tag:blogger.com,1999:blog-23736170.post-1158250716704081712005-07-14T18:08:00.000+02:002006-09-14T18:19:26.400+02:00Euthanasie : faut-il la légaliser ?<span style="font-family:verdana;font-size:85%;color:#333333;"><strong>Améliorer l’accès aux soins palliatifs, autoriser l’interruption volontaire de vie... Les solutions divergent pour répondre aux demandes d’euthanasie qui émeuvent l’opinion publique. Échange de points de vue sur un sujet très controversé.</strong> </span><br /><span style="font-family:verdana;font-size:85%;color:#333333;"></span><br /><span style="font-family:Verdana;font-size:85%;color:#333333;"></span><br /><span style="font-family:verdana;font-size:85%;color:#333333;"><strong>L’image de la mort a-t-elle évolué au fil des siècles ?</strong><br /></span><br /><span style="font-family:verdana;font-size:85%;color:#333333;"><strong><span style="color:#ff9900;">> Régis Aubry :</span></strong> Au cours de l’Histoire, on a observé une augmentation de la peur que suscitait la mort. Cela a commencé dès le XVIe siècle avec les grandes épidémies [de peste et de choléra notamment, NDLR] qui ont décimé la moitié de la population. Aujourd’hui, nos pays développés sont marqués par la fuite et la dénégation de la mort. C’est pourquoi les mouvements qui militent pour le développement des soins palliatifs en France rappellent que le fait que la vie ait une fin lui donne justement tout son sens. </span><br /><span style="font-family:verdana;font-size:85%;color:#333333;"><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Jean Léonetti :</span></strong> L’image de la mort et de la fin de vie a été profondément modifiée par la médicalisation de la mort. 70% des gens voudraient mourir chez eux, alors que dans leur immense majorité, ils décèdent à l’hôpital. Les gens ont surtout peur de mal mourir, en souffrant, après un acharnement thérapeutique ou une dégradation de leur personne. Nous vivons un paradoxe. La médecine nous a rassurés sur le fait qu’elle pouvait nous sauver. En même temps, elle nous inquiète, car nous craignons que l’acharnement thérapeutique ne nous vole cette mort.<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Édith Deyris :</span></strong> Je pense qu’il y a eu une certaine évolution des mentalités concernant la mort et le passage qui la précède. Il est maintenant possible d’en discuter, même si des réticences subsistent. Les progrès de la médecine ont incité chacun de nous à se poser des questions sur la fin de la vie, et sa prolongation excessive par acharnement thérapeutique. Notre association continue d’oeuvrer pour une meilleure maîtrise de la fin de vie.<br /><br /><br /><strong>Faut-il aller encore plus loin que votre récente proposition de loi et légiférer sur l’euthanasie ? </strong><br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Jean Léonetti :</span></strong> Nous avons travaillé dix mois sur ce sujet avant de proposer cette loi adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat. Auparavant, nous nous sommes rendus aux Pays-Bas. Il existe là-bas une loi qui légalise l’euthanasie, mais elle ne donne pas pour autant satisfaction : 50 % des euthanasies sont clandestines, un chiffre en augmentation, alors que les euthanasies « officielles » sont en baisse. Nous, nous avons choisi une autre voie : celle du cheminement et de l’aide à la décision finale. La loi prévoit une prise de décision collégiale qui permettra de faire des choix sans les codifier de manière rigide. Nous avons souhaité accorder un espace plus large à la liberté du malade et donner des limites à ce que l’on appelle habituellement « l’acharnement thérapeutique ».<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Régis Aubry :</span></strong> Je ne comprends pas l’urgence de certains à vouloir légiférer pour ou contre l’euthanasie. Pour moi, l’urgence est plutôt de se donner le temps de la réflexion sur le sens de la vie, de nous demander : « Que voulons-nous pour l’homme dans notre société ? » Nous approuvons la loi Léonetti qui précise très clairement que la liberté de l’individu est de pouvoir refuser qu’on le maintienne en vie. Le « propriétaire » du corps est également le gestionnaire de sa santé.<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Édith Deyris :</span></strong> Cette loi n’est pas innovante. Elle ne fait que conforter les droits des malades, avec la possibilité de refuser tous les traitements, y compris l’alimentation artificielle, sans prise en compte des longueurs d’agonie qui peuvent s’en suivre. Elle ne prévoit rien pour les demandes réelles, lucides et persistantes. Elle ne traite pas la question essentielle : la liberté de choix. Avec la loi Léonetti, je crains que nos concitoyens soient faussement rassurés. En effet, aucune mesure n’est prise pour donner une réponse légale à ceux qui demandent qu’on les aide à quitter la vie lorsqu’ils sont arrivés au seuil de l’insupportable. Il faudrait une solution juridique pour les médecins qui pratiqueraient ce geste de façon ouverte et transparente.<br /><br /><br /><strong>Un meilleur accompagnement de fin de vie pourrait-il éliminer ces demandes d’euthanasie ?</strong><br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Édith Deyris :</span></strong> C’est tout à fait une utopie. Je ne nie pas l’importance des soins palliatifs. Ces équipes font un travail remarquable. Même si les soins palliatifs étaient développés au maximum, il y aurait sûrement moins de demandes d’euthanasie, mais un petit pourcentage subsisterait. Il faut aussi avoir le respect de la demande de cette minorité.<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Régis Aubry :</span></strong> Le recours à l’euthanasie ne me semble pas justifié dans l’immense majorité des cas, mais la demande, elle, est justifiée. Une moitié de ces demandes est liée à la douleur qui fait perdre tout sens à l’existence. L’autre moitié s’explique par une souffrance morale qui peut venir d’une angoisse de la mort ou d’un sentiment d’indignité. Mais plus de 95 % des demandes d’euthanasie disparaissent avec une bonne prise en charge.<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Jean Léonetti :</span></strong> Il faut encore travailler dans le domaine des demandes exceptionnelles, mais persistantes malgré les soins palliatifs. La sédation, c’està- dire endormir le malade qui parfois ne se réveille pas, est peut-être l’une des voies. Quand tout a été essayé, il peut arriver que la mort apparaisse comme la solution la moins mauvaise. Il faut toutefois savoir que l’on franchit un interdit. Dans la loi, volontairement, nous n’avons pas voulu inscrire cette exception, car elle n’est pas codifiable. Nous avons souhaité laisser cet espace à la conscience de chacun et à la confiance.<br /><br /><br /><strong><span style="color:#333333;">Comment appréhender, en particulier, la perte de dignité ressentie en fin de vie ?</span></strong><br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Jean Léonetti :</span></strong> Le vrai danger pour notre culture et notre civilisation serait de dire que seul est digne celui qui est utile, dans le sens de fort, jeune et rentable. Alors que l’utilité de l’homme est heureusement inhérente à sa condition humaine comme sa dignité.<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Régis Aubry :</span></strong> Cette vision utilitariste de l’homme est extrêmement dangereuse. À partir du moment où vous avez du respect pour quelqu’un en ne le marginalisant pas, en ne l’oubliant pas, il perçoit sa place hors du registre de l’utilitarisme.<br /><br /><strong><span style="color:#ff9900;">> Édith Deyris :</span></strong> On doit pouvoir mourir dans la dignité, aussi bien de mort naturelle qu’en soins palliatifs, mais aussi en demandant la mort, si on sent, à un moment donné, qu’on n’en peut plus. Cela peut être aussi une conception de la dignité et nous n’avons pas à porter de jugement dessus.</span><br /></span>infos_frmnoreply@blogger.com