remarquait le célèbre chimiste américain William Elson, veuf accompagné de sa fille Ellen ; le richissime ingénieur, électricien et constructeur d’automobiles et d’aviateurs, Arthur Gough, et sa femme ; le général Sider ; Saint-Jurieu, sénateur, et la baronne Pusice-Euprépie de Saint-Jurieu, le cardinal Romuald ; l’actrice Henriette Cyne ; le docteur Bathybius, et d’autres.<br />Ces personnalités diverses et notables eussent pu rajeunir le lieu commun, sans effort vers le paradoxe et rien qu’en laissant s’exprimer, chacune, sa pensée originale ; mais le savoir-vivre rabattit aussitôt les propos de ces gens, d’esprit et illustres, à l’insignifiance polie d’une conversation mondaine. »<br />Alfred Jarry, <em>Le surmâle</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-9204794262408749559?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-29865070341463402632007-11-30T18:17:00.000Z2007-11-30T18:19:47.592ZL'intelligence humaine n'est pas divine« De Quincey considère que jamais l’intelligence humaine ne s’éleva au point qu’elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l’intelligence humaine, même à ce point, n’est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle peut décroître, vieillir, se décrépir. Et peut-être De Quincey éprouve-t-il encore plus d’affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. Il suit ses palpitations. Il note l’heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s’éteignit. Et parallèlement il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu’à l’agonie, jusqu’aux soubresauts du râle, jusqu’à la dernière étincelle de conscience, jusqu’au hoquet final. »<br />Marcel Schwob, préface à la traduction des <em>Derniers jours d’Emmanuel Kant</em> de Thomas De Quincey<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-2986507034146340263?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-65461340096331266892007-11-17T18:00:00.000Z2007-11-17T18:04:59.057ZLudus gothicus« Sous le ciel bleu de Byzance, l’hippodrome et le cirque avec, au premier plan, assis dans la loge d’honneur, l’empereur et l’impératrice entourés de leur suite ; derrière les barrières, les auriges attendent le moment de lancer dans l’arène leurs chevaux impatients, dressés sur les pattes de derrière ; des cavaliers au visage dur, armés de lances et entourés d’une horde de chiens, poursuivent les fauves ; des histrions et des acteurs déploient leur adresse dans le théâtre en plein air ; un acrobate, leste comme un singe, grimpe à une longue perche tenue par un athlète musclé ; un gladiateur, armé d’une hache, se rue sur un dompteur affublé d’une tête d’ours.<br />Le livre de Constantin Porphyrogénète, qui retrace les cérémonies à la cour de Byzance, nous livre, dans un chapitre intitulé : «Jeux gothiques», le sens de cette dernière scène : «Les divertissements nommés "Ludus Gothicus" ont lieu, selon le désir de Sa Majesté l’Empereur, huit jours après la fête de la Nativité et à cette occasion les invités de l’Empereur se déguisent en Goths, portant des masques représentant des têtes de bêtes sauvages.» »<br />Danilo Kis, « Les Lions mécaniques », <em>Un tombeau pour Boris Davidovitch</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-6546134009633126689?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-53057204744542883592007-09-21T19:41:00.000Z2007-09-21T19:43:47.476ZSi chaque jour était une naissance« Si chaque jour était une naissance, chaque jour serait une vie, et au lieu de n’en avoir qu’une seule et unique, tant aimée et trop courte à votre gré, vous en auriez des milliers, et chacune ne serait pas plus courte que celle de cinquante ou cent ans dont vous êtes nantis, et au cours de vos milliers de vies, vous ne connaîtriez aucun de ces petits ennuis qui si gentiment vous empoisonnent durant votre vie à grand ramage : l’amour, la morale, le travail, la civilisation, l’Etat. Sans l’habitude, vous étiez heureux comme l’herbe dans les prés.<br />— Mais Kronos, cette herbe ne sait pas qu’elle est heureuse, alors elle ne l’est pas.<br />— Elle pousse et elle est verte, c’est la perfection pour de l’herbe, et toi qui la regardes tu la trouves magnifique.<br />— Alors être dans un état de bonheur, c’est ignorer qu’on ignore ? »<br />Pierre Albert-Birot, <em>Mon ami Kronos</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-5305720474454288359?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-77333718892993596392007-09-08T15:11:00.000Z2007-09-08T15:16:21.925ZLe galet de marbre rose« Au moment précis où Mathieu se penchait pour ramasser un galet de marbre rose dont les veines dessinaient un rhombe allongé, aux angles extrêmement obtus, qui en refermait un autre tout semblable mais plus petit et marqué à sa base d’une griffure minuscule, tandis qu’un protubérance brève mais aiguë apparaissait à son sommet, Choderlos de Laclos écrivait dans la lettre CX de Valmont à Madame de Merteuil :<br />"… et je ne sais pourquoi, il n’y a plus que les choses bizarres qui me plaisent."<br />Ramassant le galet, Mathieu ne savait pourquoi il faisait ce geste ni ce qu’il allait découvrir. Il ne découvrit rien. Seulement, le dessin que formaient les veines minérales lui parut à la fois étrange et familier. Il lui semblait le connaître depuis toujours et, sans qu’il sût pourquoi, ce dessin lui inspirait à la fois de l’attraction et de l’horreur. Ainsi comme il ne voulait ni s’en séparer ni le revoir, le cacha-t-il sous une ardoise de son galetas. »<br />Gabrielle Wittkop, <em>Le puritain passionné</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-7733371889299359639?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-7032555107813919692007-07-29T16:37:00.000Z2007-07-29T16:42:47.111ZLe crâne du Marquis de Sade« Entré à la maison royale de Charenton le 11 novembre 1814, je n’ai eu aucun rapport ni aucun entretien avec le marquis de Sade, qui a succombé le 2 décembre suivant à une maladie que je n’ai pu étudier que pendant quelques heures et qui ne m’a laissé d’autre impression que celle d’un engouement pulmonaire accompagné peut-être d’épanchement séreux dans la poitrine, avec respiration difficile et sifflante, comme il arrive dans les accès d’asthme.<br />Je ne connaissais M. de Sade que parce que l’on me l’avait signalé. Je le rencontrais fréquemment se promenant seul, d’un pas lourd et traînant, mis d’une manière fort négligée, dans le corridor avoisinant l’appartement qu’il habitait ; je ne l’ai jamais surpris causant avec personne. Passant à côté de lui, je le saluais, et il répondait à mon salut avec cette politesse froide qui éloigne toute idée d’entrer en conversation.<br />M. de Sade était pour moi un des personnages curieux de l’époque de la dernière moitié du dix-huitième siècle ; curieux par ce que j’en avais entendu dire, car je n’avais pas encore lu ses livres, quoique je les connusse, fort imparfaitement il est vrai, par tradition. Mais certes, je dois le dire, rien ne pouvait me faire soupçonner en lui l’auteur de <em>Justine</em> et de <em>Juliette</em> ; il ne produisait en moi d’autre effet que celui d’un vieux gentilhomme altier et morose.<br />Le 1er décembre 1814, l’état de M. de Sade s’aggravant, on le transporta dans un autre appartement compose de deux pièces, où il fut confié à la garde d’un domestique.<br />Dans l’après-midi, un de ses fils vint le voir. C’était un homme d’un âge au moins mûr, ayant servi, pendant l’émigration, en Russie, soit dans l’armée de terre, soit (ce que je crois) dans la marine. Ce monsieur me pria de veiller son père (ce à quoi mes fonctions de premier élève ne m’obligeaient en aucune manière). Je pris donc ce service à la fin du jour. Mes fonctions se bornèrent à lui faire prendre quelques gorgées de tisane et d’une potion qui avait été prescrite. La respiration, qui était bruyante et laborieuse, s’embarrassa de plus en plus. Vers le milieu de la nuit, et peu de temps après avoir fait boire M. de Sade, n’entendant plus aucun bruit, et surpris de ce calme, j’approchai de son lit et je pus constater qu’il était mort.<br />Avant de prendre mon service, j’avais rencontré, sortant de chez M. de Sade qu’il visitait d’ailleurs depuis plusieurs jours, l’abbé Geoffroy, aumônier de la maison de Charenton, ecclésiastique éclairé qui avait été secrétaire de l’archevêque de Paris à la révolution de 1789. Cet excellent homme me parut, sinon édifié, mais au moins satisfait de sa visite, et il me dit que le moribond lui avait donné rendez-vous pour le lendemain matin.<br />C’était chose connue à la maison de Charenton que tous ceux qui y mouraient étaient soumis à l’autopsie, et comme premier élève interne j’étais chargé de cette opération. J’avoue que l’examen du crâne et du cerveau de de Sade me paraissait d’un grand intérêt. Mais voici ce qui se passa : M. de Sade fils, qui m’avait prié de garder son père, vint avec instance demander à M. le directeur une exception à la règle, c’est-à-dire que le corps de son père fût inhumé sans examen ni dissection.<br />Le cadavre de de Sade, qui est peut-être le seul que je n’aie point ouvert de fin 1814 à 1817 inclus, fut enterré dans le cimetière de la maison de Charenton, à l’extrémité orientale droite, presque au bord du Saut-de-Loup séparant le cimetière du bois de Vincennes ; la fosse fut recouverte d’une pierre sur laquelle aucun nom ne fut gravé et qui n’eut d’autre ornement qu’une simple croix.<br />Quelques années après — je ne pourrai assigner l’époque — un bouleversement ayant dû être opéré dans le cimetière, et la fosse de de Sade se trouvant comprise parmi celles qui entraînaient exhumation, je ne manquai pas d’assister à l’opération, et je me fis remettre le crâne de de Sade, sans qu’il puisse s’élever aucun doute sur l’authenticité de cette relique. J’étais d’ailleurs accompagné de personnes qui connaissaient aussi bien de Sade et le lieu de sa sépulture que moi.<br />Je me disposais à préparer ce crâne, quand je reçus la visite d’un ami, Spurzheim, célèbre phrénologiste, disciple de Gall. Je dus céder à ses instances et lui laisser emporter le crâne, qu’il me promit de me rendre avec plusieurs exemplaires du moule qu’il en ferait tirer. Mon ami Spurzheim a été faire des cours en Angleterre et en Allemagne ; il est mort au bout de peu de temps, et jamais je n’ai revu le crâne.<br />Le crâne de de Sade n’a cependant pas été en ma possession pendant plusieurs jours sans que je l’ai étudié au point de vue de la phrénologie dont je m’occupais beaucoup à cette époque, ainsi que du magnétisme. Que résulta-t-il pour moi de cet examen ?<br />Beau développement de la voûte du crâne (théosophie, bienveillance) ; point de saillies exagérées dans les régions temporales (point de férocité) ; point de saillies exagérées derrière et au-dessus des oreilles (point de combativité — organes si développés dans le crâne de du Guesclin) ; cervelet de dimensions modérées, point de distance exagérée d’une apophyse mastoïde à l’autre (point d’excès dans l’amour physique).<br />En un mot, si rien ne me faisait deviner dans de Sade se promenant gravement, et je dirai presque, patriarcalement, l’auteur de <em>Justine</em> et de <em>Juliette</em>, l’inspection de sa tête me l’eût fait absoudre de l’inculpation de pareilles œuvres ; son crâne était en tous points semblable à celui d’un père de l’Eglise. »<br />L.-J. Ramon, <em>Notes sur M. de Sade</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-703255510781391969?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-83239862390730952322007-07-27T17:15:00.000Z2007-09-08T15:14:43.037ZTravailler jusqu’à que l’âme soit nette« Il faut être son propre jardinier : arracher ses mauvaises herbes, faire côte à côte avec soi-même le terrible chemin et quand on se dégoûte trop, suer les odeurs mauvaises, travailler, travailler jusqu’à que l’âme soit nette. Car il ne faut se remettre à personne du nettoyage de son être, <em>à Personne</em>. Sur cette route solitaire et brûlante, il y a pourtant des poteaux indicateurs. Il faut les examiner, suivre certaines indications, repartir. Personne en chemin, personne à l’arrivée ; quelques bras tendus sur la route. »<br />Maurice Sachs, <em>Le sabbat</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-8323986239073095232?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-25143905569312574952007-07-07T13:02:00.000Z2007-07-09T10:15:53.709ZUne seule absinthe<a href="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RpIK0EAtJjI/AAAAAAAAAC0/9J39P21xhG0/s1600-h/maurin.gif"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RpIK0EAtJjI/AAAAAAAAAC0/9J39P21xhG0/s200/maurin.gif" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5085138818800887346" /></a><br />« Léopold La Cour publiait alors régulièrement dans divers journaux, notamment au <em>Figaro</em>, des chroniques fort appréciées. A l’occasion d’un article sur Verlaine, Marcel Schwob le présenta au poète des <em>Fêtes galantes</em>, avec lequel on alla prendre une seule absinthe, ce qui permit au <em>pauvre Lelian</em> de garder toute sa lucidité. Il se moqua de Moréas ; et ce qui frappa La Cour, c’est la grande estime que le poète témoignait à Schwob. La Cour allait offrir une seconde absinthe, quand Schwob fit un signe et se leva. C’était un grand sage que ce Schwob. »<br />Antoine A., <em>Souvenirs de la vie littéraire</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-2514390556931257495?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-41158152529250016972007-04-25T13:08:00.001Z2007-04-25T13:11:01.528ZMM. Burke et Hare, assassins<a href="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/Ri9TW3Jl0DI/AAAAAAAAACU/g5CmaYTGNlw/s1600-h/20060410-burke_and_hare_comp2.gif"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/Ri9TW3Jl0DI/AAAAAAAAACU/g5CmaYTGNlw/s320/20060410-burke_and_hare_comp2.gif" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5057352558786760754" /></a><br />« M. Hare vivait dans un petit cabinet, au sixième étage d’une haute maison très peuplée d’Édimbourg. Un canapé, une grande caisse et quelques ustensiles de toilette, sans doute, en composaient presque tout le mobilier. Sur une petite table, une bouteille de whisky avec trois verres. De règle, M. Burke ne recevait qu’une personne à la fois, jamais la même. Sa façon était d’inviter un passant inconnu, à la nuit tombante. Il errait dans les rues pour examiner les visages qui lui donnaient de la curiosité. Quelquefois il choisissait au hasard. Il s’adressait à l’étranger avec toute la politesse qu’aurait pu y mettre Haroun-Al-Raschid. L’étranger gravissait les six étages du galetas de M. Hare. On lui cédait le canapé ; on lui offrait du whisky d’Écosse à boire. M. Burke le questionnait sur les incidents les plus surprenants de son existence. C’était un écouteur insatiable que M. Burke. Le récit était toujours interrompu par M. Hare, avant le point du jour. La forme d’interruption de M. Hare était invariablement la même et très impérative. Pour interrompre le récit, M. Hare avait coutume de passer derrière le canapé et d’appliquer ses deux mains sur la bouche du conteur. Au même moment, M. Burke venait s’asseoir sur sa poitrine. Tous deux, en cette position, rêvaient, immobiles, à la fin de l’histoire qu’ils n’entendaient jamais. »<br />Marcel Schwob, <em>Vies imaginaires</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-4115815252925001697?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-66952747187913939832007-04-07T12:46:00.001Z2007-04-25T13:12:39.088ZL'homme normal nous importe peu, affirme Valentin Knox« L’on fit aussitôt "Chutt ! Chutt ! le grand Valentin Knox va parler."<br />Il disait :<br />"La santé ne me paraît pas un bien à ce point enviable. Ce n’est qu’un équilibre, une médiocrité de tout ; c’est l’absence d’hypertrophies. Nous ne valons que par ce qui nous distingue des autres ; l’idiosyncrasie est notre maladie de valeur ; — ou en d’autres termes : ce qui importe en nous, c’est ce que nous seul possédons, ce qu’on ne peut trouver en aucun autre, ce que n’a pas votre <em>homme normal</em>, — donc ce que vous appelez maladie.<br />Car cessez à présent de regarder <em>la maladie</em> comme un manque ; c’est quelque chose de plus, au contraire ; un bossu, c’est un homme plus la bosse, et je préfère que vous regardiez la santé comme un manque de maladies.<br /><em>L’homme normal</em> nous importe peu ; j’aimerais dire qu’il est supprimable — car on le retrouve partout. C’est le plus grand commun diviseur de l’humanité, et qu’en mathématiques, étant donné des nombres, on peut enlever à chaque chiffre sans lui faire perdre sa <em>vertu personnelle</em>. <em>L’homme normal</em> (ce mot m’exaspère), c’est ce résidu, cette matière première, qu’après la fonte où les particularités se subtilisent, on retrouve au fond des cornues. C’est le pigeon primitif qu’on réobtient par le croisement des variétés rares — un pigeon gris — les plumes de couleur sont tombées ; il n’a plus rien qui le distingue." »<br />André Gide, <em>Paludes</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-6695274718791393983?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-17058528805819790222007-03-24T16:54:00.001Z2007-07-27T17:15:05.889ZL'Iliade dans la jungle colombienne« En 1990, le ministère colombien de la Culture a mis en place une organisation de bibliothèques itinérantes chargées d’apporter des livres dans les coins les plus reculés du pays. S’il y avait depuis 1982 des bibliobus dans les districts voisins de Bogota, le gouvernement jugeait important aussi d’atteindre les habitations des régions rurales plus éloignées. Dans ce but, on a mis au point de grands sacs verts pourvus de vastes poches, dont on peut faire aisément, en les pliant, des colis commodes, afin de transporter des livres à dos d’âne dans la jungle et dans la sierra. Là, les livres sont confiés pendant plusieurs semaines à un instituteur ou à un ancien du village qui devient, de ce fait, le bibliothécaire responsable. On accroche à un poteau ou à un arbre les sacs dépliés, permettant à la population locale de feuilleter les livres pour faire son choix. Quelquefois, le bibliothécaire fait la lecture à ceux qui n’ont pas appris à lire ; à l’occasion, un membre d’une famille qui a été à l’école lit pour les autres. "De cette façon, expliquait l’un des villageois lors d’une interview, nous pouvons savoir ce que nous ne savons pas et le transmettre aux autres." <br />A la fin de la période prévue, on envoie un nouveau lot pour remplacer le précédent. Les livres sont en majorité des ouvrages techniques, manuels d’agriculture ou instructions pour la filtration de l’eau, collections de patrons pour la couture ou guides vétérinaires, mais il y a aussi quelques romans et autres ouvrages littéraires. Selon l’une des bibliothécaires, le compte des livres est toujours juste. <br />"Je n’ai connu qu’une occasion où un livre n’a pas été retourné, m’a-t-elle raconté. Nous avions pris, en plus de nos habituels titres pratiques, une traduction en espagnol de l’<em>Iliade</em>. Quand le moment est venu de l’échanger, les villageois ont refusé de la rendre. Nous avons décidé de leur en faire cadeau, mais nous leur avons demandé pourquoi ils voulaient conserver ce titre-là en particulier. Ils nous ont expliqué que le récit d’Homère reflète exactement leur histoire : il y est question d’une contrée déchirée par la guerre, où des dieux fous et capricieux décident du sort d’êtres humains qui ne savent jamais très bien pour quoi on se bat ni quand ils seront tués." » <br />Alberto Manguel, <em>La Bibliothèque, la nuit</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-1705852880581979022?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-61101867056749429822007-02-25T20:38:00.000Z2007-07-09T10:15:19.197ZUn peu plus arrière dans la nuit des temps<a href="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RpIKsEAtJiI/AAAAAAAAACs/trf44__GJFo/s1600-h/alfred_jarry.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RpIKsEAtJiI/AAAAAAAAACs/trf44__GJFo/s320/alfred_jarry.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5085138681361933858" /></a><br />« Le Père Ubu, cette fois, n’écrit pas dans la fièvre (ça commence comme un testament, il est fait, d’ailleurs). Je pense que vous avez compris, il ne meurt pas (pardon ! le mot est lâché) de bouteilles et autres orgies… Il a eu la coquetterie de se faire examiner de partout par les « merdecins ». Il n’a aucune tare, ni au foie, ni au cœur, ni aux reins ; pas même dans les urines ! Il est épuisé, simplement (fin curieuse quand on a écrit <em>Le Surmâle</em>) et sa chaudière ne va pas éclater, mais s’éteindre. Il va s’arrêter tout doucement, comme un moteur fourbu… Et aucun régime humain, si fidèlement (en riant en dedans) qu’il les suive, n’y fera rien. Sa fièvre est peut-être que son cœur essaye de le sauver en faisant du 150. Aucun être humain n’a tenu jusque-là. Il est depuis deux jours l’ « extrême-oint » du Seigneur et tel l’éléphant sans trompe de Kipling, « plein d’une insatiable curiosité », il va rentrer un peu plus <em>arrière</em> dans la nuit des temps… »<br />Lettre d’Alfred Jarry à Rachilde, 28 mai 1906<br /><br />GRANDE CRISE CEREBRALE QUI EXCUSAIT LITTERATURE EXAGEREE PASSEE GUERISON ASSUREE AVEC REPOS EXCUSES MADAME RACHILDE LETTRE SUIT JARRY<br />Télégramme d’Alfred Jarry à Rachilde, 30 mai 1906<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-6110186705674942982?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com3tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-1210619403486256992007-02-12T12:56:00.000Z2007-02-15T12:39:42.932ZSalomé la sceptique« ... Ce soir-là, quand il rentra dans son village et qu’on lui demanda comme les autres soirs : Allons ! raconte : Qu’as-tu vu ? Il répondit : Je n’ai rien vu.<br />Oscar Wilde<br />(André Gide : <em>In memoriam</em>)<br /><br /><em>Pour O. W.</em><br /><br />Qu’ils sont étranges, les gens qui <em>croient que c’est arrivé</em> ! Comment peuvent-ils ? Une seule chose dans la vie, le rêve, me paraît assez belle, assez émouvante, pour valoir qu’on se trouble jusqu’au rire, jusqu’aux larmes.<br />J’ai cru trouver la fin de mon indifférence quotidienne (<em>le lieu et la formule</em>), un prolongement de mes nuits : l’art. (Ah ! que j’étais donc jeune !) Vierge, en effet, jusqu’à l’âme, <em>je ne m’étais pas encore occupée de questions artistiques</em> - ce sera mon excuse.<br />Je compris vite l’horrible guet-apens : peintres, écrivains, sculpteurs, musiciens même, ils copiaient la vie. Au lieu de la tromper, cette éternelle épouse ! c’était à qui lui serait le plus fidèle. Pouvais-je admirer leurs chromos, moi qui déjà n’aimais point le modèle ?<br />Pourtant, parfois les “ratés” me plaisaient, ceux d’entre les portraits qu’on ne parvenait point à faire ressemblants. J’achetais les laissés pour compte. Au moins, ces amants du réel étaient cela, faute de mieux : <em>Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font !</em> »<br />Claude Cahun, <em>Héroïnes</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-121061940348625699?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-39991979110773274492007-02-02T21:52:00.001Z2007-02-15T12:40:11.469ZAnathème<a href="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RcXU4kQMKWI/AAAAAAAAABI/pi-fAowK00w/s1600-h/Manuelcomnenus.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RcXU4kQMKWI/AAAAAAAAABI/pi-fAowK00w/s320/Manuelcomnenus.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027658627298371938" /></a><br />« L’empereur Manuel, au XIIe siècle, disputa longtemps avec ses évêques sur ces paroles: “Mon Père est plus grand que moi”, pendant qu’il avait à craindre les croisés et les Turcs. Il y avait un catéchisme grec, dans lequel on anathémisait avec exécration ce verset si connu de l’<em>Alcoran</em>, où il est dit que “Dieu est un être infini, qui n’a point été engendré, et qui n’a engendré personne”. Manuel voulut qu’on ôtât du catéchisme cet anathème. »<br />Voltaire, <em>Essai sur les moeurs et l’esprit des nations</em> (1756)<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-3999197911077327449?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-66137025966972544932007-01-14T13:15:00.000Z2007-02-02T20:40:45.940ZComment parler des livres que l'on n'a pas lus<em>« Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer. »</em> Oscar Wilde<br /><br />« Né dans un milieu où on lisait peu, ne goûtant guère cette activité et n’ayant de toute manière pas le temps de m’y consacrer, je me suis fréquemment retrouvé, suite à des concours de circonstances dont la vie est coutumière, dans des situations délicates où j’étais contraint de m’exprimer à propos de livres que je n’avais pas lus.<br />Enseignant la littérature à l’Université, je ne peux en effet échapper à l’obligation de commenter des livres que, la plupart du temps, je n’ai pas ouverts. Il est vrai que c’est aussi le cas de la majorité des étudiants qui m’écoutent, mais il suffit qu’un seul ait eu l’occasion de lire le texte dont je parle pour que mon cours en soit affecté et que je risque à tout moment de me trouver dans l’embarras. »<br />Pierre Bayard, <em>Comment parler des livres que l’on n’a pas lus</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-6613702596697254493?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-47386592813847083202007-01-03T15:26:00.000Z2007-02-12T13:08:02.110ZLe grand mystère et le projet facile<a href="http://1.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RatmpEFXKQI/AAAAAAAAAAw/EaBLX9hEYLw/s1600-h/mystere.jpg"><img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RatmpEFXKQI/AAAAAAAAAAw/EaBLX9hEYLw/s320/mystere.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5020219065291450626" /></a><br /><em> « Au savant Docteur Woodward</em><br />Vénérable et profond docteur,<br />Un philosophe ne trouve point qu'une chose puisse être plus vile qu'une autre. Sa profession est de connaître les corps, la composition et les propriétés de ces corps, et les causes de leurs changements. De quelque forme que la matière se revête, elle est pour le sage un objet de contemplation, et la transformation d'un pudding en étron ne mérite pas moins d'être étudiée que la nutrition du blé dont la farine entre dans la composition du pudding. Que dis-je ? Si on devait donner la préférence à l'une de ces deux choses, ce serait à la première qu'il faudrait le faire, puisqu'elle est autant au-dessus de la seconde que les opérations de la nature dans nos corps l'emportent sur ce qu'elle fait dans la terre, et que la chair et le sang sont préférables à la boue. »<br />Jonathan Swift, <em> Le grand mystère et le projet facile </em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-4738659281384708320?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-17874716082393708352006-12-22T14:15:00.000Z2007-01-15T11:36:42.906ZChaque jour est un arbre qui tombe« Ce matin des bûcherons abattent les cinq grands chênes américains, ou plutôt les mutilent, les découpent tout vifs en rondins, couvrant leur hurlement par celui de la scie électrique, par les trépidations des moteurs carrossés de jaune. Déjà les souches dessinent leur diagramme en sève sombre, <em>mandala</em> aux lignes tracées dans la rosace de l’aubier. Cinq grands <em>mandalas</em> sur l’herbe rase, ancrés dans le sol par des tronçons de bras. Cinq et cinq et cinq encore, rondelles multipliables à l’infini ou au moins à l’incommensurable, coupes sanglantes qui embaument la matinée d’hiver. Les branches sont dépouillées, classées selon leur calibre, les brindilles rejetées en tas vont pourrir avec leurs feuilles gelées, leurs nids veufs et secs. Il y a comme une humeur d’abattoir et, derrière la farandole que formaient les chênes, apparaît un grillage d’une industrielle mesquinerie sous un pan de ciel mat et couleur de zinc, une lumière qui humilie. »<br />Gabrielle Wittkop, <em>Chaque jour est un arbre qui tombe</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-1787471608239370835?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-32572256138445297962006-12-22T14:03:00.000Z2007-02-12T13:11:45.288ZCarlos Hevia« Carlos Hevia<br />Montevideo, 1940 - Montevideo, 2006<br />Auteur d’une monumentale et souvent mystificatrice biographie de San Martin où, entre autres choses, est affirmé qu’il est uruguayen, il écrivit des récits, rassemblés dans le volume <em>Les mers et les bureaux</em>, et deux romans: <em>Le prix de Jason</em>, une fable qui avance que la vie sur Terre serait le résultat d’un concours télévisé intergalactique qui aurait raté, et <em>Montevidéens et Portègnes</em>, roman d’amis et de conversations exhaustives au petit matin.<br />Sa vie fut liée au journalisme à la télévision où il occupa des postes subalternes et parfois celui de rédacteur en chef.<br />Il vécut pendant quelques années à Paris où il connut les théories de la <em>Revue d’histoire contemporaine</em>, qui le marqueraient définitivement. Il fut l’ami et le traducteur du philosophe français Etienne de Saint-Etienne. »<br />Roberto Bolaño, <em>La littérature nazie en Amérique</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-3257225613844529796?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-7106206132609973629.post-12622965659418652122006-12-20T20:44:00.000Z2006-12-21T10:13:14.376ZClaude Cahun<a href="http://1.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RYpaAc__d-I/AAAAAAAAAAM/QWsLxxPfTVw/s1600-h/cahun.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_YT5n0WMWEik/RYpaAc__d-I/AAAAAAAAAAM/QWsLxxPfTVw/s320/cahun.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5010916499234191330" /></a><br />« J’ai passé trente trois ans de ma vie à vouloir passionnément, aveuglément, que les choses soient autrement qu’elles ne sont. Je n’ai guère accumulé que des valeurs fictives. Je ne sais quelle échéance me presse aujourd’hui. Mais je la sens. Il s’agit de réaliser mon mal et mon bien ; quels qu’ils soient, avec un minimum de perte. »<br />Claude Cahun, <em>Aveux non avenus</em><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7106206132609973629-1262296565941865212?l=journal-bibliotheque.blogspot.com'/></div>Stéphane Tirillyhttp://www.blogger.com/profile/18099106821751860909noreply@blogger.com1