tag:blogger.com,1999:blog-2135714241959245382009-06-25T19:23:43.203+02:00D'r SteckelburjerLettres, politique et duendeLaurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.comBlogger68125tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-41001240533219776052009-06-24T18:17:00.013+02:002009-06-25T18:26:21.420+02:00Massacre à Téhéran ? - Mises à jour<span style="font-family:arial;">Sur le sujet, voir surtout <a href="http://silencedansliran.blogs.nouvelobs.com/">http://silencedansliran.blogs.nouvelobs.com/</a><br />Le blog du <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/special_iran/">Nouvel Obs</a> est le mieux informé de la presse français. Sinon, mais peut-être avec des pincettes, il y a la <a href="http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/8118783.stm">BBC</a>, <a href="http://english.aljazeera.net/focus/iranincrisis/">Al-Jazeera</a> et <a href="http://edition.cnn.com/2009/WORLD/meast/06/25/iran.election/index.html">CNN</a>.<br /><br />Estomaqué par ce que je lis, je livre en direct les </span><a style="font-family: arial;" href="http://twitter.com/PersianKiwi">derniers commentaires</a><span style="font-family:arial;"> postés sur Twitter par Persiankiwi, l'un des derniers activistes qui parviennent encore à émettre depuis l'Iran. Je traduis à la va-vite. I</span><span style="font-family:arial;">l y a peut-être là dedans de simples rumeurs, mais le ton d'ensemble est totalement différent de celui des jours précédents.</span><br /><br /><span style="font-family:arial;">15 heures - Je reviens de la place Baharestan. La situation aujourd'hui est terrible. Ils battent les gens comme des animaux</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">J'ai vu de nombreuses personnes avec les jambes, les bras, les têtes cassés. Du sang partout. Du gaz poivre comme à la guerre</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">16 heures - Ils nous attendaient. Ils ont tous des armes et des équipements anti-émeutes. C'était une souricière. On tue les gens comme des animaux</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Vu 7 ou 8 miliciens battre une femme à terre. Elle n'avait rien pour se défendre. Sûr qu'elle est morte</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Tant de gens arrêtés, jeunes et vieux. Ils emmènent les gens</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Les gens courent dans les rues et la milice est là et les attend. Ils partent des deux côtés des rues et attaquent les gens au milieu</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Tous les magasins sont fermés. Nulle part où aller. Ils suivent les gens avec des hélicoptères. Il y a de la fumée et du feu partout</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">17 heures - Le téléphone et Internet ont été coupés. Difficile de se connecter maintenant</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">D'après la rumeur, ils recherchent les lignes téléphoniques les plus encombrées pour trouver les utilisateurs d'Internet. Je dois partir d'ici maintenant</span><br /><span style="font-family:arial;">On parle de combats places Vanak, Tajrish, Azadi, en ce moment</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Place Baharestan, nous avons vu les miliciens avec des haches découper les gens comme de la viande. Du sang partout. Comme des bouchers</span><br /><span style="font-family:arial;">Ils arrêtent les gens qui ont des portables. Tant de morts aujourd'hui, tant de blessés. Ils ont arrêté l'un des nôtres</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Place Lalezar, c'est comme place Baharestan. Incroyable. Des gens tués partout</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Ils entassent les morts dans des camions comme à l'usine. Aucun humain ne peut faire ça</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">Tout le monde est arreté, personne ne peut bouger. Mousavi, Karoubi, il parait que même Khatami est assigné à résidence</span><span style="font-family:arial;">.</span><br /><span style="font-family:arial;">On doit partir. Ne sais pas quand on aura Internet. Ils ont pris l'un des nôtres, ils le tortureront et auront les noms. On doit partir tout de suite.<br /><br /><span style="font-style: italic;">P.S. : Le 25 dans l'après-midi, rien n'indique que Mousavi ait été arrêté. En revanche, diverses sources paraissant crédibles (et indépendantes de CNN et de la BBC, très bien informées mais qui jouissent trop de la situation pour être suivis) semblent confirmer la violence encore inédite de la répression hier soir. Par ailleurs, toutes les sources d'information utiles (fils Twitter) encore en activité semblent maintenant</span> <span style="font-style: italic;">coupées</span>.<br /><span style="font-style: italic;">D'autre part, plusieurs témoins auraient observé la présence de combattants arabophones sous l'uniforme des bassijis, ces milices aujourd'hui au premier plan de la répression des émeutes. La minorité arabe de la côte iranienne du Golfe persique étant, semble-t-il, très hostile au régime, la rumeur s'accorde à y reconnaître des soldats du Hezbollah, allié historique du régime iranien.</span><br /></span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-4100124053321977605?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com3tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-7226520746302573382009-06-10T17:42:00.008+02:002009-06-10T18:51:25.687+02:00Banalités de base<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://www.ngsprints.co.uk/images/M/761245.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 244px; height: 163px;" src="http://www.ngsprints.co.uk/images/M/761245.jpg" alt="" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">L'histoire, et aussi bien celle des idées, a ses moments de vérité. </span><span style="font-family:arial;">A l'heure où s'effacent les clivages, rien de tel, en matière de morale, qu'un bon gros cas pratique pour faire, s'il n'est pas déjà fait, le tri de ses amis. Le référendum de 2005 en était un. L'affaire de Tarnac en est une autre. J</span><span style="font-family:arial;">'ai eu ici le tort, à l'époque, de prendre assez bêtement position sur le sujet. S</span><span style="font-family:arial;">ans même aborder le fond (c'est-à-dire les faits reprochés, la pensée du "Comité invisible" et l'attitude des autorités), le ton des contempteurs de Coupat a fini par me rappeler qu'on ne désavouait pas innocemment quelqu'un qui a su s'affirmer, pour des raisons que je partage entièrement, l'ennemi de la société.<br /><br />Mais pourquoi, au fond, la bêtise nous agace-t-elle tant ? Que des bourgeois pontifient sur celui des leurs qui a su échapper à un destin misérable et gagner une vie meilleure et plus libre, cela n'est pas nouveau. Peut-être le plus exaspérant est-il l'association à cette bêtise d'une </span><span style="font-family:arial;">immense </span><span style="font-family:arial;">quantité d'arrogance de gavés. Comme disait l'un : "Les bourgeois, aujourd'hui, ne se sentent plus". Et l'autre : "Ces messieurs ont la vie facile : qu'ils supportent qu'on les rappelle parfois à quelque décence".<br /><br />En parlant de décence, je crois que quelqu'un qui pense que l'adhésion des gens à l'aliénation de la vie moderne est le résultat d'un choix volontaire - celui-là ne montre pas seulement qu'il ferait bien de parler davantage avec les gens dans le métro ou au café, il se juge surtout lui-même. Qui faut-il être pour croire qu'on peut <span style="font-style: italic;">aimer </span>la télévision ? </span><span style="font-family:arial;">et, même si les programmes étaient meilleurs, qu'on n'aurait pas toujours beaucoup mieux à faire ? </span><span style="font-family:arial;">(Réponse : 3h25 en moyenne de contemplation par personne et par jour, en France, en 2008.) </span><span style="font-family:arial;"><br /><br />Des considérations dépendantes de ma volonté m'incitent actuellement à lire un peu de philosophie morale et politique. Instructif effort. La première conclusion (historique, bien sûr) que j'en tire, c'est que </span><span style="font-family:arial;">l'utilitarisme, dont l'essor mondial correspond à celui de l'économie américaine, était bien la philosophie qu'il fallait au ramassis d'illuminés, de culs-terreux et de brigands qui ont fondé les Etats-Unis. Tant pis si les notions creuses d'utilité, de bonheur et de bien-être, seuls dénominateurs communs à cette racaille hétéroclite, restent impossibles à définir. Il y a cent cinquante ans, tout le monde comprenait certainement très bien qu'il ne s'agissait là que d'amasser de l'argent et d'abaisser suffisamment les exigences de la vie morale pour parvenir malgré tout à se regarder dans un miroir en rentrant chez soi le soir.</span><span style="font-family:arial;"><br />La meilleure critique qu'il me semble loisible d'en faire se trouve contenue dans un excellent roman (le meilleur, à mon sens) d'Albert Cossery, <span style="font-style: italic;">Une ambition dans le désert</span>.</span><br /><span style="font-family:arial;">D. H. Lawrence en fait par ailleurs un commentaire hilarant dans le chapitre </span><span style="font-family:arial;">consacré à Benjamin Franklin </span><span style="font-family:arial;">de ses </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Etudes sur la littérature classique américaine </span><span style="font-family:arial;">(dont je ne dirai jamais assez qu'il s'agit d'un livre proprement génial, même si l'on ne s'intéresse pas spécialement à la littérature classique américaine).<br /></span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-722652074630257338?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com3tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-33075986622953688722009-06-09T17:55:00.004+02:002009-06-09T18:21:23.909+02:00La démocratie, c'est tout le monde<span style="font-family: arial;">Grande victoire du parti majoritaire, qui a su convaincre 11 % des électeurs, reléguant dans la minorité les 89 % de personnes qui lui sont, au mieux, indifférents. Victoire également des écologistes, avec qui 6,5 % des électeurs ont voulu montrer que les questions environnementales étaient désormais au coeur des préoccupations de la société tout entière. Ils talonnent les socialistes, dont les 6,6 % démontrent un effritement durable.</span><br /><br /><span style="font-family: arial;">C'est amusant, l'abstention. Une semaine avant le vote, c'était un enjeu politique majeur ; à 20h01 dimanche, on ne se souciait plus que du résultat, des gagnants, des perdants, en prenant bien soin d'oublier que le résultat ne reflétait le sentiment que d'une petite minorité de citoyens. Au risque qu'on s'aperçoive de la réalité politique de ces résultats (dont j'ai tâché de donner ci-dessus un aperçu), on ne s'est même pas essayé aux habituels commentaires sur l'euroscepticisme ou ces jeunes pourris-gâtés qui ont Erasmus sans la reconnaissance du ventre.</span><br /><span style="font-family: arial;">Je lisais pourtant dans </span><span style="font-style: italic; font-family: arial;">Libé</span><span style="font-family: arial;">, pas plus tard que la semaine dernière, un sondage dont les conclusions donnaient un éclairage très différent sur les raisons de l'abstention. Je n'ai plus tous les chiffres sous les yeux (je n'en ai retrouvé qu'</span><a style="font-family: arial;" href="http://www.liberation.fr/monde/0101571413-le-federalisme-fait-son-chemin">une partie</a><span style="font-family: arial;"> sur le net), mais il en ressortait nettement que les citoyens des Etats d'Europe (de l'Ouest, du moins) sont désormais massivement pro-européens, avec une tendance assez forte au fédéralisme, et très nette au renforcement des institutions communautaires au détriment des nationales. Qu'en déduire, sinon que l'absence d'intérêt pour les élections européennes ne traduit que l'inexistence d'une vie politique européenne ?</span><br /><span style="font-family: arial;">Seulement voilà, être élu président en France, quand on est doué pour le fait divers et copain du PDG de la 1ère télé du pays, c'est une chose ; convaincre des Allemands quand on ne sait même pas parler anglais, ce n'est pas demain la veille.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-3307598662295368872?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com0tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-1315086176145764772009-06-02T15:46:00.007+02:002009-06-02T16:51:12.701+02:00Домаћа задаћа : Пада Влада !<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://img.youtube.com/vi/-44rUvCznFA/0.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 248px; height: 200px;" src="http://img.youtube.com/vi/-44rUvCznFA/0.jpg" alt="" border="0" /></a><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >En réponse aux énergumènes qui depuis bientôt un an me demandent à quoi sert d'apprendre le serbo-croate, voici la traduction de la chanson <a href="http://www.youtube.com/watch?v=-44rUvCznFA"><span style="font-style: italic;">Pada Vlada</span></a> (<span style="font-style: italic;">Le Gouvernement tombe</span>), qui a connu un grand succès en Serbie. Elle figure dans <span style="font-style: italic;">Profesionalac</span> (<span style="font-style: italic;">Le Professionnel</span>), le meilleur film serbe </span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >des dernières années</span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >, </span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >paraît-il, </span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >qui retrace </span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >les déboir</span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >es de l'opposition à Milošević </span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >sur un ton mêlant ceux de <span style="font-style: italic;">La Vie des autres</span> et du<span style="font-style: italic;"> Père Noël est une ordure</span>. Le réa<span style="font-family:arial;">lisateur, </span></span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >Dušan Kovačević, est aussi le scénariste d'<span style="font-style: italic;">Underground </span>de Kusturica.</span><span style="font-size:100%;"><br /></span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-style: italic;">Pada Vlada</span> est l'oeuvre de Bajaga i Instruktori, l'un des groupes phares de la "Movida" yougoslave des années 70 et 80.<br /><br /><br /></span><div style="text-align: center;"><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Je t'accompagne de la main, ma flèche</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">A peine vue, tu as disparu</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Ton ombre est blanche</span></span><br /><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Une nuit, par une sombre nuit sans lune,</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">je te trouverai, mon cher,</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">et je te descendrai comme un lapin</span></span><br /><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Tombe l'étoile filante</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Tombent le faucon, l'oiseau gris</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Le sourire </span></span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">tombe </span></span><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;"> de ma figure</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Et la neige tombe avant Noël</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Un homme tombe d'avoir trop bu</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">L'âme exténuée tombe de fatigue</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Et la nuit tombe quand l'aube arrive</span></span><br /><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;"><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >(refrain :)</span></span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Il tombe, il tombe, il tombe, il tombe</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Qu'est-ce qui tombe ? Le gouvernement !</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Bien des pouvoirs sont déjà tombés</span></span><br /><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">Et toi aussi, mon cher, tu tomber</span></span>as !<br /></div><br /><br /><div style="text-align: right;"><span style=";font-family:arial;font-size:100%;" ><span style="font-family:georgia;">(Letra : </span></span>Momčilo Bajagi<span style=";font-family:arial;font-size:100%;" >ć)</span></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-131508617614576477?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com0tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-2045815647205360672009-05-14T22:06:00.004+02:002009-05-17T17:07:18.841+02:00Varia de printemps<a style="font-family: arial;" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://www.librairiegoscinny.com/IMG/arton1972.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 247px; height: 330px;" src="http://www.librairiegoscinny.com/IMG/arton1972.jpg" alt="" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">J'ai longtemps détesté Charlie Schlingo. A l'époque où j'avais près du lit des piles de revues (</span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Charlie mensuel</span><span style="font-family:arial;">, </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >BD</span><span style="font-family:arial;">, </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Charlie Hebdo</span><span style="font-family:arial;"> "l'ancien", </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Surprise</span><span style="font-family:arial;">...), je sautais toujours ses pages, que je trouvais laides. Le seul nom de ses personnages (Tamponn Destartinn) ou de ses histoires ("Désiré Gogueneau est un vilain") me mettait mal à l'aise. Laides, elles le sont. Presque toujours. Mais j'ai fini par comprendre qu'elles me faisaient surtout peur. En écoutant Choron en parler dans </span><a style="font-family: arial;" href="http://choronderniere.com/">le film de Carles</a><span style="font-family:arial;">, j'ai pensé qu'il me faudrait peut-être y rejeter un oeil. Et hop, L'A</span><span style="font-family:arial;">ssociation en publie deux volumes (celui-ci et </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Josette de rechange</span><span style="font-family:arial;">), dont presque chaque page fait un trou dans le monde.</span> <span style="font-family:arial;">"Schlingo, disait Choron, il a l'âge mental d'un enfant de huit ans". Eh bien, c'est une très belle chose qu'un grand livre consacré à un dessinateur merdique de génie, qui avait l'âge mental d'un enfant de huit ans. Ca ressemble un peu à Fr</span><span style="font-family:arial;">ancis Masse, mais c'est complètement con. Et voilà ce qui est admirable.<br /><br /></span><span style="font-family:arial;">Je ne vais pas passer ma vie à dire combien chaque livre de Jean-Christophe Bailly est épatant. D'abord, je dirais tout le temps la même chose, et d'ailleurs ses livres se prêtent mal au commentaire. Le dernier, </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Le Visible est le caché</span><span style="font-family:arial;">, paraît à l'occasion de l'</span><a style="font-family: arial;" href="http://www.chassenature.org/site_musee/actualite/mois-musee.html">exposition</a><span style="font-family:arial;"> de Gilles Aillaud au Musée de la Chasse et de la Nature. L'exposition, nous n'avons pas encore pu aller la voir. Le livre, lui, parle donc d'animaux et, à la suite du </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Versant animal</span><span style="font-family:arial;">, frai</span><span style="font-family:arial;">e un tracé aux choses muettes dans le visible : du territoire à la pensée.</span><br /><br /><span style="font-family:arial;">Dans la même famille, on est allés hier écouter Avital Ronell à Beaubourg. Première remarque : l'ambiance de ce genre de lieux est innommable. Beaubourg et les librairies "littéraires"du centre (Michèle Ignazi, Cahiers de Colette...) : il n'est rien à Paris qui évoque davantage l'univers moite et pénible des mémères à chien-chien et des salons de thé. Les bobos du canal saint-Martin, ça va bien le dimanche avec les chiards et les rollers, mais quand il s'agit d'entendre parler de Lacoue-Labarthe, ça fatigue. (A Strasbourg, il y a quinze jours, Isabelle Bala</span><span style="font-family:arial;">dine Howald avait... mais non, j'en parlerai plus tard.) Ensuite : je ne suis pas sûr que ça soit de la philosophie très sérieuse et très intéressante qu'écrive Avital Ronell, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle est très marrante. Les deux questions que j'aurais aimé lui poser :<br />1) Êtes-vous consciente d'avoir l'air d'une poule (pas une pierreuse, je veux bien dire : une poule, le gallinacé) et d'avoir sans doute contribué à inspirer les personnages de <span style="font-style: italic;">Chicken run </span>?<br />2) Pourquoi vos éditeurs français, contrairement à leurs collègues d'outre-Rhin, ne traduisent-ils pas le titre de vos livres en français, au risque de vous faire passer pour une imbécile branchée ?<br /></span><br /><span style="font-family:arial;">A Strasbourg, il y a quinze jours, Isabelle Baladine Howald avait, </span><span style="font-family:arial;">disais-</span><span style="font-family:arial;">je</span><span style="font-family:arial;">, </span><span style="font-family:arial;">invit</span><span style="font-family:arial;">é la traductrice Sibylle Muller et l'éditrice Ma</span><span style="font-family:arial;">rtina Wachenquelquechose à parler de Sebald.</span><span style="font-family:arial;"> Pour ceux qui l'ignoreraient encore, W. G. (dit Max) Sebald serait, s'il n'était pas mort, le plu</span><span style="font-family:arial;">s </span><span style="font-family:arial;">grand écrivain vivant.</span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_Zl30kmKdHQM/Sb0nFreQW3I/AAAAAAAABd8/LOp_hqLHRLE/s400/tripp_w_g_sebald_600px1.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 175px; height: 216px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_Zl30kmKdHQM/Sb0nFreQW3I/AAAAAAAABd8/LOp_hqLHRLE/s400/tripp_w_g_sebald_600px1.jpg" alt="" border="0" /></a><br /><span style="font-family:arial;">Figurez-vous que ça ne se vend pas si bien que ça, Sebald, de sorte que l'</span><span style="font-family:arial;">éditrice n'est pas si pressée de continuer de le faire traduire en français (ils sont mécènes, c'est entendu, à Actes Sud... mais ils sont commerçants aussi à Actes Sud...), et que pour cette apr</span><span style="font-family:arial;">ès-midi d'exception, où étaient diffusés plusieurs extraits (très rares) d'entretiens, eh bien nous étions très peu. Et c'était très agréable. </span><span style="font-family:arial;">Peut-être est-ce également l'effet du sérieux germanique, qui </span><span style="font-family:arial;">s'oppose si frontalement à la futilité parisienne, mais ceux qui étaient là savaient ce qu'ils y faisaient, connaissaient leur sujet et avaient très envie d'en parler et d'en apprendre. A côté, les mondanités à la française ne sont pas seulement vaines, mais profondément dégradantes pour leur sujet, et pour ceux qui s'y prête</span><span style="font-family:arial;">nt.<br /><br />(Toujours à propos d'Avital Ronell.) Ayant la chance et le plaisir de vivre avec une femme qui s'y entend un peu en philosophie, j'ai souvent été amené à me demander quelle place j'assignais, dans la vie et dans la pensée, à cette discipline.<br />Il me semble que, lorsqu'un problème se pose (pas nécessairement un problème au sens logique ou mathématique, enclos dans un système formel ; non, toute rupture, toute brisure, mais aussi toute saillie, dans le contour des choses), et si l'on juge nécessaire, utile, ou simplement agréable d'y répondre, l'essentiel est de trouver le chemin le plus court, qui n'est </span><span style="font-family:arial;">pas nécessairement le plus rapide, mais celui qui nous fait faire l'économie du maximum d'explication</span><span style="font-family:arial;">s. (Je suppose que cette attente est ce à quoi répond la méthode du rasoir d'Ockham.) La philosophie (je veux dire au moins : l'ensemble de ce qui a été écrit sous ce nom) (il faut que j'arrête avec les parenthèses) est sans doute la meilleure m</span><span style="font-family:arial;">éthode pour découvrir les chemins les plus courts ; comme un avion, elle s'élève au-dessus de la surface des choses afin de ne pas se laisser</span><span style="font-family:arial;"> entraver par les obstacles qui s'y amoncellent. Mais cette méthode n'est pas <span style="font-style: italic;">toujours </span>la meilleure ; de même qu'il serait remarquablement crétin et compliqué d'aller en Airbus de la place </span><span style="font-family:arial;">Rhin-et-Danube à la rue Jouye-Rouve. On peut aussi la mobiliser de façon totalement gratuite, ce qui revient à faire des loopings (et à filer un peu trop longtemps la métaphore). Et c'e</span><span style="font-family:arial;">st sans doute aujourd'hui un enjeu fondamental pour les philosophes que de déterminer sur quel territoire leur méthode fonctionne encore ; et une tentation particulièrement forte (et vaine) que celle de continuer à en faire sans savoir, ni peut-être s'en soucier vraiment, y répondre.<br /></span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-204581564720536067?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com4tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-30346814010122399462009-04-09T20:15:00.004+02:002009-04-09T20:20:01.180+02:00Sept mois de réflexion<span style="font-size:130%;">"La vérité, monsieur l'officier, est que tu t'étonnes facilement. La vie, la vraie vie, est d'une simplicité enfantine. Il n'y a pas de mystère. Il n'y a que des salauds.<br />- Qui appelles-tu des salauds ?<br />- Si tu ne sais pas quels sont les salauds, alors il n'y a aucun espoir pour toi. C'est la seule chose qu'on n'apprend pas par les autres, monsieur l'officier.<br />Nour El Dine baissait la tête, les mains serrées entre ses genoux, il semblait méditer sur un problème douloureux.<br />- C'est plus compliqué que ça, dit-il enfin. Il n'y a pas que des bons et des salauds.<br />- Non, dit Gohar. Je refuse d'admettre ces nuances. Ne viens pas me raconter que c'est plus compliqué que ça. Comment ne comprends-tu pas que cette soi-disant complication ne profite qu'aux salauds ?" (Cossery)</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-3034681401012239946?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com1tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-51656866730822652342008-10-22T12:00:00.002+02:002008-10-22T11:39:08.418+02:00Pour en finir avec les nations<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://www.images.hachette-livre.fr/media/imgArticle/FAYARD/2008/9782213637785-G.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 155px; height: 241px;" src="http://www.images.hachette-livre.fr/media/imgArticle/FAYARD/2008/9782213637785-G.jpg" alt="" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Je comptais rédiger une note sur un ouvrage dont j'attendais beaucoup et qui a amplement comblé sa promesse, mais le "buzz" m'a largement dévancé, et il serait inutile que j'ajoute un résumé à ceux circulant partout. </span><span style="font-family:arial;">Le livre de l'historien israélien Shlomo Sand </span><span style="font-style: italic;font-family:arial;" >Comment le peuple juif fut inventé</span> <span style="font-family:arial;">mérite néanmoins quelques commentaires et éloges qui, je l'espère, inviteront d'autres à le lire. <br />La thèse en est d'autant mieux </span><span style="font-family:arial;">connue </span><span style="font-family:arial;">qu'on s'est ingénié à l'évacuer en répétant qu'elle n'était pas neuve. Solidement étayée, elle n'en va pas moins à l'encontre de tout ce qu'on croit savoir (<span>et qu'on </span><span style="font-style: italic;">enseigne</span><span> !</span>) de</span><span style="font-family:arial;"> l'histoire des Juifs. </span><span style="font-family:arial;">Selon Shlomo Sand</span><span style="font-family:arial;">, le "peuple juif" comme entité "ethnobiologique" ou (ainsi qu'on disait jusqu'en 1945) comme "race", est une invention de l'idéologie nationaliste puis sioniste du XIXe siècle. Les Juifs actuels ne sont <span style="font-style: italic;">pas </span>les descendants des Hébreux de l'Antiquité, qui n'ont <span style="font-style: italic;">pas </span>été chassés de Palestine en 70 par les Romains, et la diaspora ne s'explique <span style="font-style: italic;">pas </span>par l'émigration judéenne aux premiers siècles avant notre ère. La diffusion du judaïsme dans le monde méditerranéen, en Arabie puis en Europe serait tout simplement le fait de conversions massives, comme l'indiquent les sources latines, et le prouve l'impossibilité pour un petit peuple paysan de moins d'un million d'âmes de se répandre dans tout l'Empire romain jusqu'à en représenter 7 à 8 % de la population. Les juifs d'Europe de l'est seraient surtout les descendants des Khazars, ces nomades turciques de la Volga convertis aux alentours du VIIIe siècle. Après la conquête islamique, les juifs restés en Palestine se seraient, quant à eux, progressivement convertis à l'islam, de sorte qu'en Israël ce seraient aujourd'hui les descendants de convertis qui opprimeraient les "vrais" descendants des Hébreux de l'Antiquité, ce qui est plutôt marrant quand on y pense et qu'on n'habite pas à Naplouse. <br />On conçoit évidemment en quoi l'option de Shlomo Sand contrevient aux besoins intellectuels de l'Etat d'Israël : sans peuple juif </span><span style="font-family:arial;">"biologique" </span><span style="font-family:arial;">historiquement originaire de Palestine, la légitimité de l'occupation de la "Terre Promise" devient douteuse, et a fortiori contestable l'apartheid imposé à la population musulmane depuis 1967. (Ceux que gêneraient le terme d'apartheid consulteront avec profit <a href="http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/archives.cgi?ID=5867d10557b30afd369982d39626b71344734f4410440413">cet article</a>.) <br />Tel n'est évidemment pas l'intérêt de l'ouvrage, qui est avant tout un livre d'histoire ou, pourrait-on dire, de critique historique. Il s'agit, en premier lieu, d'une histoire intellectuelle, présentant la construction du mythe du peuple juif au XIXe siècle pour en indiquer, dans son dernier chapitre, les prolongements politiques dans l'Etat d'Israël aujourd'hui, au terme d'un processus d'élaboration idéologique qui voit une communauté religieuse (les juifs, comme il y a des chrétiens et des musulmans) se transformer en "ethnie" (les Juifs, comme il y a des Slovènes ou des Arabes) puis en nationalité. C'est au démontage des présupposés historiques de cette idéologie qu'est consacré le livre. <br />L'Exil en constitue évidemment le point nodal, qui seul permet la suture entre le passé mythique extrait de la Bible et la diaspora. On a vu la réponse historique qu'y fait Shlomo Sand, qui y ajoute, dans des pages passionantes, des facteurs d'explication supplémentaires, en présentant la thématique de l'Exil comme une part essentielle de la pensée juive <span style="font-style: italic;">dès avant </span>la destruction du Second Temple. C'est ce fond théologique disponible qui aurait informé par la suite la reconstitution mythique du passé juif. Autre noeud du problème : le prosélytisme. "Le judaïsme post-exilique ne se présente pas comme une religion prosélyte et conquérante", peut-on lire dans <span style="font-style: italic;">L'Atlas des religions</span> du <span style="font-style: italic;">Monde</span> (où j'ai trouvé de bien pires énormités). Shlomo Sand réfute cette thèse, en montrant que ce ne qu'est qu'avec le développement du christianisme que le judaïsme rabbinique, c'est-à-dire pharisien, parvint à entraîner progressivement le monde juif au repli sur soi dont surgirent entre autres les Talmuds. <br />Seul un historien israélien pouvait, sans doute, témoigner d'un tel recul à son objet.</span><span style="font-family:arial;"> Il est toujours jubilatoire de voir démolir des préjugés, mais Shlomo Sand emprunte certainement la méthode la plus élégante pour y parvenir, qui consiste à rappeler le temps où certaines évidences éternelles n'intéressaient personne. Ainsi, dans son excellent ouvrage sur le Kosovo (<span style="font-style: italic;">Kosovo, année zéro</span>, réédité sous le titre <span style="font-style: italic;">Le piège du Kosovo</span>), que je viens également d'achever, Jean-Arnault Dérens rappelle-t-il opportunément qu'avant 1878 les Serbes n'attachaient aucune importanc</span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://www.decitre.fr/gi/01/9782352700401FS.gif"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 158px; height: 260px;" src="http://www.decitre.fr/gi/01/9782352700401FS.gif" alt="" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">e particulière à cette région, et que ce n'est qu'à cette date, avec l'entrée de la dynastie des </span><meta equiv="Content-Type" content="text/html; charset=utf-8"><meta name="ProgId" content="Word.Document"><meta name="Generator" content="Microsoft Word 9"><meta name="Originator" content="Microsoft Word 9"><link style="font-family: arial;" rel="File-List" href="file:///C:/DOCUME%7E1/x/LOCALS%7E1/Temp/msoclip1/01/clip_filelist.xml"><!--[if gte mso 9]><xml> <w:worddocument> <w:view>Normal</w:View> <w:zoom>0</w:Zoom> <w:hyphenationzone>21</w:HyphenationZone> <w:donotoptimizeforbrowser/> </w:WordDocument> </xml><![endif]--><style> <!-- /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent:""; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-font-family:"Times New Roman";} @page Section1 {size:595.3pt 841.9pt; margin:2.0cm 2.0cm 2.0cm 2.0cm; mso-header-margin:35.45pt; mso-footer-margin:35.45pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} --></style><span style="font-family:arial;">Obre</span><span style="font-family:arial;">n</span><span style="font-family:arial;">ović dans l'alliance autrichienne qui interdit à la Serbie de s'étendre à l'ouest, que l<span style="font-family:arial;">es regards </span></span><span style="font-family:arial;"><span style="font-family:arial;">se tournèrent vers le sud. Alors seulement, des idéologues jugèrent utile de réveiller les balades m</span></span><span style="font-family:arial;"><span style="font-family:arial;">édiévales sur la bataille d</span></span><span style="font-family:arial;"><span style="font-family:arial;">e Kosovo Polje, et de faire du Kosovo le nouveau "coeur" </span> de l'âme serbe. Exactement de la même manière, Shlomo Sand montre qu'"au cours des deux premières décennies du XIXe siècle, l'image de soi des intellectuels juifs allemands... relevait essentiellement des domaines culturels et religieux", et que ce n'est pas avant 1853 que l'historien Graez allait chercher à donner au judaïsme un caractère ethnique unitaire et continu dans le temps. Plus tard, la définition du "peuple yiddish" (intéressante notion discrètement </span><span style="font-family:arial;">avancée par Sand) comme univers culturel ou comme partie du peuple juif "biologique" fut un enjeu idéologique majeur dans l'opposition entre le Bund et les sionistes. <br />Le plus passionnant dans son ouvrage, du moins pour moi qui connais mal ces questions, réside certainement dans les découvertes positives des historiens non conformistes dont Sand rapporte les travaux. L'écran </span><span style="font-family:arial;">du mythe biblique étant dissipé, l'histoire des Hébreux et du Proche-Orient antique, puis celle des juifs d'Europe et d'Afrique, émerge comme un monde oublié, aussi ambigu et fuyant, aussi passionnant et dépaysant, </span><span style="font-family:arial;">que tout autre objet h</span><span style="font-family:arial;">istorique</span><span style="font-family:arial;">. L'histoire des juifs ainsi entendue est, somme toute, un champ d'investigation ignoré de l'historiographie. Ces Hébreux-là, qui ne descendent pas d'Abraham, ne sortent pas d'Egypte et développent, comme tout le monde, de petites royautés polythéistes quelques siècles avant notre ère, sont encore largement des inconnus. On peut dire la même chose des Khazars, sans parler des Falachas et des Berbères juifs à l'origine du monde sépharade. <br />Il est bon, bien sûr, que ce travail soit l'oeuvre d'un historien </span><span style="font-family:arial;">israélien. Non seulement pour prévenir l'accusation d'antisémitisme, mais aussi pour souligner qu'il n'y a rien là qui</span><span style="font-family:arial;"> remette en cause la présence des Juifs dans l'Etat d'Israël, mais seulement le contenu idéologique du sionisme. Il n'y a pas de </span><span style="font-family:arial;">Terre Promise, pour personne, les peuples vont, viennent, se battent, gagnent ou perdent, mais aucun ne peut se prévaloir de l'histoire pour justifier son pouvoir : voilà au moins une vérité politique que le livre de Shlomo Sand aura contribué à mettre en lumière.</span> <div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-5165686673082265234?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com16tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-18784425420221872982008-10-20T12:44:00.003+02:002008-10-20T12:46:41.542+02:00<span style="font-size:130%;"><span style="font-size:12;">« À propos, qui était le Premier ministre russe lorsque Dostoïevski publia les Karamazov et qui étaient le grand chancelier d’Angleterre lorsque Hamlet fut joué pour la première fois ? Curieux qu’on ne se rappelle jamais le nom de personnes pourtant tellement<span lang="fr"> </span>plus importantes, n’est-ce pas, en leur temps, que Shakespeare ou Dostoïevski. » (Albert Cohen)<br /></span></span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-1878442542022187298?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com4tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-42659568687500472622008-10-14T15:30:00.024+02:002008-10-15T19:23:14.262+02:00Vous reprendrez bien un peu de droit constit' ?<a href="http://www.alphaquark.com/Informatique/Euro/Euro_construction.gif"><img style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; WIDTH: 223px; CURSOR: hand" height="192" alt="" src="http://www.alphaquark.com/Informatique/Euro/Euro_construction.gif" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">L'an passé, avec les Seconde, quand on travaillait sur les institutions, on faisait des organigrammes. Ça tombait bien, j'adore ça. Là où vraiment je m'en donnais à coeur joie, c'était sur la Révolution, avec ces constitutions qui changent tout le temps. J'avais beau couper des têtes de temps en temps pour les distraire, les gamins, il faut bien dire, en général, ça ne les emballait pas. Mais une chose était sûre : sauf sous l'Ancien Régime, tous nos schémas reposaient toujours sur un grand rectangle, tout en bas, d'où partaient un grand nombre de flèches, et dans lequel on inscrivait : "le peuple".<br />En dépit de tout le mal que j'en ai dit dans </span><a href="http://steckelburjer.blogspot.com/2008/09/le-droit-dans-loeil.html"><span style="font-family:arial;">mon petit exercice de la dernière fois</span></a><span style="font-family:arial;">, la Cinquième République a ceci de bien qu'elle a été construite par des gens qui s'y connaissaient en organigrammes. On ne peut malheureusement pas en dire autant de l'Union européenne. Les ouistes n'ont pourtant pas épargné leurs efforts, en 2005, pour expliquer à la populace qu'en réalité tout était très simple et que si elle se donnait la peine de comprendre, elle voterait pour le traité les yeux fermés. Il faut croire que je suis trop con, mais je suis infoutu de résumer les institutions européennes dans un schéma qui ne soit ni en trois dimensions, ni outrageusement simplifié. En revanche, avec des phrases, ça vient mieux. Essayons donc.<br /><br />Les directives et règlements de l'Union européenne, dont la force est supérieure à celle des lois nationales, sont pris à l'initiative exclusive de la Commission européenne, dont les commissaires sont nommés par les gouvernements des pays membres. Cependant, la Commission ne peut en prendre que l'initiative <em>juridique</em>, et non <em>politique</em> : elle agit toujours, en effet, selon les orientations fixées par le Conseil de l'Union européenne, qui regroupe en plusieurs collèges les ministres de l'Union, et qu'on appelle donc familièrement "Conseil des Ministres" (il y a ainsi le Conseil des ministres des Affaires étrangères, ou AG/RELEX ; des Finances, ou ECOFIN, etc.). C'est néanmoins la Commission qui prépare les lois et les soumet au vote du Conseil des Ministres et du Parlement européen. C'est ce travail de préparation qui est mal connu des citoyens, et où se décident pourtant les politiques menées, dont je répète que la transposition en droit national occupe les deux-tiers de l'activité législative en France.<br />Lorsque la Commission est parvenue à une avant-proposition, elle en diffuse le texte auprès des ambassadeurs des Etats membres auprès de l'Union, les représentants permanents, qui consultent leurs gouvernements. Ensuite, le texte est soumis à des groupes de travail spécialisés, réunissant des hauts fonctionnaires de chaque Etat, qui le discutent et l'amendent. La plupart du temps, ces groupes de travail parviennent à un accord, qui est ensuite entériné sans débat. Sinon, le texte est tranmis au Comité des représentants permanents (COREPER), qui résout la majorité des questions encore litigieuses, et ne laisse à débattre au Conseil des Ministres qu'un petit cinquième des propositions. Comme le montre un </span><a href="http://ramix.nexenservices.com/brevets/COREPER.PDF"><span style="font-family:arial;">article</span></a><span style="font-family:arial;"> passionnant, le pouvoir de délibération du COREPER l'apparente à un organe supra-national bien plus qu'à un simple outil de négociation diplomatique. Chaque représentant permanent, en effet, dirige </span><a href="http://www.rpfrance.eu/spip.php?rubrique42"><span style="font-family:arial;">l'équipe de diplomates</span></a><span style="font-family:arial;"> chargée de siéger dans les comités et groupes de travail où s'élaborent, se discutent, et parfois se votent les textes ; la composition de ces groupes étant concertée de manière que les représentants de chaque Etat soient de grade et d'attribution équivalents. Ensuite seulement, la proposition est transmise au Parlement et au Conseil des Ministres, qui la votent.<br />L'on remarque incidemment que, contrairement à la Constitution française :<br />- l'organe qui est à l'origine des lois (le Conseil des Ministres, composé des membres de gouvernements nationaux) n'est responsable que devant les parlements nationaux, ce qui est exactement comme si seul le Conseil régional d'Alsace (au hasard) avait le pouvoir de censurer Bockel (au hasard).<br />- les personnes qui élaborent les lois ne sont ni élues par le peuple, ni responsables devant les représentants du peuple. Car, dans l'Union, c'est la Commission qui est responsable devant le Parlement, évidemment pas le COREPER.<br />- des deux chambres qui votent la loi (Parlement et Conseil des Ministres), une seulement (le Parlement) est élue. De l'autre (le Conseil des Ministres), qui est également à l'origine des textes, on s'accorde à dire que "comme le Sénat des Etats-Unis, il représente les Etats" ; oui, mais aux Etats-Unis, les sénateurs sont élus.<br /><br />... Arrivé ici, le lecteur, infiniment plus doué que moi, sera parvenu à assembler le mécano dans un organigramme à la fois simple et efficace, élégant pour tout dire. En comparaison des constitutions françaises, le rectangle représentant "le peuple" ne prend pas beaucoup de place. On peut le serrer dans un coin, c'est plus pratique. Comme il n'y a pas beaucoup de flèches qui en partent, ça ne gêne pas.Voilà pour le constat objectif, qui découle d'une simple observation, et d'une simple description, d'un mécanisme institutionnel. Ajoutons-y une note de sociologie. Là encore, je n'ai pas inventé le fil à couper le beurre.</span><br /><span style="font-family:arial;">Le processus de décision, dans les institutions européennes, n'est pas et ne peut pas être l'occasion d'un débat contradictoire. Lorsqu'ils siègent, les ministres et les hauts fonctionnaires qui représentent les Etats ne cherchent pas à faire prévaloir un point de vue particulier, ni a fortiori une option partisane. Si un vote intervient parfois pour départager des positions, toute décision exige une <em>majorité qualifiée</em>. On comprend bien pourquoi : l'activité législative de l'Union est en même temps une négociation internationale, dans laquelle aucune partie ne doit pouvoir se sentir contrainte ou frustrée. C'est bien légitime. Mais, par conséquent, au lieu de chercher à faire triompher un projet à la majorité des voix comme dans toutes les institutions démocratiques, celles de l'Union visent l'obtention d'un consensus. Au lieu de députés qui s'engueulent, l'Europe est faite par des hommes d'Etat ou des hauts fonctionnaires qui cherchent à se mettre d'accord. Tout commentaire d'obédience "noniste" à ce constat ne peut évidemment être le fait que de cerveaux déficients.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-4265956868750047262?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com2tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-13780960400421713432008-10-08T16:04:00.005+02:002008-10-08T16:12:41.613+02:00Comment perdre son après-midi<a href="http://3.bp.blogspot.com/_v4zhDgcjJ9g/SOy-jp6-aJI/AAAAAAAAAJg/bMQTiyTGsGM/s1600-h/cac.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5254784384992438418" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_v4zhDgcjJ9g/SOy-jp6-aJI/AAAAAAAAAJg/bMQTiyTGsGM/s320/cac.gif" border="0" /></a><br /><div><span style="font-family:arial;">15h59 : Zut, ça remonte.</span></div><div><span style="font-family:arial;">16h00 : Chic, ça rebaisse.</span></div><div><span style="font-family:arial;">16h01 : Zut, ça remonte.</span></div><div><span style="font-family:arial;">16h03 : Chic, ça rebaisse.</span></div><div><span style="font-family:arial;">16h04 : Zut, ça remonte.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">16h06 : Chic, ça rebaisse.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">16h07 : Zut, ça remonte...</span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span> </div><div> </div><div></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;">Ou comment se réjouir du malheur des riches.</span></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-1378096040042171343?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com0tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-55993662095868085252008-10-07T17:04:00.006+02:002008-10-08T16:09:39.822+02:00Y a-t-il un plan C ?<a href="http://zgur.20minutes-blogs.fr/media/00/01/dffedd3257a13b4cb72c095063220d8a.jpg"><img style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; WIDTH: 224px; CURSOR: hand; HEIGHT: 278px" height="302" alt="" src="http://zgur.20minutes-blogs.fr/media/00/01/dffedd3257a13b4cb72c095063220d8a.jpg" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Grâce à </span><a href="http://ludo-detertulia.blogspot.com/"><span style="font-family:arial;">Ludo</span></a><span style="font-family:arial;">, je prends enfin le moment de lire </span><a href="http://www.leplanb.org/"><span style="font-family:arial;">Le Plan B</span></a><span style="font-family:arial;">. Je peux dire que je n'ai pas été déçu. Ce journal est tout simplement ce qui existe de plus sensé, de plus intelligent et de plus juste dans la presse actuelle. Presse française s'entend ; et j'aimerais beaucoup savoir ce qui existe de comparable en italien, en espagnol, en portugais, et en anglais.</span><br /><div><span style="font-family:Arial;">Le plus remarquable, évidemment, c'est le langage. L'emploi massif de l'ironie décourage à l'avance non seulement toute poursuite, mais même toute réplique, comme y étaient également parvenus Eric Naulleau et Pierre Jourde dans <em>Petit déjeuner chez Tyrannie</em>. Ainsi les cibles du journal n'ont-elles d'autre ressource que de feindre le silence méprisant, quand elles sont surtout empêchées de parler par le fait d'avoir le nez plongé dans leur caca.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">Car une autre caractéristique du <em>Plan B</em> est le recours général à l'attaque personnelle. Or, comme disait à peu près Marx, "la pensée argumente <em>ad hominem</em> lorsqu'elle devient radicale. Être radical, c'est saisir les choses à leur racine. Or, pour l'homme la racine, c'est l'homme lui-même." Salubre méthode. La tradition libérale de notre pays tend trop souvent à faire passer de profondes oppositions pour un simple débat d'idées. Mais, au fond, je me fous bien que Lagardère soit "libéral" ou trotskyste, ou néo-nazi ; ce qui me dérange, c'est qu'il me vole. Et d'autre part, comme le prouve <em>Le Plan B</em>, dans la critique des médias bien des choses s'expliquent tout naturellement lorsqu'on considère combien quelqu'un est payé, et par qui.</span></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-5599366209586808525?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com0tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-65594737011521317852008-10-02T21:03:00.018+02:002008-12-15T23:07:08.976+01:00Tiens, voilà du Bodein<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_y9E2ZX6lDBA/SFpVcpKyqsI/AAAAAAAAApQ/SkGqZPnCCEI/s400/alsacedabord01.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 170px; height: 227px;" src="http://bp0.blogger.com/_y9E2ZX6lDBA/SFpVcpKyqsI/AAAAAAAAApQ/SkGqZPnCCEI/s400/alsacedabord01.jpg" alt="" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Eh bien voilà, c'est fini. En raison des "risques énormes de récidive", Pierre Bodein a été définitivement condamné à la peine la plus sévère du système pénal français, la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de trente ans. L'opinion commune veut qu'il est très mal de tuer et de violer des gens, <em>a fortiori</em> des enfants ; et je partage cette opinion. Mais, puisque ce procès à tiroirs a été l'occasion pour les Français "de l'intérieur" d'entendre, sans doute pour la première fois, parler des <em>Yéniches</em>, je voudrais en profiter pour en toucher un mot. Pierre Bodein est yéniche, et savoir ce que sont les Yéniches me semble indispensable à la compréhension de cette affaire.</span><br /><div><span style="font-family:arial;">Pour résumer, il s'agit de populations semi-nomades, entretenant avec les Gitans (on dit plutôt <em>Ziginer</em>) des relations de voisinage dues à la proximité de leurs modes de vie, mais s'en écartant totalement par la langue, l'origine et, disons-le, le niveau social, car à côté des Yéniches les Gitans les plus pouilleux sont des princes. Les Yéniches, qui parlent un patois rhénan particulièrement pauvre, sont probablement les descendants de soldats débandés de la guerre de Trente Ans restés trop longtemps en vadrouille, et devenus de moins en moins brigands et de plus en plus clochards, ne s'intégrant que très progressivement à la population sédentaire. En français, les Alsaciens les appellent "Vanniers", car ils ont entendu dire que c'est comme ça qu'on appelait les nomades qui ne sont pas des Gitans. Mais je ne sache pas qu'ils fassent tellement de vannerie.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">Il y a dix ans tout rond, le journal que j'avais fondé dans mon lycée publiait un petit reportage sur un fait divers non moins sordide que l'affaire Bodein, à propos de Yéniches de la région de Barr. Certaines personnes citées ont depuis été mêlées à l'enquête sur le meurtre de la petite Jeanne-Marie. Cela importe peu. Je ne rappelle cette vieille histoire que pour montrer comment naissent, grandissent, vivent et meurent les Yéniches. La famille dont il est question, après des années passées dans la forêt à côté de leur mobylette et de leur remorque sous des bâches en plastique, avait réussi grâce à de braves gens à s'installer dans une maison de village inoccupée. Deux ans plus tard, ils doivent déguerpir, mais ce n'est pas trop grave : le village d'à côté dispose d'une gare désaffectée à peu près salubre où le préfet ordonne leur relogement. C'était compter sans l'opposition du conseil municipal, qui manque de crever en masse à l'idée de l'arrivée de ces traîne-savates. Un autre maire sollicité refuse de se risquer à ce "suicide politique". De délais en hésitations, de plaintes en menaces, et l'hiver approchant, on les case dans des baraques de chantier sans électricité, où ils se chauffent au bois. L'hiver suivant, alors que la situation semble enfin se dénouer, la mairie du bled (et puis <em>schissdreck</em>, disons son nom : Gertwiller, 32 % pour le FN aux législatives de 1997), sans attendre le permis de démolir, fait raser l'ancienne gare. L'enquête traîne puis, sur leur terrain boueux, un enfant de la famille âgé de 2 ans se noie dans un trou d'eau. J'ai appris la suite dans un <a href="http://www.humanite.fr/2007-05-16_Societe_Misere-et-rejet-l-histoire-des-Yeniches-de-l-affaire-Bodein">article</a> de l'<em>Huma</em> consacré à l'affaire Bodein. C'est du lourd.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">Et quant à Bodein, que chacun en tire ses propres conclusions.<br /><br />(En période électorale, l'affiche ci-dessus est <span style="font-style: italic;">omniprésente </span>dans les villages de certaines régions de l'Alsace. Personne ne s'est jamais trompé sur la connotation du "foulard" représenté.)<br /></span></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-6559473701152131785?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com6tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-88743708754753759532008-09-28T13:19:00.015+02:002008-10-20T12:52:10.615+02:00Place du Combat<a href="http://3.bp.blogspot.com/_v4zhDgcjJ9g/SN9znpO7B0I/AAAAAAAAAIg/Yxis76GWIV0/s1600-h/Diapositive1.JPG"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5251042815457822530" style="margin: 0px 0px 10px 10px; float: right;" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_v4zhDgcjJ9g/SN9znpO7B0I/AAAAAAAAAIg/Yxis76GWIV0/s200/Diapositive1.JPG" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Après un rapide tour d'horizon, je m'avise qu'en effet, cette histoire de "courses à l'espagnole" en bas des Buttes dès 1778, cela ne se trouve nulle part. Les premières corridas généralement recensées à Paris sont celles de l'Hippodrome puis de la rue Pergolèse, sous le Second Empire, c'est-à-dire en pleine hispanophilie officielle depuis que Napo le Petit a épousé Eugenia de Montijo. Pourtant, en 1840, quand Théophile Gautier (plus parigot, tu meurs, bien qu'il soit né à Tarbes) arrive à la plaza de Madrid, s'il n'a encore jamais vu de course de taureaux, sait qu'on ne dit pas matador mais <em>espada</em>, et pas toréador mais <em>torero</em> (<em>Voyage en Espagne</em>, chap. VIII). Tout ceci, plusieurs années avant <em>Carmen</em>, mais à la suite de plusieurs décennies de "voyages" plus ou moins bien documentés à la faveur de la mode romantique.</span><br /><div><div><div><div><div><span style="font-family:Arial;">Une remarque s'impose. Ces courses des années 1770 diffèrent davantage de celles du Second Empire par leur lieu que par leur époque. </span><span style="font-family:Arial;">A l'hippodrome et rue Pergolèse, nous nous trouvons dans les beaux quartiers de l'Ouest parisien, aux abords du bois de Boulogne. Les courses sont alors un divertissement réservé à la bonne société à la mode. </span><span style="font-family:Arial;">En revanche, le "combat du Taureau", ainsi que s'appelait simplement cette arène, est un endroit nettement plus trash. Les spectacles qu'on y donne (course "à l'espagnole" mais aussi combats de chiens, ou de chiens contre un taureau, etc.) sont violents, et n'intéressent pas la même population. Et pour cause : on se trouve là à l'emplacement éminemment stratégique d'une "barrière", c'est-à-dire d'une porte ouverte dans le mur des Fermiers généraux qui, entouré d'une zone <em>non aedificandi</em> de quelques dizaines de mètres de large, enferme à partir de 1784 la capitale pour décourager la contrebande. La barrière en question se trouvait à la limite des communes de La Villette et de Belleville et attirait, comme sur toute la longueur du mur, de nombreuses guinguettes de bas étage où les Parisiens venaient se pinter au jaja <em>duty-free</em>. La notoriété du spectacle fit qu'on l'appela bientôt la barrière du Combat ; après la démolition du mur, vers 1860, son emplacement devint la place du Combat, qui fut rebaptisée en 1945 <em>place du Colonel-Fabien</em> (il y aurait sûrement un jeu de mot hilarant à faire sur le rouge de la muleta et celui des staliniens, mais je ne trouve pas). Un peu plus loin, c'est la barrière de Belleville, encore très lisible aujourd'hui dans le paysage, et le quartier de la Courtille, le plus mal famé et le plus délirant des faubourgs parisiens : pas exactement le même monde qu'à Passy. Le site du "combat du Taureau" est d'autant plus singulier qu'on se trouve alors là un peu au milieu de nulle part, encore à Belleville mais derrière les carrières de la butte Chaumont. Cette situation isolée permettrait plus tard aux municipalités de Paris et de Belleville de se mettre d'accord pour y entasser leurs déchets, face à la commune de La Villette qui se prend tout dans le nez mais n'y peut rien.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">Il y a quelque chose de magnifiquement prosaïque, et de très espagnol, à imaginer ces combats inimaginables dans ce coin interlope, entre des carrières et une décharge, plutôt que sous les ombrelles de Longchamp.</span></div></div></div></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-8874370875475375953?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com1tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-65659974746477428402008-09-26T19:45:00.009+02:002008-10-08T16:10:21.586+02:00<span style="font-size:130%;">« Le triangle limité par les rues de Meaux, des Chaufourniers et l’avenue Mathurin-Moreau est un ancien terrain vague où l’on donna, à partir de 1778, des combats d’animaux… On lisait dans une annonce du <em>Journal de Paris</em> du 14 avril 1781 :</span><br /><span style="font-size:78%;"></span><br /><span style="font-size:78%;"><span style="font-family:arial;font-size:100%;">"Il y aura demain, jour de Pâques, sur l'ancien chemin de Pantin, au-delà de l'hôpital de Saint-Louis, grand combat d'animaux féroces et courses de taureaux à l'espagnole suivies d'un taureau mis à mort par les tauréadores tel que ce spectacle se fait en Espagne, le tout terminé par l'enlèvement du bouledogue anglais au milieu d'un double feu d'artifice. On commencera à cinq heures."<br /></span><br /></span><span style="font-size:130%;">... Souvent fermé, toujours réouvert, le "combat du Taureau" ne disparut pas avant 1840. » (Jacques Hillairet)</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-6565997474647742840?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com2tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-41585345970590179412008-09-23T16:17:00.013+02:002009-06-02T16:18:46.141+02:00Le droit dans l'oeil<span style="font-family:arial;">Le plus grand des hasards me voit contraint d'étudier la Constitution actuelle deux mois à peine après la révision la plus importante (en volume, du moins) qu'elle ait eu à connaître depuis sa promulgation en 1958. Pour me remettre en jambes, voilà une excellente occasion de faire la preuve du sens politique inouï qui devrait bien finir un de ces jours par me rendre riche et peinard. Bref.<br />Pour commencer, j'ai bien rigolé. "C'est une révision terrible", qu'ils disaient. "On a modifié la moitié des articles." Epaté d'avance, j'ai donc entamé la lecture de la loi. Et ça ne commence pas très fort. Premièrement, le dernier alinéa de l'article 3 est ajouté à la fin de l'article 1. Deuxièmement, le même passage est donc supprimé de l'article 3. Troisièmement et par conséquent, un passage de l'article 4 qui faisait référence au dernier alinéa de l'article 3 renvoie désormais au même, mais de l'article 1. Gobineau n'aurait pas osé tirer autant à la ligne, même dans le moins inspiré de ses romans-feuilletons. Vous observerez la méthode : en ne changeant <em>rien</em> au texte, trois des quatre premiers articles ont fait l'objet de modifications.<br />La suite est un peu mieux mais, dans l'ensemble, ça rame pas mal. Je passe sur les aspects faciles et évidents, comme la limitation des fonctions présidentielles à deux mandats successifs, ou l'objectif d'équilibre budgétaire. Je passe également sur les aspects difficiles et subtils, car je n'y connais pas grand'chose. A vue de nez, l'impression générale est que l'enculage de mouches règne. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour observer qu'en matière constitutionnelle une disposition est, au mieux inutile, au pire de la poudre aux yeux, si elle ne permet pas à une législation contraire d'être censurée par le Conseil Constitutionnel. Or c'est le cas, par définition, de toute pétition de principe, dont le texte regorge. Pour que la loi garantisse, par exemple, "l'indépendance des médias" (nouvel article 34), ou pour qu'une "commission indépendante" puisse contrôler les redécoupages électoraux (nouvel article 25), il faudrait commencer par définir l'indépendance. On imagine mal, par exemple, que la loi interdise jamais aux amis du président de la République de posséder la première télévision privée de France ; et, à ceci près, cette disposition ne sert à rien. On ne voit pas non plus à quoi rime le nouvel article 75-1, qui dit que "les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France". Après les avoir méprisées et combattues pendant cinq siècles, ça ne mange pas de pain.<br /><br />Voyons maintenant ce qui a changé en bien, c'est-à-dire ce qui concourt à renforcer l'illusion selon laquelle la France serait une démocratie, et de type parlementaire. Voyons aussi pourquoi le législateur aurait pu mieux faire.<br />Article 13. On a beaucoup parlé de la possibilité pour les parlementaires de contrôler certaines nominations de l'exécutif, dont la liste sera définie par une loi organique, mais qui comprendra au moins les membres du Conseil Constitutionnel. Il s'agit d'une véritable avancée. Néanmoins, on ne peut s'empêcher de remarquer que l'alinéa précédent, inchangé, donne <em>a contrario</em> la liste des nominations pour lesquelles le Parlement n'aura pas son mot à dire, et qui comprend rien moins que les conseillers d'Etat, les ambassadeurs, les préfets, les recteurs, les généraux, les directeurs des administrations centrales, et j'en passe.<br />Article 16. Ce célèbre article autorise le Président à prendre des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave. Son nouveau texte permet de saisir le Conseil Constitutionnel après trente jours, pour qu'il dise si les conditions qui ont suscité ces pouvoirs sont toujours d'actualité. C'est un progrès.<br />Article 17. Le droit de grâce ne peut plus être exercé qu'à titre individuel. D'un point de vue moral, c'est plutôt bien. Mais dans la pratique, en revanche, c'est ballot. Pour vider un peu les prisons et faire de la place aux suivants, rien de tel qu'une bonne amnistie du 14 juillet.<br />Article 35 (ça tombe bien, on s'en est servi hier). Après quatre mois, toute intervention militaire doit être autorisée par le Parlement. En voilà, du contrôle parlementaire de l'action gouvernementale. En réalité, il y a un problème. Lisez plutôt. "La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement. Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. (...) Lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. (...)" Vous voyez le problème ? Cet article consacre une différence de fond entre "l'intervention de forces armées à l'étranger" et la "déclaration de guerre". Aucune déclaration de guerre n'ayant été autorisée par le Parlement, il faut conclure que la France, qui participe en Afghanistan à une coalition dont l'objectif premier (atteint) était le renversement d'un régime hostile, n'y fait pas la guerre. De même que les prisonniers de guerre de Guantanamo ne sont pas des prisonniers de guerre mais des "combattants ennemis". C'est à se demander où finit l'évolution du droit international et où commence le bourrage de crâne. On remarquera par ailleurs que cette autorisation du Parlement, donnée après quatre petits mois, n'est jamais soumise à renouvellement par la suite, et s'apparente donc à un blanc-seing. Enfin, elle ne concerne que les envois de troupes <em>à l'étranger</em>. C'est-à-dire : pas en Nouvelle-Calédonie, par exemple.<br />Excellente modification en revanche : l'article 61-1, qui instaure l'exception d'inconstitutionnalité. Un justiciable mis en cause du fait d'une disposition inconstitutionnelle pourra prier le Conseil Constitutionnel de se prononcer, et éventuellement d'abroger la disposition en question.<br /><br />Voyons à présent ce qui a changé en mal, ou qui se moque franchement du monde.</span><br /><span style="font-family:arial;">La pire plaisanterie, c'est le coup du referendum d'initiative populaire. Souhaitons qu'une vraie tentative en soit conduite contre la privatisation de la Poste, afin que tout le monde puisse tout de suite constater que ça ne marche pas, que ça ne peut pas marcher, et que c'est fait exprès. Première complication : il est interdit de tenter de faire abroger par referendum une loi (par exemple, une loi privatisant la Poste) votée depuis moins d'un an. Ensuite, pour qu'un referendum puisse être convoqué par "initiative populaire", il faut d'abord que 20 % des parlementaires (c'est-à-dire, 180 et quelque d'entre eux) recueillent l'assentiment de 10 % des électeurs (4600000 et des brouettes), mais il faut surtout que le Parlement se refuse non pas à voter mais seulement à <em>discuter </em>la proposition. Sans quoi, pas de problème, il la rejette, et c'est terminé, fini, rien à faire. Interdit de retenter le coup avant deux ans.<br />Article 48. L'Assemblée Nationale fixe désormais elle-même son ordre du jour une semaine sur quatre. Un jour par mois, il est même fixé par l'opposition, à qui l'article 51-1 confère des "droits spécifiques". Bien. Cependant, cela ne permettra pas, ni <em>a fortiori</em> ne les incitera, aux parlementaires de voter davantage de lois d'origine parlementaire. Le gouvernement restera maître d'oeuvre de la fabrication des lois. En effet, cette semaine sur quatre et ce jour par mois sont en priorité consacré au contrôle de l'action du gouvernement, notamment au moyen des commissions d'enquête que crée l'article 51-2. Ainsi le Parlement, qui déjà n'en faisait pas beaucoup, est-il installé dans un rôle de contrôleur plus que de co-législateur.</span><br /><span style="font-family:arial;">Pour finir, ajoutons que cette révision n'envisage aucun des vrais problèmes constitutionnels que sont le cumul des mandats (qui dissuade les députés de faire leur travail) et le Sénat. Il faut que je fasse attention si je ne veux pas devenir comme ces vieux aigris dont le Sénat catalyse tous les problèmes existentiels. Même si, c'est vrai, le Sénat, c'est un scandale.<br /><br />Mais, au fond, quelle importance ? 60 à 70 % des lois ne sont que des transpositions de directives de la Commission européenne, et elle, personne ne l'élit.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-4158534597059017941?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com2tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-75853825761456871322008-09-01T21:27:00.007+02:002009-05-14T14:38:24.504+02:00Por qué no te callas ?<span style="font-family:arial;">Quelques mots ici pour annoncer seulement le prochain retour du Steckelburjer sur ces pseudo-pages.</span><br /><span style="font-family:Arial;">J'ai lu Cossery à Belgrade, sur la terrasse d'un bateau-hôtel flottant sur le Danube,</span><br /><span style="font-family:Arial;">j'ai nagé dans la Boka Kotorska et en séchant je relisais Cossery au bout du ponton,</span><br /><span style="font-family:Arial;">j'ai assisté à l'office des moines de Visoki Dečani,</span><br /><span style="font-family:Arial;">j'ai lu l'histoire du Kosovo à Prishtina,</span><br /><span style="font-family:Arial;">derrière la vitre j'ai regardé une incroyable tempête sur le lac d'Ohrid,</span><br /><span style="font-family:Arial;">en lisant Proust j'ai tremblé sur les routes effrayantes de l'Albanie,</span><br /><span style="font-family:Arial;">en une nuit de bateau j'ai tout juste eu le temps d'avaler un Pepe Carvalho car j'étais trop occupé à ne rien faire,</span><br /><span style="font-family:Arial;">à Trieste le Caffè San Marco était fermé pour vacances,</span><br /><span style="font-family:Arial;">et à Venise, la dernière ville vivable de ce sale monde, j'ai appris que Jean-Louis n'avait pas voulu m'attendre pour mourir.</span><br /><span style="font-family:Arial;">Je suis rentré le matin de l'enterrement dans un bus belge qui n'arrêtait pas de tomber en panne en Suisse. </span><span style="font-family:Arial;">Encore une semaine pour numéroter mes abattis et j'en dirai davantage. Salut à tous.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-7585382576145687132?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com2tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-67237734023736437762008-06-17T22:52:00.002+02:002008-06-17T23:00:12.739+02:00"Libération" est-il cancérigène ?<span style="font-family:arial;">Magistrale opération de manipulation à double détente sur le site de "Libération". A l'heure où de nombreux savants essaient, comme ils le peuvent, de </span><a href="http://www.liberation.fr/vous/332847.FR.php"><span style="font-family:arial;">camoufler les résultats alarmants</span></a><span style="font-family:arial;"> des travaux scientifiques sur les téléphones cellulaires, </span><a href="http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/332805.FR.php"><span style="font-family:arial;">le site</span></a><span style="font-family:arial;"> du quotidien indépendant/citoyen/de gauche (barrez les mentions inutiles, et elles le sont toutes) prouve que, non, il n'est pas possible de faire du pop-corn ni de cuire un oeuf même avec un grand nombre de téléphones portables. Admirable raisonnement : si un portable ne peut pas faire de pop-corn, c'est évidemment qu'il n'est pas dangereux pour la santé. Si jamais le taux de tumeurs au cerveau venait à varier (et, par pure hypothèse, s'il variait à la hausse) dans les prochaines décennies, on n'aura donc plus qu'à aller se faire cuire un oeuf.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-6723773402373643776?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com3tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-18674086062348328132008-06-15T12:27:00.003+02:002008-06-15T12:32:28.700+02:00<a href="http://lucileee.blog.lemonde.fr/files/2007/09/rodtchenko.1189615758.jpg"><img style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 400px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://lucileee.blog.lemonde.fr/files/2007/09/rodtchenko.1189615758.jpg" border="0" /></a><br /><div><span style="font-size:130%;">"L'objectif de l'appareil est la pupille de l'oeil d'un homme dans la société socialiste." (Alexandre Rodtchenko)</span></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-1867408606234832813?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com0tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-33685621021787221192008-06-13T15:15:00.001+02:002008-06-13T18:53:45.091+02:00Póg mo thóin !<a href="http://www.smh.com.au/ffximage/2006/08/13/brecht_narrowweb__300x425,0.jpg"><img style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; WIDTH: 135px; CURSOR: hand; HEIGHT: 183px" height="183" alt="" src="http://www.smh.com.au/ffximage/2006/08/13/brecht_narrowweb__300x425,0.jpg" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">J'ai beau trouver qu'à tout prendre le traité de Lisbonne est un compromis acceptable, et en tout cas beaucoup moins scandaleux que le projet américano-stalinien de 2005, je ne peux que me réjouir de ce que ces braves Irlandais aient voté <em>non</em> lors du référendum d'hier.</span><br /><div><div><span style="font-family:Arial;">Car il n'en reste pas grand'chose, de la démocratie. Et sa seule expression est partout de voter <em>non</em>, peu importe la question, là où l'on attend de la populace qu'elle acquiesce pour la forme. </span><span style="font-family:Arial;">Les autres gouvernements, l'ayant bien compris, n'ont jamais envisagé de la consulter cette fois-ci, afin de n'avoir pas à la dissoudre pour en élire une autre.</span></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-3368562102178722119?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com5tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-27024743683420563352008-06-13T15:00:00.001+02:002008-11-07T04:58:19.635+01:00Cette pauvre chose qu'est la dérision<a href="http://4.bp.blogspot.com/_v4zhDgcjJ9g/SFJZ9fMSCZI/AAAAAAAAAGc/PR70I4mYZwY/s1600-h/Ungerer.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5211326631700990354" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_v4zhDgcjJ9g/SFJZ9fMSCZI/AAAAAAAAAGc/PR70I4mYZwY/s320/Ungerer.jpg" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Un homme en trois-pièces de loden, avec chapeau et noeud papillon violet est renversé au fond d'une barque dans une attitude de jouissance mais, en même temps, il se pince le nez. Entre ses jambes, une grosse femme nue et rose le suce tandis qu'avec ses pets elle gonfle la voile qui fait avancer le bateau, fixée sur un mât où flotte un drôle de pavillon à pois rouges. En octobre 2006, ce dessin de Tomi Ungerer illustrait l'affiche de son exposition rétrospective au Karikatur- und Kartoonmuseum de Bâle, et ce choix était judicieux : j'y distingue l'essence même de l'humour. Tout est drôle dans ce dessin qui n'est que subtilité et astuce, mais il y a aussi quelque chose d'excessif, un abus, un débord qui s'apparente à une transgression et qui nous retient de seulement rire avec la franchise et la sincérité de l'éclat de rire. Cet excès, cette chose en trop, c'est l'humour. L'humour n'est pas drôle. On aurait tort d'oublier que Jonathan Swift, autorité tutélaire en la matière après Lucien, sut un jour faire vomir une baronne par un de ses poèmes scatologiques. Chez Swift, l'humour a le sens profond, omniprésent dans <em>Gulliver</em>, d'un dégoût féroce de l'humanité ; non d'une misanthropie pleurarde à la Rousseau, mais d'une haine destructrice, du genre de celle qui faisait rêver à Gobineau de crier dans les rues "Coquins, n'avez-vous pas honte ?" L'humour, le réel, le profond humour, signifie d'abord que ce qui est pourrait aussi bien ne pas être, ou devrait ne pas être : que tout est rien, que la vie n'est qu'un moment de la mort.</span><br /><span style="font-family:Arial;">Notre époque aime à rire. Comme le disait Gianfranco Sanguinetti il y a trente ans, au début de son <em>Véridique rapport</em>, "tout ou presque tout, lui paraît pouvoir être traité dans le ton léger." Elle aime à rire et, partant, elle se croit très drôle. Elle n'en finit plus de se gausser d'elle-même, de prendre son propre spectacle en faute, de se distraire de ses propres avanies. Un comédien célèbre s'est fait le spécialiste de ce genre de commerce : toujours séducteur et souriant, <a href="http://fr.youtube.com/watch?v=SG7G8sSSj7I">Gad Elmaleh</a> tourne en dérision, avec une sympathie évidente pour ne pas dire avec complaisance, les médiocrités et les banales lâchetés de la vie courante. Sur Internet, un <a href="http://www.viedemerde.fr/">site entier</a> centralise les déclarations de nullité comique de ses lecteurs, et son sous-titre résume bien son propos : "Ma vie c'est de la merde, et je vous emmerde".</span><br /><span style="font-family:Arial;">Un ami m'a récemment fait remarquer que toutes les attitudes étaient aujourd'hui pardonnables voire recommandables du moment que leur auteur "assume", de telle sorte qu'on attend de voir bientôt le premier génocide "décomplexé". Le site <em>Vie de merde</em> est la mise en oeuvre quotidienne et prosaïque de la même démarche. Quels sont les événements plébiscités, au box-office de l'insignifiance ? La misère sexuelle, l'adultère boulevardier, l'indifférence familiale, les boulots merdiques, l'addiction à l'informatique... Une vie de merde, certes. Mais à vrai dire, sans ces incidents burlesques, elle n'en serait pas moins une vie de merde. Il est aisé d'en dresser le portrait inversé : performances sexuelles, surveillance conjugale, réussite professionnelle, consommation judicieuse... l'arsenal complet, en somme, de cette vie misérable qui est le lot de tous. Pourquoi en rire dès lors, pourquoi s'adonner avec une telle unanimité à la dérision, sinon pour faire semblant de donner corps et vie à son acceptation d'une vie de chien ? On a une vie de merde, mais on "l'assume". On est un pauvre type peinant après sa femme, son ordinateur, son chef et son érection, c'est vrai, mais "décomplexé" puisqu'on en parle publiquement et qu'on en rit. Contrairement à ce qu'on veut toujours faire croire, la dérision ne contient aucune critique de ce qu'elle dépeint. Au contraire, elle sympathise et, ce faisant, elle conforte et rassure. On n'a pas envie de vomir devant un sketch de Gad Elmaleh. Au contraire, on se prend à sourire de ce qui nous aurait paru, sinon, insupportable.</span><br /><span style="font-family:Arial;">La dérision aurait ainsi du moins le mérite de nous éviter de trop nous prendre au sérieux. Mais c'est là un pauvre alibi. On ne peut pas se prendre au sérieux dès lors que l'on a renoncé à exercer le moindre pouvoir sur sa propre vie, et qu'il ne nous reste plus pour sourire que le spectacle de sa misère, comme si elle était celle d'un autre.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-2702474368342056335?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com1tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-64008058153038337202008-06-11T18:13:00.012+02:002008-06-12T11:24:54.703+02:00Le mirage Obama<span style="font-family:arial;">Barack Obama sera donc le candidat "démocrate" à la présidence américaine. Chacun jubile. La promesse de son élection va au-delà d'une tardive compensation pour la bêtise monumentale à laquelle nous a habitué George W. Bush : on y reconnaît une vraie euphorie, un véritable espoir.</span><br /><span style="font-family:arial;">Pourtant je peine, et chaque jour davantage, à m'associer au choeur de ses partisans. Vu d'Europe, pour autant qu'il y ait encore quelque chose au monde qui s'appelle "Europe" et d'où l'on puisse voir, Barack Obama est avant tout un Américain. Un homme qui confond la politique et le cirque. Un homme qui ne dédaigne, pas plus que de quelconques Clinton-McCain les campagnes publicitaires d'une démagogie à faire pleurer d'envie Sarkozy (<a href="http://fr.youtube.com/watch?v=riIUkvwL9No">1</a> ; voir aussi le clip latino, car le communautarisme reste naturellement la base de l'économie électorale : <a href="http://fr.youtube.com/watch?v=CovAWgrCZ9s&amp;feature=related">2</a>). Un homme qui sait, comme tout candidat avant lui, se flatter de ce que sa campagne de récolte de fonds ait su séduire plus de lobbyistes que ses concurrents. Un homme qui pense que l'action politique doit exprimer des convictions religieuses, évidemment protestantes (<a href="http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/06/11/barack-obama-rencontre-de-hautes-personnalites-religieuses_1056545_829254.html">3</a>). Et qui aborde la question proche-orientale de façon aussi bornée que les précédents présidents (<a href="http://grangereau.blogs.liberation.fr/blog/2008/06/obama-faucon-di.html">4</a>).</span><br /><span style="font-family:arial;">Rien de révolutionnaire en somme. Rien que de très provincial, à l'image de l'histoire américaine depuis toujours. Rien qui indique que les Américains soient enfin capables de se conduire en adultes, et de se donner un président qui ose enfin leur parler en adultes, leur dire qu'il se fout pas mal de Dieu, qu'il n'aura jamais une oreille pour aucun lobbyiste, que ce n'est pas trahir les Juifs que d'être enfin juste avec les Palestiniens, et que le plus important n'est pas de savoir si le prochain président aura la force psychologique de répondre aux obscures menaces grâce auxquelles on nous fait courir, mais s'il saura inventer avec le monde des rapports nouveaux, et éviter à son pays le marasme économique auquel il semble promis sous les regards soulagés du reste du monde.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-6400805815303833720?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com4tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-79964136123009109962008-05-29T23:15:00.003+02:002008-05-29T23:26:05.215+02:00We few, we happy few...<a href="http://www.intellego.fr/uploads/1/5/1504/media/images%20communication/lettrine2.jpg"><img style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; WIDTH: 263px; CURSOR: hand" height="217" alt="" src="http://www.intellego.fr/uploads/1/5/1504/media/images%20communication/lettrine2.jpg" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Selon une </span><a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/comment/reply/4344"><span style="font-family:arial;">enquête</span></a><span style="font-family:arial;"> du Nouvel Obs que je découvre à l'instant, le nombre de "grands lecteurs" (c'est-à-dire de personnes lisant plus de 20 livres par an, quant à moi il faut bien en rajouter trente de plus pour que je consente à les appeler des humains) serait passé, depuis 1981, de 14 à 9 %. Je signale, en passant, que cela signifie que 91 % des Français ne lisent pas plus d'un livre toutes les trois semaines, et je rappelle qu'ils ont pourtant le droit de voter et d'élever leurs enfants. Chiffre encore plus extraordinaire : seuls 48 % des étudiants en lettres (contre 59 % en 1994) possèdent plus de 100 livres dans leur bibliothèque. Une notable partie d'entre eux finiront néanmoins enseignants. <em>1984</em> a beau continuer à se vendre (et à se lire, assure-t-on) : comme personne n'y comprend rien...</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-7996413612300910996?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com1tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-29355644650391485252008-05-16T10:52:00.015+02:002008-05-17T15:58:47.850+02:00Où avec le citron finit la cerise<a href="http://raforum.info/IMG/gif/breton.gif"><img style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://raforum.info/IMG/gif/breton.gif" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Cette dernière Pléiade Breton est somme toute un objet bien curieux. N'ayant pas toujours la mémoire des dates, je n'avais d'abord jamais pris la mesure du tarissement de la créativité de Breton : après 1950, très peu de poésie (<em>Constellations</em> et <em>Le la</em>) et un peu sèche, plus de grands récits puisque le texte envisagé pour les "Sentiers de la création" de Skira, <em>Quelle ma chambre au bout du voyage ?</em>, n'a été qu'à peine esquissé. Breton avait avoué, il est vrai, à Alain Jouffroy combien l'écriture de la poésie exigeait pour lui une situation de bonheur. Après les <em>Entretiens</em> de 1952 et si l'on excepte l'assez marginal <em>Art magique</em>, la plus grande partie de la production de cette période est composée de courts articles.</span><br /><span style="font-family:arial;">A la lecture de cette nouvelle édition, je suis plus fermement convaincu que jamais qu'il aurait été beaucoup plus pertinent de scinder <em>Le Surréalisme et la peinture</em>, en plaçant les additions successives à la date des différentes éditions. La faible cohérence du livre, inapparente dans le gros volume de récapitulation de 1965, éclate ici, où l'on voit briller des textes de génie comme <em>Phare de "La Mariée" </em>au milieu d'articles assez inégaux. Si la nécessité financière (plus grave que je ne le pensais, puisque la fondation Pierre Bergé a été conduite à collaborer au financement de ce dernier volume) explique cette disposition, il n'empêche que, plus généralement, il ne saurait y avoir pour Breton <em>aucun sens</em> à séparer les "écrits sur l'art" du reste de la production.</span><br /><span style="font-family:Arial;">Autre conséquence de la radinerie de l'éditeur (qui doit se trouver déjà bien bon de publier un volume promis à une vente aussi médiocre ; rappelons en passant qu'un recueil aussi central que <em>La Clé des champs</em> n'est plus disponible depuis longtemps en édition de poche, car il ne s'en écoulait chaque année qu'une cinquantaine d'exemplaires), la faiblesse des illustrations. Je ne voudrais pas accabler Gallimard, mais on risque trop facilement de passer pour ce qu'on n'est pas lorsqu'on se vante de publier la première édition complète des <em>Ecrits sur l'art</em> de Malraux entièrement illustrée en couleurs, et qu'on s'autorise quelques années plus tard à laisser en noir et blanc la moitié du <em>Surréalisme et la peinture</em> et, sous le prétexte fallacieux de respecter les dispositions de l'auteur, à ne pas même publier l'intégralité des illustrations de <em>L'Art magique</em>. Pour <em>L'Art magique</em>, il faudra donc continuer à se reporter à la belle édition chez Phébus, qui présente l'autre mérite de reproduire dans son intégralité l'enquête de Breton, et donc de ne pas sabrer dans les contributions d'auteurs aussi négligeables que, entre autres, Jean Herbert, Caillois, Julius Evola, Klossowski, André Coyné, Mandiargues, Joyce Mansour, Benjamin Péret, Alain Jouffroy, Robert Lebel, Jean Markale, Abellio, René Alleau et Eugène Canseliet. On croit rêver. Autre lacune, celle-ci encore moins pardonnable, les poèmes-objets de <em>Je vois, j'imagine</em>. Je comprends bien qu'il en reste de pleines palettes en stock ; mais je croyais avoir lu <em>Oeuvres</em> <em>complètes,</em> sur l'emballage. Même remarque quant à diverses interventions radiophoniques, comme ce message de juin 1959 à destination des intellectuels polonais, et dont la chronologie nous informe qu'il est "resté inédit", ce qui semblait plutôt une excellente raison de l'éditer.</span><br /><span style="font-family:Arial;">Il se peut que ces critiques sentent un peu trop le mauvais coucheur. Mais il faut signaler que la publication des <em>Oeuvres complètes</em> de Breton est un événement précieux et unique qu'il ne sera pas loisible de corriger de sitôt, que les trois premiers volumes avaient su se porter à la hauteur de cette exigence, et qu'il est d'autant plus navrant de voir le quatrième, pour des économies de bouts de chandelle, traité ainsi par-dessus la jambe.</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-2935564465039148525?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com3tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-16255093544487657532008-05-11T16:13:00.011+02:002008-05-16T18:13:08.410+02:00L'arbitre des élégances vous parle (6)<a href="http://www.fabula.org/actualites/documents/10790.jpg"><img style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://www.fabula.org/actualites/documents/10790.jpg" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">L'événement du moment, celui dont j'ai prévu de parler depuis des semaines, c'est la parution (enfin, neuf ans après le précédent) du quatrième et dernier volume des oeuvres complètes de Breton dans la Pléiade. Cerise : l'album de la Quinzaine lui est également consacré, sous la plume d'un dénommé Kopp, universitaire de son état. </span><span style="font-family:arial;">Mais à présent que le temps en est venu, hélas, le sujet me déprime complètement. Pourquoi ? Parce que je suis fauché. Il n'y a dans cette révélation aucun sous-entendu : c'est très ostensiblement que je signale à mes (éventuels) lecteurs que toute forme de participation est la bienvenue.</span><br /><div><div><span style="font-family:arial;">Sur le contenu du volume, rien de particulier à dire, sauf que la structure d'ensemble de l'édition, qui déplace à la fin du recueil (pour d'évidentes raisons financières et commerciales) <em>Le</em> <em>Surréalisme et la peinture</em> et ses nombreuses et coûteuses illustrations, apparaît finalement bien bancale : sous le titre <em>Ecrits sur l'art</em>, on trouve ici non seulement le texte cité et <em>L'Art magique, </em>mais les articles et poèmes d'après 1954, et, <em>last but not least</em>, ne boudons pas notre plaisir, des inédits retrouvés des périodes précédentes, n'ayant pu entrer à temps dans les trois premiers tomes. Tout ça fait un peu fouillis.</span></div><br /><div><span style="font-family:Arial;">Parlant Pléiade, j'ai appris durant les mois d'hibernation de ce blog qu'un volume consacré aux oeuvres complètes de Maître Eckhart était en préparation, sous la direction d'Alain de Libera. Je ne sais pas si ce projet, d'une urgence totale et vitale pour la survie de l'intelligence de ce malheureux pays, est toujours d'actualité ou si, tel un vulgaire volume de Borges ou le tome II des romantiques allemands dont l'indisponibilité provisoire dure depuis maintenant des années, s'est perdu dans les impénétrables allées de l'oubli.</span></div><br /><div><span style="font-family:Arial;">Alain de Libera (que voulez-vous, c'est mon idole) s'est récemment illustré par une brillante <a href="http://www.telerama.fr/idees/landerneau-terre-d-islam-par-alain-de-libera,28252.php">réponse</a> à un <a href="http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/archives.cgi?ID=94d731466175ed25b05ba84b1324ee09cff5019099e4f467">article idiot</a> de Roger-Pol Droit sur <em>le</em> bouquin dont l'on cause actuellement dans les Ecoles : <em>Aristote au Mont-Saint-Michel</em>, d'un dénommé Sylvain Gouguenheim. La thèse de ce Gouguenheim, auquel je m'explique mal autrement que par le snobisme que <a href="http://www.bigblogger.org/bigblogger/index.php?2008/05/03/352-we-got-a-pulse">Raveline</a> ait semblé y prêter attention, semble refuser aux Arabes tout rôle important dans la transmission à l'Occident chrétien des sources de la culture grecque. Je ne dispose pas des compétences nécessaires pour juger de la pertinence des arguments historiques qu'il développe au service de sa position, bien que mes lectures m'inclinent nettement à supposer que ce garçon n'a pas la lumière dans toutes les pièces. D'autre part, je trouve assez futile de s'interroger sur ses liens réels ou supposés avec des groupuscules d'extrême-droite, ce qui n'a jamais empêché personne de défendre <em>par ailleurs</em> des idées vraies.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">En revanche, <em>sur le fond</em>, je trouve sa démarche absolument navrante. Posée pour elle-même, la question historique de la transmission des savoirs classiques n'a <em>aucun</em> sens et <em>aucun</em> intérêt. Ce qui en a, c'est la nature et le contenu des savoirs transmis ; et c'est ici que la leçon enseignée, précisément, par Libera s'impose définitivement. On observe bel et bien, au XIIIe siècle, la formation de la figure de l'intellectuel, que définit un rapport critique à la société, à l'éthique, à la sexualité ; cette figure est indubitablement d'origine islamique, à moins de supposer que les convergences existant entre la pensée d'Ibn'Arabi et celles de Dante et d'Eckhart relèvent du hasard. Voilà, je crois, qui fait davantage sens que le discours de Gouguenheim, qui ne saurait malheureusement relever que du stérile esprit de contradiction du cuistre (et je sais de quoi je parle), ou peut-être même d'une vicieuse xénophobie.</span></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-1625509354448765753?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com2tag:blogger.com,1999:blog-213571424195924538.post-6276147083645394682008-05-10T16:19:00.014+02:002008-05-10T17:20:28.569+02:00Junius, la suite<a href="http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/IMG/cache-350x478/big-scholem-350x478.jpg"><img style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand" alt="" src="http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/IMG/cache-350x478/big-scholem-350x478.jpg" border="0" /></a><span style="font-family:arial;">Voilà deux semaines que j'ai laissé en carafe ma note sur Junius Frey. En même temps, pour ce que ça passionne les foules et avec un beau temps comme ça !...</span><br /><div><div><span style="font-family:arial;">Bon, je résume.</span></div><div><span style="font-family:arial;">D'abord, j'en ai appris de belles sur le frankisme. Ce mouvement a laissé de nombreuses traces dans la mémoire des Juifs d'Europe de l'Est, et est évoqué dans les <em>Yizker-bukh</em>, ces mémoriaux d'après la Shoah auxquels Annette Wieviorka a consacré son premier livre. Traduit par la culture populaire, le frankisme semble avoir laissé le souvenir d'une sorte de gigantesque orgie, les fidèles visant à épuiser le mal sur terre en le commettant, afin de hâter la venue du Messie. Lisant cela, mon sang n'a fait qu'un tour : voilà qui rappelait très directement les positions de certaines hérésies médiévales auxquelles je me suis intéressé autrefois, qui foisonnèrent en Rhénanie, et qu'on regroupe aujourd'hui sous le vague titre de "mouvement du Libre-Esprit". Dans les deux cas, les accusations de libertinage pourraient avoir été été la faible réponse des inquisiteurs et des censeurs à une fabuleuse entreprise de libération. Néanmoins, ceci permettrait peut-être d'éclairer la réputation de formidable appétit, notamment sexuel, de Junius Frey, que dénonçaient les sévères Jacobins.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">En effet, une fois parvenu en France et pourvu de son pseudonyme, Frey semble avoir exactement fait tout le nécessaire pour être guillotiné rapidement : on aurait dit qu'il était venu pour ça et qu'il suivait un manuel. Installé dans un grand appartement de la rue d'Anjou (dès ce temps un quartier chic), il y mène un train fastueux que n'explique aucune activité rémunératrice, puisqu'il passe son temps à rédiger un traité révolutionnaire, la <em>Philosophie sociale</em>. Participant aux réunions des Jacobins, faisant sans cesse montre d'une générosité un peu excessive, ne dédaignant pas de trafiquer comme tout un chacun sur les biens nationaux, il travaille discrètement à se faire une position politique. Ses efforts pour obtenir la citoyenneté française, comme ceux du beaucoup moins louche Anacharsis Cloots, sont vains. Il parvient en revanche à acheter le Conventionnel François Chabot, à qui il marie sa soeur après l'avoir pourvue d'une dot colossale. Chabot s'étant mêlé aux scabreuses intrigues de l'an II, il est accusé dans l'affaire de la Compagnie des Indes et arrêté le 10 novembre 1793. Frey le rejoint au gnouf dix jours plus tard (ce qui pourrait lui avoir laissé le temps de dissiper les éventuels documents compromettants), trahi par sa mauvaise réputation de prévaricateur et de sauteur, et accusé par de multiples dénonciateurs d'oeuvrer au service secret de Sa Majesté l'Empereur. Après cinq mois au mitard, il est jugé avec les dantonistes et exécuté le 5 avril 1794.</span></div><div><span style="font-family:Arial;">Voyons plutôt les questions que posent cette curieuse trajectoire et l'essai de Gershom Scholem. En travaillant sur Junius Frey, l'intention de Scholem, dans la continuité de sa propre pensée, est très évidemment de mettre en oeuvre un paradigme historique (et philosophique) associant messianisme et passion révolutionnaire. Ceci le porte à sur-évaluer constamment les éléments témoignant en faveur de la bonne foi de son héros, et à négliger les réalités les plus problématiques. Pourtant, quand bien même Frey aurait été un révolutionnaire sincère, arrivé à Paris par seule passion jacobine et desservi par la paranoïa ambiante, sa conduite n'en demeurerait pas moins (et Scholem n'en disconvient pas) infiniment intrigante. Ses mensonges constants et ceux de ses proches, qui semblent tendre incessamment à brouiller les pistes autour de ses origines, sèment également le doute. Ainsi, le travail de Scholem laisse-t-il l'impression d'un personnage moins riche qu'éclaté entre des motivations difficiles à distinguer : sans doute est-ce là le résultat des lacunes documentaires qui l'entourent. Voilà qui ne suffit pas à disqualifier un travail intéressant sur un personnage assez méconnu de la Révolution.</span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;"></span></div><div><span style="font-family:Arial;">(En passant, je note qu'on comprend également très bien en quoi ce travail a pu susciter l'intérêt de François Furet, qui a pu voir là, suivant l'exemple de son maître le paranoïaque antisémite Cochin, une nouvelle preuve du rôle des sociétés secrètes et des "cliques" dans les événements révolutionnaires.)</span></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/213571424195924538-627614708364539468?l=steckelburjer.blogspot.com'/></div>Laurent Perezhttp://www.blogger.com/profile/01300525324897012695laurent.s.perez@gmail.com5