<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss'><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932</id><updated>2009-12-14T18:29:32.581+01:00</updated><title type='text'>Le café littéraire de Gaëlle</title><subtitle type='html'>Les coups de coeur et billets d'humeur d'une romancière en herbe, lectrice enthousiaste et grande amatrice de cinéma et de bande dessinée.


ATTENTION: ce blog ne s'affichera parfaitement que si vous utilisez Firefox (navigateur gratuit et puissant!). 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Elle a des yeux de chat qui n'auraient pas déplu à Baudelaire, le mot vivacité semble avoir été créé pour elle. On pressent qu'elle aurait fini sur un bûcher, au Moyen-Âge. Trop de féminité, trop d'aplomb, on voit tout de suite qu'elle est un peu sorcière...&lt;/div&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5412447513420754370" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 250px; CURSOR: hand; HEIGHT: 302px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SxzgVkrj7cI/AAAAAAAAAis/VbqSiXsXCK8/s320/ovalde+bis.jpg" border="0" /&gt; &lt;p align="justify"&gt;Mais ne perdez pas votre temps à chercher où elle a planqué sa baguette magique. Elle est dans son style, sa baguette, et le temps de le découvrir vous serez faits, je vous préviens, envoûtés, et vous courrez chez votre libraire acheter tous ses romans, déjà en manque, comment mais il n'y en a que six ?... Il y a un mois, je ne la connaissais que de nom et voilà, je sais que dorénavant je la lirai où qu'elle m'entraîne, et autant vous dire que ça m'arrive rarement avec les écrivains. Tenez, je n'aime pas trop la science fiction, mais si demain elle écrit un roman qui se passe sur Pluton, je le dévorerai comme les autres. Parce que je sais que même sur Pluton en 5028, j'y trouverai des vamps paumées, des petites filles mélancoliques, des ogres vénéneux, des chevaliers patients. Et que j'en dégusterai chaque mot, chaque image. Il y a des écrivains comme ça — oh, pas beaucoup —, qui vous attrapent à la première phrase et vous ravissent jusqu'à la dernière.&lt;br /&gt;Véronique Ovaldé et moi, on a un point commun. On est tombées dans les romans de &lt;a href="http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/10/chant-damour-raymond-chandler.html"&gt;Chandler&lt;/a&gt; à un âge très tendre, et on a découvert à travers lui la magie des images, des comparaisons géniales. On les notait dans un carnet. Et bien sûr il y a du Chandler dans Ovaldé. On parlait des images ? Savourez la force de celle-ci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;« Une ombre vit le visage de ceux qui ont perdu quelqu'un. L'ombre d'une plante grimpante. Elle croît à leur insu et, quand ils pensent que personne ne les surveille, elle baigne leurs traits d'absence, de gravité et de perplexité. C'est un démon discret qui habite leur visage. Il se cache dès que quelqu'un le regarde. »&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;(Et mon coeur transparent)&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, il y a chez Véronique Ovaldé quelque chose de la nonchalance, de l'humour féroce et de la mélancolie du roman noir, un goût prononcé pour les femmes brisées en robes rouges, aux talons vertigineux et à la coiffure de travers. Un goût pour le monde de la marge et de l'ombre, celui qu'on ne distingue que si l'on a des yeux de chat. Dans ses romans, les petites filles vont rarement à l'école, elles s'élèvent toutes seules, parfois elles grandissent trop vite ou c'est seulement leur corps, mais elles ont de la ressource. Il y a Lili dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les hommes en général me plaisent beaucoup&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, petite fille désemparée dans un corps d'adolescente, qui vit avec son petit-frère, claquemurée dans un appartement bunker par un père tyrannique et nazillon depuis que leur mère est morte. &lt;/div&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5412450453408302770" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 122px; CURSOR: hand; HEIGHT: 200px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SxzjAs_NxrI/AAAAAAAAAjk/RMKfbL4yg2k/s200/les+hommes+en+general.jpg" border="0" /&gt; &lt;p align="justify"&gt;Elle hésite entre le suicide (qu'elle rate) et la survie, elle cherche un prince charmant, même si ça n'en est pas vraiment un, même s'il a le visage du gros lamantin tatoué qui vit à l'étage au-dessus et que son amour n'a rien d'innocent :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;« J'ai empoigné le balai, toqué au plafond de la cuisine et attendu que Yoïm descendît, je me disais, il faut bien que quelqu'un nous sauve. J'avais quatorze ans, et je me répétais, il faut bien que quelqu'un nous sauve. J'avais quatorze ans, et ça m'avait paru quatorze années interminables. » &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Il y a aussi la petite Rose de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Déloger l'animal&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, amoureuse de cette maman sublime au passé mystérieux qui disparaît un jour, la laissant seule avec une montagne de questions, un chagrin abyssal et des lapins :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;« J'ai pris la disparition de maman entre mes mains, j'en ai fait une boule très serrée, je l'ai avalée pour que l'ennemi ne la trouve pas — il faudra m'ouvrir en deux — et j'ai demandé à mon père, tu t'es bien occupé des lapins au moins. Ne mettant pas dans cet « au moins » le reproche qu'il aurait pu percevoir (elle, tu l'as laissée partir, j'espère en revanche que tu n'as pas abandonné les lapins, si négligent sois-tu) mais ponctuant simplement ma phrase pour qu'elle se balance mieux. » &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5412450622715375906" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 124px; CURSOR: hand; HEIGHT: 200px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SxzjKjtKsSI/AAAAAAAAAjs/hE0i6B5zNZM/s200/deloger.jpg" border="0" /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;La romancière aime tant les petites filles qu' elle les laisse sautiller dans son cerveau, prendre leurs aises, y installer leur imaginaire, leur habileté d'agents secrets déchiffrant le monde crypté des adultes avec les moyens du bord.&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Dans chacun des romans de Véronique Ovaldé, et en particulier dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ce que je sais de Vera Candida&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, son dernier roman déjà bardé de prix, les femmes ont un destin mouvementé, hérissé d'échardes et de blessures lumineuses.&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5412450783283060450" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 137px; CURSOR: hand; HEIGHT: 200px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SxzjT53fHuI/AAAAAAAAAj0/vC5wyPIAzpo/s200/vera+candida.jpg" border="0" /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est pas simple d'être une femme, les cartes sont inégalement distribuées et le monde âpre et tranchant lorsqu'on est si facilement réduite à un objet de désir. Elles avancent à talons hauts sur des éclats de verre, aiment passionnément leurs enfants, s'absentent de leur corps pendant qu'on les baise, scellent profondément leurs secrets, fuient dans la maladie ou dans la mort quand la résistance n'est plus possible. Elles sont mères de leur fille et filles de leur mère, héritières d'un amour mêlé de névroses qui semblent autant de malédictions, elles fuient le lieu de leur origine pour couper la branche malade de l'arbre qui les a portées, trouvent des refuges qui n'en sont pas. Ainsi, Vera Candida vient d'une lignée de putes et de pères absents, de géniteurs honteux, veules et brutaux, et elle fuit à quinze ans l'île de Vatapuna et son héritage empoisonné. Dans son ventre, une petite fille sans père qu'il s'agit de sauver de la répétition familiale. Elle est tenace, Vera Candida. Désespérée, comme toutes les héroïnes de Veronique Ovaldé, fragile et attirée par la possibilité du vide, mais aussi forte et guerrière, prête à élever une amazone au destin neuf. Et comme Rose dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Déloger l'animal&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, comme Irina dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Et mon cœur transparent&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, sur sa route périlleuse, elle trouve un chevalier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5412450990416118642" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 125px; CURSOR: hand; HEIGHT: 200px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sxzjf9f2w3I/AAAAAAAAAj8/CafPsueaSoY/s200/et+mon+coeur.jpg" border="0" /&gt;&lt;br /&gt;Les chevaliers d'Ovaldé ont parfois grandi dans une caravane avec une mère envahissante, ils ne rêvent que de sauver une belle jeune fille perdue dans une tempête de neige. S'ils ont l'âme tendre et voudraient pouvoir &lt;strong&gt;« faire amende honorable pour tous ceux qui se comportent comme des salopards »&lt;/strong&gt; , ils ne sont pas dupes et sentent que cette passion du sauvetage n'est pas entièrement pure :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;« Lancelot savait qu'il était tout particulièrement attiré par les pauvres filles malheureuses à l'enfance en morceaux, et que ç'avait à voir avec sa propre mère. Ce genre de déterminisme le plongeait dans un grand désarroi. Il se disait, je suis aimanté par les jolies filles brisées. Et il ressentait un mélange de fierté et de dégoût qui le laissait pantelant — comme lorsqu'on sauve quelqu'un de la noyade et qu'on lui vole son portefeuille en le ramenant sur la berge. »&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;(&lt;em&gt;Et mon coeur transparent&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Cependant leur amour patient, infatigable, ouvre un chemin inattendu vers le bonheur du cœur et le plaisir des corps, vers la douceur d'une réconciliation possible avec soi et avec la vie, une accalmie dans la tempête qui fait rage derrière les volets. Une pause, une respiration pour survivre à la terreur de perdre ceux qu'on aime :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;« L'odeur de Monica Rose faisait chavirer Vera Candida. Elle s'asseyait près de sa fille et plongeait le visage dans ses cheveux. Ils sentaient le sel et l'iode, le vent et quelque chose de plus souterrain et mammifère, comme la sueur d'un minuscule rongeur ou bien d'un petit loup. Vera Candida se disait toujours, Comment ferai-je quand je serai une très vieille femme, que je n'y verrai plus, que je tenterai de me souvenir de cette odeur. Elle s'efforçait d'enregistrer comme sur des cylindres d'argile les sensations liées à sa fille : la main de la petite dans la sienne, la façon dont Monica Rose serrait son cou avec ses bras aussi fins que des roseaux, elle serrait serrait en y mettant toute sa minuscule force, et c'était inenvisageable de ne plus être deux un jour, c'était si injuste que ça paraissait impossible. »&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, j'espère vous avoir donné envie de vous faire ensorceler à votre tour. Pour Noël, je crois que je ne pouvais pas penser à meilleur cadeau.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;A bientôt.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Gaëlle Nohant &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-5778584983394464712?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/5778584983394464712/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=5778584983394464712&amp;isPopup=true' title='14 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/5778584983394464712'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/5778584983394464712'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2009/12/toutes-les-vies-de-veronique-ovalde.html' title='Toutes les vies de Veronique Ovaldé'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SxzgVkrj7cI/AAAAAAAAAis/VbqSiXsXCK8/s72-c/ovalde+bis.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>14</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-6671047010497979282</id><published>2009-11-20T12:06:00.085+01:00</published><updated>2009-11-27T16:14:15.796+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='romans'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='shoah'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='karski'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='tessarech'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='histoire'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='temoins'/><title type='text'>Entendez-vous ?...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Bonjour à tous.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Aujourd'hui, je viens vous parler de deux romans qui secouent, qui bouleversent. Il est bon parfois de se laisser remuer. Je sais que les fêtes approchent, avec le tintement de grelot des rennes, les rubans rouges et mauves, les étoiles en sucre glace... Mais avant, prenons, voulez-vous, un instant pour approcher ces ombres toujours vivaces de la Shoah qui passèrent sur terre dans une fulgurance, abandonnant l'humanité à sa grimace. Il y a ceux qui sont morts et dont les traits semblent se fondre à jamais dans ce tableau de Munch, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;le Cri&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Il y a ceux qui ont survécu et ne se le sont jamais pardonné. Il y a ceux, enfin, que le hasard de l'Histoire a transformés en témoins. Ceux-là sont de toutes sortes. Il y a les indifférents qui cadenassèrent leurs yeux et leurs oreilles, il y a les impassibles, ceux qui risquèrent ou trouvèrent la mort à cause des secrets qu'ils avaient surpris... Et il y a ceux qui ont tenté d'avertir, d'agir, d'empêcher. Et qu'on a fait taire en les laissant parler dans le vide.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'est à ces derniers que nos deux auteurs du jour ont choisi de s'intéresser de près. Yannick Haenel en écrivant "pour" &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jan Karski&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, cet agent de liaison de la Résistance polonaise qui témoigne devant la caméra de Claude Lanzmann à la fin de "&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Shoah&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5408724289142018706" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 218px; CURSOR: hand; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sw-mFZZWUpI/AAAAAAAAAiU/Cmu5st18xwA/s320/Couv+Karski.jpg" border="0" /&gt; Bruno Tessarech en convoquant, dans son roman &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les Sentinelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, les fantômes de ce même Karski, de Kurt Gerstein et de Wernher von Braun, deux témoins nazis qui n'appartiennent ni au même monde ni à la même espèce. Ces deux romans laissent affleurer une réalité longtemps taboue : le fait que les Alliés surent assez tôt (dès 1943) qu'un processus d'extermination était en route et ne firent rien pour l'arrêter.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ce silence des nations alliées résonne terriblement dans nos consciences car il nous renvoie à notre propre responsabilité dans les tragédies qui nous effleurent, et auxquelles nous participons peut-être à notre manière, fût-ce par non-assistance à personne en danger. Il a mis longtemps à se dire. Rappelons qu'après guerre, tout le monde voulait se raconter la belle histoire du Bien contre le Mal, d'une France entièrement peuplée de Résistants, d'un monde qui avait découvert pétrifié, en 1945, l'existence des camps de concentration.&lt;br /&gt;Puis les historiens ont commencé à écorner cette légende, à démontrer qu'Hitler n'avait pas pris le peuple allemand en otage mais bien été élu par un processus démocratique, que les Einsatzgruppen, qui commettaient les massacres des populations juives à l'arrière du front de l'est, étaient peuplés de gentils pères de famille... Que la Résistance française avait été multiple, complexe et minoritaire... Que la France s'était montrée l'auxiliaire servile de la Solution Finale, notamment lors de la rafle du Vel' d'Hiv... etc etc. Certaines vérités peinaient encore à remonter en surface, comme le silence des Alliés face à la Shoah.&lt;br /&gt;Mais voilà deux romans puissants, deux piqûres dans nos chairs oublieuses qui font entendre les voix déchirantes de ces anges déchus, condamnés à porter sans fin un message que personne ne voulait entendre :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;"C'est un véritable tourment de vivre avec un message qui n'a jamais été délivré, il y a de quoi devenir fou",&lt;/strong&gt; dit Jan Karski dans le roman de Yannick Haenel. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces "fous", je les appelle anges, non parce que ces hommes étaient des saints, mais parce que les anges sont des messagers chargés d'importantes nouvelles. Or, le message de la Shoah était une bombe ; le porter n'était pas sans danger. Il pouvait vous placer en première ligne, vous coûter la vie. Il pouvait aussi vous consumer à petit feu, faire de vous un fantôme à votre tour, insomniaque et hanté. Mais on ne choisit pas d'être d'être un témoin. On est choisi contre son gré. On préfèrerait sans doute rester au chaud, ne pas avoir vu ces gens derrière le judas de la chambre à gaz, ne pas avoir dû fixer son regard au sol pour éviter ces pantins de chair pendus aux crochets dans les souterrains de Dora, ne jamais avoir reçu la visite de ces deux leaders juifs du ghetto de Varsovie. Qu'ils n'aient jamais prononcé des mots comme ceux-ci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;"Nous sommes humains.&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Comprenez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Comprenez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Ce qui arrive à notre peuple est sans exemple dans l'Histoire. &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Peut-être ébranlera-t-on la conscience du monde ?"&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;(Témoignage de Jan Karski dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Shoah&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de Claude Lanzmann)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jan Karski&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les Sentinelles&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; sont deux romans essentiels de la rentrée littéraire, deux romans dont les thèmes et les préoccupations se rejoignent, ils sont bien différents dans leur manière de les aborder. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jan Karski,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; qui vient de recevoir le prix Interallié, est centré sur ce personnage qu'il approche par cercles concentriques. C'est un livre scindé en trois parties, qui part du témoignage de Karski dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Shoah&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, traverse la vie tumultueuse de cet ancien courrier du gouvernement polonais en exil, pour aboutir à une partie de fiction où Yannick Haenel entre dans la tête du témoin et imagine sa vie APRES.&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5408721292829863682" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 184px; CURSOR: hand; HEIGHT: 250px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sw-jW_Q3LwI/AAAAAAAAAh0/VR-Fkodl5OM/s320/karski.jpg" border="0" /&gt; Bien sûr, le personnage de Jan Karski permet de poser la question lancinante de la passivité des nations alliées face à la Shoah. Mais le coeur du livre n'est pas cette question mais bien l'homme et ses tourments, ses paradoxes, et cela donne un roman poignant et habité dont on ne sort pas indemne. Si Yannick Haenel a su se laisser hanter par Karski, le roman agit comme une contagion et pourrait bien vous hanter à votre tour. C'est tout le mal que je vous souhaite, tant ce héros complexe, noble et tourmenté, mérite votre attention. Ecoutez- le parler à travers Yannick Haenel : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;" Les nuits blanches ressemblent aux pays pluvieux. Lorsqu'il pleut, on entend les cloches. J'ai remarqué cela dans mon enfance, à Lodz. Si l'on se concentre bien, si on tend l'oreille, alors à chaque instant il fait nuit, et la nuit est blanche, et il pleut. Qu'on soit en Pologne ou à New York, dans une geôle de la Gestapo ou dans une chambre d'hôtel à Brooklyn, qu'on soit heureux ou malheureux, abandonné de tous ou entouré d'amour, on entend les cloches. Est-ce que Dieu est mort à Auschwitz ?"&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette partie où Yannick Haenel devient Jan Karski, parle pour Jan Karski, est la plus belle du livre, la plus justement subjective et la plus forte. Elle résonne en vous longtemps après que vous avez refermé le roman. On a reproché à l'auteur de défendre la Pologne en se servant de Jan Karski, mais la Pologne a bien besoin d'être défendue, tant elle fut mal aimée et maltraitée par l'Histoire. Certes, ce cavalier distingué rescapé du massacre de l'intelligentsia polonaise dans les bois de Katyn ne représente pas tous les Polonais, mais l'antisémite vantard qui témoigne dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Shoah&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de sa jubilation à voir passer les Juifs dans les convois à bestiaux ne les représente pas non plus. Au-delà de ces questions où la polémique trouve toujours à se nicher, oubliant que &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jan Karski&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; est un roman, pas un document historique... Au delà, il faut saluer bien bas le travail d'un écrivain qui a su incarner ce héros brisé, déchirant, condamné à écouter résonner son message dans le vide, et qui reçut "&lt;strong&gt;la solitude pour destin&lt;/strong&gt;" :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;"&lt;strong&gt;A l'intérieur de cette nuit blanche qui s'est ouverte dans ma vie, je veille : je consacre mon temps à refuser l'idée qu'il est trop tard. Car avec la parole, le temps revient. J'ai parlé, on ne m'a pas écouté ; je continue à parler, et peut-être m'écouterez-vous : peut-être entendrez-vous ce qu'il y a dans dans mes paroles, et qui vient de plus loin que ma voix ; peut-être que dans ce message qu'on m'a transmis il y a plus de cinquante ans, quelque chose résiste au temps, et même à l'extermination ; peut-être, à l'intérieur de ce message, y a-t-il &lt;em&gt;un autre message&lt;/em&gt;."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un témoin est d'abord un survivant, et Jan Karski, qui avait choisi une vie de risque, une vie d'agent secret, a survécu in extremis au massacre de Katyn et aux tortures de la Gestapo. Il s'est chargé au passage du fardeau de ces massacres dont les bourreaux russes ou nazis effaçaient les traces derrière eux. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jan Karski&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, ou l'histoire d'un message qui prit possession de son messager et ne lui laissa plus de repos. D'un aventurier qui devint cet homme qui crie dans le désert jusqu'à épuiser sa voix. Jusqu'à ce que les mots s'enrouent dans sa gorge. Jusqu'à ce que ses larmes glissent sur vos joues à vous.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;les Sentinelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, Bruno Tessarech livre quant à lui un passionnant réquisitoire, à travers les portraits croisés de plusieurs témoins involontaires du processus d'extermination.&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5408721609471444258" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 218px; CURSOR: hand; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sw-jpa2GRSI/AAAAAAAAAh8/c3wW6Uutkow/s320/couv+Tessarech.jpg" border="0" /&gt; Ce roman qui se dévore plus qu'il ne se lit démarre en 1938, lors de la conférence d'Evian, où se joua le sort des réfugiés juifs qui tentaient de fuir l'Allemagne hitlérienne. Conférence où les nations rivalisèrent d'indifférence, d'antisémitisme et de lâcheté, pour finir par adresser une lettre commune à Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, pour lui demander de trouver lui-même une "&lt;strong&gt;solution&lt;/strong&gt;" pour les Juifs allemands. La lettre est historique, le mot "solution" est lâché. Toujours juste, jamais manichéen, Bruno Tessarech embrasse tous les points de vue, y compris celui des forces alliées, qui choisirent de gagner la guerre d'abord, fût-ce au prix de millions de victimes. Son livre est glaçant car il nous rappelle à notre responsabilité humaine et morale. Devant les discussions stériles de ces nations qui se renvoient sans fin la balle de ces "déchets" du régime hitlérien, acceptant du bout des lèvres les Juifs les plus riches ou "pourvus d'un talent", instituant une hiérarchie de valeur entre les réfugiés... comment ne pas penser au statut de l'étranger dans nos sociétés ? Une minorité de Juifs parvinrent à échapper, à prix d'or, à la souricière nazie. Les autres... les autres furent abandonnés par le monde entier : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;"Désormais la planète est scindée en deux : les pays où les Juifs ne peuvent plus vivre, et ceux où ils ne peuvent plus se réfugier."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;On peut ergoter sans fin sur ce que les Alliés auraient dû ou auraient pu faire pour arrêter la Solution Finale. Mais une chose est sûre, et le roman de Bruno Tessarech nous le rappelle avec force : bien avant la guerre, bien avant que les cheminées d'Auschwitz n'aient commencé à cracher leur sinistre fumée, les nations alliées avaient abandonné les Juifs. Bien sûr, nos sociétés démocratiques et civilisées ne voulaient pas qu'on les tue... Juste qu'on les en débarrasse. Hitler s'en est chargé, et il n'est pas étonnant que malgré les rumeurs et les témoignages, personne ne se soit précipité pour l'arrêter. Dans&lt;strong&gt;&lt;em&gt; Les Sentinelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, Bruno Tessarech prête ces mots au président Roosevelt, en 1944 :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;" Nous ne faisons rien pour arrêter la mort du peuple juif. Nous sommes allés jusqu'à nier les faits, car ceux-ci nous encombraient. Et maintenant que la masse des informations et des témoignages nous place dos au mur, incapables de nier l'évidence, nous tergiversons. Les quotas d'immigration, le blocus économique, le libre accès des bateaux à tous les océans, la question palestinienne, que sais-je encore. Nous restons dans la politique. Pas dans la morale."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans cette scène superbe, on découvre un Roosevelt poignant et affaibli, rongé par le doute au moment de quitter la vie : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;"Soudain un malaise s'empare de Roosevelt, ne le lâche plus. où est-il passé, son courage politique, dans l'affaire des Juifs ? La guerre a dû en épuiser toutes les réserves. Jour après jour il a cru qu'il suffisait d'appliquer la meilleure solution, disons la moins mauvaise. Alors qu'il fallait en inventer une nouvelle. Brusquer les choses. Sortir des solutions rationnelles. Combattre la folie nazie avec une autre forme de folie : celle de la vie contre celle de la mort."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les Sentinelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jan Karski&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, écrits au même moment, peut-être parce que les questions qu'ils posent sont toujours actuelles en ces temps où les services d'immigration de nos pays s'instituent juges de la "valeur" d'un homme, se répondent joliment l'un à l'autre. Tous deux portent la voix brisée de ces héros tourmentés, impuissants et magnifiques, résolus et désespérés, qui revinrent des Enfers pour délivrer cette "parole des morts" que les assassins pensaient étouffer. Ainsi de Kurt Gerstein, ingénieur à l'Institut de désinfection d'Oranienburg, personnage très ambivalent, Nazi le jour, témoin la nuit, perdant le sommeil et la raison après avoir assisté à l'une des premières "désinfections" au camp de Belzec. Kurt Gerstein est d'ailleurs le héros d'un film de Costa Gavras, "&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Amen&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;", sorti sur les écrans en 2002.&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5408721871415489458" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 146px; CURSOR: hand; HEIGHT: 232px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sw-j4qqbM7I/AAAAAAAAAiE/FrMOqneKslc/s320/Gerstein.jpg" border="0" /&gt; Mais parmi &lt;strong&gt;&lt;em&gt;les Sentinelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de Bruno Tessarech, il y a aussi Wernher von Braun, l'ingénieur nazi qui créa les fusées V2 dans les souterrains dantesques de Dora et fut accueilli à bras ouverts par ces mêmes Américains qui avaient claqué leur porte au nez des réfugiés juifs. Vernher von Braun, après être resté sourd et aveugle toute la guerre, baissant les yeux pour ne pas voir les pendus, les exécutions sommaires, les longues files de morts-vivants, participa au programme Apollo et eut le bonheur de voir décoller la première fusée pour la lune.&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5408725589303052514" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 165px; CURSOR: hand; HEIGHT: 200px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sw-nRE35SOI/AAAAAAAAAik/Nqhv04klExw/s200/von_braun_02.jpg" border="0" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;"&lt;strong&gt;Qui témoigne pour le témoin ?" &lt;/strong&gt;s'interroge Paul Celan. Yannick Haenel, Bruno Tessarech. Et grâce à eux, vous n' oublierez pas de sitôt ces messagers hantés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Gaëlle Nohant&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-6671047010497979282?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/6671047010497979282/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=6671047010497979282&amp;isPopup=true' title='11 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/6671047010497979282'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/6671047010497979282'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2009/11/entendez-vous.html' title='Entendez-vous ?...'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Sw-mFZZWUpI/AAAAAAAAAiU/Cmu5st18xwA/s72-c/Couv+Karski.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>11</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-2661506572540529611</id><published>2009-11-09T21:07:00.033+01:00</published><updated>2009-12-11T09:18:40.209+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='nouveau roman'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='prix decembre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='editions de minuit'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='toussaint'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='prix medicis'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='marie'/><title type='text'>Jean-Philippe Toussaint ou l'art de la fugue</title><content type='html'>Bonjour,&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;Rien ne me destinait à venir vous parler de &lt;a href="http://www.jptoussaint.com/monde.html"&gt;Jean-Philippe Toussaint&lt;/a&gt;. Parce que le Nouveau Roman est moi, on est un peu fâchés, depuis longtemps. Parce que je suis volontiers de celles qui râlent qu'en France, le style s'épanouit souvent au détriment de l'histoire, et vice-versa... Parce que ma tasse de thé c'est plutôt les écrivains anglo-saxons, et pas trop les histoires qui ressemblent à de la musique de chambre. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Oui mais voilà. J'avais lu quelques petites choses sur cet auteur belge qui m'avaient séduite. Notamment une interview où il disait que non, il ne prenait pas grand plaisir à écrire, ou alors si, mais un plaisir un peu masochiste, tellement c'était difficile. Parce qu'il fallait descendre si profond en soi. Et qu'il n'est pas naturel de descendre en soi comme au fond d'une mine, c'est difficile, regardez le nombre de gens qui restent en surface et s'en trouvent très heureux. Comme ça m'agace d'entendre un auteur dire qu'il a écrit un livre avec facilité et jubilation, moi qui peine sur chaque phrase péniblement extraite... je l'ai trouvé sympathique. Et surtout, il ajoutait quelque chose qui m'a touchée : que l'on écrit parce qu'on est un peu inadapté au monde, un peu en marge, et qu'alors, l'écriture accomplit ce miracle (dès lors que vous touchez des lecteurs) de vous ramener au monde, de vous y donner une place de par votre marginalité, une vraie place qui vous réconcilie avec lui. Du coup, ça m'a donné envie de lire ses romans. En plus, il est drôle. Si si. ça rit aussi, un auteur Minuit. Regardez sa photo, ce petit air de se payer gentiment votre tête. C'est pareil dans ses romans. Il a beau les écrire dans la douleur, il s'amuse et nous amuse.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Svwxy-Y7i-I/AAAAAAAAAg8/RIR41Nc6Oh0/s1600-h/Jean-Philippe_Toussaintphoto.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5403248404748536802" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 250px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 240px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Svwxy-Y7i-I/AAAAAAAAAg8/RIR41Nc6Oh0/s320/Jean-Philippe_Toussaintphoto.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;J'ai donc lu son tryptique sur Marie, qui commence par &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Faire l'amour&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, se poursuit avec &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fuir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ( &lt;strong&gt;prix Médicis 2005&lt;/strong&gt;), et se conclut (provisoirement) avec &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Vérité sur Marie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (qui était au coude à coude avec Marie Ndiaye pour le &lt;strong&gt;Goncourt&lt;/strong&gt; et s'est vu décerner &lt;strong&gt;le prix Décembre 2009&lt;/strong&gt;), qui est tout sauf la vérité sur Marie, mais on s'en fiche. Et peu à peu, d'un roman à l'autre, tandis que ma fascination allait grandissante, et mon admiration avec, j'ai commencé à me dire, ma foi, que Jean-Philippe Toussaint devait avoir quelque pouvoir d'ensorceleur. Car partant sur la réserve, comme on trempe le bout du pied dans l'eau d'une piscine pour chercher une raison objective de ne pas y plonger, j'ai fini ma lecture complètement envoûtée, avec l'envie de tout relire. Plus j'entrais dans le texte plus l'écriture de Jean-Philippe Toussaint m'emportait, à la manière d'un bain de musique, là où elle voulait, sans que je tente de me tenir au bord des pages, je me laissais glisser dans le torrent furieux, d'un moment angoissant à une contemplation radieuse, d'un battement de coeur affolé à une respiration sereine ou à un murmure amoureux. Car le style de Toussaint est si virtuose et limpide qu'il charrie avec lui le crépuscule et le plein soleil, la musique et le silence, ce qui ne se dit pas, ce qui ne peut se dire mais qu'on lit dans un battement de cil, une larme, le frôlement d'un verre à pied contre un autre verre, la posture rebelle d'une jeune femme à l'enterrement de son père. Son écriture est une respiration, tantôt haletante et épuisée, tantôt lente et douce, sensuelle et murmurante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SvwzDWBpJ1I/AAAAAAAAAhk/Q8xssGhTx3w/s1600-h/la+verit%C3%A9,+la+bonne.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5403249785482848082" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 232px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SvwzDWBpJ1I/AAAAAAAAAhk/Q8xssGhTx3w/s320/la+verit%C3%A9,+la+bonne.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Mais parlons de cette histoire d'amour fatale et inéluctable qui court le long des trois romans tel un fil invisible, et que résume cette phrase qui ouvre &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fuir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : &lt;strong&gt;"Serait-ce jamais fini avec Marie ?"&lt;/strong&gt; Dans la chronologie un peu bousculée des romans, le narrateur rompt avec Marie dans le premier et la retrouve dans le troisième (enfin ils se retrouvent mais pour découvrir que finalement, c'est séparés qu'ils s'aiment le mieux), tandis que le second revient à l'été précédent leur rupture. Au fil de ces trois romans, de Tokyo au musée du Louvre, de la Chine à l'ïle d'Elbe, d'une nuit caniculaire dans Paris au tarmac de l'aéroport de Narita, le lien entre ces deux êtres perdure malgré les avanies de leur amour. Et survit à la rupture, aux deuils, aux liaisons intermittentes. En réalité, dans chaque roman, Marie et le narrateur s'aiment surtout dans le manque, le télescopage, la distance, y compris lorsqu'ils sont à côtés l'un de l'autre. La clé de cette relation est peut-être, bien qu'elle soit aussi insaisissable que Marie elle-même, dans ce constat du narrateur de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fuir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;"&lt;strong&gt;Nous nous aimions, mais nous ne nous supportions plus. Il y avait ceci, maintenant, dans notre amour, que, même si nous continuions à nous faire dans l'ensemble plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable."&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Svwyb_xKq0I/AAAAAAAAAhU/jHwbJoG3xUE/s1600-h/fuir,+la+bonne.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5403249109493263170" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 180px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 295px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Svwyb_xKq0I/AAAAAAAAAhU/jHwbJoG3xUE/s320/fuir,+la+bonne.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Ils sont ensemble, même quand ils sont séparés par des océans ou par d'autres corps, des corps chauds et saignants, moribonds ou mis en bière. La puissance de leur amour emballe le mécanisme de la nature, fait surgir de terre des tremblements de terre, des incendies, des torrents de larmes de pluie, et n'hésite pas à tuer ceux qui se mettent en travers. Et il suffit d'un simple coup de téléphone au coeur de la nuit japonaise pour raviver chez le narrateur tous les sentiments mêlés qu'il avait pensé étouffer en prenant la fuite : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"Je ressortis de la cabine, bouleversé, le coeur serré, infiniment heureux et malheureux. Avec elle, en cinq minutes, je ne savais plus qui j'étais, elle me faisait tourner la tête, elle me prenait la main et me faisait tourner sur moi-même à toute vitesse jusqu'à ce que ma vision du monde se dérègle, mes instruments s'affolent et deviennent inopérants, tous mes repères étaient brouillés, je marchais dans l'air glacé de la nuit et je ne savais pas où j'allais, je regardais l'eau noire briller à la surface du canal et je me sentais happé par des pulsions contradictoires, exacerbées, irrationnelles."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Sera-ce un jour fini avec Marie ? Probablement jamais, même si le sablier sans pitié du temps précipite la fin de leur amour, et même si la mort omniprésente rôde, prête à frapper, comme dans un drame shakespearien. Chacun des trois romans fait courir une menace plus ou moins précise. Dans &lt;span style="FONT-STYLE: italic"&gt;&lt;strong&gt;Fuir&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"J'avais fait remplir un flacon d'acide chlorhydrique, et je le gardais sur moi en permanence, avec l'idée de la jeter un jour à la gueule de quelqu'un."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans &lt;span style="FONT-WEIGHT: bold; FONT-STYLE: italic"&gt;Faire l'amour&lt;/span&gt;, c'est la Chine qui porte cette menace, une Chine mystérieuse, en chantier permanent, où les protagonistes chinois échangent des propos sybillins dans cette langue que le narrateur ne comprend pas, où son "accompagnateur" un peu trop zélé a toujours un oeil sur lui et où il finit par l'emporter dans une course poursuite à moto, mais par qui sont-ils poursuivis ? Pourquoi ? Enfin, dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Vérité sur Marie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, cette phrase digne d'un thriller nous met en alerte dès les premières pages :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;" Mais je préfère rester prudent quand à la chronologie exacte des événements de la nuit, car il s'agit quand même du destin d'un homme, ou de sa mort, on ne saurait pendant longtemps s'il survivrait ou non."&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SvwywPhOKzI/AAAAAAAAAhc/qKzIXRCO7nk/s1600-h/faire+l%27amour,+la+bonne.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5403249457318734642" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 180px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 295px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SvwywPhOKzI/AAAAAAAAAhc/qKzIXRCO7nk/s320/faire+l%27amour,+la+bonne.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Entre thriller et roman d'amour, d'une poursuite en moto au calme étale d'un jour d'été sur l'Ile d'Elbe, Jean-Philippe Toussaint nous conduit avec humour, gravité, fantaisie, selon son bon vouloir. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Vérité sur Marie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, bien malin qui peut la dire... Il est plus intéressant de glaner çà et là des indices qui dessinent un personnage entre ombres et lumière, Marie bordélique et insouciante, Marie en larmes des pages entières, Marie fière et butée, en tenue d'équitation, à la messe d'enterrement de son père... il y a quelque chose d'intraitable chez Marie, le fouillis qu'elle affectionne est arrimé à une détermination farouche. &lt;strong&gt;"Imprévisible et fantasque, tuante incomparable&lt;/strong&gt;", telle est Marie, et même si c'est son homme qui fuit, en définitive c'est elle qui échappe, jusqu'à la mise en danger, entre vertige et orgueil. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Alors vous comprendrez qu'avec tout ça (et encore je me suis restreinte, j'aurais eu tant de choses à vous dire...), je ne peux que vous engager à faire la connaissance de Marie en savourant toutes les subtilités du texte de Jean-Philippe Toussaint. Et même si les trois romans peuvent se lire séparément, dans le désordre ou comme bon vous semble, les lire à la suite permet de voir la toile entière, de retrouver d'un livre à l'autre des motifs, des échos qui se répondent l'un à l'autre dans une alchimie irresistible. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;A bientôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gaëlle Nohant&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-2661506572540529611?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/2661506572540529611/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=2661506572540529611&amp;isPopup=true' title='14 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2661506572540529611'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2661506572540529611'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2009/11/jean-philippe-toussaint-ou-lart-de-la.html' title='Jean-Philippe Toussaint ou l&apos;art de la fugue'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/Svwxy-Y7i-I/AAAAAAAAAg8/RIR41Nc6Oh0/s72-c/Jean-Philippe_Toussaintphoto.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>14</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-28163789267087170</id><published>2009-10-27T09:45:00.034+01:00</published><updated>2009-12-11T09:21:18.608+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='auster'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='tours jumelles'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='mac inerney'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='11 septembre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='safran foer'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='o&apos;neill'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='de lillo'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='terrorisme'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='mac ewan'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='homme qui tombe'/><title type='text'>A l'ombre des tours jumelles, des hommes abîmés</title><content type='html'>Bonjour à tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Me voilà donc ressuscitée, enfin mon café ... qui rouvre ses portes après un sommeil de Belle au Bois Dormant. J'étais fort occupée et malgré mon envie de revenir vous voir, il a fallu l'invitation de la librairie &lt;a href="http://www.librairiecharlemagne.com/"&gt;Charlemagne&lt;/a&gt; pour que je retrouve enfin le temps nécessaire pour écrire mes billets. Parallèlement à ça j'écris un roman qui sortira... dans pas trop longtemps j'espère ! Je reviens vous faire partager mes coups de coeur passés et présents au gré de mon humeur vagabonde, et j'espère que vous aurez plaisir à faire un bout de chemin avec moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Et pour me faire pardonner cette interminable absence, je vous invite aujourd'hui à un passionnant voyage dans le monde post 11 septembre, sur les pas de six grands romanciers anglo-saxons : Jonathan Safran Foer, Don de Lillo, Ian Mac Ewan, Jay Mac Inerney, Paul Auster et Joseph O'Neill. La plupart des romans dont je vais vous parler sont sortis depuis un moment, mais la parution de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Netherland&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, de Joseph O'Neill, m'a donné envie de lire ou relire ces romans pour voir quelles correspondances les unissaient les uns aux autres, et quelle mosaïque leur lecture successive composerait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucURm0_IHI/AAAAAAAAAes/W0Ukdsuf9Dw/s1600-h/Joseph+O+neill.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397304971139948658" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 160px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 240px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucURm0_IHI/AAAAAAAAAes/W0Ukdsuf9Dw/s320/Joseph+O+neill.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;On a pu lire dans la presse que tous ces romanciers _ dont certains sont new-yorkais _ avaient en commun d'avoir senti, durant des mois ou des années après l'effondrement des tours, l'incapacité d'écrire une fiction à partir de l'événement qui bouleversa leur vie et la nôtre et enfanta le XXIème siècle dans l'incrédulité et l'épouvante. Parfois le réel nous submerge au point que la fiction devient temporairement impossible. Après le 11 septembre, le réel avait pris toute la place, saturant nos rétines des images des avions percutant les tours, ce mirage horrifique de destruction enfantine, puis des images de la guerre en Irak, des tragédies à Londres ou à Madrid, etc, etc, tous ces dominos écroulés augmentant l'emprise de la peur sur nos cerveaux reptiliens. Quel monde émergea peu à peu de la matrice de Ground Zero, ce magma de chair et de ferraille où venait de s'émietter une civilisation censée nous protéger du chaos ? Pour dire ce monde, pour le déchiffrer, il nous manquait les yeux de romanciers voyants, ouverts sur l'intime, concentrés sur l'intériorité. C'est ce qu'exprimait Don de Lillo dans une interview au magazine &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lire&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; en avril 2008 :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="FONT-WEIGHT: bold"&gt;"La fiction crée un langage qui permet de décrire la vie intérieure. Elle peut examiner l'impact de l'histoire sur les vies intimes. [...] Un romancier peut examiner les effets d'une tragédie sur la vie intime des personnages qui l'ont vécue. Et ça, un essayiste ou un historien ne peut pas le faire. [...] La fiction explore donc des terres inconnues. Cela ne veut évidemment pas dire qu'elle est plus proche de la vérité mais simplement qu'elle peut pénétrer des territoires qui ne sont pas ouverts aux autres formes d'écriture."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucWZ6AZ6bI/AAAAAAAAAgU/fmEgM1KjVM0/s1600-h/photo+homme+qui+tombe.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397307312750324146" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 270px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucWZ6AZ6bI/AAAAAAAAAgU/fmEgM1KjVM0/s320/photo+homme+qui+tombe.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Ils pensaient tous que construire une fiction sur un drame qui les avait touchés avec une telle violence serait impossible. Et puis, comme le dit joliment Don de Lillo, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;"un roman a jailli". &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;Puis deux, puis trois, etc. Peut-être parce qu'en même temps que la vie reprenait son cours, un peu moins innocente mais toujours têtue, est venu le besoin de dire l'indicible. Et d'exhumer les émotions que la brutalité des images et les commentaires sans fin avaient masquées.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Huit ans déjà. Souvenez-vous. Nous avions peur de prendre le métro et le train, peur de voyager, d'aller dans les lieux bondés, peur des centres commerciaux, des aéroports, peur de ces sans visages prêts à mourir quand nous ne l'étions pas. Et puis le terrorisme s'est inscrit dans notre paysage, nous nous sommes rassurés ou du moins, avons regagné la part d'inconscience nécessaire à la vie. Et voilà que ces romanciers nous font la plus puissante piqûre de rappel qui soit, car la fiction a ce pouvoir de réveiller les morts et les terreurs enfouies en chacun, les émotions vives et les questions sans réponses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Approcher le 11 septembre avec mes moyens de la fiction pouvait sembler impossible, c'est le cas pour toutes les tragédies qui dépassent l'entendement. Chacun a emprunté un chemin à lui, très personnel, et cela donne une série de romans bien différents les uns des autres, qui s'approchent plus ou moins près de l'impact. Don de Lillo a choisi d'entrer dans l'image de cet homme couvert de poussière, sorti d'une tour avec une mallette à la main :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"Je ne voulais pas écrire un roman où les faits adviennent par-dessus l'épaule d'un personnage et affectent vaguement sa vie. Non, il me fallait quelque chose de plus immédiat : rentrer dans le chaos lui-même, pénétrer la fumée et les cendres, rejoindre cet homme qui avait jailli dans mon imagination... et pénétrer son esprit, sa vie." &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucSS3QMSqI/AAAAAAAAAd8/PQ09pFlZKHA/s1600-h/homme-qui-tombe-1.1208530123.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397302793705638562" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 246px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucSS3QMSqI/AAAAAAAAAd8/PQ09pFlZKHA/s320/homme-qui-tombe-1.1208530123.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;Dans son roman &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'homme qui Tombe&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, il convoque le symbole le plus choquant du 11 septembre, cette image devenue subliminale et taboue : celle de ces gens qui ont préféré sauter des tours et s'écraser en bas. Celle de cette photo de Richard Drew, de l'Associated Press, qui fit le tour du monde le lendemain de la tragédie avant d'être passée sous silence par l'ensemble des médias : cet homme qui tombe d'une des tours, tête en bas, le corps droit, allant vers la mort dans une position qu'on dirait résignée. Si les médias l'ont passée sous silence, c'est que ce symbole de l'Amérique qui tombe était bien trop choquant. Mieux valait se concentrer sur l'héroïsme des sauveteurs, le courage des survivants et des proches des disparus. Mieux valait montrer une Amérique qui se relève malgré ses plaies. Don de Lillo vient donc gratter où ça fait mal. Et il le fait à la manière d'un de ses personnages, David Janiak, ce performer qui durant des mois, se laissa tomber du haut des buildings, retenu par un simple filin, dans la position précise et douloureuse de l'homme de la photo : de tout son long, droit, un genou replié, en costume. Ce performer sera traqué par la police pour avoir crée &lt;strong&gt;"une situation dangereuse et physiquement agressive." &lt;/strong&gt;Agressif, il l'est, cet homme qui par sa chute rappelle sans cesse aux New-yorkais ce qu'ils préfèreraient oublier, ce qui les hante. Lianne, un des personnages du roman, dont le mari est ce rescapé couvert de poussière qui porte une mallette, ne peut en détacher sa pensée :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="FONT-WEIGHT: bold; TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;"De tout son long, en chute libre, pensait-elle, et cette image lui avait crevé la tête et le coeur, mon Dieu, c'était un ange en chute libre et sa beauté était terrifiante."&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;Non content de réveiller le plus puissant fantôme du World Trade Center, ce &lt;strong&gt;"soldat inconnu d'une guerre dont nous ne connaissons pas la fin"&lt;/strong&gt; (selon les mots de l'écrivain Tom Junod), Don de Lillo n'hésite pas à se glisser, l'espace de quelques scènes furtives, dans la tête d'Hammad, terroriste et futur kamikaze qui se détache peu à peu de tous ses liens affectifs et terrestres avant de glisser dans le vertige d'une mort choisie. Ces scènes sont peu nombreuses, car _ on le devine avant que l'écrivain ne l'avoue _ il &lt;strong&gt;"savait qu'il ne pourrait pas pénétrer son âme."&lt;/strong&gt; Certaines noirceurs de l'âme humain sont inaccessibles à l'écrivain. Il faut descendre trop profond dans les ténèbres. Ecrire sur un "monstre" nécessite de trouver en soi les points de concordance avec lui, et ce n'est pas chose aisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Les autres auteurs ne se sont pas approchés si près de l'attentat, et pourtant leurs romans sont tous, à leur manière, de grands romans de l'après 11 septembre. Ayant trouvé leur distance subjective par rapport à l'évènement, ils ont pu dire l'ensemble à partir du détail, évoquer le séïsme à travers ses répliques et ses conséquences sur nos vies.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucTDytTP_I/AAAAAAAAAeM/GNWtzFUTXU4/s1600-h/Samedi.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397303634299142130" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 193px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucTDytTP_I/AAAAAAAAAeM/GNWtzFUTXU4/s320/Samedi.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Ainsi, Ian Mac Ewan situe son roman &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Samedi&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; dix-huit mois après le 11 septembre, à Londres. Double détour, dans le temps et l'espace. Son héros, Henri Perowne, est neurochirurgien à Londres, et a tout pour être heureux : un métier qu'il adore, une femme qu'il aime et désire toujours après plus de vingt ans de mariage, deux enfants aimants, intelligents et doués, et une belle maison donnant sur une place coquette dans le quartier reconstitué de Fitzgravia, derrière la Post Office Tower. Oui mais voilà, la vue d'un avion en flammes volant trop bas vers l'aéroport d'Heathrow, aux petites heures d'un samedi de février 2003, va bouleverser l'ordonnancement impeccable de sa journée et de sa vie. Car depuis le 11 septembre, l'image d'un avion dans le ciel a cessé d'être inoffensive :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;/em&gt;"Près de dix-huit mois ont passé depuis que la moitié de la planète regardait en boucle les captifs invisibles conduits en plein ciel vers leur martyre, et que la silhouette innocente du moindre avion de ligne s'est mise à déclencher de nouvelles associations d'idées. Tout le monde le reconnaît, les avions en vol évoquent désormais des oiseaux prédateurs ou courant à leur perte."&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucTZUAWOyI/AAAAAAAAAec/f-gcgZkqxOM/s1600-h/Safran+Foer.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397304004014652194" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; WIDTH: 194px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucTZUAWOyI/AAAAAAAAAec/f-gcgZkqxOM/s320/Safran+Foer.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Extrêmement fort et incroyablement près&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, de Jonathan Safran Foer, le héros a 9 ans, et son père a disparu dans une des tours du World Trade Center. Oskar a trouvé une clé mystérieuse dans la poche d'une veste de son père, accompagnée de ce mot : "Black", et il en cherche la serrure à travers les districts de New York, de Staten Island au Bronx et de Manhattan à Brooklyn, arpentant les rues d'une ville orpheline de ses tours jumelles, où la mélancolie se respire avec l'air. Surmontant ses peurs pour les besoins de sa quête, il grimpe tout en haut de l'Empire State Building : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"Quand la porte s'est ouverte, on est sortis sur la terrasse panoramique. Comme on ne savait pas qui chercher, on a seulement regardé un moment. Bien sûr, la vue était incroyablement belle, mais mon cerveau s'est mis à faire des siennes et j'ai tout le temps imaginé qu'un avion fonçait contre le gratte-ciel, juste en dessous de nous. [...]&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;J'ai pensé à toutes les choses que tous les gens se disent, et au fait que tous les gens vont mourir, que ce soit dans une milliseconde, dans des jours ou dans des mois, ou dans soixante-seize ans et demi, quand on vient de naître. Tout ce qui naît doit mourir, ce qui veut dire que nos vies sont comme des gratte-ciel. La fumée monte plus ou moins vite, mais ils sont tous en feu, et nous sommes tous pris au piège."&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Avions, fumée, gratte-ciel... ces mots sont devenus aussi anxiogènes que l'image de l'homme qui tombe. Impact toujours, dans le roman Netherland de Joseph O'Neill, où un couple va se disloquer dans les mois suivants les attentats. Bien sûr, le 11 septembre ne fait qu'élargir une faille préexistante entre Hans et sa femme, fournir un alibi à cette femme qui veut quitter son mari et se réfugier à Londres. Comme si Londres était moins risquée à l'heure où toutes les grandes villes occidentales sont dans le collimateur des terroristes. Et voilà cet homme condamné à ne voir son fils de quatre ans que tous les quinze jours, entre deux avions, et à partager le lit du petit garçon dans la maison de ses beaux-parents. Parce que Rachel, sa femme, a décidé de l'associer à l'Amérique de Bush, d'en faire le corresponsable de la guerre en Irak et de tous les malheurs qui se sont abattus sur leur vie. Parce que la politique leur tient maintenant lieu de conversation et a avalé toute forme d'intimité, la remplaçant par un pugilat vain et sans issue :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"— Ce n'est pas du raisonnement, dis-je. C'est juste de l'agression. &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;— Agression ? Mais, Hans, tu ne comprends donc pas ? Tu ne vois pas que ça n'a rien à voir avec les relations personnelles ? La politesse, la gentillesse, toi, moi... rien de tout cela n'est pertinent. C'est une affaire de lutte à mort pour l'avenir du monde. Nos sentiments personnels n'entrent pas dans le tableau. Il y a des forces en présence. Les Etats-Unis sont aujourd'hui la puissance militaire la plus forte du monde. Ils peuvent faire et ils feront tout ce qu'ils veulent. Il faut arrêter ça. Tes sentiments, comme mes sentiments — elle sanglotait, maintenant — n'ont rien à voir dans tout ça."&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucTu2B8oRI/AAAAAAAAAek/x2hOoXsHDF4/s1600-h/mac+inerney.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397304373925421330" style="FLOAT: right; MARGIN: 0pt 0pt 10px 10px; WIDTH: 214px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucTu2B8oRI/AAAAAAAAAek/x2hOoXsHDF4/s320/mac+inerney.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Belle Vie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de Jay Mac Inerney, on s'intéresse aux bougeois friqués et surprotégés de Manhattan, et l'oeil vachard de l'écrivain n'en épargne aucun : femmes superficielles noyées dans le luxe, ados camés, hommes dissous dans la vanité de leur vie et uniquement préoccupés d'accroître le fossé entre eux et le reste du monde... D'une soirée mondaine qui vire au jeu de massacre, on bascule au 12 septembre, comme si la feuille du calendrier avait été arrachée. Le monde des nantis a tremblé, mais ça ne changera la donne que pour une toute petite minorité d'entre eux. Pour la plupart, l'écroulement des tours ne deviendra qu'un point d'angoisse ineffaçable inscrit au profond d'eux-mêmes, l'idée qu'ils ne sont plus à l'abri, vite chassée par un surcroît de luxe et d'activités. Au point que lorsqu'un des personnages s'écroule en larmes en évoquant un ami perdu, son chagrin semble une parodie. Un temps ils songeront à quitter New York. Un temps seulement. "La belle vie", ce simulacre de bonheur étincelant de vide, ne peut être vécue qu'ici.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Et pourtant, quelque chose d'essentiel a été perdu : le sentiment de sécurité que véhiculaient les grandes villes, New York en tête, au coeur d'un progrès technique érigé en rempart contre les brutalités d'un monde fruste, lointain, anachronique. New York, et toutes les grandes métropoles à sa suite, sont devenues fragiles. L'impensable a eu lieu et désormais tout est possible, surtout le pire. Comment rassurer les enfants quand les adultes vacillent ? Mentir. Dire que tout ira bien maintenant, que c'est fini, que le chaos n'est plus, que les méchants sont morts. Dans chacun des romans, les parents s'efforcent de donner le change à des enfants qui ne sont pas dupes. Car si les tours jumelles sont tombées, d'autres tours peuvent tomber. D'autres avions viendront. Les enfants de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'Homme qui Tombe&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; guettent le ciel avec des jumelles, à la recherche de Bill Lawton (déformation de "Ben Laden"), créant le trouble et l'angoisse chez leurs parents qui sont à deux doigts de les faire soigner. Dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Extrêmement fort et incroyablement près&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, la grand-mère d'Oskar se rappelle du mensonge de son père pendant la Deuxième Guerre Mondiale :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;"Je serai toujours là pour te protéger, tout ira bien."&lt;/strong&gt; Et elle ajoute : &lt;strong&gt;"Ça ne faisait pas de mon père un menteur. Cela faisait de lui mon père."&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;Dans le roman de Jonathan Safran Foer, tout le monde ment à tout le monde, par amour. Oskar lui-même, du haut de ses neuf ans, porte un secret trop lourd pour lui, et ignore que sa mère, sa grand-mère et même cet étrange locataire qui habite chez celle-ci, ont cadenassé les leurs pour le protéger. Ces secrets entremêlés vont se libérer les uns après les autres, déverrouillant les émotions nécessaires au deuil et à la reprise de l'existence. Car comme l'exprime l'auteur de ce roman poignant et cocasse :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="FONT-WEIGHT: bold"&gt;"Le 11 septembre a poussé les gens à extérioriser leur part d'enfance. Beaucoup ont pleuré pour la première fois depuis longtemps, ont dit "je t'aime" à leurs familles, etc. Cette catastrophe ne nous a pas rendus naïfs, mais a fait disparaître, un temps, les couches que les adultes bâtissent autour d'eux."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;strong style="FONT-WEIGHT: bold"&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;Adopter le point de vue d'un enfant de neuf ans lui permet de poser sur le monde un regard plus à la fois libre et candide, plus vulnérable aussi. Mais dans la plupart des romans que j'ai choisis, on retrouve ces personnages qui renouent avec les émotions et les terreurs de leur enfance. Enfants qui n'évoquent la catastrophe qu'à mots couverts, parlant du &lt;strong&gt;"pire jour"&lt;/strong&gt; (Jonathan Safran Foer) ou &lt;strong&gt;"des avions".&lt;/strong&gt; Enfants qui croient aux fantômes et ressentent la présence des morts de Ground Zero dans l'atmosphère irrespirable des premiers jours : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"La présence des morts devenait presque tangible dans les heures avancées de la nuit, quand leur esprit planait entre les canyons. Il valait mieux les sentir alentour que les voir dans son sommeil une fois rentré chez soi." (Jay Mac Inerney)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Belle Vie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, Luke, un des survivants des tours, a été parmi les premiers à déblayer le lieu du sinistre. Et il parle de ces &lt;strong&gt;"bulles à l'intérieur des débris&lt;/strong&gt;", ces poches de vide où l'on espérait autant que l'on redoutait de trouver des survivants : &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"C'était terrifiant, ces trous — comme quand on est petit et qu'on a peur de l'espace sombre sous le lit. Me voilà soit-disant en train de secourir des gens et j'ai peur de tendre le bras. Ces vides sont comme des passages vers l'enfer." &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Réveiller ces terreurs enfantines ramène forcément aux parents qu'on a perdus ou dont la vie nous a éloignés, et qui ne sont plus là pour expliquer le chaos du monde. Le héros de Joseph O' Neill est hanté par le souvenir de sa mère perdue. Après le 11 septembre, le manque d'elle devient plus aigu car le voilà sans appui parental et contraint d'en être un pour son petit garçon. Le héros de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Belle Vie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, Luke, renoue avec sa mère dans ce moment de questionnement profond sur le sens de sa vie, et ces retrouvailles coïncident avec la reprise d'un vrai dialogue avec sa fille. Lianne, l'héroïne de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'Homme qui tombe&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, ne cesse d'aller voir sa mère, comme si elle était à la recherche de réponses que seuls ceux qui nous ont précédé dans ce monde sont susceptibles de détenir. Quant à Oskar, le petit héros de Jonathan Safran Foer, c'est sans relâche et avec courage qu'il traque les traces de son père manquant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucWJluZZVI/AAAAAAAAAgE/Y0EvALqOfHk/s1600-h/wtc-11-septembre.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397307032428176722" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 320px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 240px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucWJluZZVI/AAAAAAAAAgE/Y0EvALqOfHk/s320/wtc-11-septembre.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;C'est dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Samedi&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; que l'on ressent le plus violemment la disparition du sentiment de sécurité. Parce qu'il a vu un avion en flammes déchirer le ciel de Londres, et même s'il n'a rien à voir avec les terroristes, Henry Perowne se sent menacé et fragilisé. Sa journée en sera profondément modifiée. Ce n'est pas un samedi comme les autres, rien ne marche comme cela devrait, une menace semée tôt dans le récit plane sur le héros et à la façon d'un orage qui couve, elle éclatera en soirée, venant rappeler à cet homme privilégié que nul, désormais, n'est à l'abri de la menace exercée par les parias de notre société. Et que face à la menace réelle et physique, son statut social et son assurance professionnelle ne lui sont plus d'aucun secours : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"Jamais de sa vie il n'a frappé quelqu'un au visage, même lorsqu'il était enfant. Il n'a jamais porté le fer que contre des corps anesthésiés dans un environnement stérile et réglementé. En fait, il ne sait pas se défendre."&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Cette perte du sentiment de sécurité engendre une profonde mélancolie, que l'on retrouve d'un roman à l'autre. La plupart des personnages semblent prisonniers d'une coque de tristesse dont ils ne parviennent pas à se défaire. Hans, le héros de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Netherland&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, s'interroge sur la rapidité de sa chute dans le trou noir de la mélancolie : &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="FONT-WEIGHT: bold"&gt;"Je ne sais toujours pas précisément si ma descente dans le chaos relevait d'un talon d'Achille ou de la folie généralement punie qui consiste à vouloir affronter la vie avec confiance — imprudemment, pourraient le dire certains. Tout ce que je sais, c'est que le malheur m'a pris au dépourvu."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Car la menace n'est pas seulement ce terrorisme qui cristallise les craintes viscérales de la moitié du globe. Plus profondément, il y a l'idée que les Etats auxquels nous appartenons mènent à travers le monde des actions qui, tel le battement d'aile du papillon, déclenchent des tremblements de terre. Et que ces tremblements de terre ne se contenteront plus de rester poliment cantonnés dans le Tiers-Monde. Dorénavant, les retombées des actions de nos Etats peuvent se traduire en vies détruites et en massacres en bas de chez nous.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;D'où la place prépondérante que la politique occupe dans la vie de tous les protagonistes de ces romans. Place considérable, bien plus importante qu' auparavant. Le 11 septembre, la politique, et notamment la politique internationale, a fait irruption dans notre vie privée. Souvenez-vous de nos discussions enfiévrées sur la guerre en Irak, sur le terrorisme, sur le gouvernement Bush... Vous les retrouverez dans ces romans, tenant lieu d'intimité et faisant écran aux questions profondes entre Hans et sa femme dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Netherland&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ; empoisonnant les retrouvailles d'Henri Perowne et de sa fille chérie dans &lt;strong&gt;Samedi &lt;/strong&gt;; Envenimant les rapports de la mère de Lianne, Nina, et de son amant Martin dans L'Homme qui Tombe. Lequel Martin remue à plaisir le fer dans la plaie des Americains :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="FONT-WEIGHT: bold"&gt;"D'abord ils vous tuent et ensuite vous vous efforcez de les comprendre. Peut-être finira-t-on par apprendre leurs noms. Mais il faut qu'ils vous tuent d'abord. [...] Mais c'est bien pour ça que vous aviez construit les tours, non ? N'ont-elles pas été conçues comme des fantasmes de richesse et de puissance, destinés à devenir un jour des fantasmes de destruction ?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;strong style="FONT-WEIGHT: bold"&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucVPVUGaGI/AAAAAAAAAfE/Mgpk1R8cXnM/s1600-h/auster-seul-300.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397306031590500450" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; WIDTH: 170px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 320px" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucVPVUGaGI/AAAAAAAAAfE/Mgpk1R8cXnM/s320/auster-seul-300.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;La politique, on la retrouve au coeur de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Seul dans le noir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, le dernier roman de Paul Auster. Que je mets volontairement à part car si le monde de l'après 11 septembre en est également le centre, c'est surtout de ses retombées et de la guerre en Irak qu'il est question. la petite fille d'August Brill, le héros du livre, a perdu un fiancé dans cette guerre, exécuté d'une manière ignoble. Là encore, on retrouve le pouvoir des images : la jeune fille et sa famille n'ont pu s'empêcher de regarder la vidéo de son exécution, hypnotisés, sachant qu'elle les hanterait bien plus viscéralement que la nouvelle de sa mort. A travers cette tragédie intime, c'est la guerre, la guerre éternelle et inextinguible, qui a fait irruption dans la vie des personnages du roman :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;"Mon sujet, cette nuit, c'est la guerre et, maintenant que la guerre a pénétré cette maison, il me semble que j'insulterais Titus et Katya si j'amortissais le coup. "&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Pour occuper ses insomnies, August Brill, contraint à l'immobilité par un accident, invente un autre monde, une uchronie dans laquelle ni le 11 septembre ni la guerre en Irak, qui en découle, n'auraient jamais eu lieu. Mais la guerre le rattrape jusque dans sa fiction, puisque dans cette dernière, une guerre civile embrase l'Amérique. Suite à la défaite tronquée d'Al Gore à la présidentielle, New York et plusieurs autres Etats ont fait sécession, et le conflit qui en résulte souligne cruellement cette faille entre les "deux Ameriques" que l'élection de Georges Bush avait mise en lumière. August Brill se souvient aussi d'une émeute raciale qui ensanglanta le quartier de Newark dans sa jeunesse :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;strong&gt;"Telle fut ma guerre. Pas une guerre véritable, certes, mais une fois qu'on a été témoin d'une violence de cette envergure, il n'est pas difficile d'imaginer pire et, du moment que le cerveau est capable de faire cela, on comprend que les possibilités les plus affreuses de l'imagination sont le pays dans lequel on vit." &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Alors, quel monde brossent tous ces romanciers dont les talents se répondent d'une histoire à l'autre ? Un monde anxieux, fragilisé, désenchanté, captif de la tyrannie des médias. Un monde où &lt;strong&gt;"nous sommes tous des cibles, désormais&lt;/strong&gt;", comme le résume Martin dans &lt;strong&gt;&lt;em&gt;l'Homme qui Tombe&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Un monde qui a changé sans retour en arrière possible. Où il faudra vivre sans l'illusion d'un monde en sécurité. Où la peur pourrait bien nous changer en esclaves du pouvoir et de l'information sans que nous nous en apercevions, comme le souligne Ian Mac Ewan :&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="FONT-WEIGHT: bold; TEXT-ALIGN: justify"&gt;"Il n'y a pas si longtemps, ses pensées vagabondaient de manière plus imprévisible, sur une liste de sujets bien plus longue. Il se demande s'il ne serait pas en train en train de devenir un pigeon, un consommateur toujours plus avide d'informations, d'opinions, de spéculations, de la moindre miette lancée par les autorités. Il est un citoyen docile qui regarde le Leviathan accroître son pouvoir tout en se réfugiant dans son ombre."&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="TEXT-ALIGN: justify"&gt;Mais malgré tout, ce monde &lt;strong&gt;"mystérieux, meurtri, ce monde étrange continue de tourner",&lt;/strong&gt; écrit Paul Auster. Et nous avec. Et je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger dans ces romans, je me suis régalée à les lire l'un après l'autre, à passer de l'œil vachard et savoureux de Jay Mac Inerney au regard émouvant et drôle de Jonathan Safran Foer ou au scalpel virtuose de Ian Mac Ewan... entrez dans ces romans, vous y serez en excellente compagnie. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;A bientôt. &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Gaëlle Nohant&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-28163789267087170?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/28163789267087170/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=28163789267087170&amp;isPopup=true' title='27 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/28163789267087170'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/28163789267087170'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2009/10/lombre-des-tours-jumelles-des-hommes.html' title='A l&apos;ombre des tours jumelles, des hommes abîmés'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_BKbzldbCPWE/SucURm0_IHI/AAAAAAAAAes/W0Ukdsuf9Dw/s72-c/Joseph+O+neill.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>27</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-4130073921283863838</id><published>2007-12-19T15:23:00.000+01:00</published><updated>2007-12-20T22:18:29.895+01:00</updated><title type='text'>Tous mes amis le sont....</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce billet est dédié à &lt;a href="http://cuneipage.over-blog.com/"&gt;Cuné&lt;/a&gt; qui m'a refilé la patate chaude et à &lt;a href="http://happyfew.hautetfort.com/"&gt;Fashion Victim&lt;/a&gt; qui a toujours des idées aussi exquises qu'originales. Il s'agit donc de parler de mes petits snobismes. Evidemment, si on me le demande, je ne suis pas snob pour un sou. J'ai appris ce qu'était le snobisme en lisant Proust et autant vous dire que la peinture qu'il faisait des snobs ne donnait pas très envie d'appartenir à leur côterie. Mais ça n'empêche pas qu'à mes heures... enfin j'ai certaines exigeances et je tiens à ce que j'appellerais mes "particularités". Les voici, donc, puisqu'on m'oblige à les avouer !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; 1. Je ne lis JAMAIS un livre qu'on m'a conseillé de lire ou forcée à lire... je sais, c'est assez gonflé de ma part, alors qu'ici je passe mon temps à conseiller des bouquins en espérant de tout cœur que la contagion s'étendra ! Mais c'est une habitude tenace qui vient du collège, voire même avant. J'ai toujours considéré la littérature comme un jardin privé où je pouvais vagabonder en totale liberté, sans aucune espèce de contrôle. Toute petite, je planquais des livres sous mon lit et j'allais débusquer ceux qui étaient planqués dans "l'enfer" de la bibliothèque de mon arrière-grand-mère... quand mes professeurs se sont avisés de m'obliger à lire des livres "au programme", j'ai trouvé ça tout à fait saugrenu, pour ne pas dire un acte d'autoritarisme insupportable.&lt;br /&gt; Aussi ai-je toujours pris un malin plaisir à lire toujours un autre livre que celui qui était au programme. Par exemple, si on me forçait à lire &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Germinal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; (programme de seconde, je ne l'ai jamais lu), je lisais &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Thérèse Raquin&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le ventre de Paris&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Si on me forçait à lire sous la menace d'une arme &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le rouge et le noir&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, je le survolais et lisais derechef &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;La chartreuse de Parme&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Puis je passais le trimestre à expliquer pourquoi &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;La chartreuse de Parme&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; était aussi délicieux que &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le rouge et le noir&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; était désagréable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et encore aujourd'hui... si on me prête un livre ou qu'on me l'offre, je risque de le lire... mais dans plusieurs mois, dans un an, bref, quand on aura oublié son existence et que je le redécouvrirai sur un rayon de ma bibliothèque ! Mais bien sûr, ça n'empêche pas que j'adore qu'on m'offre des livres et qu'on m'en conseille... Je suis d'une rare indépendance, quand il s'agit de lecture. Je ne supporte tout simplement pas la contrainte. Je suis une anarchiste de la lecture. Et je le reconnais, c'est un peu snob.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2. Mon idéal masculin est un personnage de roman. Vous me direz, je suis sûre que je ne suis pas la seule.. rien que parmi les blogueuses, voyons, si on faisait un sondage... &lt;br /&gt; Un jour, j'avais huit ans, j'ai ouvert un roman qui traînait dans la maison et dont la présence chez moi était pour le moins incongrue. (25 ans d'enquête patiente plus tard il s'avère qu'il appartenait à mon père... quelle midinette celui-là !) C'était &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Jane Eyre&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lDRcROjMI/AAAAAAAAARE/3BvNVsLHTcM/s1600-h/416VNPEQR4L.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lDRcROjMI/AAAAAAAAARE/3BvNVsLHTcM/s320/416VNPEQR4L.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145718016172788930" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et j'ai vécu le vrai choc amoureux, celui qui vous retourne le cœur et vous le transforme à jamais. Edward Rochester est devenu pour moi la quintessence de l'âme-sœur. Si j'avais su que dans la vraie vie, les Rochester sont une espèce en voie d'extinction et que ce choix allait me destiner à des déceptions en nombre... j'y aurais réfléchi à deux fois ! Mais bon, on ne se refait pas. &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Jane Eyre&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; est le livre que j'ai le plus relu entre huit et dix-sept ans, certaines pages sont encore gondolées par des larmes vieilles de quinze ans. Et je considère toujours que l'homme idéal est un personnage captivant, profond, d'apparence hostile mais dont la surface rugueuse cache un cœur battant et un être en fusion, et qui a une femme folle cachée au grenier, histoire de pimenter un peu la vie. Du même coup, la beauté de Brad Pitt m'a toujours laissée des plus indifférente. Pour toujours, je suis touchée par le charme d'un homme et je n'aime pas les beautés lisses. Je n'aime pas le lisse, tout court. J'aime les personnalités bien trempées et les hommes qui savent aimer. Tout est de la faute de Charlotte Brontë et d'Edward Rochester. &lt;br /&gt;PS : je ne tiens plus trop à la femme folle planquée au grenier, aujourd'hui. Ni aux vicissitudes de la vie qui rendent Rochester infirme pour que le happy end ne soit pas trop happy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; 3. J'ai des amoureux post-mortem. Ce qui est très snob. Il y en a qui se contentent d'être sorties avec Patrick au CM2 qui avait un appareil dentaire, ou avec Jean-Paul qui chevauchait une moto rouge et avait un problème de salive... moi, j'ai trois amoureux post-mortem que je chéris et vais parfois visiter au cimetière (pour ceux dont je connais la tombe). Le premier, c'est Robert Desnos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCpsROjLI/AAAAAAAAAQ8/-FlFwezQLeg/s1600-h/desnos.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCpsROjLI/AAAAAAAAAQ8/-FlFwezQLeg/s320/desnos.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145717333272988850" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ah, Robert... Je suis tombée amoureuse quand j'avais seize ans, en classe de français (ce qui contredit mon petit 1, mais je ne suis pas à une contradiction près. Desnos était en effet au programme, mais ce fut mon seul engouement de l'année). &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt; "Deux montagnes étaient semblables de forme et de dimensions.&lt;br /&gt;  Tu es sur l'une&lt;br /&gt;  Et moi sur l'autre.&lt;br /&gt;  Est-ce que nous nous reconnaissons ?&lt;br /&gt;  Quels signes nous faisons-nous ?&lt;br /&gt;  Nous devons nous entendre et nous aimer.&lt;br /&gt;  Peut-être m'aimes-tu ?&lt;br /&gt;  Je t'aime déjà.&lt;br /&gt;  Mais ces étendues entre nous, qui les franchira ?&lt;br /&gt;  Tu ne dis rien mais tu me regardes&lt;br /&gt;  Et, pour ce regard,&lt;br /&gt;  Il n'y a ni jour ni étendue&lt;br /&gt;  Ma seule amie mon amour."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Que voulez-vous, j'ai lu ça et forcément, j'étais cuite... Depuis j'ai suivi Robert partout. J'ai emprunté mille fois les itinéraires qu'il aimait tant dans le vieux Paris des Halles, du quartier St Jacques-La-Boucherie, du quartier de l'Horloge au cloître St Merri et à l'abbaye-St Germain-l'Auxerrois... Ses mots m'ont escortée des années durant et m'accompagnent encore telles des langues de feu dont la brûlure me régénère et m'apaise. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Après, il y a Albert Camus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCSMROjJI/AAAAAAAAAQs/T6gIIwdk0RM/s1600-h/camus.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCSMROjJI/AAAAAAAAAQs/T6gIIwdk0RM/s320/camus.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145716929546062994" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Bon je sais, Robert, Albert... ça fait un peu daté mais mes amoureux post-mortem ont l'âge qu'ils ont. Et Albert Camus, excusez du peu.... il écrase facile une bonne partie des hommes de cette planète, vous en conviendrez, tant au niveau de la personnalité que du talent et sans parler du charme...&lt;br /&gt;  Et enfin, Emmanuel D'Astier de la Vigerie, qui fonda au tout début de la guerre de 40 un des grands mouvements de Résistance : Libération-Nord, aux côtés notamment de Lucie Aubrac.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCe8ROjKI/AAAAAAAAAQ0/YiUHt-4fSjs/s1600-h/d%27astier.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCe8ROjKI/AAAAAAAAAQ0/YiUHt-4fSjs/s320/d%27astier.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145717148589395106" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; D'Astier prit très tôt le contrepied de sa famille pour aller se battre durant la guerre d'Espagne, puis en s'engageant dans la Résistance. Là encore, je tombai amoureuse en lisant son livre : sept fois sept jours. Depuis, je ne rate pas l'occasion d'aller lui offrir mes pensées quand je passe au cimetière du Père Lachaise.&lt;br /&gt;Je sais, c'est très snob d'obliger son amoureux à succéder bon an mal an à trois hommes exceptionnels, chacun dans son genre, dont deux artistes hors pair. Et qu'il ne puisse rien dire ni montrer de la jalousie sans avoir peur du ridicule. Ni les effacer d'un revers de manche... puisqu'ils sont un peu connus. Sinon, le grand avantage des amoureux post mortem c'est qu'ils sont faciles à vivre, toujours d'accord avec vous (quoique Camus se montre parfois assez retors dans les discussions politiques), toujours à disposition mais d'une discrétion rare quand vous avez envie d'avoir la paix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4. Quand je suis très déprimée, j'ai des remèdes bien à moi. Au lieu de lire le dernier roman en date de la chick litt' (bien que j'aie aussi un faible pour "Sex and the city"), je préfère me plonger par exemple dans le journal de Marie Bashkirtseff. La connaissez-vous ? Cette jeune-fille extraordinaire vécut au XIXème siècle à Paris et mourut à vingt-six ans de la tuberculose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCEcROjII/AAAAAAAAAQk/fJyMLz3UQjo/s1600-h/Bashkirtseff.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lCEcROjII/AAAAAAAAAQk/fJyMLz3UQjo/s320/Bashkirtseff.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145716693322861698" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Entre temps, elle fut peintre, sculpteur et elle écrivit ce journal qui est une petite merveille, et où on lit par exemple : &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;"A part les rires et les chansons, si je traduisais mes pensées avec la brutalité qui me caractérise, Je dirais qu'il me tarde de me marier pour devenir la maîtresse de M. de Cassagnac."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Ou encore : &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;"C'est au mois de février que j'ai été le plus amoureuse du duc, c'est aussi au mois de février que je suis devenue amoureuse d'Audiffret, c'est au mois de février également que je l'ai été d'Antonelli et c'est encore au mois de février que je le suis devenue d'Alexandre. A ma place je prendrais garde puisque nous sommes au mois de février."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Lire les émois et les bonheurs de cette jeune personne piquante et irrésistible me rappellent que les choses de la vie et de l'amour n'ont jamais cessé d'être compliquées, sans parler de la psychée féminine et de ses abysses. C'est réconfortant. Marie, où que vous soyiez, merci !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;5. A mes yeux, être cultivé fait partie des charmes essentiels d'une personne. Alors c'est vrai que j'apprécie aussi de passer une soirée avec des copains qui ne s'intéressent qu'au foot et pour qui aller au cinéma se résume à voir &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Spiderman III&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; (que j'ai vu aussi), qui ne comprendraient pas qu'il me soit arrivé d'aller voir des films chinois longs de trois heures ou un festival de cinéma polonais en V.O. (nous étions deux dans la salle et ce fut TRES long). Mais quand même, je préfère pouvoir échanger des heures durant avec quelqu'un (ou quelqu'une !) de curieux, de cultivé, et pour qui la Nuit de Cristal n'est pas la dernière animation des vitrines de Noël des Galeries Lafayettes. Et un homme qui lit, croyez-moi... c'est beaucoup plus séduisant que l'adoptionnite aiguë de Brad Pitt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;6. J'ai un peu de mal avec tout ce qui est "hyper à la mode" en terme de littérature. Par exemple, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;l'Elegance du Hérisson&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; que je lirai peut-être... dans quatre, cinq ans.&lt;br /&gt;Ou Beigbeider, que je trouve très surestimé. Ou tous les poseurs qui pensent qu'écrire est le marchepied pour être convié aux soirées privées de Karl Lagerfeld, et qu'on n'écrit bien qu'après avoir éclusé plusieurs boîtes VIP et être rentré l'œil hagard à quatre heures du matin. En vérité, entre le glamour et la littérature, il faut souvent choisir. Il y a un côté assez monacal dans l'écriture, lâchons le mot, même si je comprends que pour draguer, dire qu'on passe ses journées à écrire entre quatre murs et que le soir on est vanné... ne soit pas l'argument massu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;7. Rien à voir avec la littérature... mais je n'aime pas les Bronzés. Ça ne m'a jamais fait rire, à peine sourire, et je trouve qu'avec le temps ils sont devenus lourds comme un baba au rhum qui aurait trempé dans de la mélasse et séjourné ensuite dans la crème chantilly un peu trop longtemps. Et quand je vois qu'ils ont trouvé le moyen de massacrer un petit film que j'adorais quand j'étais petite, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;L'auberge rouge&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; de Claude Autant-Lara, avec leurs rires bovins et leurs gros sabots... je me demande quand ils partiront enfin à la retraite, qu'on puisse rigoler de choses drôles. C'est d'aileurs injuste que les Anglais aient les Monty Python quand nous avons les Bronzés, vous ne trouvez pas ? Et si on a les comiques qu'on mérite, qu'avons-nous fait au Ciel ??&lt;br /&gt;(je fais toutes mes excuses à ma cousine préférée qui les aime et est capable de réciter des films entiers, réplique par réplique.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;8. Une petite dernière. J'ai un préjugé de snobinarde envers &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Prison Break&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Je refuse de le voir et chaque fois qu'on m'en parle, je rétorque : "Bah... moi j'adorais &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Oz&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, rien à voir. Une série exceptionnelle, des acteurs brillantissimes, des scénarios noirs de chez noirs, une profondeur... enfin bref, je ne pourrai jamais me faire à Prison Break", avec l'air sceptique et blasé de celle à qui on ne fera jamais croire qu'un Beaujolais nouveau arrive à la cuisse d'un Pernand-Vergelesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lEOMROjNI/AAAAAAAAARM/RCtENfjeV_0/s1600-h/oz.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lEOMROjNI/AAAAAAAAARM/RCtENfjeV_0/s320/oz.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5145719059849841874" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; De la même manière, j'explique à qui veut l'entendre que toutes les séries pâlissent devant &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Twin Peaks&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Alors qu'en douce, je regarde et suis totalement accro à Dexter, Medium, Desperate Housewives, Dr House, etc, etc, etc. Mais chuuut... si on me questionne, je m'en tiendrai à un seul mot : David Lynch.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt; Finalement, en cherchant bien j'aurais pu encore en aligner quelques uns, des snobismes... donc merci les filles de m'avoir forcée à affronter ma vraie nature. Et parce que ce questionnaire semble avoir été créé pour eux, j'attends de &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/"&gt;Thom&lt;/a&gt; et de &lt;a href="http://tetedanslespages.canalblog.com/"&gt;Gaël&lt;/a&gt; qu'ils s'y collent à leur tour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Bonne soirée et si je ne reviens pas poster d'ici là, très joyeux noël à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PS : Oups, toutes mes excuses à &lt;a href="http://cequetulis.wordpress.com/2007/11/26/snobisme-litteraire/"&gt;Magda&lt;/a&gt; qui, la première, a lancé la revendication provocatrice de la snobitude...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-4130073921283863838?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/4130073921283863838/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=4130073921283863838&amp;isPopup=true' title='48 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/4130073921283863838'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/4130073921283863838'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/12/mes-snobismes-littraires.html' title='Tous mes amis le sont....'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R2lDRcROjMI/AAAAAAAAARE/3BvNVsLHTcM/s72-c/416VNPEQR4L.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>48</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-8690878227945931805</id><published>2007-12-05T16:15:00.000+01:00</published><updated>2007-12-05T21:42:19.957+01:00</updated><title type='text'>Je suis jalouse...</title><content type='html'>... de toutes les formes d'art qui ne sont pas la mienne. Je sais, c'est petit, comme attitude. J'essaie de me corriger mais rien à faire, je serai toujours jalouse d'un dessinateur qui en deux coups de crayon, exprime ce qu'il me faudrait dix pages pour effleurer. D'un musicien qui me tord le cœur avec une seule note tenue assez longtemps, avec une harmonie qui fait perler les larmes au coin de mes paupières. D'un cinéaste qui sait combiner un angle de caméra et un éclairage particulier pour mettre en lumière en chuchotement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et même une chanson, tenez... une chanson, ça n'a l'air de rien, c'est même confondant de simplicité : quelques mots en général pas compliqués, quelques rimes, trois couplets, un refrain, une mélodie... ça nous semble inoffensif mais le temps de le dire, la chanson est entrée en vous et s'est mélangée au tissu de votre vie, l'a imprégné, parfois si durablement que des années plus tard il vous suffit de l'entendre pour être transporté bien malgré vous dans un souvenir. Encore plus dangereux qu'une madeleine de Proust. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors évidemment, que les chansons vous collent "encore et encore", comme dirait Voulzy (dont je ne suis pas particulièrement fan) ne signifient pas qu'elles sont bonnes. Certaines sont franchement nulles, irritantes au possible, c'est même le gros du bataillon, il suffit d'écouter un peu les grandes radios musicales pour s'en convaincre. Celui qui s'est déjà réveillé, comme moi, avec en tête le générique de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Dora l'exploratrice&lt;/span&gt; ou "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Sous le vent&lt;/span&gt;" chanté par Celine Dion et Garou (le duo qui tue, je suis sûre que le nombre de morts est étouffé en haut lieu) comprendra ce que je veux dire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et puis parfois, une chanson est une petite merveille. Est-elle une merveille universelle ou seulement pour moi ? Peut-être que d'aucuns, lui appliquant une grille de critères techniques redoutables, viendraient m'expliquer qu'elle n'est pas bonne, mais... je m'en fous. Elle m'a attrapée un beau jour, parce que je passais par là ou juste parce que ce moment que je vivais méritait d'être éternisé et que le hasard lui a offert une bande son, pour l'éternité. J'ai comme ça, dans mon I pod, des centaines de chansons qui sont périlleuses à écouter, que j'évite souvent... car si je suis prête à entendre de la musique, je ne suis pas toujours prête à certains voyages dans le temps. Cependant, je les garde pour le jour où  je serai à nouveau capable capable d'écouter l'une ou l'autre et de me retrouver projetée dans ce jour d'hiver où j'écoutais cette chanson dans un café en tombant amoureuse, ou dans cette journée ensoleillée où je marchais au rythme de la musique en sentant bouger un bébé dans mon ventre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://microgolb.blogspot.com/2007/10/what-about-crossover.html"&gt;Thom&lt;/a&gt; avait lancé un crossover, il y a de ça un moment, et il est plus que temps que je participe. Quoi, je me réveille un peu tard ?? L'important est de se réveiller, non ?..&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'aurais pu évoquer &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Barbara&lt;/span&gt;, mais &lt;a href="http://murmure-interieur.over-blog.com/article-12907834.html"&gt;Sandra&lt;/a&gt; s'en était déjà chargée avec infiniment de talent et de sensibilité. C'est vrai que Barbara a été LA chanteuse qui a bercé mon adolescence. Je connaissais par cœur tout son répertoire, je le chantais en adoptant jusqu'à ses intonations écorchées vives... ah, "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Ma plus belle histoire d'amour c'est vous&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;", "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Marienbad&lt;/span&gt;"&lt;/span&gt;, "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Joyeux Noël&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;"... c'est bien simple, j'avais seize ans et mes dents de lait saignaient encore mais c'était ma vie, mes blessures, mes amours, mon avenir que j'écoutais dans la voix de Barbara. Une vraie tragédienne en herbe, j'étais, quelque part entre Camille Claudel et Sarah Bernardt...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'aurais aussi pu parler de tous les trucs honteux que j'ai aimés à certaines époques... de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Didier Barbelivien&lt;/span&gt; (saluez mon courage d'oser avouer ça au risque de voir toute votre estime, si chèrement acquise à coup de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Michel Faber&lt;/span&gt; et de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Chandler&lt;/span&gt;, tomber en poussière) à &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Michel Delpech&lt;/span&gt;. Ah, "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;les oies sauvages&lt;/span&gt;", "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;les divorcés&lt;/span&gt;"... Déjà à l'époque, je me disais bien que ce n'était pas du tout normal de s'entendre si bien avec son ex femme, au point de lui écrire une chanson aussi guimauve. Et vous savez quoi ? Je le pense toujours. C'était louche. J'espère que son ex-femme n'a pas flanché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brisons ce suspense insoutenable : j'ai décidé de vous parler de quelques chansons que j'aime terriblement, chacune à leur manière. La sélection a été très dure, je sais que beaucoup de morceaux sont vexés et il ne faudra pas que je m'étonne s'ils déraillent à la prochaine écoute, je ne l'aurai pas volé. Mais tant pis, choisir c'est renoncer, paraît-il, même si cette définition m'a toujours chagrinée. Ah, je précise que mes chansons ne sont pas classées par ordre de préférence mais de manière tout à fait capricieuse et aléatoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;1. &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le chercheur d'or&lt;/span&gt;, D'Arthur H.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un beau jour, à la fnac, je suis tombée en amour avec &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Arthur H&lt;/span&gt; et son album, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Adieu Tristesse&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;". J'aimais tout, la voix chaude et rauque, les textes, les duos, sensuel avec Feist (superbe chanson que "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;la chanson de Satie&lt;/span&gt;"), joyeux avec M, émouvant avec son Higelin de père... Mais ma chanson préférée a toujours été le Chercheur d'Or. J'aime les chansons qui racontent une histoire. Celle-ci contient un monde en soi, chaud et poignant. Je ne peux pas écouter cette chanson sans sentir s'emballer mon cœur étreint par une émotion violente. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biW9iQKyI/AAAAAAAAAQc/WUWSzNq17mA/s1600-h/arthur+h.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biW9iQKyI/AAAAAAAAAQc/WUWSzNq17mA/s320/arthur+h.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5140544908793228066" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Chercheur d'Or&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;San Francisco , 3 mai 1880&lt;br /&gt;Ton Eugène&lt;br /&gt;Chère Marie ne t’inquiète plus&lt;br /&gt;Le chirurgien a dit hier&lt;br /&gt;Que la gangrène n’a pas pris&lt;br /&gt;Que la chance est avec moi&lt;br /&gt;Certes je perds une jambe&lt;br /&gt;Mais il me reste bien l’autre...&lt;br /&gt;Oh Marie, si tu savais&lt;br /&gt;J’ai creusé le roc&lt;br /&gt;Comme à main nue&lt;br /&gt;Entouré de misérables,&lt;br /&gt;De Polonais et aussi quelques Français&lt;br /&gt;Oh Marie, nous autres&lt;br /&gt;Les errants, les chercheurs d’or,&lt;br /&gt;Si nous ne vivons que par elle&lt;br /&gt;La montagne nous dévore&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout est bon&lt;br /&gt;Ici ça va&lt;br /&gt;Je suis vivant&lt;br /&gt;Ici c’est bon&lt;br /&gt;Je suis sauvé&lt;br /&gt;Ici ça va&lt;br /&gt;Je suis vivant&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès l’aurore résonne&lt;br /&gt;Le tonnerre de la dynamite&lt;br /&gt;Des blocs de roches s’affaissent&lt;br /&gt;Dévalent le long des ravines&lt;br /&gt;Oh Marie, à chaque seconde&lt;br /&gt;L’avalanche me désire et me frôle&lt;br /&gt;Ce matin-là, elle me prodigue&lt;br /&gt;Ses plus douces caresses&lt;br /&gt;Amoureusement elle m’enlace&lt;br /&gt;Je suis son amant&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout est bon&lt;br /&gt;Ici ça va&lt;br /&gt;Je suis vivant&lt;br /&gt;Ici c’est bon&lt;br /&gt;Je suis sauvé&lt;br /&gt;Ici ça va&lt;br /&gt;Je suis vivant&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oh ma chère Marie&lt;br /&gt;Enfin c’est l’heure du secret&lt;br /&gt;Tu vois sous mes draps&lt;br /&gt;Il y a un petit sac en cuir noir...&lt;br /&gt;Ce qui illumine ma main&lt;br /&gt;C’est de la poussière d’or, Marie&lt;br /&gt;Regarde comme je brille&lt;br /&gt;Regarde comme nous sommes riches&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sens sur ton visage&lt;br /&gt;Ce vent qui te lave&lt;br /&gt;Et qui gonfle les voiles&lt;br /&gt;De ce vaisseau qui quitte la rive&lt;br /&gt;Oh Marie, adieu la mort&lt;br /&gt;Adieu l’Amérique&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout est bon&lt;br /&gt;Ici ça va&lt;br /&gt;Je suis vivant&lt;br /&gt;Ici c’est chaud&lt;br /&gt;Je suis sauvé&lt;br /&gt;Ici ça va&lt;br /&gt;Je suis vivant&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;2. &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Du Sepia plein les doigts&lt;/span&gt;, Vincent Delerm&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'aime tellement cet album, "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Les piqûres d'araignée&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;" qu'il a survécu à une écoute en boucle pendant des mois. Une performance rarissime en ce qui me concerne, surtout que je n'aimais que très modérément Vincent Delerm jusqu'ici. Reste que sur cet album excellent, cette chanson est un bijou à elle seule : pertinente, provocatrice, un miracle d'équilibre entre la mélodie et le texte. Si vous l'écoutez, le seul risque est qu'elle ne veuille plus quitter votre tête. Je sais de quoi je parle, ça fait des mois que je me réveille un matin sur deux avec le refrain sur la langue, quand ce n'est pas un  couplet qui tape l'incruste à l'improviste, tout ça parce que je déjeune dans un restaurant où la déco a l'air tout droit sortie des "Choristes", ou que je viens d'entendre quelqu'un s'écrier que l'éducation se perd... bref, cette chanson est dangereuse et j'ai mauvaise conscience de participer à la contagion. Tant pis, je dirai trois Pater et quatre Ave, pour la peine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biGtiQKxI/AAAAAAAAAQU/YRXanxdEcWE/s1600-h/delerm.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biGtiQKxI/AAAAAAAAAQU/YRXanxdEcWE/s320/delerm.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5140544629620353810" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Du Sepia plein les doigts&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens tiens, les pensionnats&lt;br /&gt;Les chanteurs à croix bois, les taloches, les coups d'trique, &lt;br /&gt;la Troisième République&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens tiens, les belles images,&lt;br /&gt;Les enfants du marécage,&lt;br /&gt;le vrai goût des vrais fruits dans une vraie épicerie&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens ça r'part en arrière,&lt;br /&gt;noir et blanc sur poster.&lt;br /&gt;Maréchal nous voilà!&lt;br /&gt;Du sépia plein les doigts&lt;br /&gt;A quoi elle pense en s'endormant,&lt;br /&gt;cette jolie France,&lt;br /&gt;confiture Bonne Maman.&lt;br /&gt;Elle pense pense pareil, pareil qu'hier&lt;br /&gt;Avant Simone Veil, avant Badinter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens tiens,&lt;br /&gt;on respirait du jasmin du muguet&lt;br /&gt;et l'air à plein poumons dans les mines de charbon.&lt;br /&gt;Les chansons d'avant guerre, ça on savait les faire&lt;br /&gt;Viens Poupoule, hue Pépette, alors on s'fait pouet pouet...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens ça r'part à l'envers,&lt;br /&gt;porte plume d'écolière.&lt;br /&gt;Maréchal nous voilà!&lt;br /&gt;Du sépia plein les doigts&lt;br /&gt;A quoi elle pense en s'endormant,&lt;br /&gt;cette jolie France,&lt;br /&gt;confiture Bonne Maman.&lt;br /&gt;Elle pense pense pareil, pareil qu'hier&lt;br /&gt;Avant Simone Veil, avant Badinter...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pour finir, tenez... une petite chanson toute simple, une chanson de rien du tout, qui ne marquera pas l'histoire de la musique, que la majorité d'entre vous oubliera bien vite. D'ailleurs ça m'étonne qu'elle me soit restée comme ça dans la tête... Deux ans que ça dure ! Délivrez-moi, je vous en prie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors bien sûr, c'est Sandrine Kiberlain qui chante et je ne suis pas sûre que toutes  les bonnes actrices devraient décider qu'elles sont aussi chanteuses. Mais voilà, en l'occurence j'aime beaucoup Sandrine Kiberlain et le fait que ce soit elle qui chante, avec une voix qui n'est pas vraiment travaillée, imparfaite au possible, joue son rôle dans la façon dont cette chanson me touche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1bh4tiQKwI/AAAAAAAAAQM/1XZguZFPYuE/s1600-h/sandrine+kiberlain.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1bh4tiQKwI/AAAAAAAAAQM/1XZguZFPYuE/s320/sandrine+kiberlain.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5140544389102185218" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;J'ai aimé&lt;/span&gt;, par Sandrine Kiberlain&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;J'ai aimé...&lt;br /&gt;Je l'sais c'est particulier&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Sa peau collée à la mienne,&lt;br /&gt;Des jours et des jours&lt;br /&gt;De plusieurs semaines...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;C'est sûr je l'ai ressenti,&lt;br /&gt;Et plus d'une nuit&lt;br /&gt;De ma petite vie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Je l' sais c'est particulier&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Cet homme, son regard sur moi&lt;br /&gt;Pendant plusieurs mois&lt;br /&gt;Plus d'un an je crois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l' sais c'est particulier&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Ses mains qui cachaient mes yeux&lt;br /&gt;Pour oser les jeux &lt;br /&gt;Les jeux amoureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;j'ai aimé&lt;br /&gt;Je l' sais c'est particulier&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;C'est vrai j'ai aimé ses airs&lt;br /&gt;De n'pas avoir l'air&lt;br /&gt;De vouloir me plaire&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Je l' sais c'est pas singulier&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Je l' sais c'est particulier&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé&lt;br /&gt;Cet homme tellement et si fort&lt;br /&gt;Que je l'aime encore&lt;br /&gt;Que je l'aime encore&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé....&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Alors oui, je suis jalouse de cette alchimie musicale qui fait qu'une phrase toute simple vous entre dans le cœur pour n'en plus sortir. Jalouse, parce que je serais bien en peine de vous dire, comme ça, à chaud, quelles phrases de quels romans m'ont fait pleurer ou rire. Mais je peux retrouver sur le champ — et vous aussi j'en suis sûre — une bonne trentaine de morceaux de chansons qui se sont étroitement noués à ma vie et à ma mémoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bonne soirée à tous, et merci, Thom pour cette excellente idée de crossover.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-8690878227945931805?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/8690878227945931805/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=8690878227945931805&amp;isPopup=true' title='53 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/8690878227945931805'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/8690878227945931805'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/12/je-suis-jalouse.html' title='Je suis jalouse...'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/R1biW9iQKyI/AAAAAAAAAQc/WUWSzNq17mA/s72-c/arthur+h.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>53</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-3493506058596611491</id><published>2007-11-02T15:36:00.000+01:00</published><updated>2007-11-02T18:08:00.298+01:00</updated><title type='text'>Seul contre tous, le héros selon Polanski</title><content type='html'>Bonjour à tous,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je profite d'un peu de temps libre pour vous écrire et cette fois je suis venue vous parler de cinéma, pour changer !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ces dernières semaines, j'ai revu coup sur coup plusieurs films de Polanski. C'est un cinéaste que j'aime tout particulièrement, depuis mon âge tendre. Je me suis souvent demandé pourquoi, mais je crois pouvoir avancer aujourd'hui quelques raisons : d'abord parce que s'il a tâté de tous les genres, du film d'horreur au drame psychologique, du film en costumes à la comédie pure, chacun de ses films porte une empreinte particulière et toutes ces empreintes, d'un film à l'autre, créent une œuvre puissante, talentueuse et singulière. Il m'arrive souvent devant un film de me dire qu'il aurait pu être réalisé par quelqu'un d'autre sans que ça se voit... mais certains cinéastes, parmi lesquels Lynch, Scorsese, De Palma ou Polanski, ne pourraient être échangés. &lt;br /&gt;Certains films de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Roman Polanski&lt;/span&gt; me sont entrés dans la tête et ne m'ont jamais quittée. Leurs images sont là, intactes, lorsque je ferme les yeux. Ainsi en est-il de celles du &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Locataire&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Je l'ai revu dernièrement mais nombre de ses séquences étaient encore imprimées sur ma rétine, près de quinze ans après l'avoir vu pour la première fois. La force du cinéma de cet auteur trouve en moi une proie consentante, telle la victime ensorcelée qui offre son cou. Dès le générique j'accepte de suivre sa caméra où elle m'entraîne, tout en sachant que le voyage ne sera ni facile ni toujours joyeux, que les surprises seront macabres et que je n'atteindrai pas dans la sérénité le rivage du générique de fin. J'accepte tout cela par jeu de spectatrice, mais surtout parce que s'il malmène son public, Polanski l'émeut plus encore. Si je vous dis ça, vous penserez au&lt;span style="font-style:italic;"&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Pianiste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et à la silhouette poignante de cet homme décharné titubant dans les ruines de Varsovie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPHzqSmDI/AAAAAAAAAPk/tn2GOXJVPNQ/s1600-h/affiche+pianiste+belle.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPHzqSmDI/AAAAAAAAAPk/tn2GOXJVPNQ/s320/affiche+pianiste+belle.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279596236707890" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais je pourrais vous parler aussi de la détresse hurlante de Trelkowski, trop gentil locataire étouffé par la méchanceté de ses voisins, ou de Tess, qui suit bravement la route que le destin a savonnée pour elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPVDqSmEI/AAAAAAAAAPs/Dk9ymkugV8I/s1600-h/affiche+locataire.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPVDqSmEI/AAAAAAAAAPs/Dk9ymkugV8I/s320/affiche+locataire.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279823869974594" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je pourrais même ajouter le regard aux abois de Carol, la jeune manucure de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Repulsion&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, même si dès lors qu'elle a commis un premier meurtre et que nous la savons dangereuse, la compassion qu'elle inspire se trouble de... répulsion, justement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Polanski est certainement l'un des cinéastes à avoir le mieux parlé de la solitude et de l'angoisse qu'elle génère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytN5DqSl9I/AAAAAAAAAO0/mmjEeCRoFbE/s1600-h/afffiche,3+fig+du+complot.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytN5DqSl9I/AAAAAAAAAO0/mmjEeCRoFbE/s320/afffiche,3+fig+du+complot.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278243322009554" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vertige de tourner en rond dans un appartement, de regarder par la fenêtre en espérant que quelqu'un de bienveillant vous parlera, saisira les signaux muets que votre corps inutile émet. Ses héros sont souvent profondément seuls, rongés de l'intérieur par ce silence de l'âme que viennent trancher, soudain insolites et effrayants, les bruits des objets, de la matière inerte ou animée : ainsi la jeune Carol entend-elle avec de plus en plus d'acuité les sons qui l'entourent, de la goutte d'eau du robinet mal fermé aux échos de la rue.&lt;br /&gt;S'ils sont seuls, ces personnages ne le sont pas seulement affectivement. Parfois même ont-ils quelqu'un dans leur vie, comme Rosemary dans &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Rosemary's baby&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, ou quelqu'un qui aimerait y entrer, tel ce garçon patient qui aime Carol et le paiera cher... Leur solitude est totale. Elle est sociale, psychologique, affective et parfois même politique. Leur situation les coupe des autres... ou bien seraient-ce ces autres malintentionnés qui les enferment en eux-mêmes jusqu'à la folie, les privant même de l'envie de fuir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui est sûr, c'est que le héros polanskien a le plus souvent le statut d'étranger dans la communauté où il vit. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Repulsion&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Carol la manucure vit à Londres avec un accent français alors que sa sœur parle un anglais parfait, et sa hantise des hommes l'enferme dans une détresse sans mots. Trelkowski est un Polonais naturalisé français que tout le monde s'entête à traiter en étranger et que son accent stigmatise. Le touriste américain de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Frantic&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; est d'autant plus désespéré que personne ne le comprend à Paris. Quant à Wladyslaw Szpilman, le pianiste, les Nazis ont fait de lui un proscrit dans son pays. Du statut d'étranger découle tout naturellement l'incompréhension, le mépris, le rejet. Mais parfois, le personnage est l'intrus d'une communauté dont il comprend les rouages parce que ces rouages le font frémir... C'est le cas de Rosemary, découvrant peu à peu que ses gentils voisins sont une bande d'adorateurs de Satan qui l'ont prise au piège.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQLTqSmHI/AAAAAAAAAQE/t6pkqtZhgNc/s1600-h/affiche+rosemary.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQLTqSmHI/AAAAAAAAAQE/t6pkqtZhgNc/s320/affiche+rosemary.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128280755877877874" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ou de Gittes, le détective de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Chinatown&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, qui avance dans une intrigue où tous les pourris ont partie liée ; un véritable marécage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A mesure que le film progresse d'une révélation négative à l'autre, le héros polanskien relie la solitude où il est enfermé à la malveillance du groupe qui l'entoure et fait bloc contre lui. A partir de là, le complot prend forme : on veut le faire taire, le réduire à merci, lui voler son bébé, le violer encore et encore, l'exterminer. Mais le génie machiavélique du cinéaste est de préserver presque toujours l'ambiguitë : son personnage est-il fou ? A-t-il dérapé, s'imagine-t'il la conspiration, ou est-il le seul à détenir une vérité incroyable ? D'un film à l'autre, Roman Polanski a peu ou prou toujours raconté la même histoire : un individu est manipulé par un groupe à l'intérieur duquel il représente l'étranger. Plus ou moins naïf quand le film commence, ses yeux se dessillent peu à peu et il comprend toute la portée du piège dans lequel il se débat. Mais selon les films, la caméra oscille, telle une aiguille, entre ces deux pôles : complot réel de l'extérieur, délire schizophrène du héros. Dans &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Repulsion&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, il est évident que la balance penche dès l'origine vers la folie, même si la folie ne saurait tout expliquer du mal être de Carol. Il est des choses qu'on ignore, des blancs tragiques ont conduit la jeune femme au stade où le spectateur fait sa connaissance, stade où il est sans doute déjà trop tard. Ce film a tout de l'étude d'un cas clinique, même s'il égare le spectateur à dessein dans un scénario de film d'horreur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPvjqSmFI/AAAAAAAAAP0/pM5_MC7tSiM/s1600-h/+repulsion+scary+affiche.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPvjqSmFI/AAAAAAAAAP0/pM5_MC7tSiM/s320/+repulsion+scary+affiche.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128280279136507986" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la plupart des films, cependant, Polanski joue parfaitement de l'ambiguitë en utilisant la caméra subjective : tout ce que nous voyons pourrait être vu par le héros. Nous découvrons l'intrigue par ses yeux, ce qui présente deux avantages de taille pour un cinéaste expert dans l'art de ruser avec le spectateur : tout d'abord, nous nous positionnons d'instinct "du côté" du héros : nous sommes avec Rosemary, avec Gittes, avec le pédiatre de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Frantic&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, y compris quand ce dernier saisit la piste la plus improbable (celle d'un enlèvement) pour expliquer la disparition de sa femme dans un hotel parisien. Nous sommes disposés à croire ce qu'ils croient. Mais dans un deuxième temps, cette indentification permet au doute de faire irruption au moment choisi par le réalisateur : ainsi, dans &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Rosemary's baby&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, nous nous persuadons peu à peu que Rosemary est manipulée par ses voisins avec la complicité de son mari.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytO6TqSmCI/AAAAAAAAAPc/lQqe-loktOE/s1600-h/belle+photo+rosemary.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytO6TqSmCI/AAAAAAAAAPc/lQqe-loktOE/s320/belle+photo+rosemary.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279364308473890" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il nous semble clair qu'elle a été droguée, violée, mise enceinte par des forces obscures. Nous nous convainquons qu'elle est entourée de sorciers et que même son obstétricien appartient à la secte. C'est alors que Rosemary tente une de ces "fausses fuites", chères aux héros polanskiens, c'est à dire une fuite qui se révèle un cul de sac. Elle se réfugie chez un autre gynécologue, qui la reçoit. Elle se met à lui expliquer par le menu tout ce qui lui est arrivé, tout le complot, et soudain ses paroles nous paraissent des plus farfelues, délirantes ; nous voilà dans la peau du médecin qui l'écoute et se dit qu'elle souffre d'une dépression paranoïaque liée à sa maternité. Le doute naît alors dans le cerveau des spectateurs : ont-ils été abusés ? Rosemary est-elle folle ? S'imagine-t-elle ces choses ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOGzqSl-I/AAAAAAAAAO8/Yf0On6cWXQM/s1600-h/rosemary.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOGzqSl-I/AAAAAAAAAO8/Yf0On6cWXQM/s320/rosemary.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278479545210850" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Locataire&lt;/span&gt;,&lt;/span&gt; cette ambiguitë entre complot et folie paranoïaque est encore plus frappante. Prenons un jeune homme timide à l'accent polonais, charmant et sans histoires. Il loue un appartement et tente de se faire accepter par une communauté de résidents hostiles. Mais peu à peu, il se persuade que les gens de l'immeuble veulent le mettre dans la peau de la précédente locataire, Simone Choule, qui a fini par se défenestrer. Tout le monde semble conspirer contre lui, du gentil barman du café d'en face à son propriétaire intransigeant. Des gens l'épient, le tyrannisent. Puis il se met à voir des choses qui n'existent pas ; le réel et le délire se mêlent si intrinsèquement qu'à la fin du film, le spectateur troublé serait bien en peine de se prononcer sur ce qui a causé la perte de Trelkowski, de la méchanceté concertée de ses voisins ou de sa propre psychose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOSjqSl_I/AAAAAAAAAPE/nml3stP_FSc/s1600-h/le_locataire_1976_reference.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOSjqSl_I/AAAAAAAAAPE/nml3stP_FSc/s320/le_locataire_1976_reference.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278681408673778" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La fiction est de loin le meilleur moyen de raconter une conspiration. Prenez une foule qui dit "blanc", et un individu qui hurle "noir !". En terme de vérité objective, la majorité a tendance à l'emporter... sauf si, par les moyens d'une œuvre de fiction, vous avez pris le spectateur (ou le lecteur) par la main et l'avez attaché dès le début aux pas du pauvre "fou" qui jure que les autres mentent. Alors, vous serez disposé à croire que cet homme a raison contre tous. Et même si cette vérité est étouffée par les puissants, elle restera à jamais entre celui qui la détient... et vous. Après la dernière image de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Chinatown&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, l'amertume que vous partagez désormais avec le détective Gittes s'éternisera dans votre bouche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOjTqSmAI/AAAAAAAAAPM/K9rdlEXaoeI/s1600-h/Nicholson.gif"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOjTqSmAI/AAAAAAAAAPM/K9rdlEXaoeI/s320/Nicholson.gif" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128278969171482626" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et vous plaindrez la pauvre Rosemary, que sa lucidité et sa bravoure n'ont fait que ligoter davantage à un destin funeste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour conclure, je ne pouvais pas ne pas parler du &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Pianiste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Car s'il est une vérité qui fut des plus difficiles à croire, et que certains aujourd'hui encore s'acharnent à nier, c'est bien celle d'une conspiration visant à éradiquer un peuple entier, au point qu'il ne resterait plus trace de ces millions de victimes. Ce crime parfait, on le sait, connut quelques ratés qui permirent à la vérité de sourdre. Mais encore une fois, seule la fiction a le pouvoir de nous lier à l'un de ces êtres qui furent progressivement exclus de la société, enfermés dans des ghettos de plus en plus étroits, privés de droits et de dignité, avant d'être conduits vers le cul de sac d'Auschwitz. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOxTqSmBI/AAAAAAAAAPU/HHH-a1jM8GI/s1600-h/Film2004_le_pianiste_12.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytOxTqSmBI/AAAAAAAAAPU/HHH-a1jM8GI/s320/Film2004_le_pianiste_12.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128279209689651218" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme si tous ses films avaient dû nous mener à celui-ci, et tous les complots à la Shoah, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;le Pianiste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; met en scène le premier héros polanskien qui parvient véritablement à fuir  : grâce à la musique mais surtout, pour la première fois, grâce à la solidarité positive d'autres frères humains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur ce, je vous laisse, et si vous voulez revoir quelques-uns des films dont je viens de parler, ne vous gênez pas ! A l'exception de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Frantic&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, qui a un peu vieilli, la filmographie de Polanski traverse le temps sans une ride et c'est un plaisir de la revisiter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A bientôt...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQBTqSmGI/AAAAAAAAAP8/kwMVFQ3h-B4/s1600-h/polanski.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytQBTqSmGI/AAAAAAAAAP8/kwMVFQ3h-B4/s320/polanski.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5128280584079186018" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-3493506058596611491?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/3493506058596611491/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=3493506058596611491&amp;isPopup=true' title='25 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/3493506058596611491'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/3493506058596611491'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/11/seul-contre-tous-le-hros-chez-polanski.html' title='Seul contre tous, le héros selon Polanski'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RytPHzqSmDI/AAAAAAAAAPk/tn2GOXJVPNQ/s72-c/affiche+pianiste+belle.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>25</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-2936128624777156519</id><published>2007-09-25T16:36:00.000+02:00</published><updated>2007-09-27T08:11:30.790+02:00</updated><title type='text'>De la poésie à la place du cœur</title><content type='html'>Bonjour !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous n'osiez en rêver mais me revoilà enfin pour un billet digne de ce nom. Vous seavez que dans ces pages je préfère parler d'auteurs qui m'enthousiasment et me font me sentir toute petite... et j'ai beau lire comme une tortue, j'en ai comme même ramené un dans mes bagages !&lt;br /&gt;Vous le connaissez sûrement. Mais si. Si je vous dis &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;The Hours&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, vous visualisez Nicole Kidman affublée d'un nez impossible (si vraiment Virginia Woolf ressemblait à ça je la plains doublement : pour son mal de vivre et pour son nez), mais derrière ce film il y a bien un livre et son auteur, Michael Cunningham. Que voici. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp4snsFpiI/AAAAAAAAAN0/Y0Tnql2ik7k/s1600-h/Michael+Cunn+image.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp4snsFpiI/AAAAAAAAAN0/Y0Tnql2ik7k/s320/Michael+Cunn+image.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114533034796099106" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a des auteurs autour desquels je tourne longtemps (je suis lente mais déterminée) avant de me risquer dans leur œuvre. Ça a été le cas pour celui-ci, avec cette nuance que j'ai lu &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;les Heures&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et que je ne l'ai pas aimé. Je sens que certains sont scandalisés mais Virginia Woolf n'est pas ma tasse de thé et ces trois portraits de femmes m'ont laissée de glace. Croyez bien que je le regrette mais en même temps j'aime Proust mais n'ai jamais accroché à Henry James, c'est comme ça, mon cerveau  tisse des connexions avec untel ou untel, à sa guise. Non pas qu'il soit snob, il a seulement des goûts bien à lui. &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les Heures&lt;/span&gt; m'avaient donc laissée sur ma faim et j'avais décidé que Michael et moi n'étions pas encore prêts pour une fréquentation assidue. Mais voilà, j'ai succombé à son dernier roman, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Le Livre des Jours&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Un drôle d'objet en vérité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5LHsFpjI/AAAAAAAAAN8/fdNingnaTDg/s1600-h/41TFXR58W7L.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5LHsFpjI/AAAAAAAAAN8/fdNingnaTDg/s320/41TFXR58W7L.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114533558782109234" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ce point de mon billet, veuillez introduire quelques tambourins, une cornemuse et la voix irlandaise qui chantait "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Paddy's lamentation&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;" dans &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Gangs of New York&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Car nous allons remonter le temps dans un sens, puis dans l'autre, arpentant Manhattan des années 1850 à un futur dont j'espère qu'il ne ressemblera pas à la vision de Michael Cunnigham... Trois histoires, trois époques, un lieu précis  — Manhattan — et un lieu métaphorique : l'Amérique, celle des pèlerins, des parias, de ceux que le rêve américain a salués d'un air moqueur avant de filer dîner chez Pierpont Morgan, Malcolm Forbes ou Georges Bush. Si Les heures étaient une infusion woolfienne, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le livre des jours&lt;/span&gt; transpire la poésie de Walt Whitman. Et à mon avis, on y gagne! Non pas seulement parce que Walt a un nez proportionné au reste de son visage...(je suis mauvaise... Je ferai pénitence, tenez, je relirai &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;la promenade au phare&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;... un jour.). Surtout parce qu'on échange un écrivain qui ne supportait plus la vie contre un poète qui la célèbrait sous toutes ses formes... et enfin, parce que le livre de Cunningham nous rappelle utilement que Walt Whitman était le poète des pauvres avant d'être récupéré par des étudiants de private school pour qui le summum de la rebellion consistait à se mettre debout sur une table, déchirer des manuels scolaires ou aller lire des poèmes la nuit dans les bois !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqFE3sFppI/AAAAAAAAAOs/o5dKofKyAPU/s1600-h/18462092.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqFE3sFppI/AAAAAAAAAOs/o5dKofKyAPU/s320/18462092.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114546645547460242" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ah oui, grâce au &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Livre des Jours&lt;/span&gt; — qui porte en anglais le nom d'un recueil en prose de Whitman, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Specimen Days&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; — j'ai relu &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Feuilles d'Herbe&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.  Oui, j'avoue, la première fois que je l'avais lu, j'avais quinze ans et je sortais du &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Cercle des poètes disparus&lt;/span&gt;... au passage j'en profite pour glisser un message à Vincent Delerm : il a oublié de parler de l'impact de ce film sur les lycéennes en pâmoison, dans sa chanson sur les filles de 1973. Car il y avait &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Le Grand Bleu&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; ET &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Le cercle des poètes disparus&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, et mes copines de classe allaient les revoir en boucle avant d'écrire des poèmes à l'encre rouge pour dire combien la vie était moche et belle à la fois, célebrer la beauté de la révolte, de l'absolu et du suicide, tout ça. (même celles qui avaient un nez d'une taille raisonnable.)&lt;br /&gt;J'avais donc lu Whitman mais j'étais passée à côté. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5X3sFpkI/AAAAAAAAAOE/TGjDR9S5GaA/s1600-h/41D5J2TVSPL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp5X3sFpkI/AAAAAAAAAOE/TGjDR9S5GaA/s320/41D5J2TVSPL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114533777825441346" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Là je l'ai relu avec attention et en version bilingue s'il vous plaît, afin de pouvoir déclamer en anglais des strophes comme celle-ci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "My call is the call of battle, I nourrish active rebellion,&lt;br /&gt;   He going with me must go well arm'd,&lt;br /&gt;   He going with me often spare diet, poverty, angry ennemies, desertions."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La rebellion active, la pauvreté, les ennemies furieux...autant vous dire qu'on est loin des gentils étudiants du film et des yeux embués de leur professeur. Mais la bonne nouvelle, c'est que Whitman, c'est aussi pour les grands ! Michael Cunningham n'a pas choisi n'importe quel poète. Ce barbu contestataire, chantre d'une vie transcendant la morale, d'une spiritualité délivrée de la religion, d'une vision puissante du monde où se rejoignaient vie et mort, vivants et fantômes, animaux, humains et végétaux dans une symphonie transgénérationnelle... reste encore aujourd'hui l'une des voix les plus justes quand il s'agit de parler de l'Amérique. Son livre le plus célèbre, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Feuilles d'herbe&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, complété et retouché sa vie entière, porte des milliers de voix : celle des pélerins faméliques débarquant sur la rade de New York, celle des ouvriers éreintés dans les premières fabriques de la Révolution industrielle... voix heureuses ou tourmentées, voix jeunes ou vieilles, innocentes ou condamnables, toutes lancinent le lecteur dans un même mouvement de revendication d'une vie meilleure : cette fameuse "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;poursuite du bonheur&lt;/span&gt;" que les Américains inscrivirent au cœur de leur Constitution, et qui fut sans cesse mise à mal par les guerres d'indépendance ou de Sécession, l'esclavage, l'inégalité des chances qui ne fit que se creuser et se creuser encore, revers du rêve américain glorifiant l'initiative et la réussite individuelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3WHsFphI/AAAAAAAAANs/3unMbdo7Bu0/s1600-h/ManhattanBridgeBrooklyn.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3WHsFphI/AAAAAAAAANs/3unMbdo7Bu0/s320/ManhattanBridgeBrooklyn.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114531548737414674" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Aux parias, l'Amérique a toujours expliqué qu'il était en leur pouvoir de changer de destin, que leur détermination et leur courage étaient leur ascenseur social et que, du même coup, s'ils erraient sur la surface de la terre ou ne s'en sortaient pas en cumulant trois boulots, c'était leur faute. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDKnsFpnI/AAAAAAAAAOc/3u2kxHLvZmA/s1600-h/20s_depression.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDKnsFpnI/AAAAAAAAAOc/3u2kxHLvZmA/s320/20s_depression.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114544545308452466" /&gt;&lt;/a&gt;Célebration des gagnants, mépris pour les perdants qui n'ont pas su transformer la ténacité en or. Ceux à qui le monde murmure sans fin : "Tu ne le voulais pas assez fort. Tu ne t'es pas levé assez tôt. On a le sort qu'on mérite." Et au milieu de ces éclats de rêves brisés que foulent les mal lotis que la ville triomphante regarde de haut, marche Walt Whitman, sentant sous ses pas la pulsation d'un pays entier :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;A travers moi, maintes générations depuis longtemps muettes,&lt;br /&gt;Voix des interminables générations de prisonniers et d'esclaves,&lt;br /&gt;Voix des malades et des désespérés, des voleurs et des avortons,&lt;br /&gt;[...] Et des droits de ceux que les autres foulent au pied,&lt;br /&gt;Des mal formés, des insignifiants, des sots, des méprisés,&lt;br /&gt;Brouillard dans l'air, scarabées roulant leur boule de fiente.&lt;/span&gt;"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqD3nsFpoI/AAAAAAAAAOk/BUyZoydYKio/s1600-h/poor+guy.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqD3nsFpoI/AAAAAAAAAOk/BUyZoydYKio/s320/poor+guy.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114545318402565762" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Le Livre des Jours&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; s'ouvre sur ce premier tableau, celui de l'époque de Whitman. Les temps sont durs et les machines carnassières, qui dévorent les bras des ouvriers et parfois des hommes entiers, sans vergogne. Simon vient de mourir ainsi. A la fabrique. Il laisse sur le carreau un père impotent, une mère glissée dans la folie, un jeune frère démuni, une jolie fiancée, Catherine, à présent privée du statut de veuve et enceinte de lui. Autant dire une future paria. Lucas prend la place de son frère aîné à l'usine. C'est un garçon bizarre, laid et malingre, qui vit dans la compagnie de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Feuilles d'herbe&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et en récite des vers dès qu'il ouvre la bouche :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Lucas n'avait pas d'âme du tout. Il était un étranger, un citoyen de nulle part, venu du comté de Kerry mais échoué à New York, où il avait grandi comme une pomme de terre rongée par le mildiou ; où il ne chantait ni ne criait comme les autres Irlandais ; un étranger que n'habitait aucune âme mais un vide rempli ici et là de douloureux élans de tendresse, pour la carte des étoiles et le reflet des flammes sur les lunettes de M. Mulchady ; pour Catherine et sa mère et un cheval à roulette.&lt;/span&gt;"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lucas voudrait faire vivre sa famille à lui seul, venir en aide à Catherine dont il est amoureux. Chaque jour, il travaille sur la machine qui a emporté Simon. Il sait qu'elle le guette, qu'elle a faim d'un autre corps. Les machines sont prédatrices, c'est dans leur nature. Dans le monde de Lucas, les pauvres sont partout et ce sont des fantômes en devenir, que la pauvreté a déjà retranchés de la vie:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Peu à peu,il s'aperçut que les journées à l'usine étaient si longues, faites d'un geste si souvent répété, qu'à la fin elles devenaient un monde à l'intérieur du monde, et que ceux qui habitaient ce monde, tous les hommes de l'usine, y passaient la plus grande partie de leur vie, rendant de courtes visites à l'autre monde, dans lequel ils mangeaient, dormaient et se préparaient à repartir. Les hommes de l'usine avaient renoncé à leur droit de cité ; ils avaient émigré à l'usine comme les parents de Lucas avaient émigré à New York après avoir quitté le comté de Kerry. Leurs vies antérieures étaient les rêves qu'ils faisaient chaque nuit, dont ils se réveillaient chaque matin à l'usine."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDBHsFpmI/AAAAAAAAAOU/oVjKzlGxZ9U/s1600-h/usine.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqDBHsFpmI/AAAAAAAAAOU/oVjKzlGxZ9U/s320/usine.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114544382099695202" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; D'un hôpital pour nécessiteux à une scène d'incendie dans un atelier de couturières, c'est toute l'Amérique en guenilles qui saisit le lecteur à la gorge. Au cœur d'une foule impuissante regardant brûler vives de pauvres ouvrières, Lucas sent la présence des fantômes, dont l'étreinte se resserre à chaque instant autour de Catherine et de lui:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"L'air avait un goût. Lucas le retourna dans sa bouche ; il le reconnut.&lt;br /&gt;les morts avaient pénétré l'atmosphère. Il le compris aussi sûrement qu'il avait senti la présence de Simon dans l'oreiller. A chaque inspiration, il faisait pénétrer les morts en lui. Il sentait leur goût amer ; c'était ainsi qu'ils étaient — terreux et chauds — sur la langue."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une femme en train de brûler s'adresse à lui sans mots, parlant au nom de tous ces êtres qui ont rendu les armes au terme d'un combat des plus inégal :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt; "Elle dit (sans prononcer les mots) : Voilà ce que nous sommes désormais. Nous étions épuisés et exploités, nous vivions dans des réduits, nous mangions des friandises en cachette, mais aujourd'hui nous sommes radieux et glorieux. Nous ne sommes plus insignifiants. Nous faisons partie de quelque chose de plus vaste et de plus merveilleux que ne l'imaginent les vivants."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Ainsi la mort apparaît-elle comme la porte vers une liberté confisquée. Et même, aussi ironique que ça paraisse, vers la vie, comme si les parias ne pouvaient espérer retrouver la pleine possession de leur vie... que dans la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxième époque : nous sommes dans l'Amérique contemporaine, celle d'après le 11 septembre 2001, celle du Patriot Act et de la paranoïa toute puissante. Cat, une femme noire d'une quarantaine d'années, travaille au standard de la police. C'est elle qui reçoit les appels de tous les timbrés suintants de rage, ceux qui veulent mettre le feu à l'appartement de leur voisin, éradiquer les homosexuels ou les bibliothécaires. La plupart se contentent de proférer des menaces, mais voilà qu'un adolescent qui a appelé se fait exploser, serrant dans ses bras un homme d'affaires, non loin de Ground Zero. La panique qui tient les New Yorkais depuis le 11 septembre se réactive, reflue dans les vaisseaux sanguins, accélère le sang :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Le danger qui avait empoisonné l'air quelques années plus tôt refaisait surface ; les gens en respiraient l'odeur. Aujourd'hui, on leur avait rappelé — on &lt;span style="font-style:italic;"&gt;nous&lt;/span&gt; avait rappelé — une vérité que le reste du monde connaissait depuis des siècles : nous pouvions facilement, à n'importe quel moment, commettre une erreur fatale. Nous marchions tous sains et saufs dans la rue parce que personne n'avait décidé de nous tuer ce jour-là. Il nous était impossible de savoir, tandis que nous nous affairions, si nous tournions le dos à la déflagration ou si nous nous précipitions vers elle."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et la tension grimpe d'un cran lorsqu'un deuxième adolescent appelle Cat. Elle tente de le faire parler. Il lui répond par d'étranges sentences : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Personne ne meurt vraiment. Nous nous perpétuons dans l'herbe. Nous nous perpétuons dans les arbres. [...] Chaque atome qui m'appartient t'appartient tout autant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cat est cultivée, elle reconnaît la poésie de Whitman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqAhHsFplI/AAAAAAAAAOM/h1VxAPLvNKc/s1600-h/41Z0R6BKHKL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvqAhHsFplI/AAAAAAAAAOM/h1VxAPLvNKc/s320/41Z0R6BKHKL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114541633320625746" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Un deuxième attentat a lieu, frappant cette fois un homme noir et pauvre. Tandis que l'étau se resserre autour de Cat, qu'un troisième garçon semble avoir élue comme confidente et comme cible, se dessine le profil de ces jeunes kamikazes : des gamins perdus recueillis par une cinglée, endoctrinés et nourris à la poésie de Whitman. Des gamins blessés et sans cœur, inaccessibles et désarmants. Des êtres sauvages échappant à tout contrôle, qui ont grandi à l'insu de la société, sur le bas côté, et qui aujourd'hui choisissent dans une étreinte la victime qu'ils emporteront avec eux dans la mort. De nouveau, cette tentative de possession des vivants par les "fantômes", ces êtres qu'on croise chaque jour sans les regarder car ils n'existent pour ainsi dire plus. De nouveau cette recherche désespérée de la vie, cette échappée qui passe par la mort comme à travers un couloir où la fraternité redeviendrait possible, ce chant des parias porté par le poète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La troisième histoire nous transporte dans le Manhattan du futur : un monde totalitaire et sinistre où les parias viennent soit d'une autre planète (comme Catareen, une "nadienne" à la peau verte qu'on réduit à des tâches subalternes), soit d'expériences tentées sur la machine par des idéalistes. Dans la première époque, Lucas soupçonnait la machine qui avait emporté son frère Simon d'être animée. Dans le futur, Simon est un robot dont les circuits sont mélangés à des tissus humains. Son apparence est celle d'un homme mais il n'a pas d'affects. Pour remplacer les sentiments, son créateur lui a injecté un "circuit de poésie". De la poésie de Walt Whitman, bien sûr. Simon est censé ne pas avoir de cœur mais il s'est attaché à Catherine la nadienne et tous deux tentent de fuir une mort certaine. Sur leur route ils croiseront un adolescent nommé Luke et un inventeur qui a injecté de la poésie à l'intérieur de ses robots et dirige aujourd'hui une communauté bizarre sur le point de quitter la terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois époques, trois genres (histoire de fantômes, polar, science fiction), trois histoires reliées par de puissants échos et par la poésie de Whitman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3AHsFpgI/AAAAAAAAANk/mL5EGAuc9c8/s1600-h/41WP6Y1QNDL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp3AHsFpgI/AAAAAAAAANk/mL5EGAuc9c8/s320/41WP6Y1QNDL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5114531170780292610" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Dans chacune, un personnage chez qui la poésie tient lieu de cœur ou d'âme, et qui perçoit le monde comme une symphonie où la mort et la vie sont intimement liées, comme le sont tous les êtres qui respirent et souffrent avec ceux qui sont passés de l'autre côté. Vous ai-je donné envie de vous plonger dans &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le livre des jours&lt;/span&gt; ? De lire ou de relire Walt Whitman ? Je l'espère. Je vous prédis que vous serez troublés et envoûtés, que vous croirez aux fantômes. En tout cas aux poètes fantômes qui hantent les grands écrivains d'aujourd'hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et si on se quittait sur quelques vers de Walt Whitman, tiens, pour la route ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Les mots des vrais poèmes vous donnent plus que des poèmes, &lt;br /&gt; Ils vous donnent de quoi former vous-mêmes des poèmes, des religions, une politique, la guerre, la paix, votre conduite, l'histoire, des essais, votre vie quotidienne et tout le reste [...]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ils préparent à la mort, pourtant ils ne sont pas la fin, mais plutôt le commencement,&lt;br /&gt; Ils n'amènent personne, homme ou femme, au terme de son voyage, ou à se considérer comme satisfait et comblé,&lt;br /&gt; Celui qu'ils emmènent, ils l'emmènent dans l'espace pour lui montrer la naissance des étoiles, pour lui apprendre une des significations,&lt;br /&gt; Ils l'emmènent pour qu'il s'élance avec une foi absolue, pour qu'il parcoure les cercles sans fin et ne connaisse plus jamais de repos.&lt;/span&gt;" &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Bonne soirée à vous tous, et à très bientôt !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-2936128624777156519?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/2936128624777156519/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=2936128624777156519&amp;isPopup=true' title='33 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2936128624777156519'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2936128624777156519'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/09/de-la-posie-la-place-du-cur.html' title='De la poésie à la place du cœur'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rvp4snsFpiI/AAAAAAAAAN0/Y0Tnql2ik7k/s72-c/Michael+Cunn+image.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>33</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-4646812661133601918</id><published>2007-09-19T12:39:00.000+02:00</published><updated>2007-09-19T15:31:13.265+02:00</updated><title type='text'>Petit message battu des vents</title><content type='html'>Chers visiteurs,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Vous les fidèles d'entre les fidèles qui vous demandez depuis des semaines et des semaines : "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;bon, mais qu'est-ce qu'elle devient à la fin ? Elle est partie, elle a mis la clé sous la porte ? Elle a fait ses bagages et se promène autour du monde ? Elle a fait vœu de silence ? Ça y est, maintenant elle est auteur alors elle a un égo de pastèque et elle ne veut plus nous parler ?&lt;/span&gt;", je me devais de venir vous dire ce qu'il en est. Côté vanité, je suis assez tranquille et je pense que ce n'est pas demain la veille que je ferai un scandale parce qu'on me fait faire cent mètres à pied (pensez donc, cent mètres !) comme certaines stars du stylo qui hantent les festivals... Tel que c'est parti, comme je n'ai pas prévu d'écrire demain un roman sur un infanticide, un pédophile membre d'Al Quaeda ou un homme politique pratiquant le footing électoral, je vais faire une petite carrière pépère à la Pierre Michon, loin des paparazzi et des yatchs, et dans dix ans j'aurai encore des chevilles de taille tout à fait raisonnable. Ouf. &lt;br /&gt;Côté tour du monde, je voudrais bien mais ma fille faisait sa première rentrée scolaire le 28 août et comme il faut que j'aille la chercher tous les jours dans sa classe au milieu de ses petits camarades implorant d'être libérés, ça compromet un peu mes projets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon, je ne vais pas ici vous raconter ma vie dans les grandes largeurs, ni même tenter d'en faire de savoureuses chroniques car &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/"&gt;Thom&lt;/a&gt; a placé la barre beaucoup trop haut... mais disons que la vie, ces derniers mois, m'a bousculée, secouée sur mon socle, et que mes petits mots entrechoqués n'ont pas pu suivre. C'est qu'ils sont timorés, mes mots. Habitués à s'exprimer dans le calme et le silence, dès lors qu' on les apprivoise, qu'on les prie un peu (ils se font volontiers prier car ils savent que sans leur secours je ne suis pas grand chose !). Les tremblements de terre les laissent pantois, les tempêtes les pétrifient et il leur faut des semaines pour retrouver la parole. Ce qui n'empêche pas, vous le savez, que secouer et remuer les mots est une bonne manière de les réveiller et de les rendre plus féconds dans un second temps. Aussi suis-je aujourd'hui remplie d'espoir quant à ma future carrière littéraire ;-)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEEHXQ8wCI/AAAAAAAAANM/cVCbbTve_Ik/s1600-h/hokusai3.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEEHXQ8wCI/AAAAAAAAANM/cVCbbTve_Ik/s320/hokusai3.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5111871576592924706" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Bien sûr j'étais navrée de vous abandonner, de lire tous vos petits messages d'affection et de découvrir que de fort sympathiques nouveaux venus étaient venus frapper à la porte en mon absence, attendant longtemps à une table qu'on leur serve un petit café serré et quelques pages d'un bon roman ! Pardon et merci donc à &lt;a href="http://tetedanslespages.canalblog.com/"&gt;Gaël&lt;/a&gt; et à tous les autres, votre insistance m'a poussée à sortir de ma tanière. Je ne vous promets pas d'écrire de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;fréquents&lt;/span&gt; billets, vous me connaissez et je n'oserais pas me lancer dans des promesses de politicien. D'une part je suis débordée et d'autre part, je préfère toujours creuser mes sujets le temps qu'il faut avant d'en poster un, même si ça nuit à la productivité. (Euh... ai-je bien entendu "feignasse !" ??...) Et puis je ne lis pas aussi vite et bien que &lt;a href="http://blogclarabel.canalblog.com/"&gt;Clarabel&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://lily-et-ses-livres.blogspot.com/"&gt;Lily&lt;/a&gt;, Thom, &lt;a href="http://lireouimaisquoi.over-blog.com/"&gt;Yueyin&lt;/a&gt; (au fait... JOYEUX BLOGANNIVERSAIRE !), &lt;a href="http://meslectures.over-blog.com/"&gt;Flo&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://livrovore.over-blog.com/"&gt;Livrovore&lt;/a&gt; et tous ceux et celles chez qui je n'hésite pas à aller allonger ma PAL pour les dix prochaines années. Pour être franche, j'aurais pu me faire appeler la tortue si ce nom n'avait pas été déjà pris... par un chanteur "qui ne sait pas ce qu'il veut" et par ma petite sœur ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour résumer, je ne suis pas partie et je ne compte pas mettre la clé sous la porte. Je viens de finir un livre enthousiasmant mais avant de vous en parler comme je veux, je dois me replonger dans l'œuvre d'un grand poète américain... donc, oserai-je vous demander encore un petit peu de patience ? Ouille, je sens que j'abuse ! Mon prochain billet a intérêt à être à peu près réussi, sinon vous allez finir par me bouder définitivement et je ne pourrai vous donner tort. (là je prends un visage appitoyé par mon sort et la vie mais heureusement vous ne pouvez pas le voir)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'espère que vos rentrées respectives se sont bien passées. La mienne a été étrange, entrecoupée de salons littéraires à Collioure et Besançon qui mériteraient à eux seuls l'écriture d'un roman... comique, et de chouettes rencontres. (&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Patrick&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Jean-Philippe&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Murielle&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Jennifer&lt;/span&gt;, vous me manquez déjà !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous laisse, un poète barbu et libertaire m'attend et il n'a pas l'air commode... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEKQnQ8wEI/AAAAAAAAANc/bO81UKhM3Z8/s1600-h/waltwhitman.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEKQnQ8wEI/AAAAAAAAANc/bO81UKhM3Z8/s320/waltwhitman.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5111878332576481346" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon, allez, foin de promesses d'ivrogne : je reviens le plus vite possible. Et en attendant, buvez donc un petit irish coffee à ma santé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PS : Que toutes celles et tous ceux dont je n'ai pas cité les noms m'excusent, la liste de tous les livrophages que j'aime visiter était si longue que j'ai dû me réfugier derrière le "etc" mais je ne vous oublie pas !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-4646812661133601918?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/4646812661133601918/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=4646812661133601918&amp;isPopup=true' title='39 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/4646812661133601918'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/4646812661133601918'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/09/petit-message-battu-des-vents.html' title='Petit message battu des vents'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RvEEHXQ8wCI/AAAAAAAAANM/cVCbbTve_Ik/s72-c/hokusai3.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>39</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-725848952252715199</id><published>2007-05-23T15:17:00.000+02:00</published><updated>2007-05-28T10:03:13.840+02:00</updated><title type='text'>L'esprit des collines</title><content type='html'>Bonjour,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En général, je préfère venir vous parler de romans, mais aujourd'hui j'ai décidé de faire une exception. C'est que je viens de faire une fabuleuse promenade dans Paris à travers le temps, suivant un guide à la fois passionnant, érudit et engagé : Eric Hazan. Son livre, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;L'invention de Paris&lt;/span&gt;, ravira non seulement les amateurs de cette ville mais aussi les amoureux de la littérature et de l'Histoire. Ce sont 481 pages bourdonnantes de vie que j'ai refermées à regret, et je ne pouvais pas ne pas vous faire partager mon enthousiasme. Alors je sais bien que la majeure partie d'entre vous préfére lire des romans, mais je vous invite à faire un petit bout de chemin avec Eric Hazan, si vous êtes d'accord. Vous avez de bonnes chaussures ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmJZO2RNgI/AAAAAAAAAKs/AvgTZG0D_cg/s1600-h/eric+hazan.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmJZO2RNgI/AAAAAAAAAKs/AvgTZG0D_cg/s320/eric+hazan.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069233922157655554" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme toutes les villes bâties à l'intérieur d'une enceinte, Paris s'est construite par cercles concentriques, depuis la muraille de Philippe Auguste (en 1200) jusqu'aux fortifications élevées en 1843, qu'on détruisit au lendemain de la guerre de 14-18. Sa dernière frontière  —  certes pas la plus esthétique ! —  est matérialisée par le boulevard périphérique. Entre temps la physionomie de la ville avait maintes fois changé, de la muraille de Charles V au mur des fermiers généraux (1780), englobant au fur et à mesure les faubourgs et les villages mitoyens, jusqu'au visage composite de la ville d'aujourd'hui. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNjO2RNrI/AAAAAAAAAME/oh7ZVBhRI-Q/s1600-h/enceintes+de+Paris.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNjO2RNrI/AAAAAAAAAME/oh7ZVBhRI-Q/s400/enceintes+de+Paris.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069238492002858674" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Au fil du temps, des quartiers sont morts entre la rive droite et la rive gauche de la Seine, d'autres sont nés, d'autres encore ont connu des apothéoses et des déclins, et c'est à cette balade à travers les siècles que nous convie Eric Hazan, se faisant le défenseur du vieux Paris : un Paris menacé, presque disparu, où chaque quartier avait une identité forte née de son histoire et de son peuplement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Non qu'Hazan soit un adversaire de la modernité, pas du tout. Mais n'auriez-vous pas envie d'arpenter les vieux quartiers balzaciens, si c'était possible ? Ou de vous perdre dans le Paris de Victor Hugo, de Baudelaire ou d'André Breton ? Les grands écrivains, les penseurs illustres de notre Histoire tumultueuse furent avant tout des flâneurs amoureux de Paris. Respirez le vent de cette ville en perpétuelle métamorphose, hantez à votre tour les lieux de prédilection de Nerval, ceux où les vauriens des Misérables détroussaient les braves gens et coupaient les gorges, ceux où le narrateur de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;la Recherche&lt;/span&gt; allait cueillir ses premiers sentiments amoureux, ceux enfin que Zola parcourait un calepin à la main en quête de matière première pour ses romans : le Paris de la Bourse, celui des fortifications, cette "zone" où fleurissaient marchands ambulants et guinguettes, Le Paris chic du Faubourg-Saint-Honoré et du Faubourg-Saint-Germain, le Paris pauvre de la Courtille ou du vieux quartier des Halles, ce &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"ventre de Paris"&lt;/span&gt; débordant de victuailles près duquel s'entassaient dans les garnis les loqueteux du vieux centre-ville. Et prenez plaisir à relire, au rendez-vous d'une page, quelques lignes des &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Mystères de Paris&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Nadja&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; ou des &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Splendeurs et misères des courtisanes&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; sur la nuit de la ville :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " Ces rues étroites, sombres et boueuses, où s'exercent des industries peu soigneuses de leurs dehors, prennent à la nuit une physionomie mystérieuse et pleine de constrastes. En venant des endroits lumineux de la rue Saint-Honoré, de la rue Neuve-des-Petits-Champs et de la rue de Richelieu, où se presse une foule incessante, où reluisent les chefs-d'œuvre de l'Industrie, de la Mode et des Arts, tout homme à qui le Paris du soir est inconnu serait saisi d'une terreur triste en tombant dans le lacis de petites rues qui cerclent cette lueur reflétée jusqu'au ciel... En y passant pendant la journée, on ne peut se figurer ce que toutes ces rues deviennent la nuit ; elles sont sillonnées par des êtres bizarres qui ne sont d'aucun monde ; des formes à demi-nues et blanches meublent les murs, l'ombre est animée. Il se coule entre la muraille et le passant des toilettes qui marchent et qui parlent. Certaines portes entrebâillées se mettent à rire aux éclats... des ritournelles sortent d'entre les pavés... cet ensemble de choses donne le vertige."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car arpenter le Paris historique, c'est réapprendre la nuit noire, celle que nous ne connaissons plus car des éclairages de plus en plus violents l'ont reléguée de plus en plus loin de nos villes, faisant fuir les étoiles en sécurisant les rues. Au Moyen-Âge, seules trois lanternes éclairaient la nuit de Paris : une bougie au cœur du terrifiant cimetière des Innocents (que hante François Villon), une lanterne à la tour de Nesles et une à la Conciergerie. Vous imaginez cela ? Une ville noire, trois petites flammes de rien du tout pour se protéger des ombres animées, souvent malveillantes, dont parlait Balzac ? Au XIXème siècle, les abords du Luxembourg sont encore des chemins de terre cernés d'arbres où se perdent les imprudents avant d'y faire de mauvaises rencontres, et derrière les murs du cimetière Montparnasse, on assassine chaque nuit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais d'abord, que savez-vous de Paris ? Savez-vous qu'au coeur du quartier du Marais, François 1er donnait des combats de lions dans le parc de son hôtel Saint-Pol ? Que dans le Sentier, déjà dévolu au commerce des étoffes au XVIIIème siècle, se trouvait la plus grande Cour des Miracles de Paris, tellement dangereuse que lorsqu'on voulut y percer une rue qui la traverserait de part en part, en 1630, les maçons furent assassinés avant d'avoir pu faire aboutir le projet ? Que le fameux gibet de Montfaucon où François Villon fut pendu, après sa mère, se trouvait sur l'emplacement actuel des Buttes-Chaumont ? Que toutes les innovations du XIXème siècle, telles les premières terrasses de cafés et l'éclairage au gaz, furent testées sur les grands boulevards parisiens ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSXe2RNxI/AAAAAAAAAM0/CyJRoNNDDcE/s1600-h/Pissaro,+Paris.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSXe2RNxI/AAAAAAAAAM0/CyJRoNNDDcE/s400/Pissaro,+Paris.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069243787697534738" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eric Hazan déteste la façadisation, cette invention moderne qui, dit-il, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"consiste à conserver (plus ou moins) la façade d'un bâtiment et à le vider comme une volaille pour y installer des plateaux de bureaux. Un bâtiment façadisé est au bâtiment d'origine ce qu'est un animal empaillé à sa forme vivante." &lt;/span&gt; Mais il en a surtout après le baron Haussmann... ce ministre de Louis Napoléon Bonaparte redessina le visage de la capitale non seulement à des fins de modernisation, mais pour en éradiquer le cœur rebelle, ce Paris des barricades qu'il haïssait de tout son cœur. Il rasa cette partie du Boulevard du Temple qu'on appelait le "Boulevard du Crime", et où la populace venait se distraire en regardant les attractions foraines et admirer le mime Debureau depuis le fond du "paradis". Ce quartier populaire fut détruit sans merci mais il subsiste dans l'imaginaire grâce à la littérature et au film de Marcel Carné, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;les Enfants du Paradis&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Haussmann fit surtout raser avec jubilation les rues de la colère, celles du quartier Saint-Merri, des alentours de la Bastille et de la Place de la République. Il effaça de la terre la petite rue Transnonain où l'on s'était battu en 1832, lors de ces émeutes qui sont la toile de fond des Misérables. La petite rue Transnonain où les soldats du parti de l'Ordre firent irruption dans les immeubles et massacrèrent des familles entières, sur l'ordre du Général Bugeaud, parce qu'un coup de feu avait été tiré d'une fenêtre et que ces messieurs, quand il s'agissait de répression, avaient peu de scrupules...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSn-2RNyI/AAAAAAAAAM8/puU0NMb5U5U/s1600-h/daumier,+la+rue+transnonain.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmSn-2RNyI/AAAAAAAAAM8/puU0NMb5U5U/s320/daumier,+la+rue+transnonain.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069244071165376290" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  L'urbanisation procédant toujours d'une volonté politique, les rues de Paris furent élargies pour permettre aux régiments d'y défiler plus commodément... C'est ce qu'on appelle un "embellissement stratégique", et les premières victimes en furent ces rues de la rebellion. Quant au quartier latin, jamais le dernier quand il s'agissait de contester le pouvoir en place, on lui laissa en souvenir un avertissement des plus éloquents :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "A qui, parmi ceux qui traversent aujourd'hui la place Saint-Michel, les figures de la fontaine, entourées de canettes de bière et de Coca Cola, ont-elles encore quelque chose à dire ? Qui serait capable de déchiffrer historiquement cette allégorie pour touristes, de reconnaître que l'archange à l'épée pointée sur le dos de Satan devait à l'époque représenter le triomphe du bien sur le mauvais peuple de juin 48 ? Mais à l'ère des insurrections, au seuil de l'arrondissement rebelle, cette statue avait un sens dépourvu d'équivoque. Chacun savait que ce saint Michel symbolisait le Second Empire écrasant le démon de la révolution et que la rue Saint-Jacques et le Quartier Latin pouvaient reconnaître leur image dans la bête infernale jetée au sol."&lt;/span&gt; (Dolf Oehler &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;: &lt;span style="font-style:italic;"&gt;1848, Le spleen contre l'oubli&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNzu2RNsI/AAAAAAAAAMM/ZrP-bPBtnqQ/s1600-h/FOntaine+St+Michel.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmNzu2RNsI/AAAAAAAAAMM/ZrP-bPBtnqQ/s320/FOntaine+St+Michel.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069238775470700226" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ceux qui répondraient que l'esthétique est à ce prix, je répondrai avec Eric Hazan, sans dénier aux immeubles hausmanniens leur élégance, que la beauté se nichait aussi dans ce fouillis des vieux immeubles, dans cette coexistence de maisons populaires et de vénérables hotels particuliers, dans ces "passages de Paris" aujourd'hui oubliés où l'on flânait en bonne compagnie et refaisait le monde. Haussmann n'a pu aller au bout de TOUS ses projets et j'en suis heureuse, car il avait celui de percer une rue à partir du Louvre qui aurait détruit sur son passage les deux monuments de Paris que j'aime le plus... mais je laisse Victor Hugo vous en parler mieux que moi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;" Le vandalisme a son idée à lui. Il veut faire tout à travers Paris une grande, grande rue. Une rue d'une lieue ! Que de magnifiques dévastations chemin faisant ! Saint-Germain-l'Auxerrois y passera, l'admirable tour de Saint-Jacques-de-la-Boucherie y passera peut-être aussi. Mais qu'importe ! Une rue d'une lieue !... une ligne droite tirée du Louvre à la barrière du Trône !" &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, conclut Hazan, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Haussmann, qui était protestant, refusa le projet, craignant que la destruction de Saint-Germain-l'Auxerrois fût interprétée comme une revanche de la Saint-Barthélémy, dont le signal fut donné, dit-on, par les cloches de cette église."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; C'est toujours à coups de symboles que l'on se bat, que l'on enterre certains pans du passé pour que l'avenir sorte de terre... Symbole contre symbole, drapeau contre drapeau. Ainsi, la révolution de 1848 fut l'affrontement des symboles : le drapeau tricolore, icône de la Révolution mais également de l'Empire, de la répression des barricades de 1830, contre le drapeau rouge que brandissaient les ouvriers révoltés descendus des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, de Ménilmontant, de Montmartre et du quartier Popincourt, de la Butte-aux-Cailles où le sang de la Commune est à présent séché mais où demeure un écho qui serre encore le cœur au promeneur qui sait entendre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmORu2RNtI/AAAAAAAAAMU/RXvTQ7qCQGU/s1600-h/morts+de+la+commune.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmORu2RNtI/AAAAAAAAAMU/RXvTQ7qCQGU/s400/morts+de+la+commune.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069239290866775762" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Eric Hazan aime passionnément ces collines de la ville, ces faubourgs populaires où souffla tant de fois le vent salutaire de la révolte d'un peuple à qui on confisquait toutes ses révolutions. Il leur consacre une partie de son livre, appelée "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Paris rouge&lt;/span&gt;", de 1830-1832 où Gavroche alla mourir au milieu des étudiants et des ouvriers de la rue de la Chanvrerie à juin 1848, où les barricades furent noyées dans le sang par ceux-là-même qui s'étaient faits les champions de la République.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmQo-2RNwI/AAAAAAAAAMs/JEOosNUZeQ4/s1600-h/Paris+juin+48+Fbg+St+Antoine.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmQo-2RNwI/AAAAAAAAAMs/JEOosNUZeQ4/s400/Paris+juin+48+Fbg+St+Antoine.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069241889321989890" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; En juin 48, on fusillait au Luxembourg des prisonniers qui s'étaient rendus et il fallut fermer le jardin durant deux semaines pour laisser le temps à la pluie d'en laver les flaques de sang. La deuxième République ne survécut pas longtemps à ces épisodes sinistres où elle avait fait massacrer sauvagement tous ce "rebut populaire" aux côtés duquel elle s'était battue sur les barricades de 1830. Et Victor Hugo n'économisa ni son souffle ni sa plume, peut-être pour expier (comme le pense l'auteur) sa complicité avec les forces de répression lors des journées de juin, pour défendre ces Misérables qu'on écrasait à chaque convulsion de la société :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtements que des monceaux infects de chiffons en fermentation, rammassés dans la fange au coin des bornes, espèces de fumier des villes, où des créatures humaines s'enfouissent toute vivantes pour échapper au froid de l'hiver..."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les collines et les faubourgs de Paris étaient peuplés d'immigrés venus par couches successives fuir la misère et les persécutions ; tels ces Polonais qui comptèrent parmi les chefs de la Commune, y trouvant une mort héroïque et poignante. Plus tard, leurs descendants vinrent grossir les rangs de l'Armée des Ombres tandis que les "quartiers chics", les grands Boulevards, les Champs-Elysées — où l'on avait préféré pactiser avec les Prussiens contre les Communards, dessinaient les contours du Paris de la Collaboration. Bien évidemment on trouvait aussi des Résistants dans le quartier de l'Etoile et tout n'est pas si tranché, mais cette géographie de l'engagement n'en est pas moins intéressante. Et il est certain que ces immigrés — que certains voyaient déjà comme des foyers épidémiques à circonscrire ou à éliminer — n'hésitaient jamais à verser leur sang pour une certaine idée de la dignité, de la liberté et de la fraternité humaines. Aujourd'hui où il est à la mode de récupérer les grandes figures de la rebellion populaire, je pense que se pencher un peu sur cette histoire-là ne fait pas de mal. Car l'Histoire appartient à tous et il serait fort dommage de l'abandonner aux idéologues...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmMwO2RNpI/AAAAAAAAAL0/lrZ7pwJRAKA/s1600-h/Barricade_rue_Soufflot_1848.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmMwO2RNpI/AAAAAAAAAL0/lrZ7pwJRAKA/s400/Barricade_rue_Soufflot_1848.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069237615829530258" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Paris des flâneurs&lt;/span&gt;" clôt la balade d'Eric Hazan, même si en réalité elle n'a pas de fin et appelle d'autres circonvolutions, sur les pas de tous ces illustres promeneurs. A commencer par Balzac, dont Théophile Gauthier écrivait :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Comme il aimait et connaissait ce Paris moderne dont en ce temps-là les amateurs de couleur locale et de pittoresque appréciaient si peu la beauté ! Il le parcourait en tous sens, de nuit et de jour... Il savait tout de sa ville chérie ; c'était pour lui un monstre énorme, hybride, formidable, un polype aux cent mille bras qu'il écoutait et regardait vivre, et qui formait à ses yeux comme une immense individualité. Chacun a pu le rencontrer, surtout le matin, lorsqu'il courait aux imprimeries porter la copie et chercher les épreuves.[...] Personne n'eût jamais tenté de prendre pour un inconnu vulgaire ce gros homme qui passait, emporté par son rêve comme par un tourbillon."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Ou Victor Hugo, dont Baudelaire, autre flâneur compulsif, s'étonnait qu'il pût concilier les exigences de son travail assidu et son goût pour les promenades, quand lui-même se sentait enchaîné à sa flânerie comme un ivrogne à sa bouteille. Baudelaire, silhouette élimée et tourmentée qui cherchait dans ses longues marches à travers la ville cet &lt;span style="font-style:italic;"&gt;inattendu&lt;/span&gt; qu'espérait aussi André Breton, arpentant des années plus tard le boulevard Bonne-Nouvelle. Baudelaire, qui élaborait ses poèmes en marchant et qui définit à merveille l'attraction de tous ces esprits curieux, clairvoyants, artistes, pour le cœur battant de la Ville:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  " Pour le parfait flâneur, pour l'observateur passionné, c'est une immense jouissance que d'élire domicile dans le nombre, dans l'ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l'infini. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde, tels sont quelques-uns des moindres plaisirs de ces esprits indépendants, passionnés, impartiaux, que la langue ne peut que maladroitement définir... L'amoureux de la vie universelle entre dans la foule comme dans un immense réservoir d'électricité. On peut aussi le comparer, lui, à un miroir aussi immense que cette foule ; à un kaléidoscope doué de conscience, qui, à chacun de ses mouvements, représente la vie multiple et la grâce mouvante de tous les événements de la vie."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Il est temps de nous séparer, de refermer ce livre, de laisser toutes ces silhouettes se confondre dans la brume : Eugène de Rastignac, la Duchesse de Guermantes, le voyou Montparnasse et le Général Lamarque, Tocqueville, Delescluze et Louise Michel, Huysmans et Robert Desnos, dont l'ombre vagabonde hante encore sûrement, à l'heure des ténèbres, l'ancien quartier Saint-Merri qu'il aimait tant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A bientôt !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmTJu2RNzI/AAAAAAAAANE/zd4pAR43eYE/s1600-h/Atget,+chateau+rouge.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmTJu2RNzI/AAAAAAAAANE/zd4pAR43eYE/s400/Atget,+chateau+rouge.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5069244650985961266" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-725848952252715199?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/725848952252715199/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=725848952252715199&amp;isPopup=true' title='40 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/725848952252715199'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/725848952252715199'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/05/lesprit-des-collines.html' title='L&apos;esprit des collines'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RlmJZO2RNgI/AAAAAAAAAKs/AvgTZG0D_cg/s72-c/eric+hazan.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>40</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-550694960914726559</id><published>2007-05-16T16:51:00.000+02:00</published><updated>2007-05-16T19:22:26.233+02:00</updated><title type='text'>Une bougie, une mariée, quelques considérations en vrac...</title><content type='html'>Bonjour !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme mon blog vient de fêter sa première année je voulais souffler cette première bougie en bonne compagnie. Et quelle meilleure compagnie que &lt;a href="http://www.bbc.co.uk/radio4/womanshour/2003_29_mon_01.shtml"&gt;Nikki Gemmell&lt;/a&gt; ? J'aime cet auteur australienne depuis que j'ai lu à la suite &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Traversée&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Noces sauvages&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et le somptueux &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Love Song&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, splendide, brûlant et mélancolique chant d'amour que je conseille à chacun d'entre vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks9hO2RNeI/AAAAAAAAAKc/qkLjkXH2mrI/s1600-h/4130QFAW7TL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks9hO2RNeI/AAAAAAAAAKc/qkLjkXH2mrI/s200/4130QFAW7TL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5065209847038948834" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai donc lu, comme on boit à petites gorgées un breuvage savoureux, doux-amer, parfumé au miel et à la l'absinthe, son dernier roman : &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;La mariée mise à nu&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks9uu2RNfI/AAAAAAAAAKk/TBhNu5Sjefc/s1600-h/84626100626090M.gif"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks9uu2RNfI/AAAAAAAAAKk/TBhNu5Sjefc/s320/84626100626090M.gif" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5065210078967182834" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un roman qu'elle écrivit alors qu'elle était dans la maternité jusqu'au cou, épuisée, les neurones grillés par les hormones et les nuits courtes, aspirant désespérément à un peu de solitude bienfaitrice dans un monde de bébés en larmes ou rieurs. Ce même monde depuis lequel Marie Darrieussecq avait écrit &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Bébé&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, un petit livre que j'aime beaucoup tant il est juste, et que j'ai lu... quand j'étais immergée dans ce même univers et que moi aussi je me demandais si un jour je pourrais DORMIR et si un jour je retrouverais un semblant de vie intellectuelle et de vie sociale. Avec d'autres sujets de conversation que "faut-il le laisser pleurer entre 5h et 7h ?" ou "est-ce bien normal que mon bébé ne soit JAMAIS épuisé en même temps que moi ?"&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks4c-2RNbI/AAAAAAAAAKE/h9J7QN-MwLc/s1600-h/41HFW9XMZWL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks4c-2RNbI/AAAAAAAAAKE/h9J7QN-MwLc/s320/41HFW9XMZWL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5065204276466365874" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Nikki Gemmell, donc, avait désespérément envie d'écrire et de retrouver "un peu de contrôle sur sa vie", un peu de liberté dans cette tourmente belle et fragilisante. La mère en elle menaçait de tout dévorer tant son amour était grand, aussi partit-elle en quête de la femme qu'elle sentait se dissoudre en elle. Son livre de chevet était alors un étrange recueil élisabethain, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;WoEman"s Worth&lt;/span&gt;, publié anonymement et peut-être écrit par un homme "très proche de sa mère" ou par une jeune épouse à l'insu de son époux. Naturellement, Nikki préférait la deuxième proposition et elle se prit au jeu d'écrire à cette épouse anonyme une réponse tout aussi anonyme, venant à quatre siècles de distance faire part à son tour de ses insatisfactions amoureuses et sexuelles, de ses envies, de ses dégoûts, de toute cette vie intime des femmes qui court sous la surface et que les hommes ignorent.&lt;br /&gt;Elle voulait le publier anonymement, d'abord pour émanciper son écriture de la crainte viscérale de blesser son petit monde. Ensuite parce qu'elle aimait beaucoup l'idée d'un mari tombant un jour sur le livre, le parcourant et se demandant avec angoisse : "Est-ce ma femme qui a écrit ceci ?"&lt;br /&gt;Mais on n'obtient pas toujours ce qu'on veut : des journalistes déterrèrent le "scoop" et traquèrent l'écrivain, la forçant à assumer publiquement la paternité de son roman... Elle ne pouvait plus lutter à ce stade, quels que puissent être les dommages collatéraux, parce que son propos était l'HONNÊTETÉ dans le couple. Avec un sujet pareil, il lui fallut assumer ce qu'elle avait écrit à couvert de l'anonymat... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle voulait aborder l'honnêteté comme principe subversif, comme impérieux bastion à conquérir. Car les femmes mentent à leurs hommes. Tout le temps, et sous toutes les latitudes. Elles mentent sur leurs désirs, sur leur plaisir, sur ce qu'elles n'aiment pas. Elles ne font pas QUE mentir mais elles mentent sur bien des choses... pour protéger leurs amants, pour ne pas les rendre vulnérables, pour les garder, parce qu'elles privilégient leur plaisir au-dessus du leur, ainsi qu'une très ancienne éducation le leur a toujours appris. Elles mentent pas omission, avec les meilleures intentions du monde,  sans même s'en rendre compte. Et leur monde impénétrable frémit à peine sous la surface de la "femme" qu'elles donnent à voir. Virginia Woolf disait que l'anonymat était un refuge pour les femmes écrivains. Le secret est également un refuge, depuis la nuit des temps, qui protège, au risque de l'étouffer comme le feu sous la cendre, l'intimité des femmes. Quel homme connaît vraiment sa compagne ? Vous me direz, c'est tout aussi vrai dans l'autre sens : que savons-nous des hommes que nous aimons, auprès desquels nous dormons, avec lesquels nous faisons l'amour et des enfants ? Nikki Gemmell aimerait lire un jour la version masculine de son roman, et il est sûr qu'elle serait tout aussi captivante !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; L'honnêteté est un risque, un danger dont les ravages peuvent s'exercer longtemps après, venant du large, comme un houle. Les journalistes ont forcé la romancière à cette honnêteté qu'elle comptait affronter masquée, et elle ne peut encore en évaluer les conséquences sur sa vie. Mais elle est finalement heureuse que ce barrage, en cédant, ait libéré une parole des femmes jusque dans sa vie privée. Son expérience est de l'ordre de la conquête d'un nouveau monde. Suivons-la, voulez-vous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici "la mariée", qui n'est jamais nommée, qui est toutes les femmes et aucune. C'est une femme qui a la trentaine, une "bonne épouse", une eau qui dort et dont tous aiment le tranquille miroitement. Son mari est un bon mari, en lui elle a trouvé un abri contre le tumulte du monde. Un futur père pour ses enfants. Un compagnon, un complice. Leur vie est douce, elle n'est point aigrie encore, et pourtant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Votre confiance en vous en tant qu'épouse s'amenuise lentement. Vous ne le lui direz jamais. Que parfois vous avez l'impression que tous les hommes qui ont traversé votre vie, les amants, les collègues, les patrons, avec leurs vociférations et leurs exigences, ils vous ont usée."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Mais voilà que son moi secret s'éveille à travers le désenchantement : elle suspecte Cole, son mari, d'avoir une liaison. Cette lassitude, ce sentiment de trahison, vont libérer en elle des forces secrètes qui eûssent pu dormir toute sa vie. Voilà que ses désirs ne veulent plus être gentils, être polis, s'effacer :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Vous ne voulez plus de cette retraite à l'intérieur du mariage, de cette petite bulle d'intimité qui s'avérait si confortable."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Toutes les parties d'elle qui restaient enfouies réclament maintenant de la place dans son existence, au risque d'en défaire l'équilibre patiemment construit. Et tandis que cette femme part courageusement à la conquête d'elle-même et de la légitimité de son désir, germe l'idée de répondre à l'anonyme épouse élisabethaine qui a écrit le petit livre scandaleux qui ne la quitte plus :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Vous devez vous consacrer sur votre propre livre, vous devez le mettre en œuvre : il faut une échine à votre vie.&lt;br /&gt;  Et puis cela vous frappe, avec la même beauté et la même obéissance qu'un collier emmêlé que vous tentez depuis longtemps de dénouer, une simple boucle de ses rangs de perle lisse à travers une autre et le nœud se défait par magie.&lt;br /&gt; Vous allez répondre à votre mystérieuse auteur du XVIIème siècle.&lt;br /&gt; Vous allez écrire un livre en secret, exactement comme elle."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais si le livre est une subversion dissimulée, si son propos est de dire tout haut ce que cette femme n'a jamais osé dire sur l'amour et le désir, le roman de Nikki Gemmell célèbre malgré tout le secret... puisque la quête personnelle de l'héroïne, pour aboutir, doit rester secrète. Le plaisir se trouve dans la clandestinité, même si l'on sent qu'une fois trouvé il parviendra peut-être à changer la couleur de ce mariage. Peut-être. Mais pas sûr. Car il est difficile de changer un mauvais pli que le temps a renforcé. Et peut-être que son mari ne veut pas de cette femme nouvelle à lui révélée. Peut-être préférait-il l'ancienne, la familière, quitte à se plaindre de ses limites ou à aller chercher ailleurs de quoi piquer son désir.&lt;br /&gt;Si l'honnêté est un risque, devenir la femme qu'on porte l'est tout autant. On peut semer en route toute la porcelaine fragile des sentiments de l'autre. On peut se perdre dans ses propres méandres et ne plus savoir trouver de cohésion dans ces pulsions contradictoires et ces ambivalences du désir. Car le désir est un animal insaisissable qui a toujours faim, il est ce génie de la lampe qu'il ne fallait pas convoquer car il ne veut plus être rangé à présent :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Vous seriez parfaitement heureuse de ne plus jamais faire l'amour avec votre mari, à part pour faire un enfant ; des amies mariées vous ont déjà dit une telle chose. Cole représente quelque chose de plus vaste que le sexe : il est incrusté dans votre projet d'existence.&lt;br /&gt;  Mais où va le désir ? Ce sentiment fugitif finira-t-il par s'évanouir ? Ou bien, maintenant qu'il est retombé, restera-t-il à l'affût en vous, tout émacié et insatisfait, jusqu'à ce que vous soyez âgée, attendant de faire trébucher votre vie?&lt;/span&gt;"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que veut le désir, au bout du compte ? Peut-il s'harmoniser avec le reste de l'existence ou n'est-il que désordre, chaos de vie lorsqu'il se fait alchimiste et fabrique un enfant ?&lt;br /&gt;Il est certain que vous trouverez dans les tourments et les émois de la mariée des échos de vos propres ressentis, de vos questionnements. Il est certain que son style délicat, tendre et tranchant, qui écrit avec le cœur les danses du désir, vous tiendra captif(ve)s. C'est un roman qui parle d'elles aux lectrices et aux hommes de leurs femmes, qui ne vise pas la guerre des sexes mais la rencontre plus sincère des unes avec les autres. Est-elle possible ? Le secret peut-il être révélé et la mariée "mise à nu" ? C'est en tout cas un beau pari.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks3Y-2RNZI/AAAAAAAAAJ0/Iow1Ojz2H-I/s1600-h/nikkibig.jpeg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks3Y-2RNZI/AAAAAAAAAJ0/Iow1Ojz2H-I/s320/nikkibig.jpeg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5065203108235261330" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Pour finir, je remercie tous ceux et celles qui me donnent envie d'alimenter ce blog et de fêter d'autres anniversaires... je repense au temps où j'avais 2 lectrices bien aimées (oui, &lt;a href="http://blog.maudoune.com/index.php/"&gt;Doune&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://aturtleinakitchen.blogspot.com/"&gt;la Turtle&lt;/a&gt; , c'est bien de vous que je parle !) et où je désespérais de croiser un jour un promeneur égaré dans ces pages. Merci à vous qui ne m'oubliez pas quand je suis absente et me lisez quand je reviens. Et maintenant, une part du gateau d'anniversaire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A bientôt !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Retrouvez l'avis de &lt;a href="http://cuneipage.over-blog.com/article-5147855.html"&gt;Cuné&lt;/a&gt; sur &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;La mariée mise à nu&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, celui d'&lt;a href="http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/06/23/2155707.html"&gt;Eireann Yvon&lt;/a&gt; sur &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Noces sauvages&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et &lt;a href="http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/13/1871228.html"&gt;Love song&lt;/a&gt; et celui de &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/article-6127561.html"&gt;Thom&lt;/a&gt; sur &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Love Song&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-550694960914726559?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/550694960914726559/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=550694960914726559&amp;isPopup=true' title='50 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/550694960914726559'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/550694960914726559'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/05/une-bougie-une-marie-quelques.html' title='Une bougie, une mariée, quelques considérations en vrac...'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rks9hO2RNeI/AAAAAAAAAKc/qkLjkXH2mrI/s72-c/4130QFAW7TL.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>50</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-3434230280856396633</id><published>2007-05-04T15:21:00.000+02:00</published><updated>2007-05-06T00:29:11.979+02:00</updated><title type='text'>Sur les terres ensorcelées de Graham Joyce</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin je suis de retour. Des semaines sans vous, c'était l'enfer aussi pour moi. Une solitude presque insoutenable. Vous m'avez beaucoup manqué. Enfin, ces messieurs les opérateurs ayant daigné me rendre une connexion, non sans me fusiller mes boîtes e-mail au passage..., je peux aujourd'hui écrire un nouveau billet !&lt;br /&gt;J'ai passé ces dernières semaines en la compagnie d'un écrivain qui ne ressemble à nul autre, même si son nom semble la jonction improbable et poétique de Graham Greene et de James Joyce. J'avais entendu parler de Graham Joyce dans un article du &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Monde&lt;/span&gt; Littéraire, il y a déjà un certain temps, et je m'étais étonnée de ne l'avoir pas croisé dans une de mes pérégrinations dans les librairies, mais il faut dire qu'il est rangé dans le rayon de l'heroïc fantasy et que c'est un genre que je connais mal. &lt;br /&gt;   L'œuvre de Graham Joyce relève peut-être de la littérature fantastique, mais pas de celle des elfes et des trolls. Ses romans n'appartiennent au genre fantastique que parce que sa vision du monde est enchantée et qu'il écrit dans une langue poétique et sensuelle qui traduit admirablement cette vision. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Joyce dresse la carte d'un monde envoûté, où certains êtres sont les récepteurs et les mediums d'une sagesse profonde mêlée de magie. La magie fut sans doute, de tout temps, une question de point de vue et de sensibilité. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les limites de l'enchantement&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, un médecin demande à Fern, jeune femme accusée de sorcellerie : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Croyez-vous aux actes magiques ?"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle répond simplement :&lt;br /&gt;  — Je n'imagine pas qu'on puisse vivre sans espérer ou attendre un peu de magie dans sa vie."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ne serions-nous pas nombreux à pouvoir reprendre ces mots à notre compte ? N'évoluons-nous pas dans un monde hyperréaliste et souvent brutal en espérant l'irrationnel des rencontres, des mutations de l'être, le miracle de l'indicible qui circule et alimente les destins individuels ?&lt;br /&gt;Dans le même roman, Maman Cullen, "guérisseuse" et accoucheuse de son état, dit à sa fille adoptive :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Quand on parle des choses, ça les tue la plupart du temps, il faut que tu le saches, Fern. Tu dois écouter."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Dans les livres de Joyce, l'ouïe est le sens privilégié des élus, ceux qui ont accès au langage secret des êtres et savent entendre au battement de cœur du foetus si l'enfant sera mâle ou femelle. La vue est trompeuse et restreinte, les visions brouillent la perception. L'écoute est primordiale, et cette écoute mobilise toute la personne. Elle vient du profond de soi. Il faut se creuser, s'ouvrir comme une conque pour accueillir les signaux de la terre et du ciel, les vibrations d'amour et d'angoisse, de la peur et du désir, de la vie et de la mort. Chez Joyce, la météo est en symbiose avec les hommes, elle exprime leurs sentiments, les déclenche, les exacerbe. Ainsi, la venue d'un orage est une apothéose attendue et redoutée, un climax émotionnel qui décharge toute la tension nerveuse et sentimentale des uns et des autres et peut se dénouer dans une accalmie ou dans le sang. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;En attendant l'orage&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, un huis-clos envoûtant et menaçant réunit deux couples d'amis dans une maison de vacances en Dordogne avec leurs deux petites filles et une amie du maître de maison. L'atmosphère est électrique, grosse de toutes les tensions que portent les vacanciers. La nature qui entoure la vieille maison est fascinante et inhospitalière : un champ de maïs qui éparpille les secrets car &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"On ne peut rien cacher au milieu du maïs"&lt;/span&gt;, une grotte qui attend, telle une matrice sanglante prête à engloutir ceux qui s'y engagent. Dans ce cadre qui souffle le chaud et le froid à la façon des courants atmosphériques, une petite fille médium, Jessie, que tous veulent protéger, projetant du même coup sur elle leurs souffrances, leurs hantises et leurs aspirations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rjylz-t7RlI/AAAAAAAAAJc/qiwo6S8FzUs/s1600-h/51H1AE2ZCKL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rjylz-t7RlI/AAAAAAAAAJc/qiwo6S8FzUs/s320/51H1AE2ZCKL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5061102393685132882" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les histoires de Graham Joyce se déroulent souvent dans les années 60, et ce n'est pas un hasard, car elles mettent en scène le conflit entre une société déterminée à éradiquer les restes de l' antique sagesse des &lt;span style="font-style:italic;"&gt;sorcières&lt;/span&gt; et un courant hippie qui aimerait renouer avec cette connaissance des secrets de la nature et des êtres, sans savoir bien l'utiliser et en ignorant à quel point elle peut être dangereuse. &lt;br /&gt;Car la magie fait de ceux qui y ont accès des êtres inadaptés à la société qui se modernise et entend tout classer et ranger selon son bon vouloir afin de se rassurer. Comment classer ces enfants qui ont des visions, des &lt;span style="font-style:italic;"&gt;absences&lt;/span&gt;, des prémonitions ? Ces femmes qui frayent avec des fantômes et croisent des êtres mystérieux, entre le démon et l'ange ? Il est fort tentant d'envoyer tout ce monde dérangeant à l'asile et la société ne s'en prive pas. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les limites de l'enchantement&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, c'est le sort qui guette la jeune Fern comme avant elle sa mère adoptive. Dans une scène effrayante, un notable de la petite ville de Halaton vient la menacer de l'asile :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Il referma les doigts par-dessus les miens. De l'autre main, il m'agrippa l'oreille et me cogna la tête contre l'angle du mur derrière :&lt;br /&gt;- Ecoutez, dit-il. Vous m'entendez ?&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;  Il me cogna une deuxième fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — C'est le bruit de votre tête heurtant le mur d'une cellule capitonnée. Ecoutez-le encore. Vous y êtes déjà, dans cette cellule. Je ne suis pas en train de vous parler. Vous êtes déjà là-bas. Vous ne faites que vous rappeler cette scène."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En quoi cette jeune-femme dérange-t-elle tant la microsociété d'Halaton ? Comme sa mère adoptive avant elle, elle met les enfants au monde et soigne les maux physiques et émotionnels à l'aide d'herbes mystérieuses et de rituels poétiques et occultes. On lui passe commande de gâteaux de mariage dans lesquels l'ingrédient essentiel est l'amour qu'elle déverse dans la pâte. Alors oui, elle débarrasse aussi les femmes de grossesses non souhaitées, à condition qu'il soit assez tôt pour le faire, à l'aide d'une décoction qui déclenche des contractions. Ces secrets de vie et de mort sont certes effrayants mais ce qui l'est encore plus, c'est que les sorcières connaissent le nom de tous les pères qui sèment sur leur passage des enfants dont ils ne veulent pas. Et que ces pères sont des notables. Comme celui qui voudrait faire interner Fern.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rjyl9-t7RmI/AAAAAAAAAJk/8MDIOrOvwaA/s1600-h/41NHrswsQAL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rjyl9-t7RmI/AAAAAAAAAJk/8MDIOrOvwaA/s320/41NHrswsQAL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5061102565483824738" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis surtout, ces &lt;span style="font-style:italic;"&gt;sorcières&lt;/span&gt; opèrent sans intermédiaires. Elles conversent avec la lune, les courants atmosphériques, la nature leur adresse des messages directement, elles sont les médiums de forces métaphysiques que le reste du monde ne tolère qu'à condition qu'elles soient domestiquées par les prêtres et les pasteurs. Ce n'est pas tolérable, ces êtres qui n'ont pas besoin d'église pour que leur corps et leur esprit deviennent la caisse de résonnance de milliers de prières murmurées. Ce n'est pas supportable qu'elles sachent accoucher des parturientes sans le secours des hommes de science, qu'elles opèrent sans fiches de paye, sans contrôles sanitaires.&lt;br /&gt;Ainsi la société s'arroge-t-elle le droit de les chasser, de les expulser, de les déclarer folles. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Lignes de vie&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, on veut interdire à la vieille sage femme Annie-les-chiffes d'exercer son art, elle qui recense les bébés qu'elle a fait naître à l'aide de marques tracées dans un cahier qu'elle appelle "son livre" et qui est l'œuvre de sa vie. Quant à Fern, elle décide de suivre une formation de sage-femme et de faire semblant d'apprendre ce qu'elle sait déjà, afin de se ménager une position sociale moins précaire, et se bat pour échapper à l'internement psychiatrique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La folie a-t-elle partie liée avec cette magie qui prend possession de certains ? Que penser de la petite Jessie qui dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;En attendant l'orage&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; a des "absences" et des "crises" durant lesquelles il lui arrive de se cogner le front jusqu'au sang contre une poutre, ou de disparaître dans la nature ? Que penser de Cassie, la jeune héroïne de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Lignes de vie&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, persuadée d'avoir eu un enfant avec un soldat mort lors de la nuit du bombardement de Coventry ? Ou de Fern qui lors de son "rite d'initiation" a vécu plusieurs nuits en une sans savoir lesquelles furent réelles et lesquelles fantasmées ? Ou encore de Martha Vine, mère de sept filles qui reçoit régulièrement la visite de fantômes assez polis pour frapper à sa porte ? Pour assagir Cassie la fugueuse, on l'a soumise autrefois à des électrochocs. Elle en a gardé le traumatisme :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " Tu te retrouvais attachée à mordre du caoutchouc, et tu ressentais une secousse et une roue se mettait à tourner, une roue aussi grande que les saisons de l'année, et elle libérait un vent à l'intérieur de ton âme, mais un vent qui avait des dents et qui t'arrachait une petite partie de toi, et hop, disparu, en emportant cette petite partie entre ses dents. (...) Ils ne devraient pas. Ils ne devraient pas avoir le droit d'attacher les gens, de les bâillonner et de faire tourner la grande roue. Ils ne devraient pas."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;En attendant l'orage&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, un personnage déclare à propos d'une romancière internée dans un asile: &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt; "Bien sûr que c'était de la folie. Elle était esquintée. C'est pour ça que je l'aime tant. Les gens esquintés sont les plus beaux. Ils planent si loin au-dessus des autres. Ils tombent de plus haut. En flammes."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est certain que les jeunes femmes "esquintées" qui hantent les romans de Joyce sont aussi attachantes qu'incandescentes. Elles restent des étrangères pour leurs semblables, telle Chrissie l'écorchée vive dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;En attendant l'orage&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Si (Chrissie) ressemblait parfois à une petite fille qui jouait avec le soleil, elle projetait une ombre bien plus longue. Elle avait un regard tourné vers l'intérieur, comme si elle possédait des couches, des échos, inaccessibles aux autres."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Elles sont traversées d'une puissance de vie aussi féconde que dévastatrice. Leur pouvoir sexuel irradie si violemment qu'il aimante les hommes et les terrifie dans un même mouvement, jusqu'à l'impuissance. Leur magie les porte et les transcende, mais peut aussi bien les détruire. Cette ambivalence est exprimée par l'image double de ces "messagers" qui sont des anges et des démons et que Chrissie cherche et redoute à la fois.  On peut aussi y voir une métaphore de cette maternité qui fait se côtoyer de si près la vie et la mort. Les sorcières sont animées d'une vie trop forte, qu'il faut manier avec précaution. Cela s'apprend, il faut beaucoup de temps pour maîtriser la violence des courants électriques qui les traversent. Dans un premier temps elles subissent, elles sont le jouet d'une forme de possession qui les soustrait au monde par instant, les rend inadaptées, peut les envoyer à l'asile. Puis, si elles survivent à cette initiation dangereuse, elles apprennent à diriger ces forces, à les apprivoiser. On ne se fait pas de souci pour la Martha de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Lignes de vie&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; ou pour Maman Cullen dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les limites de l'enchantement&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; : ce sont des femmes âgées animées d'une sagessse profonde et d'une bienveillance lucide. Elles savent. Elles guident. Elles s'inquiètent pour les héritiers de leur don, ceux qui sont trop jeunes pour savoir le manier. Mais tandis que Fern, la protégée de Maman Cullen, est en bien fâcheuse posture, Frank, le petit héros de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Lignes de vie&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, trouve en lui-même bien des ressources pour s'expliquer les bizarreries de son existence, lui qui est élevé tour à tour par ses sept tantes et passe de foyer en foyer, et le pourquoi des voix et des visions qui l'envahissent. Ce qui fera dire à sa grand-mère Martha :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Tu es plus malin que nous, Frank, n'est-ce pas ? Et tu sais pourquoi ? Parce que tu sais que tu n'es pas forcé de les écouter si tu n'en as pas envie, hein, Frank ? (...) Pas comme ta mère et moi. Tiraillées de tous les côtés quand ils essaient d'attirer notre attention. Mais pas toi. Tu choisis lesquels tu veux écouter, hein, Frank ?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RjymNet7RnI/AAAAAAAAAJs/8xcX0ZVxKsw/s1600-h/51RHX5X9BBL.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RjymNet7RnI/AAAAAAAAAJs/8xcX0ZVxKsw/s320/51RHX5X9BBL.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5061102831771797106" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Chrissie d' &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;En attendant l'orage&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, elle, a rencontré un "ange" en la personne de Matt, un jeune homme qui veille sur elle autant qu'elle sur lui. L'amour a pour eux le visage d'une double rédemption, laquelle n'est jamais acquise, tant ils sont soumis à des turbulences. Quant à Fern, elle trouve en elle des ressources insoupçonnées, venues tant de son "héritage" que de ses amis de chair et d'os, une communauté de hippies prêts à la défendre contre les forces régulatrices de la société pour sauvegarder, à travers elle, un peu de cette magie en train de disparaître dans le désenchantement du monde. Il est déjà trop tard et Maman Cullen sera morte avant d'avoir tout transmis à sa protégée, mais comme le dit Fern, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Ce qui se trouve dans notre tête, personne ne peut nous le reprendre."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le monde de Graham Joyce, la magie ressemble à une boule de feu qu'il est périlleux d'accueillir en soi sans y être préparé. Mais si elle semble un cadeau vénéneux, elle n'en est pas moins précieuse. Elle fait de vous le lien vibrant entre le monde et les hommes. Elle vous murmure des secrets de vie et de mort. Elle vous donne accès aux arrières-pensées, au lac troublé d'appréhensions et de rêves qui miroitent sombrement en chacun de nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous invite donc à pénétrer à votre tour ces terres enchantées, et je vous prédis que vous  serez envoûtés comme moi, charmés par ce romancier jeteur de sorts, mal à l'aise et touchés au cœur. Il y a quelque chose du conte de fées déposé dans ces romans : des poignées de cheveux d'or et des incantations, des influences machiavéliques et des gateaux pleins d'amour. Alors, tentés ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vais laisser le mot de la fin à Fern : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Les paroles de Maman me revinrent à l'esprit. Elle disait qu'il faut regarder au-delà de ce qui nous blesse. Ecouter les bruits au-delà des bruits. Et qu'au bout du compte, la douleur finit toujours par s'en aller, et seule reste alors la beauté."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A bientôt !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-3434230280856396633?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/3434230280856396633/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=3434230280856396633&amp;isPopup=true' title='33 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/3434230280856396633'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/3434230280856396633'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/05/sur-les-terres-ensorceles-de-graham.html' title='Sur les terres ensorcelées de Graham Joyce'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rjylz-t7RlI/AAAAAAAAAJc/qiwo6S8FzUs/s72-c/51H1AE2ZCKL.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>33</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-2961142812674937867</id><published>2007-04-13T11:05:00.000+02:00</published><updated>2007-04-13T11:16:56.106+02:00</updated><title type='text'>Seule au monde... ou presque.</title><content type='html'>Bonjour à tous,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste un tout petit mot écrit d'un cybercafé pour vous avertir que depuis hier matin je n'ai plus de ligne téléphonique ni de connexion internet... Après des mois de tourments divers et variés infligés par ma livebox, c'est le pompon ! A cette occasion je réalise à quel point je suis dépendante de vous et de ma boîte email, sans parler du téléphone, Dieu sait que je peste contre sa sonnerie intempestive mais là, me voilà un peu sur l'île déserte du questionnaire (heureusement j'ai mes livres, et au pire je me résignerai à lire toutes les parties de "La Recherche du Temps perdu" que je réservais pour mes vieux jours).&lt;br /&gt; Donc en attendant que j'ai réussi à régler ce problème (ce qui, pour une personne normale représente un souci et pour moi... un challenge, n'ayons pas peur des mots !), je vous demande un peu de patience et vous promets de répondre très vite à vos mails et commentaires. J'espère que la reprise de la connexion coïncidera avec un nouveau billet :-))&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A très bientôt !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-2961142812674937867?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/2961142812674937867/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=2961142812674937867&amp;isPopup=true' title='27 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2961142812674937867'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2961142812674937867'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/04/seule-au-monde-ou-presque.html' title='Seule au monde... ou presque.'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>27</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-8096785833266218660</id><published>2007-03-29T21:35:00.000+02:00</published><updated>2007-04-01T23:48:05.548+02:00</updated><title type='text'>Je lis, tu lisais, il lira...</title><content type='html'>Bonsoir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suite à l'invitation de &lt;a href="http://sachaguitry.canalblog.com/"&gt;Nicolas&lt;/a&gt;, je vais répondre au &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;questionnaire des 4&lt;/span&gt; qui circule à tout va dans la blogosphère. Allez hop, top chrono, c'est parti, on se concentre !&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;LES QUATRE LIVRES DE MON ENFANCE:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt; LES CONTES DES DOUZE FILLES DE LA REINE MAB&lt;/span&gt;, DE JEROME DOUCET&lt;/span&gt; : sur la première page de ce livre est écrit le prénom de ma grand-mère paternelle. Une transmission d'une autre époque, où les petites filles apprenaient à se garder des dangers de la vie au fil des aventures de princesses désobéissantes et aventureuses...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;LES ŒUVRES COMPLÈTES DE LA COMTESSE DE SEGUR&lt;/span&gt; (et oui, moi aussi je compte parmi les nombreuses victimes touchées en plein cœur par Sophie, Blaise, l'âne Cadichon, le cousin Jacques et la pénible Giselle...) : tout particulièrement &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;QUEL AMOUR D'ENFANT!&lt;/span&gt; et&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt; LA SŒUR DE GRIBOUILLE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;... ah, la sœur de Gribouille...  j'ai pleuré des nuits entières sur son destin. Quand j'avais fini la page, je me la relisais pour finir d'écouler mon stock lacrymal. Allez expliquer ça à votre mère qui se demande quel traumatisme vous ravine le visage à 3 heures du mat !&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAXBEqCiCI/AAAAAAAAAI8/K2laFfoiSu8/s1600-h/220313559X.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAXBEqCiCI/AAAAAAAAAI8/K2laFfoiSu8/s200/220313559X.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048560489479702562" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAXJEqCiDI/AAAAAAAAAJE/jvQh6J7-grY/s1600-h/2203135662.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAXJEqCiDI/AAAAAAAAAJE/jvQh6J7-grY/s200/2203135662.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048560626918656050" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;LA SÉRIE DES JUMELLES&lt;/span&gt;, D'ENID BLYTON&lt;/span&gt; : la vie trépidante d'une bande de pensionnaires du collège St Clare, en Angleterre, fuyant le dortoir dès que l'occasion se présente et s'attirant les pires ennuis : un délice ! Vers cette époque j'ai commencé à espérer que mes parents n'en puissent plus de moi et m'expédient en pension. C'est dire si elle est forte, Enid Blyton.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAUK0qCh9I/AAAAAAAAAIU/LCHg-0BgRC4/s1600-h/deux_jumelles_en_pension.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAUK0qCh9I/AAAAAAAAAIU/LCHg-0BgRC4/s200/deux_jumelles_en_pension.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048557358448543698" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;JANE EYRE&lt;/span&gt;,  DE CHARLOTTE BRONTË&lt;/span&gt; : le roman que j'ai le plus relu entre huit et seize ans. Je l'avais dérobé un jour à la maison et comme ce larcin était trop précieux, j'ai attendu cette année pour m'enquérir du nom de celui à qui je l'avais piqué. Il s'est avéré que c'était mon père, hypothèse la moins probable...ou comment apprendre que son papa est un incurable romantique ! Dans ce livre j'ai rencontré mon idéal masculin en la personne d' Edward Rochester. Comme il était pris et surtout (je l'avoue non sans honte) parce qu' il finissait le roman à moitié paralysé et aveugle, avec le temps je me suis fait une raison.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAPmUqChyI/AAAAAAAAAG8/aUsRHbsYLX4/s1600-h/2266083252.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAPmUqChyI/AAAAAAAAAG8/aUsRHbsYLX4/s200/2266083252.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048552333336807202" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;LES QUATRE ÉCRIVAINS QUE JE LIRAI ET RELIRAI ENCORE:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;DONNA TARTT &lt;/span&gt;: parce qu'elle publie un livre tous les dix ans, mais que ça vaut le coup d'attendre...&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAUVEqCh-I/AAAAAAAAAIc/i-6lGfzKY24/s1600-h/2266125338.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAUVEqCh-I/AAAAAAAAAIc/i-6lGfzKY24/s200/2266125338.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048557534542202850" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAUfUqCh_I/AAAAAAAAAIk/5i34nlxDGhM/s1600-h/2266132237.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAUfUqCh_I/AAAAAAAAAIk/5i34nlxDGhM/s200/2266132237.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048557710635862002" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;MURIELLE LEVRAUD&lt;/span&gt; : parce que les écrivains à la fois inventifs, drôles et poétiques ne courent pas les rues. Amis de la rigolade, résistons à la morosité et au nez-qui-coule-de-printemps, lisons Murielle Levraud !&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhASZkqCh5I/AAAAAAAAAH0/XxlmPMOqsA8/s1600-h/2221103289.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhASZkqCh5I/AAAAAAAAAH0/XxlmPMOqsA8/s200/2221103289.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048555412828358546" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;KATE ATKINSON&lt;/span&gt; : parce que &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;DANS LES COULISSES DU MUSÉE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; est un de mes romans préférés et que c'est toujours un plaisir de la retrouver.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhATcUqCh8I/AAAAAAAAAIM/L8Ni0-dkSmc/s1600-h/2253144908.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhATcUqCh8I/AAAAAAAAAIM/L8Ni0-dkSmc/s200/2253144908.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048556559584626626" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;ALICE FERNEY&lt;/span&gt; : parce que depuis &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;L'ÉLÉGANCE DES VEUVES&lt;/span&gt;,&lt;/span&gt; je suis tombée en amour.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhASLEqCh4I/AAAAAAAAAHs/CkkSrkbjOMs/s1600-h/2742704833.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhASLEqCh4I/AAAAAAAAAHs/CkkSrkbjOMs/s200/2742704833.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048555163720255362" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a des tas d'écrivains que je lirai et relirai encore — tels Camus, Steinbeck, Kundéra, Céline ou Balzac — mais j'ai voulu saluer les dames ce soir, et contemporaines s'il vous plaît. Et c'est même pas la journée de la femme ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;LES QUATRE AUTEURS QUE JE N'ACHÈTERAI(OU N'EMPRUNTERAI)PROBABLEMENT JAMAIS PLUS:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;CHRISTIAN JACQ &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;CHRISTINE ANGOT&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;MADELEINE CHAPSAL&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;SEBASTIEN JAPRISOT&lt;/span&gt; (Je ne pourrai jamais plus hélas acheter de livres de Japrisot car il est parti en emportant avec lui tous les romans qu'il n'avait pas écrits, et j'ai déjà tous les autres...)&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAQyEqCh1I/AAAAAAAAAHU/M7ZYXY8GLBM/s1600-h/2070407632.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAQyEqCh1I/AAAAAAAAAHU/M7ZYXY8GLBM/s200/2070407632.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048553634711897938" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAQWkqCh0I/AAAAAAAAAHM/U-l6hPSMTGg/s1600-h/2070362167.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAQWkqCh0I/AAAAAAAAAHM/U-l6hPSMTGg/s200/2070362167.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048553162265495362" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;LES QUATRE LIVRES QUE J'EMPORTERAIS SUR UNE ÎLE DÉSERTE SI ON ME CONTRAIGNAIT MANU MILITARI À M'EXILER SUR UN BOUT DE CAILLOU AU MILIEU DE NULLE PART, EN COMPAGNIE DES ARAIGNÉES ET DES MOUSTIQUES:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;DANS LA MAIN DU DIABLE, d' ANNE-MARIE GARAT&lt;/span&gt;, parce que j'en ai lu beaucoup de bien et que c'est un pavé... Miam !&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhARo0qCh3I/AAAAAAAAAHk/B_ubH8KlUts/s1600-h/2742760512.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhARo0qCh3I/AAAAAAAAAHk/B_ubH8KlUts/s200/2742760512.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048554575309735794" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;NOS PLUS BEAUX SOUVENIRS&lt;/span&gt;, DE STEWART O'NAN&lt;/span&gt;, parce que je suis une lectrice assidue depuis "Le nom des morts".&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAcyUqCiEI/AAAAAAAAAJM/oTrNIcQajNM/s1600-h/2757801929.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAcyUqCiEI/AAAAAAAAAJM/oTrNIcQajNM/s200/2757801929.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048566833146398786" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;RONDE DE NUIT&lt;/span&gt; DE SARAH WATERS&lt;/span&gt; : parce qu'elle peut décider de m'emmener partout, Sarah, de la prison de Millbanks à l'Angleterre du Blitz, je la suis !&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhARLUqCh2I/AAAAAAAAAHc/zfEOLF3RLms/s1600-h/2207258149.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhARLUqCh2I/AAAAAAAAAHc/zfEOLF3RLms/s200/2207258149.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048554068503594850" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;HISTOIRE DE PENDENNIS&lt;/span&gt;, DE THACKERAY&lt;/span&gt;, parce que si j'ai un faible pour les "Néovictoriens", j'aime aussi beaucoup les Victoriens-D'Origine-Contrôlée, et que Thackeray est un des plus caustiques et des plus talentueux.&lt;br /&gt;   &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rg_x7kqChmI/AAAAAAAAAFc/_GKYXs7CuJw/s1600-h/2849670146.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rg_x7kqChmI/AAAAAAAAAFc/_GKYXs7CuJw/s320/2849670146.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048519713060193890" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous noterez que j'ai été maligne : que des romans que je n'ai pas lus, et que des pavés. A moi l'île déserte ! Cela dit c'est un risque calculé que j'ai pris car parmi ces quatre romanciers, il n'y en a qu'une (Anne-Marie Garat) que je ne connais pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;LES QUATRE PREMIERS LIVRES DE MA LISTE À LIRE:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Ô VERLAINE&lt;/span&gt; DE JEAN TEULÉ&lt;/span&gt;, parce que &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;JE, FRANCOIS VILLON&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; m'a conquise et que c'est le nouvel &lt;a href="http://groups.msn.com/chatsdebiblio/"&gt;Aristochat&lt;/a&gt; !&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAU5kqCiAI/AAAAAAAAAIs/5Yb8iOsvxLc/s1600-h/2266157302.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAU5kqCiAI/AAAAAAAAAIs/5Yb8iOsvxLc/s200/2266157302.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048558161607428098" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;OUEST&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;DE FRANÇOIS VALLEJO&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; parce qu'il a installé son roman en plein dix-neuvième siècle français et que les premières pages m'ont envoûtée.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhATBkqCh7I/AAAAAAAAAIE/6BAG305Kqso/s1600-h/2878582357.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhATBkqCh7I/AAAAAAAAAIE/6BAG305Kqso/s200/2878582357.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048556100023125938" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;EN ATTENDANT L'ORAGE&lt;/span&gt; DE GRAHAM JOYCE&lt;/span&gt; : Je reparlerai de ce monsieur très talentueux un jour prochain.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAVtEqCiBI/AAAAAAAAAI0/YmFXDRSf4ps/s1600-h/291554963X.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAVtEqCiBI/AAAAAAAAAI0/YmFXDRSf4ps/s200/291554963X.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048559046370691090" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;LES OMBRES&lt;/span&gt;, DE NEIL JORDAN&lt;/span&gt;, parce qu'on peut être un excellent cinéaste ET un véritable écrivain. Mais il paraît qu'il ne joue pas très bien au foot. Ça console.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhASvkqCh6I/AAAAAAAAAH8/hysw3f8ge00/s1600-h/287929469X.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhASvkqCh6I/AAAAAAAAAH8/hysw3f8ge00/s200/287929469X.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5048555790785480610" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;LES QUATRE X QUATRE DERNIERS MOTS D'UN DE MES LIVRES PRÉFÉRÉS &lt;/span&gt;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"— Nous y sommes, dirent-ils en chœur.&lt;br /&gt; ... Dirent-ils. Les maladroits.&lt;br /&gt; Alors bien sûr, ils disparurent."&lt;/span&gt; ( &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Murielle Levraud, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;N'allez pas croire que l'herbe soit plus verte... elle est plus loin et puis c'est tout&lt;/span&gt;.)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LES QUATRE LECTEURS/LECTRICES DONT J'AIMERAIS CONNAÎTRE LES QUATRE :&lt;br /&gt; &lt;a href="http://safran-atelier.hautetfort.com/"&gt;La Trollette&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://nziem2.over-blog.com/"&gt;Nziem&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://nathaliesalvi.hautetfort.com/"&gt;Flam&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://blog.maudoune.com/index.php/"&gt;Doune&lt;/a&gt; ! Au piquet, les filles !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-8096785833266218660?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/8096785833266218660/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=8096785833266218660&amp;isPopup=true' title='42 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/8096785833266218660'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/8096785833266218660'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/03/je-lis-tu-lisais-il-lira.html' title='Je lis, tu lisais, il lira...'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RhAXBEqCiCI/AAAAAAAAAI8/K2laFfoiSu8/s72-c/220313559X.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>42</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-7820586605935471686</id><published>2007-03-27T21:10:00.000+02:00</published><updated>2007-04-01T17:23:15.237+02:00</updated><title type='text'>Une fois n'est pas coutume !</title><content type='html'>Bonjour à tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui c'est un billet un peu différent que je poste. D'ordinaire je n'aime pas trop parler de moi et en particulier sur ce café, pour une raison très simple : j'ai pour habitude de parler de grands auteurs, d'écrivains confirmés que j'admire infiniment, de "pointures", alors vous admettrez que dans ce contexte, parler de mes débuts littéraires me semblait plutôt inapproprié !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Mais voilà, mon premier roman vient de paraître, ce qui aurait dû constituer un non-événement pour toute personne ne faisant pas partie de ma famille et de mes proches, lesquels ont été forcés d'acheter le livre à la première heure sous la menace d'un revolver, je n'en suis pas fière mais les temps sont durs pour les premiers romans... bref à ma grande surprise (je ne parlerai pas de l'émotion dont je me relève à peine), plusieurs blogs amis ont fait à mon roman tout intimidé un accueil chaleureux dont j'espère, il saura se montrer digne ! (On sent que j'angoisse un brin, là ?)&lt;br /&gt; Quand vous écrivez un livre et que, par un mélange d'entêtement et de chance, vous parvenez à le faire publier, personne ne vous attend, personne n'a besoin de vous. C'est à la fois une consécration et une expérience de dépossession et d'impuissance, car tout vous échappe à commencer par ce roman dont vous avez pris soin pendant des mois, des années, et pour lequel vous ne pouvez plus rien. Qu'il rencontre des lecteurs ou vive sa vie dans l'indifférence générale, c'est son destin fragile, incertain, mystérieux. Il est jeté dans la mer des livres avec tous ses semblables et allez savoir s'il sait nager ! Alors je me suis dit que ce n'était pas juste de ne pas remercier tous ceux et celles dont les encouragements et les félicitations me sont allés droit au cœur. Ils sont comme ces amis qui viennent voir le bébé à la maternité et vous rassurent : non, il n'est pas si laid, son nez n'est pas en patate et si ça se trouve, ses oreilles vont se recoller à la puberté. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Alors d'abord je voudrais saluer bien bas et de tout mon cœur une jeune illustratrice extrêmement douée, &lt;a href="http://imagesmouvantes.blogspot.com/"&gt;Letizia Goffi&lt;/a&gt; , qui a eu la gentillesse de proposer au pied levé de me faire une couverture dont je n'aurais pas osé rêver. Sans ta couverture superbe, Letizia, mon roman ne serait pas le même ! Tu as un grand talent et je peux te dire que tous les gens qui me parlent du roman s'enthousiasment pour sa couverture...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RglhRp9It8I/AAAAAAAAAFA/arWcIbD3gC8/s1600-h/2221108205.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RglhRp9It8I/AAAAAAAAAFA/arWcIbD3gC8/s320/2221108205.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5046671813393299394" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Ensuite je tiens à remercier les blogueurs qui ont courageusement commandé une histoire bretonne dont les héros ont des prénoms à coucher dehors avant même de savoir si elle allait leur plaire, et bien sûr ceux et celles qui m'ont fait devenir écarlate en parlant de mon roman. J'espère que vous n'hésiterez pas à venir me confier ce que vous en pensez et à râler si vous ne l'avez pas aimé : j'assure le service après vente. Un merci tout particulier donc à &lt;a href="http://sebhayez.blogspot.com/"&gt;Slumblogger&lt;/a&gt;, à &lt;a href="http://ya-dla-joie.over-blog.com/"&gt;Choupynette&lt;/a&gt;, à &lt;a href="http://lamaisondevie.blogspot.com/"&gt;Lamousmé&lt;/a&gt; , à &lt;a href="http://safranboudoir.canalblog.com/"&gt;La Trollette&lt;/a&gt;, à &lt;a href="http://nziem2.over-blog.com/"&gt;Nziem&lt;/a&gt;, à &lt;a href="http://kikimundo.over-blog.com/"&gt;Mr Kiki&lt;/a&gt;, à &lt;a href="http://mayiii.blogspot.com/"&gt;May&lt;/a&gt;, à &lt;a href="http://groups.msn.com/chatsdebiblio/"&gt; la Meute des Chats de bibliothèque&lt;/a&gt; , à &lt;a href="http://aturtleinakitchen.blogspot.com/"&gt;ma petite sœur chérie la Turtle&lt;/a&gt; et bien sûr à &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/"&gt;Thom &lt;/a&gt; et à &lt;a href="http://blogclarabel.canalblog.com/"&gt;Clara&lt;/a&gt;! Je suis encore rouge à cause de vous mais ce n'était quand même pas une raison pour ne pas vous rendre un hommage, à vous qui encouragez les petites nouvelles en littérature et m'avez donné l'impression délicieuse d'être conviée non pas à un, mais à plusieurs anniversaires surprise ! (les potes qui gaffent en moins)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je rentre juste du Salon du Livre et je veux aussi remercier les lectrices et les blogueuses qui m'ont permis de me sentir moins seulette à mon stand, au premier rang desquelles mes chères &lt;a href="http://blog.maudoune.com/index.php/"&gt;Doune&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://safranboudoir.canalblog.com/"&gt;La Trollette&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://livrovore.over-blog.com/"&gt;Livrovore&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://lesjardinsdhelene.over-blog.com/"&gt;Laure &lt;/a&gt;dont j'ai pu faire la connaissance. Suite à des cafouillages divers et des problèmes d'agenda j'en ai raté certaines à mon grand regret, mais ce n'est que partie remise et j'espère pouvoir un jour réunir May, &lt;a href="http://lestempsperdus.blogspot.com/"&gt;Wictoria&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://lepetitboudoirdelamousme.blogspot.com/"&gt;Lamousmé&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://lejournaldeaudreyhepburn.blogspot.com/"&gt;Audrey H.&lt;/a&gt; et d'autres encore pour une petite fiesta nettement plus conviviale que les dédicaces !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je n'oublie pas tous ceux et celles qui m'ont inscrite dans leur PAL (grand honneur fait à mon premier né littéraire, j'espère qu'il se conduira bien et ne bavera pas trop sur les autres livres), parmi lesquelles &lt;a href="http://lireouimaisquoi.over-blog.com/"&gt;Yueyin&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://blogclarabel.canalblog.com/"&gt;Clara&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://lillyetseslivres.canalblog.com/"&gt;Lilly&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://carnetslecture.canalblog.com/"&gt;Lhisbei&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://www.leslecturesdeflorinette.com/"&gt;Florinette&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Comme je ne savais pas trop comment conclure ce billet, je me suis creusé la tête et j'ai trouvé : je vais vous conter quelques menus "aléas" de la vie d'auteur de premier roman au &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Salon du livre&lt;/span&gt; afin d'égayer un brin votre fin de soirée. Car bon, à une première dédicace quand votre roman est tout neuf, que peu de gens l'ont lu et que vous êtes inconnue au bataillon, autant vous dire qu'on n'attrape pas de crampe du stylo...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Dans un premier temps, on vous installe en devanture d'un stand et c'est un peu effrayant car soudain, vous ne voyez pas bien qui aurait l'idée saugrenue de venir vous voir vous alors qu'il y a un parterre de sommités littéraires et que &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/article-5890265.html"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Blandine Le Callet&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, pour ne citer qu'elle, dédicace non loin. Cette impression se confirme rapidement quand au bout d'un bon quart d'heure, vous avez été accostée par :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Une personne qui vous demande où sont les toilettes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Une famille qui aimerait savoir à quelle heure dédicace &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Marc Lévy&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Une dame qui vous soumet à un quizz sur l'histoire de votre maison d'édition bourré de questions pièges, pour finir par vous demander sèchement s'il "y a des fautes dans votre livre". Vous lui répondez avec angoisse que vous espérez que non mais que les coquilles sont sournoises et que les plus têtues résistent à cinq relectures et corrections, on vous a parlé de cette espèce mutante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Un monsieur qui vous demande longuement de quoi parle votre livre avec l'air profondément sceptique du client à qui on vanterait une vache kiri à boire, et qui repart ensuite comme il est venu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — L'auteur, au demeurant charmant, d'un livre sur l'astrologie karmique, qui s'enquiert poliment de votre signe astrologique. Vous êtes tentée de lui donner la date de naissance du livre, pour voir si son avenir est de finir dans les bacs à soldes des libraires d'occasion avec des vieux Guy des Cars cornés et un Gaffiot de trente ans d'âge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ici je dois dire ma reconnaissance à mes éditeurs (deux frères, même pas jumeaux) qui sont venus me soutenir pendant ma petite traversée du désert, me faire rire et partager certains moments pittoresques !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Quand enfin, après toutes ces rencontres, je suis tombée sur une charmante lectrice de mon café qui avait peur de me déranger en me demandant une dédicace, ce n'est que par pudeur que je ne l'ai pas embrassée ! Quand une dame est venue me dire timidement qu'elle avait commencé mon livre et le lisait avec plaisir, je me suis sentie récompensée de tout le mal qu'il m'avait parfois donné, ce chien de roman. Quand des amis d'enfance ont fait le voyage avec leurs enfants en bas âge, au milieu d'un salon noir de monde, rien que pour moi, je me suis dit que j'avais bien de la chance d'avoir des amis aussi sympathiques. Quand des blogueuses ont surgi et m'ont fait marrer avec leur enthousiasme communicatif, leur gentillesse (un grand merci, Laure!) et leur humour imparable (oui ma Trollette, tu peux te sentir visée !), j'ai pensé que tout compte fait, c'était un bon moment, cette dédicace. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Après tous ces jolis moments, j'étais regonflée à bloc et toute prête à renseigner quiconque cherchait la cafétéria ou le stand de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Bernard Werber&lt;/span&gt;, ou encore me ferait subir un QCM digne de Questions pour un Champion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  J'ignore si on me réinvitera au Salon du Livre pour le prochain roman (même si je pense que j'y ai un bel avenir en tant que borne de renseignements automatique), mais d'ores et déjà je vous sais gré d'avoir fait de cette épreuve d'humilité (et de solitude) de la première dédicace un vrai bon souvenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  A bientôt !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;P.S : pour de sombres raisons de problème informatique (sanglots contenus) je vais rendre vos liens actifs un par un mais patience, ils y seront tous au final. (et ça en fait, des liens !)&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-7820586605935471686?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/7820586605935471686/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=7820586605935471686&amp;isPopup=true' title='74 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/7820586605935471686'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/7820586605935471686'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/03/une-fois-nest-pas-coutume.html' title='Une fois n&apos;est pas coutume !'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RglhRp9It8I/AAAAAAAAAFA/arWcIbD3gC8/s72-c/2221108205.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>74</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-6549706636490613534</id><published>2007-03-14T11:39:00.000+01:00</published><updated>2007-03-15T07:51:22.552+01:00</updated><title type='text'>Sherlock Holmes vs Laszlo Kreizler</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me revoilà. J'étais sur les traces de deux détectives hors pair et ma traque vient de trouver son terme. Je suis épuisée, je vais, si vous le permettez, m'installer dans mon vieux fauteuil et me faire un thé brûlant. Le voyage a été long et fatigant, de Londres à New York, sans parler de l'énergie qu'il faut pour remonter les siècles ! Les deux personnages que j'ai pourchassés sont complexes et farouches et il m'a été impossible de les convaincre de sortir de leur tanière, même si j'en avais le projet. L'un n'a que faire de la sociabilité, seules quelques énigmes parviennent encore à le déloger de son repaire et à l'arracher à son tabac et à son coin du feu... l'autre est débordé, son Institut l'occupe à plein temps quand il n'est pas au tribunal, occupé à contredire un juge qui préfèrerait que tous les meurtriers soient envoyés à l'asile. &lt;br /&gt;Pourquoi, me direz-vous, me suis-je donnée ce mal ? Tout a commencé alors que je lisais le dernier livre de Caleb Carr, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le secrétaire italien&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Les romans de Carr sont si rares que je les attends avec impatience. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgf1kKD_zI/AAAAAAAAAEg/ZJ5ffz6F6ro/s1600-h/9782258069114.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgf1kKD_zI/AAAAAAAAAEg/ZJ5ffz6F6ro/s320/9782258069114.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041814787940679474" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là, mon excitation était double : cette fois le romancier s'attelait à une aventure du plus célèbre détective de tous les temps, domicilié au 221 B, Baker Street. Voilà qui était enthousiasmant. Une aventure inédite de Sherlock Holmes, mêlant la monarchie britannique à une histoire de fantômes remontés du temps de la reine Marie Stuart... le cadre était pittoresque, cette résidence écossaise de la Couronne appelée Holyrood, avec sa tour maudite, ses sous-sols ténébreux...&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgduEKD_uI/AAAAAAAAAD4/y0nh9wvFdDU/s1600-h/holyrood.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgduEKD_uI/AAAAAAAAAD4/y0nh9wvFdDU/s320/holyrood.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041812460068404962" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; je dois dire que la lecture en fut agréable, d'autant que Mycroft Holmes, frère du célèbre détective, était de la partie. Mais quelque chose en moi resta sur sa faim. Rien à faire, j'étais déçue. Pourtant tout y était, de la pipe de Sherlock au déchiffrage des énigmes, de l'enquête sur le terrain (et quel terrain !) au talent d'un fin limier excité par le mystère. Avec, qui plus est, un soupçon de surnaturel, tout droit hérité du &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Chien des Baskerville&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, pour pimenter l'ensemble, ce qui n'était pas désagréable. Alors, que se passait-il ? Caleb Carr avait parfaitement rempli sa mission (car ce roman est une commande des héritiers de Conan Doyle). &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Trop&lt;/span&gt; parfaitement, peut-être. Il me semblait qu'il s'était lui-même serré la bride, tant il voulait donner satisfaction à ses commanditaires. Peut-être est-ce l'éternel problème des héritiers, ceux qui s'emploient à faire revivre un personnage célèbre : coller le plus possible au modèle. Alors qu'il faudrait sans doute, pour créer une œuvre excitante, trahir sans vergogne le monument qu'on revisite, l'ébouriffer, le transplanter en territoire étranger, le désorienter afin d'explorer d'autres facettes du personnage. Mais que serait Holmes sans Baker Street, sans Watson, sans ses habitudes ?&lt;br /&gt;Dans la postface, Jon Lellenberg, à l'origine du projet (qui était de faire plancher plusieurs écrivains réputés sur des nouvelles qui confronteraient Sherlock Holmes au surnaturel, initiative intéressante), comparait le détective de Baker Street à Laszlo Kreizler, l'aliéniste enfanté par Caleb Carr dans les deux romans qui l'ont consacré, à juste titre. Lellenberg montrait que  si un regard rapide eût volontiers rapproché les deux hommes, et si on pouvait voir en Caleb Carr un héritier de Conan Doyle, en réalité les deux personnages se seraient très mal entendus, car leurs dissemblances étaient aussi nombreuses que profondes.&lt;br /&gt;Je trouvai cette idée si réjouissante que je résolus de relire les livres de Carr pour la creuser un peu. Peut-être allais-je ainsi découvrir la raison de ma frustration à la lecture du &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Secrétaire Italien&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Car je ne voulais pas être injuste envers &lt;a href="http://www.salon.com/books/int/1997/10/04/cov_si_04carr/index.html"&gt;Caleb Carr&lt;/a&gt;, cet écrivain qui confesse "vivre en partie dans le passé", et n'écrire que sous le coup de la colère. La colère est une qualité primordiale pour tout individu, et un combustible rare et précieux pour un romancier. J'aime beaucoup cet auteur et mon admiration n'a fait que croître à la relecture de ces deux bijoux que sont &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;l'Aliéniste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;l'Ange des ténèbres&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout d'abord, faisons les présentations : Sherlock Holmes est détective privé et vit avec son vieux complice le docteur Watson. Laszlo Kreizler est aliéniste, à savoir spécialiste des fous. Il travaille en général en solitaire, mais lorsqu'il se retrouve mêlé à une enquête, il constitue une équipe de choc. Laissons-le définir lui-même son activité usuelle :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Je suis aliéniste et psychologue. Je travaille en cette capacité dans la plupart des hôpitaux de New York. Je procède aussi à des évaluations de santé mentale pour la municipalité quand on me le demande, et je comparais comme expert dans des procès."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Holmes est donc un limier de profession quoiqu'il aime à se définir comme un "amateur d'énigmes", et Kreizler un consultant, un spécialiste. C'est d'ailleurs en tant que consultant que Théodore Roosevelt, préfet de la police new yorkaise, fait appel à lui au début de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;l'Aliéniste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, en 1896. Bientôt, Kreizler va élargir son activité et mobiliser ses compétences pour traquer un tueur en série.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgfh0KD_yI/AAAAAAAAAEY/OcV_tisAcZA/s1600-h/Alieniste.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgfh0KD_yI/AAAAAAAAAEY/OcV_tisAcZA/s320/Alieniste.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041814448638263074" /&gt;&lt;/a&gt; Mais ce n'est pas son domaine d'activité, aussi agira-t-il avec la plus grande prudence, n'écartant une piste qu'après l'avoir soigneusement explorée. Holmes, en revanche, sait généralement très tôt quel criminel il traque (dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Chien des Baskerville&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, par exemple, le coupable est identifié près de 100 pages avant la fin), et son habileté consiste à l'enserrer peu à peu dans un filet aux mailles de plus en plus serrées, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus lui échapper. Technique qui rappelle celle du chasseur.&lt;br /&gt;On a souvent parlé d'une certaine misogynie chez Holmes, de son tempérament associal, taciturne, caustique, de son indifférence pour les passions humaines et les affects. La fonction de l'empathie est dévolue à John Watson, lequel est aussi le faire-valoir de Holmes (bien qu'on ne puisse le réduire à cela, car ses connaissances médicales sont une aide précieuse pour le détective), ridiculisé plus souvent qu'à son tour par son ami. Il est celui qui tremble, qui souffre, qui s'emporte, est choqué ou bouleversé. Holmes offre peu de prises à l'affection. Il n'est pas aimable, il n'est jamais touchant et avoue, dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;L'Aventure du Pied du Diable&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, n'avoir jamais aimé. C'est un être froid, que seules réchauffent l'adrénaline, l'excitation du mystère et du danger. Son jugement se pose sans réserve sur les êtres, acéré comme un scalpel. Il était évident que les femmes, ces êtres que le XIXème siècle définit comme gouvernés par leurs affects et leur utérus, ne pouvaient qu'indisposer le détective...&lt;br /&gt;Laszlo Kreizler est son opposé : chaleureux et affectif, il aime les enfants, auprès desquels il fait merveille. Il s'entoure d'amis chers, il travaille en équipe, et quelle équipe : si les enquêtes de Holmes ignorent les minorités et les marginaux,  les coéquipiers de Kreizler semblent avoir été choisis sur ce critère : parmi eux, un grand Noir qui a vu lyncher ses parents (Cyrus Montrose), un journaliste excessif et porté sur l'alcool (John Schuyler Moore), deux sergents de police juifs (Marcus et Lucius Isaacson), un ancien voyou (Stevie Taggert) et surtout une femme, Sara Howard, fine gâchette et tellement indépendante qu'on ne lui connaît pas la moindre histoire d'amour. En cela elle est l'héritière plus accomplie de la &lt;a href="http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/06/sur-les-traces-de-dracula-episode-2.html"&gt;Mina Murray&lt;/a&gt; de Bram Stocker. Et si Laszlo Kreizler confesse une certaine ignorance concernant la psychologie féminine (et l'auteur s'amusera à le confronter à des féministes pures et dures) et quelques œillères, les romans en eux-mêmes sont profondément féministes, et Sara Howard est traitée en alter ego par ses accolytes mâles. Ainsi, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;l'Ange des Ténèbres&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; traite de la difficulté des femmes forcées de se conformer à l'idéal de la mère nourrissière. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfghYkKD_1I/AAAAAAAAAEw/pATp6t6QU3U/s1600-h/2266092758.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfghYkKD_1I/AAAAAAAAAEw/pATp6t6QU3U/s400/2266092758.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041816488747728722" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces différences de tempérament se retrouvent aussi dans ce que j'appellerais "l'art de vivre". Chez Holmes, tout est dévolu à l'activité cérébrale, y compris le tabac, qui avant même d'être un plaisir est surtout un moyen de stimuler le cerveau par la nicotine. Pendant une enquête, le détective mange le moins possible, et ne dort que lorsque son esprit a besoin de repos. L'excitation intellectuelle semble être son seul plaisir dans l'existence et on se demande comment Watson peut vivre dans cet appartement qu'il décrit plus d'une fois comme un genre de grotte. Alors que Laszlo Kreizler, dopant son équipe, leur promet qu'ils mangeront bien. Et on les voit sans cesse chez Delmonico, savoureux restaurant new yorkais, disserter de meutres en série en s'empiffrant tandis que défilent un nombre stupéfiant de plats raffinés. Ils vont à l'Opéra, prêtent toujours la plus grande attention à leur confort, et autant vous dire que je préfèrerais de très loin mener une enquête avec le docteur Kreizler plutôt qu'avec Sherlock Holmes ! Si les romans de Caleb Carr célèbrent l'art de vivre, comme la série &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Twin Peaks&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, par exemple, ça n'a rien d'un détail : car les meurtres qu'ils mettent en scène sont si hideux que c'est peut-être cette chaleur du confort matériel et de l'amitié qui permettent au lecteur de les supporter. De même, dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Twin Peaks&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, les séances de brainstorming entrecoupées de bon café et de beignets, les délicieuses tartes aux myrtilles et les lits douillets aident à affronter la noirceur sans nom qui gîte derrière les apparences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'un strict point de vue physique, Sherlock Holmes et Laszlo Kreizler ont des ressemblances évidentes : tous deux sont grands et maigres avec un regard d'oiseau de proie, comme si l'intensité de leur activité cérébrale les asséchait. Mais si Holmes est, de son propre aveu, une "force de la nature", toute en muscles et en énergie, Kreizler est affligé d'une blessure d'enfance qui le fait constamment souffrir : son bras gauche, fracturé quand il avait 6 ans, est atrophié, à la fois inutile et douloureux. Ainsi dès le départ Kreizler révèle une faiblesse issue de son enfance, là où Sherlock Holmes ne présente aucun talon d'Achille, à l'exception de son addiction à l'opium et au tabac, qui n'exercent aucun ravage manifeste sur sa constitution.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgd60KD_vI/AAAAAAAAAEA/qjZx3tBzUXI/s1600-h/sherlock+selon+paget.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgd60KD_vI/AAAAAAAAAEA/qjZx3tBzUXI/s320/sherlock+selon+paget.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041812679111737074" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Ils sont tous deux issus de familles riches et vivent une vie confortable, mais Holmes est un homme sans histoire personnelle dont l'enfance est un mystère, alors que le passé douloureux de Kreizler se dévoile peu à peu au cours des romans ; car au fur et à mesure que les enquêtes progressent, l'aliéniste est confronté à ses limites et à son manque de confiance en lui. Ces failles font ressurgir la figure de son père, un réfugié politique allemand. Membre éminent et respecté de la bonne société new yorkaise, ce dernier était un homme violent et tyrannique dans la sphère privée, qui avait son fils en aversion et lui cassa le bras quand il était enfant, avant de le pousser à coups de pieds dans l'escalier. Cet épisode clé est mis au jour dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;l'Aliéniste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; par Sara Howard (membre de choc de l'équipe d'enquêteurs de Kreizle) mais il demeurera confidentiel. Cependant, le docteur Kreizler se sert parfois de cette violence subie dans l'enfance pour gagner la confiance des victimes qu'il soigne dans son institut, tel le jeune Stevie Taggert, maltraité par sa mère lorsqu'il était mioche. Son passé meurtri est sûrement à l'origine de sa vocation, laquelle le pousse à tenter sans relâche de comprendre les ressorts de la violence et des pulsions meurtrières. Mais le père est surtout, comme celui de &lt;a href="http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/02/dennis-lehane-crivain-des-tnbres.html"&gt;Patrick Kenzie&lt;/a&gt;, l'image haïe contre laquelle s'est construit l'aliéniste. Une image qui revient le hanter quand il doute et lui sussurre qu'il a échoué, et qu'il lui ressemble... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Nous restâmes un long moment immobiles et silencieux, jusqu'à ce qu'il marmonne, de la même voix sans vie :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — Tu sais... mon père... [...] Tu sais ce qu'il me répétait tout le temps, quand j'étais enfant ?&lt;br /&gt; — Quoi ?&lt;br /&gt; — Que... que je croyais savoir comment les gens doivent se conduire, que je m'imaginais meilleur que lui. Mais un jour, un jour, disait-il, tu comprendras que tu ne vaux pas mieux. Et d'ici là, tu ne seras qu'un... qu'un imposteur."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est le fossé le plus profond entre l'aliéniste et le détective anglais : en effet Holmes n'a que faire de la psychologie des criminels. Il ne veut pas en entendre parler. Il s'attache aux preuves matérielles, procède par induction logique. Entrer dans le cerveau d'un malfaiteur, pour lui, ce serait sans doute s'égarer en un lieu malséant. Holmes ne passe jamais le gué qui sépare la loi et la morale du crime et de la perversion. C'est de son territoire à lui qu'il enquête, privilégiant la réflexion domestique à l'enquête sur le terrain, et la preuve au détriment de l'aveu. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;La Vallée de la Peur&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, qui n'est pas sa meilleure aventure mais sans doute celle où on en apprend le plus sur lui, on trouvera même un long passage surréaliste où Holmes refuse de prendre les confessions des deux suspects, s'écriant à deux reprises : &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Pas de confidences !"&lt;/span&gt;. Du reste, il ne s'occupe presque jamais de meurtres, et ce n'est pas un hasard si la plus grande enquête de l'époque victorienne, la traque de Jack l'éventreur, celle-là même où les facultés de Holmes auraient fait merveille, n'apparaît jamais dans l'œuvre de Conan Doyle. Car son personnage privilégie, en tant que détective privé, les histoires de chantages, de manipulations, d'adultères ou de vols. Ce n'est pas tant le crime qui le fascine que l'énigme elle-même. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgeN0KD_wI/AAAAAAAAAEI/_7fJEEproZA/s1600-h/sherlock+working.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgeN0KD_wI/AAAAAAAAAEI/_7fJEEproZA/s320/sherlock+working.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041813005529251586" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La méthode de Kreizler est radicalement différente. Dès le départ, le meurtrier qu'il veut arrêter est pour lui comme ces silhouettes à la craie dessinées sur les lieux du crime : ses contours renferment le vide, un vide qu'il va falloir remplir à l'aide d'une craie sur un tableau noir. La craie symbolise les erreurs qui jalonneront la quête. Alors que dans les enquêtes de Holmes, la vedette reste toujours le détective et ses fascinantes facultés mentales, dans les romans de Carr on assiste véritablement à la naissance d'un personnage, qui peu à peu s'étoffe et se met à exister jusqu'à prendre chair devant nos yeux : le tueur, ou la tueuse. Je n'ai jamais vu de thriller ou de roman policier où on accordait autant d'importance au meurtrier, au point que sa personnalité nous hante encore après avoir refermé le livre, et au point d'éclipser tous les enquêteurs. Kreizler crée donc un "homme imaginaire" sur un tableau noir. Peu à peu, indices physiques et psychologiques en deviennent la chair et le sang, la silhouette prend corps. Le but est d'arriver à connaître si bien le tueur qu'il deviendra naturel de deviner quel métier il exerce et où il vit. Mais pour ce faire, il faut se départir de ses a priori et se montrer le plus objectif possible. Ce n'est pas un monstre que l'on traque mais un individu tourmenté, dévoyé, que l'on cherche à cerner :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt; "Kreizler souligna qu'il ne nous avancerait à rien de concevoir notre gibier comme un monstre, parce que c'était à n'en pas douter un homme (ou une femme) qui avait été un enfant. Avant tout, il fallait apprendre à connaître cet enfant, ses parents, ses frères et sœurs, son monde. Il ne servait à rien de parler de mal, de sauvagerie ou de folie ; aucun de ces concepts ne nous rapprocherait de lui. Alors que si nous réussissions à prendre l'enfant qu'il avait été dans les rêts de notre imagination, c'est l'homme lui-même que nous capturerions." &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kreizler ne croit pas au Mal en tant que tel. Il ne jure que par le "contexte" : ce sont des évènements donnés, généralement tôt dans son enfance, qui transforment peu à peu un individu donné en meurtrier. Ainsi faut-il refaire le chemin et déterminer quels sont ces virages de l'existence pour comprendre ce qui le pousse à tuer. Le libre-arbitre, naturellement, existe, mais il n'a qu'un rôle secondaire puisque tout dépend des cartes de départ, lesquelles sont très inégalement distribuées.&lt;br /&gt;En revanche, Holmes a une conception très judéo-chrétienne du crime, même s'il n'est pas croyant. Ainsi son célèbre adversaire le professeur Moriarty n'est pas un génie du crime mais un &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"génie du Mal"&lt;/span&gt;. Sherlock Holmes est sans cesse confronté au Mal comme entité, et ce Mal regroupe toutes les forces qui menacent la société. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;L'Illustre Client&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, il va même jusqu'à se rejouir de la destruction physique atroce de son adversaire, en appelant au &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Salaire du péché"&lt;/span&gt;. Par conséquent, Holmes enquête régulièrement à charge avec une idée précise de l'identité du criminel (comme dans la nouvelle susmentionnée, justement), et sa traque ne vise qu'à remplir le dossier d'accusation et cerner sa proie, quand Kreizler s'efforce de ne pas laisser son aversion personnelle pour les meurtres interférer dans son enquête, et de cheminer sans arrière-pensée en essayant  de comprendre sans juger (car tout jugement fausserait son regard et dresserait des barrières entre le meurtrier qu'il s'efforce de rejoindre et lui) : &lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Ainsi, la guerre avait été déclarée à notre ennemie, conclut Mr Moore, et de vivre voix. Le docteur lui rappela aussitôt que [la] considérer comme notre "ennemie" n'aiderait pas notre enquête. Si nous voulions comprendre ce qui l'avait poussée à commettre ses actes de violence passés et présents — de façon à pouvoir deviner ses plans —, nous devions cesser de lui accoler l'image de servante du Diable."&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De cela il découle une autre différence de taille entre les deux enquêteurs : Sherlock Holmes est respecté et redouté. Partout où il se rend, sa renommée le précède. Il veille au bon fonctionnement de la société britannique, traque les contrevenants et fait reculer l'angoisse en éclairant les énigmes du halo brillant de sa réflexion logique. Il incarne la victoire de la science et de la rationnalité sur les forces perverses qui égarent les esprits. Comme Watson consigne au fur et à mesure ses aventures et les rend publiques, sa gloire enfle au fil des enquêtes, si bien qu'il en vient à se mettre lui-même en scène, se laissant prendre au jeu de son personnage, ce qui donne lieu à des passages réjouissants :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Watson revient toujours sur un thème qui lui est cher : il déclare que dans la vie réelle je suis un dramaturge. Il y a en moi une certain veine artistique qui me réclame avec insistance sur la scène. Notre profession (...) serait bien terne, bien sordide, si nous ne procédions pas de temps en temps à une savante mise en scène pour glorifier nos résultats. L'inculpation brutale, la main au collet, que peut-on faire d'un pareil dénouement ? Mais la subtile déduction, le piège malin, l'habile prévision des évènements à venir, le triomphe vengeur des théories les plus hardies, tout cela n'est-il pas la fierté et la justification du travail de notre vie ?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Laszlo Kreizler, en revanche, vient ébranler les fondements de la société américaine de la fin du XIXème siècle : les piliers de cette société ne lui pardonnent pas de leur expliquer que les pires démons naissent dans le nid respectable des familles, ou que les monstres ne sont que des humains détournés un jour de leur trajectoire. Là où tous voudraient assimiler le meurtre à une maladie mentale, il défend l'idée que les meurtriers, dans leur majorité, sont conscients de leurs actes et que c'est dans leur enfance que tout s'est décidé. Idée bien effrayante car elle signifie que la famille américaine fabrique des monstres à volonté ou que la société, par exemple, crée des marginaux en imposant ses diktats. C'est pourquoi le lecteur qui referme un des romans de Caleb Carr a le sentiment que l'aliéniste a ouvert la boîte de Pandore et libéré des angoisses que la capture du tueur ne soulageront pas. C'est pourquoi aussi les censeurs et les gens de pouvoir combattront toujours cet homme, et n'auront de cesse de freiner ses enquêtes. Ainsi le maire de New York n'hésite-t-il pas à invectiver Kreizler :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Les gens honorables n'ont que faire de vos travaux, ni de votre abominable conception de la famille américaine, ni de vos incursions obscènes dans l'esprit de nos enfants. Ces questions sont du domaine de leurs parents et de leurs conseillers spirituels. Si j'étais vous, je limiterais mes travaux aux asiles de fous, c'est leur place."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Anthony Comstock, le censeur de la poste, ira encore plus loin, attaquant la "théorie du contexte" si chère au docteur :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " Pur déterminisme ! L'idée que le comportement de tout homme est façonné de manière décisive dans l'enfance est contraire aux notions de liberté, de responsabilité ! Je dis qu'elle est anti-américaine !"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Il est certain que nulle société plus que la société américaine n'a autant érigé en principe fondateur la responsabilité individuelle, propageant un évangile où tout homme est seul responsable de son destin, de sa chance et de sa malchance. Mais dans le même temps, l'Amérique a toujours été confrontée à des  explosions de violence chaotiques qui venaient pulvériser cet évangile, tel les massacres en apparence sans rimes ni raison d'un sniper ou d'un lycéen... ou les collections sanglantes des tueurs en série.&lt;br /&gt;Cette société brutalement mise en cause par ces flambées de haine se défend en faisant des meurtriers des parias, des exclus, mais Kreizler est d'un avis différent, et n'hésite pas à dire d'un tueur en série :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " Il appartenait totalement à cette société. Il en était le produit, la conscience maladive — le rappel de tous les crimes cachés que nous commettons lorsque nous serrons les rangs pour vivre ensemble. Il avait besoin de la société des hommes, besoin de leur montrer ce que leur "société" lui avait fait. Et le plus étrange, c'est que la société avait besoin de lui aussi. [...] Nous faisons nos délices d'hommes tels que lui, Moore. Ils servent de réceptacles commodes à tout ce que le monde &lt;span style="font-style:italic;"&gt;civilisé&lt;/span&gt; a de sombre. Mais les choses qui ont fait de lui ce qu'il était ? Nous les tolérons. Nous les apprécions, même..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ce point de la réflexion, je dois reconnaître qu'il était un brin malhonnête de comparer Sherlock Holmes à Laszlo Kreizler, car en vérité Holmes ne peut être comparé qu'à ses contemporains, tant il est emblématique d'une époque et de sa vision du monde. A plus d'un titre, le personnage de Kreizler est le produit de notre époque. S'il s'inspire de Freud ou d'autres aventuriers de la psyché qui vécurent à la fin du XIXème siècle, son ouverture et son regard sur la société sont nourris de siècles d'exploration mentale, d'histoire des mentalités, de sociologie. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgdSEKD_tI/AAAAAAAAADw/7cRPi5LArUs/s1600-h/image+pr+carr.bmp"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgdSEKD_tI/AAAAAAAAADw/7cRPi5LArUs/s320/image+pr+carr.bmp" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041811979032067794" /&gt;&lt;/a&gt;Aujourd'hui, une enquête menée par Holmes apparaît bien arride à nos cerveaux habitués à sonder les profondeurs de la psychologie, irrigués par le travail des profilers et des psychanalystes. Reste que les nouvelles de Conan Doyle sont des petits chefs d'œuvres ciselés, remarquablement écrits, brillantissimes, que les énigmes qu'elles mettent en scène demeurent inégalées et que la silhouette du célèbre détective, immortelle, est une sentinelle qui indique encore le chemin à tous les enquêteurs. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgeakKD_xI/AAAAAAAAAEQ/mdA4HuVxqJo/s1600-h/image+sherlock+holmes.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RfgeakKD_xI/AAAAAAAAAEQ/mdA4HuVxqJo/s320/image+sherlock+holmes.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5041813224572583698" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste aussi que l'héritage de Conan Doyle ne peut se démoder puisqu'il accompagne les progrès de la police scientifique, et qu'une série aussi populaire que &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;les Experts&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; en descend en droite ligne.&lt;br /&gt;Cependant Caleb Carr s'est peut-être senti limité, serré aux entournures en revisitant le personnage de Sherlock Holmes, lui qui utilise le passé pour dire notre époque et dépoussière l'ère victorienne en en explorant les profondeurs et les abysses avec les outils d'aujourd'hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour terminer, je ne résiste pas à soumettre à votre réflexion ces lignes de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;l'Aliéniste&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "Selon Kreizler, nous autres, Américains, n'avons jamais cessé de courir. Quand personne ne nous regarde, que nous sommes seuls face à nous-mêmes, nous courons, toujours aussi rapides et peureux que naguère, pour fuir les ténèbres que nous savons cachées derrière la porte de tant de foyers apparemment sans histoire, pour fuir les hantises greffées dans la cervelle des enfants par ceux-là même que la nature leur dit de croire et d'aimer, nous courons, plus pressés et nombreux encore, vers le mirage de ces potions, de ces médications, de ces prêtres, de ces philosophies, qui nous promettent de terrasser nos frayeurs et nos cauchemars et qui nous réclament, en échange, une dévotion servile."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture...&lt;br /&gt;Je voudrais remercier &lt;a href="http://lireouimaisquoi.over-blog.com/article-5743630.html"&gt;Yueyin&lt;/a&gt; pour son excellent billet sur Holmes et sur le Chien des Baskerville ainsi que pour le site très complet sur &lt;a href="http://www.sshf.com/index.php3?dir=fr&amp;file=holmeso"&gt;Sherlock Holmes &lt;/a&gt;qu'elle m'a fait découvrir, et &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/"&gt;Thom&lt;/a&gt; pour son aide très précieuse pour la partie "holmésienne" de mon analyse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A très bientôt !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-6549706636490613534?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/6549706636490613534/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=6549706636490613534&amp;isPopup=true' title='39 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/6549706636490613534'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/6549706636490613534'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/03/sherlock-holmes-vs-laszlo-kreizler.html' title='Sherlock Holmes vs Laszlo Kreizler'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rfgf1kKD_zI/AAAAAAAAAEg/ZJ5ffz6F6ro/s72-c/9782258069114.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>39</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-3711763471445342603</id><published>2007-02-20T11:06:00.000+01:00</published><updated>2007-02-24T18:29:38.190+01:00</updated><title type='text'>Hannibal Lecter ou la cuisine du monstre</title><content type='html'>Bonjour !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour varier les plaisirs, je suis allée au cinéma, alléchée par la nouvelle adaptation du nouveau roman de Thomas Harris, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal Lecter, les origines du mal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdrukWSNdgI/AAAAAAAAACE/w_k7d5rEGkE/s1600-h/18688120.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdrukWSNdgI/AAAAAAAAACE/w_k7d5rEGkE/s320/18688120.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033597841764611586" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; Sur le papier, l'histoire était prometteuse : se pencher sur les années d'apprentissage du jeune Hannibal, ce passage délicat de l'enfance à l'âge d'homme où s'est décidée sa trajectoire de tueur en série, voilà qui aurait pu constituer la matrice d'un film passionnant. Au final je fus déçue, et je vais tâcher de vous expliquer pourquoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour commencer, il faut vous avouer que j'ai un faible pour Hannibal Lecter. Non, je ne suis pas le genre de cinglée qui s'inscrit au fan club de Charles Manson et collectionne les reliques des massacreurs... il y a fort à parier que si Lecter n'était pas un personnage, mon intérêt pour lui ne serait sans doute pas le même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà, un jour je me suis retrouvée en face de lui au cinéma, il donnait la réplique à Clarice Starling, d'une voix douce et précise, subtile et raffinée, et je suis tombée sous le charme. Vous me direz, dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;a href="http://www.cndp.fr/tice/teledoc/plans/plans_silence.htm"&gt;Le Silence des Agneaux&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, il avait plutôt le beau rôle, le mauvais étant dévolu à Buffalo Bill, le tailleur de ces dames. Il était l'adjuvant fascinant, le poseur d'énigmes, l'interlocuteur privilégié qui mettait en lumière la part fragile de l'étudiante Clarice Starling. Son côté menaçant était là sous forme de halo. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, un des personnages fera la comparaison avec &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;La belle et la Bête&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;. Lecter est bien la bête s'humanisant au contact d'une jeune femme friable. Il est la bête parce qu'on nous le dit, mais sa nature sauvage n'est que très rarement montrée. Le docteur Chilton tend à Clarice une photo qu'on imagine épouvantable, alors qu'elle va rencontrer "Hannibal le cannibale" : une infirmière dont il a dévoré le visage alors qu'elle prenait son pouls. Mais nous, spectateurs, ne voyons que le visage choqué de la jeune femme, la peur qui s'empare d'elle à l'instant de cette première rencontre. De la même manière la tension qui entoure Clarice, les consignes de sécurité énoncées une à une, l'atmosphère angoissante de ce souterrain de la prison où sont gardés les détenus les plus dangereux, toute cette mise en scène vise à nous rappeler que c'est un monstre qui attend derrière la paroi de verre. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdr78WSNdlI/AAAAAAAAADI/QsWvLKkZM-8/s1600-h/G1116811542316.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdr78WSNdlI/AAAAAAAAADI/QsWvLKkZM-8/s320/G1116811542316.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033612547732633170" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un monstre qu'on ne peut approcher qu'avec une extrême méfiance. Et désormais chaque mot, chaque geste, chaque lueur passant dans les yeux du docteur Lecter nous mettront en état d'alerte, seront enregistrés, décryptés. Nous nous attendons à des chausses-trapes, nous tremblons pour Clarice, jeune recrue envoyée en première ligne par Jack Crawford, son patron au FBI, dans un but encore opaque.&lt;br /&gt;Dès lors, la menace que représente Hannibal va prendre toute sa densité, car elle réside dans le pouvoir de ses mots, la finesse de ses analyses psychologiques, son aptitude à incarner l'homme du monde en dissimulant la bestialité la plus révulsante, le recul de la civilisation à travers le tabou joyeusement assumé du cannibalisme. Il  peut s'entretenir de l'art florentin, et l'instant d'après prendre plaisir à raconter qu'il a mangé le foie d'un enquêteur avec des fèves au beurre. Esthète et repoussant, sensible, délicat, bien élevé et cruel, tel est Hannibal. Entre l'agent Starling et lui se joue une partie d'échecs. On pourrait imaginer Lecter en chat et Clarice en souris, mais en réalité les rôles s'inversent régulièrement. Acceptant de se confier, la jeune femme acquiert un pouvoir sur le monstre, le rendant sensible à elle, capable d'empathie. &lt;br /&gt;Dans le volet suivant, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Mason Verger se servira d'elle comme leurre pour attraper le cannibale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdsEo2SNdnI/AAAAAAAAADg/ciWs-d8cwts/s1600-h/69197189_af.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdsEo2SNdnI/AAAAAAAAADg/ciWs-d8cwts/s320/69197189_af.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033622108329834098" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; Clarice Starling est devenue le talon d'Achille de Lecter. Entre eux continue la valse entre fascination et horreur, tentation amoureuse et instinct prédateur. La caméra du &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Silence des Agneaux&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; surprenait les yeux brillants de larmes du tueur écoutant Clarice confier un douloureux souvenir d'enfance. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; (le film de Ridley Scott) c'est sur le visage de la jeune femme que les larmes coulent. Ici il est chimérique de penser que la Bête pourrait recouvrer son humanité perdue pour l'amour de la Belle. Ce qui est fixé ne peut être défait. Le tueur aime le massacre, il jouit de la souffrance de ses victimes. Le goût du sang lui est aussi précieux que la grande musique, la littérature, la peinture, les raffinements de la culture européenne. Il ne veut pas choisir.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdr2SmSNdjI/AAAAAAAAAC0/i01Py2Ibu-0/s1600-h/69197190_ph5.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdr2SmSNdjI/AAAAAAAAAC0/i01Py2Ibu-0/s320/69197190_ph5.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033606332914955826" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La spécificité d'Hannibal Lecter est donc d'incarner, dans la droite lignée du Docteur Jekyll, l'impossible alliance de la civilisation et de la barbarie choisie. Ses talents de psychiatre ont développé son acuité, son observation des autres, mais son appétit meurtrier le pousse à se servir d'eux comme objets au lieu de les aider. Il manipule ses patients, dévore ceux qu'il méprise, ceux qui offensent son "bon goût". Avoir poussé un codétenu "discourtois", en lui parlant, à avaler sa langue avant de se suicider compte parmi ses hauts faits. Et dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;de Ridley Scott, on peut imaginer que Lecter, désireux de sortir d'une retraite qui lui pèse, manipule dès le départ le policier Pazzi, héritier de Francesco de' Pazzi, pendu pour avoir assassiné Julien de Medicis — le poussant à la revanche historique et sociale afin de mieux l'inscrire dans sa galerie privée des horreurs, une fois que ce dernier l'aura dénoncé à ses ennemis. Et ainsi l'héritier Pazzi rejoindra son célèbre aïeul, prenant la place du traître châtié, pied de nez historique qui ne pouvait que divertir notre ami le fin lettré. &lt;br /&gt;Car le docteur Lecter est un médecin brillant et dévoyé, un homme sensible et cruel à la fois, aussi humain qu'il va loin dans l'inhumanité. Son humour est féroce, carnassier derrière une apparente douceur, une délicatesse dans le choix des mots. Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Silence des Agneaux&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Hannibal représentait l'ambiguitë : l'histoire le plaçait en position de héros positif tout en suggérant en contrepoint sa nature monstrueuse. Par la suite on le voit livré à ses pulsions meurtrières, son raffinement créatif s'épanouissant dans la mise en scène de ses crimes. Le film de Ridley Scott, centré sur lui, démasque la bête sanguinaire sous le masque de l'homme cultivé et va fouiller les abîmes de la pulsion cannibale, là où elle rejoint l'érotisme et exprime l'orgueil démesuré de l'homme dévorant son semblable à la barbe de la civilisation. Cependant, alors qu'il est confronté à Mason Verger, bête encore plus repoussante (ironiquement la monstruosité de Verger a été "perfectionnée" par Lecter lui-même), Lecter redevient le héros positif que le spectateur veut voir gagner. Au "mangé" avide de vengeance nous préférons le mangeur et sommes prêts à l'instituer justicier et (comble d'ironie !) gardien des valeurs humaines et morales... Cependant, comme le destin d'Hannibal est de nous laisser intranquilles et fascinés, la fin du film vient nous rappeler que ce "héros" ne peut se laisser digérer, assimiler par ceux qui voudraient l'apprécier, car toujours sa nature sauvage et cruelle vient se rappeler à notre bon souvenir.&lt;br /&gt;Et si ce tueur est terrifiant c'est justement parce qu'il est l'entre-deux irréconciliable entre la normalité, la sensibilité la plus évoluée de l'homme, et la barbarie jouissive que nous ne pouvons regarder en face.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ceci posé, il était passionnant, en effet, de s'intéresser aux "origines du mal". Comment Hannibal était-il devenu ce monstre infiniment complexe ? Quand le basculement s'était-il donc produit ? Quels en avaient été les processus déclencheurs ? Quels signaux décryptés à l'envers ou dans le bon sens avaient lâché la bête en l'homme ?&lt;br /&gt;A toutes ces questions, le dernier film répond d'une façon tellement simpliste et invraisemblable qu'il en est irritant. Bien sûr la base de départ n'était peut-être pas la meilleure : dès &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Silence des Agneaux&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, le dossier de Lecter précise qu'il vient de Lituanie, qu'il a perdu sa famille dans des circonstances traumatisantes à la fin de la guerre de 40, et notamment sa petite sœur Micha. Lecter est un aristocrate lituanien. Soit. Sa famille sera décimée par des mercenaires à la solde des nazis, et sa petite sœur bien-aimée périra dans des circonstances atroces. Admettons. La thèse du film, c'est que l'humanité d'Hannibal fut massacrée avec sa sœur et qu'ainsi naquit la bête féroce.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdr7r2SNdkI/AAAAAAAAADA/ZMlQCLpKCkI/s1600-h/18704353.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdr7r2SNdkI/AAAAAAAAADA/ZMlQCLpKCkI/s320/18704353.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033612264264791618" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais là, on achoppe : privé d'humanité, Hannibal Lecter ? Mais c'est précisément son humanité et sa sensibilité qui rendaient ses meurtres si terrifiants !&lt;br /&gt;C'est le plus gros point faible du film. En réalité, on assiste à la naissance de n'importe quel tueur en série SAUF Hannibal Lecteur. On voit un enfant traumatisé se muer en adolescent muré dans le silence, puis en tueur glacial et bavard, à la diction ridiculement surannée. On voit un jeune homme qui transpire la perversion et la cruauté par tous les pores se passionner pour le versant le plus macabre de la médecine, mais jamais on ne peut retrouver en lui les aspects singuliers de la personnalité d'Hannibal Lecter. Gaspard Ulliel est effrayant à souhait, son sourire fait froid dans le dos et quand il parle à une petite fille, on se dit que la relève de Marc Dutrou est assurée.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdrt7WSNddI/AAAAAAAAABs/MzfUscmg6Mk/s1600-h/18704354.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdrt7WSNddI/AAAAAAAAABs/MzfUscmg6Mk/s320/18704354.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033597137389974994" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais Anthony Hopkins était autrement plus angoissant, et exerçait une fascination que le jeune acteur n'effleure jamais. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdruYmSNdfI/AAAAAAAAAB8/6PVa2WT9_uA/s1600-h/G11161749058761.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdruYmSNdfI/AAAAAAAAAB8/6PVa2WT9_uA/s320/G11161749058761.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033597639901148658" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hannibal jeune est une bête et seulement ça. Il tue par plaisir et sans affects, quand bien même ces premiers meurtres ont "l'excuse" d'une vengeance. Excuse qui ne tient pas une seconde au regard de la sauvagerie et de la préméditation soigneuse de ces crimes. D'autre part, en remontant le temps, Hannibal a perdu son sens de l'humour en route, ce qui est fort dommage pour nous mais peut à la rigueur sembler plausible, l'extrême jeunesse n'étant pas l'âge de la distanciation. De même, l'élégance et la distinction d'Anthony Hopkins ont laissé place à l'affectation, et on perd beaucoup au change...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Une fois le tueur né à lui-même au cours d'un premier meurtre fondateur et très sanguinaire qui le laisse de marbre, on voudrait nous attacher à lui parce qu'il cauchemarde au sujet de sa sœur perdue, ou qu'il s'est amouraché d'une lady japonaise dont il défend la vertu à coups de sabre... &lt;br /&gt;Entre parenthèses, ça commence à être lassant, cette mode cinématographique qui depuis &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Kill Bill&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; oblige tout tueur qui se respecte à faire un stage de samouraï ! Autant dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Kill Bill&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; c'était original et approprié, autant là, la métamorphose du jeune aristocrate lituanien en samouraï dans la France de l'immédiate après-guerre prête à sourire... En avait-on vraiment besoin ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdsEeGSNdmI/AAAAAAAAADY/YB7O4CjnnRg/s1600-h/18704347.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdsEeGSNdmI/AAAAAAAAADY/YB7O4CjnnRg/s320/18704347.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033621923646240354" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème c'est qu'on ne s'attache pas un instant à cet adolescent dont le policier qui le traque dira avec justesse : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Une partie du petit Hannibal est morte dans cette neige en 1944. Ce qu'il est maintenant, il n'y a pas de mots pour le dire".&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lady Murasaki, la belle japonaise, tentera vainement de l'aimer avant de renoncer : "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Que reste-t-il à aimer en toi ?"&lt;/span&gt; lui lance-t-elle en guise d'adieu.&lt;br /&gt;C'est bien la question qu'on se pose, et on se dit que jamais Clarice Starling n'aurait pu avoir des sentiments, fussent-ils déchirés et contradictoires, pour cet Hannibal à la sauce plombée.&lt;br /&gt;Il y aurait eu tellement plus intéressant à raconter : comment un jeune garçon traumatisé qui avait perdu la parole devint-il cet être raffiné, épris de culture ? Comment sa curiosité le poussa-t-elle vers la psychiatrie et l'étude de ses semblables, activité des plus rares au sein de la corporation très fermée des serial killers ? Au détour de quelle rencontre naquit sa passion du dessin ? Dans &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal Lecter, les origines du mal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Gaspard Ulliel quitte sans transition un état d'hébétude hantée qui fait douter de son quotient intellectuel pour la peau d'un dandy sans âme qui a le trait de crayon d'un artiste confirmé et écoute de la musique classique entre deux boucheries. La ficelle est un peu grosse, et nous autres, spectateurs fascinés par le docteur Lecter comme devant un puzzle psychologique incomplet, restons sur notre faim.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il ne nous reste plus qu'à nous consoler en revisionnant &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le Silence des Agneaux&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Hannibal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, et en retrouvant le seul, l'unique, le véritable Hannibal Lecter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdry7GSNdiI/AAAAAAAAACU/kIACsxmfqa4/s1600-h/G11161683262562.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/Rdry7GSNdiI/AAAAAAAAACU/kIACsxmfqa4/s320/G11161683262562.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5033602630653146658" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A bientôt !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-3711763471445342603?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/3711763471445342603/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=3711763471445342603&amp;isPopup=true' title='61 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/3711763471445342603'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/3711763471445342603'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/02/hannibal-lecteur-ou-la-cuisine-du.html' title='Hannibal Lecter ou la cuisine du monstre'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdrukWSNdgI/AAAAAAAAACE/w_k7d5rEGkE/s72-c/18688120.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>61</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-6351966684841447316</id><published>2007-02-09T17:22:00.000+01:00</published><updated>2007-02-15T13:37:59.605+01:00</updated><title type='text'>Un peu plus loin sur les pas de Dennis LEHANE...</title><content type='html'>Bonsoir à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Venez, allons dépêchez-vous. Je sais, je vous presse un peu : c'est que nous avons encore une plongée dans le noir à effectuer, autant y aller maintenant, venez, laissez-vous conduire... plus tard, à froid, vous n'en aurez peut-être plus le courage...&lt;br /&gt;Je vais parler ce soir d'un roman qui est sans conteste à ce jour mon préféré de cet auteur, un chef d'œuvre superbe et palpitant que vous refermerez hantés, le souffle court : &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Shutter Island&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdM7WWSNdbI/AAAAAAAAABU/kfSj_iMgRwc/s1600-h/9782743614812.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdM7WWSNdbI/AAAAAAAAABU/kfSj_iMgRwc/s320/9782743614812.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5031430463828096434" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'autre jour je vous ai présenté Patrick Kenzie, qui serait peut-être inspiré de prendre sa retraite tant qu'il en est temps... ce soir, nous allons rencontrer le marshall Teddy Daniels. Même s'il est jeune, Teddy a un passé chargé : il  a fait la guerre pendant des années, c'est sa profession, il a même appartenu au renseignement. Son père était pêcheur au large de Boston. Un jour, il n'est pas revenu. Depuis, Teddy a la phobie de l'eau.&lt;br /&gt;Et voilà ce qu'il voit quand il entraperçoit son reflet dans le miroir :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;" ...un homme relativement jeune arborant la coupe en brosse réglementaire. Sa figure était cependant marquée par les stigmates de la guerre et des années qui avaient suivi, et la double fascination qu'exerçaient sur lui la violence et l'excitation de la traque se lisait dans ses yeux tristes que Dolorès avait un jour comparés à ceux d'un cocker.&lt;br /&gt;Je suis trop jeune pour avoir l'air aussi dur, songea-t-il."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dolorès était la femme de Teddy, son unique amour. Mais un pyromane a mis le feu à leur immeuble, causant sa mort. Depuis, inguérissable, le marshall ne cesse de faire des rêves déchirants où son épouse le serre dans ses bras, douce et lascive, tandis que de l'eau ne cesse de s'écouler d'elle, comme un liquide amniotique d'outre-tombe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà qu'il se porte volontaire pour gagner par le ferry l'île de Shutter Island, dans le cadre d'une mission très spéciale : retrouver une dangereuse patiente schyzophrène, Rachel Solando, qui a réussi le tour de force de s'échapper d'un centre psychiatrique de haute sécurité à la barbe de toute une équipe de gardes et d'infirmières. Sur une île. Où est-elle ? On dit qu'elle a égorgé ses trois enfants dans une attaque de démence, puis les a installés à table à l'heure du dîner.&lt;br /&gt;Pour sa mission, on a adjoint à Teddy Daniels un autre marshall, un petit jeune, Chuck Aule, transféré de Seattle pour l'occasion.&lt;br /&gt;Sur le ferry, ils parlent de l'île, de son passé (c'était un camp de prisonniers pendant la guerre de Sécession, un fort en témoigne) et de ses activités mystérieuses:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;" — Qu'est-ce que vous savez de cet endroit ? demanda-t-il à Chuck.&lt;br /&gt;— Pas grand chose, à part que c'est un hôpital psychiatrique.&lt;br /&gt;— Pour les fous criminels, précisa Teddy.&lt;br /&gt;— Si ce n'était pas le cas, on ne serait pas sur ce raffiot...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De nouveau, Teddy le vit esquisser un petit sourire sans joie.&lt;br /&gt;— Ne vous avancez pas trop, Chuck, ironisa-t-il. Vous ne m'avez pas l'air équilibré à cent pour cent !&lt;br /&gt;— Eh bien, tant qu'on y est, je pourrai toujours leur verser un accompte, histoire de réserver un lit pour mes vieux jours, d'être sûrs qu'ils me garderont une place."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Derrière la plaisanterie, une angoisse réelle :  le monde des fous et des hôpitaux psychiatriques, surtout en 1954 (année de l'intrigue) est un univers angoissant et nébuleux. Fascination, crainte et répulsion s'y mélangent, car qui nous dit que nous pouvons avoir confiance en ces hommes en blanc qui enchaînent des hommes et des femmes dans des camisoles, leur lient les mains et les pieds, les déclarent dangereux pour la société et les retranchent derrière des murs capitonnés ? Qui sait, une fois que vous aurez mis le pied là-dedans, si on ne va pas vous garder contre votre gré ? La frontière entre raison et folie est toujours mince et poreuse, et finalement subjective... et dans ce roman, peu à peu l'angoisse vous gagnera, le monde vous paraîtra incertain, ainsi que votre santé mentale. C'est naturel, quand on est entourés de cinglés, et que les médecins ne paraissent pas tellement plus normaux !&lt;br /&gt;Ce doute va se préciser lors d'un interrogatoire d'aliénés. Teddy Daniels pose des questions à Peter Breene, psychopathe de 26 ans enfermé pour avoir défiguré à vie une infirmière, quand celui-ci lui oppose une réflexion sur l'esprit humain et ses dérapages :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "— Vous y pensez, des fois ?&lt;br /&gt;  — A votre esprit ?&lt;br /&gt;  — Non, à l'esprit en général. Le mien, le vôtre, celui des autres... Au fond, il fonctionne un peu comme un moteur. Oui, c'est ça. Un moteur très fragile, très complexe. Avec des tas de petites pièces à l'intérieur. Des engrenages, des boulons, des ressorts. Et on ne sait même pas à quoi servent la moitié d'entre elles. Mais si un engrenage se grippe, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;rien qu'un&lt;/span&gt;... vous y avez déjà réfléchi ?&lt;br /&gt;  — Pas ces temps-ci, non.&lt;br /&gt;  — Vous devriez. Au fond, c'est pareil avec une voiture. Un engrenage se grippe, un boulon casse et tout le système se détraque. Vous croyez qu'on peut vivre avec ça ?(Il se tapota la tempe) Tout est enfermé là-dedans et y a pas moyen d'y accéder. Vous, vous contrôlez pas grand chose, mais votre esprit, lui, il vous contrôle, pas vrai ? Et s'il décide un jour de pas aller au boulot, hein ? (quand il se pencha vers eux, les deux hommes virent les tendons saillir sur sa gorge.) Ben, vous êtes baisé."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Daniels ne s'en laissera pas compter, d'autant que la société de Shutter Island lui apparaît des plus suspectes. Ainsi cette fugitive, Rachel Solando, soit disant enfuie en trompant toutes les surveillances, hypothèse que les deux marshalls ont bien du mal à avaler :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"— Une chambre verrouillée, dit Chuck.&lt;br /&gt; — Pieds nus, ajouta Teddy.&lt;br /&gt; — Elle a franchi trois postes de contrôle à l'intérieur.&lt;br /&gt; — Une pièce remplie d'aides-soignants.&lt;br /&gt; — Le tout pieds nus, répéta Chuck.&lt;br /&gt;Teddy taquina de sa fourchette la nourriture dans son assiette — une sorte de hachis Parmentier préparé avec une viande filandreuse.&lt;br /&gt; — Elle est passée par-dessus un mur surmonté d'un fil électrifié.&lt;br /&gt; — Ou par une grille verrouillée.&lt;br /&gt; — Pour affronter tout ça.&lt;br /&gt;Les raffales qui secouaient le bâtiment, qui secouaient les ténèbres.&lt;br /&gt; — Pieds nus.&lt;br /&gt; — Sans que personne ne la remarque.&lt;br /&gt; Chuck avala une bouchée de hachis, puis une gorgée de café.&lt;br /&gt; — Quand quelqu'un meurt sur cette île — Ça arrive forcément, non ?—, qu'est-ce qu'on fait du corps ?&lt;br /&gt; — On l'enterre.&lt;br /&gt; — Vous avez vu un cimetière aujourd'hui ?&lt;br /&gt; — Non, répondit Teddy, mais il doit y en avoir un quelque part, sans doute entouré lui aussi d'une clôture.&lt;br /&gt; — Comme l'unité de traitement. Bien sûr.(Chuck repoussa son plateau, puis s'adossa à la chaise.) Bon, on interroge qui, maintenant ?&lt;br /&gt; — Les membres du personnel ?&lt;br /&gt; — Ils se montreront coopératifs, vous croyez ?&lt;br /&gt; — Pas vous ?&lt;br /&gt; Un sourire s'épanouit sur les lèvres de Chuck." &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non seulement des complicités internes semblent plausibles, mais personne autour d'eux n'a l'air ravi qu'ils viennent fouiner dans les petites affaires de l'hôpital Ashecliffe : ils ont du mal à se mêler aux aides-soignants, les patients paraissent avoir reçu des instructions et autour des médecins de l'île, au premier rang desquels les docteurs Cawley et Naehring, flotte une aura inquiétante née dans les limbes concentrationnaires de la deuxième guerre mondiale... violerait-on le code de Nüremberg, sur cette île-forteresse financée en partie par la lutte américaine contre le communisme ? Torturerait-on les patients ? S'en servirait-on comme cobbayes pour des expériences terrifiantes sur la schizophrénie ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus Teddy et Chuck plongent dans les ténèbres de l'île, plus le monde se fait angoissant. A qui peut-on se fier quand tout le monde a l'air ligué contre eux pour protéger de noirs secrets ? A qui accorder sa confiance quand même le gentil docteur Cawley pousse Teddy à se livrer, lui soutire des confidences et tente de lui faire admettre qu'il a perdu pied depuis le décès de son épouse ?&lt;br /&gt;La montée anxiogène du soupçon envers le personnel de l'île se fait à l'unisson des progrès d'une violente tempête. Et à mesure que l'ouragan enfle, les deux marshalls sont comme poussés à osculter le fond de leur âme, où niche la violence de leur passé: comme Patrick Kenzie, Teddy Daniels a beaucoup tué "pour la bonne cause". Ce n'était pas pour défendre les victimes d'un tueur en série mais pour servir les nobles idéaux de la guerre contre les nazis. Mais il n'est pas dupe, pas plus que Kenzie : il sait bien que la guerre a fait céder en lui le barrage qui le protégeait de sa propre violence, et que mêmes les croisés de la démocratie ont fait du zèle:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"— A Dachau, les soldats S.S. se sont rendus à nos troupes, se remémora Teddy. Ils étaient cinq cents. Il y avait aussi des journalistes sur place, mais ils avaient vu tous les cadavres entassés à la gare. Ils percevaient exactement la même odeur que nous. Ils nous regardaient, et croyez-moi, ils voulaient qu'on fasse ce qu'on a fait. Quant à nous, on en crevait d'envie. Alors, on les a exécutés, tous ces putains de Boches. On les a désarmés, alignés contre les murs, et on les a fusillés. Trois cents hommes mitraillés d'un coup. Après, on est passés près d'eux pour loger une balle dans la tête de ceux qui respiraient encore. Le crime de guerre par excellence, pas vrai Chuck ? Pourtant c'était la mort la plus douce qu'on pouvait leur infliger.[...] A la fin de cette journée, on avait éliminé cinq cents individus de la surface de la terre. Tous assassinés. Il n'était pas question de légitime défense ou de considérations militaires. C'était des meurtres, purement et simplement. Mais on ne se posait même pas la question. Ils méritaient un sort tellement plus terrible... Bon d'accord, mais à partir de là, comment vivre avec ça ? Comment raconter à sa femme, à ses parents et à ses gosses qu'on a trempé là-dedans ? [...] La réponse, c'est qu'on ne peut pas en parler. Ils ne comprendraient pas. Parce que même si on a agi pour une raison valable, c'était mal. Et ça ne disparaît jamais."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; On retrouve la "souillure" dont Kenzie desespère de se défaire un jour. Le docteur Naehring ne s'y trompera pas, qui reconnaîtra en la personne des deux enquêteurs des  "hommes de violence". Et pourtant, quand il regarde son jeune coéquipier, Teddy lit sur son visage cette innocence que lui a perdue en supprimant des vies humaines, et qu'il appelle le charme :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Le charme était le luxe de ceux qui croyaient encore à la légitimité fondamentale des choses. A la pureté et aux clôtures blanches autour de la maison familiale."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les voilà seuls contre tous, coupés du monde dans ce lieu hostile, cernés par l'ouragan et maintenus en alerte par les indices d'un complot visant ces individus fragilisés, ces parias que sont les fous. Et les rêves de Teddy se font terrifiants à mesure que progresse en lui la certitude qu'ils ne quitteront pas l'île indemnes. Qu'on ne les laissera pas repartir avec la vérité. Que leurs ennemis ont le pouvoir de les transformer en cinglés méconnaissables au milieu des autres cinglés. Contre ces forces de plus en plus menaçantes du dedans et du dehors, Teddy et Chuck n'ont que leur instinct, leur bon sens et leur humour comme remparts ultimes de leur raison prise d'assaut. Ils ont débarqué à Shutter Island en se croyant invulnérables. Une évasion et une tempête plus tard, les voilà rendus à l'état de gamins perdus, livrés à leurs hantises tandis que tout paraît se jouer d'eux et de leur autorité. Ils multiplient les fugues, luttent, investiguent, mais ont-ils seulement leur chance quand tout vise à les faire taire et à les réduire à merci ? Et sur quelles bases repose la confiance que l'on place d'instinct en tel homme plutôt qu'en tel autre, et qui semble aller de soi? N'est-elle pas illusoire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce roman se dévide à toute allure le long d'une construction très intelligente et labyrinthique, à l'image de l'île : tout y est clos sur lui-même, et le lecteur comme les protagonistes ne sont jamais suffisamment en éveil pour parer les deux coups d'avance d'un auteur machiavélique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdM75WSNdcI/AAAAAAAAABc/VqfkOX6H41c/s1600-h/lehane_photo.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdM75WSNdcI/AAAAAAAAABc/VqfkOX6H41c/s320/lehane_photo.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5031431065123517890" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La fin vous donnera envie de redécouvrir l'île à présent que vous en connaissez les secrets, et de relire le début du livre :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  " Il faut se représenter les lieux tels que Teddy Daniels les a découverts par une belle matinée de septembre 1954 : un simple enchevêtrement de brouissailles en plein milieu de l'avant-port. Moins une île, en vérité, que son ébauche. Quel dessein pouvait-elle servir ? a-t-il dû se demander. oui, quel dessein ?&lt;br /&gt; [...]&lt;br /&gt;Pourtant, je sais ce que j'ai vu. Un gros rat cavalant sur le sable — un sable couleur gris perle perdant déjà du terrain tandis que la marée revenait noyer Paddock Island, et aussi l'animal, je suppose, car à ma connaissance il n'a pas regagné l'île.&lt;br /&gt;Mais en cet instant, tandis que je le regardais fuir, j'ai repensé à Teddy. A Teddy et à Dolorès Chanal, sa malheureuse épouse défunte, à Rachel Solando et Andrew Laeddis, ces deux jumeaux de l'angoisse, et au chaos qu'ils ont semé dans notre existence à nous. Je me suis dit que si Teddy s'était trouvé à mes côtés, il l'aurait vu aussi, ce rat. Oh oui, il l'aurait vu.&lt;br /&gt;Et laissez-moi ajouter encore une chose :&lt;br /&gt;Teddy ?&lt;br /&gt;Il aurait applaudi."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous qui approchez de l'île à bord du ferry, attendez-vous à frémir, à douter de la solidité du sol sous vos pas. Ne soyez pas sourds à l'avertissement de vos battements de cœur, au tremblement de vos mains. Ne relâchez jamais votre vigilance. Ou bien réfléchissez et faites demi-tour, tant que vous le pouvez encore.&lt;br /&gt;Vous restez ?&lt;br /&gt;Vous êtes fous.&lt;br /&gt;Enfin, c'est votre affaire. Je vous aurai prévenus. Et puis, fous ou sains d'esprit, vous ne regretterez pas d'avoir visité Shutter Island...&lt;br /&gt;Allez-y, le docteur Cawley vous attend. Près de lui, ce grand gaillard, c'est le marshall Teddy Daniels. Oui, comme vous dites, son visage est cerné. Il n'a pas dormi depuis plusieurs jours. Il en a de belles à vous raconter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prenez soin de vous, et à bientôt, j'espère...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-6351966684841447316?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/6351966684841447316/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=6351966684841447316&amp;isPopup=true' title='39 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/6351966684841447316'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/6351966684841447316'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/02/un-peu-plus-loin-sur-les-pas-de-dennis.html' title='Un peu plus loin sur les pas de Dennis LEHANE...'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RdM7WWSNdbI/AAAAAAAAABU/kfSj_iMgRwc/s72-c/9782743614812.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>39</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-2321727768758415499</id><published>2007-02-02T19:09:00.000+01:00</published><updated>2007-02-15T14:11:36.343+01:00</updated><title type='text'>Dennis LEHANE, écrivain des ténèbres</title><content type='html'>Bonsoir à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me revoilà. Je m'étais absentée. J'avais pour ça un bon alibi, un alibi en béton : je visitais les profondeurs les plus opaques de l'âme humaine en compagnie d'un auteur de roman noir pour lequel j'ai la plus vive admiration. J'en remonte à peine, et je préfère vous avertir : tout le monde ne peut pas faire cette promenade, les âmes sensibles risquent de ne pas en remonter indemnes, mais la descente est passionnante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir, je vais donc vous parler de &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Dennis Lehane&lt;/span&gt;, mais je vous épargnerai sa biographie : ce qui m'intéresse davantage chez un écrivain, ce sont ses démons, sa psyché, ce qui murmure et hurle à travers ses mots. Cet auteur est une de mes plus fortes découvertes littéraires de ces dernières années, parmi les contemporains. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes son humour détonnant, sa virtuosité à chorégraphier les scènes d'action, son art consommé du dialogue. Je vais aborder avec vous &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la part des ténèbres&lt;/span&gt; de ses histoires, selon les mots de Stephen King, mais ses héros sont avant tout des êtres chaleureux et attachants, ce qui aide le lecteur reconnaissant à supporter la tension anxiogène d'intrigues remarquablement emboîtées, à l'architecture fine et nervurée, où le talent littéraire et la richesse phychologique le disputent à l'efficacité, ce qui n'est pas si fréquent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcPDxkQwRgI/AAAAAAAAAAM/I1TYNQJw_7w/s1600-h/dennis_lehane1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcPDxkQwRgI/AAAAAAAAAAM/I1TYNQJw_7w/s320/dennis_lehane1.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027076865390560770" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dennis Lehane a écrit de nombreux romans, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Mystic River&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; a été brillamment adapté au cinéma, mais j'ai choisi de me pencher sur deux personnages : celui du détective Patrick Kenzie, et celui du marshall Teddy Daniels. Nous allons donc cheminer dans les ténèbres, si vous le voulez bien, guidés par ces deux silhouettes dont les yeux brillent dans le noir. Vous êtes prêts ? Attention, vos lampes de poche risquent de s'éteindre en route, à mesure que nous nous enfoncerons sous la terre. La lueur faiblira, puis clignotera une sorte d'S.O.S en morse avant de mourir brutalement. N'ayez pas peur, nous avons des allumettes. Oh, pas beaucoup, je ne veux pas vous mentir. Mais après tout, vous êtes libres de faire machine arrière. Alors quoi ? Vous restez ? Fanfarons, va... Très bien, alors allons-y.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout d'abord, allons faire la connaissance de Patrick Kenzie, 33 ans (oui, nous avons le même âge, mais je suis en bien meilleur état que lui !), de souche irlandaise, détective privé à Boston.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcPUMEQwRhI/AAAAAAAAAAU/OzLK81U88Cw/s1600-h/9782743613969.gif"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcPUMEQwRhI/AAAAAAAAAAU/OzLK81U88Cw/s400/9782743613969.gif" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027094912843138578" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son associée s'appelle Angie Gennaro, il se murmure qu'elle est la dernière petite-fille de Monsieur Patriso, une des vieilles familles de la Mafia. Patrick a perdu ses parents. Son père, mort d'un cancer du poumon, était un dur, un vrai : sapeur pompier toute sa vie ou presque, conseiller municipal sur le tard. Un héros civique ? A ceci près qu'il battait sa femme et son fils comme plâtre, et que pour apprendre à son fiston à ne pas jouer avec le feu, il lui a appliqué un jour un fer à repasser sur la poitrine. Chacun ses méthodes d'éducation !&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Patrick Kenzie&lt;/span&gt; est le héros principal de toute une série de romans aux titres ensorcellants : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Un dernier verre avant la guerre&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; en est le premier. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP-DUQwRjI/AAAAAAAAAAs/S0NNjkxNO3I/s1600-h/2743607386.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP-DUQwRjI/AAAAAAAAAAs/S0NNjkxNO3I/s320/2743607386.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027140942007649842" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On y rencontre Patrick et Angie, qui ont la particularité, comme la plupart de leurs connaissances, d'avoir grandi ensemble, dans le quartier de Dorchester :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;"Je contemplai la carte. Mon quartier. Un minuscule coin de la ville, ingrat, presque oublié, mélange d'immeubles de trois étages et de toitures fanées, de bars grands comme des mouchoirs de poche et de petits magasins. A part une bagarre de comptoir de temps à autre, pas le genre d'endroit susceptible d'attirer beaucoup l'attention."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme Stephen King, &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Dennis Lehane&lt;/span&gt; attache beaucoup d'importance à ces petites communautés où tout le monde se fréquente depuis le bac à sable, à s'en écœurer ou à en tomber amoureux. Les meilleurs amis et les plus violents ennemis de Kenzie ont grandi avec lui. Il y est tombé amoureux d'Angie, y a été trahi par son meilleur pote, Phil Dimassi. Ils avaient alors l'insouciance des enfants dont la vie n'est faite que d'échardes dans la chair tendre et de fugues:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;"Quand on se regarda de nouveau, il me sembla qu'un peu de cette intimité d'autrefois circulait entre nous — celle des liens sacrés et des jeunesses partagées. Ni Phil ni moi ne nous étions sentis acceptés par nos familles.[...]&lt;br /&gt;Comme je m'échappais de la maison aussi souvent que possible pour des raisons différentes, Phil et moi, on avait cherché refuge ensemble, et le premier endroit où on s'était sentis bien tous les deux était un pigeonnier abandonné sur le toit d'un hangar de Sudan Street. On avait nettoyé toute la merde blanche à l'intérieur, renforcé la structure avec des planches arrachées à des palettes au rebut, apporté quelques vieux meubles, et bientôt, on y avait accueilli d'autres desperados comme nous — Bubba, Kevin Hulrihy pendant un temps, Nelson Ferrare, Angie. Le gang des Petits Vauriens avec la rage au ventre, le chapardage dans l'âme et un manque total de respect de l'autorité."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les Petits Vauriens ont grandi. Certains sont devenus flics, d'autres truands, d'autres arpentent un no man's land fragile entre la loi et le chaos, mais tous ont gardé au fond d'eux l'empreinte de ces "liens sacrés". Bubba Rogowski, dangereux  tueur à gage dont le repaire est truffé d'explosifs, tue sans vergogne quiconque menace ses amis Patrick et Angie. Kevin Hurlihy, de gosse méprisé et maltraité, est devenu une brute sadique chez qui on chercherait en vain trace de son humanité brisée:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;"Sur le visage de Kevin, je voyais l'empreinte laissée par des années de révolte déchaînée, la marque évident de la folie pure. Je voyais le petit môme renfrogné dont le cerveau s'était enrayé puis déglingué entre le cours élémentaire et le cours moyen, pour ne plus jamais évoluer. Je voyais le meurtre."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kevin est capable de tout, de préférence le pire. Dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Ténèbres, prenez-moi la main&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, excellent deuxième volet de la série Kenzie/Gennaro, il explique par le menu ses méthodes de torture à un Kenzie écœuré. Comment celui qui fut jadis un gamin digne d'empathie a-t-il basculé ainsi du côté du monstre ? Quand s'est produit le déclic ? Nul ne peut le dater précisément.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP9m0QwRiI/AAAAAAAAAAk/lElB1HYEbGo/s1600-h/2743609222.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP9m0QwRiI/AAAAAAAAAAk/lElB1HYEbGo/s320/2743609222.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027140452381378082" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, certains gamins martyrs, des petits gars effacés, des faibles de la classe, des loosers, deviennent des monstres sanguinaires. Et Patrick Kenzie, pour suivre leurs pas sanglants jusque dans les chambres de tortures et les soubassements du mal, doit revenir à cette enfance où tout s'est joué, revenir lécher le sel sur ses propres blessures et inventorier celles des tueurs en série qu'il pourchasse. Cette perte de l'innocence, qui la plupart du temps ne fait pas de bruit quand elle survient, tel un miroir brisé dans de la ouate, ce virage imperceptible qui déclenche des hécatombes des années plus tard, le détective en est obsédé. Son regard en est contaminé, même quand il observe le spectacle "innocent" d'une cour d'école :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; " Sans doute cette impulsion était-elle liée au fait de vieillir, de se rendre compte avec le recul que rares sont les brutalités innocentes infligées aux plus jeunes, que toute souffrance, aussi modeste soit-elle, abîme et érode ce qu'un enfant a en lui de plus pur, de plus fragile."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au fil des romans de la série, Kenzie suit une trajectoire qui avance par cassures violentes. Contrairement à certains détectives dont l'âme ne s'endommage pas au contact des pires horreurs, cet homme perd de larges pans de son humanité au cours de ses enquêtes, et le pire, c'est qu'il s'en rend compte.&lt;br /&gt;Le premier roman le voit encore propre et fringant, mais au début du deuxième, il a déjà tué, il a vu mourir des hommes et des femmes, et cette souillure le hante. Ce bascul dans l'Enfer de Dante ne va faire que s'accentuer, car il ne peut enrayer sa chute : il est aimanté vers cette violence, cette opacité de l'homme qui le révulse. Il a fait le choix de se construire en image inversée de sa brute de père, mais en réalité chacun de ses pas le ramène à cette confrontation, à cette première blessure d'amour. La seule fois où son père lui a montré de l'affection, il s'était montré violent. Depuis, Patrick Kenzie est obsédé par le spectre de l'homme qu'il refuse d'être, brûlé par le sang paternel coulant dans ses veines, qu'il tente de conjurer par des professions de foi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;  "Quand je suis vraiment en colère, quand le déclic se produit dans ma tête, ma voix perd toute inflexion, devient monocorde, et une bille de lumière rouge me vrille le calme, occultant toute peur, toute raison, toute empathie. Plus la bille chauffe et rougeoie, plus mon sang se glace — jusqu'à devenir bleu comme un métal précieux — et plus ma voix baisse — jusqu'à se muer en chuchotement.&lt;br /&gt;Celui-ci — en général sans prévenir, ni les autres ni moi — est brusquement interrompu par le mouvement vif de mon bras, la détente de mon pied, la fureur du muscle galvanisé par ce mélange de chaleur rouge et de sang métallique glacé.&lt;br /&gt;C'est le caractère de mon père.&lt;br /&gt;Je le connaissais avant même de savoir que j'en avais hérité. J'avais senti ses effets.&lt;br /&gt;[...] Très tôt, exactement comme l'enfant d'un alcoolique jure qu'il ne boira jamais, je me suis juré de rester vigilant face à la progression de la bille rouge, du sang glacé, de la tendance aux chuchotements monocordes. Pour moi, ce qui nous distingue des animaux, c'est la possibilité de choisir. Une bête est capable de maîtriser ses appétits. Contrairement à l'homme. Mon père, en certains moments effroyables, était un animal. Je m'y refuse."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des hommes qui ont fait le choix de la violence, Kenzie va en croiser beaucoup sur sa route, et tous tenteront de le faire glisser de leur côté, reconnaissant en lui un pair potentiel. Ainsi, dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Ténèbres, prenez-moi la main&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Alec Hardiman, sorte d'Hannibal Lecteur qu'il vient visiter derrière les barreaux lors d'un entretien glaçant, et qui lui déclare :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;  " — A mon avis, tu as reçu le don de la colère, Patrick. J'en suis même sûr. Je l'ai décelé en toi.&lt;/span&gt;"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alec Hardiman a choisi le sadisme et pousse Patrick dans ses retranchements, tel ce chef de la mafia qui lui fera remarquer obligeamment qu'il préfère faire torturer ses victimes plutôt que de se salir les mains. Les criminels provoquent Kenzie, les flics le considèrent comme un personnage hors des clous, lui reprochant d'entretenir des liens ambigus, sous prétexte qu'il les a connus à l'école, avec des truands et des tueurs, et de ne pas arriver à les juger. En réalité, pour ce qui touche à ses camarades d'enfance, Kenzie est lié par une fraternité de destins qui questionne sans cesse son rapport à la moralité et à la loi. Au fil des romans, on le voit franchir de plus en plus souvent la ligne rouge, ce qui est le propre du héros de roman noir, et à l'instar d'un Jack Bauer dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;24 heures Chrono&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, il devient de plus en plus malaisé de le distinguer, au vu de ses méthodes, des prédateurs qu'il traque. Lorsque sa vie et celle de sa partenaire se trouvent menacées, ils se promettent mutuellement de repeindre les murs avec le sang du tueur si l'un ou l'autre se fait tuer.&lt;br /&gt;Dans &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ténèbres, prenez-moi la main&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; et dans &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gone, baby gone&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, l'auteur prend plaisir à confronter son héros à ses contradictions éthiques et philosophiques : alors qu'il opère un distinguo entre la vie d'une victime et celle de son agresseur, le barman Gerry Glynn lui répond :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;"Magnifique. [...] Belle démonstration de logique utilitariste, un raisonnement digne de la plupart des idéologies fascistes, excuse-moi du peu... D'accord, tu pars du principe que la vie de la victime vaut plus que celle du meurtrier, mais alors, si t'occis toi-même le meurtrier, est-ce que ça ne rend pas ta vie moins précieuse que la sienne ? [...] Intéressant. Par conséquent, si tu es capable de juger la valeur d'une existence humaine, j'en déduis que tu es supérieur à cette existence."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP-skQwRlI/AAAAAAAAABE/rGIKb8lBy8M/s1600-h/2743611006.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP-skQwRlI/AAAAAAAAABE/rGIKb8lBy8M/s320/2743611006.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027141650677253714" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kenzie a sa propre éthique... Opposé à la peine de mort, il n'hésite pas à tuer quelqu'un qui est une menace, quand bien même il a la lucidité de comprendre qu'à chaque fois qu'il tue, un peu de son humanité le déserte. Il ressent la souillure des meurtres, il est hanté par les visages des morts, et sombre peu à peu dans la violence, jusqu'à perdre la femme qui l'aime et avec laquelle il pouvait espérer bâtir une autre existence. Grace Cole, avant de le quitter, lui reprochera sa "&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;foutue quête de la violence&lt;/span&gt;", cette violence contagieuse qui, passant par lui comme un courant haute tension, ravage tous ceux qu'il aime, au point qu'il ne peut plus s'entourer que d'êtres semblables à lui. Peu à peu s'estompe la frontière entre les monstres et leur chasseur, même si demeure la barrière fragile du mobile : tuer parce que c'est "juste" ou tuer par pur plaisir. Et cette barrière est si ténue, en définitive, que dans "&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gone, Baby gone&lt;/span&gt;", un tueur en série qu'il a envoyé ad patres le hante et lui murmure, patient :&lt;br /&gt;"&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Patrick, je t'attends&lt;/span&gt;".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est d'ailleurs dans ce roman-là qu'il atteint ce qu'il appelle le "seuil critique", face au spectacle insoutenable d'un corps martyrisé. Le point de rupture, celui qui fait céder le barrage et pleurer toutes les larmes de son corps. La rencontre avec le mal dans toute sa nudité, sa crudité. A peine parvient-il encore à s'en ouvrir à Angie Gennaro:&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "— Mais je ne peux pas, Ange. Je ne peux plus. Dès que j'y repense ne serait-ce qu'une seconde, que je revois cette pièce, j'ai envie de mourir. Je ne veux pas continuer comme ça, porter ça en moi toute ma vie. Je veux mourir pour faire disparaître ces images."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et ce n'est pas un hasard si, confronté brutalement au mal comme à une entité propre agissant au travers des hommes, il se tourne vers Dieu :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;"Bon, d'accord, je crois en Vous. Mais je ne suis pas sûr de Vous aimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[...] J'ai regardé encore un moment les flammes des bougies vaciller, inspiré à plusieurs reprises pour m'imprégner de la tranquillité ambiante, puis fermé les yeux en espérant parvenir à la transcendance, la grâce, la sérénité ou n'importe quel état du même genre auquel les bonnes sœurs m'avaient appris à aspirer lorsque le monde devient trop dur à supporter".&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son innocence perdue lambeau après lambeau, il cherche asile spirituel à l'instant précis où il sait que ce qui s'est enfui ne pourra se retrouver, qu'il est devenu un autre, et que le fantôme de son père est aujourd'hui un jumeau menaçant qui l'attend dans le miroir. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP-ZEQwRkI/AAAAAAAAAA8/py3yqDHsnAQ/s1600-h/2743615613_002.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcP-ZEQwRkI/AAAAAAAAAA8/py3yqDHsnAQ/s320/2743615613_002.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5027141315669804610" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; A présent, nous allons laisser Patrick Kenzie au bas de l'escalier, prisonnier de toutes les ombres de sa vie. Laissons-le en compagnie de ses fantômes les plus poignants : les enfants, tous ceux qui hantent ses aventures, in absentia le plus souvent : les mioches mal aimés, battus, enlevés, ceux qui fuguent et finissent sous les ponts, tous ces chiots perdus qui ressemblent tant aux gamins de Dorchester au milieu desquels courait Patrick pour échapper à son père. Tous ceux qui tentaient d'échapper à un mauvais destin, et ont fini tueurs, détectives, victimes ou bourreaux:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; "Ils étaient des milliers. Des milliers d'absents. Une population entière. Une portée de petits êtres égarés avant même d'avoir eu le temps de vivre. Bon nombre d'entre eux étaient sans doute morts à l'heure actuelle. Quelques-uns, j'en étais certain, avaient été retrouvés, toujours dans un état plus terrible qu'avant leur disparition. Les autre dérivaient, flottant à travers notre paysage comme un cirque ambulant, traversant le cœur de nos villes comme des bips sur un moniteur, dormant sur la pierre, les plaques d'égoût ou les matelas mis au rebut, les joues creuses et le teint cireux, les yeux vides et les cheveux infestés de poux."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Courir ne suffit pas. Encore faut-il choisir la bonne direction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Venez, il ne nous reste qu'une allumette. Remontons un instant à la lumière, voulez-vous. La prochaine fois, nous ferons quelques pas de plus dans les corridors obscurs. Et nous les ferons en compagnie de Teddy Daniels, personnage aussi complexe et attachant, dans son genre, que le détective Patrick Kenzie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant, savourez la lumière du jour... et à très bientôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PS : La série des Kenzie-Gennaro peut se lire en désordre, mais pour mieux savourer l'évolution des personnages, il vaut mieux opter pour une lecture chronologique. Bonne lecture à tous !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-2321727768758415499?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/2321727768758415499/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=2321727768758415499&amp;isPopup=true' title='32 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2321727768758415499'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/2321727768758415499'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2007/02/dennis-lehane-crivain-des-tnbres.html' title='Dennis LEHANE, écrivain des ténèbres'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_BKbzldbCPWE/RcPDxkQwRgI/AAAAAAAAAAM/I1TYNQJw_7w/s72-c/dennis_lehane1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>32</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-116664099998257703</id><published>2006-12-20T17:46:00.000+01:00</published><updated>2006-12-22T11:31:24.470+01:00</updated><title type='text'>Mes premières amours</title><content type='html'>Chers lecteurs, &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous qui continuez patiemment, avec dévouement, à jeter un œil ici de temps à autre pour vérifier s'il y a de la lumière... je tenais à vous rassurer :&lt;br /&gt;Non, ce blog n'est pas mort. Il était juste en léthargie. Comme la Belle au Bois Dormant. Une quenouille éditoriale l'avait piqué à l'annulaire gauche, et il s'était assoupi, attendant une métamorphose, épuisé, au fond de son bois de ronces...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a attendu longtemps le baiser salvateur... finalement, plusieurs se sont dévouées, des filles, il faut bien le dire ! Mais bon, ça a marché. Merci à vous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon évidemment, ici, tout est encore un peu engourdi, on s'étire, on baille, on écarte les rideaux, il fait froid, c'est l'hiver, rien de très engageant, mais enfin, on ne choisit pas son moment pour renaître. C'est ainsi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/202369/Magritte%205.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/506837/Magritte%205.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc, durant ma léthargie éditoriale, pendant que la fée Carabosse pensait m'avoir muselée une bonne fois, tout ça parce que mes parents n'avaient pas invité cette rabat-joie à mon baptême, je songeais. J'avais tout le temps, me direz-vous. Des journées entières les yeux clos, à attendre un baiser... Donc, je songeais, par exemple, que les princes se font rares, de nos jours. Peut-être parce que ces messieurs n'ont pas l'oreille si fine qu'autrefois, ils n'entendent plus le tintement de clochette des fées, le murmure de la forêt, le secret des sources. Moi, j'ai gardé toute mon ouïe, depuis l'enfance. Elle est aiguisée, elle surprend les pas feutrés dans la neige, le bruissement d'aile d'une chouette qui s'éveille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et par exemple, je sais le pouvoir des images. Je sais que leur ensorcellement ne dépend que très peu de leur compréhension. Que le pouvoir des mots est bien plus puissant que leur simple entendement.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/497172/Les%20amants%20-%20Magritte.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/493693/Les%20amants%20-%20Magritte.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par exemple, si je vous lis ceci:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Les obus miaulaient un amour à mourir&lt;br /&gt;   Un amour qui se meurt est plus doux que les autres&lt;br /&gt;   Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir&lt;br /&gt;   Les obus miaulaient&lt;br /&gt;             Entends chanter les nôtres&lt;br /&gt;   Pourpre amour salué par ceux qui vont périr&lt;/span&gt;",&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avez-vous besoin de comprendre le sens de chaque image pour être bousculé par la force d'Apollinaire ?&lt;br /&gt;Je ne crois pas. Je crois que les images parlent à la partie de nous qui est immergée, à celle qui nous procure nos plus fortes joies et nos plus grandes peines, nos sentiments de malaise, notre ivresse, notre angoisse. Et peu importe dans quel ordre les mots s'assemblent ou frayent ensemble, du moment que leur union est féconde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque j'étais une toute petite fille, 3, 4 ans à peine, ma mère me lisait les "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Contes de la Reine Mab&lt;/span&gt;", très ancien livre de Jérôme Doucet qu'avait lu, enfant, ma grand-mère. Un grimoire magique dont je ne comprenais pas tous les mots, ce qui, plus que tout, me le rendait fascinant. On y contait l'histoire de douze filles de la reine Mab, douze princesses remplies de défauts, insouciantes, insolentes, vantardes, égoïstes, qui affrontaient une terrible épreuve et, en triomphant, devenaient des jeunes femmes aguerries et capables d'aimer. Ce livre avait été écrit pour des enfants plus savants ou plus vieux que je ne l'étais, dans un langage complexe et poétique, et sans doute est-il resté, pour cette raison, mon préféré. En voici un extrait :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"La chaise de poste où la petite princesse Lise, quatrième fille de la Reine Mab, se pelotonnait à côté de sa nourrice, suivie de la grosse berline où les bagages s'entassaient, arriva vers le soir, un soir de pleine lune, à Fontarabie, sur le bord de l'Océan. Lise sauta aussitôt du véhicule, et voulut voir l'immensité étoilée du ciel, l'immensité énorme de la mer.&lt;br /&gt;Sa bonne nourrice la suivit : &lt;br /&gt; "N'approchez pas trop, la vague est perfide, dit-elle ; la mer est profonde, et qui y tombe ne revient pas ; les gros requins aux dents crochues en font leur proie et leur régal."&lt;br /&gt;Lise, sans répondre, sans écouter, du haut de la roche à pic s'extasiait ; en cadence, avec des chocs sourds, les lourdes vagues éclabousseuses venaient s'effondrer à ses pieds ; au-dessus d'elle, scintillantes, innombrables les étoiles brillaient au ciel. Lise ne pouvait se lasser de les regarder."&lt;br /&gt;[...] Soudain, elle poussa un cri. Une étoile du ciel s'était détachée, au galop, dans un sillon de feu ; traversant le sombre azur, elle alla s'abîmer à l'horizon dans les profondeurs de l'Océan. &lt;br /&gt;Lise sentit une tristesse. Une belle étoile était éteinte, disparue, noyée !"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lise ira, naturellement, chercher l'étoile, et de là découleront tous ses malheurs, et son bonheur.&lt;br /&gt; Je n'ai jamais su vraiment où était Fontarabie, ni cherché à savoir, tant ce mot est resté magique et évocateur. J'aurais eu peur de le déparer, de le rendre petit et commun, en en faisant un lieu, un lieu deshabillé, qui existe sur une carte. J'ai toujours senti la perfidie de la vague, et l'étoile tombée des cieux a laissé une trace brûlante dans mes rêves.&lt;br /&gt;Nuit après nuit, je me suis endormie en descendant d'une chaise de poste, que j'imaginais probablement telle une vieille chaise tirée par un cheval, une nuit de pleine lune, à Fontarabie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est pas besoin de tout comprendre pour être ensorcellé, bien au contraire. Si l'on comprend tout, il n'y pas d'envol, d'excitation, on ne grimpe pas à l'assaut des nuages. On fait du sur place, on piaffe, on s'ennuie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  La fée Carabosse, naturellement, n'admettrait rien de tout cela. Elle est très bornée, pour une fée. Il lui faut tout comprendre, elle ne supporte pas de ne pouvoir retenir la fumée entre ses doigts crochus, ou que les moineaux passent à travers les grilles de son palais. Elle pense que tout doit être démonté, éventré comme un mécanisme d'horloge, un oiseau encore chaud.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais heureusement pour moi, pendant que j'étais plongée dans mon sommeil hypnotique, une troupe d'enchanteurs m'a rendu visite...&lt;br /&gt;Ils arrivaient d'un temps révolu, ils étaient fiévreux, mélancoliques, un peu fous, et je les ai tout de suite aimés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/887949/Giorgio%20%20de%20Chirico.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/660809/Giorgio%20%20de%20Chirico.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon préféré avait des yeux de hibou, il rêvait les yeux ouverts, et sa main frémissait sous sa dictée:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Il rêvait les yeux clos au coin de la portière,&lt;br /&gt;   Tandis qu'au long des rails se couchaient les forêts,&lt;br /&gt;   Tandis que les sillons tracés drois dans la terre,&lt;br /&gt;   Comme une roue immense rayonnaient."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il s'appelait Robert Desnos. Il aimait Paris, le quartier de la Boucherie, le quartier Saint Merri, le petit jour et la nuit profonde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il m'a murmuré pour me consoler :&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; &lt;br /&gt; "Va, poursuis ton chemin, il n'est plus de frontières,&lt;br /&gt;  Plus de douanes, plus de gendarmes, plus de prisons.&lt;br /&gt;  Tu es libre et tu ris et tu parcours la terre&lt;br /&gt;  Et tu passes, devant les détectives, sans un frisson."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La liberté, j'en rêvais, justement, dans ma prison de ronces...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis il me laissa ces quelques mots au creux de l'oreille, juste avant de partir :&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Au coin des rues Saint-Martin et de la Verrerie&lt;br /&gt;  Une plume flottait à ras du trottoir&lt;br /&gt;  Avec de vieux papiers chassés par le vent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Un chant d'oiseau s'éleva square des Innocents.&lt;br /&gt;  Un autre retentit à la Tour Saint-Jacques.&lt;br /&gt;  Il y eut un autre cri rue Saint-Bon&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Et l'étrange nuit s'effilocha sur Paris."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne connaissais pas ces noms, ces rue, cette ville, et soudain je les voyais, j'en humais la trace, je m'y égarais à plaisir. Je sus que je ne l'oublierais jamais. Mes rêves se nacrèrent au contact des siens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il me présenta ses amis. Il y en avait un autre qui parlait à merveille, l'écouter me rendait distraite, je sentais l'amour me couler dans les veines :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Il faut que tu te voies mourir&lt;br /&gt;   Pour savoir que tu vis encore&lt;br /&gt;   La mer est si haute et ton cœur bien bas&lt;br /&gt;   Fils de la terre mangeur de fleurs fruits de la cendre&lt;br /&gt;   Dans ta poitrine les ténèbres pour toujours couvrent&lt;br /&gt;     le ciel  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Soleil lâche la corde les murs ne dansent plus&lt;br /&gt;  Soleil laisse aux oiseaux des voies impénétrables."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Celui-ci s'appelait Paul. Paul Eluard. Quand il s'en alla, je me sentis mourir, mais je savais grâce à lui que c'était un passage obligé pour naître à moi-même. Alors, prenant mon élan, je traversai ce mur de glace et me retrouvai brûlante de l'autre côté. Des ailes m'avaient poussé dans le dos, et j'avais hâte d'en éprouver la souplesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/476267/Magritte-Art-of-conversation.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/960782/Magritte-Art-of-conversation.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Seulement, le baiser ne venait point et Carabosse me tenait dans ses chaînes, elle m'avait vissée au sol pour que je sois sourde à l'euphorie de mon corps qui ne rêvait plus que de courir.&lt;br /&gt;  Alors, le chef des visiteurs parla à son tour. Son timbre de voix était grave, c'était un homme important. Il avait créé un mouvement de rebellion contre toutes les Carabosse de cette terre. Il l'appelait &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Surréalisme&lt;/span&gt;. Il m'expliqua comment je pouvais délier moi-même ce qui m'enchaînait : en rêvant assez fort pour que mes rêves se changent en mots qui traverseraient la forêt et iraient enserrer le cœur d'un prince... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et il en profita, car c'était un pédagogue, pour m'expliquer pourquoi Carabosse ne comprendrait jamais rien au pouvoir des images: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Il en va des images surréalistes comme de ces images de l'opium que l'homme n'évoque plus, mais qui "s'offrent à lui, spontanément, despotiquement. Il ne peut pas les congédier ; car la volonté n'a plus de force et ne gouverne plus les facultés."&lt;/span&gt; Il ajouta que Baudelaire l'avait formulé avant lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je compris que ce qui comptait, c'était le surgissement des images, et que s'il semblait anarchique, ce n'était qu'en apparence. Parce qu'en réalité, il tissait en chacun une trame très intime qui embrassait ses plaies vives pour en faire un être neuf, semblable à une flammèche que le vent emporte. Il fallait lâcher prise, ce que Carabosse, cette chère rationnaliste, ne comprendrait jamais. Il fallait s'abandonner, et accepter qu'en lisant une histoire, plusieurs voix, en nous, soient ensemble à l'écoute. Pendant que la raison saisissait le fil de l'histoire, à d'autres niveaux, les images permettaient l'ouverture d'autres mondes, bien plus fascinants à pénétrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;André Breton, mon dernier visiteur, précisa ensuite sa pensée : dans une image, on rapprochait deux termes, en apparence étrangers l'un à l'autre:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Il est faux, selon moi, de prétendre que "l'esprit a saisi les rapports" des deux réalités en présence. Il n'a, pour commencer, rien saisi consciemment. C'est du rapprochement en quelque sorte fortuit des deux termes qu'a jailli une lumière particulière, lumière de l'image, à laquelle nous nous montrons infiniment sensibles. La valeur de l'image dépend de la beauté de l'étincelle obtenue."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Deux mots qu'on heurte produisaient donc une étincelle, un feu d'artifices, dans la tête du lecteur, et plus son intensité était forte, plus elle était dure à expliquer... j'étais fascinée. Je sentis que je ne serais jamais plus la même, et que plus jamais je ne pourrais me passer de cette étincelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  André Breton me quitta fort satisfait. Il m'expliqua que si Carabosse me traitait de folle, il ne faudrait pas s'en alarmer, car les fous arpentent des couloirs où les étincelles éclairent chacun de leurs pas. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/504009/max-ernst-surrealism-716293.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/966081/max-ernst-surrealism-716293.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et que les poètes étaient tous un peu fous, eux qui prétendaient que le monde ne peut se déchiffrer avec la grille de la terne logique, mais qu'il faut mêler ensemble toutes les couleurs, toutes les formes, toutes les saveurs, les parfums, en une danse qui devient le chant magnifié de ce qu'on a devant les yeux.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/321388/corde-sensible%20Magritte.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/346688/corde-sensible%20Magritte.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; A ce point de ma métamorphose, il me suffisait de m'éveiller. Alors, de charmantes demoiselles sont venues frapper à ma porte, m'interpeller, m'envoyer des baisers à travers les ronces.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Et me voilà, encore un peu gauche d'avoir sommeillé si longtemps. Merci à vous, visiteuses fidèles, car j'étais fatiguée de dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/117999/magritte.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/93872/magritte.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Bien sûr, Carabosse est furieuse. Fulminant ainsi, dans la nuit glaciale, elle me rappelle une autre fée mauvaise, celle qui ensorcella la petite princesse Minne, aînée des filles de la reine Mab: la fée des frimas...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Très joyeux Noël à tous, et belles étincelles !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/550232/surrealist---magritte.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/871602/surrealist---magritte.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PS : Et merci à ces autres magiciens, Chirico, Max Ernst et Magritte, qui m'ont démontré de manière éblouissante que l'étincelle éclabousse aussi les toiles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Gaëlle&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-116664099998257703?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/116664099998257703/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=116664099998257703&amp;isPopup=true' title='85 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116664099998257703'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116664099998257703'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/12/mes-premires-amours.html' title='Mes premières amours'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>85</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-116440937351920015</id><published>2006-11-24T17:54:00.000+01:00</published><updated>2006-11-25T08:30:18.306+01:00</updated><title type='text'>Parlons boutique avec Stephen King</title><content type='html'>Bonsoir à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout d'abord, toutes mes excuses. Je vous délaisse, je sais... Mais pour être franche, mes neurones sont épuisés par une activité rébarbative au possible : une énième réécriture romanesque... Le refignolage, les finitions, un peu de peinture par ci, des retouches ici et là, des fissures à reboucher, un engrenage qui dysfonctionne... au bout d'un moment, je vous promets que la tête vous tourne, vous ne voyez plus le texte à force de l'avoir observé à la loupe, et vous vous demandez si cette gestation qui n'en finit pas va un jour déboucher sur un accouchement, et si vous aurez droit à la péridurale, ou à une césarienne pratiquée sans anesthésie par le premier pélerin venu.&lt;br /&gt;A cette heure où je vous parle, je voudrais deux choses : retrouver assez de forme psychique pour lire des romans écrits par d'autres, sans savoir comment ils ont réglé les questions épineuses de leur intrigue, les retournements de situation, le conflit des personnages qui s'enlise à la page 78... Et travailler à mon prochain roman.&lt;br /&gt;Mais ce n'est pas pour tout de suite !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Donc, ce soir, j'avais envie de ressourcer mes instincts littéraires auprès d'un écrivain que j'aime. Je viens de lire "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;On writing a memoir of the craft&lt;/span&gt;", ou &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Ecriture, mémoires d'un métier&lt;/span&gt;." &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/187275/0743455967.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/400/618180/0743455967.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non non, ne partez pas, même si vous n'avez jamais eu envie d'écrire, cela peut vous intéresser. Et puis, on ne peut pas dire "fontaine, je ne boirai pas de ton eau", vous pouvez vous découvrir une furieuse envie d'écrire à la cinquantaine, voire après la retraite... ou tout simplement, vous aimez lire, et dans ce cas, les conseils de Maître Stephen vous plairont, parce que vous comprendrez mieux pourquoi vous avez trouvé tel roman déplorable, et tel autre à tomber à la renverse... (Faber ? Non ? Bon, ok, j'arrête avec Faber...)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans son avant-propos numéro 2, Stephen King nous dit d'entrée de jeu, et c'est honnête, vous en conviendrez :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Ce livre n'est pas bien long, pour la simple raison que la plupart des livres qui parlent d'écriture sont pleins de conneries. Les romanciers, moi y compris, ne comprennent pas très bien ce qu'ils font, ni pourquoi ça marche quand c'est bon, ni pourquoi ça ne marche pas quand ça ne l'est pas. J'imagine qu'il y aura d'autant moins de conneries ici que le livre sera court."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce court manuel, Stephen King raconte les étapes qui ont peut-être fait de lui un écrivain, nous disons bien &lt;span style="font-style:italic;"&gt;peut-être&lt;/span&gt;, parce qu'il ne suffit pas d'avoir souffert pour être écrivain, et encore moins pour être un bon écrivain... sinon, c'est bien simple, on marcherait sur des grands écrivains tant les rues en seraient jonchées, et tous les rescapés des camps seraient devenus Primo Levi. &lt;br /&gt;  Cependant, dans la vie d'un auteur, il y a des poteaux indicateurs. Un jour, on réalise qu'on a envie d'écrire des histoires. Un autre jour, on découvre qu'on peut captiver un public : Stephen King vendait des histoires horrifiques dans la cour du lycée, ce qui lui valut quelques savons de l'administration scolaire...&lt;br /&gt;Et puis un jour, il écrivit &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Carrie&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;On ne sait jamais à quel carrefour le destin attend un écrivain. Le carrefour de Stephen King s'appelait Carrie White, c'était une adolescente mal dans sa peau, douée de télékinésie, affligée d'une mère tyrannique et bigote. Il n'aimait pas trop ce personnage. Il avait connu deux Carrie White dans sa vie scolaire, il ne les avait pas défendues glorieusement contre la vindicte publique, il les avait regardées se défaire peu à peu sous le regard des autres :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Sondra et Dodie étaient toutes les deux mortes le jour où j'ai commencé à rédiger Carrie. Sondra [...] était atteinte d'épilepsie et mourut pendant une crise. Elle vivait seule, si bien qu'il n'y avait eu personne pour lui porter secours lorsque sa tête s'était tordue dans le mauvais sens. [...] Peu après la naissance de son deuxième enfant, Dodie descendit dans la cave et se tira une balle de 22 dans l'abdomen. Ce fut un coup heureux (ou malheureux, selon le point de vue que l'on adopte) qui toucha la veine porte et la tua. En ville, on attribua ce suicide à la dépression &lt;span style="font-style:italic;"&gt;post partum&lt;/span&gt;. Comme c'était triste. Moi, je me suis demandé si un blues post-lycée tenace n'avait pas aussi quelque chose à voir là-dedans.&lt;br /&gt;Je n'ai jamais aimé Carrie, [...] mais grâce à Sondra et à Dodie, j'ai fini par la comprendre un peu. J'ai pitié d'elle, mais j'ai aussi pitié de ses camarades de classe, car j'ai jadis été l'un d'eux."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'un d'eux. Pas meilleur, pas le pire. Mais celui qui prit sa machine à écrire pour parler à la place de toutes les Sondra et les Dodie du monde. Le personnage de Carrie est déchirant et inaccessible. Le lecteur impuissant ne peut la sauver de sa descente aux Enfers, pas plus que Stephen ne pouvait sauver les pauvres filles de sa classe. Mais l'auteur la venge, et il nous enchaîne à elle de manière à ce que nous ne puissions plus l'oublier. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/50059/04e0fee4ffb00daea6fb1d4d633aa458.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/320/286173/04e0fee4ffb00daea6fb1d4d633aa458.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis, il y a eu le massacre de Columbine, d'autres tueries, d'autres ados parias. Mais tout était déjà là, des années plus tôt, entre les pages de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Carrie&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;Et ce livre fit de Stephen King un écrivain.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/781249/2290302511.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/400/177182/2290302511.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un livre où il parlait d'une fille qu'il n'avait pu aimer, mais à laquelle il avait consacré des centaines de pages... ce qui était quand même une façon de l'aimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la suite de son livre, il aborde précisément les personnages. Et il est certain qu'avec Carrie, il a appris qu'un personnage pouvait avoir sa vie propre, qu'on pouvait ne pas le trouver sympathique mais s'attacher à ses pas, parler pour lui, être assez près pour entendre son cœur battre :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "Pour moi, ce qui arrive aux personnages au fur et à mesure que progresse une histoire dépend seulement de ce que je découvre sur eux tandis que j'avance : autrement dit, de la manière dont ils se développent. Parfois, ils se développent peu. S'ils se développent beaucoup, ils commencent à influer sur l'histoire au lieu que ce soit le contraire. [...] J'estime que les meilleurs romans finissent toujours par avoir les gens pour sujets, plutôt que les événements ; autrement dit, que les histoires sont cornaquées par les personnages. [...] Et si vous faites bien votre boulot, vos personnages commenceront à faire des choses d'eux-mêmes. Je sais qu'on trouve cela un peu inquiétant quand on n'en a pas fait l'expérience soi-même, mais c'est sensationnel quand ça vous arrive."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il donne un très bon exemple de cette chair dont s'étoffent les personnages, comme s'ils s'éveillaient à la vie au cours de l'histoire, cessaient d'être des pantins pour devenir de vraies personnes : celui de Paul Sheldon, l'écrivain de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Misery&lt;/span&gt;. Au départ, Misery était une situation dont il avait rêvé... (je donnerais cher pour hériter de quelques rêves de Stephen King ! Bon pas TOUTES les nuits, mais juste de temps en temps) : un écrivain handicapé, séquestré par une infirmière psychotique décidée à le forcer à écrire un nouvel épisode de la vie de Misery Chastain, son héroïne préférée. Cette situation de départ était pour King une excellente idée de nouvelle. Paul Sheldon finirait assassiné, et sa peau fournirait la reliure du nouveau &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Misery&lt;/span&gt;...  Mais en cours de route, le personnage prit corps et modifia l'histoire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"...mais en fin de compte ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées. Paul Sheldon se révéla être un personnage plein de ressources, beaucoup plus que ce que j'avais tout d'abord crû, et ses efforts pour jouer les Shéhérazade et sauver sa vie me donnèrent l'occasion de dire certaines choses sur le pouvoir rédempteur de l'écriture que je ressentais depuis longtemps, mais n'avais jamais pris le temps de mettre au clair."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Cette chose-là est toujours difficile à comprendre : que lorsque les personnages attrapent l'envie d'exister, ils ne vous demandent pas la permission, et c'est peine perdue de les forcer à respecter votre volonté. Ils vous narguent, parce qu'ils savent bien que les torgnoler, les attraper par le col et les faire rentrer dans les clous prévus pour leurs déplacements les rendra moins vivants, ce qui desservira l'histoire. Donc l'auteur est piégé, et doit modifier son histoire en fonction des personnages, et non l'inverse... Stephen King se définit comme le premier spectateur de ses histoires. Ma petite expérience va dans le même sens, et c'est en quoi l'écriture est grisante. Car s'il ne s'agissait que de faire s'agiter des poupées de chiffon de droite et de gauche, qui parleraient comme vous, seraient d'accord avec vous, feraient tout ce que vous leur soufflez, quel serait l'intérêt?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/952207/King%20compil.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/400/889274/King%20compil.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il y a pas mal d'anecdotes réjouissantes dans ce livre, on y apprend que "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;La vérité est que tous les écrivains sont pompants. En particulier entre la première et la deuxième mouture, quand la porte du bureau s'ouvre et que la lumière du monde vient l'inonder"&lt;/span&gt;...&lt;br /&gt;Bien sûr, ce sont de basses calomnies. L'écrivain est par essence charmant, d'humeur égale, et il est difficile de trouver moins susceptible.&lt;br /&gt;On y apprend aussi que Stephen King s'est choisi une lectrice fétiche qui n'est pas toujours tendre, voire résolument vache : sa femme. Enfin, c'est son choix, et nous le respectons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour finir, trois conseils qui me ravissent par leur humour ET leur exactitude : le premier concerne les dialogues. L'auteur explique que ce qui compte, ici comme dans tout le texte, c'est l'honnêteté, éthique de romancier qu'il partage, entre autres, avec Chandler :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Si vous êtes honnête quant aux mots que vous faites sortir de la bouche de vos personnages, vous découvrirez que vous vous exposez aussi à pas mal de critiques. Pas une semaine ne passe sans que je reçoive au moins une lettre furibarde (et la plupart du temps, plusieurs) m'accusant d'être grossier, bigot, homophobe, assassin, frivole ou carrément psychotique. Dans la plupart des cas, ce qui a échauffé la bile de mes correspondants figure quelque part dans un dialogue : &lt;br /&gt;"Tirons-nous de ce putain de bled", ou "On n'encaisse pas trop les nègres, dans le coin", ou encore : "Où tu te crois, sale con de pédé ?"&lt;br /&gt;[...] Ce qui compte est de laisser chaque personnage s'exprimer librement, sans s'occuper de ce que pensent les gens bien-pensants ou les dames de la paroisse. Faire autrement serait de la couardise ou de la malhonnêteté ; et croyez-moi, écrire de la fiction en Amérique en ce début du vingt et unième siècle n'est pas un boulot pour les froussards intellectuels."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Petit apparté :  Aujourd'hui, même en France, ce pays si exemplaire de libertés protégées, si vous créez un personnage pédophile, raciste ou simplement cinglé, il y a de grandes chances pour qu'on vous accuse d'être vous-même, forcément, puisque la créature est sortie de votre cerveau malade, un pédophile (au moins un peu, allez ! Y a pas de fumée sans feu...),  un raciste (sur les bords) ou un cinglé (si, allons quoi, vous écrivez de ces trucs !). Ce qui est une preuve de courte-vue, car si on ne plonge pas un peu dans leur crâne, comment comprendre les pédophiles, les cinglés ou les racistes ?... Hein, je vous le demande ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxième exemple : les adverbes. Toute personne prétendant écrire un livre se trouve confronté à ces bestioles, et croyez-moi, c'est une sale engeance. Comme le dit Stephen King avec une bouleversante justesse :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Comme la voix passive, ils donnent l'impression d'avoir été créés pour le bonheur des écrivains timides. Lorsqu'il utilise la voix passive, l'écrivain trahit en général sa peur de ne pas être pris au sérieux ; elle est la voix des petits garçons à la moustache dessinée au cirage et des petites filles clopinant dans les talons hauts de maman. Avec l'adverbe, l'écrivain trahit le fait qu'il craint de ne pas s'être exprimé avec clarté, d'être passé à côté de ce qu'il voulait souligner."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La voix des écrivains timides... c'est trop joli, et tellement vrai (foi d'apprentie écrivain timide). Et il ajoute :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"J'estime que la route menant en enfer est pavée d'adverbes et je le crierai sur les toits. Pour le dire autrement, les adverbes sont comme les pissenlits. Un seul et unique sur votre pelouse, c'est ravissant. Oubliez de l'arracher et, quelques jours plus tard, vous en aurez cinq, puis cinquante le lendemain et, mes chers frères et sœurs, votre pelouse sera recouverte &lt;span style="font-style:italic;"&gt;totalement&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;complètement&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style:italic;"&gt;superlativement&lt;/span&gt; de pissenlits."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste avant d'aller retrouver ma corvée quotidienne de desherbage... pour le cas où certains espèreraient se passer de pissenlits en abusant de synonymes puissants en guise de verbes déclaratifs, je vous préviens : attention, maître King vous a à l'œil, les petits pères :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Certains écrivains tentent de contourner la règle &lt;span  style="font-style:italic;"&gt;pas-d'adverbes&lt;/span&gt; en shootant le verbe déclaratif aux stéroïdes anabolisants. Le résultat est bien connu par les amateurs de littérature de gare :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Pose ce révolver, Utterson !" grinça Jekyll.&lt;br /&gt;    "Continue de m'embrasser !" hoqueta Shayna.&lt;br /&gt;    "Espèce de sale allumeuse !"éructa Bill."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;N'écrivez pas comme ça... s'il vous plaît !&lt;br /&gt;Le verbe déclaratif le plus courant est &lt;span style="font-style:italic;"&gt;dit&lt;/span&gt;, comme dans dit-il, dit-elle, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;dit Bill&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;dit Monica&lt;/span&gt;."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Ok, ok, Stephen ! Si tu le prends comme ça !" explosa Gaëlle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur ce, elle claqua la porte vertement, la rouvrit plus délicatement, dit au-revoir et merci, gentiment, demanda poliment si on en avait terminé pour la leçon du soir, et si elle pouvait aller de ce pas retrouver son manuscrit horriblement raturé... et Stephen King lui répondit chaleureusement, avec un éclair de malice dans l'œil :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Il y a eu des moments pour moi où écrire a relevé de l'acte de foi, a été un crachat dans l'œil du désespoir. La deuxième partie de ce livre a été rédigée dans cet esprit. Je me la suis sortie des tripes, comme nous disions quand nous étions gosses. L'écriture n'est pas la vie, mais je crois qu'elle peut être parfois le moyen de revenir à la vie. C'est quelque chose que j'ai découvert pendant l'été 1999 lorsqu'un homme, au volant d'un van bleu, a bien failli me tuer."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — "Ah ouais, c'est sûr que c'est pas facile, tout ça... Non mais te bile pas, Stevie, je crois que je pige ce truc, là, enlever tous les mots inutiles, les orties, tout ça... dit-elle, conciliante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et tu vois, du coup, t'as même plus besoin d'adverbes, ou de verbes à la con. Hop, disparus !  Au fait, tu sais que je n'suis pas vraiment &lt;span style="font-style:italic;"&gt;là&lt;/span&gt;, hein ?... Juste dans ta tête, parce que tu es très fatiguée? Ok... Maintenant, tu peux aller dormir, va..."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle acquiesça, souriante, et éteignit la lumière du bureau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Mais quoiqu'il en dise, il était là, dans le noir. Et il la regardait. Maintenant qu'elle y réfléchissait, son regard avait quelque chose d'anormal. Etait-ce le disque de la pleine lune ? Le hurlement rauque d'un chien sauvage dans le lointain ? La lueur furtive de phares qu'on eût dits ensanglantés ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se dit qu'il était temps d'aller dormir. Et plus vite que ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/1600/211695/King%20picture%202.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5040/2925/400/368662/King%20picture%202.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bonne nuit...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-116440937351920015?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/116440937351920015/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=116440937351920015&amp;isPopup=true' title='51 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116440937351920015'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116440937351920015'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/11/parlons-boutique-avec-stephen-king.html' title='Parlons boutique avec Stephen King'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>51</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-116303066827395199</id><published>2006-11-08T22:26:00.000+01:00</published><updated>2006-11-09T12:20:29.420+01:00</updated><title type='text'>Allez, cadeau !</title><content type='html'>Bonsoir à tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce billet est dédié à &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/"&gt;Thom&lt;/a&gt; et &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Jenny&lt;/span&gt;.(non, ce n'est pas un gag facile, ce sont deux vraies personnes) Et son titre n'est pas de moi, mais de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Murielle Levraud&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blohttp://www.blogger.com/img/gl.bold.gifgger.com/blogger/5040/2925/1600/Murielle_Levraud.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" 4)src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/Murielle_Levraud.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallait que je vous présente cette personne. &lt;br /&gt;Ça fait un moment que j'y songe. &lt;br /&gt;En fait, j'ai fait sa connaissance à l'abbaye royale de F., un beau soir, et surtout le lendemain : le premier soir elle était cachée derrière Jean Teulé : et comme Jean Teulé est très grand et elle assez petite (enfin comme moi, je pense ? Murielle ? Il faudrait qu'on se mesure un de ces jours), je ne l'avais pas vue.&lt;br /&gt;Le lendemain, il faisait soleil, j'étais de bonne humeur jusqu'à ce qu'elle me dise que mes trente premières pages étaient un peu ennuyeuses... et là, je l'ai vue !&lt;br /&gt;Je l'ai même bien étudiée.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/MurielleLevraudP_de.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/MurielleLevraudP_de.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle était donc assez petite, jolie, et paraissait réservée, enfin jusqu'à ce qu'elle semât quelques bombes dans le calme lénifiant de la conversation. Il paraît qu'elle se retenait depuis deux ans, en même temps. Il fallait bien que ça sorte. Après le café. Au moment de la digestion, là où on est désarmé.&lt;br /&gt;A ce moment-là, je ne savais rien d'elle, parce que je n'avais pas encore lu son livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais plus tard, dans la journée, quand nous eûmes l'occasion de deviser ensemble sur la chasse et les chasseurs, en nous promenant dans les champs autour de l'abbaye, je m'aperçus qu'elle était TRÈS sympathique. Et drôle. Qu'elle me plaisait, quoi.&lt;br /&gt;Quelques jours plus tard elle nous écrivit, à nous, les détenues, un message d'espoir   nous parlant du monde des gens libres qui regonfla nos cœurs inquiets.&lt;br /&gt;Ce monde existait donc encore. Quel soulagement.&lt;br /&gt;Elle me disait aussi que ce mon livre était un cheval, qu'il fallait le faire trotter et galoper, mais que bon, avant tout, ça restait MON cheval... enfin je n'ai pas tout compris, mais ça m'a touchée. (je blague Murielle. Tout le monde sait que les livres sont des chevaux.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a trente ans environ (l'âge du rayonnement serein, chez la femme...), elle élève des escargots (mais pas pour en faire ses amis, non, pour que des gens aux mœurs étranges les dégustent recouverts d'une sauce relevée), des crocus pour faire pousser du safran... et tout ça elle le fait parce que c'est son métier, en plus d'écrire des trucs complètement loufdingues, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"en attendant la gloire qui lui est promise."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est dire si j'attendais son livre avec impatience. Je ne fus pas déçue.&lt;br /&gt;J'en ris encore.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/nallezpascroire.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/nallezpascroire.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si ce billet a l'air confus, voire un peu décoiffé, excusez-moi, c'est que... allez parler d'une façon claire d'un livre qui s'appelle &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"N'allez pas croire qu'ailleurs l'herbe soit plus verte... Elle est plus loin et puis c'est tout"&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, et dont les chapitres se nomment par exemple, outre celui que j'ai repris en titre : (Murielle, ok, tu les auras tes royalties)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " 1. Où la chute est annoncée, comme un cadeau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   5. Deux cœurs égalent un cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   17. Où l'échange de fluides n'est pas celui qu'on croit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   20. SI femme soûle frappe à ta porte, n'ouvre pas, fais la morte&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   21. Hérisson ? Ecrase !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   31. Où la faim de l'autre attirera la fin de l'autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   32. Où Flaque tombe à l'eau."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voyez un peu si c'est commode...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant passons au texte : c'est un roman, donc. Nous voilà à Bassebourg, une petite ville où les gens ont, dans l'ensemble, une tendance naturelle à la méchanceté et aux complots. C'est une petite ville surmontée par une colline baptisée Sainte-Adèle, où se dresse une vieille église du même nom :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "On y accède par un chemin caillouteux traversant une petite forêt d'arbres craintifs. S'ils avaient poussé ailleurs, on aurait parlé d'arbres confiants, mais sur la colline Sainte-Adèle, parce qu'à son sommet se trouve la vieille église, menaçant de s'écrouler à tout moment, on dit arbres craintifs.[...] Les arbres de la colline Sainte-Adèle poussent à genoux et sur le dos, penchés sur la pente en une inclinaison suppliante adressée à la vieille église Sainte-Adèle. On n'a jamais vu un arbre s'enfuir, mais à Bassebourg, si on laissait le choix à ceux de cette colline, ils iraient pousser ailleurs, et tout droit."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un couple, les époux Brisepaille, a trouvé moyen de s'aimer sur cette colline et de fabriquer un enfant heureux prénommé Calme, qu'ils élèvent dans des vêtements trop grands pour son âge.&lt;br /&gt;Las...comme dans toute histoire, il y a un méchant, ou plutôt une méchante : Madeleine Kwa. &lt;br /&gt;Elle est belle, fatale, et en veut à la terre entière. Dès qu'elle voit un homme heureux, et même un homme malheureux, elle ne peut s'empêcher de le faire souffrir de toutes ses forces. Et ces andouilles tombent tous dans le piège. Tous, sauf Monsieur Brisepaille, époux heureux qui lorsqu'il regarde une personne, lui renvoie le reflet de sa vérité profonde. Autant dire que pour la belle Madeleine, la vérité est si dure à affronter... qu'elle s'écroule en sanglots sur son épaule, et qu'il est obligé de la consoler un long moment à l'hôtel, mais en tout bien tout honneur. Je vous jure.&lt;br /&gt;Las...&lt;br /&gt;une petite note d'hôtel trouvée dans sa poche déclenchera la GUERRE DES ÉPOUX BRISEPAILLE.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous en tremblez, et vous n'avez pas tort.&lt;br /&gt;Madame Brisepaille veut se venger. Elle songe bien à l'adultère, mais voilà, pas de pot, elle souffre de fidélité chronique, à son grand dam :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Une question l'obsédait : comment faisaient les autres femmes pour coucher avec leur plombier ? [...]Elle s'était résolue à n'être que celle qui garde les coupes de  champagne, qui surveille le mari. A une occasion, elle s'était retrouvée à garder trois coupettes (3 !), à surveiller trois maris et un amant en titre (4 !) ; elle s''était même sentie obligée de servir les petits-fours pour ne pas éveiller les soupçons. [...] Elle se sentait maudite, elle était incapable d'adultère."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son mari sent bien qu'il y a eu quiproquo, mais qu'elle n'entendra rien, tant elle est têtue. Aussi est-il même prêt à lui faciliter la vengeance adultérine en lui présentant le tombeur de ces dames, chasseur de son état : Zabriel Arcosse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(NB : qu'on me passe les gens qui trouvaient que mes personnages avaient des noms bizarres. J'ai deux mots à leur dire !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref en principe c'est un rituel : vous êtes un homme, vous emmenez votre épouse à la chasse, elle s'ennuie dans le salon du club de chasse et là, surgit Tartarin, euh pardon, Arcosse, qui s'offre pour la consoler et la basculer dans un fourré.&lt;br /&gt; Mais là, non. Malgré les efforts de M. Brisepaille s'escrimant à rater ses proies jour après jour (il a le cœur aussi tendre que Michel Delpech chassant les oies sauvages), cette histoire se termine par un massacre verbal du tombeur...lequel perd aussitôt toute virilité (normal, une seule écharde et c'est toute une carrière de Don Juan qui en prend un coup !), devenant l'employé soumis de cette dame qui non contente de résister à ses avances, a passé sur lui une rage qui n'a désormais plus de limites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Brisepaille s'étant perdue dans la forêt, elle décide de créer un hôtel au sommet de la colline, le Prétentieux, destiné aux seuls voyageurs capables d'aller se paumer aussi loin... et nomme Arcosse directeur de l'hôtel. Lequel reste vide... ce qui contraint l'époux plein d'astuces de Mme à lui envoyer sans cesse des footballeurs de son club, déguisés en randonneurs perdus. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  A ce stade, vous aurez peut-être compris ce que j'entendais par loufdingue ? Mais vous n'avez rien vu encore, ce n'est que le prélude.&lt;br /&gt;Je vais tâcher de ne pas vous raconter la suite débridée de l'histoire pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais sachez que si vous voulez que quelqu'un que vous aimez attrape des fou-rires dans le métro, c'est le bon livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; ( Euh, Jenny, tu es d'accord je pense ?)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce roman, on croise :&lt;br /&gt; 1) un prêtre qui cherche désespérément une sainte à protéger du Mal... et échoue par deux fois...&lt;br /&gt; 2)Des moines d'antan, les Oreux, sourds et muets qui construisirent un souterrain pour se protéger des villageois sceptiques qui leur jettaient au visage des chats sauvages pour les obliger à quitter leur mutisme feint.&lt;br /&gt; 3) Une femme fatale qui tombe amoureuse, rompt sur un malentendu (apparemment c'est un thème fort chez Murielle Levraud : les ruptures, c'est du malentendu qui n'en finit pas. Et qui a des conséquences très regrettables...), et naturellement... veut se venger sur tout ce qui bouge...&lt;br /&gt; 4) Un muet qui, comme il se doit, tient LE café du village, ce qui facilite les blagues de comptoir...&lt;br /&gt; 5) Un agent secret assez pathétique pour s'appeler Flaque et se balader avec une plante verte en guise de camouflage...&lt;br /&gt; 6) Un bibliothécaire maniaque qui ne supporte pas qu'on dérange ses livres et les range dans un ordre très spécial.&lt;br /&gt; 7) Un club de Gens qui ne disent rien mais se tiennent là, Ensemble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; 8)Un commissaire qui rêvait d'être toréador mais n'a gardé du rêve que les chaussettes... car il y aura un cadavre semé au fil de l'histoire, et laissez-moi vous dire que la scène des "aveux" où le détective réunit tout le monde dans le salon, façon Hercule Poirot, est un morceau d'anthologie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et enfin, une étrangère innocente débarquée par le train de 14h17 et que tout le monde va faire son possible pour haïr avant qu'elle comprenne ce qu'elle fait là...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, innocente... c'est juste que Judith, l'héroïne du roman, est une ex traductrice bilingue qui, devenue unilingue suite à un horrible incident, trafique ses C.V, persuadée que personne ne les lit puisque personne n'y répond :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " Elle pouvait écrire n'importe quoi, après tout. Elle innova, s'inventa de nouveaux métiers : trapéziste dentaire, gardienne de pieds de maïs. Qui saurait ? Et si elle s'inventait un passé glorieux de reine des majorettes, de jour et de nuit, experte en maniement des bâtons enflammés, QUI saurait ?..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  C'est précisément ces qualités de majorette qui vont forcer l'admiration de la tyrannique Mme Brisepaille et faire embaucher Judith à l'hôtel du Prétentieux. Encore un quiproquo qui aura des suites fâcheuses à la pelle...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à Madeleine Kwa, la femme fatale, qui était réceptionniste du Prétentieux et amante d'Arcosse jusqu'à la mystérieuse arrivée de Judith, elle a été rétrogradée au rang de femme de chambre et donc d'amante désunie et rageuse (CQFD). Toujours les quiproquos amoureux ! Du coup...&lt;br /&gt;Elle hait Judith, le monde entier et les hérissons (ce mystère sera résolu ultérieurement dans le livre) et... elle fait comme tous les dépressifs : elle regarde un soap !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Il s'appelle &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Passionnément Passionnément"&lt;/span&gt;. En voici quelques extraits, en hommage à un grand auteur comique de ma connaissance qui a mis longtemps à décrocher de son feuilleton préféré :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Christian Carter, le riche héritier de Carter &amp; Carter, s'y oppose violemment à Angela Cartridge, la riche héritière de Cartridge &amp; Cartridge, dans un petit salon :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; " &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;— Taisez-vous, taisez-vous, taisez-vous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se tourna violemment vers la cheminée, pour cacher sa colère qui venait d'éclater devant tout le monde. Elle respirait bruyamment pour se calmer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — Ha! ha ! tonna Christian, victorieux, aurais-je tapé dans le mille ? Saurais-je ce que je ne devrais pas savoir et que vous ne voulez pas que je vous dise que je sache ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — A savoir conjuguer les verbes, railla Madeleine Kwa.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Il se retourna vivement, comme vexé, et, d'une voix sincère et troublée, dit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Je vous aime, Angela. Je suis fou de vous faire souffrir. Ce que vous savez que je sais... Non, ce que je sais que vous savez que...Non, attendez... Ce que vous savez que je savais...&lt;br /&gt;Il s'arrêta un instant et regarda la plante verte avec perplexité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[...]Angela avait posé ses deux mains sur le rebord de la cheminée et regardait le bouquet posé avec perplexité devant elle. Tous les deux se parlaient en se tournant le dos.&lt;br /&gt;  — C'est tout ?&lt;br /&gt;  — Non, attendez, reprit-il confus, ce que je vous savais que vous savez...Non...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   — Mais ça ne va pas prendre toute la journée, allons bon, râla Madelaine Kwa en tapotant avec son plumeau sur la télécommande.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Elle s'adresse alors, furieuse, à Judith qui vient d'arriver :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "— Je ne sais pas pourquoi je regarde ça, ça m'énerve. Lui, vous l'avez vu ? C'est un homme, et ils l'appellent Christiane. Ridicule. Ça m'énerve. Vous regardez, vous ?&lt;br /&gt;Ça m'énerve."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu plus tard, on retrouve Madeleine Kwa, amante de plus en plus brisée par la séparation d'avec son homme, en train de regarder... son feuilleton !  Et c'est une scène d'hôpital, cette fois. (Oui Thom !) Christian, le bellâtre un peu emmêlé dans les conjugaisons, est dans le coma, Angela en larmes à son chevet.&lt;br /&gt;Survient Crooney Cartman, le riche héritier de Cartman &amp; Cartman, qui aimerait, et c'est bien normal, savoir comment on en est arrivés là (nous aussi) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; " &lt;span style="font-style:italic;"&gt;— Comment est-ce arrivé, Angela ? Que s'est-il passé ? Pourquoi est-il dans cet état-là ?&lt;br /&gt;Angela renifla et regarda le pauvre Christian allongé, des tuyaux posés dans son nez, avec perplexité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — Nous... nous discutions et... il essayait de me dire quelque chose et... il essayait, il essayait et... il est tombé, comme ça... il essayait... il s'est touché la tête et... il s'est écroulé sur le sofa... Alors qu'on ne s'y assied jamais !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Elle se mit la tête dans les mains et éclata en sanglots.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Comme ça, balbutia-t-elle, il allait me dire quelque chose et...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Il a essayé de réfléchir, railla Madeleine, pas l'habitude, voilà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-style:italic;"&gt; — Je n'ai pas eu le temps de lui dira que je l'aime, moi aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Comment ça, vous aussi ?... Vous aussi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Angela leva ses yeux incrédules sur Crooney.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — Pourquoi ?... Vous aussi ?&lt;br /&gt;  — Mais non ! Pas moi ! Mais vous ?&lt;br /&gt;  — Moi ? Oui.&lt;br /&gt;  — Et lui ?&lt;br /&gt;  — Lui aussi. C'est ce qu'il m'a dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Crooney se mit la main sur le front.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; — Attendez, je ne comprends pas, il faut que je réfléchisse.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; — Ouh là, deuxième coma en perspective, persifla Madeleine Kwa."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Voilà Thom, c'est fini.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trêve de rigolades, Madeleine souffre vraiment, à force de côtoyer tous les jours un homme qu'elle ne sait plus pourquoi elle a quitté (mais nous si : sur un quiproquo !) et qui lui manque tant que son cœur n'est plus qu'une moitié de cœur. Lequel homme est tout aussi en manque, et se promène avec sa propre moitié de cœur qui saigne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;   "Madeleine ne voulait pas le regarder. Elle était troublée. Elle sentait son demi-cœur battre plus, saigner moins. Un délice, ce soulagement. Elle en voulait encore, mais elle n'en voulait pas. Le cœur a sa maison, la raison a sa maison ; on n'habite pas deux maisons. Où aller ?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne saurait mieux résumer l'éternel dilemme qui secoue la majorité des individus au moins une fois dans une vie humaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à Judith, au moment où elle n'a plus qu'une obsession, quitter Bassebourg, l'amour lui tombe dessus par surprise. Et là nous avons une belle illustration de la cristallisation Stendhalienne par Murielle Levraud : ou comment parer un individu de toutes les qualités sous le prétexte foireux qu'on vient de tomber amoureux de lui :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "Heureuse, Judith. Il lui avait tendu une main franche, il avait un regard franc, un sourire franc, il devait s'appeler François.&lt;br /&gt;[...] François (appelons-le François) avait un physique de gringalet. Mais il n'était pas chétif, il était juste plus petit que la moyenne, et ses muscles étaient longs ; [...] S'il était beau, ce n'était pas d'une beauté grecque, mais plutôt d'une beauté simple, du genre humain. Mais il avait bien deux bras, deux jambes, une tête avec deux yeux, un nez, une bouche et deux oreilles, chacune de son côté. Un regard franc, un sourire franc. "Beau comme un dieu".&lt;br /&gt;[...] Elle s'était longtemps trompée en pensant que l'amour n'arrivait qu'au cinéma, et quand elle avait réalisé que la vie l'offrait aussi, que peut-être elle aussi, peut-être... Elle avait décidé de ne plus s'allonger là, de ne plus attendre que des mots d'amour pour elle. Bon, ils ne venaient pas, mais elle ne cédait pas non plus. Elle voulait des mots d'amour. Puis, quand elle serait bien sûre, rassurée, elle se laisserait aller aux gestes, puisqu'ils seraient d'amour. Avec François c'était différent. C'était trop différent. Elle était perplexe. Ses mots d'amour, elle s'en moquait bien, elle voulait ses gestes."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allez y comprendre quelque chose, entre les mots et les gestes, les gestes et les mots (enfin moi je préfère quand il y a les deux, mais c'est personnel)... et après ça, étonnez-vous qu'il y ait tant de quiproquos en amour ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allez, un dernier petit extrait : dans le tourbillon des aveux de la fin déclenchés par le commissaire Traquenard, les "faux clients de l'hôtel" mais vrais footballeurs se confessent :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt; " — C'est vrai, on n'est pas des vrais promeneurs égarés... Et puis, on ne peut pas marquer de but ; de la tête, ça décoiffe, et du pied, ça fait mal. On est fragiles."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aux dernières nouvelles, Murielle Levraud élève toujours des escargots, fait pousser du safran et écrit un deuxième roman que j'espère pour ma part de la même veine que le premier. Des fou-rires sur plus de deux cent pages, ça ne se refuse pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette année, dans le couloir de l'abbaye, Jean Teulé l'a croisée et lui a dit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — Murielle, tu viens de croiser ton plus grand fan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et elle de répondre :&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt; — Ah bon, où ça ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Si vous en voulez encore... il reste le roman ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bonne nuit à tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/pho8.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/pho8.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-116303066827395199?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/116303066827395199/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=116303066827395199&amp;isPopup=true' title='71 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116303066827395199'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116303066827395199'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/11/allez-cadeau.html' title='Allez, cadeau !'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>71</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-116220902745512056</id><published>2006-10-30T09:31:00.000+01:00</published><updated>2006-10-30T14:31:11.440+01:00</updated><title type='text'>Michel Faber, le "Victorien" avant-gardiste</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me revoilà. Je déroge à mes devoirs pour venir écrire ici, alors il me fallait une bonne raison. Et quelqu'un qui ne rougisse pas trop de se retrouver à côté de Chandler.&lt;br /&gt;Donc... Michel Faber.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/fabermichel_2l.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/fabermichel_2l.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous vois d'ici : "Ça y est, elle va encore nous enquiquiner avec &lt;span  style="font-style:italic;"&gt;la Rose pourpre et le lys&lt;/span&gt;, je le vois d'ici !"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Euh... Vous n'avez pas tort, mais ce n'est pas tous les jours, dans une vie de lecteur, qu'un livre vous saisit avec la rapidité d'un aigle, vous fait visiter un monde qui n'a rien d'un décor peint où rien ne suinte, et finit par desserrer son étreinte juste assez pour vous laisser choir, épuisé et reconnaissant. Frustré aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Car &lt;span style="font-style:italic;"&gt;La Rose Pourpre et le Lys&lt;/span&gt;, ce chef-d'œuvre de "moderne victorien", vous laisse sur votre faim. L'auteur vous a savamment pris par la main pour vous transplanter en plein XIXème siècle à Londres, vous attacher aux pas de tous ses personnages, de Caroline la petite prostituée des bas quartiers à Sugar, celle qui est "mieux côtée", de Sugar et son monde âpre et vénéneux, de cette antre sans chaleur à l'univers feutré des bourgeois qui se pincent le nez mais vont au bordel, de William Rackham le parfumeur en pleine ascension sociale à sa femme Agnès, malade à crever pour une autre raison que ses nerfs ébranlés... d'Agnès à Sophie, la petite fille qu'elle a eue mais qui doit se cacher car elle est la preuve d'une impureté charnelle qu'Agnès ne peut souffrir... de Sophie aux petites bonnes de la maison, au peuple des cuisines qui recueille parfois cette enfant privée d'amour, comme une plante privée de lumière... &lt;br /&gt;Et quand vous vous êtes étroitement attaché à ces personnages nombreux, complexes à l'envie, quand vous avez tremblé pour eux, éprouvé de la pitié, de la répulsion, de l'appréhension, du désir, du mépris.... hop, ils s'en vont, le narrateur vous congédie sans que vous ayiez votre mot à dire. Le rideau se baisse, les destins demeurent suspendus, pour certains. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc ce livre vous laisse essoré et hanté pour longtemps. Il y en a peu, des comme ça, de nos jours. On peut les compter sur les doigts d'une seule main ; des deux mains, ce n'est pas sûr.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2879293871.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2879293871.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était temps, par conséquent, que je me penche avec vous sur l'homme qui a réussi cette magie, dont je n'étais pas sûre qu'elle fût possible avant de croiser son livre: à la fois un roman parfaitement fidèle à l'époque victorienne, à tel point qu'on croirait que l'auteur en revient, et si moderne dans la forme, dans le propos. Nul anachronisme. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/london_map_750.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/london_map_750.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;   &lt;br /&gt;    Mais Dickens, dont on sent si fort l'influence et l'humanité derrière celle de l'auteur, eût rougi à chaque page, et/ou applaudi, et craint deréchef un procès destiné à perdre cet auteur audacieux. Il eût envié cette facilité à entrer dans le cerveau d'une femme "folle", dans celui d'une prostituée, ce "bas du bas" de toutes les sociétés, et même dans celui de cet homme qui croit qu'une femme s'achète comme un cheval, et que c'est sans conséquences...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En réalité, ce billet aurait aussi bien pu s'intituler :&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;DES CONSÉQUENCES D'UN TRÈS BON LIVRE SUR SES LECTEURS... ET SUR L'AUTEUR.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Michel Faber a plus de quarante-cinq ans, il est né en Hollande. De là, il a migré tôt avec sa famille en Australie, et vit maintenant en Ecosse, dans une gare désaffectée des Highlands.&lt;br /&gt;Il a mis 20 ans à écrire &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;La Rose pourpre et le Lys&lt;/span&gt; : le titre anglais, The crimson petal and the white, est tiré du début d'un poème de Lord Alfred Tennyson :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"  Now sleeps the crimson petal, now the white;&lt;br /&gt;Nor waves the cypress in the palace walk;&lt;br /&gt;Nor winks the gold fin in the porphyry font:&lt;br /&gt;The fire-fly wakens: waken thou with me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Now droops the milkwhite peacock like a ghost,&lt;br /&gt;And like a ghost she glimmers on to me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Now lies the Earth all Danaë to the stars,&lt;br /&gt;And all thy heart lies open unto me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Now slides the silent meteor on, and leaves&lt;br /&gt;A shining furrow, as thy thoughts in me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Now folds the lily all her sweetness up,&lt;br /&gt;And slips into the bosom of the lake:&lt;br /&gt;So fold thyself, my dearest, thou, and slip&lt;br /&gt;Into my bosom and be lost in me."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Holly, si tu veux traduire, comme je sais combien tu aimes traduire la poésie... tu es la bienvenue !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/1841953245.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/1841953245.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Michel Faber dit que son titre, inspiré par le début du poème, n'est pas directement relié au roman, ou plutôt que c'est plus complexe :&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;    Littéralement, "The crimson petal", le pétale écarlate, pourrait être Sugar, la prostituée, et tout ce qu'elle représente, le désir, la noirceur, la passion sensuelle. Et le pétale blanc serait Agnès, la femme de William Rackham, atteinte d'une tumeur au cerveau, information que seul détient le lecteur, tandis que ses contemporains ne voient en elle qu'hystérie, ébranlement nerveux grandissant. Ce "pétale blanc", ce lys, ne se rêve que pur, convoyé par des religieuses surnaturelles vers un au-delà paradisiaque. Le sang menstruel est pour elle une atteinte satanique répétée, un châtiment sans doute mérité, dont on ne peut parler. Ainsi le pétale blanc devient-il sanglant chaque mois, stigmates d'une tâche originelle, tandis que le pétale écarlate, Sugar, apparaît une nuit à Agnès comme son ange gardien. Elle n'en démordra plus, en cherchant partout la trace en vain, en guettant la silhouette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ajoutons que William Rackham, homme à la veulerie ordinaire, serré entre ses deux femmes, une qui ne se laisse pas toucher et l'autre qui se laisse toucher à des fins  précises, est parfumeur, comme le souligne Faber : son métier est donc de manier toutes sortes de pétales pour en extraire le suc. Il respire Sugar sans se douter de ce que son parfum recèle de ferme résolution. Il respire Agnès parce qu'elle lui appartient de droit, comme Sugar lui appartient car il l'a achetée, mais sans se douter que dès qu'il approche son épouse, elle le fuit, empruntant aussitôt le corridor de sa folie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref. Autant vous dire que ce roman de 1200 pages se lit en un rien de temps, bien que superbement écrit. Dès les premières pages, on tente de freiner sa lecture de peur de le finir trop vite. Pour en savoir plus sur &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;La Rose pourpre&lt;/span&gt;, vous pouvez lire &lt;a href="http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/05/des-bas-fonds-de-londres-un-mariage.html"&gt;ceci&lt;/a&gt; ou &lt;a href="http://rosesdedecembre.blogspot.com/2006/08/la-rose-pourpre-et-le-lys.html"&gt;cela&lt;/a&gt;, bien mieux développé par Holly...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais revenons à l'auteur. Voilà qu'il publie aujourd'hui &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les contes de la rose pourpre&lt;/span&gt;, une sorte de suite à l'histoire.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2879295475.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2879295475.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt; Et dans la préface, il raconte pourquoi ce livre de nouvelles s'est en quelque sorte imposé à lui, bien que la raison soit sûrement et avant tout son envie de retrouver certains personnages, ou d'en explorer d'autres. Mais enfin voilà le constat qu'il nous livre :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Je ne peux que présumer qu'il y eut très peu de lecteurs de mon roman, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;la Rose pourpre et le lys&lt;/span&gt;, pour être allés droit à la dernière page, car is ont été un trop grand nombre à me faire savoir combien ils se sont sentis orphelins une fois arrivés là."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ajoute ensuite qu'il a ressorti la caisse de lettres reçues de ses lecteurs, et en livre quelques extraits que je trouve exquis, même si je ne partage pas leur avis :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ainsi, un habitant des Pays-Bas lui écrit ceci : &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"L'histoire se termine car, à l'évidence, vous avez dit tout ce que vous aviez à dire... Pourtant je voudrais vous demander une suite, pour les raisons suivantes : [...] Dans ma vie il y a eu un certain nombre d'adieux soudains et irrévocables, qui m'ont laissé des sentiments durables de douleur et de culpabilité. Pourquoi me faites-vous souffrir davantage ?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je trouve cette lettre à la fois touchante, et gonflée...  Mais avant tout, elle dit bien comment un écrivain parvient, quand il est très bon, à insuffler tant de vie à ses personnages que le lecteur ne peut les quitter sans souffrance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faber poursuit, les extraits de lettres se succèdent, réclamant une suite tantôt avec colère : "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Comment osez-vous, monsieur ? Quelle fin !&lt;/span&gt;" ou tantôt en suppliant : "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;J'aurais facilement pu lire mille pages de plus. Je vous implore donc, s'il vous plaît, s'il vous plaît, S'IL VOUS PLAÎT, écrivez une suite à l'histoire.&lt;/span&gt;"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là, on sent bien que la politesse est de pure forme, c'est un ordre déguisé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un autre affirme, péremptoire : &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Les romans ne sont pas censés s'arrêter comme ça, tout simplement ! Les romans ne sont pas comme la vraie vie. Les romans sont censés avoir des fins satisfaisantes et bien ficelées."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, là je pense aussitôt à &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Misery&lt;/span&gt; (ah, que feraient certains lecteurs s'ils pouvaient détenir Michel Faber quelques mois chez eux, et le forcer à écrire avec le bas du corps en bouillie...), mais aussi à Sir Arthur Conan Doyle forcé de ressusciter Sherlock Holmes devant un tollé général... Nous appellerons ça la tyrannie du lecteur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; A ces lecteurs tyranniques je préfère ceux qui respectent le bon vouloir de l'auteur (c'est LUI qui décide, bon sang !) et font avec... comme celui-ci, par exemple :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Je viens à l'instant de faire mes adieux, sachant qu'il doit en être ainsi. Toute la semaine il a fallu que je me pince pour me rappeler que mes nouveaux amis ne dureraient pas toujours — seulement jusqu'à la fin de la semaine ou peut-être un peu plus longtemps. Maintenant ils sont partis — j'espère pour un destin meilleur."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou ce dernier lecteur, ma lettre préférée entre toutes : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Quelques jours avant Noël, j'étais à moitié éveillé et la  première pensée qui m'est venue était ce que je pourrais offrir comme cadeaux de Noël à Miss Sophie, Sugar et Mrs Fox. Puis je me suis rappelé qui elles étaient."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Pour comprendre combien Faber s'attendait peu à ce mouvemement de masse de ses lecteurs, il faut se pencher sur une interview passionnante qu'il a donnée à C. P. Farley, en compagnie de sa compagne Eva, partenaire attentive durant toute l'écriture de la &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Rose pourpre&lt;/span&gt;, et dont vous trouverez l'intégralité &lt;a href="http://www.powells.com/authors/faber.html"&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; L'auteur y explique qu'il a écrit trois versions successives de son roman, et que durant les vingt ans qui ont abouti à la version finale, il a évolué en même temps que son histoire. Il faut dire qu'il a commencé très jeune, à une vingtaine d'années... autant dire au berceau, pour un écrivain ! (Oui Thom, la vingtaine, pour un romancier, c'est le berceau.) Longtemps, il a écrit pour ce qu'il appelle le &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Dieu de la littérature"&lt;/span&gt;, cette entité qui &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"lit vos trucs et dit soit "Ouais, ça va faire l'affaire" ou "Non, ce n'est pas assez bon." Il ajoute "Je n'avais pas idée de toucher des lecteurs, de vrais êtres humains."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu à peu, au fil de longues conversations nocturnes avec sa patiente Eva, à 4h du matin, nous est-il précisé... (Eva, tu as toute mon admiration), s'est posé le débat suivant : doit-on inclure le lecteur dans le processus d'écriture ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est toute la question de la littérature actuelle qui est posée, en fait, et même de  l'art en général. On écrit d'abord pour SOI, en principe. Pour nombre de raisons : répondre à ses propres questions, régler d'anciens comptes, comprendre un peu mieux comment marche le monde, se démultiplier à travers d'autres vies que la sienne ou mieux trouver sa place microscopique dans l'univers... allez savoir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Puis, la maturité venant, les romanciers commencent à prendre en compte le lecteur. Hitchcock écrivait ses scénarios en incluant systématiquement le spectateur, et en jouant avec lui. Beaucoup d'auteurs font de même. Mais ça nécessite de se poser toutes sortes de questions techniques (quel point de vue adopter ? Quelles sont les informations que le lecteur doit connaître pour ne pas être trop perdu ? Lesquelles doit-il impérativement ignorer, sans qu'il nous en veuille au final de les lui avoir cachées ? Doit-on le supposer très intelligent ou très bête ? etc.) et éthiques : la fameuse question de la sincérité dont parle beaucoup Chandler : écrire, c'est forcément truquer un peu. Mais on peut truquer plus ou moins sincèrement. Chandler dit que le lecteur ne supporte pas qu'on l'ait complètement roulé dans la farine par des procédés douteux, par exemple en lui cachant des informations capitales, ou en le lançant sur de fausses pistes sans autre but que de le leurrer pour faire sa petite affaire sans lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut aussi écrire sans songer un instant au lecteur : qu'il aille se faire pendre celui-là, s'il ne comprend pas les fabuleux méandres de mon cerveau, s'il ne connaît pas sa trigonométrie, s'il n'est pas foutu de s'élever jusqu'à moi. Je ne m'intéresse, comme un prof pète-sec, qu'à ceux qui ont un cerveau de taille suffisante pour me suivre. Les autres rateront l'examen d'office et iront lire du Harlequin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En d'autres termes, il y a les romanciers qui écrivent pour des agrégés de lettres, au minimum.... d'autres qui écrivent avec des phrases de cours primaires, histoire d'être sûrs d'accrocher le public moyen d'un jeu télévisé, (ce qui n'est pas toujours un bon pari)... et ceux qui tentent de naviguer entre les deux, et partent du principe qu'on peut donner le meilleur de soi-même, aller le plus loin possible, sans pour autant exclure la majorité des lecteurs, lesquels ne demandent qu'à être mieux nourris que ce qu'on leur sert en général. Michel Faber appartient à la dernière catégorie, vous l'aurez deviné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes ces questions, Faber se les est si bien posées, qu'à la fin il écrit un livre qui prend le lecteur par la main dès la première page :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Faites attention où vous posez les pieds. Gardez toute votre tête ; vous allez en avoir besoin. La ville où je vous emmène est vaste et compliquée, et vous n'y êtes jamais allé. Vous croyez peut-être, de par certaines histoires que vous avez lues, que vous la connaissez bien, mais ces histoires vous ont flatté, vous accueillant comme un ami, vous traitant en familier. La vérité, c'est que vous êtes un étranger venu d'une époque et d'un lieu complètement différents."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/a.0.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/a.0.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et à la fin, quand tout est consommé, il le congédie ainsi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  " Et à vous aussi : adieu. &lt;br /&gt;  Une séparation brusque, je sais, mais il en est toujours ainsi, n'est-ce pas ? Vous pensez que cela durera toujours, et soudain, c'est fini. Je suis content que vous m'ayiez choisi, cependant ; j'espère que j'ai satisfait tous vos désirs, ou au moins que je vous ai fait passer un bon moment. Nous avons été si longtemps ensemble, et nous avons vécu tant de choses, et pourtant je ne connais même pas votre nom !&lt;br /&gt; Mais maintenant il est temps de me laisser partir."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Quand j'en suis arrivée là, j'ai applaudi silencieusement. Un artiste accompli ne fait que ce qu'il veut. Il peut bien employer à sa guise le langage de Sugar &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"J'espère que j'ai satisfait tous vos désirs"&lt;/span&gt;, il fait comme elle : il n'en fait qu' à sa tête. Il ne cède jamais à la complaisance. La générosité littéraire, c'est de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;"se vider de son sang à chaque page"&lt;/span&gt;, comme dit Chandler. Pas de servir les plats, ni de faire en sorte que le lecteur, toutes ses questions apaisées par de fausses réponses, puisse s'endormir comme un enfant de trois ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Bref. Devant tout ce courrier de lecteurs &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"orphelins"&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"sonnés"&lt;/span&gt; par sa fin, comment a réagi Faber ? S'est-il laissé fléchir ?&lt;br /&gt; Hé hé hé. Là, je vous tiens. Suspense...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je m'offre une anecdote, tiens, pour le faire durer : Charlotte Brontë écrivait son dernier livre, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Villette&lt;/span&gt;, lorsque son père lui demanda si pour une fois elle ne pourrait pas faire en sorte de le terminer sur un happy-end, et que le héros et l'héroïne, comme dans les contes, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"se marient et aient beaucoup d'enfants"&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;Elisabeth Gaskell nous révèle dans sa biographie comment Charlotte résolut ce dilemme:&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Mais l'idée de la mort de M. Paul Emmanuel dans un naufrage s'était imposée à son esprit de telle sorte qu'elle semblait presque réelle, et elle ne pouvait pas plus changer la fin de son récit qu'elle n'aurait pu changer la réalité.&lt;br /&gt; Tout ce qu'elle put faire pour satisfaire au désir de son père fut de voiler le destin de son personnage par des paroles sibyllines et de laisser au lecteur, selon son discernement et son caractère, le soin d'interpréter leur sens."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et... que croyez-vous qu'ils firent, les lecteurs ? Ils écrivirent à Charlotte... pour se plaindre ! Ils voulaient savoir, sur le champ, ce qui arrivait vraiment A LA FIN. &lt;br /&gt;Comme quoi... rien ne change... C'est l'éternel jeu entre le romancier et son lecteur : Je te dirai ce que je veux bien te dire, et tu me réclameras ce que tu veux despérément savoir. Car il te faut des certitudes, et moi j'aime le flottement, ce qui n'est pas dit, à peine suggéré. Et puis parce que tu es un peu feignant (si si) et que moi, je veux que tu t'appropries si bien les personnages que tu sois capable, comme lorsque tu étais enfant, de leur imaginer une vie entière après avoir refermé le livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Revenons à Faber. Voilà comment il s'en est tiré. Avec maestria, ce qui n'étonnera pas ses lecteurs :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Je n'ai pas répondu à autant de lettres que j'aurais voulu, parce que je me suis fatigué d'expliquer qu'il n'allait pas y avoir de suite. [...]&lt;br /&gt;Quoiqu'il en soit, la fin de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;la Rose pourpre&lt;/span&gt; n'est pas si soudaine qu'il peut sembler à première vue. Relisez les derniers chapitres, et vous verrez qu'il s'y déroule un processus graduel de séparation, de baissers de rideaux, que la narration tire successivement sa révérence à chacun des personnages principaux. Oui, leur avenir est incertain ; mais ainsi est le nôtre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me voici donc, en 2006, en train de présenter un recueil d'histoires issues de La Rose pourpre. Ai-je changé d'avis à propos des suites ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Non. C'est un livre d'histoires dont les héros sont des personnages de la Rose pourpre et le Lys. Vous n'avez pas besoin d'avoir lu ce livre afin d'apprécier celui-ci. Les histoires sont, ainsi qu'elles devraient être, de petits mondes en soi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Certains personnages de ces nouvelles histoires sont beaucoup plus jeunes qu'ils ne l'étaient dans le roman, certains sont beaucoup plus vieux. L'un des contes met en scène le fils de l'un des personnages de la Rose pourpre, qui évoque l'époque édouardienne dans les années 1990 — pour nous rappeler que quelques vies suffisent à nous relier aux siècles lointains."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Élégante parade, n'est-ce pas ? Et il ajoute, futé :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Les conte rassemblés ici possèdent une intégrité narrative, et si la Rose pourpre n'avait jamais existé, j'aurais voulu les écrire quoiqu'il en soit. &lt;br /&gt;[...] Mais pourquoi ces personnages, et pas d'autres ? Pourquoi ce mince volume, et pas plus ? Parce que c'étaient les contes qui exigeaient d'exister. D'autres personnages excitaient ma curiosité, des personnages avec lesquels j'aurais aimé passer plus de temps. Ils ont poursuivi leur route, disparu dans L'Histoire. J'ai dû les laisser partir.&lt;br /&gt;Mon seul regret est de ne pas être parvenu à écrire une histoire sur Henry  Rackham, un homme bien qui méritait bien plus qu'il n'a eu dans la Rose pourpre. Je lui ai donné une chance de vivre à nouveau, plus jeune, enfant même. Je l'ai supplié de saisir l'occasion d'exprimer ce qu'il avait été trop timide pour exprimer la première fois. Il est resté trop timide.&lt;br /&gt;Il faut respecter de telles choses."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là, un lecteur qui n'a jamais écrit de fiction pourrait croire qu'il joue. Mais non, j'affirme qu'il est sincère, et qu'il vient de découvrir avec &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;La Rose pourpre&lt;/span&gt; une drogue dont on ne peut plus se passer une fois qu'on y a goûté : la liberté des personnages qui échappent à leur créateur. Je l'ai vécue il y a peu, et n'envisage plus de m'en passer, je sais de quoi je parle. Et pour Faber, je me permets d'affirmer, oui. Sur la foi de cette interview dont je parlais. Parce qu'il n'en fut pas toujours ainsi pour lui, de son propre aveu. &lt;br /&gt;  Quand on commence à écrire des romans, durant son "enfance de romancier", il l'explique fort bien (cela concerne les premières versions de son roman, et pas mal d'années), on pense qu'on peut faire ce qu'on veut des personnages, les tordre dans un sens ou dans l'autre pour faire fonctionner son scénario selon ses plans. Faber l'exprime ainsi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "I think in the first version of the book I saw the characters very much as tools, as puppets. Because I'm good writer I was able to make them credible, to give them an aura of being human. Whereas, if i'd been a less talented writer, they would have been ciphers or chess pieces. But deep down they really were still puppets of a certain very dark, negative, deterministic worldview.&lt;br /&gt;  I think in the last version, it really feel as if I was giving them free will, as if I was allowing them their humanity, and was sort of watching to see what they would do with it."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;  Il ajoute que dans la dernière version du livre, et jusqu'à la fin, il ne savait pas, en toute sincérité, si Sugar allait survivre ou non, si elle y parviendrait. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Les lecteurs pensent souvent qu'on plaisante quand on s'étonne de ce qu'un personnage ait pris chair si fermement qu'il fout en l'air une partie de notre histoire, qu'il faut alors reconstruire selon ses désidératas, respectant sa "volonté humaine", son existence propre, et sinon... le forcer à respecter l'histoire et étouffer son existence, le rendre aussi docile qu'une marionnette...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Cela a beaucoup à voir avec la manière d'être des parents, en fait. On peut vouloir à toute force que son rejeton rentre dans le moule prévu à son intention, pour son bonheur ça va de soi...  Qu'il soit énarque, avocat, médecin, épouse telle ou telle fille, ait tant d'enfants etc... ou bien on peut considérer qu'on est là pour l'aider à devenir lui-même le mieux possible, comme un tuteur sur un arbuste, destiné à disparaître le jour où l'arbre prendra toute son amplitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Autant dire que je préfère, dans les deux cas, qu'on ait l'humilité d'admettre qu'on n'est que le vecteur qui permet à une vie de prendre force et consistance, et que le reste ne nous appartient pas. Ce qui, par contre, nous incombe, c'est de donner à cette vie tous les moyens possibles d'advenir et de s'exprimer avec sa voix singulière. Ainsi, nous quittons l'état flatteur de Dieu-tout-puissant pour devenir le spectateur étonné de ce qui se passe et se sert de nous, pour arriver sur la page ou dans le vrai monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;   C'est à ce genre d'évolution, qui demande beaucoup d'années, de doutes, de questionnements à 4 heures du matin... (seul ou accompagné), que l'on reconnaît un vrai romancier. Si ses personnages sont des pantins, si son histoire seule compte, s'il est au centre de cette histoire et veut nous imposer son avis sur telle ou telle question et que les personnages ne sont que de pauvres satellites, alors, c'est raté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Bon, il est temps de vous offrir un extrait de ces fameuses nouvelles, qui sont un régal...  Les lecteurs de &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;la Rose Pourpre&lt;/span&gt; y retrouveront le Londres de Faber, les rues crasseuses, les prostituées, la façon dont on raille les vieilles filles au grand cœur qui veulent changer le monde, les bizarreries sexuelles des clients, l'humour, la noirceur, et l'esprit des suffragettes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans une des nouvelles, "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;The Apple&lt;/span&gt;", qui donne son titre anglais au recueil, on retrouve Sugar, des années avant que son destin ne croise celui de William Rackham. Un incident fâcheux mettant en jeu une pomme et un enfant maltraité la pousse à se découvrir physiquement mais surtout, ce qui est bien plus grave pour elle, à dénuder cette fragilité qu'elle cache avec un soin maniaque. Il lui fait alors calmer son cœur qui s'emballe, se ressaisir, parce qu'un jour, elle le sait, viendra LE moment qu'il lui faudra saisir sans trembler :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Une fois encore, Bon Dieu, elle s'est laissée emporter. Elle ne sortira jamais de Silver Street si elle continue comme ça. Seule la résolution la plus ferme et le cœur le plus froid la sauveront de cette vie de sujétion. Un jour viendra, sans se faire annoncer, où une occasion d'échapper à son destin lui sera offerte, et elle doit être prête pour ce jour-là. Un homme puissant entrera par hasard dans sa vie, avec l'intention de l'utiliser une fois avant de disparaître de nouveau dans ses hautes sphères. Mais dans la chaleur du moment, il lui échappera une confession, ou il lâchera un nom qu'il désirait garder secret, ou peut-être que simplement elle lui tapera dans l'œil et voilà qu'il sera attrapé. Cela pourrait arriver de n'importe laquelle d'une centaine de façons qu'elle ne peut même pas imaginer en cette matinée comme les autres dans sa chambre horriblement familière au papier défraîchi, aux plinthes pourries et aux draps froissés. La seule certitude est que cette occasion ne se présentera qu'une seule fois et son esprit devra être clair et ses émotions muselées."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;    Voilà, vous venez de faire la connaissance de Sugar. Vous pouvez maintenant, si vous ne l'avez pas fait, bande de petits veinards, attaquer la Rose pourpre en version poche...&lt;br /&gt; &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2757801570.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2757801570.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2757802046.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2757802046.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;Quant à ceux qui l'ont fait, consolez-vous de l'avoir fini... avec ces nouvelles. Vous n'aurez pas tout perdu, au contraire. Voilà du rab. Et il est délicieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Et pour les incorrigibles qui resteraient insatisfaits après avoir dévoré les &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Contes de la rose pourpre&lt;/span&gt;, je ne vois plus d'autre solution que de vous laisser en tête-à-tête avec la conclusion de la préface de Michel Faber :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;   " Et voilà tout. Je comprends que des lecteurs persistent à vouloir en savoir plus [...]. En relisant ma correspondance, j'aimerais connaître ce qu'il est advenu de certains lecteurs qui ont pris la peine de m'écrire. L'homme qui avait un cancer et lisais La Rose pourpre à l'hôpital, est-il en vie ? La prostituée qui m'a dit qu'elle abandonnait la partie pour retourner à l'enseignement, l'a-t-elle fait ? Et ainsi de suite. Je ne le saurai peut-être jamais."    &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;        &lt;br /&gt;      Avouez qu'il se défend remarquablement, cet homme-là.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/faber37471.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/faber37471.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;      Sur ce... bonne lecture !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-116220902745512056?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/116220902745512056/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=116220902745512056&amp;isPopup=true' title='69 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116220902745512056'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116220902745512056'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/10/michel-faber-le-victorien-avant.html' title='Michel Faber, le &quot;Victorien&quot; avant-gardiste'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>69</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-116135300393370131</id><published>2006-10-20T13:05:00.000+02:00</published><updated>2006-10-22T15:19:50.976+02:00</updated><title type='text'>Chant d'amour à Raymond Chandler</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce petit billet est dédié à C.F. et à M.L., en espérant qu'ils se reconnaîtront et en feront leur miel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais, je me fais rare... Mais je dois rendre ma copie fin novembre, et je corrige, j'enlève quelques petites choses par-ci, j'en rajoute par-là... et pour me délasser, je lis James Matthew Barrie, et &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Raymond Chandler&lt;/span&gt;. Figurez-vous que je dois me battre pied à pied pour que le jeune héros de mon roman continue à lire du &lt;a href="http://home.comcast.net/~mossrobert/"&gt;Chandler&lt;/a&gt;. Ça m'agace. Alors pour narguer un peu ceux qui tiennent à faire sauter ce nom (qui ne sautera pas, je suis têtue !), j'ai décidé de vous parler de cet auteur que je vénère, bien qu'il soit mort depuis un bail. J'ai fait sa connaissance (pas en chair et en os, je ne suis pas  si veinarde) à l'âge de 14 ans. Sa fréquentation m'a fait un bien fou, tant il était élégant, spirituel. Assez vite, je me suis aperçue que ses livres étaient mieux traduits par Boris Vian... Ce qui limitait le choix, à moins se pouvoir se délecter en anglais (problème récurrent chez moi !) de son style inimitable. Donc Holly, après avoir traduit tout Barrie et tout Lewis Carroll, que dirais-tu de t'attaquer à Chandler ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;       &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/Chandler.1.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/Chandler.0.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;Si j'ai décidé de vous parler aujourd'hui de mon ami Raymond Chandler (car tous les écrivains qui m'ont un jour consolée deviennent mes amis, même si la majeure partie l'ignorent parce qu'ils sont morts, et que les vivants ne le savent pas non plus, pour la plupart, étant donné qu'on ne s'est rencontrés qu'à travers leurs livres...), c'est parce que je viens de tomber sur sa correspondance, qu'on ne trouve plus guère qu'en occasion, et que c'est une mine d'or.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/get_img.0.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/get_img.0.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt; Il y parle de lui, de ses amis, de sa femme qu'il a aimée jusqu'à sa mort et dont il disait : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Ce n'est pas par principe que j'ai été fidèle à ma femme mais parce qu'elle était tout à fait adorable, et que je n'ai jamais été touché par ce besoin de changement qui afflige beaucoup d'hommes à un certain âge, quand ils croient avoir manqué beaucoup de jolies filles. J'avais déjà trouvé la perfection. Plus jeune, elle avait des accès soudains et brefs de mauvaise humeur, et elle me lançait des oreillers à la tête. Cela me faisait juste rire, j'aimais cette fougue. [...] Et elle gagnait toujours, non pas parce qu'elle usait délibérément de son charme au moment crucial, mais parce qu'elle était simplement irrésistible sans même le savoir ou s'en soucier. Et il lui a fallu mourir centimètre par centimètre. Je suppose que, d'une manière ou d'une autre, il faut payer."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avouez que c'est à tomber, même si la fin est tout à fait glaçante.... Allez, une petite dernière à propos de sa femme perdue : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  " Pendant trente ans, elle fut le battement de mon cœur. Elle était cette musique que l'on entend, au bord de l'inaudible. Mon plus grand regret, maintenant inutile, est de n'avoir jamais rien écrit digne de son intérêt, de ne pas avoir fait un livre à lui dédier. J'y ai songé, mais je ne l'ai pas fait. Peut-être n'aurais-je pas pu l'écrire. Peut-être comprend-elle maintenant que j'ai essayé, et que le sacrifice de plusieurs années d'une carrière littéraire assez insignifiante m'a semblé un petit prix à payer, si j'ai pu la faire sourire quelques fois de plus."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a vraiment de quoi émouvoir un fantôme, non ? On a pu appeler Chandler "&lt;span style="font-style:italic;"&gt;le gentleman de Californie&lt;/span&gt;", et il ne l'avait pas volé. Les gentlemen, les vrais, ont toujours été une espèce rare... Voyez comme je suis maligne. Je vous ai attachés d'office à la personne de Chandler. Au moins les filles. Je me trompe ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Mais il y parle surtout de son métier, et il est certain qu'il avait plus d'un tour dans sa manche, une idée claire de ce que devait être un bon livre, une dent contre les interviews et les classifications littéraires... bref un homme d'une sympathie exquise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  D'abord, voici comment Chandler décrivait son personnage, le célèbre détective Philippe Marlowe :&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2070314499.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2070314499.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Le long de ces rues vicieuses, un homme doit marcher, qui n'est pas lui-même vicieux, ni souillé, ni craintif... Il est le héros ; il est tout. Il doit être un homme complet et un homme commun et, cependant, un homme inhabituel. [...] Il doit être le meilleur dans son monde et suffisamment bon pour n'importe quel monde. Je me fous pas mal de sa vie privée ; ce n'est pas un eunuque ni un satyre ; je pense qu'il pourrait séduire une duchesse et je suis sûr qu'il n'abîmerait pas une vierge ; s'il est un homme d'honneur dans son domaine, il l'est dans tous.&lt;br /&gt;  " C'est un homme relativement pauvre, sinon il ne serait pas détective. C'est un homme du peuple, sinon il ne pourrait pas se mêler au peuple ; il possède une certaines psychologie des hommes, sinon il ne pourrait pas exercer son métier. Il n'acceptera pas de l'argent malhonnêtement et il n'acceptera aucune insolence. [...] C'est un homme solitaire et fier et il attend de vous que vous le traitiez en homme fier, sinon vous serez désolé de l'avoir jamais rencontré. Il parle le langage de son temps — c'est à dire avec un humour brutal, un sens vivant du grotesque, le dégoût de la vulgarité, le mépris de la petitesse.&lt;br /&gt;    " Notre histoire est l'aventure de cet homme à la recherche d'une vérité cachée et ce ne serait pas une aventure si elle n'arrivait pas à un homme fait pour l'aventure."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Lui-même était né à Chicago en 1888, mais il était parti à l'âge de huit ans pour Londres avec sa mère divorcée, et quand il regagna les Etats-Unis à l'âge de vingt-quatre ans, il avait assimilé toute une culture classique et européenne, qui lui donnait certaines armes pour se défendre, par exemple, contre les correcteurs des maisons d'édition (non, je ne jubile pas en écrivant ça) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "Veuillez&lt;/span&gt;, écrivait-il, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;présenter mes devoirs au puriste qui lit vos épreuves et lui dire que j'écris une espèce de patois un peu comme la langue parlée par un maître d'hotel suisse, et que lorsque je semble faire des fautes de grammaire, nom de Dieu c'est exprès, et quand j'interromps le développement velouté de ma syntaxe plus ou moins élégante avec un mot ou deux de l'argot des bars, je fais ça avec les yeux grands ouverts, l'esprit tranquille mais sur le qui-vive. La méthode n'est peut-être pas parfaite, mais je n'ai pas mieux. Je trouve que votre correcteur est bien gentil de vouloir me remettre dans le droit chemin, et je lui suis bien reconnaissant, mais je crois être capable de me diriger tout seul, à condition d'avoir les deux trottoirs et la chaussée à moi."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Vous comprenez, j'en suis sûre, pourquoi je me détends beaucoup, ces temps-ci, à la lecture de Chandler...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Cet auteur dont la valeur n'est plus à prouver se battait contre les classifications littéraires, ce qui me parle en profondeur : je veux dire par-là qu'aujourd'hui, quand vous entrez dans une librairie, si vous cherchez le rayon fantastique par exemple (exemple tiré au hasard, bien sûr), vous avez le choix entre l'héroïc Fantasy (Tolkien, Robin Hobb et autres bons auteurs, mais qui n'appartiennent en rien à la définition historique du fantastique), de la science fiction (Ah, Frank Herbert...) et de l'horreur. Mais Edgar Poe, Balzac, Mary Shelley, tout ça, vous pouvez toujours chercher, vous les trouverez en littérature classique. Ce qui est bien, mais alors que fiche Stephen King sur l'étagère horrifique, dans ce placard où des couvertures noires et moches découragent les lecteurs émotifs, alors que c'est un écrivain, un vrai, et que nombre de ses livres épuiseraient plusieurs catégories à la fois ? &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/0140108998.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/0140108998.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Et le polar, parlons-en, puisque Chandler en est un des maîtres incontestés. &lt;span style="font-style:italic;"&gt;La peau de Chagrin&lt;/span&gt; est un polar, certains romans de Zola aussi. Sans parler du &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Nom de la Rose&lt;/span&gt;, ni prétendre épuiser la liste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais non, l'étiquette polar, comme toutes ces étiquettes dont chacune est plus imbécile que l'autre, est réservée aux auteurs décrétés "mineurs", au nom d'un snobisme littéraire tellement stupide que je vais laisser Chandler vous en parler mieux que moi :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Tous ces gens que l'on rencontre aujourd'hui, qui ont reçu une éducation et sont à demi-illétrés, me répètent tout le temps ce genre de choses : "Vous écrivez si bien que vous devriez vous mettre à un roman sérieux." Ils se croiraient sans doute insultés si on leur faisait remarquer que le fossé artistique entre un très bon roman policier et le meilleur roman sérieux de ces dix dernières années est à peine mesurable, comparé au fossé qui sépare ce roman sérieux d'une œuvre quelconque représentative de la littérature grecque au quatrième siècle avant Jésus Christ."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Voilà qui remet les choses bien à leur place, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;Je ne résiste pas à vous faire lire la réponse qu'il envoya à son ami Erle Stanley Gardner, qui se plaignait d'écrire des nullités :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "... Je m'adresse maintenant à la Cour, à propos d'un certain Gardner, auteur de fictions policières. La masse des lecteurs est, en mettant les choses au mieux, adolescente... [...] Et il est évident que, puisqu'on a enseigné à lire de force à ce public, il voudra, entre deux tentatives pour ingérer le dernier best-seller "sérieux", lire des livres qui l'amusent ou le passionnent. Aussi [...] il s'adressera avec soulagement à celui qui raconte une histoire et rien d'autre. En conclure que ce que cet homme écrit ne saurait être de la littérature revient à dire qu'un livre ne peut être bon si vous avez envie de le lire.&lt;br /&gt;   Quand un livre, n'importe quelle espèce de livre, atteint un certain degré de réussite artistique, c'est de la littérature. Cette intensité peut être affaire de style, de situation, de caractère, de ton d'émotion, ou d'idée, ou d'une demi-douzaine d'autres choses. Cela peut également être une parfaite maîtrise du mouvement de l'histoire, comparable à la maîtrise qu'un grand joueur de base-ball a de la balle. C'est à mon avis la qualité que vous possédez plus que tout autre...&lt;br /&gt;  [...] Donc, plus de ces blagues du genre de "en tant que littérature,  ce que je fais ne vaut pas un clou"."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà qui devrait consoler bien des auteurs à succès vilipendés par la critique ( parce qu'il faut bien qu'elle s'amuse, et qu'il est toujours plus valorisant de tailler dans un auteur à coups de serpe que de dire son admiration pour quelqu'un, et que ce soit crédible sans être mièvre ou plat). Il y a toujours une raison au succès, et ce n'est pas forcément un "malentendu", comme certains voudraient le croire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Enfonçant le clou, Chandler ajoute plus loin :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Je crains que notre goût de la classification ne soit trop fort. Je crains que notre ignorance intellectuelle fondamentale ne soit trop grande. [...] J'admets que trop de romans policiers sont médiocres, mais si l'on est un peu difficile, il y a trop de livres médiocres dans tous les genres. Mais le plus mauvais d'entre nous s'arrache les tripes à chaque chapitre. Et à chaque nouveau livre, le meilleur d'entre nous repart à zéro.&lt;br /&gt;[....] Il se trouve que je suis un des veinards, et, croyez-moi, il faut vraiment de la veine..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Bon, on a parlé de choses sérieuses, là, mais je ne voudrais tout de même pas oublier l'humour ravageur de Chandler. Sa correspondance est truffée d'humour. Il reproche à certain auteur de ne s'être pas assez documenté sur les poisons et leurs antidotes, en profitant pour livrer le fruit de ses propres recherches... et je ne résiste pas au plaisir de vous citer certaines de ses &lt;span style="font-style:italic;"&gt;&lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Simple_Art_of_Murder"&gt;Remarques sur le roman de mystère&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, écrites en 1949:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"1. La situation originale et le dénouement doivent avoir des motifs plausibles. On doit y trouver les actes plausibles de personnages plausibles dans une situation plausible, en se souvenant que la vraisemblance est en grande partie une question de style. Cela interdit la plupart des fins truquées, et ces histoires où l'on prétend "boucler la boucle", et dans lesquelles le personnage le moins probable se révèle être le criminel, sans pour autant convaincre personne. [...]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2. Il ne doit pas y avoir d'erreurs techniques sur les méthodes de meurtres et d'enquête. On ne doit pas utiliser de poisons fantastiques ou se tromper sur la dose mortelle etc. On ne doit pas mettre de silencieux sur un révolver (parce que ça ne marcherait pas, puisqu'il y a discontinuité entre le canon et le barillet), on ne doit pas voir de serpents grimpant à des cordons de sonnette. [...]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;5. Le dénouement idéal, c'est celui où tout s'éclaire au cours d'une scène fulgurante. D'autres bonnes idées sont toujours rares, et un écrivain qui réussit cela mérite d'être félicité. Il n'est pas nécessaire que l'explication soit courte, et c'est souvent impossible. Ce qui importe, c'est que cette explication soit intéressante en elle-même, quelque chose que le lecteur attend avec impatience, et non pas une nouvelle histoire avec tout un groupe de personnages nouveaux ou méconnaissables, entraînés là pour justifier une intrigue qui fait eau. [..]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;6. [...] Cela flatte la vanité du lecteur d'avoir un peu éclairci le brouillard. L'important, c'est qu'il reste un peu de brouillard à la fin, pour que l'auteur puisse le disperser. [...]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;9. Il faut que d'une façon ou d'une autre le criminel soit puni, pas forcément par un tribunal. Contrairement à la croyance populaire, cela n'a rien à voir avec la moralité. Cela fait seulement partie de la logique du genre. C'est comme une dissonnance qui irrite."&lt;/span&gt;  &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2070429970.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2070429970.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il ajoute, le rusé personnage : &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"l'amour affaiblit presque toujours un roman policier, car cela introduit une sorte de suspense contraire à la lutte du détective pour résoudre le problème. Cela truque les cartes, et neuf fois sur dix, au moins deux suspects inutiles sont éliminés. La seule forme d'amour efficace est celle qui ajoute un élément de rique personnel pour le détective. Mais en même temps, on sent instinctivement qu'il ne s'agit que d'un simple épisode. Un bon détective ne se marie jamais."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/Chandler.0.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/200/Chandler.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Pour terminer en beauté, quelques morceaux choisis de ses romans, quand même ! Afin que ceux qui ne le connaissent pas encore rencontrent Philippe Marlowe, et puissent savourer cette "magie" de l'écriture chandlerienne que seule Boris Vian a su approcher, car c'était un poète et un musicien ayant l'attention et l'amour requis pour entendre et traduire la musique de l'autre. J'ai beaucoup cité la correspondance de Chandler, parce qu'elle le méritait et qu'on ne la trouve plus en librairie... pour les romans, je ne vais vous offrir que de courts extraits, tous traduits par Boris Vian, histoire de vous allécher et d'allonger votre LAL....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Les premiers extraits sont tirés de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;la Dame du Lac&lt;/span&gt;, publié en 1943 :&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2070379434.0.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/2070379434.0.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Je lui fis un sourire méchant. La petite blonde dressa l'oreille, un petit coquillage rose, et sourit, d'un sourire doux comme un duvet. Elle paraissait enjouée et empressée, mais pas très sûre d'elle. Tout à fait le petit chat débarquant dans une maison où l'on se fout éperdument des petits chats."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;   "Les minutes défilaient sur la pointe des pieds, un doigt sur les lèvres. J'avais beau examiner l'endroit : on ne pouvait rien en dire."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"Même en faisant tous mes efforts pour être gentil, je finis toujours le nez dans la mélasse et le pouce dans l'œil de quelqu'un."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; "M. Grayson était un long bonhomme voûté au visage jaune, avec des épaules en porte-manteau, des sourcils hérissés et presque pas de menton. Le haut de sa figure parlait affaires et le bas fichait le camp. Il portait des lunettes à double-foyer et il grignotait d'un air maussade les dernières nouvelles du soir."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;  "Nous atteignîmes la longue montée de San Dimas qui mène jusqu'à une crête et redescend sur Pomona. C'est la limite des brouillards et le commencement d'une région à moitié désertique où le soleil est sec et léger comme du vieux porto, le matin, aussi chaud qu'un haut-fourneau à midi et s'effondre comme un type en colère au crépuscule."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;&lt;br /&gt;  "Doucement, Degarmo me demanda :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — Mon vieux, comment vous êtes-vous arrangé pour vivre aussi longtemps ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Je répondis :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  — En ne gobant pas toutes les blagues et en ne me laissant pas trop impressionner par les durs professionnels."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Mon dernier choix livresque du jour sera &lt;span style="font-style:italic;"&gt;le Grand Sommeil&lt;/span&gt;.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2070406474.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2070406474.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Une anecdote est restée fameuse à son sujet : lors de son adaptation au cinéma, Humphrey Bogart, qui jouait Marlowe, demanda à Chandler "qui avait fait le coup, finalement", parce que cette question le travaillait depuis le début du tournage. L'écrivain lui rétorqua qu'il n'en avait aucune idée...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Alors que Marlowe rend visite au vieux général Sternwood, à demi-paralysé, le détective l'interroge sur ses deux filles :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"— Dois-je rester poli ? demandai-je. Ou puis-je simplement me montrer naturel ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   — Je n'ai pas remarqué que vous souffriez d'aucune inhibition, monsieur Marlowe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   — Vos deux filles ont-elles l'habitude d'être ensemble ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   — Je crois que non. J'ai l'impression qu'elles vont à leur perte, séparément, par des routes légèrement divergentes. Vivian est gâtée, exigeante, intelligente et parfaitement impitoyable. Carmen est une enfant qui aime arracher les ailes aux mouches. Ni l'une ni l'autre n'ont plus de sens moral qu'une chatte."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Et le vieux général d'ajouter :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;— "Si je vous semble un peu sinistre comme père, monsieur Marlowe, c'est parce que le lien qui me rattache à la vie est si frêle que je peux me permettre d'éviter l'hypocrisie victorienne. &lt;br /&gt; [...] Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'homme qui a la faiblesse de devenir père pour la première fois à l'âge de cinquante-quatre ans n'a que ce qu'il mérite."&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Allez, deux petites dernières, pour finir en beauté : la première tirée toujours du Grand Sommeil, la  seconde... de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;The king in yellow&lt;/span&gt; :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;« Les cadavres sont plus lourds que les coeurs brisés. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; « Je suis un buveur occasionnel, le genre de type qui sort boire une bière et qui se réveille à Singapour avec une barbe. »&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Ici, parlait-il de Marlowe, qui a une bonne descente, ou de lui, plutôt?... Je penche pour la deuxième solution, mais avec ce pince-sans rire, allez savoir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Dans la préface à sa correspondance, j'apprends que Raymond Chandler, ce grand sentimental à l'humour féroce, mourut à soixante-huit ans, &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;"de fatigue, de vieillesse, de pneumonie, d'alcoolisme, de solitude et d'abandon."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Gilles Deleuze disait que certains écrivains, en particuliers les auteurs américains, épuisent leur propre existence en se tuant à la tâche, pour ainsi dire. Parce que leur  lucidité et leur sensibilité au monde ont un prix. Parce qu'il faut bien quelques cigarettes, quelques verres d'alcool fort pour éponger tant de chagrins et survivre à ce métier bizarre où l'on se "saigne à blanc" à chaque chapitre. &lt;br /&gt; D'ailleurs, ce n'est pas vrai des seuls écrivains, mais de beaucoup d'artistes. En témoigne ce film magnifique de Bertrand Tavernier, &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Autour de Minuit&lt;/span&gt;, où un l'admirateur éperdu d'un jazzman (superbement incarné par François Cluzet) tente de sauver son idole d'une fuite éperdue à travers l'alcool et la drogue, refusant d'admettre que cette auto-démolition est la seule béquille qui lui permet d'aller chercher, jusqu'au bout, sa musique. &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/f436219cb4a44d7920a1d6f7c457b814.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/f436219cb4a44d7920a1d6f7c457b814.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Mais aujourd'hui, quand on lit Chandler, on ne voit plus la souffrance qui sous-tend la fluidité du texte. On ne voit ni le chagrin ni la solitude, seulement l'humour, la clairvoyance, l'élégance du désenchantement, et une bouffée d'amour qui vous prend par surprise, comme ça, entre deux coups de feu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Et je vais vous laisser sur ces mots de lui, parce qu'ils ont toute leur place ici et que je pourrais les dédier à beaucoup d'entre vous, écrivains en devenir ou déjà accomplis... j'aime particulièrement ces mots parce que je ne crois pas, et n'ai jamais crû, à la rivalité entre les artistes.  Si elle existe trop souvent, elle n'est que le fruit de la petitesse et de la fragilité de l'homme, qui place sa vanité   là où elle n'a aucun sens, et fait d'une émulation  (où les artistes se nourrissent naturellement les uns les autres) une compétition ridicule :&lt;br /&gt;    &lt;br /&gt;        &lt;span style="font-weight:bold;"&gt; « Toute personne capable d’écrire une page de prose vivante ajoute quelque chose à nos vies, et celui qui le peut, comme moi, est certainement le dernier à s'offenser de rencontrer un autre écrivain qui peut faire encore mieux. [...] Si vous croyez à un idéal, vous ne le possédez pas, c'est lui qui vous tient, et vous ne voudrez certainement pas l'arrêter à vos propres limites pour des motifs commerciaux. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;       Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. J'espère que tout ça vous a donné envie de lire Chandler, ou d'écrire, pourquoi pas, des "romans de mystères" ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    A bientôt, et bon week-end à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Gaëlle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/1871ca44.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/1871ca44.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-116135300393370131?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/116135300393370131/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=116135300393370131&amp;isPopup=true' title='76 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116135300393370131'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116135300393370131'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/10/chant-damour-raymond-chandler.html' title='Chant d&apos;amour à Raymond Chandler'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>76</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-27737932.post-116069198820978133</id><published>2006-10-12T20:32:00.000+02:00</published><updated>2006-10-13T17:28:35.483+02:00</updated><title type='text'>Réponse à l'invitation de Choupynette</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis donc sortie du couvent, et comme &lt;a href="http://ya-dla-joie.over-blog.com/article-4127624-6.html#anchorComment"&gt;Choupynette&lt;/a&gt; m'a invitée à répondre au questionnaire d'Agapanthe, je m'y colle...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Mais je voulais vous préciser une chose ou deux : en principe, ce café n'est pas censé parler de moi mais des autres, les vrais grands auteurs, les cinéastes talentueux, tout ça. Or depuis ma retraite j'ai dû vous dévoiler le début de ma petite carrière d'écrivaillonne, histoire de me faire pardonner de vous lâcher si près des vacances. Mais maintenant, on va recommencer à parler des grands romanciers, si vous êtes d'accord. C'est juste que comme j'ai pas mal de boulot en ce moment en dehors de mon petit café, et que Choupynette m'a si gentiment proposé son questionnaire, je m'y colle. Mais dès la semaine prochaine, j'espère trouver mieux à vous mettre sous la dent !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant que j'ai reprécisé mes objectifs, en piste pour le questionnaire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;1)Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Et un cercueil est plus valorisant qu'un bébé aux yeux des autres enfants ; cela confère une once de prestige&lt;/span&gt;"...Si vous voulez savoir le fin mot de cette énigme sybilline, rendez-vous dans la plus proche librairie pour vous procurer "&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;le Petit Oiseau blanc&lt;/span&gt;" de James Matthew Barrie, l'auteur de Peter Pan, traduit par miss Holly Golightly. Ces mots font partie de la superbe préface qu'elle a écrite pour ce livre, dont je reparlerai sûrement ici quand je l'aurai fini !&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/284362309X.0.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/284362309X.0.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;2)Sans vérifier, quelle heure est-il?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;3)Vérifiez:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;11h20 ! En voilà une question intéressante : maintenant je comprends pourquoi il m'arrive d'être en retard chez le dentiste. J'ai un sens approximatif de l'heure, sans compter mon sens de l'orientation, totalement défaillant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;4)Que portez-vous?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce questionnaire a été composé par un homme, non ?...un jean, un tee-shirt vert olive, une veste violette et un pendentif violet. Ah, et des chaussettes chaudes, car l'été est derrière nous, ma bonne dame !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;5)Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les centaines de pages de mon manuscrit à réécrire, ne sachant par quel bout le prendre. Ce qui fait que prise de vertige, j'ai préféré répondre à ce questionnaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;6)Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;La bande son des &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Aristochats&lt;/span&gt;, le film favori de ma fille, dont je connais à présent par cœur chacune des répliques.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/B00005NYXN.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/B00005NYXN.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; J'ai essayé de proposer une variante &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;Belle et le Clochard&lt;/span&gt;, mais ça n'a pas marché. Rien ne remplace le jazz de Scat Cat et le charme d'O'Malley. Du coup j'ai toute la journée dans la tête : "A jouer du jazz on devient vite un acrobate... mais tout le monde veut devenir un cat..." ce qui est toujours mieux que le générique des Télétubbies, croyez-moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;7)Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis allée acheter un livre, comme si je n'en avais pas déjà assez dans ma PAL ! Mais comment résister à un roman de Jack London qui porte le titre alléchant du "Bureau des assassinats" ?&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/9782234059597.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/9782234059597.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt; Je suis faible, je sais. Mais la PAL d'Holly m'a trop décomplexée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt; 8)Avez-vous rêvé cette nuit ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je rêve toutes les nuits, essentiellement des cauchemars, on s'y fait, si si... mais là c'était un rêve sympathique, pour changer... on se serait crû dans un film de Jane Austen avec moi en héroïne. Je voudrais bien qu'il devienne récurrent, ce rêve, mais la statistique est contre moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;9)Quand avez-vous ri la dernière fois ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce matin, en me rappelant une réplique que m'a servie un de mes éditeurs (ils sont frères, voilà pourquoi j'en ai plusieurs) dans mon couvent : "Toi, si tu n'écrivais pas, tu serais folle, je pense". j'ai trouvé ça immédiatement très flatteur, vu que ça me mettait dans la même catégorie que Stephen King... Ensuite j'ai pris un fou-rire, juste avant de me demander ce qui, dans mon roman, lui avait donné ce sentiment ! Depuis, ça reste un moment drôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;10)Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon bureau est couvert de livres, il y a aussi des gravures de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;La Divine Comédie&lt;/span&gt; de Dante par Gustave Doré, des  cartes postales de l'&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Adèle Blanc Sec&lt;/span&gt; de Tardi (j'adore), un grand tableau breton...&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/2203305010.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/320/2203305010.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;11)Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je dévaliserais le centre ville de Lyon à commencer par les librairies, vendeurs de DVDS, quelques boutiques de fringues histoire de m'offrir une tenue un peu plus affriolante et de faire quelques cadeaux vestimentaires à mon homme, un ou deux magasins de jouets (non pas que ma fille en manque)... je penserais probablement à acheter un appartement introuvable en centre ville avec terrasse cachée sur un toit et assez grand pour y planquer tous mes nouveaux achats... J'achèterais illico l'intégrale de la Saison &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Oz&lt;/span&gt; aux Etats-Unis, celle de &lt;span style="font-style:italic;"&gt;Twin Peaks&lt;/span&gt;... bref j'ai plein d'idées. Voilà pourquoi je ne joue jamais au loto, car ça me scierait le moral de ne jamais gagner!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;12)Quel est le dernier film que vous ayez vu ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Le monde selon Garp&lt;/span&gt;. Pas aussi bien que le livre, qui fait partie de ma liste fétiche... mais quand même un bon film !&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/B000BPYYGK.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/400/B000BPYYGK.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;13)Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma fille m'a dit "les boules !", mot que nous ne prononçons JAMAIS en sa présence, et qu'elle a employé avec beaucoup d'à propos. Elle a 2 ans. Ce n'était pas seulement étrange, c'était inquiétant. Comprenez-moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;14)Que pensez-vous de ce questionnaire ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Franchement ? Que c'est un très bon moyen de s'empêcher de travailler. Bien plus sympa que de faire le ménage, par exemple, ou de se culpabiliser bêtement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;15)Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j'étais enfant, la raison en reste mystérieuse, j'avais une peur panique d'avoir une Apparition. Parce qu'après, on sait bien que les ennuis commencent, et je n'avais aucune envie de finir tuberculeuse au Carmel, ou tabassée par le Diable dans un bled paumé de la Galaure. Depuis ça m'a passé, mais j'ai gardé une grande méfiance envers les Apparitions, et j'évite si possible de passer par Lourdes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;16)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je tenterais bien Scout-La-Rue, Apple, Coco ou Shiloh-Nouvel, juste pour voir si elle a l'instinct de survie chevillé au corps. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;17)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Judas ou Jesus, pour la raison précédemment citée au sujet de la petite fille. Soyons égalitaires !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;18)Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, à Prague quand j'étais étudiante, mais j'ai très peur de la solitude de l'individu dépeuplé. Je suis casanière et j'ai l'esprit caravane. Donc si tout le monde ne veut pas venir habiter avec moi en Angleterre, à New York (encore que de nos jours, je ne suis pas sûre que ça soit si sympa), en Toscane... je préfère rester chez moi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;19)Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; "Tu vois, j'ai exaucé ton vœu, rassure-toi, tu es très loin d'être une sainte !"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;20)Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ? &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'incapacité de l'individu moyen à se mettre dans la peau de son voisin, ne serait-ce que quelques minutes, de temps en temps. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;21)Aimez-vous danser ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'aime beaucoup. Mais en fait mon rêve aurait été de savoir danser dans la troupe de Baryshnikov.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/226104.0.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/200/226104.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai quelques ambitions rentrées, comme on voit. Hélas très vite il s'est avéré qu'il aurait fallu y songer dès ma conception, et me fabriquer autrement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;22)Georges Bush ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pense toujours à lui comme au gouverneur du Texas qui a osé dire à la télé à propos d'une jeune femme sur le point d'être exécutée et en attente d'une hypothétique grâce : "I prayed to God, and he told me : she must die". Ce jour-là je me suis demandé quel genre de dieu il priait, ce gars.&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/1600/B0001ZF5KE.1.jpg"&gt;&lt;img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5040/2925/200/B0001ZF5KE.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;23)Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ? &lt;/span&gt;: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style:italic;"&gt;Les Experts&lt;/span&gt;, une série qui est un de mes péchés mignons : j'y ai appris, incidemment, qu'une jeune fille vierge pouvait devenir enceinte, "par frottement". Je n'ai pu m'empêcher de me demander si on avait transmis l'info au Vatican. Non parce que la théorie de la Vierge Marie en prend un sacré coup, mine de rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-weight:bold;"&gt;24)Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://safranboudoir.canalblog.com/"&gt;La Trollette&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://www.blog-gratuit.com/Tatooa/"&gt;Free&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://lamaisondevie.blogspot.com/"&gt;Lamousmé&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://lestempsperdus.blogspot.com/"&gt;Wictoria&lt;/a&gt;, si elles ne m'en veulent pas trop de leur refiler la patate chaude !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur ce, bonne journée, mes petits. A très vite pour quelque chose d'un peu sérieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight:bold;"&gt;DERNIÈRE MINUTE : Wictoria ayant déjà répondu au questionnaire au mois d'avril (alibi incontournable)... je propose deux remplaçantes ex aequo : &lt;a href="http://nziem2.over-blog.com/"&gt;Nziem&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://rosesdedecembre.blogspot.com/"&gt;Holly&lt;/a&gt;. Au cas où l'une d'elle l'aurait déjà fait. Hé hé.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gaëlle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PS : si vous voulez voir les réponses de mes petits camarades, outre Choupynette ça se passe chez &lt;a href="http://loupiote77.over-blog.com/"&gt;Loupiote&lt;/a&gt;, chez &lt;a href="http://legolb.over-blog.com/"&gt;Thom&lt;/a&gt; bientôt (paraît-il...), et chez &lt;a href="http://insatiable-lectrice.over-blog.com/"&gt;Anne&lt;/a&gt;  un de ces quatre (ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Anne, je sais que tu es surbookée, mais ce questionnaire est tenace et va si bien te trotter dans la tête qu'un beau matin tu vas être obligée d'en finir et d'y répondre. J'en ai peur.)&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/27737932-116069198820978133?l=cafedegaelle.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/feeds/116069198820978133/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='https://www.blogger.com/comment.g?blogID=27737932&amp;postID=116069198820978133&amp;isPopup=true' title='68 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116069198820978133'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/27737932/posts/default/116069198820978133'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://cafedegaelle.blogspot.com/2006/10/rponse-linvitation-de-choupynette.html' title='Réponse à l&apos;invitation de Choupynette'/><author><name>Gaëlle</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03629057035349691927</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:extendedProperty xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' name='OpenSocialUserId' value='15080632126660459659'/></author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>68</thr:total></entry></feed>