tag:blogger.com,1999:blog-19856065373090071122009-07-09T10:46:31.439+02:00Le Monde JuifLe Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.comBlogger65125tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-53695483231346722712009-03-24T15:38:00.001+01:002009-03-24T15:39:52.684+01:00Le dîner du CRIF...vu de l'intérieurLe dîner du CRIF a lieu tous les ans depuis maintenant 24 ans et est devenu un des événements les plus mondains de l'année. Y participant pour la première fois cette année, je peux vous en parler de l'intérieur. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est très amusant à voir.<br /><div><div><br /></div><div>Tout commence en entrant dans le Bois de Boulogne, à proximité du pavillon d'Ermenonville où se déroule le dîner. Dispositif de sécurité impressionnant, policiers plus jeunes du SCPJ quadrillant le périmètre à côté des camions de télévision d'I-Télé, de BFM TV et d'autres médias importants. Avec bien entendu les équipes de Public Sénat qui, pour la deuxième année, couvrent la totalité du dîner en direct sur leur chaîne.<br /></div><div>Arrivé dans la salle grâce au fameux carton, l'invité est pris en main par une organisation parfaitement huilée: remise du carton de table avec le plan de salle au verso, vitesse d'exécution du vestiaire, bref on arrive rapidement à la première étape significative de la soirée. Le buffet.</div><div><br /><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/ScjuzwTzNWI/AAAAAAAAAXc/hIBE8Lk3cmU/s1600-h/Prasquier.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5316761933019559266" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 214px" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/ScjuzwTzNWI/AAAAAAAAAXc/hIBE8Lk3cmU/s320/Prasquier.jpg" border="0" /></a><br /><br /></div><div>Dans une salle assez vaste pour accueillir les 800 invités, le traiteur avait disposé à tous les coins de délicieux canapés et mises en bouche, souvent originaux par rapport aux classiques traiteurs cashers de mariage ou de bar-mitzvot. Et pour cause, le traiteur est la division casher de Potel &amp; Chabot. Halavi, c'est à dire sans viande, le buffet était excellent, ainsi que le dîner, mais j'y reviendrai.</div><div><br /></div><div>Ce qui amuse beaucoup lors du buffet, c'est de se balader au milieu de personnes qu'on a plutôt l'habitude de voir à la télé. Tiens, voilà <strong>Rachida Dati</strong> en plein conversation. Ici <strong>André Vingt-Trois</strong> avec sa robe de Cardinal. Surprise de constater que <strong>Christine Lagarde</strong> faisait au moins 1 m 85. Fascination devant la beauté et la classe de <strong>Rama Yade</strong>. Une fois remis de sa stupéfaction de naviguer dans ces eaux mondaines, on se ressaisit et on fait le point.<br /></div><div>Le gouvernement au quasi-complet, à l'exception de 2 secrétaires d'Etat avec lesquels j'aurais vraiment aimé discuter: <strong>Nathalie Kosciusko-Morizet</strong> et <strong>Martin Hirsch</strong>. Bien entendu des personnalités de gauche: <strong>Benoît Hamon</strong>, <strong>Bertrand Delanoé</strong>, <strong>Jack Lang</strong>, <strong>Harlem Désir</strong>, mais deux grandes absentes tout de même: <strong>Martine Aubry</strong> et <strong>Ségolène Royal</strong>.</div><div><br /></div><div>Quelques personnalités des médias: <strong>Daniela Lumbroso</strong>, <strong>Jean-Pierre Elkabbach</strong>, <strong>Paul Amar</strong>, <strong>Etienne Mougeotte</strong>. Des personnalités religieuses: évidemment <strong>Dalil Boubkeur</strong>, Recteur de la mosquée de Paris côté musulman, le <strong>Cardinal André Vingt-Trois</strong> pour les catholiques, et pour la "religion invitante" toute la gamme des rabbins de la communauté: le Grand Rabbin de France <strong>Gilles Bernheim</strong>, le Grand Rabbin <strong>Sirat</strong>, le rabbin <strong>Serfati </strong>responsable de l'Amitié judéo-musulmane, le rabbin <strong>Yossef Itzhak Pewzner</strong> du mouvement Loubavitch, le rabbin <strong>Rivon Krygier</strong> du mouvement Massorti, etc, etc...</div><div><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/Scjuza0egCI/AAAAAAAAAXU/HHsFwWSruQo/s1600-h/Fillon.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5316761927251034146" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 213px" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/Scjuza0egCI/AAAAAAAAAXU/HHsFwWSruQo/s320/Fillon.jpg" border="0" /></a><br /></div><div>Bref, une assemblée dont je ne pense pas qu'il en existe l'équivalent pour un quelconque autre motif et qui permet véritablement d'aborder qui on veut si tant est qu'on ait quelque chose à dire, qu'on joue le jeu de la courtoisie élémentaire que requiert cet exercice et qu'on passe outre la fascination qu'exerce cette concentration de pouvoirs en un seul lieu.</div><div><br /><br /></div><div></div><div><br /><br /></div><div>J'ai par exemple pu discuter avec <strong>Alain Madelin</strong> de ses interventions le mardi matin dans Good Morning Business sur BFM, échanger avec <strong>Jean-David Lévitte</strong> sur son expérience aux EEIF (en me disant d'ailleurs qu'il y a en ce moment 2 EI à l'Elysée: lui et <strong>Arnold Munnich</strong>, conseiller du Président), prendre conscience du fabuleux métier de <strong>Jack Lang</strong> qui m'a donné l'impression qu'on était amis depuis 20 ans lorsqu'il me serra la main, ou encore instruire <strong>Harlem Désir</strong> sur le règlement intérieur du CRIF.</div><div><br /></div><div><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/Scjuyw9RGxI/AAAAAAAAAXM/77DaBEGmSME/s1600-h/CRIF.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5316761916013615890" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 214px" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/Scjuyw9RGxI/AAAAAAAAAXM/77DaBEGmSME/s320/CRIF.jpg" border="0" /></a>Petite animation lorsqu'un troupeau de caméras, de journalistes et d'invités coagule autour d'un nouvel hôte. Qui peut bien provoquer cette agitation ? Bien entendu, notre omni/hyper/global Président (rayez la mention inutile) autour duquel s'agglomèrent toutes les abeilles qui rêvent d'apparaître un jour en photo à côté du plus haut pouvoir de la République. Vanité des vanités... </div><div><br /> </div><div><br /> </div><div>Une fois le buffet achevé, on arrive dans la grande salle de dîner où on est prié de s'asseoir afin d'écouter:</div><div>- l'introduction du Directeur Général du CRIF, <strong>Haïm Musicant</strong></div><div>- Le discours du Président du CRIF, <strong>Richard Prasquier</strong></div><div>- Le discours du Premier ministre, <strong>François Fillon</strong></div><div><br />Je vous passe les discours de nos amis. D'abord parce que que vous pourrez aisément les trouver sur la toile. Et puis ensuite parce que ce ne sont en réalité que des variations autour des mêmes thèmes depuis des années: l'antisémitisme et la situation en Israël. Le dîner 2009 a été un très bon cru de ce point de vue puisque sur ces deux sujets, il y avait en effet beaucoup à dire après la guerre de Gaza et ses conséquences sur la recrudescence des actes antisémites associés. </div><div><br />Mais je vous rassure, pas de quoi changer la face du monde: un léger frisson lorsque l'UOIF est mise en cause, quelques discussions dans la salle lorsque Durban II est abordé... Bref, il faut pas le dire, mais c'est la routine. Sauf qu'apparemmment, ce constat n'est pas partagé par tout le monde: après les discours, de nombreux invités se lancent dans des commentaires et des exégèses savantes sur le contenu des interventions des deux orateurs pour essayer de comprendre les messages subliminaux, les formules non diplomatiques, les engagements inattendus, etc, etc... C'est vraiment ça la politique ? </div><div> </div><div>Dernier acte, mais pas le moindre, de cette soirée, le dîner en lui-même. Joli innovation de Potel &amp; Chabot qui sert deux assiettes superposées dont l'un contient l'entrée (filets de rouget) et l'autre le plat chaud, qui miracle est resté chaud pour les 800 invités. Bel exploit culinaire: réduire le nombre de services en envoyant entrée et plat en même temps, tout en assurant la stabilité gastronomique des plats. Bravo. Mais anecdotique, car le plus intéressant c'est le nouveau va et vient entre les différentes tables pour "réseauter" encore et toujours afin de faire le tour d'un maximum d'invités. Les seuls qui restent un peu polis sont les membres de la table d'honneur (en gros, les principaux membres du gouvernement) qui dînent sagement en devisant sous les innombrables photographes qui les assaillent.<br /><br />Conclusion: une fort jolie soirée dans laquelle beaucoup de paroles et d'idées ont certainement été échangées, mais, comme d'habitude, dans le cénacle des conversations privées et probablement pas dans les discours momifiés des gens de pouvoir, prisonniers de leurs institutions respectives et de l'exercice imposé...</div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-5369548323134672271?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-5923298094709863472008-09-22T11:14:00.000+02:002008-09-22T11:14:44.221+02:00Les Juifs et le suicideDepuis <strong>Emile Durkheim</strong>, éminent sociologue et fils de rabbin, on sait que le taux de suicide dans une population <em>"varie en fonction inverse du degré d'intégration des groupes sociaux dont fait partie l'individu".</em><br /><br />En bref, que si vous vous sentez seuls, mal intégrés et sans faire partie d'un groupe social auquel vous concédez une appartenance, vous aurez plus de chances de mettre fin à vos jours.<br />Du point de vue des religions, relève Durkheim, l'aspect assez individualiste du protestantisme le rend plus sensible au suicide, alors que la notion de collectivité propre au catholicisme protège relativement ses ouailles.<br />Mais ceux qui se suicident apparemment le moins, ce sont les Juifs qui dans leur pratique mêlent une convivialité de groupe avec une intégration poussée à la communauté (le bouquin date de 1897, entre temps, certains Juifs ont eu le temps de changer de modèle). Evidemment, les <em>apikoïros</em>, les hérétiques, du fait de leur éloignement communautaire ont peut-être plus de chances de se retrouver dans des taux protestants.<br />Bref, je ne sais pas ce que vaut aujourd'hui cette étude, mais je viens de recevoir une petite blague sur le sujet et elle a valu à mes collègues de me voir rire tout seul pendant toute la matinée sans que je puisse vraiment leur expliquer correctement la raison de mon état. La voici:<br /><br /><em>Je me baladais sous un beau soleil printanier lorsque, arrivé sur un pont, je vis un homme debout sur la rembarde, prêt à sauter. </em><br /><em>Je me précipitai vers lui en lui criant:</em><br /><em>"Stop, stop, ne faites pas ça !!!"</em><br /><em>- Pourquoi je ne devrais pas ?, demanda-t-il </em><br /><em>- Parce qu'il y a plein de choses magnifiques que vous avez encore à vivre sur cette terre ! répondis-je</em><br /><em>- Comme quoi ?</em><br /><em>- Eh bien....je ne sais pas: vous êtes Juif ou Goy ?</em><br /><em>- Juif</em><br /><em>- Moi aussi ! Vous êtes orthodoxe ou libéral ?</em><br /><em>- Orthodoxe</em><br /><em>- Moi aussi ! Vous êtes Haredi ou Modern-Orthodox ?</em><br /><em>- Haredi</em><br /><em>- Moi aussi ! Vous êtes Hassidique ou Litvish (Lituanien) ?</em><br /><em>- Litvish</em><br /><em>- Incroyable ! Moi aussi ! Vous êtes Litvish Yerushalmi ou Bné-Braker (de Jérusalem ou de Bné-Brak) ?</em><br /><em>- Litvish Yerushalmi</em><br /><em>- Moi aussi ! Vous êtes Litvish Yerushalmi Moussarnik ou Litvish Yeroushalmi Brisker ?</em><br /><em>- Litvish Yerushalmi Moussarnik </em><br /><em>- Mais c'est fou, moi aussi ! Et vous êtes Litvish Yerushalmi Moussarnik Slobodkaniker ou Litvish Yerushalmi Moussarnik Kelmer ?</em><br /><em></em><br /><em>Il répondit: "Litvish Yerushalmi Moussarnik Slobodkaniker"</em><br /><em></em><br /><em>Alors je lui dis: "Meurs, espèce d'apikoïros" tandis que je le poussai dans le vide. </em><br /><em></em><br />Pour une explication des différentes "écoles" mentionnées plus haut, ça fera l'objet d'un billet à part entière...;-)<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-592329809470986347?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com3tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-2586930909475367152008-09-15T19:36:00.000+02:002008-09-15T19:38:34.528+02:00Du rififi entre Israël et la communauté juive de France ?Ce serait passé inaperçu si <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0">Actu</span> J n'en avait pas écrit une page entière aux alentours de juin 2008: quelques frictions sont apparues entre quelques associations éminentes de la communauté et l'ambassadeur <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1">d'Israël</span> en France: <strong>Daniel <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2">Shek</span></strong>.<br /><br /><u>Rappel des faits:</u><br />Pour des raisons que nous aimerions éclaircir ci-après, plusieurs associations, dont la <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3">Wizo</span>, ont envoyé une lettre à <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4">Tzipi</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5">Livni</span>, Ministre des affaires étrangères de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6">l'Etat</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7">d'Israël</span>, pour se plaindre de l'attitude de l'ambassadeur à Paris qui en gros ne se serait pas montré assez prévenant et présent envers les manifestations organisées par ces associations.<br /><br />En réponse à cela, les présidents des principales institutions juives de France (<span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8">CRIF</span>, <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9">FSJU</span>, Consistoire, Alliance,...) ont publié une page entière de remerciement dans <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10">ActuJ</span> à destination de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11">l'Ambassadeur</span> pour le fantastique semestre 2008 que la France et <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12">Israël</span> ont connu: visite <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13">d'Etat</span> de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_14">Shimon</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15">Peres</span> en France, visite <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16">d'Etat</span> de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_17">Nicolas</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18">Sarkozy</span> en <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_19">Israël</span>, <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20">Israël</span> invité d'honneur du salon du livre, etc, etc...<br /><br />Qu'est-ce que tout cela cache ?<br /><br /><br /><br /><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SM6ZzaIjAwI/AAAAAAAAAQE/z7u4MFPZtaY/s1600-h/Daniel+Shek.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5246299724400755458" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SM6ZzaIjAwI/AAAAAAAAAQE/z7u4MFPZtaY/s320/Daniel+Shek.jpg" border="0" /></a>Il y a la version officielle: <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_21">l'Ambassadeur</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_22">Shek</span> se considère comme l'ambassadeur de son pays (heureusement), mais uniquement cela. Oui et alors ?<br /><br /><br />Eh bien nous sommes en France dans un pays où la communauté juive considère que <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_23">l'Ambassadeur</span> doit aussi être le représentant <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_24">d'Israël</span> auprès des Juifs de France. Et il est vrai que depuis de longues années, on a pris l'habitude de voir <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_25">l'Ambassadeur</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_26">d'Israël</span> assister aux dîners de gala de la <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_27">Wizo</span>, du <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_28">Bnai-Brith</span>, de l'anniversaire de telle ou telle communauté de banlieue ou de province.<br /><br /><br /><br />Or, Daniel <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_29">Shek</span> a choisi d'orienter son mandat de manière plus affirmée vers les personnalités politiques et institutionnelles françaises. Objectif: faire en sorte que la diplomatie française soit plus réceptive à la vision israélienne et que le peuple français découvre progressivement une image plus positive <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_30">d'Israël</span>, de sa culture et de son environnement. Pari réussi, si l'on en croit le succès du Salon du livre, l'accroissement des accords bilatéraux sur le plan universitaire et culturel ou le léger infléchissement médiatique des journalistes <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_31">lorsqu'Israël</span> est à la une. Mais bien évidemment, en orientant son énergie sur la France et ses institutions, <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_32">l'Ambassadeur</span> a fâché les mondains. Il ne se montre que peu dans ces soirées <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_33">d'auto-congratulation</span> et <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_34">d'auto-conviction</span> que l'existence de la diaspora française est cruciale pour la survie de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_35">l'Etat</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_36">d'Israël</span>.<br /><br />Car soyons lucides: si la communauté juive américaine est encore une entité fondamentale pour les intérêts de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_37">l'Etat</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_38">d'Israël</span>, tant en terme de <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_39">fundraising</span> que d'influence sur la politique intérieure des <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_40">Etats-Unis</span>, on ne peut clairement pas en dire autant de la France.<br /><br />Numériquement, les Juifs de France sont moins nombreux, moins riches et leur influence sur la politique étrangère de leur pays est à peu près nulle, malgré les efforts récurrents du <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_41">CRIF</span>.<br /><br />Si l'on prend le sujet de manière froide, il n'y a donc absolument pas d'intérêts majeurs pour <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_42">l'Ambassadeur</span> d'aller engloutir des <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_43">petits-fours</span> avec <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_44">Nathalie</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_45">Cohen-Beizerman</span>, Présidente de la <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_46">Wizo</span> et un des protagonistes principaux de cette <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_47">micro-affaire</span>.<br /><br />L'explication officielle est donc que ces associations sont vexées et côté Ambassade, on le dit un peu moins fort, mais on ne s'en porte pas plus mal.<br /><span style="font-size:130%;"></span><br /><span style="font-size:130%;">Shek: un empêcheur de "scandaliser" en rond ?</span><br /><br /><br /><p>Y a-t-il une autre explication ? Pour ça, il faut expliquer comment s'est passée la dernière assemblée générale du <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_48">CRIF</span> où <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_49">l'Ambassadeur</span> <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_50">Chek</span> était convié pour présenter les résultats du premier semestre 2008 dans le domaine des relations entre la France et <span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_51">Israël</span>. <span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_52">Évidemment</span>, résultats <span class="blsp-spelling-corrected" id="SPELLING_ERROR_53">extrêmement</span> positifs. </p>C'est la première fois que je voyais Daniel Shek parler et je dois avouer que j'ai été très positivement surpris par la qualité de son intervention. Son français est parfait en même temps qu'élaboré. Ses positions sont nuancées et toujours argumentées. De l'humour souvent. Bref, honnêtement on peut considérer que Daniel Shek, de par sa présentation et ses résultats est un excellent ambassadeur d'Israël en France.<br /><br /><br />Je m'attendais donc, après son discours à des bravos, des compliments plutôt convenus dans une assemblée plutôt composée de sympathiques notables.<br /><br />Erreur ! Qu'est-ce que je n'ai pas entendu ! Rendez-vous compte: les intervenants à la session de questions/réponses n'étaient pas contents du discours de Sarkozy à la Knesset. Vous comprenez, il a parlé de Jérusalem, des réfugiés, etc, etc...<br /><br /><br /><br /><br /><br /><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SM6ciMCdCuI/AAAAAAAAAQM/Y-5wCSIaw3o/s1600-h/Sarkozy+Knesset.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5246302727094209250" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SM6ciMCdCuI/AAAAAAAAAQM/Y-5wCSIaw3o/s320/Sarkozy+Knesset.jpg" border="0" /></a>Untel qui s'arrogeait le droit de parler au nom du <em>"peuple juif de Paris" </em>(je ne savais pas qu'une telle association était membre du CRIF, on en apprend tous les jours) pour exprimer sa crainte de voir les réfugiés palestiniens remplir les villes israéliennes de Tel-Aviv ou Richon Letsion comme, disait-il, semblait le permettre une phrase douteuse de Nicolas Sarkozy dans son discours, un autre, pourtant membre du bureau exécutif (!) qui soumettait l'idée saugrenue de voter en séance une motion de soutien à l'indivisibilité de la ville de Jérusalem, ou encore une longue diatribe sur l'erreur historique que serait l'ouverture des discussions avec la Syrie concernant le plateau du Golan.<br /><br /><br /><br />Daniel Shek a plus d'expérience que moi. Personnellement, j'étais assez stupéfait. Je ne pensais pas entendre dans une assemblée du CRIF des critiques aussi virulentes de Nicolas Sarkozy, notamment venant de personnes qui l'ont défendu à tout prix lors de la campagne présidentielle ! Mais Daniy Shek apparemment savait où il mettait les pieds. Et, sans jeu de mots, il a lutté pied à pied. Il s'est presque livré à un commentaire de textes exhaustif du discours de Sarkozy pour montrer en quoi sur la plupart des sujets il y avait convergence de vues avec le gouvernement israélien.<br /><br />Il a même, diplomatiquement bien sûr, laissé entendre aux dirigeants du CRIF qu'il fallait parfois ne pas réagir trop impulsivement, notamment dans les médias, pour ne pas gêner l'action d'Israël, qui est somme toute l'élément le plus crucial dans l'affaire. Par exemple, lorsque le CRIF a produit un communiqué reprochant au Président d'inviter Bachar El-Assad au défilé du 14 juillet, alors qu'Israël était justement en train de dialoguer indirectement avec lui.<br /><br />Bref, bizzarement, on aurait dit qu'une partie de l'assemblée du CRIF avait plus en tête la défense de ses propres fantasmagories concernant Israël, que l'intérêt premier de celui-ci représenté par son ambassadeur.<br /><br />Somme toute, cela rejoint une thèse classique: lorsqu'on enlève à un Juif le judaïsme (peu de kippas à l'Assemblée générale du CRIF) et la lutte contre l'antisémitisme (comment ? On ne peut plus s'indigner d'une invitation de Bachar-El-Assad à Paris?), qu'est-ce qui reste ? La Shoah ? le folklore Yiddish ou Marocain ? Oui, un peu de tout cela, mais surtout il reste l'attachement pulsionnel et émotionnel à Israël qui finalement exclut toute considération pragmatique sur l'avenir de ce pays.<br /><br /><br /><br />Il se pourrait que cette initiative encore jamais vue à l'encontre d'un Ambassadeur d'Israël en France soit la conséquence directe d'une crainte identitaire: si le premier des représentants d'Israël nous empêche de nous scandaliser, de manifester, de produire des communiqués de presse pour défendre l'Etat Juif, qu'est-ce que je deviens ? Un simple juif français spectateur du monde qui avance et très peu sollicité par les véritables acteurs du conflit ?<br /><br /><br /><br />Lorsque j'ai entendu ces glorieux notables monter au créneau pour essayer de faire dire à Daniel Shek que le discours de Sarkozy à la Knesset était dangereux, j'ai essayé de trouver un adjectif qui décrirait précisément le sentiment que j'éprouvais. Je n'ai pas mis longtemps à le trouver: pathétique.<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-258693090947536715?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com3tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-72866150183277135962008-08-10T19:03:00.004+02:002008-08-26T18:46:05.568+02:00Bien manger (cacher) à Tel-AvivBon, puisque c'est l'été et que de nombreux français vont se retrouver à Tel-Aviv, voilà un petit aperçu des endroits sympas où on peut manger bien et casher. Evidemment, ce n'est qu'un survol partiel et subjectif de ce qui existe dans cette ville ô combien vivante, mais:<br /><div>- ça vous donnera largement de quoi manger pour vos quelques semaines de congés<br />- j'ai tout testé en juillet donc c'est tout frais ;-)<br /><br />Allons-y.<br /><br /><span style="FONT-WEIGHT: bold">Pour manger à gogo</span><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJq2vVW0I/AAAAAAAAAPk/NA9OrKb8gVs/s1600-h/Azrieli.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5234037823787850562" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; WIDTH: 183px; CURSOR: pointer; HEIGHT: 275px" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJq2vVW0I/AAAAAAAAAPk/NA9OrKb8gVs/s320/Azrieli.jpg" border="0" /></a>Pour tous ceux qui rêvent de manger du Fast-food hamburger, chinois, pizzas, etc..., rien de mieux que les centres commerciaux, les fameux "Kanion".<br />A Tel-Aviv, deux adresses incontournables: <span style="FONT-WEIGHT: bold">Dizengoff Center</span>, en plein centre-ville et le <span style="FONT-WEIGHT: bold">Kanion Azrieli</span>, un peu plus excentré, situé dans les fameuses tours rondes et triangulaires.<br />Là-bas, dans un même espace, c'est au choix: Pizzas chez<span style="FONT-WEIGHT: bold"> Sbarro</span>, Double Whopper chez <span style="FONT-WEIGHT: bold">Burger King</span>, Beignets de poissons chinois ou Soupe Miso, Lafa et Shwarma à gogo, Frozen yogourt, etc, etc...<br />Bref, pas de la grande gastronomie, mais toujours bon à prendre. Attention, contrairement à ce qu'on pourrait croire, tous les stands ne bénéficient pas d'une Teouda (certificat de surveillance). Le McDonald's d'Azrieli par exemple n'est pas casher (Burger King, en revanche l'est).<br /><br />Pour ceux qui veulent s'asseoir plus longuement et qui ont vraiment faim, il y a l'option <span style="FONT-WEIGHT: bold">Papagayo</span>. Toujours situé dans le Kanion Azrieli, <span style="FONT-WEIGHT: bold">Papagayo</span> est un restaurant original dans lequel pour un peu moins de 30€, il est possible de manger à volonté plusieurs sortes de viandes avec les accompagnements correspondants. Il faut payer en sus les boissons et les desserts mais pour ceux qui ont l'estomac qui gargouille, c'est tout de même une excellente affaire.<br /><br /><strong>Pour manger du poisson</strong><br /></div><br /><div><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJrBw0GyI/AAAAAAAAAP8/cTP3-enupGk/s1600-h/Derby+Bar.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5234037826746850082" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; CURSOR: pointer" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJrBw0GyI/AAAAAAAAAP8/cTP3-enupGk/s320/Derby+Bar.jpg" border="0" /></a>Là, j'ai une très bonne adresse: <strong>Derby Bar. </strong>A l'origine, il s'agit d'une chaîne déjà connue en Israël pour ses 2 restaurants mais qui n'étaient pas cashers. Le 3ème, situé dans le quartier d'affaires autour d'Azrieli bénéficie bien d'une Teouda tout en atteignant des sommets en terme de cadre, de service et de rapport qualité-prix.</div><br /><div>L'endroit est assez design tout en étant très confortable. A plusieurs, de grandes tables bien isolées du reste des tables permet de passer d'excellentes soirées. Le service est très bon et la cuisine, notamment de poissons est somptueuses. Pour un français, la note finale est véritablement presque ridicule.</div><br /><div>A noter également une carte indépendante de japonais (sushi, maki, temaki, etc...). Moins bon évidemment qu'au restaurant japonais du Hilton Tel-Aviv, mais beaucoup moins onéreux.</div><br /><div><em>Derby Bar: 96 rue Ygal Alon, Tel-Aviv</em> (attention, le restaurant est situé dans une allée piétonne où le taxi ne pourra pas vous déposer). </div><br /><div></div><br /><br /><div><strong>Pour manger de la viande:</strong></div><br /><div></div><br />Là, il y a l'embarras du choix. D'abord, un truc facile: la quasi-totalité des hôtels du bord de mer hébergent en général des restaurants gastronomiques.<br /><div>Le <span style="FONT-WEIGHT: bold">Hilton</span>, le <span style="FONT-WEIGHT: bold">Dan</span>, le <span style="FONT-WEIGHT: bold">David Intercontinental</span> proposent des endroits de grande classe avec une cuisine raffinée faite à base de produits frais et d'excellente qualité. Bien entendu, l'addition suit. Petite astuce: le restaurant du Crowne Plaza est réputé pour la qualité de ses viandes: tendres, très bien cuisinées pour un prix qui reste extrêmement raisonnable.</div><br /><div></div><br />Si vous voulez un restaurant en dehors des hôtels, vous pouvez toujours tenter <strong>Tzel Hayam, </strong>qui est le seul restaurant de viande casher sur la Tayelet, mais qui ressemble un peu trop à un attrape-touriste lorsque le mois d'août se profile à l'horizon. L'attente peut également en rebuter certains.<br /><div></div><br /><div><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJrGukXuI/AAAAAAAAAPs/KKX1jKFzwBc/s1600-h/Meatos+1.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5234037828079607522" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; CURSOR: pointer" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJrGukXuI/AAAAAAAAAPs/KKX1jKFzwBc/s320/Meatos+1.jpg" border="0" /></a>Je vous recommanderais plutôt une adresse qui est désormais assez connue mais qui ne démérite pas: <strong>Meatos</strong>. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un restaurant avec des spécialités de viande (médaillons de boeuf, foie gras, hamburger avec tranche de foie gras, agneau, etc...) dans un décor magnifique (on peut aussi dîner en terrasse) et un service très agréable. Les plats sont vraiment bons, la viande est excellente, les accompagnements et les desserts assez raffinés. Les prix sont honnêtes (entre 70 et 140 chekels le plat).<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJrGcemhI/AAAAAAAAAP0/hXECn0CpaBo/s1600-h/Meatos+2.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5234037828003731986" style="FLOAT: left; MARGIN: 0pt 10px 10px 0pt; CURSOR: pointer" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SKMJrGcemhI/AAAAAAAAAP0/hXECn0CpaBo/s320/Meatos+2.jpg" border="0" /></a></div><br /><div><em>Meatos: 2 rehov Weisman, Tel-Aviv</em></div><br /><div></div><br /><div><strong><br /><br /><br /><br />Pour manger Halavi:</strong></div><div></div><br />Là, je vous indique une adresse spéciale. Elle figure rarement dans les guides touristiques, mais je ne manque pas d'y aller à chaque fois que je suis sur Tel-Aviv. Il s'agit d'<strong>Hungarian Blintzes. </strong>Comme son nom l'indique, ce restaurant propose des Blintzes salés et sucrés. Pour les ignorants de cette magnifique spécialité hongroise, les Blintzes sont des sortes de crêpes gratinées au fromage et, au choix, aux épinards, aux aubergines, au raisin sec, à la banane, etc....<br /><div>C'est excellent, les prix sont riquiqui, le serveur est adorable et le cadre fait penser à une cantine communiste des années 60. On ne dirait pas comme ça, mais ça a un charme fou.</div><br /><div><em>Hungarian Blintzes: 35 rehov Yirmiahou, Tel-Aviv</em></div><div></div><br /><div>Voilà, évidemment, cette liste est imparfaite et subjective, mais n'hésitez pas à la compléter !</div><div></div><div></div><div></div><div></div><div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-7286615018327713596?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-26269558208010136592008-08-07T11:40:00.006+02:002008-08-07T13:12:16.404+02:00Discussion Orthodoxes - Conservatives<span style="font-style: italic;"><br />Pour ceux qui n'auraient pas encore perçu ce qu'est le Web 2.0, voici un exemple tout à fait intéressant qui met en valeur l'intérêt des blogs. </span> <span style="font-style: italic;">A l'époque du Web 1.0, lorsqu'un article était écrit</span><span style="font-style: italic;">, n'importe qui pouvait le lire, faire des remarques à son voisin de palier, mais ça n'allait pas plus loin. Avec</span><span style="font-style: italic;"> le Web 2.0, tout change grâce à l'interactivité que procurent les nouveaux outils 2.0 dont les blogs sont parmi les principaux représentants.</span> <span style="font-style: italic;">Lorsque j'ai écrit <a href="http://lemondejuif.blogspot.com/2007/09/saul-lieberman-and-orthodox-de-marc-b.html">un article sur l'ouvrage de Marc Shapiro sur la relation de Saül Liberman avec l'orthodoxie</a> (issu d'une famille orthodoxe, il a intégré le séminaire de formation rabbinique du mouvement co</span><span style="font-style: italic;">nservative tout en conservant une pratique personnelle du judaïsme très proche de l'orthodoxie) j'eus le plaisir de voir apparaître des commentaires fort intéressants provenant des deux rabbins représentant le courant Massorti (Conservative) en France, messieurs Yeshaya Dalsace et Rivon Krygier.</span> <span style="font-style: italic;">Un échange eut alors lieu dans les pages de commentaires. Même si de mon côté je n'ai pas la prétention d'avoir un discours parfaitement structuré quant à ces questions, il me semble que le dialogue est assez fécond pour vous le faire partager sur un billet indépendant. Comme vous le constaterez, c'est moi qui parle en dernier, mais le sujet n'est pas clos et messieurs Dalsace et Krygier peuvent bien évidemment poursuivre, l'avantage avec le Web, c'est qu'on peut modifier/prolonger un article très facilement !</span> <span style="font-style: italic;">Bonne lecture !</span><br /><br /><span style="font-weight: bold; color: rgb(102, 51, 0);">Yeshaya Dalsace:</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />Je découvre votr</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">e Blog avec beaucoup d’intér</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">êt.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Liebermann ne représente pas un cas unique. D’autres érudits venus du monde orthodoxe sont venus « fructifier » le mouvement Massorti. C’était le cas de <span style="font-weight: bold;">Schechter</span> découvreur de la Gueniza du Caire, de <span style="font-weight: bold;">Louis Ginzberg</span>, talmudiste renommé et grand spécialiste du Talmud de Jérusalem, d</span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrVKXWU87I/AAAAAAAAAOk/jST4jfX8MrE/s1600-h/Heschel.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 177px; height: 263px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrVKXWU87I/AAAAAAAAAOk/jST4jfX8MrE/s320/Heschel.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5231728291187323826" border="0" /></a><span style="color: rgb(102, 51, 0);">escendant du Gaon ; </span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">d’<span style="font-weight: bold;">Abraham Heschel </span></span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">héritier d’une cour hassidique ; de <span style="font-weight: bold;">Da</span></span><span style="color: rgb(102, 51, 0);"><span style="font-weight: bold;">vid Weiss Halivni</span> hassid de Satmar et Hilouy (géni) dans le Talmud…</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Il exist</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">e de nombreux autres exemples. Je crois que la raison pour laquelle ces différents personnages s’orientèrent vers le </span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">mouvement Massorti tout en ayant parfois avec lui des relations tendues sur certains points, c’est qu’ils y trouvaient ce qu’ils cherchaient : un endroit où vivre un judaïsme authentique tout en poussant la recherche intellectuelle au plus haut niveau et sans entraves. Aucun de ces personnages n’est revenu vers l’orthodoxie au sens propre, y compris Weiss Halivni qui créa un petit mouvement Massorti très conservateur en opposition aux femmes rabbins, d’ailleurs par la suite il reconnut à mi mot que ce changement était nécessaire.</span> <br /><br /><span style="color: rgb(102, 51, 0);">L’exemple de Liebermann montre bien une chose : la « rupture » avec le monde orthodoxe arrive dès lors que l’on met un pied dans l’ouverture. Liebermann n’était pas repoussé pour ses idées, ni ses travaux extrêmement intéressants, mais par ce qu’il avait remis en cause la hiérarchie en se permettant de penser librement. La « rupture » ne vient pas de l’excès des idées novatrices d’un mouveme</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">nt comme Massorti (position de la femme et autre) mais du refus de s’enfermer dans une position idéologique qui est celle de l’orthodoxie. C’est pourquoi, il me semble que tout intellectuel juif d’une certaine ampleur qui viendrait des rangs de l’orthodoxie sera forcément amené à ce point de rupture à moins de savoir se préserver avec la plus grande prudence (ce qui a priori n’est pas très « intellectuel »).<br /><br />L</span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqc-_lHI/AAAAAAAAAOc/96m5l5GGdyg/s1600-h/Rav_Joseph_Soloveitchik.gif"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqc-_lHI/AAAAAAAAAOc/96m5l5GGdyg/s320/Rav_Joseph_Soloveitchik.gif" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5231726643432625266" border="0" /></a><span style="color: rgb(102, 51, 0);">’exemple</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);"> de <span style="font-weight: bold;">Soloveitchik</span> montre une tension sans rupture mais cependant à la limite, par contre plusieurs de ses élèves feront cette rupture (Hartman par exemple).</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">L’œuvre de Liebermann, est une œuvre remarquable bien que difficile d’accès.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Sa position sur les femmes rabbins est semble-t-il, plus générationnelle qu’autre chose. </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Comme le dit une plaisanterie : « qu’est-ce </span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">qui différencie un massorti d’un orthodoxe ? 50 ans. »</span> <br /><br /><span style="color: rgb(102, 51, 0);">Je me permets maintenant de critiquer une insertion de votre part :</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0); font-style: italic;">« Les orthodoxes craignent, et malheureusement la suite leur donnera raison, que les conservatives, en perdant le lien avec la tradition rabbinique, soient portés à prendre des décisions qui n'aient plus rien à voir avec la tradition juive. »</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />C’est aller un peu vite en besogne et bien mal connaître le milieu Massorti que d’af</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">firmer une perte de liens avec la tradition rabbinique. Cela est complètement faux et reste à prouver. Les décisions prises, même si elles sont contestables et d’ailleurs parfois contesté</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">es à l’intérieur même du mouvement (mais bien des décisions orthodoxes le sont également), ont à voir avec la tradition juive et notamm</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">ent la tradition de l’éthique et de la morale sans lesquels le judaïsme perd tout son sens.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">À l’inverse, on peut très bien considérer, que l’incapacité à regarder en face certains problèmes et à leur trouver des solutions (Agunot, place de la femme, homosexualité…) n’a rien à voir avec la tradition juive qui ne s’est jamais basée sur des positions injustement tranchées.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Les choses sont un peu plus complexes et il semble inévitable au monde juif, quelles que soient ses tendances idéologiques que certaines questions de société deviendront de plus en plus incontournables qu’on le veuille ou non.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />Merci pour </span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">votre Blog que je mets en lien sur le site de Massorti.com</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Yeshaya Dalsace</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">(Rabbin et webmaster de Massorti.Com)</span><br /><br /><span style="font-weight: bold; color: rgb(0, 0, 102);">Le Monde Juif:</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />M. le rabbin Dalsace,</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Tout d'abord, bienvenue sur mon blog, c'est toujours avec un grand plaisir que je reçois des commentaires de la qualité de celui que vo</span><span style="color: rgb(0, 0, 102);">us nous avez offerts.</span> <br /><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102);">Sur le fond, je ne partage pas complètement votre analyse: "l'ouverture intellectuelle" serait le critère déterminant de césure entre le monde othodoxe et le monde massorti.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">C'est, selon moi, faire fi de deux phénomènes.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />Premier phénomène: Il existe d'une part de nombreux membres éminents du monde orthodoxe pour qui le monde intellectuel et universitaire était tout sauf inconnu et qui pourtant maintenaient une position idéologique et une pratique orthodoxe.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">C'est bien sûr le cas du <span style="font-weight: bold;">Rav Soloveïtchik</span>, mais aussi de </span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqWP61pI/AAAAAAAAAOU/jeDv-oLcKgw/s1600-h/leibowitz.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 213px; height: 287px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqWP61pI/AAAAAAAAAOU/jeDv-oLcKgw/s320/leibowitz.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5231726641624569490" border="0" /></a><span style="color: rgb(0, 0, 102);"><span style="font-weight: bold;">Yeshayaou Leibowitz</span> (professeur de chimie et de neurobiologie), ou du <span style="font-weight: bold;">Rav Hutner</span>.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">En France,<span style="font-weight: bold;"> Manitou</span> était évidemment un tenant de ce</span><span style="color: rgb(0, 0, 102);">tte tradition, tout comme <span style="font-weight: bold;">Lévinas</span> dont l'attachement au rite et à la parole des sages est connue.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Même dans le monde dit "ultra-orthodoxe", des personnalités comme le <span style="font-weight: bold;">Rav Wolbe</span>, qui étudia à Berlin dans sa jeunesse ou le <span style="font-weight: bold;">Rav Guedalia Nadel</span>, élève du <span style="font-weight: bold;">Hazon Ich</span>, n'ont jamais eu le moindre problème pour exploiter chacune des ressources des sciences profanes, sans se soucier du "qu'en-dira-t-on" parfois effectivement pesant dans certains de ces milieux.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Dans un autre registre, <span style="font-weight: bold;">Benny Lévy</span> n'a bien entendu jamais fait table rase de Platon, qu'il a toujours pris très au sérieux. Son maître hiérosolymite, le <span style="font-weight: bold;">Rav Moché Shapira</span> est marié à une professeur de psychologie à l'Université.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Plus proche de nous, le<span style="font-weight: bold;"> Pr Claude Riveline</span>, éminent professeur à l'Ecole des Mines et élève de Manitou ne transige jamais dans ses écrits comme dans ses conférences sur une approche orthodoxe de la Thora. On peut évidemment dire la même chose du <span style="font-weight: bold;">Grand Rabbin Bernheim</span>.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />Deuxième phénomène: toutes ces personnes, aussi différentes et eloignées qu'elles puissent être du <span style="font-weight: bold;">Rabbi de Satmar</span> au <span style="font-weight: bold;">Rav Kook</span> en passant par le <span style="font-weight: bold;">Rabbi de Loubavitch</span> et <span style="font-weight: bold;">Leibowitz</span>, partagent une "foi" commune, qui les différencient radicalement des Massorti. </span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">C'</span><span style="color: rgb(0, 0, 102);">est bien là que se produit la césure epistémologique selon moi: les orthodoxes sont attachés à respecter une tradition ininterrompue depuis le Sinaï et ne pourront pas se permettre de faire l'impasse sur les décisions prises par des décisionnaires antérieurs. </span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Ne pas faire l'impasse ne signifie pas dire Amen à toutes leurs décisions et être dans l'incapacité de s'y opposer. Vous savez bien que le Gaon de Vilna ou le Hafetz Haim ont parfois pris des décisions halakhiques allant à l'encontre du Choulhan Aroukh.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br />Mais ces décisions n'ont pas été prises en disqualifiant d'office les anciens maîtres pour des raisons sociologiques comme peuvent le faire les rabbins Massorti.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Plaquer une interprétation sociologique ou historique sur les enseignements du Talmud s'avère souvent très inhibant. Il n'est en effet plus possible pour ces textes de nous enseigner une leçon valide sur des problématiques encore actuelles: ils ont été disqualifiés d'office par, un exemple, "la société patriarcale en vigueur au moyen-orient à cette époque".</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Comme nous le rappelait Lévinas, la critique biblique et de manière plus générale les travaux universitaires, malgré leur intérêt évident, ne peuvent pas remplacer l'étude de la "vérité des textes éternels". Concept qui, pour les universitaires, n'a pas de raison d'être.</span> <br /><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102);">Sur la place de la femme par exemple, je ne suis pas certain que le défi principal de notre époque soit de garantir l'accès des femmes à la liturgie. Il est plutôt de rechercher dans nos textes les principes fondamentaux qui nous permettront de créer un lien fertile entre l'Homme et la Femme dans une société où la tendance est plutôt à l'uniformisation, voire à la confusion des genres, concept fondamentalement opposé à la tradition juive.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Cependant, si l'on sort des polémiques habituelle et q</span><span style="color: rgb(0, 0, 102);">u'on essaie de se placer sur le terrain intellectuel justement, la césure entre orthodoxes et massorti est lucidement analysé par les travaux de chacun des camps sur l'ontologie de la Halakha.<br />Je me rappelle notamment une discussion avec le rabbin Ryvon Krigier dans laquelle celui-ci reconnaissait que sa perception de la Halakha était en totale divergence avec celle que proposait le Rav Soloveïtchik dans son <span style="font-style: italic;">"Ich HaHalakha"</span>. Idem avec Leibowitz.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Cela n'enlevait rien au grand respect qu'inspirait ses penseurs à Ryvon Krigier, comme il me l'a confirmé, mais cela montre tout de même qu'au-delà d'une "fermeture idéologique et sociologique" de l'orthodoxie dont je ne remets pas en cause l'existence, il existe des différences de fond plus profondes.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Mais comme vous l'avez très bien dit, cela n'empêche pas le dialogue !</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Merci encore pour votre intervention.</span><br /><br /><span style="font-weight: bold; color: rgb(102, 51, 0);">Yeshaya Dalsace:</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />Cher M.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Je reviens des mois plus tard visiter votre Blog dont j’apprécie particulièrement la grande tenue et l’intelligence du propos.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Je me permets donc de reprendre notre conversation et surtout de vous répondre avec retard.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Mais j’aimerais la pousser plus loin si vous êtes d’accord et l’intégrer sous forme de débat sur le site Massorti.Com afin de mieux comprendre le point de césure entre les orthodoxes et les Massorti. Il est rare de trouver un interlocuteur de qualité chez qui l’on sent une véritable recherche intellectuelle, sincère et sans a priori. Je ne vous cache pas que cela me manque et qu’un tel dialogue serait très utile pour le gran</span><span style="color: rgb(102, 51, 0);">d public. A vous de juger.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />En attendant, voici ma réponse à la vôtre ci-dessus.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Je crois que c’est une erreur de vouloir mettre dans le même système orthodoxie et Massorti. Il y a une très grande divergence, non pas tant sur la forme que le fond. Cette divergence tient à une conception différente d’un point de vue théologique. Elle se base essentiellement sur la connaissance. C'est-à-dire que l’accès aux connaissances modernes a poussé les rabbins Massorti à repenser certains problèmes tout en voulant maintenir la Halakha et les rituels traditionnels. Ce que refusent absolument de faire les orthodoxes. Il me semble que la véritable différence est là.<br />Dois –je ou non incorporer mes connaissances contemporaines à mon système ancestral ?<br />Dois-je au contraire me garder de cela pour préserver ce système ancestral qui pourrait être remis en cause, partiellement ou plus profondément ? </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">C’est absolument certain que bon nombre d’orthodoxes ont une instruction universitaire de qualité (chez les Haredim ils sont une toute petite minorité). </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Cependant la plupart des exemples que vous citez ne sont pas de véritables orthodoxes. <span style="font-weight: bold;">Levinas, Manitou, Leibovitch</span>, mais des orthopraxes. Le <span style="font-weight: bold;">Rav Kook</span> et le <span style="font-weight: bold;">rabbin de Loubavitch</span> n’avaient pas à ma connaissance de formation universitaire, ce qui n’enlève rien à leur génie. Levinas n’était pas un homme de la Halakha et n’a que très peu écrit dessus. Manitou donna sa bénédiction à plusieurs de ses étudiants proches pour aller étudier dans le séminaire Massorti (dont Krygier), je crois qu’il était extrêmement conscient de la nécessité de s’adapter à la situation nouvelle. Leibovitch a clairement prôné une réévaluation complète du statut de la femme dans la Halakha.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />Vous dites :<span style="font-style: italic;"> « Les orthodoxes sont attachés à respecter une tradition ininterrompue depuis le Sinaï et ne pourront pas se permettre de faire l'impasse sur les décisions prises par des décisionnaires antérieurs. »</span> Il me paraît évident que les Massorti également. Là-dessus il n’y a aucune différence. Les Massorti ont été créés par </span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqBObdXI/AAAAAAAAAOE/7vKmnIXypN0/s1600-h/1851+Fraenkel.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqBObdXI/AAAAAAAAAOE/7vKmnIXypN0/s320/1851+Fraenkel.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5231726635981174130" border="0" /></a><span style="color: rgb(102, 51, 0);"><span style="font-weight: bold;">Zekharia Frankel</span> afin de faire face au danger de rupture historique qu’il ressentait chez les réformistes de son époque. L’idée de continuité historique du Judaïsme depuis le Sinaï est un pilier de la pensée et de la théologie Massorti et a été largement développée dans les écrits des grands penseurs du Mouvement Massorti (Frankel, Schechter, Heschel…). </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Je crois que la différence n’est pas ici. Les Massorti vont introduire dans leur réflexion halakhique une dimension historique et philosophique (méthahalakhique) dont ils tiendront compte. Ce n’est pas pour autant qu’ils font fi des décisionnaires passés, mais ils les remettent toujours dans leur contexte. Pour eux, la Halakha représente un système dynamique qui est soumis aux forces de l’Histoire. Il faut donc faire avec, accompagner le mouvement de l’Histoire et ne pas le nier. Il est clair que pour un Massorti, certains aspects de la Halakha sont indéfendables aujourd’hui, quand bien même ils l’étaient dans le passé, et doivent être neutralisés par tous les moyens : soumission de la femme, voire son oppression, statut du Mamzer, rapport aux non-juifs, aux homosexuels… </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">D’autres aspects de la Halakha doivent devenir plus réalistes, condamnation de l’inadéquation entre la réalité sociologique juive et la position des Batei din contemporains… (notamment sur la question des conversions).</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Alors qu’au contraire, il me semble qu’un orthodoxe refuse de prendre en compte l’Histoire. Il la connaît peut-être, mais elle n’a aucune influence sur sa théologie. Je crois que c’est ici que réside la véritable différence. </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Cette question du rapport à l’Histoire est extrêmement complexe et comporte de nombreuses implications. Elle mériterait un vrai débat de fond.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Dans le cas de Lieberman, la véritable question est ici. Il tenait compte de l’Histoire et c’est pourquoi il était Massorti. Son attitude personnelle par rapport à tel ou tel point précis (comme celui du statut de la femme) n’enlève rien au problème de fond. Il est évident qu’il voulait éviter une rupture avec les orthodoxes.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">D’autre part, la non-reconnaissance par certains orthodoxes de son statut de rabbin, relève à mon avis du même problème, pour eux, un rabbin qui tient compte de l’Histoire, n’est plus un rabbin.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Cette question du rapport à l’Histoire me semble fondamentale.<br /><br />De mon point de vue, ne pas en tenir compte relève de l’ineptie intellectuelle, c’est pourquoi je ne suis pas orthodoxe. Il me semble que pour beaucoup d’orthodoxes, tout à fait au courant de la recherche historique, il y a une peur de faire entrer le loup dans la bergerie. Commencer à tenir compte de l’Histoire risquerait de mettre tout le système par terre. Les Massorti ont tout à fait conscience de la difficulté et cherchent à pacifier la question, mettre ensemble le loup avec l’agneau, c'est-à-dire rendre compatible l’idée de tradition et de fidélité à cette tradition, avec l’adaptation aux nouvelles conditions emmenées par la modernité. C’est une utopie quasi messianique ! La véritable question est de savoir si cela marche ou non.</span><br /><br /><span style="color: rgb(102, 51, 0);">La position Massorti a le mérite d’être honnête. Elle a le gros inconvénient de demander un effort subtil au commun des gens pour continuer à pratiquer et à croire. C’est pourquoi, pour la masse des membres du mouvement Massorti, ce genre de problèmes ne se pose pas, ils ne cherchent qu’un judaïsme de facilité. </span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">La position orthodoxe est plus efficace pour le grand public. Elle est moins subtile et cherche à apporter plus de réponses qu’à poser des questions. Pour beaucoup de juifs sécularisés, le rabbin orthodoxe représente une image rassurante du passé. Aux yeux de gens comme moi, l’orthodoxie comporte un énorme inconvénient, elle est intellectuellement difficile à défendre. Je ne peux pas personnellement croire que Dieu soit misogyne ou raciste. Je ne peux pas croire à la véracité de la littéralité textuelle. Il m’est intellectuellement impossible de ne pas contextualiser, donc relativiser, mon propre système de croyances et de pratiques. Ne pas le faire serait un mensonge et rendrait donc inapte tout mon judaïsme. C’est pourquoi il m’est strictement impossible d’être orthodoxe. Cela n’a strictement rien à voir avec le degré de pratique quotidienne, je peux être extrêmement « froum » sur ma propre discipline. Il me semble que le problème était le même pour le Rabbin Shaül Lieberman. Je ne crois pas un instant, qu’un homme de sa qualité soit resté là où il était sans être entier avec ce qu’il faisait, tout en se posant parfois des questions.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Maintenant je crois que la réalité est beaucoup plus complexe.<br /><br />Il me semble qu’il existe des quantités de crypto Massorti. C'est-à-dire des orthodoxes officiels qui dans le fond ne croient plus à l’orthodoxie tout en gardant une profonde affection pour celle –ci parce qu’elle représente une image rassurante du passé. Cette situation n’est pas nouvelle, depuis longtemps déjà, on peut observer des Maskilim nistarim, dans le monde le plus traditionnel.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">La vraie question reste de savoir si on tire des conclusions pratiques de cette Askala, ou non. Je crois que la cassure est là.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Quand à Soloveitchik, admirable penseur que j’enseigne chaque Kippour après midi dans ma communauté, il a ce défaut orthodoxe de ne pas vouloir regarder certains problèmes en face. Dans Ish Hahalakha, il défend l’idée que respecter scrupuleusement la Halakha orthodoxe, c’est atteindre le plus haut niveau de moralité. Mais c’est partiellement faux et certaines sougiot sont indéfendables sur le plan de la morale universelle. Il le savait très bien, mais refusait de les aborder afin de défendre sa thèse. Je préfère la position Massorti qui consiste à dire : c’est indéfendable et je ne cherche pas à le défendre car cela correspond à une certaine mentalité ou un certain discours qui fait partie de l’Histoire de mon peuple, mais que je n’accepte pas pour moi-même, parce que je peux justement assumer notre Histoire sans apologétique indispensable. Cela me semble plus clair et plus droit intellectuellement. C’est un peu ce que disait en son temps Maimonide sur les sacrifices.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Pas facile de savoir qui a vraiment raison dans son système. Il me semble clair qu’il nous faut assumer le présent pour avoir un avenir. A mes yeux toute crispation idéologique enlève la crédibilité de son auteur.</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br />Tous ces problèmes ne sont pas simples et nous sommes bien petits pour les porter. Il ne demeure pas moins que la survie du Judaïsme et de la parole sinaïtique l’exige de nous. Dur bonheur d’être juif….</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Bravo encore pour votre Blog</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);"><br /><br />Yeshaya Dalsace</span> <span style="color: rgb(102, 51, 0);">Webmaster de Massorti.com</span><br /><br /><br /><span style="font-weight: bold; color: rgb(51, 51, 0);">Rivon Krygier</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);"><br /><br />Je découvre avec grand intérêt ce blog, en félicite l'auteur que je connais mais qui semble vouloir rester anonyme, ce que je respecte. Ce blog a non seulement une haute tenue, il ouvre à un dialogue et un débat en marge des institutions, et ce fait à lui seul, mérite tous les éloges. Les conflits ne naissent-ils pas en grande partie de ce que l’on croit que « l’autre » dit et fait ?</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);"><br /><br />Je réagis sommairement aux deux extraits suivants portant sur l'écart qui se serait creusé entre les orthodoxes et les conservative (massorti).<br /><br /></span><span style="color: rgb(51, 51, 0);">Le Blogger :</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0); font-style: italic;"> Les orthodoxes craignent, et malheureusement la suite leur donnera raison, que les conservatives, en perdant le lien avec la tradition rabbinique, soient portés à prendre des décisions qui n'aient plus rien à voir avec la tradition juive. L'évolution de ce mouvement, que Shapiro rappelle en conclusion de ce livre (ordination des femmes, légitimation de l'homosexualité, etc.) et que Lieberman lui-même trouvait répréhensible justifiait de se tenir à l'écart de toute personne susceptible de défendre cette vision du judaïsme. D'où certaines prises de position visant à interdire toute relation avec Lieberman, ainsi que d'utiliser son travail.</span><br /><br /><span style="color: rgb(51, 51, 0);">Shapiro :</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0); font-style: italic;"><br />"Recent decades have seen Orthodoxy move to the right, just as Conservative judaism has moved to the left. Conservative judaism has embraced halakhic egalitarianism as an absolute, and seems on the verge of a major shift in the direction of legitimizing homosexuality. Considering the way the two movements look today, it is hard for many to imagine that there was a time when the divisions were not so stark, when one's denominational affiliation did not necessary place one in direct ideological conflict with members of other denomination. There was a time when great talmidei hakhamim of both denominations could be intellectual comrades, and outstanding minds from the Orthodox world could join their Conservatives colleagues in teaching Torah. It is a lost world of American Judaism."</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);"><br /><br />Cette présentation des choses fait l’impasse sur un certain nombre de données incontournables. Notamment quand il est dit que des décisions ont été prises chez les conservative qui n’ont plus rien à voir avec la tradition juive, ou lorsqu’est justifiée implicitement la mise à l’écart de Lieberman, et par suite la tentative par l’orthodoxie pure et dure d’anathémiser le mouvement conservative. </span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);">Il y a eu de tout temps des réactions d’anathémisation dans les débats religieux, à l’intérieur du peuple juif et à l’extérieur : des centaines de milliers de gens assassinés, martyrisés convertis de force ou privés de liberté de conscience. L’Eglise catholique, comme on le sait, a beaucoup utilisé cette arme redoutable au cours de son histoire tant envers les juifs qu’envers ses « hérétiques et schismatiques » en son sein. Même s’il reste des traces de la posture inquisitoire, la situation a bien changé. Aujourd’hui l’Eglise catholique est bien plus avancée dans le dialogue avec les Orthodoxes (chrétiens), Anglicans et Protestants que ne l’est l’orthodoxie juive, et ce n’est pas peu dire. </span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);"><br /><br />Il ne faudrait pas oublier que dans le judaïsme, par le passé, des plus grandes figures, aujourd’hui encensées par l’orthodoxie, telles que Maïmonide, Moïse Haim Luzatto, le Baal chèm tov ont été anathémisés par des rabbins des institutions communautaires diverses, avec des conséquences parfois très graves ! On trouve dans le Talmud une forte réserve à ce type de procédé (même si on trouve aussi des propos contraires).<br />Voici un exemple à méditer : Rabban Gamliel, chef du Sanhédrin (instance suprême politique et juridique) à l'époque de Yavné (Palestine, 100-135) témoigne de ce que toutes les mesures autoritaires qu'il a pu prendre, dont l’excommunication du grand sage rabbi Eliezer, n'avaient qu'un but : « chè-lo yarbou mahlokot be-Israël : que les dissensions ne se multiplient pas au sein du peuple d'Israël » (Baba Metsia 59b). Intention très noble mais néanmoins condamnée par Dieu. Il n’est pas disculpé devant Dieu des multiples abus d'autorité qui lui auront valu sa destitution et de terribles cataclysmes sur tout Israël. C'est que l'effort d'unification, aussi louable fut-il, se heurte à des résistances et des dérives qui mettent en péril la dynamique féconde de la controverse et étouffent la plurivocité de la Tora. Si Saül Liberman devait être écarté, à ce compte-là, il faudrait ajouter à la liste noire Abraham Yehoshua Heschel, Louis Ginzberg, Louis Jacobs et bien d’autres figures, toutes conservative/massorti, parfois moins connues mais non moins éminentes tant par leur érudition dans divers domaines, leur sagesse que leur piété. Sans parler des millions de juifs, oui des millions !, actuellement affiliés aux mouvement conservative ou reform.<br />Accuser tout ce monde schismatique est injuste et provoque justement la scission. La « scission » entendue par l’inquisition juive, c’est-à-dire en fait, le divorce avec la conception et la pratique orthodoxes, est d’abord le fait de la sécularisation, de la laïcisation, de la contestation portée par le mouvement des lumières sur l’ensemble de la société. Or les mouvements religieux modernistes ne sont pas la cause de cette crise mais à des degrés divers, des tentatives de la résoudre !<br />Comment ? En conciliant les acquis du progrès (égalité des sexes, abolition des peines corporelles et de la coercition religieuse, prise en compte scientifique de l’évolution et histoire des idées et pratiques religieuses, etc.) avec la tradition religieuse, et non en la rejetant comme le firent d’autres. La crise traverse tant le public non pratiquant, libéral, massorti et orthodoxe. Et le public est fait de gens qui cherchent à un degré ou un autre de bonnes raisons de se rattacher à la religion, non des personnes qui la combattent.</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);">L’anathème, la qualification infamante d’hérésie est une accusation non seulement humiliante mais très grave car elle peut aller jusqu’à appeler au meurtre, pour ceux qui connaissent les sources rabbiniques anciennes. Certaines sources anciennes et modernes ne sont d’ailleurs pas beaucoup plus tendres envers ceux qui ont rejeté sciemment la tradition, par athéisme et contestation du bien fondé de l’observance. Mais pour des raisons politiques, de récupération et d’inféodation de ce public-cible qui constitue aujourd’hui la masse critique du peuple juif, une sorte d’amnistie pseudo-amnésique règne. Ce n’est pas le lieu ici de développer ces aspects douloureux et très dangereux pour l’avenir du peuple juif, mais de mentionner juste ce qui suit. </span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);"><br /><br />Il existe actuellement une orthodoxie moderne dont il n’est hélas pas fait mention dans ce débat. Or celle-ci, tout en défendant âprement ses positions, n’a jamais mis au ban le mouvement massorti, ni d’ailleurs les réformistes. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas leur style ! Ils sont entrés dans la modernité et donc, tentent de convaincre plutôt que de vaincre, de persuader plutôt que d’imposer. Ces modern orthodox comptent et ont compté en leurs rangs de très grandes figures telles le rav Eliezer Berkovits qui a laissé de très brillants écrits. </span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);">Je ne le conteste pas, il existe aujourd'hui un certain nombre de divergences avec une certaine orthodoxie sur des questions brûlantes de modernité : statut des femmes au sein du culte (le droit de chanter en public, de compter à part entière, d’enseigner la dracha, le traitement des inégalités matrimoniales), des exclus (homosexuels, mamzérim, agounot, candidats aux conversions), l’accueil des enfants de mariages mixtes et des convertis, etc. Mais pour autant il existe aux Etats-Unis et en Israël d’importantes figures et institutions du judaïsme orthodoxe moderne (tels l’Institut Hartmann ou Pardès, à Jérusalem) qui non seulement nouent des relations de bonne intelligence et de partenariat avec le mouvement massorti mais expriment des conceptions très similaires sur toutes les questions évoquées ! Allez donc lire leurs publications ou visiter la communauté de Shira hadasha (« modern orthodox ») de Jérusalem. Allez examiner les responsa et positions telles celles des rabbins Shlomo Riskin, David Hartmann sur le statut des femmes ! Yeshaya Leibovits aussi, bien qu’il ne s’agisse pas d’un rabbin.<br /><br />Il existe bien plus de convergences que de divergences entre les massorti et ces modern orthodox, sur tous les sujets d’actualité religieuse !</span> <span style="color: rgb(51, 51, 0);">Bien sûr, comme le dit très justement Shapiro, il y a eu une radicalisation, un clivage accru. Il est vrai que pour une certaine part, l’orthodoxie s’est durcie dans un sens, et le mouvement conservative/massorti dans le sens opposé. Mais ce clivage ne reflète qu’une partie de la réalité car il existe beaucoup de conservative proches des modern orthodox et vice versa. Du reste, ce qui doit primer n’est pas tant la convergence de vue, même si on ne peut que le souhaiter, c’est la capacité à nouer aujourd’hui un dialogue civilisé. Tel est le grand enjeu : sauver l’unité du peuple juif, avec sa féconde diversité.</span><br /><br /><br /><span style="font-weight: bold; color: rgb(0, 0, 102);">Le Monde Juif<br /></span><span style="font-weight: bold;"><br /></span><span style="color: rgb(0, 0, 102);">Bonjour messieurs Dalsace et Krygier,</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">C'est un plaisir de vous recevoir sur ce blog, surtout pour des interventions de cette qualité. Je n'y réponds qu'aujourd'hui, le temps que je passe sur mon blog étant malheureusement limité.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br />Les interventions des rabbins Dalsace et Krygier étant différentes (l'une portant sur le fond, l'autre plutôt sur la forme et les perceptions) j'y répondrai de manière distincte.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />D'abord à propos de l'orthodoxie:</span><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102);">- Le Rabbi de Loubavitch a bien une formation universitaire. Bien qu'elle ne corresponde pas à une légende couramment en vogue dans les milieux Habad voulant qu'il ait obtenu 7 doctorats à la Sorbonne (sic), le Rabbi de Loubavitch a semble-t-il étudié à l'ESTP, à la Sorbonne ainsi qu'à l'Université de Berlin. Ses domaines de prédilection étaient cependant centrés sur les sciences exactes (la physique et les mathématiques principalement avec une spécialisation en électricité).</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- Leibowitz clamait en effet la nécessité de redéfinir la place de la femme dans le judaïsme, mais c'était pour lui une question méta-halakhique plus qu'halakhique. Lorsqu'on lui demandait s'il était tenté de prier dans une synagogue sans Mehitza, il ne comprenait pas bien comment on pouvait définir un tel lieu avec le qualificatif de synagogue: <span style="font-style: italic;">"quelle différence entre une synagogue où la halakha n'est pas respectée et pas de synagogue du tout ?"</span> (dans Israël et Judaïsme). Sa problématique sur les femmes est plus sociologique qu'halakhique. Ce qui sous-tend la position de Leibowitz, c'est qu'en aucun cas des positions sociologiques et méta-halakhiques ne doivent aller à l'encontre d'une halakha acceptée par tout le peuple juif. Que ces considérations influent sur le processus de décision halakhique, oui. C'est d'ailleurs la position de nombreux poskim orthodoxes. Mais fondamentalement donner la priorité à la sociologie sur la halakha, voilà qui n'est pas acceptable pour un orthodoxe. Mais j'y reviendrai plus loin.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- Lévinas insiste à de nombreuses reprises dans Difficile Liberté ou dans ses Lectures Talmudiques sur l'importance de la halakha, du rite et du joug des mitzvots. C'est pour lui une spécificité majeure du judaïsme. S'il n'a pas écrit énormément sur des problématiques halakhiques, c'est tout simplement qu'il ne s'en sentait pas capable. Il le dit explicitement dans une de ses Lectures Talmudiques lorsqu'il "s'excuse" presque de ne traiter principalement que des passages aggadiques du Talmud. Sa réticence provenait du fait qu'il ne pensait pas disposer de la "musculature intellectuelle" nécessaire pour y parvenir, ce qui était en revanche le cas de son maître M.Chouchani. Lorsqu'on lit une phrase pareille, on regrette longtemps de ne pas avoir connu ce mystérieux Chouchani.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- Venons-en au coeur du sujet. Dans votre commentaire, vous utilisez indifféremment plusieurs termes qui selon vous constituent la césure entre Massorti et Orthodoxes. J'ai notamment relevé les termes d'Histoire, de connaissance, de morale universelle, etc...</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br />Il s'agit de points à mon sens distincts. </span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Tout d'abord, je récuse le fait que tous les orthodoxes refusent de prendre en compte la dimension méta-halakhique dans leurs psakim. C'est tout à fait clair par exemple lorsqu'on lit l'ouvrage de Marc Shapiro (dont j'espère faire bientôt une recension sur ce blog) sur la vie du <span style="font-weight: bold;">Rav Weinberg</span>. Celui-ci, ancien directeur du séminaire rabbinique de Berlin est un "pur orthodoxe", il a pourtant régulièrement pris en compte la dimension sociologique dans laquelle il vivait pour énoncer la halakha. C'est très net dans sa célèbre position sur sa justification de la Bat-Mitzva, sur son non-moins célèbre psak permettant au mouvement de jeunesse Yéchouroun de faire chanter ensemble les garçons et les filles ou encore à propos de la modification des règles de Shehita dans l'Allemagne nazie.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br />De la même façon, le fait que le Hazon Ich considère les juifs sionistes laïques comme des "Tinok cheNichba" et non comme des renégats au sens halakhique du terme est une innovation majeure qui repose sur des considérations sociologiques, comme l'a très justement noté le Pr Ravitsky.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br />A l'autre extrême, certaines décisions rigoristes prises par certains décisionnaires le sont à l'aune des risques plus importants pour la vie juive que recèle la modernité. Cela ne me plaît pas forcément, mais il est indéniable que des considérations sociologiques et méta-halakhiques entrent en ligne de compte dans le processus de décision halakhique orthodoxe.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- Là où le point me paraît plus bloquant c'est sur votre phrase suivante: </span> <i style="color: rgb(0, 0, 102);">"Aux yeux de gens comme moi, l’orthodoxie comporte un énorme inconvénient, elle est intellectuellement difficile à défendre. Je ne peux pas personnellement croire que Dieu soit misogyne ou raciste. Je ne peux pas croire à la véracité de la littéralité textuelle. Il m’est intellectuellement impossible de ne pas contextualiser, donc relativiser, mon propre système de croyances et de pratiques. Ne pas le faire serait un mensonge et rendrait donc inapte tout mon judaïsme."</i> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />Vous semblez notamment penser que les orthodoxes refusent de voir en face certaines assertions du Talmud qui j'imagine vous paraissent inadéquates avec la morale universelle.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Prenons un exemple pour être concret. Est-il permis d'être Mehallel Chabat pour sauver un non-juif ? Nous savons tous les deux qu'en pratique c'est bien évidemment le cas. Qu'en revanche en théorie, ce qui m'oblige à sauver un juif et un non-juif le chabbat ne répond pas aux mêmes catégories intellectuelles et halakhiques.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Devant cet état de fait, il y a 3 façons d'appréhender le problème.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- La première est celle que vous préconisez: considérer qu'il est inacceptable du point de vue de la morale universelle que le Talmud ne mette pas sur le même plan théorique un juif et un non-juif, qu'il s'agit donc d'un passage raciste que je me dois d'écarter pour préserver une adéquation entre mon judaïsme et ma perception de l'humanité. Il faut donc dire que ce passage est le reflet d'un contexte historique et qu'il n'a bien évidemment plus de sens aujourd'hui.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- La deuxième façon est, comme vous le dites, de fermer les yeux et de ne pas aborder ce sujet.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />- La 3ème voie, et c'est celle que m'ont transmise mes maîtres, c'est de considérer à la fois que ce passage est porteur d'une vérité mais qu'il est également problématique car il heurte notre sens commun. C'est à mon sens la démarche la plus riche. Car la Thora, si elle est une Thora de vie, ne saurait être une Thora de vie bourgeoise qui permette à tout cadre supérieur de vivre tranquillement son judaïsme en harmonie avec l'air du temps.<br />Elle a également un pouvoir subversif, qui doit nous bousculer à chaque époque. Lire les passages sur la femme en disant "la femme est inférieure, point" n'est évidemment pas acceptable. Mais lire ces passages en argumentant qu'"il s'agit de textes datés et archaïques" ne l'est pas plus. Qu'est ce qui justifierait en effet que la cacherout ne soit pas archaïque ? Qu'il ne s'agit que d'habitudes de conservation hygiéniques des temps anciens qui n'ont évidemment plus de sens à partir du moment où le congélateur a été inventé ?</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Vous pensez que cette position est intellectuellement plus honnête ? Je ne le crois pas. Je pense que si l'on opte pour votre démarche et qu'on veut être véritablement cohérent, il faut abandonner totalement le judaïsme. Pourquoi en effet vouloir encore se référer à un enseignement dont la quasi-totalité fait référence à des discussions talmudiques complètement imprégnées de sociologie persane du 4ème siècle ?</span><br /><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102);">Dans un autre contexte, il me semble que cette démarche de contextualisation à l'extrême est également vouée à l'échec lorsqu'on étudie les grands penseurs philosophiques. Les plus grands commentaires de Platon et les plus riches ne sont pas ceux qui ont disqualifié sa position sur les femmes parce qu'il a vécu 5 siècles avant J-C. Ce sont ceux qui ont tenté d'y trouver un sens philosophique et qui ont pris Platon au sérieux plutôt que de le prendre pour un beauf machiste avant l'âge. Quitte ensuite à marquer un désaccord.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">De la même façon, je pense pas que considérer les Sages du Talmud comme des misogynes ou des racistes soit une manière de les prendre au sérieux.<br />Certaines souguiot m'interpellent, me choquent, m'éclatent à la figure. Mais les disqualifier pour raisons sociologiques est trop facile.<br />J'ai le devoir de chercher ce que ces passages ont à me dire, moi pétri de culture occidentale du 21ème siècle qui, comme tout homme, a beaucoup de mal à savoir pourquoi les hommes du 25ème siècle nous considéreront comme des imbéciles finis.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Une partie du travail de </span><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqb8Y8UI/AAAAAAAAAOM/ubqWemj-VeE/s1600-h/Foucault.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 192px; height: 248px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SJrTqb8Y8UI/AAAAAAAAAOM/ubqWemj-VeE/s320/Foucault.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5231726643153269058" border="0" /></a><span style="color: rgb(0, 0, 102);"><span style="font-weight: bold;">Michel Foucault</span> part de là: comment se fait-il que nous soyons ébahis par les comportements a priori stupides des Anciens, à l'aune des valeurs qui sont aujourd'hui les nôtres ? Ou comme le dit Thomas Ferenczi dans un article récent du Monde, Foucault a montré, contrairement à ce que pensaient les philosophes des lumières (dont Frankel, fondateur des Massortis, est aussi une émanation) que <span style="font-style: italic; color: rgb(0, 0, 102);">"</span></span><span style="font-style: italic; color: rgb(0, 0, 102);">la connaissance ne résulte pas du progrès continu de la raison, mais d'un système de règles propres à chaque époque</span><span style="color: rgb(0, 0, 102);"><span style="font-style: italic; color: rgb(0, 0, 102);">"</span>.<br />Un des moyens de s'extraire de cette contrainte est selon moi de continuer à essayer de percer ce que nous dit une vérité révélée quels que soient le lieu et l'époque. C'est ce que l'on appelle l'étude de la Thora et </span><span style="color: rgb(0, 0, 102);">c'est ce qui fait que je suis orthodoxe.<br /><br />Un dernier point qui me permettra de faire la transition avec la réponse au rabbin Krygier.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Ce qui me déplaît dans le mouvement massorti (mais évidemment bien plus encore avec le mouvement libéral) c'est la cassure qu'il a produit avec le reste du peuple juif.<br />Je reconnais bien volontiers avec Rivon Krygier que les anathèmes ont régulièrement fusé à travers les âges et que ce n'est pas forcément nouveau. En effet, le Baal Chem Tov, le Rambam et bien d'autres ont subi le courroux de leurs opposants.<br />Mais il me semble qu'il existe une différence radicale avec la problématique massorti/reformed vs orthodoxes qui nous occupe: la "mahloket" ne porte pas seulement sur des sujets de conception théologique comme pour le Hassidisme ou pour le rationalisme du Rambam. Elle porte sur l'orthopraxie et la pratique des Mitzvots.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Comme le relève Leibowitz, si l'opposition Hassidim/Mitnagdim n'a pas dégénéré en scission pure et simple du judaïsme c'est que le Hassidisme, malgré certaines tensions, n'ont jamais cédé sur le respect des lois du Choulhan Aroukh.<br /></span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Le livre de Marc Shapiro sur le Rav Weinberg le montre bien: il y avait des différences de conception radicales entre les modern-orthodox d'Allemagne et les Juifs d'Europe de l'Est qu'on qualifierait aujourd'hui d'ultra-orthodoxes. Pourtant, ils avaient toujours l'impression de faire partie de la même famille, notamment du fait de leur perception identique de la fixation de la Halakha.</span><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102);">C'est à mon sens en cela que la cassure est profonde, d'autant qu'elle concerne un sujet ultra-sensible qu'est le statut personnel: comment assurer que le peuple juif ne se scindera pas si la définition du Juif n'est pas la même dans tous les mouvements ? Un Juif converti à Bagdad par le Rav Ovadia Yosef sera considéré comme Juif pour le Rav Soloveitchik à New-York. Comment garantir l'unité du peuple juif si plus personne n'est d'accord au niveau rabbinique sur ce qu'est un Juif ? </span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">J'ai entendu récemment que des communautés libérales aux Etats-Unis, dans un désir d'égalité homme-femme ne considéraient pas comme juif un homme né d'un père non-juif et d'une mère juive. Alors que cette personne est halakhiquement juive selon les orthodoxes (et j'imagine les massorti), elle ne serait pas considérée comme telle par ces communautés.</span><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102);">Comme le démontre très bien un autre ouvrage du Professeur Shapiro, les anathèmes lancés pour des problèmes de conception théologiques ne sont jamais vraiment porteurs de menaces et n'ont en tous cas jamais réussi à obliger tous les juifs à respecter une liste de croyances imposées (même les 13 principes de foi de Maïmonide n'y sont pas parvenus).</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br />En revanche, les dissensions portant sur la praxis, la pratiques ont des conséquences beaucoup plus fondamentales pour le judaïsme. J'en veux pour preuve deux exemples.<br />- On ne s'en aperçoit plus aujourd'hui, mais ce qui a provoqué la scission des chrétiens avec les juifs n'est pas tant la croyance en Jésus que l'abolition des Mitzvots par Paul de Tarse en 49 qui a eu un effet dévastateur.<br /></span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">- De manière plus troublante compte tenu de certaines similitudes qu'on pourrait trouver avec la situation actuelle, les Karaïtes se sont séparés du reste du peuple juif pour des problématiques relatives à leur refus de considérer le Talmud comme une loi divine et pour une perception de la halakha très différente de celle du judaïsme rabbinique. Une perception en grande partie fondée sur la capacité individuelle de chacun à interpréter la loi écrite en tenant compte d'une responsabilité personnelle. Loin d'être un petit groupuscule sectaire, on estime qu'entre le IXème et le XIème siècle, le Karaïsme avait pénétré de nombreux foyers juifs (près de 40% de la population juive mondiale de l'époque selon certains historiens). C'est la lutte acharnée de rabbins "pharisiens" comme Saadia Gaon qui a notamment permis le reflux du Karaïsme.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);">Tout ça pour dire que toucher à la Halakha est beaucoup plus sensible pour les Juifs que de dire qu'on ne croit pas à la résurrection des morts ou à la réincarnation. Et que l'histoire a parfois donné raison à des opposants farouches comme <span style="font-weight: bold;">Saadia Gaon</span> ou le <span style="font-weight: bold;">Gaon de Vilna</span>. L'histoire a également prouvé que cela se finissait en général par un éloignement progressif des communautés dissidentes et c'est vraiment tout ce que je ne souhaite pas pour le peuple juif actuel qui, reconnaissons-le, n'a vraiment pas besoin de ça après le cataclysme qu'a constitué la Shoah.</span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />En tant qu'orthodoxe, il y a cependant un problème que je n'occulte pas: comment éviter que l'ultra-orthodoxie de Bné-Brak ne devienne la norme pour tout le peuple juif y compris en France ou dans des sociétés occidentales avec des enjeux très différents que ceux que l'on rencontre à la Yéchiva de Poniowicz ? L'élection du Grand-Rabbin Bernheim est une réponse.<br />La diffusion en France des travaux de la modern-orthodoxy en est une autre.<br />L'implication dans des structures mettant en avant une étude de la Thora authentique, alliée à une questionnement sans tabou et ouvrant des perspectives intellectuelles fortes en est une troisième. </span> <span style="color: rgb(0, 0, 102);"><br /><br />Vaste programme !</span><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-2626955820801013659?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com6tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-23575834919922068422008-07-11T18:55:00.000+02:002008-07-11T18:55:01.177+02:00Balak - Les débuts du communisme...Balak, c'est une Paracha très sympathique. Limite comique.<br /><br />Vous savez, l'histoire du type (<strong>Balaam</strong>) qui a un pouvoir de malédiction reconnu dans toute la galaxie, qui se fait supplier par le grand roi Balak d'aller maudire Israël, qui s'y essaie à plusieurs reprises et qui au lieu de maudire, produit les plus belles paroles qui ont pu être dites sur le peuple juif, juste avant le discours de Nicolas Sarkozy à la Knesset (c'est une boutade, même si le discours était effectivement d'une très belle tenue). Paroles si belles (celles de Balaam) que les Sages de notre tradition en ont même inclus certaines dans l'office quotidien.<br /><span style="FONT-STYLE: italic">"Ma Tovou Ohalekha Yaakov, Mishkenotekha Israël"</span><br /><span style="FONT-STYLE: italic">"Que tes tentes sont belles Yaakov, tes demeures ô Israël !"</span>.<br /><br />Eh bien moi ça me fait plutôt rigoler, surtout quand on imagine la tête du commanditaire qui se fait escroquer 3 fois de suite sur la nature de la prestation.<br />Plus en bonus l'épisode de l'ânesse qui refuse d'avancer et qui se met à parler, c'est presque du Louis de Funès.<br /><br />Mais il y a un passage qui m'a toujours intrigué, c'est le début. Balak envoie une première fois ses messagers pour convaincre Balaam de venir maudire Israël.<br />Il leur dit, restez cette nuit que je vérifie ce que Dieu veut. Dieu lui demande ce qu'il se passe et en bon...Dieu, il refuse que ce prophète de malheur aille maudire son peuple. Jusque là, rien que de très normal.<br />Sauf que Balak décide de revenir à la charge et de renvoyer d'autres personnes. Balaam leur répond pareil (ou presque), vérifie auprès de Dieu et cette fois-ci, Dieu accepte de le laisser partir maudire son peuple.<br /><br />J'ai toujours trouvé ça bizarre. S'il savait pouvoir maîtriser ce que disait Balak, alors qu'il le laisse partir dès la première fois ! Et si la malédiction est en soi mauvaise, pourquoi lui autoriser ensuite ? Et puis, on ne voit pas très bien ce qui a changé entre la première et la deuxième fois pour qu'on assiste à un changement aussi radical.<br /><br />J'ai trouvé une réponse très intéressante et tout à fait cohérente avec le fil conducteur de la Paracha dans une explication du <strong>Rav Frand</strong>, un Rav américain contemporain, maguid chiour (professeur) à la Yéchiva Ner Israël de Baltimore, dont j'apprécie beaucoup les explications.<br /><br />Le Rav Frand analyse les différences qu'il y a entre les deux passages des envoyés de Balak. La deuxième fois, Balak envoie des messagers <span style="FONT-STYLE: italic">"Rabim veNikhbadim meelé"</span>, <span style="FONT-STYLE: italic">"plus nombreux et plus respectés que les premiers"</span>.<br />Bon OK, mais on ne voit pas très bien ce que ça change à part qu'il a envoyé les ministres à la place des secrétaires d'état.<br />Le message de Balak change un peu. Cette fois-ci il veut le "<span style="FONT-STYLE: italic">combler d'honneurs"</span> <span style="FONT-STYLE: italic">"Ki Khaved akhavedekha meod"</span>.<br />Ah, Balak le prend par les sentiments ! Je te ferai venir à l'Elysée, avec toutes les caméras de télévision, etc, etc... Est-ce qu'à l'époque, ça marchait aussi ?<br /><br /><span style="font-family:georgia;">Voyons-voir la réponse de Balaam pour savoir s'il plonge: "</span><br /><br /><em>"Même si Balak me donnait de l'argent et de l'or plein son palais, je ne pourrais contrevenir à l'ordre de l'Éternel mon Dieu, en aucune façon. Et maintenant, veuillez attendre ici, vous aussi, cette nuit, que je sache ce que l'Éternel doit encore me dire."<br /></em><br />Bon apparemment il est inflexible ce Balaam. Mais alors pourquoi Dieu le laisse partir ? Réponse de Dieu: <span style="FONT-STYLE: italic">"Im Likro Lekha Baou Anachim, Koum lekh itam"<br />"Si ces gens sont venus pour te mander, lève-toi et pars avec eux".<br /><br /><span style="FONT-STYLE: italic"><span style="FONT-STYLE: italic"><span style="FONT-STYLE: italic"></span></span></span></span>Mais, la première fois aussi ils sont venus pour le mander ! Qu'est-ce qui change ?!<br /><br />Voyons <strong>Rachi</strong>. Rachi explique qu'il faut comprendre <span style="FONT-STYLE: italic">"Si ces gens sont venus pour </span><span style="FONT-WEIGHT: bold; FONT-STYLE: italic">te payer</span><span style="FONT-STYLE: italic">"<span style="FONT-STYLE: italic"><span style="FONT-STYLE: italic"><span style="FONT-STYLE: italic"></span></span></span>.</span><br /><br />Bon, pourquoi pas<span style="FONT-STYLE: italic">. </span>Et alors, qu'est-ce que ça change qu'il soit payé ?<br /><br />Ca change tout, nous dit le Rav Frand ! Et la réponse de Balaam, il faut la lire avec le petit air de Daniel Prevost dans La Vérité si je mens: <span style="FONT-STYLE: italic">"et au fait, vous n'oubliez pas la petite corbeille de la mariée ! Vous savez, le petit compte à Hong-Kong"</span><br /><span style="FONT-STYLE: italic"><br /></span>Le<span style="FONT-STYLE: italic"><span style="FONT-STYLE: italic"> "Même s'il me donnait de l'argent et de l'or plein son palais", </span></span>si<span style="FONT-STYLE: italic"> </span>on<span style="FONT-STYLE: italic"> </span>imagine la scène, on voit bien l'air un peu cupide de Balaam en train de leur passer un message pas si subliminal que ça: <span style="FONT-STYLE: italic">"les gars, si vous voulez qu'on fasse affaire, il va falloir passer à la caisse." </span><br /><br />Et alors pourquoi est-ce que ça change tout ? Parce qu'entre la première et la deuxième fois, Balaam a changé de démarche.<br />Il est passé d'une approche complètement désinteressée (je maudis Israël parce que je ressens au plus profond de moi-même que c'est ce que je dois faire, même si je n'en retire aucun bénéfice personnel) à un mode beaucoup plus intéressé (je maudis Israël si j'ai accès au respect et à la richesse).<br /><br />La tradition juive connaît bien cette distinction: il est possible de respecter la volonté de Dieu <span style="FONT-STYLE: italic">lichma </span>(de façon désintéressée) comme de le faire <span style="FONT-STYLE: italic">lo lichma </span>(parce que j'ai peur d'une punition divine ou parce que je pense que cela va m'apporter le monde futur ou plus subtilement parce que je pense que respecter Chabbat m'apporte un équilibre personnel).<br /><br />La Thora, et en particulier <strong>Maïmonide</strong>, n'interdit pas d'avoir une démarche <span style="FONT-STYLE: italic">lo lichma</span>, intéressée. Parce que c'est souvent plus simple, plus humain. Mais il est clair que l'objectif à atteindre, c'est le respect des Mitzvot complètement désintéressé. C'est le summum de la sophistication spirituelle, la démarche qui a le plus de valeur mais qui est aussi la plus dangereuse.<br /><br />Dieu le sait. Laisser partir un homme, pourvu de nombreux pouvoirs dans une entreprise désintéressée est un risque majeur à prendre. Car il y a de bonnes chances que cette aventure soit couronnée de succès.<br /><br />Le Rav Frand raconte que le <strong>Rav Schwab</strong> avait l'habitude de donner pour exemple de cette différence fondamentale, la longue épopée du communisme. Au début du XXème siècle, des masses de jeunes juifs fuyaient les yéchivot pour aller embrasser la noble cause du communisme. Leur but était de changer le monde. De le rendre meilleur. Ils étaient désinteressés. C'était une force Lichma. C'est essentiellement pour cette raison qu'elle a été si puissante.<br />Lorsqu'un jeune juif paradait avec les bolcheviks, certains parents et rabbins pleuraient. D'autres reconnaissaient que ce qu'on ne pouvait nier, c'est que ces jeunes étaient aspirés par un idéal plus grand qu'eux. Qu'ils choisissaient leur destin sans prendre en compte leur intérêt personnel. Ce désintéressement, il prouve que tout n'est pas perdu. C'est juste que l'énergie est mal canalisée. Mais c'est beaucoup plus digne de respect pour la tradition juive que certaines situations contemporaines qui ont plutôt tendance à se vautrer dans le confort matériel.<br /><br />Dans un autre registre, le nazisme a aussi été une expérience désintéressée. La preuve ? Alors que l'Allemagne nazie perdait la guerre, qu'elle était exposée sur deux fronts et qu'elle devait absolument allouer des ressources à l'effort de guerre, elle a continué à dépenser une énergie folle pour chasser et déporter les Juifs dans les camps d'extermination. Le désintéressement peut être extrêmement dangereux, mais il est aussi fascinant et révélateur d'une sorte de force divine (on pourrait développer, mais ce n'est pas le propos ici).<br /><br />Bref, quand est-ce que le communisme a perdu ? Lorsque la démarche a changé. Lorsque les idéalistes de la première heure se sont transformés en une nomenklatura avide de privilèges et de confort matériel.<br /><br />De la même façon, Balaam "rompt le charme" au moment où il parle d'argent. Ses intentions ne sont plus aussi purs, son entreprise risque l'échec. Dieu peut alors le laisser partir.<br />Lorsqu'on lit le passage de bout en bout avec cette explication en tête, le texte devient soudain limpide.<br /><br />Mais il nous oblige à nous poser une question vertigineuse qui nous atteint dans notre quotidien le plus intime: est-il encore possible au XXIème siècle, siècle de la société du spectacle et de la consommation, d'opter pour une démarche désinteressée ? Oui quand il s'agit de faire exploser des avions sur des tours. Mais de façon plus positive ?<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-2357583491992206842?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-40179750959700745512008-07-08T20:40:00.000+02:002008-07-08T20:40:31.397+02:00Les 7 jours - Shiva<div><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SHOzCD3vEHI/AAAAAAAAAN0/XiqnDFfhE9A/s1600-h/7+jours.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5220713241032724594" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SHOzCD3vEHI/AAAAAAAAAN0/XiqnDFfhE9A/s400/7+jours.jpg" border="0" /></a> <strong>Les 7 jours</strong> est un film israélien sorti récemment, réalisé par Ronit et Shlomi Elkabetz.<br /><br /><strong>Ronit Elkabetz</strong> est une des plus grandes actrices israéliennes du moment, que l'on a pu notamment voir dans <em>Le Voyage de la fanfare</em> ou encore dans <em>Prendre femme</em> qui est en réalité le premier épisode d'une trilogie annoncée autour du personnage de Viviane, incarné ici encore par Ronit Elkabetz.<br /><br />Le sujet est simple: en 91, pendant la guerre du Golfe, au sein d'une fratrie de 2 soeurs et 6 frères, Maurice, un des frères décède prématurément. Toute la famille fait Shiva, c'est-à-dire qu'elle respecte les règles de deuil imposées par la tradition juive pendant les 7 jours suivant l'enterrement du défunt. Il faut manger par terre, recevoir les invités, ne pas manger de viande, etc, etc.... C'est un moment particulier pendant lequel on est concentré uniquement sur le deuil (certains disent: pour permettre d'avancer ensuite et de retrouver une vie...)<br /><br />Toute la famille vit, mange et dort ensemble pendant 7 jours, dans la maison du frère et de son épouse. Evidemment, la famille inclut les beaux-frères et belles-soeurs, quelques enfants, les amis intimes de la famille, etc... Comme on peut se l'imaginer, ce long huis-clos génère des tensions, de vieilles rancoeurs resurgissent, bref des sentiments humains captés avec beaucoup de talent par les réalisateurs, grandement aidés par le jeu d'acteurs magnifique pour certains. </div><div> </div><div>Outre Ronit Alkabetz, on peut notamment citer <strong>Simon Abkarian</strong>, acteur français que les fans de Cédric Klapisch connaissent bien (<em>Chacun cherche son chat</em>, <em>Ni pour ni contre (bien au contraire)</em>) et que les amateurs d'espionnage ont pu apercevoir dans <em>Casino Royale</em>, le premier James Bond avec Daniel Craig. Mais également la belle <strong>Yaël Abecassis</strong>, mère courage dans <em>Va, Vis et Deviens</em>, ou plus récemment dans <em>Survivre avec les loups</em> de Véra Belmont.<br /><br />Très joli film donc, où on se rend bien compte que les relations entre frères et soeurs ne sont jamais simples, surtout quand les problèmes d'argent, de divorce ou de reconnaissance refont surface avec une acuité explosive.<br /><br />Mais ce qui m'a beaucoup marqué dans ce film, ce sont les langues. La famille concernée, la famille Ohayon (prononcer O-Kh-A-Yone pour respecter l'hébreu) est une famille traditionnaliste qui a encore en commun certains aspects de la communauté marocaine en Israël: ils respectent les règles religieuses de deuil sans trop discuter même si par ailleurs on n'est pas spécialement pratiquant, ils tiennent à l'importance de la cellule familiale et surtout ils parlent en 3 langues.<br />L'hébreu, bien sûr, l'arabe qui sert essentiellement à certaines expressions d'exclamation (LaIster), mais aussi le français, langue parlée dans le film par toute la famille de façon complètement spontanée. Certains personnages parlent en français, se voient répondre en hébreu, puis en français, repassent à l'hébreu avec une petite touche d'arabe, c'est assez troublant, surtout pour un français qui ne s'imagine pas dans l'imaginaire collectif qu'Israël est un pays où de nombreux habitants qui n'ont jamais habité en France ont le français pour langue maternelle et continuent à le parler en famille.<br /><br />Un petit exemple de scène où les langues se mélangent:<br /><br /><br /><br /></div><div><div id="allocine_blog" style="WIDTH: 442px; HEIGHT: 350px"><embed src="http://www.allocine.fr/blogvision/18819524" width="100%" height="100%" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></div></div><div><a style="FONT-SIZE: 10px; FONT-FAMILY: Arial" href="http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=133409.html">Plus d'infos sur ce film</a><br /><br />Dans un autre film, tout à fait différent de <em>Shiva - Les 7 jours</em>, l'usage d'une langue étrangère par un israélien a produit chez moi un choc audiovisuel très intéressant. Ce film, c'est <strong>Tu marcheras sur l'eau</strong> d'Eytan Fox.<br /><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SHOzJyt89EI/AAAAAAAAAN8/m_fuZkZtxh4/s1600-h/Tu+marcheras+sur+l"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5220713373867242562" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SHOzJyt89EI/AAAAAAAAAN8/m_fuZkZtxh4/s400/Tu+marcheras+sur+l%27eau.jpg" border="0" /></a>C'est l'histoire d'un agent du Mossad qui se fait affecter sur une mission un peu spéciale par son supérieur, rescapé de la Shoah et ami de sa famille par ailleurs: il s'agit de retrouver un ancien nazi désormais nonagénaire. L'agent rechigne: même si sa famille a été également durement touchée, il ne voit plus l'intérêt d'y porter de l'attention et préfère largement se consacrer à la lutte contre le terrorisme arabe. Son chef l'y oblige pourtant, d'autant qu'il a un atout unique: il parle allemand couramment puisque c'est sa langue maternelle.<br />Il va donc entrer en contact avec les petits-enfants présumés du nazi, venus en visite en Israël et écouter toutes leurs conversations en allemand.<br />Durant tout le film, on sait qu'il parle allemand, qu'il le comprend puisqu'il écoute des conversations en allemand, mais on ne l'entend jamais parler. </div><div><br />Et puis vers la fin du film, tous les protagonistes se retrouvent en Allemagne et se baladent dans le métro lorsqu'une bande de skinheads les attaquent. Fidèle à ce qu'on imagine d'un agent du Mossad, celui-ci les neutralise en trois coups de cuillère à Krav-Maga. Mais ce qui claque littéralement à ce moment du film c'est que la langue allemande remonte des tréfonds de son histoire et lui fait sortir un grand "Raus" plus une tirade en allemand.<br />Et ce n'est qu'à cet instant du film qu'on réalise que tous les parents et grands-parents de cet homme parlaient allemands, qu'ils étaient sûrement férus de culture allemande et que la langue était un des éléments les plus constitutifs de leur vie. Et que même pour cet agent, le fait d'avoir l'allemand pour langue maternelle est complètement partie prenante de son identité.<br /><br />La renaissance de l'hébreu en Israël est certainement un des plus fabuleux exploits de la Nation juive au XXème siècle. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'est parfois construit sur une négation des langues d'origine: Ben-Gourion a notamment mené une lutte sans merci contre le Yiddish qu'il considérait comme la langue de l'Exil.<br />C'est pourtant cette diversité de langues et donc de structures de pensée qui a en partie produit la richesse du peuple juif. Cette richesse linguistique se perpétue en Israël, il faut juste quelques films de temps en temps pour nous le rappeler...<br /><br />PS: en même temps que je rédigeais ce billet, j'ai notamment appris qu'Israël était une plateforme internationale pour le doublage des films du fait du grand nombre de langues parlées dans ce pays technologiquement avancé. Qui l'eût cru ? </div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-4017975095970074551?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-63246358654167031732008-06-29T02:04:00.002+02:002008-06-29T18:33:28.556+02:00Cahiers d'Etude Lévinassiennes n°6 - L'UniverselLes <a href="http://www.levinas.fr/cahiers/cahiers.asp"><strong>Cahiers d'Etude Lévinassiennes</strong> </a>sont la publication officielle issue de l'Institut d'Etudes Lévinassiennes, créé en 2000 par Benny Lévy, Bernard-Henry Lévy et Alain Finkielkraut.<br /><br /><br /><a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3IZTUBI/AAAAAAAAANU/eltNqyZp6e4/s1600-h/CEL+Universel.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5217084664897032210" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" height="280" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3IZTUBI/AAAAAAAAANU/eltNqyZp6e4/s320/CEL+Universel.jpg" width="261" border="0" /></a>Bizarrement, cette publication d'excellente qualité, tant en terme de forme (mise en page, papier,...) que de contenu, ne semble pas recevoir un écho à la hauteur de ce qu'elle produit.<br /><br />Pourtant, ceux qui se plaignent de ne plus retrouver aujourd'hui de pensée juive du calibre de ce qu'on avait coutume d'appeler <em>"l'Ecole de Paris"</em> dans les années 60-70, avec notamment Lévinas et Manitou, devraient se plonger dans les articles des CEL.<br /><br />En plus de noms célèbres et médiatiques comme <strong>BHL, Alain Finkielkraut</strong> ou <strong>Jean-Claude Milner</strong>, on y trouve des auteurs plus jeunes, moins connus mais absolument pas moins audacieux. La preuve dans ce n°6 dédié à un thème ô combien intéressant: <strong>l'Universel</strong>.<br /><br /><br />Une fois n'est pas coutume, c'est Jean-Claude Milner qui en parle le mieux. Il explique que sa réflexion sur l'Universel a été transformé lorsque Benny Lévy lui rapporta une réflexion faite par un compagnon d'étude lors d'un journée de Yéchiva classique: <em>"d'où vient que l'universel jouisse de tant de prestige chez les philosophes ?"</em><br /><br />Milner, dans un premier temps, valide la question: <em>"La question vaut effectivement la peine d'être posée. Si, comme il semble, l'universel est une notion équivoque, si, même, on est en droit d'y déceler obscurité et confusion, d'où vient qu'elle passe, dans l'ordre logique, pour un support spécialement élu de la clarté et de la distinction ?"</em><br /><br /><br />En effet, Milner remarque que dans toute discussion philosophique, l'intervenant qui arrive à dégainer le premier l'argument massue de l'universel a gagné la partie par KO: <em>"Si on sait l'employer à bon escient, alors la discussion se clôt et celui qui a brandi le mot d'universel l'a emporté. En retour, celui qui manque à l'universel est réputé coupable. Il a fauté contre la raison, contre la morale, contre la bonne politique."</em><br /><br /><br />Milner poursuite par un condensé d'histoire de la notion à travers la philosophie grecque puis chrétienne pour montrer la complexité de ce terme et la facilité avec laquelle il est possible de le tranformer en une arme de type café du commerce à la portée de tout demi-habile qui s'imagine alors être le digne descendant d'Aristote.<br /><br />Le développement que Milner entreprend ensuite, c'est une tentative de poursuivre sa discussion avortée avec Benny Lévy sur ce thème de l'universel. En prenant appui sur leur expérience politique pendant les années 60-70, Milner explicite la différence entre la priorité donnée à l'intense sur le nombreux, malheureusement oubliée dans la plupart des révolutions politiques du XXème siècle. Intense vs Nombreux, la comparaison fait clairement allusion au nom juif, qui a joué et qui joue toujours un rôle fondamental dans la perception juste de cette notion difficile qu'est l'universel.<br /><br />Les interventions habituelles de Bernard Henry-Lévy et d'Alain Finkielkraut sont de très bonne tenue également. Je ne vais pas en faire un résumé extensif, mais je voudrais simplement souligner un point qui m'apparaît significatif: <strong>BHL prend acte de la publication d'<u>Etre juif</u> par Benny Lévy</strong>. C'est-à-dire qu'il prend au sérieux un fait majeur inauguré par ce livre: les Lectures talmudiques de Lévinas ne sont plus prises pour parole d'Evangile.<br /><br /><br />Pendant longtemps, Lévinas est apparu dans le champ intellectuel juif comme celui qui le mieux pouvait traduire en langue occidentale les joutes de la Michna et de la Guemara, celui à même de leur donner un sens qui parle à un français de la seconde moitié du XXème siècle.<br /><br />Il faut dire que la critique ne pouvait pas venir facilement. Pour une raison simple: pour porter une opposition, ou a minima émettre un regard critique sur les travaux spécifiquement juifs de Lévinas, il fallait:<br /><br />1) avoir un cerveau bien structuré et d'une capacité d'analyse puissante<br />2) une maîtrise de la langue et des enjeux de la pensée occidentale<br />3) une maîtrise de l'étude du Talmud<br /><br /><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3gNf90I/AAAAAAAAANs/ucoUamJalu0/s1600-h/Levinas.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5217084671289980738" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3gNf90I/AAAAAAAAANs/ucoUamJalu0/s320/Levinas.jpg" border="0" /></a> Les yéchivot classiques disposaient du critère 3), pouvaient trouver des personnes digne du 1), mais n'avaient pas de fenêtre spécifiquement ouverte sur la culture occidentale et n'avaient pas forcément envie de traiter un sujet qui leur paraissait complètement étranger aux buts qu'ils poursuivaient (l'étude de la Thora désintéressée).<br /><br />Les "intellectuels juifs parisiens" qui pendant les années 70/80/90 ont commencé à s'intéresser à la tradition juive ont pu aborder le texte biblique et midrachique à partir de traductions et de rudiments d'hébreu. Mais le Talmud c'est autre chose. La barrière technique est autrement plus compliquée à franchir. La langue est spéciale (l'araméen) et même avec une excellente traduction, on ne peut même pas toucher du doigt ce modèle très spécifique de dialectique et de concision argumentative.<br /><br /><br /><br /><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3b5RdoI/AAAAAAAAANc/mKJPHakMUwQ/s1600-h/Benny+Levy.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5217084670131402370" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3b5RdoI/AAAAAAAAANc/mKJPHakMUwQ/s320/Benny+Levy.gif" border="0" /></a>Benny Lévy, dispose des 3 qualités mentionnés ci-avant. Les deux premières, on le savait depuis son passage à Normale Sup. La troisième a été acquise durement (d'après lui) dans des Yéchivot strasbourgeoises puis israélienne. Alors donc, il est en mesure de se mesurer aux Lectures talmudiques de Lévinas, monument de la pensée juive de l'après-guerre.<br /><br /><br />Je m'explique: dans ce dernier livre, Benny Lévy opère un mouvement risqué mais majeur. Le sous-titre du livre est <em>"Etude lévinassienne"</em>. Mais c'est tout sauf une oeuvre apologétique. Au contraire, Benny Lévy s'attaque à ce qu'il y a de plus "idôlatré" chez Lévinas, et j'emploie le mot à dessein: son oeuvre typiquement juive. Il l'attaque durement, en pointant les paradoxes, rééls, existant dans l'oeuvre de Lévinas: <em>"La pensée du Retour est allergique à toute conversion philosophique. La pensée du Retour n'est pas une traduction de la Bible en grec. Lévinas a favorisé ce malentendu: il lui arriva même de dire qu'il faut poursuivre l'oeuvre de la Septante, imposée selon la Tradition par l'exil grec !"</em><br /><br /><br /><br /><br /><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3sVorII/AAAAAAAAANk/1GWo1uH3SQo/s1600-h/BHL.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5217084674545331330" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SGbO3sVorII/AAAAAAAAANk/1GWo1uH3SQo/s320/BHL.gif" border="0" /></a>Tout cela, BHL en prend acte et "s'y colle": <em>"C'est vrai qu'il y a un problème. C'est vrai qu'à force de répéter que l'élection n'est pas un privilège, qu'elle n'est pas un orgueil, qu'elle est un surcroît de devoir et de responsabilité mais pas un droit, à force de dire qu'il suffit, pour porter le nom de Juif, de respecter quelques prescriptions simples, on aboutit à une définition pauvre du judaïsme." (...) "Ensuite, il est vrai qu'il y a des textes dans Difficile Liberté qui vont dans ce sens et qu'on ne peut pas lire sans un réel malaise. (...) Le malaise que devaient ressentir les disciples les plus lucides de Moses Mendelssohn quand il leur disait que le judaïsme, c'était la modernité, le libre examen, la liberté de l'esprit. Ou le malaise, encore, qu'ont dû éprouver les interlocuteurs de ces grands Juifs français, des ces Israélites français dont il m'est arrivé de dire à Benny Lévy que leurs positions ne manquaient pas d'allure mais dont il est impossible de ne pas admettre aussi qu'elles rendaient le judaïsme inutile, indolore, incolore, qu'elles réduisaient le message prophétique à être un succédané du message de la Révolution française. (...) Bref il y a des textes d'Emmanuel Lévinas qui laissent entendre ce son là."</em><br /><br /><br />BHL répond à sa propre objection. Il admet que Lévinas, tout en conjurant cette interprétation dans ses textes, prend un risque lorsqu'il laisse croire que le judaïsme peut parfois se réduire à un humanisme plat et dénué d'aspérités. Mais il défend Lévinas jusqu'au bout avec, il faut le reconnaître, un certain panache.<br /><br /><br />Mais la jeunesse arrive ! Et la "Re-lecture Talmudique" de Jérôme Benarroch ne manque pas d'audace dans sa critique de Lévinas. En reprenant la Lecture Talmudique "Et Dieu créa la femme", le jeune agrégé de Lettres et bon connaisseur des textes talmudiques reprend le cheminement intellectuel de l'interprétation de Lévinas en le soumettant à un examen serré.<br /><br />Si l'on reprend brièvement la lecture de Lévinas, celui-ci expose 3 thèses, rappelées de manière détaillée par Benarroch:<br /><br /><em>- l'égalité de valeur entre l'homme et la femme, </em><br /><br /><em>- le caractère secondaire et infrahumain de la différence sexuelle</em><br /><br /><em>- la nécessité de la hiérarchie sexuelle ou de la dépendance pour asseoir une relation stable entre l'homme et la femme à un niveau proprement humain, celui de la relation entre esprits. </em><br /><br /><br />Jérôme Benarroch lui objecte alors plusieurs choses, toutes argumentées et pertinentes:<br /><br />- pourquoi une telle distance de Lévinas envers le désir érotique ? Ne s'agit-il pas d'un phénomène fondamental dans la compréhension de la différence sexuelle, bien plus complexe qu'une simple pulsion issue du monde animal ?<br /><br />- comment justifier qu'une dépendance puisse garantir une relation stable ? La révolte régulière des dominés nous prouve le contraire.<br /><br />- La Guemara parle de la création de la femme, faite à partir d'un <em>"côté de l'homme</em>". Le Talmud discute de savoir ce qu'est exactement ce côté. Un avis pense qu'il s'agit d'un visage. Un autre pense qu'il s'agit d'une queue. A propos de ce dernier avis, Lévinas propose d'entendre que "<em>la queue n'est qu'un appendice corporel, une articulation mineure de l'homme"</em><br /><br />Sauf que la queue, chez un homme, ça peut vouloir dire autre chose....Jérôme Bénarroch n'hésite pas: <em>"on doit au minimum prendre en compte l'aspect choquant et provocateur de la proposition, sans réduire l'image à une "articulation mineure de l'humain", ce qui est certes bien-pensant mais apparaît comme le refoulement de ce qui apparaît comme le sujet même du motif.</em><br /><br /><br />Benarroch part de ce dernier point pour proposer une Re-lecture talmudique, essayant de répondre aux objections ci-dessus ainsi qu'aux nombreuses autres, afin de déployer une pensée innovante et non-évidente de la relation entre l'homme et la femme, extrêmement rafraîchissante et satisfaisante d'un point de vue talmudique et intellectuelle, en ces temps de privation du droit des femmes dans certaines contrées, mais aussi de développement des <em>Gender studies </em>dans le monde occidental visant objectivement à supprimer la différence ontologique entre l'homme et la femme qui permettent ensuite de proposer des schémas idéologiques d'organisation de la société tout à fait explosifs.<br /><br /><br />Bref, la critique de Lévinas n'en est qu'à ses débuts et étonnamment, elle produit des résultats extrêmement encourageants. Il n'est certes pas agréable pour un lévinassien historique de s'entendre dire que son maître à penser est bien-pensant, prude, christianisant sur le sujet sexuel et peu attentionné aux aspects pratiques et halakhiques des textes qu'il convoque, mais c'est le prix à payer pour que la pensée en général et la pensée juive en particulier puisse évoluer et proposer de nouvelles pistes aux lecteurs de cette oeuvre monumentale qu'est le Talmud.<br /><br /><br />Il y a encore d'excellentes choses dans ce recueil, notamment une interview splendide <strong>d'Henri Atlan</strong> sur son rapport à Lévinas, qu'il a bien connu lorqu'il étudiait à l'Ecole d'Orsay (Spinoza, la Kabbale, sa personnalité,...), un article fort intéressant de <strong>Rony Klein</strong>, jeune universitaire, sur les figures de l'anarchiste, du réactionnaire et du Juif (quoique moins percutant que celui de Jérôme Benarroch) et encore beaucoup de perles textuelles.<br /><br /><br />Une dernière mention pour le texte de <strong>René Lévy</strong> sur Paul de Tarse, qui convoque des textes talmudiques qu'on n'a pas l'habitude de croiser dans les anthologies talmudiques pour "bien-pensants", mais qui, ceci expliquant sûrement cela, nous explosent à la figure parce qu'ils touchent peut-être à ce qu'il y a de plus intime pour un Juif pratiquant. Ce texte m'a tellement marqué que j'en ferai certainement une recension spécifique.<br /><br /><br />En tous cas, il existe un endroit où il est encore possible de trouver des développements de pensée en langue française qui renouent avec l'interprétation des textes juifs dans ce qu'ils ont de plus authentiques, mais aussi de plus enrichissants.<br /><br /><br />Bonne nouvelle.<br /><br />Nota: le n°7 sur le thème du Mal est sorti depuis Avril 2008, dans toutes les bonnes librairies ou sur <a href="http://www.amazon.fr/Cahiers-dEtudes-Lévinassiennes-N°-mal/dp/2864325349/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1214697806&amp;sr=8-1">Amazon</a><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-6324635865416703173?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com3tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-84583405560115957552008-06-19T23:54:00.000+02:002008-06-19T23:54:21.951+02:00Le système halakhique du Rav Ovadia YossefAprès avoir <a href="http://lemondejuif.blogspot.com/2007/02/qui-est-vraiment-rav-ovadia-yossef-i.html">abordé la place importante</a> qu'occupe le <strong>Rav Ovadia Yossef</strong> dans la société israélienne et disaporique, il nous apparaît fondamental de creuser en quoi la halakha telle que prise en charge par le Rav Ovadia Yossef est d'une dimension que l'on pourrait qualifier sans emphase de "révolutionnaire".<br /><br />Pour cela, une des sources les plus pertinentes est la thèse de doctorat qu'a produite <strong>Binyamin Lau</strong> et qui a été publiée en 2005 sous forme d'un livre extrêmement intéressant: <em>Mi-Maran ad Maran: Mishnato ha-Hilkhatit shel haRav Ovadia Yosef (De notre Maître à notre Maître, l'enseignement halakhique du Rav Ovadia Yossef).</em><br /><br />Livre qui a été analysé et revu par le <strong>Pr. Marc Shapiro</strong> dans un article que nous avons déjà évoqué dans le post précédent.<br /><br /><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SFrRWK0laZI/AAAAAAAAAM0/cMAPCgVtg68/s1600-h/Rav+Ovadia+Yosef+-+portrait.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5213709697427007890" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 241px; CURSOR: hand; HEIGHT: 293px" height="288" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SFrRWK0laZI/AAAAAAAAAM0/cMAPCgVtg68/s320/Rav%2BOvadia%2BYosef%2B-%2Bportrait.jpg" width="227" border="0" /></a>Comme Marc Shapiro, Lau établit un parallèle entre Rabbi Yossef Karo, auteur du Choulkhan Aroukh et surnommé "Maran" (Notre Maître) par les habitués des maisons d'étude. C'est un fait, quand on utilise un substantif générique pour désigner une personne en particulier, ça en devient une formidable marque d'honneur et de respect.<br /><br /><br />- Le Professeur en Formule 1, c'est Alain Prost<br />- Si en Football on vous dit "Le Joueur", votre choix ne se retreint qu'à Pelé ou Maradona<br />- Lehavdil (dans un autre contexte), le Rabbi est pour un majorité de Juifs, Menahem Mendel Schneerson, le Rabbi de Loubavitch<br />- Quand on dit "le Rav", là ça devient plus complexe, mais en gros, chez les sionistes-religieux tout le monde comprend qu'on parle du <strong>Rav Kook</strong>; chez les modern-orthodox, tout le monde comprend qu'on parle du <strong>Rav J.D. Soloveïtchik</strong>.<br /><br />Bref, appeler donc le Rav Ovadia Yossef "Maran", c'est très osé, mais ce qui est encore plus remarquable c'est que ça ne choque personne, preuve que la comparaison est soutenable.<br /><br />Qu'est-ce qui justifie du point de vue du système halakhique que Rav Ovadia Yossef soit ainsi considéré ? Une phrase du Pr. Shapiro permet une bonne entrée en matière (traduction de l'anglais fait par mes soins, désolé pour les éventuels problèmes):<br /><br /><em>"Si l'on raisonne sur le long-terme, il n'y a aucun doute à avoir sur le fait que R. Ovadia Yossef est la plus importante figure séfarade depuis R. Joseph Karo, et il est tout à fait légitime de clamer que "de Yosef (Karo) à Yosef (Ovadia), il ne s'en est pas levé comme Yosef". Contrairement à d'autres Guedolim qui ont été ses contemporains et qui étaient de véritables géants en leur temps, comme R. Moché Feinstein and R. Shlomo Zalman Auerbach, R.Ovadia n'est pas un géant uniquement pour sa génération, du fait de la modification profonde du cours de l'histoire de la Thora, tant d'un point de vue sociologique que religieux, que son oeuvre a provoquée"</em><br /><br />Rentrons maintenant dans les spécificités du système halakhique du Rav Ovadia.<br /><br /><br /><u><strong>La tendance à la Koula</strong></u><br /><br /><br />Une des grandes tendances modernes (disons depuis 3 siècles) de la Halakha, certainement en partie liée à l'émancipation des Juifs, est le recours ininterrompu à la <em>Houmra</em>, c'est à dire à la rigueur en matière de halakha. Cela revient en pratique à privilégier l'option stricte par rapport à une option plus permissive mais qui rentre malgré tout dans les critères de la stricte halakha.<br /><br />Un des exemples de cette tendance est l'histoire du <strong>Chmirat Chabbat keHilkhata</strong>. Ce magnifique ouvrage du <strong>Rav Neuwirth</strong> sur les halakhot de chabbat a d'abord été publié dans une première édition. Très équilibré, très clair, il s'agissait d'un ouvrage de référence sur le sujet.<br /><br />Or, certaines décisions rapportées par le Rav Neuwirth sont apparus à certains comme excessivement permissives. La pression des milieux orthodoxes étant ce qu'elle est en Israël, une deuxième édition a été publiée où de nombreuses modifications ont été apportées, essentiellement pour demander "d'éviter" ce qui était "permis" dans la première édition.<br /><br />Ne pas aller selon l'opinion la plus rigoureuse est malheureusement souvent considéré comme la preuve d'un laxisme auquel il est impossible de se fier.<br /><br />Pour sortir de cette situation, il faut remplir deux conditions:<br />- être un génie de la halakha de façon à ne pas pouvoir être pris en défaut sur l'analyse pure<br />- être imperméable aux critiques du milieu harédi<br /><br />Le Rav Ovadia Yossef répond brillament à ces deux conditions. D'abord, comme on l'a déjà expliqué, il s'est souvent positionné en opposition au monde harédi ashkénaze. Etre en désaccord avec eux sur des points de halakha ne lui pose donc pas plus de problème que cela. Et puis c'est donc un expert de la halakha dont la caractéristique principale est d'avoir une mémoire photographique et de ne jamais omettre un quelconque avis, même celui d'un vague décisionnaire turc du moyen-âge.<br /><br />Quelques exemples de décisions "coulantes" célèbres:<br /><br />- La gélatine, comme chacun le pense, n'est pas casher. Et en cela, la croyance populaire suit les décisions du <strong>Rav Aharon Kotler</strong>, du <strong>Rav Moché Feinstein</strong> et de l'ensemble de la communauté orthodoxe américaine. Le Rav Ovadia Yossef <em>(Yabia Omer, vol.8, Yoré Dea n°11)</em> tranche que la gélatine est casher, y compris celle qui provient du porc ! (En cela, il ne fait en fait que suivre un Rachi ultra-célèbre, mais il s'agit tout de même d'une révolution).<br /><br />- Il autorise, sous certaines conditions, l'utilisation d'un seul lave-vaisselle pour le lait et la viande <em>(Yabia Omer, vol.10, Yoré Dea n°4)</em>. Alors qu'il suffit de se promener sur Techouvot.com pour constater que les rabbanim de ce site l'interdisent formellement.<br /><br />- Quelque chose d'inimaginable en France ou aux Etats-Unis: donner une hashgaha (surveillance rabbinique) à un restaurant qui servirait de la viande (casher bien sûr...) et proposerait des desserts lactés ! Le Rav Ovadia l'autorise <em>(Yabia Omer, vol.4, Yoré Dea n°7)</em>. L'idée étant de limiter au maximum certaines transgressions encore plus graves de casherout: si ce restaurant n'avait pas hasgaha, il pourrait en effet aller jusqu'à proposer de la viande non-casher...<br /><br /><br />- Le Rav Ovadia est un des rares décisionnaires à autoriser voire à encourager les fêtes de Bat-Mitzva, sans se préoccuper de savoir si cela serait considéré comme une compromission envers certaines idées issus du "reformed judaism"<br /><br /><br /><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SFrReMFmeYI/AAAAAAAAAM8/BBRmWNLvN-Y/s1600-h/Yalkut+Yosef.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5213709835205769602" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SFrReMFmeYI/AAAAAAAAAM8/BBRmWNLvN-Y/s320/Yalkut+Yosef.jpg" border="0" /></a>- A de très nombreuses reprises, le Rav Ovadia Yossef s'oppose à certains "psakim" fondés sur l'idée que "afin de ne pas risquer que XXX, alors on interdit YYY". Par exemple, certains décisionnaires comme le <strong>Rav Halévi</strong> (ancien grand-rabbin de Tel-Aviv) ont interdit de porter Chabbat des montres électroniques, de peur qu'on en vienne à tripoter les boutons et à effectuer une action interdite.<br /><br />Le Rav Ovadia Yossef s'oppose donc à cette conception et indique qu'une action, si elle est en elle-même autorisée (porter une montre chabbat) ne doit pas être interdite à cause d'un éventuel risque de transgression ultérieure. Le "droit" d'utiliser ce concept, selon le Rav Ovadia, étant réservé aux sages du Talmud et plus du tout aux décisionnaires ultérieurs <em>(Yehavé Daat, 2:49)</em><br /><br />Comme chacun sait, il y a bien évidemment une exception qui confirme la règle. Concernant le Rav Ovadia Yossef, l'exception la plus connue est certainement son avis concernant les perruques pour les femmes mariées: il les interdit et n'autorise que le foulard.<br /><br /><br /><u><strong>La suprématie du Choulhan Aroukh:</strong></u><br /><br />Une autre des spécificités du système halakhique du Rav Yossef et peut-être plus polémique encore que la première, c'est l'importance majeure qu'il accorde au Choulhan Aroukh, écrit par <strong>Rabbi Yossef Karo</strong> au 16ème siècle.<br /><br />Entendons-nous bien: le Choulhan Aroukh est un monument de l'histoire juive au point qu'il sert de repère epistémologique dans la catégorisation des décisionnaires. Ceux qui ont écrit avant le Choulhan Aroukh sont appelés les <em>Richonim</em> (Les premiers). Ceux qui ont écrit après sont appelés les <em>Akharonim</em> (Les derniers). Cet ouvrage a donc bien une place centrale dans la fixation de la halakha.<br /><br />Mais de tous temps, et à commencer par le polonais <strong>Rabbi Moché Isserles (le Rama)</strong>, les traditions locales ont toujours prévalu. Et lorsqu'une halakha était pratiquée depuis des centaines d'années dans un pays donné, l'avis du Choulkhan Aroulh s'il était opposé, n'était pas toujours suivi.<br /><br />C'est une question majeure pour la fixation de la halakha: contrairement à ce que l'on peut croire, la halakha n'est pas un système juridique absolu, fondé sur des déductions logiques et rationnelles. En tous cas, ce n'est pas que cela. C'est aussi un mode de vie qui prend en compte la <em>"Massora",</em> c'est à dire la chaîne de la transmission d'un maître à son élève, d'un père à son fils, dans un village, une ville ou un pays.<br /><br />C'est pourquoi par exemple, les juifs yéménites suivent jusqu'à aujourd'hui les décisions halakhiques de <strong>Maïmonide</strong>. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas été en contact après Maïmonide avec les décisionnaires ultérieurs, notamment le Choulkhan Aroukh et que de génération en génération, ce sont les gloses de Maïmonide qui font force de loi chez ces juifs là. C'est parfois étrange: poser de l'eau, qui a bouilli mais qui a ensuite refroidi, sur une plaque chauffante pendant Chabbat est strictement interdit pour tous les Juifs de la planète. Sauf pour les Juifs yéménites, qui suivent l'avis du Rambam, qui lui autorise.<br /><br />En cela, même les plus stricts pratiquants de la Halakha reconnaissent que la pratique yéménite est complètement conforme à la pratique de la Halakha: du moment qu'ils se basent sur un décisionnaire prestigieux et qu'il s'agit d'une tradition millénaire, on est bien dans l'essence même de la pratique des Mitzvots.<br /><br /><br /><p>Pour en revenir au Rav Ovadia Yossef, cette volonté de donner systématiquement le primat au Choulkhan Aroukh est d'une certaine façon révolutionnaire, mais pour certains dans le mauvais sens du terme, puisque cela conduit à annuler parfois des traditions halakhiques centenaires.<br /></p><br /><br /><p>Un exemple parmi d'autres. Dans de nombreuses communautés d'Afrique du Nord, les femmes allument les bougies de Chabbat de la manière suivante: elles allument d'abord les bougies, puis mettent leur main sur les yeux en récitant la <em>beracha "Acher Kidechanou Bemitsvotav veTsivanou lehadlik ner chel Chabbat". </em>Il s'agit d'un avis connu du <strong>Rama</strong> qui utilise cette pratique afin de pouvoir allumer des bougies avant que chabbat ne rentre, étant entendu que c'est la Bénédiction qui fait rentrer chabbat et donc l'interdiction d'allumer du feu.</p><p>Cette pratique est contraire à l'avis donné par le Choulhan Aroukh qui indique que, comme pour tout acte qui nécessite une bénédiction, celle-ci doit précéder l'action. De la même façon qu'on fait une bénédiction avant de manger un fruit, on doit aussi réciter celle-ci avant d'allumer les bougies. Le Rav Ovadia Yossef écarte brillamment le problème de savoir si on peut allumer alors qu'on a déjà fait rentrer Chabbat, mais il va clairement à l'encontre de pratiques ancestrales auxquelles les communautés sont pourtant très attachées, y compris celles de son propre pays d'origine: l'Irak.</p><p>Autre exemple: le Rav Ovadia Yossef interdit formellement à une femme de réciter une bénédiction sur une Mitzva <em>shehazeman grama</em> (qui dépend du temps). Par exemple, réciter la bénédiction du Loulav et des 4 espèces pendant Soukkot n'est pas une obligation pour les femmes dans la mesure où cette Mitzva dépend du temps. Elles n'y sont pas obligées, c'est un fait. Mais peuvent-elles quand même réciter la bénédiction si le coeur leur en dit ?<br />Dans de nombreuses contrées séfarades, l'usage était effectivement que les femmes puissent réciter la bénédiction sur le Loulav. Rav Ovadia Yossef réfute cette tradition historique et indique même qu'il s'agit d'un cas de <em>Beracha levatala</em> (prononcer le nom de Dieu en vain).</p><p>Ca c'est le fond. Sur la forme, le réseau de distribution du Rav Ovadia Yossef et de son "équipe" (comme l'appelle Marc Shapiro) est extraordinaire: publication de sidourim incluant les décisions du Rav, rédaction par son fils de plusieurs volumes équivalant à un nouveau Choulkhan Aroukh incluant les principales décisions du Rav Ovadia Yossef, etc, etc...<br />D'où la pénétration très importante des options prises par le Rav Ovadia dans la vie quotidienne de centaines de milliers de juifs de par le monde.<br />D'où aussi, une certaine résistance qui commence à s'organiser dans les milieux traditionnels d'Afrique du Nord. Le <strong>Rav Shalom Messas</strong>, ancien Grand-Rabbin de Jérusalem et pèr<a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SFrSTNMbPxI/AAAAAAAAANM/RVQgiz0QYuw/s1600-h/mashash.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5213710746035896082" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SFrSTNMbPxI/AAAAAAAAANM/RVQgiz0QYuw/s320/mashash.jpg" border="0" /></a>e de l'actuel Grand-Rabbin de Paris, a longtemps représenté le pôle de resistance principal des traditions marocaines: dans plusieurs de ses ouvrages, dont le célèbre <strong>Chemech ou Maguen</strong>, le Rav Messas insiste sur le fait qu'un marocain devait continuer à suivre les traditions marocaines reçues de ses parents et de ses maîtres, même si sa vie devait se poursuivre en terre d'Israël. Et bien entendu, dans de nombreux cas, on parle de Halakhot sur lesquelles le Rav Ovadia Yossef a tranché de façon différente...<br />Pour la Tunisie, a été publié récemment un ouvrage extrêmement sérieux et bien documenté sur les halakhot propres au judaïsme tunisien. Le <strong>Alei Hadas</strong>, du <strong>Rav David Settbon</strong>, publié d'abord en hébreu, puis traduit en français, recense l'ensemble des coutumes et halakhot spécifiques au monde tunisien en faisant bien attention de toujours s'appuyer sur des sources écrites ou des transmissions orales détaillées faites par les principaux sages tunisiens actuels (comme le <strong>Rav Mazouz</strong> par exemple).<br />On retrouve par exemple dans le Alei Hadas qu'en effet les juives tunisiennes ont toujours eu l'habitude d'allumer les bougies de chabbat avant de faire la bénédiction. Ou encore, que les juifs tunisiens ont le droit de se couper les cheveux le jour même de Lag Baomer, contrairement à d'autres avis dominants qui pensent qu'on ne peut le faire que le lendemain.</p><p><br />Bref, on sent bien par ces vives réactions que l'oeuvre du Rav Ovadia Yossef a créé un tremblement de terre sociologique dans la pratique intime du judaïsme de nombreux juifs.<br /></p><p><strong><u>Les critiques</u></strong></p><p>Outre les points abordés ci-dessus, il existe un sujet qui n'a pas été abordé par Binyamin Lau dans sa thèse, mais qui est soulevé avec plus d'acuité par le Pr Marc Shapiro.<br />En deux mots, sa critique sur le système halakhique porte sur<strong> l'absence de cohérence globale</strong> du système halakhique du Rav Ovadia Yossef.<br />Ce qui semble étrange puisqu'on vient de dire que ce qui caractérise le Rav Ovadia Yossef, c'est sa référence systématique au Choulkhan Aroukh, ce qui, à défaut d'être brillant est en tous cas cohérent et, on l'a vu, révolutionnaire.<br />Or, le Rav Ovadia Yossef, malgré ses constantes proclamations d'attachement au Choulkhan Aroukh, fait parfois des exceptions qui se révèlent finalement assez nombreuses et édifiantes. </p><p>Parmi celles-ci:<br />- le Rav Ovadia Yossef autorise de manger au restaurant un plat cuisiné par un non-juif mais dont le feu a été allumé par un juif. Le Choulkhan Aroukh demande des conditions supplémentaires (qui en passant ne sont absolument pas respectées dans la quasi-totalité des restaurants casher français, qui se basent volontiers sur la décision du Rav Ovadia)</p><p>- Il indique que le Hazan doit prononcer le mot "Yevarekhekha" afin que les Cohanim répètent ce mot, alors que l'usage indiqué par le Choulkhan Aroukh veut que ce soit les Cohanim qui commencent par ce mot, alors que le premier mot du Hazan est le nom de Dieu qui lui succède<br />De très nombreuses exceptions sont relevées dans l'oeuvre du Rav Ovadia Yossef, mais le plus perturbant, c'est qu'il ne donne pas d'explications à ces écarts. De manière plus générale, la façon de procéder du Rav Ovadia Yossef dans ses psakim est d'accumuler d'une façon inimaginable les sources et les décisionnaires intervenant sur un sujet donné, pour ensuite terminer par un Psak mais dont on ne saisit pas toujours les tenants et les aboutissants en matière d'articulation logique.<br />Marc Shapiro va plus loin en expliquant qu'à son avis, la capacité mémorielle de Rav Ovadia Yossef, si stupéfiante qu'elle soit, ne remplacera jamais pour un "lituanien" la capacité analytique permettant de faire faire parfois à un sujet un saut conceptuel qui nous obligerait à changer de perspective.<br />Comme Einstein a pu le faire à propos de la gravité, Shapiro pense que des figures telles que le Rav Soloveitchik ou le Rav Kotler possèdent ce type de capacités intellectuelles si fondamentales dans le monde des grands noms des sciences humaines ou exactes. Alors que le Rav Ovadia Yossef joue dans une catégorie toute autre.<br /></p><p>Entre le phénomène technique (de par sa ressemblance avec un ordinateur capable d'ingurgiter et de restituer une immense somme de connaissances) et le polémiste politique (j'ai entendu un jour un maître expliquer que par certains côtés, le Rav Ovadia Yossef avait parfois des Psakim "politiques"), il s'agit dans tous les cas d'une figure très spécifique du monde juif actuel, finalement assez attachante.Et comme on l'a dit, dont les travaux halakhiques auront des répercussions pour encore longtemps. Sa position très contestée sur la possibilité de rendre des territoires en échange d'une paix sérieuse resurgira certainement dans quelques années et, qui sait, pourrait être une des clés principales permettant d'aboutir à un règlement définitif du conflit actuel. </p><p>Après avoir rendu sa "fierté" aux séfarades, il pourrait simplement offrir la paix au peuple juif, qui sait...</p><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-8458340556011595755?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com5tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-39997149367142925882008-05-26T17:50:00.000+02:002008-05-28T17:57:05.089+02:00L'élection du Grand Rabbin de France - Etat des lieuxLe 22 juin prochain aura lieu l'élection du Grand-Rabbin de France.<br /><br />Deux prétendants qui se sont déjà opposés en 1994. A ma gauche <strong>Joseph Haïm Sitruk</strong>, titulaire du poste sortant, déjà 3 mandats de 7 ans à son actif puisqu'il a accédé à la fonction en 1987. A ma droite <strong>Gilles Bernheim</strong>, déjà candidat en 1994, mais plus que décidé à mener une campagne active avec le soutien de plusieurs personnalités de la communauté.<br /><br /><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD16atyH1ZI/AAAAAAAAAL8/xETZkGUClxw/s1600-h/Joseph+Sitruk.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205451343695173010" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" height="221" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD16atyH1ZI/AAAAAAAAAL8/xETZkGUClxw/s320/Joseph+Sitruk.jpg" width="196" border="0" /></a><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD16bNyH1aI/AAAAAAAAAME/TzWFsHTSpHo/s1600-h/Gilles+Bernheim.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205451352285107618" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD16bNyH1aI/AAAAAAAAAME/TzWFsHTSpHo/s320/Gilles+Bernheim.jpg" border="0" /></a>En réalité, cette élection est bien plus qu'une opposition entre deux rabbins. C'est une vision complètement différente du judaïsme français et de la communauté juive de France qui est en jeu. Ce billet se veut une contribution modeste visant à éclairer un débat <strong>pas toujours bien mis en lumière par les instances communautaires ou par la presse juive</strong> (Actualité Juive encaisse les pubs pleine page chaque semaine mais est d’une prudence hallucinante sur ce sujet brûlant).<br /><br /><br /><p></p><p></p><span style="font-size:130%;">Le Grand-Rabbin Sitruk: un bilan reconnu</span><br /><br />Honneur au sortant, commençons par le Grand Rabbin Sitruk. Personnage très charismatique, il faut se souvenir de la façon avec laquelle il accéda au poste en 1987. S'étant présenté à l'époque contre le Grand-Rabbin sortant R-S.Sirat, il s'agissait déjà d'une opposition de style. Le Grand-Rabbin Sirat était une figure respectée dans le monde intellectuel, pour sa connaissance du judaïsme tant au niveau traditionnel qu'académique, pour ses positions souvent nuancées et subtiles sur des sujets très divers. Mais il lui manquait l'essentiel à l'époque: <strong>des résultats</strong>. Il lui manquait une grande réussite de terrain montrant qu'il était capable de faire changer les choses dans la communauté et que le poste de Grand-Rabbin de France pouvait être autre chose qu'une simple charge honorifique.<br /><br />"Jo" Sitruk, lui, arrivait tout auréolé de ses passages à Strasbourg en tant que rabbin de la jeunesse, mais surtout de Marseille, où il a littéralement réveillé la communauté juive locale. Lorsque je parle de "réveil", c'est de façon très concrète qu'il se quantifie: création d'écoles, création de synagogues, de cercles d'étude, multiplication des restaurants et commerces casher et renouveau identitaire très puissant. Bien entendu, l'époque s'y prêtait et le Grand-Rabbin Sitruk n'en est pas le seul responsable, mais il faut bien reconnaître que c'est sous son leadership que la communauté de Marseille a pris son envol. L'idée des grands électeurs du Consistoire Central en 1987 c'était de vérifier si un tel potentiel pouvait s'exprimer sur la France entière.<br /><br /><strong>D'une certaine façon, cela a été le cas</strong>. De 1987 à aujourd'hui, les synagogues se sont remplies à nouveau, les restaurants casher ont atteint une quantité inespérée et de plus en plus de juifs ont retrouvé le chemin d'une judéité parfois perdue. Quelle a été l'influence du Grand-Rabbin Sitruk dans ce "revival" ? L'organisation de grandes manifestations comme le Yom Hatorah, ses talents oratoires largement diffusés ou sa grande capacité à se mouvoir aisément dans les milieux politiques et communautaires ont certainement été des éléments décisifs dans ce que l'on peut appeler objectivement un succès du Grand rabbinat.<br /><br />Il faut également rappeler le lien très fort qu'a pu créer le Grand-Rabbin avec certains fidèles de la communauté ou même à l'extérieur de celle-ci. Son attaque cérébrale en 2001 a donné lieu à des marques d'attachement très fortes qui ont bien illustré que le Grand-Rabbin est plus qu'un personnage publique, c'est une véritable référence (voire une icône) pour de nombreux juifs qui ont pu redécouvrir leur judaïsme grâce à son militantisme. Et puis bien sûr, le personnage en lui-même est très attachant: le langage est clair, souvent teinté de beaucoup d'humour, de références toujours bien placées à l'auditoire auquel il s'exprime, avec une vraie sincérité, etc...<br /><br />Un exemple ?<br /><br />En 1997, la synagogue de Buffault a été complètement rénovée pour ses 120 ans et pour l'occasion, le Grand-Rabbin Sitruk a fait un discours pour la réinauguration de la synagogue. Il faut savoir que les administrateurs de Buffault (toujours en haut-de-forme dans les grandes occasions) sont très très fiers de leur communauté. Ils la considèrent comme la plus belle, la plus riche et la plus originale de Paris. C'est, me direz-vous le cas de beaucoup de communautés, mais à Buffault, c'est très exacerbé. Le Rav Sitruk le sait. Et voilà que lors de son discours, il dit:<br /><em></em><br /><em>"Mes chers amis, vous connaissez tous ce Midrach. Lorsque Dieu dit à Avraham que le peuple qui descendra de lui sera aussi nombreux que les étoiles dans le ciel, Avraham leva les yeux vers celui-ci. Et puis il vit la multitude d'étoiles au-dessus de lui. Mais une étoile, parmi toutes, brillait plus que toutes les autres réunies. Avraham demanda:<br />- Dieu, quelle est cette étoile au milieu des autres qui brille de mille feux ?<br />- Avraham, cette étoile, c'est une étoile qui s'appelle Buffault et qui brillera pendant plus de 120 ans au sein de ton peuple et l'éclairera de sa beauté !"</em><br /><br />Croyez-le ou non, mais tous les administrateurs ont fait un grand sourire béat et ont certainement cru dur comme fer que Dieu avait vraiment dit ça à Avraham avinou. <strong>Démagogie ?</strong> Certainement en partie. Toujours est-il que le message a fait mouche. Le relationnel exceptionnel du Grand-Rabbin Sitruk lui a en effet toujours permis d’avoir de très bonnes relations avec ses électeurs (rabbins, présidents de communautés) en ayant toujours à cœur de leur accorder du Kavod (de l’honneur) et de l’attention. Kavod mérité ou pas c’est autre chose, disons que la base électorale est solide.<br /><br /><p><span style="font-size:130%;">Des aspects problématiques</span><br /></p><p>Il ne faudrait cependant pas occulter certains aspects plus troubles et largement passés sous silence des différents mandats du Grand-Rabbin Sitruk.<br /><br />D'abord, sa distance avec les institutions officielles et en particulier celle qui l'élit et lui donne ce statut de Grand-Rabbin de France: le Consistoire. Institution peut-être datée et à bout de souffle, mais que le Grand-Rabbin n'a jamais vraiment aidé durant ses mandats.<br /><br />Un exemple parmi d'autres: le Grand-Rabbin de France habite Neuilly. Il fréquente d'abord la communauté consistoriale de Neuilly, mais au bout de quelques années, monte une structure "personnalisée", plus conforme à ses vues halakhiques et idéologiques. A la limite, pourquoi pas si cette structure avait été intégrée au sein du Consistoire afin de solidifier celui-ci dans une ville extrêmement prometteuse en terme de développement communautaire.<br /><br />Sauf que le <strong>Centre Alef</strong>, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est une institution complètement indépendante de toute structure communautaire historique. Or, il s'agit d'un succès: après la synagogue et le centre d'études, on a vu apparaître un Collel (lieu d'études pour hommes mariés), un séminaire pour femmes, une école maternelle, puis une école primaire, un organisme de vacances (Alef Loisirs), etc, etc... </p>Dirigé d'une main de maître par le <strong>Rav Ariel Gay</strong>, gendre du Rav Sitruk, ce Centre est objectivement une grande réussite de l'Ouest parisien. Mais comment comprendre, alors que ce centre s'est monté sur le nom et le statut du Rav Sitruk et que l'argent a afflué du fait de sa présence, que cet organisme reste en dehors de l'employeur officiel du Rav Sitruk, c'est-à-dire le Consistoire Central ? Si encore les cadres enseignants provenaient de l’Ecole Rabbinique, organisme directement rattaché au Consistoire, on pourrait à la limite comprendre. Mais ce n’est pas le cas.<br /><br />Pour prendre une métaphore entrepreneuriale, je doute que Renault-Nissan apprécierait beaucoup que Carlos Ghosn aille faire une pige pour aider Volkswagen à augmenter ses ventes. On objectera que les situations ne sont pas comparables car l'essentiel est le bien-être de la communauté ? On aurait tort de le penser: l'argent qui est allé à Alef n'est pas allé ailleurs et le temps que le Rav Sitruk a passé pour Alef, il ne l'a pas passé au service du développement des communautés du Consistoire. Le Consistoire est un modèle dépassé ? Il fallait donc essayer de lutter pour le changer de l'intérieur plutôt que de créer un modèle séparatiste qui a des conséquences majeures sur l'orientation de la communauté.<br /><br />L'autre reproche que l'on fait parfois abusivement au Rav Sitruk, c'est son "intégrisme" ou son "communautarisme". C'est plus complexe que cela. Il est complètement idiot voire aberrant de reprocher son "intégrisme" à un rabbin qui encourage ses ouailles à se rapprocher de la Thora ou à accomplir les Mitzvots. C'est pourtant cet écho qu'on entend de certains milieux qui regrettent l'époque où l'israélisme français se conjuguait avec un respect plus que partiel voire détaché des grandes pratiques du judaïsme.<br />En revanche, ce qu'il est possible de reprocher au Rav Sitruk, c'est sa vision du judaïsme français. Ou plutôt <strong>d'absence de vision du judaïsme proprement français</strong>. Conséquence directe de la mondialisation et des progrès technologiques, la communication entre la France et Israël n'a jamais été aussi simple et facile. C'est vrai aussi pour le monde religieux et halakhique. Le Rav Sitruk a une véritable admiration pour le monde lituanien de Bné-Brak et a souvent tendance à considérer celui-ci comme un absolu en terme de vie juive. D'où ses références systématiques à des maîtres de Bné-Brak pour des situations extrêmement diverses et sans prendre en compte la spécificité de la vie juive en France. Ceci a eu des effets extrêmement pervers sur le développement de la communauté juive de France:<br />- Le retour des Juifs à la pratique religieuse s'est fait sur un modèle "Harédi" lituanien, considéré comme <strong>LE</strong> modèle de retour au judaïsme<br />- Contrairement aux Etats-Unis ou à Israël, <strong>l'émergence d'un courant modern-orthodox a été bloquée</strong>. Il n'y a pas de disciple en France du <strong>Rav J.D. Soloveïtchik</strong> ou de la Yeshiva University, c’est-à-dire d’un courant qui sait allier l’étude des textes, la pratique rigoureuse des Mitsvots, l’ouverture aux sciences et cultures profanes ainsi qu’une vie en prise directe avec les problématiques actuelles de la Cité<br />- En réaction, et en l'absence de ce mouvement, les milieux cultivés et de plus en plus intéressés par le judaïsme, sa culture et son enseignement se sont tournés vers les communautés libérales ou conservative (massorti), propices à un essai de synthèse avec le monde occidental actuel mais en rupture partielle ou complète avec la Halakha, socle pourtant indispensable à une vie juive authentique.<br /><br />Ce qui, pour un rabbin qui prône le respect de la Tradition <strong>est un échec patent</strong>, d'autant que c'est à partir de ces populations riches culturellement que peut jaillir une véritable pensée juive enrichissante, qui parle à un juif français du XXIème siècle et qui dynamise l’état spirituel d’une communauté.<br />Il n'y a plus aujourd'hui de Lévinas, d'André Neher ou de Manitou qui puisse alimenter le débat et proposer à la fois une manière de penser le judaïsme du XXIème siècle intégré dans un monde en perpetuel évolution, le respect des Mitzvot, ainsi que l’étude des textes dans ce qu’ils ont de plus éclairant.<br /><br />Cet aspect de « Haredisation » est visible et le Rav Sitruk ne se cache pas de suivre ce modèle. Pourtant, certaines de ses décisions qui pourraient être mal accueillis par le public français sont rarement rendues publiques afin de conserver le capital sympathie dont dispose le Grand-Rabbin.<br /><br />Un exemple parmi d’autres : dans beaucoup de communautés françaises, deux prières spécifiques sont récitées lors de l’office du samedi matin. L’une pour bénir l’Etat d’Israël. L’autre pour les soldats de Tsahal. Leur rédaction fait directement référence à l’Etat d’Israël (Medinat Israël), à l’aspect quasi-messianique de l’existence de cet Etat (Reshit Tsmihat Geoulatenou : le début de notre délivrance), à l’armée de défense d’Israël en tant qu’armée de l’Etat (Tsva Haguana leIsraël), etc… Bref, il s’agit de textes reconnus par le Grand-Rabbinat d’Israël et notamment par la mouvance sioniste-religieuse que les francophones connaissent bien par le biais des œuvres de Manitou ou du site Internet Cheela.<br /><br />En tant que disciple des maîtres de Bné-Brak, le <strong>Grand-Rabbin Sitruk ne lit pas ces textes</strong>. En effet, ils donnent une importance théologique importante à l’Etat d’Israël, ce que les Harédim ont toujours refusé, bien que siégeant systématiquement à la Knesset (qu’ils considèrent comme un syndic d’immeuble…). Comprenant bien que cette situation n’est pas tenable pour les Juifs de France compte tenu de leur attachement fervent à Israël, le Rav Sitruk a rédigé un texte spécial, qui permet de citer la terre d’Israël, ses habitants et ceux qui risquent leur vie pour protéger les Juifs vivant en Israël, mais sans référence directe à l’Etat ni à Tsahal. Texte qu’il a bien sûr pris la précaution de faire valider par les décisionnaires Harédi israéliens. Pourtant, à ma connaissance, le Rav Sitruk n’a pas largement diffusé son texte. Il ne s’est pas spécialement battu pour ses convictions profondes. Il a peut-être eu raison d’écrire un nouveau texte. Mais il n’en fait pas un cheval de bataille alors qu’on touche au fondement de la signification spirituelle de l’Etat d’Israël.<br />C’est peut-être simplement la preuve que <strong>l’homme est un fin politique.</strong><br /><br />Autre élément problématique : en quoi le Grand-Rabbin Sitruk a donné une vision spirituelle des grandes questions auxquelles le monde juif est confronté ? Quelle est son analyse personnelle de grands textes de la tradition ? Ses cours hebdomadaires, toujours vifs, intéressants et variés <strong>ne démontrent pas une vision personnelle</strong>. Ce sont essentiellement des agrégats de commentaires existants sans prise de position personnelle et sans Hidouch (nouveauté dans l’interprétation) majeur.<br /><br /><br /><br /><p><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD17XtyH1bI/AAAAAAAAAMM/-sVAenWBQOQ/s1600-h/Rien+ne+vaut+la+vie.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205452391667193266" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" height="281" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD17XtyH1bI/AAAAAAAAAMM/-sVAenWBQOQ/s320/Rien+ne+vaut+la+vie.jpg" width="171" border="0" /></a>Lorsqu’on se penche sur les publications du Grand-Rabbin de France lors de ses 21 dernières années, outre des préfaces et des œuvres collectives, on trouve deux livres <u>(« Chemin Faisant »</u> et <u>« Rien ne vaut la vie »</u>) qui sont essentiellement des retours très intéressants et riches d’enseignement sur la vie du Rav Sitruk, mais avec peu de travail sur le texte. Or, il me semble qu’un Grand-Rabbin de France est aussi quelqu’un capable de diffuser et d’expliquer largement en quoi la tradition juive et rabbinique est capable de parler à un juif vivant en France en 2008. Et de le faire autour d’un travail de recherche et d’analyse personnelle.<br /><br />Enfin, si l’on se concentre sur la campagne proprement dite, celle que mène actuellement le Grand-Rabbin Sitruk est plutôt étrange. Lorsqu’on se promène sur son site de campagne, on est frappé de constater que :<br />- l’argumentaire en faveur d’une réélection est principalement ciblé sur le passé (« j’ai tant fait pour cette communauté »), sur du sentimental (« je vous aime trop pour vous laisser ») et très peu sur un programme précis<br />- les visuels utilisés dans la presse papier laissent parfois perplexes. Dans l’un d’entre eux, on voit le Grand-Rabbin entouré de nombreux enfants avec ce slogan « La Thora pour vos enfants ». Si l’on prend la peine de regarder plus attentivement, on se rend compte de plusieurs choses. D’abord que la photo a été prise au Centre Alef. Décidément, on n’en sort pas. Ensuite que lesdits enfants ne sont en fait que des….garçons. Serait-ce à dire que les filles n’auraient pas le droit à la Thora ? En tous cas, on ne les voit pas sur la photo. Enfin, qu’on ne comprend pas bien ce que le Grand-Rabbin veut faire pour la jeunesse. Il a placé son dernier mandat sous le signe de la jeunesse. A part le développement de l’école du Centre Alef, qu’a-t-il fait pour elle ? Qu’a-t-il fait par exemple pour le plus important mouvement de jeunesse juif français dont il est lui-même issu et à qui il doit tant (notamment sa femme), j’ai nommé les EEIF ? Réponse : à part un message enregistré pour le 80ème anniversaire en 2003, strictement rien.<br />- Qu’est-ce que cette mystérieuse « Fête de l’Unité » organisée le 15 juin au Zénith ? Doit-on penser, comme on l’entend parmi certains partisans du Grand-Rabbin, que le seul fait que Gilles Bernheim se présente à l’élection est potentiellement un risque de division de la communauté juive ?<br /><strong>Bref, on est perplexe, voire déçu, de constater que la campagne de Rav Sitruk n’est pas une campagne de projet, mais plutôt une demande de plébiscite basée sur l’attachement réel de la communauté envers son principal leader spirituel</strong>. Serait-il si certain de gagner pour ne pas daigner entrer dans l’arène du débat ? Réponse le 22 juin.<br /></p><br /><span style="font-size:130%;">Le Grand-Rabbin Bernheim: un challenger</span><br /><br />En attendant, son rival actuel, le Grand-Rabbin Bernheim déploie des moyens jusque là inconnus pour présenter son projet : pubs régulières dans ActuJ, site Internet léché, appel à soutien de personnalités de la communauté, etc…<br />Son programme, plutôt détaillé, est comme une critique en creux de l’action du Grand-Rabbin Sitruk depuis 21 ans :<br />- Pas de création d’institution en dehors du Consistoire Central (référence pseudo-cachée au Centre Alef)<br />- La référence directe à l’Etat d’Israël (les pubs du Rav Sitruk ne mentionnent que « les communautés d’Israël » et jamais l’Etat)<br />- La volonté d’être beaucoup plus à l’écoute des différentes sensibilités du judaïsme<br />- Une action en faveur de la jeunesse juive (référence à l’absence d’initiatives du Rav Sitruk envers les mouvements de jeunesse)<br />- Une véritable action autour de la Shoah et de son enseignement (les prises de position du Rav Sitruk ayant parfois assimilé la Shoah à une forme de punition divine)<br />- Etc, etc…<br />Bref, le Grand-Rabbin Bernheim opte volontiers pour une campagne de challenger, qui détaille son programme, ses envies, en couvrant un maximum de sujets intéressant la communauté juive actuelle. Cela lui est indispensable car il part avec plusieurs handicaps.<br /><br />D’abord, sa connaissance du réseau des Présidents de communauté et des rabbins (qui sont rappelons-le les principaux votants à l’élection) est beaucoup moins affinée que celles du Rav Sitruk. Beaucoup sont redevables à celui-ci et pourraient hésiter à « trahir » un candidat qui joue beaucoup sur la fibre affective dans sa campagne.<br /><br /><br /><p><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD17X9yH1cI/AAAAAAAAAMU/JkTciJuz7Lw/s1600-h/Le+souci+des+autres.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205452395962160578" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SD17X9yH1cI/AAAAAAAAAMU/JkTciJuz7Lw/s320/Le+souci+des+autres.jpg" border="0" /></a>Ensuite, son positionnement communautaire. Très apprécié des CSP+ pour son ouverture aux grands problèmes de la cité (abordés notamment dans son livre <u>Un Rabbin dans la Cité</u>), pour son enseignement souvent profond mais toujours fondé sur les principaux textes de la tradition (Talmud, mais aussi commentateurs hassidiques comme Rabbi Tzadok Hacohen de Lublin, dans son très beau livre <u>Le Souci des Autres</u>), le Grand-Rabbin Bernheim n’a pas de connexions étroites avec les milieux haredi d’Israël et fait rarement référence aux maîtres considérés comme les Grands de notre génération (Guedolei Hador) : Rav Eliachiv, Rav Auerbach, Rav Ovadia Yossef, etc…<br />Malgré un respect personnel de la halakha strict, le Grand-Rabbin Bernheim n’est pas considéré comme un maître de la Halakha, ce qui pour le corps rabbinique peut s’avérer compliqué. Entendons-nous bien, je ne pense pas qu’il y ait de différences majeures entre le Rav Sitruk et le Rav Bernheim (tiens ça sonne moins bien, preuve du positionnement différent) sur leur maîtrise de la halakha. Mais le Rav Sitruk a toujours donné des signes d’attachement profond aux grands décisionnaires halakhiques (quoique pour le Rav Ovadia Yossef, ce ne soit pas si clair). Pour Gilles Bernheim, c’est moins clair. D’où son insistance actuelle et je pense sincère dans sa volonté de marquer que la Halakha « stricte » est aussi son territoire. </p>Plus un aspect nouveau et particulièrement intéressant qui est sa volonté de sortir des responsa halakhiques destinées aux Juifs de France. Ceci est un point fondamental. Il y a bien sûr des Halakhot universelles. Le jeûne à Kippour s’applique évidemment à tous les Juifs du monde quel que soit le contexte. Mais certaines décisions sont relatives à un contexte et à un moment particulier. Les Juifs de France doivent pouvoir compter sur un décisionnaire qui prenne en compte la situation spécifique des Juifs de France. La Halakha s’est toujours constituée comme cela. Ce n’est que récemment avec le développement des nouvelles technologies qu’il est possible de prendre en France pour argent comptant une décision prise par un décisionnaire de Bné-Brak. Quelques exemples parmi d’autres :<br />- a-t-on le droit d’aller à l’école publique sans kippa ?<br />- peut-on accepter des femmes dans les conseils d’administration des consistoires régionaux et nationaux ?<br />- qui peut-on accepter comme témoins lors de mariages célébrés à la synagogue ?<br />- Y a-t-il des halakhot spécifiques s’appliquant aux homosexuels ?<br />- etc, etc…<br />Bien sûr un Beth-Din existe en France. Mais il faut qu’il soit plus visible et que ses décisions soient largement diffusées. C’est apparemment la volonté du candidat Bernheim.<br /><br />Un autre de ses handicaps tient à la comparaison en matière d’action avec le Grand-Rabbin Sitruk. Certains ont voté en 2007 pour Sarkozy avant tout parce qu’ils le considéraient comme un professionnel et surtout parce qu’on serait certain qu’il agirait. Le Grand-Rabbin Sitruk a battu le Grand-Rabbin Sirat parce qu’il était auréolé de son action conséquente à Marseille. Et il a depuis prouvé que l’action était une qualité qui ne l’avait pas quitté : organisation des Yom HaThora, multiples déplacements et relations, création et développement de centres d’étude, etc… Bref, il agit.<br />Dans le cas du Grand Rabbin Bernheim, c’est beaucoup moins clair. Autant son verbe est profond et apprécié, autant on a du mal à identifier précisément ce qu’à accompli le Grand-Rabbin Bernheim dans ses fonctions actuelles de Directeur du département Thora et Société du Consistoire, comme de Grand-Rabbin de la Victoire. Des publications certes très intéressantes voire fondamentales pour exprimer une vision. Mais quoi de concret ? Est-ce que la fréquentation de La Victoire a augmenté ? Est-ce que les activités proposées sont en plein développement ? Peut-être y a-t-il des choses qui se sont traitées dans l’intimité mais qu’on ne peut pas communiquer ?<br />En tous cas, pèse sur la candidature du Grand Rabbin Bernheim cette interrogation majeure sur sa capacité à faire et à décliner de façon opérationnelle tous les axes stratégiques forts pertinents de sa campagne.<br /><br />Pour finir ce billet déjà très long, il ne faut pas occulter la question de la longévité du poste. 21 ans au même poste, n’est-ce pas déjà trop ? Est-on vraiment capable de se renouveler à une même fonction après 21 ans d’activité ? Le Grand-Rabbin Sitruk semble lui-même répondre que non: le programme est minimaliste et plutôt fondé sur des slogans et l’argument principal de sa reconduction serait le lien indéfectible qui se serait créé entre lui et la communauté.<br /><br />Or, cette même communauté ne va pas bien. Elle est fortement polarisée, toujours en proie à l’assimilation, l’éducation juive en école juive est très largement perfectible (c’est un euphémisme) et <strong>l’adéquation d’une tradition juive authentique avec le monde occidental du XXIème siècle en pleine transformation n’est pas encore faite, la preuve en est le faible niveau de production intellectuelle des élites juives du pays.</strong> Autant de sujets où les positions de Gilles Bernheim sont peut-être plus affutées que celles de Joseph Sitruk.<br /><br />L’élection du 22 juin ne donnera pas toutes les clés pour répondre à ces questions, mais elle sera un vrai choix entre deux visions très différentes du futur de la communauté juive française.<br /><br />Il y aurait encore énormément de choses à dire sur cette élection. D’ici au 22 juin, peut-être d’autres billets sur ce sujet…mais seulement s’il passionne les foules. Est-ce le cas ?<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-3999714936714292588?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com8tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-27156112812241533132008-05-15T23:12:00.002+02:002008-05-16T12:28:04.349+02:00Qui est vraiment Rav Ovadia Yossef ? (I)Rav Ovadia Yossef est peut-être aujourd'hui la figure la plus controversée, la plus adulée mais aussi la plus détestée du monde juif actuel.<br /><br />Mais qu'on l'aime ou qu'on le déteste, l'erreur serait de le caricaturer et de ne retenir que ses interventions limites sur la Shoah ou, de l'autre côté, de ne pas percevoir le caractère parfois très polémique de certaines décisions halakhiques.<br /><br />Le Rav Ovadia Yosef vaut mieux que cela car, en effet, il est une figure extraordinaire du monde juif actuel. Qui est déjà le sujet de plusieurs biographies, ouvrages critiques et autres analyses sur sa perception de la Halakha. Et qui en plus occupe une place non négligeable sur l'échiquier politique assez chaotique du pays.<br /><br />Le professeur Marc Shapiro, grand connaisseur du milieu orthodoxe, a produit une excellente revue critique des livres récents parus sur le Rav Ovadia Yossef.<br /><br />Il a appelé son article: <em>"MiYosef ad Yosef lo Kam ke Yosef" (De Joseph à Joseph, il n'y en eut aucun comme Joseph). </em><br /><br /><br /><div>Petite explication de texte. Cette phrase renvoie à une autre phrase célèbre, présente sur la tombe du célèbre <strong>Moïse Maïmonide</strong>: <em>"MiMoché ad Moché lo Kam ke Moché" (De Moïse (notre maître) jusqu'à Moïse (Maïmonide), il n'y en eut aucun comme Moïse). </em>Eloge incroyable qui crée un lien presque direct entre Moïse à qui Dieu a donné les tables de la loi et Maïmonide qui a révolutionné le judaïsme, plus d'ailleurs avec son ouvrage de Halakha (le Michné Thora) qu'avec le Guide des Egarés, cher aux intellectuels juifs parisiens.<br /><br />L'intitulé de Marc Shapiro retrace un lien identique entre <strong>Rabbi Yosef Karo</strong> et Rav Ovadia Yossef. Pour qui connaît l'impact de Rabbi Yosef Karo sur le monde juif avec la diffusion de son Choulkhan Aroukh ne peut qu'apprécier l'audace de la comparaison. Le Choulkhan Aroukh a en effet provoqué une rupture epistémologique dans la façon qu'ont eu les maîtres de la Tradition d'aborder la loi juive. Il s'agissait, ni plus ni moins, que de compiler et d'arbitrer les décisions halakhiques des plus grands maîtres du Moyen-Age, afin de produire le "code de lois ultime", celui qui mettrait fin aux inombrables discussions portant sur les comportements pratiques du peuple juif et ce, sur l'ensemble du périmètre législatif: les fêtes, la cacherout, les lois commerciales, les prières, le mariage, les contrats, etc...<br /><br /><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SCylOiS0tlI/AAAAAAAAAKs/REirjJg8H4Y/s1600-h/Rav+Ovadia+Yossef.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5200713338848589394" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SCylOiS0tlI/AAAAAAAAAKs/REirjJg8H4Y/s320/Rav+Ovadia+Yossef.jpg" border="0" /></a><br /></div><div></div><br /><div>Nous y reviendrons. Mais l'idée de ce billet, c'est de comprendre en quoi Rav Ovadia Yossef est une personne éminemment importante pour le monde juif d'aujourd'hui.</div><br /><div></div><div><span style="font-size:130%;">La renaissance de la fierté séfarade</span></div><div></div><br /><div>Pendant longtemps en Israël, l'establishment était composé d'ashkénazes, véritables fondateurs du pays. C'est vrai bien sûr du point de vue laïc (socialistes venus de Russie et de Pologne), mais vrai aussi dans le camp religieux où les plus importantes autorités rabbiniques du pays ont pendant longtemps été issues du monde ashkénaze: le <strong>Rav Kook</strong>, le <strong>Hazon Ich</strong>, puis le <strong>Rav Shakh</strong>, le célèbre Directeur de la Yéchiva de Poniowitz.</div><br /><div>Comme esquissé dans un <a href="http://lemondejuif.blogspot.com/2008/04/la-halakha-contre-le-minhag-i.html">billet précédent</a>, de nombreux jeunes du monde séfarade (principalement d'Afrique du Nord) ont été happés par les yéchivots ashkénazes, ont adopté leur méthodes d'étude et parfois leurs coutumes. Ce qui n'a pas empêché une discrimination notoire: les étudiants séfarades, même les plus brillants, ne peuvent pas forcément étudier dans les plus grandes yéchivot, un séfarade dans le monde Harédi ne peut pas épouser une femme ashkénaze (à moins qu'elle ne soit aveugle, sourde et pauvre), etc, etc... Cet état de fait est bien décrit dans cet <a href="http://www.a7fr.com/Article/42926.htm">article</a> par le Rav Elie Kling.</div><br /><div>Un brin paternalistes donc (voire racistes), les grands dirigeants ashkénazes ont toujours considéré qu'il n'était pas encore venu le temps où un séfarade pouvait accéder à des fonctions de leadership au sein du monde religieux. C'est d'ailleurs suite à une phrase malheureuse du Rav Shakh, que le parti Shass décida de ne plus rester sous la coupe des leaders ashkénazes et de prendre son envol de façon autonome dans le paysage politique israélien.</div><br /><div></div><div>Et ce principalement grâce au Rav Ovadia Yossef. Né en Irak, d'un famille pauvre et pas spécialement reconnue, le Rav Ovadia Yossef n'avait pas les signes extérieurs permettant d'imaginer faire une carrière rabbinique de grande envergure en Israël: séfarade, sans <em>Yikhouss </em>(appartenance à une lignée prestigieuse), et de condition modeste.</div><br /><div>Arrivé à l'âge de 4 ans en Israël, il fut pourtant invité à l'âge de 22 ans en Egypte pour prendre la tête du tribunal rabbinique du Caire. En 1968, il fut nommé Grand-Rabbin de Tel-Aviv pour finalement être élu Grand-Rabbin Séfarade d'Israël (Richon Letzion: le primat de Sion) en 1973.<br /><br /><span style="font-size:130%;">La suprématie halakhique, gage de légitimité incontesté</span><br /></div><div>Qu'est-ce qui distingue donc Rav Ovadia de ses contemporains ? Il dispose d'un atout majeur: c'est un génie de la Halakha. Selon tous les observateurs et les connaisseurs, sa maîtrise des textes halakhiques est absolument inégalée, y compris par les plus grands maîtres ashkénazes du XXème siècle. Or, la légitimité halakhique est absolument fondamentale pour quiconque veut avoir une influence sur le monde juif. Si un quelconque rabbin de communauté explique qu'il est possible d'utiliser une même machine pour laver alternativement le lait et la viande, il risque de se voir rapidement traiter de laxiste, de libéral ou de petit rigolo.</div><br /><div>Lorsque c'est Rav Ovadia Yosef qui énonce une telle décision, l'impact est énorme. D'abord, cela a une répercussion sur la vie pratique de centaines de milliers de personnes. Ensuite, il est très compliqué, compte tenu de l'aura dont dispose le Rav Yossef en matière de halakha, de soutenir une opinion opposée.</div><br /><div>Si le sujet de la machine à laver la vaisselle vous laisse froid (il ne devrait pas), il faut alors se souvenir que le Rav Ovadia a été à l'origine de plusieurs <em>"Psak Din" </em>(décisions halakhiques) qui ont eu un retentissement énorme en Israël:</div><br /><div>- c'est en majeur partie grâce à lui que les immigrants éthiopiens ont été considérés comme Juifs d'un point de vue halakhique. Sans sa décision argumentée et fondée, il n'y aurait peut-être pas d'Ethiopiens en Israël aujourd'hui.</div><br /><div>- Rav Ovadia Yosef s'est démené comme jamais pour résoudre le problème des femmes Agounot pendant la guerre de Kippour. Les Agounot sont ces femmes de soldats disparus pendant la guerre qui ne disposaient pas de moyens de divorcer juridiquement et donc de se remarier. Aujourd'hui encore, sur ce sujet épineux, Rav Ovadia Yosef est certainement le décisionnaire ultime auquel on adresse les cas les plus problématiques.</div><br /><div></div><p>Nous développerons un billet spécifique sur le caractère novateur, voire révolutionnaire sous certains aspects, de la vision halakhique du Rav Ovadia Yossef.</p><br /><p><span style="font-size:130%;">L'autonomie du monde Séfarade en Israël</span></p><p>Mais nous devons d'abord comprendre en quoi son influence a atteint un niveau tel, qu'une personne aussi sensée qu'Ami Bouganim a pu me dire un jour avec conviction que la seule personne capable aujourd'hui de véritablement résoudre le conflit israélo-palestinien s'appellait Ovadia Yossef.</p><p>On l'a dit, pendant longtemps, les séfarades religieux ont suivi les décisions prises par les grands maître des Yéchivot lituaniennes, y compris sur le plan politique en votant pour Agoudat Israël (ou Deguel Hathora), le grand parti ultra-orthodoxe. Mais au milieu des années 80, le Rav Shakh, encourage les séfaradim et le Rav Ovadia Yossef à créer un parti spécifiquement séfarade: Shas. L'idée était d'élargir la base électorale orthodoxe pour mieux maîtriser un électorat parfois encore méfiant vis-a-vis du monde ashkénaze. La manoeuvre réussit au-delà de toute attente. En plus d'accueillir les votes des ultra-orthodoxes séfarades, Shas réussit le tour de force de s'attirer les votes des marocains traditionnalistes ou même peu religieux, beaucoup plus nombreux. Shas devient une force majeure de la vie politique israélienne et le Rav Ovadia Yossef, après plusieurs atermoiements, rompt définitivement avec le Rav Shakh pour devenir le leader incontesté de ce mouvement.</p><p>La fierté Séfarade était rétablie, ce à quoi ne manque pas de faire allusion le slogan de Shas: <em>"lehahazir ateret leyoshna": </em>redonner la gloire à sa couronne.</p><p>A partir du moment où Shas a pris son indépendance, le ressentiment du monde ashkénaze a été extrêmement violent. Du jour au lendemain, le nom de Rav Ovadia Yossef n'apparaissait plus dans les journaux ultra-orthodoxes ashkénazes. Pire, seul son prénom était cité 'Ovadia', sans tous les titres et les marques de respect qui sont accolés dans ces publications aux grands de la Thora. Traitement inimaginable pour un maître du rang d'Ovadia Yossef.</p><p>Marc Shapiro se souvient que lorsqu'il a lu ces attaques dans la presse <em>haredi</em>, cela lui a fait l'effet d'un moustique essayant de s'attaquer à un éléphant. La comparaison est pertinente: ces attaques n'ont absolument rien fait pour décrédibiliser le Rav, bien au contraire, elles lui ont donné un prestige supplémentaire: celui qui ose enfin se dresser devant l'hégémonie ashkénaze. Car Rav Ovadia Yossef a su également critiquer de façon construite la société ashkénaze: dans les introductions des volumes 1 et 3 de son oeuvre maîtresse (Yabia Omer), Ovadia Yossef remet en cause le système d'enseignement ashkénaze du fait de sa trop grande valence théorique qui ne permet pas de se concentrer sur l'étude des Aharonim (décisionnaires post-Choulkhan aroukh) et la halakha pratique. Il n'a pas hésité non plus à diminuer le rôle joué par le <strong>Hazon Ich</strong> dans la période récente. Le Hazon Ich ! Le fondateur de la ville de Bné-Brak, le Rav chez qui Ben Gourion s'est déplacé pour négocier le statu quoi, l'autorité icontestable du monde ashkénaze en Israël après la guerre ! Une icône ! </p><p>Et voilà que Rav Ovadia Yossef se permet de remettre en cause son appellation de "Moré Horaa", expert en halakha, sous pretexte que le Hazon Ich n'avait jamais eu de responsabilité collective. Tempête en Israël que les deux biographies (non apologétiques rappelons-le car écrites par des journalistes) déjà existantes ont bien évidemment rappelé. </p>Bien entendu, sur le champ politique, le Rav Ovadia Yossef est connu pour sa position modérée concernant le conflit israélo-palestinien. Ou plutôt pour son "psak din" visant à expliquer que rendre des territoires était permis pour parvenir à une véritable paix. Il ne s'est pas fait que des amis, cette fois-ci du côté des Sionistes religieux qui pourtant dans une grande majorité suivent ses autres décisions halakhiques. Mais contre vents et marées, il a cassé certaines barrières en entrant volontairement dans un gouvernement travailliste où figurait le Meretz, le parti laïque anti-religieux. Ou en refusant de participer au gouvernement d'Ariel Sharon. Ou encore en affichant sa proximité et même son amitié avec Shimon Peres.<br /><br /><p>Bref, sans rentrer dans son système halakhique qui recèle de nombreuses surprises et pépites, il s'avère que le Rav Ovadia Yossef est un véritable leader au sens où il réussit à inspirer les gens et à rassembler bien au-delà de sa famille proche. </p><p>Sa proximité avec les masses est également un facteur important de son succès. Marc Shapiro se souvient avoir assisté à une des ses conférences de Motsaé Chabbat avec un réel plaisir: ce mélange de Thora, d'anecdotes et d'humour a un vrai impact sur l'homme de la rue. Vous me direz que des rabbins qui blaguent et qui s'entendent bien avec le peuple sont légions. Certes, mais aucun n'a l'envergure académique d'un Ovadia Yossef, peut-être le plus grand décisionnaire depuis le Choulkhan Aroukh.</p><br /><p>Dans le monde occidental, Ovadia Yossef est plus connu pour ses "gaffes" ou ses déclarations intempestives comme lorsqu'il appela Yossi Sarid (un des leaders du parti Meretz) "Aman" ou "Satan". Marc Shapiro semble mettre ces écarts sur l'ambiance surchauffé de ces conférences du Samedi soir et sur la grande proximité du Rav Ovadia Yossef avec les masses lors de ces déclarations. Pour lui, ces petites phrases seront passées aux oubliette de l'histoire, un peu comme on a oublié aujourd'hui "le bruit et l'odeur" de Jacques Chirac pour ne retenir que sa stature d'homme d'Etat...</p><p>Le Rav Ovadia Yossef a donc transformé profondément la sociologie de l'Etat d'Israël, dispose d'un pouvoir politique très important et a opéré une véritable révolution dans le monde halakhique que nous aborderons dans un prochain billet.</p><p>C'est tout ça qu'il faut avoir en tête pour mieux comprendre l'action du Rav Ovadia Yossef. Et au-delà, mieux comprendre l'évolution du monde juif en diaspora et en Israël.<br /><br /><br /><br /><br /></p><div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-2715611281224153313?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-12082238396578601542008-05-06T15:53:00.007+02:002008-05-07T17:58:10.839+02:00Les Juifs et la photoAyant passé Pessah dans un Château qui disposait d'une abondante bibliothèque, je suis tombé par hasard sur un formidable "beau livre": <u>Les 100 photos du siècle</u> par Marie-Monique Robin.<br /><br />Les photos les plus célèbres et les plus percutantes du siècle, reproduites, commentées et analysées. Et le plus souvent en rappelant comment la photo a été prise et dans quel contexte.<br /><br />Au milieu du XXème siècle, la photographie était une discipline reine. La télévision n'avait pas encore fait sa percée domestique mais le journalisme avait besoin d'illustrer ses propos. Seule la photographie avait la capacité de le faire, surtout lors de cet événement historique inégalé que constitue la Seconde Guerre Mondiale.<br /><br />Et qu'apprend-on au détour des pages de ce bouquin ? Que les Juifs ont pris une part essentielle au développement de la photographie.<br /><br />D'abord, à travers la création de l'agence Magnum, cette agence faite par des photographes et pour des photographes, afin notamment de pouvoir conserver les droits d'auteur.<br />On connaît bien en France l'un des fondateurs puisqu'il s'agit d'Henri Cartier-Bresson. Mais on sait moins que le non-moins connu <strong>Robert Capa</strong> est en réalité un juif hongrois né à Budapest sous le nom de Endre Friedmann. Photographe de légende pour ses photos de la guerre d'Espagne ou du débarquement à Omaha Beach, Capa a aussi été un des fondateurs de l'agence Magnum.<br /><br />Mais pour tous, le vrai "cerveau" de l'agence, c'était un autre des fondateurs: <strong>David Seymour</strong>.<br />Evidemment, ce n'est pas son vrai nom: né en 1911, David Szymin, dit Shim, est un Juif polonais dont les parents ont été assassinés par les Nazis. Alors que Capa était la vitrine extérieure de l'agence, Shim en était l'organisateur principal, l'homme de l'ombre qui a réussi l'extraordinaire développement de Magnum. Il est malheureusement mort en 1956, tué par les Egyptiens lors de la guerre de Suez.<br /><br /><br /><span style="font-size:130%;">Les photos victorieuses</span><br /><br />Beaucoup d'autres photographes juifs ont marqué cette époque, mais l'anecdote la plus cocasse, c'est que deux des plus importantes photos de la Seconde guerre mondiale ont été prises par des Juifs.<br /><br />Ces deux photos, ce sont celles qui consacrent la victoire des Alliés sur les ennemis de l'Axe.<br /><br />La première, c'est celle qui représente la victoire américaine sur le Japon suite à la bataille d'Iwo Jima dont Clint Eastwood a récemment tiré un film.<br /><br /><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5197657571893371554" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SCHKBfTS4qI/AAAAAAAAAJ4/it33jeOkw7o/s320/Iwo+Jima.jpg" border="0" />Contrairement à ce qui a pu être dit, cette photo n'a pas été "organisée". <strong>Joe Rosenthal</strong>, l'auteur de la photo, a eu plus de chances que d'autres et a su se trouver au bon moment au bon endroit. Celui où enfin, après une bataille féroce qui laissa des traces indélébiles chez les soldats qui y ont participé, le drapeau américain allait flotter pour la première fois sur le territoire japonais.<br /><br />L'autre photo, c'est bien évidemment celle qui représente le drapeau soviétique sur les ruines du Reichstag dans un Berlin vaincu.<br /><br /><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5197657722217226930" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SCHKKPTS4rI/AAAAAAAAAKA/RmaXSavyYqM/s320/Berlin.jpg" border="0" /><br />Cette photo, en revanche, avait été préparée de longue date. Trois drapeaux avaient été confectionnés pour l'occasion avec des nappes et les soldats de la photo avaient été embarqués par <strong>Evgueni Kaldhei</strong>, l'auteur de la photo (un Juif ukrainien) pour obtenir un cliché parlant de la victoire. Après plusieurs tentatives, c'est cette photo qui arriva finalement sur les bureaux de l'agence TASS pour une diffusion mondiale....après retouche !<br />Car en effet, un des soldats présent à l'écran avait une montre à chaque poignet, ce qui laissait présager que le pillage était de rigueur dans l'armée rouge et que pour la propagande bolchévique, c'était pas terrible. Donc exit les montres avec le Photoshop de l'époque et voici la principale photo montrant la défaite de l'Allemagne nazie prise par un Juif, tout un symbole...<br /><br />Rosenthal et Khaldhéi se sont rencontrés et ont devisé aimablement de cette étrange coïncidence. J'ai trouvé ça assez rigolo pour vous le faire partager. Comme quoi, même dans les "beaux livres" on peut apprendre des choses !<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-1208223839657860154?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-23782647748441136312008-04-18T01:18:00.001+02:002008-04-18T01:18:26.197+02:00La Halakha contre le Minhag ? (I)<div>C'est un sujet qui ne passionne pas tout le monde, mais qui a pourtant son intérêt si l'on veut comprendre une partie du monde juif actuel et notamment le monde juif séfarade.<br /><br /><div>Tout part d'un constat: il existe une sorte de décalage entre la pratique actuelle des juifs séfarades dits "orthodoxes" et la pratique des juifs disons pieux lorsqu'ils se trouvaient en Afrique du Nord.</div><br /><div>Je ne parle pas ici de certains juifs plutôt assimilés qui allaient tranquillement à la plage avec un sandwich le dernier jour de Pessah quelques heures avant la fin de la fête, mais des juifs concernés, impliqués par la Halakha et ses obligations.</div><div><br /></div><div>Quelques exemples:</div><br /><div>- depuis quand les juifs du Maghreb portent-ils le costume noir et le Borsalino ?</div><div>- depuis quand les juifs d'Afrique du Nord suivent-ils la halakha de décisionnaires provenant de Bagdad ?</div><br /><div>Ces deux questions recouvrent deux problématiques qui sont très emblématiques du bouleversement qu'a connu le judaïsme d'Afrique du Nord suite à sa disparition géographique, essentiellement due au départ massif des Juifs d'Algérie, de Tunisie et dans une moindre mesure du Maroc, vers d'autres contrées plus accueillantes comme la France, le Canada ou Israël.</div><br /><div>Le première question (Séfarade et Borsalino) est abordée par un chercheur, Yaacov Loupo dans un livre audacieux: <em>Métamorphoses ultra-orthodoxes chez les juifs du Maroc (ed. l'Harmattan).</em></div><br /><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/SAfXR3NMTqI/AAAAAAAAAJw/28YQz6-_F-0/s320/Loupo.jpg" border="0" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190353797444816546" /><div>Il décrit comment les juifs lituaniens, principalement après la guerre, vont "recruter" de façon massive des éléves marocains pour leur inculquer le mode d'étude et même de vie pratiqué avant la guerre en Europe de l'Est. Comment des jeunes marocains, "menacés" par la stratégie émancipatrice de l'Alliance Israélite Universelle, se sont fait récupérer par des militants de l'étude hors pair.</div><br /><div>Ce que regrette Loupo, c'est deux choses. D'une part qu'ils n'aient pas pu s'ouvrir au monde occidental tel que le voulait l'AIU, ce qui est un regret peut-être critiquable au vu de conséquences parfois exagérément assimilationnistes provoqués par l'Alliance et sa rupture avec le monde de la Thora.</div><br /><br /><div>Mais aussi d'autre part, la perte de la "tradition" séfarade de manière générale, c'est-à-dire, la façon de vivre le judaïsme au quotidien, c'est à dire ce que la Tradition juive appelle le "minhag", la déclinaison au quotidien des principes de la Thora.</div><br /><div>Et là, l'auteur fait mouche, d'autant qu'on peut également y ajouter un autre facteur que l'auteur ne mentionne pas: le militantisme loubavitch.</div><br /><div>Que le mouvement Habad (Loubavitch) ait permis à des milliers de juifs séfarades de retrouver leur identité juive est indéniable. Mais elle s'est faite au prix d'une "conversion" au hassidisme faisant table rase des traditions millénaires séfarades. Nous parlons ici tant du "folklore" ( le msoki ou Seoudat Ytro chez les tunisiens) que de la halakha pure: les hassidim de Loubavitch suivent essentiellement le Kitzour Choulhan Aroukh du Rav Gansfried, énonçant parfois des halakhot très divergentes des décisionnaires séfarades classiques.</div><br /><div>Cette "transformation" est fortement visible au sein de la communauté juive française, mais Yaakov Lupo cible plutôt les séfarades d'Israël qui, du fait de leur apprentissage dans des Yéchivot ashkénazes de tradition lituanienne, ont en fait suivi le même cheminement: récupération des traditions vestimentaires et adoption des normes halakhiques ashkénazes. </div><div><br /></div><div><span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(51, 51, 51);">La vision de Kountras</span></span></div><br /><div>Le journal Kountras a fait une recension du livre de Loupo: <a href="http://kountras.magic.fr/index.php?publid=163&amp;articleno=17">http://kountras.magic.fr/index.php?publid=163&amp;articleno=17</a></div><br /><div>Comme à son habitude, Kountras déploie un argumentaire relativement spécieux et surtout exempt de toute réflexion critique sur le monde orthodoxe d'un point de vue sociologique. Il faut entendre comme je l'ai entendu de mes propres oreilles le Rav Kahn, rédacteur en chef du journal, nier qu'il y ait le moindre problème sociologique de femmes battues ou de problèmes de couple au sein des milieux orthodoxes pour se faire une idée des oeillères idéologiques que le journal possède, malgré la grande qualité de fond de certains articles.</div><br /><div>Pourquoi l'article est-il spécieux ?</div><br /><div>- Parce qu'il assimile "modernité" à l'utilisation du gaz, de l'électricité et du réfrigérateur. La modernité c'est autre chose. C'est l'autonomie individuelle dans la recherche d'un épanouissement personnel, c'est la possibilité d'avoir accès à des oeuvres profanes et/ou critiques, c'est l'insertion dans des structures éducatives "profanes" permettant d'apprendre un métier, etc... Tout cela peut faire débat (est-ce bon ou mauvais pour la continuité du judaïsme), mais Kountras n'en parle pas...</div><br /><div>- Parce qu'il tente de faire penser que la démarche des "lituaniens" n'est en fait qu'un moyen de faire revenir ces jeunes séfarades aux sources de leur "vraie" tradition, étant donné les échanges nombreux entre maîtres des mondes ashkénazes et séfarades. Par cet argument, Kountras souscrit à la thèse que la Thora est un absolu et que les minhagim, les traditions propres à chaque communauté ne sont que du folklore sympathique mais superficiel et superflu.</div><br /><div>Cela est d'autant plus dommageable que certains arguments de l'article sont tout à fait recevables: les initiateurs de ce mouvement étaient de bonne foi, il s'agissait d'une lutte importante pour la vitalité du judaïsme parmi ces populations, notamment contre les tendances assimiliationnistes et que finalement de deux maux il faut bien choisir le moindre...</div><div><br /></div><div><span class="Apple-style-span" style="font-size: large;"><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(51, 51, 51);">Une approche contestable</span></span></div><div><br /></div><div>Par ailleurs, le livre de Loupo est critiquable à bien des égards. D'abord sur la forme, le livre est très mal foutu: fautes d'orthographe, mise en page archaïque, typographie digne d'un polycopié des années 60...</div><div>Sur le fond, Loupo écrit un livre à charge. Que veut dire d'un point de vue académique le mot  "intégriste" ? </div><div>Car c'est bien le mot qu'il emploie plusieurs fois pour nommer les rabbanim responsables des écoles religieuses au Maroc. Son aversion pour ces personnes dans son livre est palpable, ce qui nuit fortement à la qualité de la démonstration. D'autant que leur point de vue n'apparaît pas autrement que dans les pré-supposés que Loupo leur confère. Pas vraiment de défense, alors que leur position, comme je le dis plus haut, est susceptible d'être défendu plus que valablement.</div><div><br /></div><div>Bref, dommage en définitive que ce livre soit abordé avec un  a priori anticlérical à l'opposé de ce que doit être un véritable travail universitaire.</div><br /><div> </div><div>Ceci dit, la question de la valeur du Minhag reste et se trouve être également centrale dans la deuxième question: "depuis quand les séfarades d'Afrique du Nord suivent-ils des décisionnaires venant de Bagdad ?"</div><div><br /></div>Cette question, elle est directement liée à un phénomène appelé Ovadia Yossef. Et fera l'objet d'un prochain billet entièrement dédié à ce Maître souvent controversé, mais bien plus complexe qu'il n'y paraît...(ça s'appelle du Teasing ;-))</div><div><br /></div><div>En attendant bonnes fêtes de Pessah ! <br /><div> </div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-2378264774844113631?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com5tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-13657099130957850742008-04-09T20:05:00.000+02:002008-04-09T20:05:29.706+02:00Mai 68 et les juifs: une évidence ?Bon, je succombe à l'actualité et aux sirènes de la commémoration de mai 68. Mais, puisque nous sommes sur Le Monde Juif, il faut bien évidemment se poser la question de la nature des liens qu'entretient Mai 68 avec les juifs.<br /><br /><br />C'est vrai quoi: quasiment personne n'en parle dans les médias alors que la concordance est tout de même étrange, voire frappante. Un gros contingent des leaders charismatiques de cette époque sont juifs. Jugez plutôt:<br /><br /><br />- <strong>Daniel Cohn-Bendit</strong>, bien sûr, leader du mouvement du 22<a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0Cw69k5EI/AAAAAAAAAJE/y3R_rJX5yBY/s1600-h/Daniel_cohn-bendit_20060317.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5187305385285182530" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" height="247" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0Cw69k5EI/AAAAAAAAAJE/y3R_rJX5yBY/s320/Daniel_cohn-bendit_20060317.jpg" width="251" border="0" /></a> mars et figure emblématique de cette période. Pour la petite histoire, sa mère était employée comme économat à l'école Maïmonide de Boulogne-Billancourt dans les années 50. Les élèves de cette période se souviennent encore de petits roux espiègles qui déambulaient dans l'école.<br /><br /><br /><br />- <strong>Alain Geismar</strong>, secrétaire général du SNE sup, puis membre actif de la Gauche prolétarienne.<br /><br /><br />- <strong>Henri Weber</strong>, le sénateur socialiste, à l'époque qui a fondé avec <strong>Alain Krivine</strong> le mouvement trotskiste de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire. Depuis, les deux ont pris des chemins un peu différents...<br /><br /><br />- <strong>Robert Linhardt</strong>, chef de l'UJCml (Union de la Jeunesse Communiste Marxiste-Léniniste: ils avaient de ces noms à l'époque...le marketing c'était pas encore leur fort)<br /><br /><br />- <strong>Benny Lévy</strong>, chef de la Gauche Prolétarienne, co-fondateur de Libération et secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre, dont le rôle s'est plutôt affirmé dans les années 70<br /><br /><br /><br />- et les autres: <strong>André Glucksmann, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut</strong> qui y a aussi pris sa part, etc, etc...<br /><br /><br />Bref. La question mérité d'être posée. Y aurait-il eu un mai 68 sans les juifs ? Ou adressée différemment: qu'est-ce qui a fait que les Juifs se sont engouffrés dans ce mouvement ? Y aurait-il un rapport avec 1917 où il est désormais établi par les historiens que la proportion de juifs chez les révolutionnaires bolchéviques est largement supérieure à une hypothétique normale statistique ?<br /><br /><br />Lors de la révolution russe, le <strong>Rav Moshé Shapira</strong> (futur Roch Yéchiva de la Yéchiva de Beer Yaakov en Israël, à ne pas confondre avec son homonyme, futur maître de Benny Lévy à <a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0CY69k5BI/AAAAAAAAAIs/5BLPqIMM5Yg/s1600-h/Trotsky1.jpg"></a>Jérusalem) racontait que certains jours, les centres d'études de Vilna se vidaient complètement. Qu'il n'y avait plus d'élèves. Ces jours, c'est lorsque Trotsky (ou Lev Davidovitch Bronstein) venait à Vilna parler de révolution.<br /><br /><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5187305578558710882" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0C8K9k5GI/AAAAAAAAAJU/cbEfTw0rwrQ/s320/Trotsky1.jpg" border="0" /><br /><br />On a du mal à imaginer aujourd'hui l'exaltation folle dont étaient "victimes" (consentantes) ces jeunes étudiants. Je parle aussi bien de 1917 que de 1968 en France. Comment des personnes aussi brillantes que des normaliens aient pu succomber à une idéologie qui apparaît aujourd'hui comme la dernière des ringardises ?<br /><br />En fait, il n'est pas très compliqué de s'en faire une idée. Lisez le <a href="http://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm">Manifeste du Parti Communiste</a><br /><br /><br />C'est puissant. Ca a du souffle. Et lorsqu'on allie cela à la fameuse phrase de <strong>Raoul Vaneigem</strong>, on se prend à regretter que notre génération n'ait pas d'autre souci existentiel que la dernière innovation pour IPhone...: <em>"Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui"</em><br /><br /><br />Donc, une première piste se dessine: les juifs auraient succombé parce qu'ils seraient intrinsèquement, culturellement (ce qui revient au même diront certains) révolutionnaires. Qu'ils ne se satisfont pas d'une situation acquise, bloquée ou stagnante. Que la notion de progrès est inscrite explicitement dans le message juif, que ce soit à travers les notions de <strong>Tikoun</strong> (réparation du monde), de <strong>Hidouch</strong> (innovation perpétuelle dans l'interprétation des textes et du monde) ou encore de messianisme (dont la traduction en hébreu ne renvoie à aucun concept véritablement traditionnel, sinon celui de <strong>Gueoula</strong> mais qui signifie Délivrance et ne peut être assimilé totalement à l'espérance messianique).<br /><br />Qu'ils sont fidèles à une certaine tradition prophétique systématiquement opposée au pouvoir en place: qu'on se souvienne de Samuel face au roi Saül, de Nathan face au roi David ou bien après de Chamaï face à Hérode.<br /><br /><br />La piste est séduisante. Mais elle ne convaincra pas les matérialistes (et il y en a beaucoup parmi les marxistes) qui se demanderont néanmoins comment ces juifs, assimilés pour la plupart, avec une assez mauvaise connaissance de leur propre tradition et sans s'être coordonnés autour d'un fil rouge au poignet ou d'un sac Steve's Packs Jerusalem auraient pu si bien mettre en musique de façon massive un message porté par leurs lointains ancêtres.<br /><br />La remarque est pertinente (et je m'en félicite ;-). Et le début de réponse, je l'ai trouvé dans le livre de <strong>Virginie Linhardt</strong>, la fille de Robert Linhardt: <em>Le jour où mon père s'est tu</em>.<br />Comme elle le dit elle-même, <em>"Robert Linhardt est une des figures les plus marquantes de Mai 68, mais aussi l'une des plus marquées"</em>. Pendant plus de vingt ans, son père n'a pas parlé. Au sens littéral du terme. Profondément atteint psychiquement, cet état a forcément eu un impact sur l'éducation et le développement de Virginie Linhardt.<br />Ce qu'elle tente d'analyser dans ce livre, mais en y ajoutant une très jolie petite idée: elle a rencontré de nombreux enfants de ces figures de mai 68: les progénitures d'Alain Krivine, d'Alain Geismar, d'Henri Weber et même de Benny Lévy.<br /><br />Ont-ils des points communs tous ces fils de révolutionnaires ? Apparemment oui. Ils ne sont pas allergiques à l'ordre, ils sont souvent moins voire pas du tout politisés comparativement à leurs ascendants. Ceux qui avaient plus de 10 ans à cette époque là ont très mal supporté les images de nudité, très fréquentes à l'époque.<br /><br /><p>Et puis, beaucoup étaient juifs. Et cela, au détour d'un passage, elle l'aborde cette question qui nous taraude. Pourquoi tant de juifs ? Qu'est-ce qui leur a pris ? </p><p>Il y a les réponses classiques: les Juifs étaient des compagnons de route historique du communisme. L'URSS avait tout de même pris Berlin, comme on l'a dit plus haut, le nom juif n'était pas étranger aux Soviétiques et l'idéologie initiale pouvait être comprise comme une transposition laïque du message thoraïque. Il était donc "normal" que les juifs s'investissent dans les mouvements étudiants et les groupuscules politique d'extrême-gauche.</p><p>La réponse de Virginie Linhardt tient en ces quelques mots: <strong>ça ne devait pas évident d'être juif après la guerre</strong>. On était survivant. Sans possibilité de s'exprimer au grand jour. Il fallait de plus s'intégrer pour les populations venant de l'Est. Ne pas se rebeller, surtout pas. Une angoisse sourde que le pire recommence. Pas de vagues. Il n'était pas encore permis de vivre, au sens de réaliser un potentiel et/ou une envie. Et puis mai 68 arrive. Avec ses mots d'ordre libérateurs: il est enfin possible à chaque juif de descendre dans la rue et de se défouler, d'exister et de sortir de cette situation pénible de mort-vivant induite par les suites de la Shoah.</p><p>Ce que Virginie Linhardt n'évoque pas, mais la continuité est évidente, c'est que 68 vient après 67 (merci, merci, on me remerciera un jour pour cette percée conceptuelle sans équivalent depuis Hegel). </p><br /><p><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0C3q9k5FI/AAAAAAAAAJM/xWn7Uw7-lHc/s1600-h/Geismar.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5187305501249299538" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 211px; CURSOR: hand; HEIGHT: 185px" height="225" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0C3q9k5FI/AAAAAAAAAJM/xWn7Uw7-lHc/s320/Geismar.jpg" width="250" border="0" /></a>Et 67, c'est la guerre des 6 jours. C'est la première fois depuis la guerre et même depuis que les Juifs habitent en France que des manifestants défilent en revendiquant publiquement et fortement leur attachement à une identité souvent passée sous le silence de la foi privée. Et si les Juifs de 68 ne se revendiquaient pas comme tel, Alain Geismar dans son récent ouvrage sur 68 rappelle qu'ils ont toujours fait très attention à encourager la cause palestinienne tout en restant extrêmement vigilant sur l'existence d'Israël. La chose est devenue plus rare aujourd'hui...</p><br /><br /><p><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0Cra9k5DI/AAAAAAAAAI8/m35iQk6A3Uk/s1600-h/Benny_Levy.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5187305290795902002" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R_0Cra9k5DI/AAAAAAAAAI8/m35iQk6A3Uk/s320/Benny_Levy.jpg" border="0" /></a>Ce qui s'est joué dans ces années-là, c'est la prise de conscience que des juifs pouvaient même après la Shoah reprendre en main leur destin. Qui s'est ensuite traduit par des chemins divers: un engagement politique traditionnel (Henri Weber), une fidélité à l'extrême-gauche (Alain Krivine) ou un retour à la sève juive originelle (Benny Lévy).</p><p>Mais ne serait-ce que pour cela, cet élan du coeur, ce souffle donnant à penser que le monde pouvait être changé et cette lucidité sur l'existence, il ne faut certainement pas liquider l'héritage de 68. Enfin pas complètement ;-)</p><br /><p></p><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-1365709913095785074?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-50619938316811272382008-03-20T10:58:00.008+01:002008-03-20T15:12:57.119+01:00Il changeait la vie - Exégèse de JJ.Goldman - Episode 1Je l'avais envisagé dans un billet précédent: une tentative d'exégèse talmudique de l'oeuvre de <strong>Jean-Jacques Goldman.</strong><br /><br />Pourquoi ? Parce que Jean-Jacques Goldman est juif ? C'est une condition nécessaire, mais pas suffisante.<br /><br /><br />La véritable raison, c'est que les chansons de Goldman ont une dimension particulière. Je n'irais pas jusqu'à dire prophétique, mais en tous cas, qui montrent une intuition très forte du message juif.<br /><br />Goldman est issu d'une famille particulière. Sa mère est une juive allemande, son père un juif polonais de Lublin. Il le revendique puisque dans la première de ses anthologies (Singulier), le petit livret montre son parcours qui commence par ses deux parents, représentés par un drapeau allemand et un drapeau polonais surmontés....d'une Maguen David.<br /><br /><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5179800884734822738" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R-JZdf3fiVI/AAAAAAAAAIM/de9tc8RWPLA/s320/Livret+Singulier.jpg" border="0" /><br />Comme beaucoup de juifs d'Europe à cette époque, la famille s'est éloignée de la tradition religieuse, pour en épouser une autre: le communisme et le rêve d'un monde plus juste. Cependant, et de façon également courante à l'époque, rompre avec la tradition ne veut pas dire rompre avec le peuple juif. Le père de Jean-Jacques Goldman a d'ailleurs joué régulièrement au basket dans un club de sport juif (le YASK: Yiddische Arbeiters Sport Klub) et on se souvient qu'avant la guerre il existait même des sections communistes "juives".<br /><br /><br />Donc, Goldman n'a jamais renié son appartenance au peuple juif. Mais ce qui est plus étonnant, et c'est là l'objet de ce billet, c'est que les paroles des chansons de Goldman sont stupéfiantes de similitude avec ce que le Talmud peut nous dire de l'homme et de sa condition.<br /><br />Combien de fois ai-je entendu une chanson de Goldman et l'ai-je rapproché d'un passage de la tradition juive ? Je n'oserais dire à chaque chanson mais presque. Et je ne parle pas là de chansons très explicites comme <u>"Comme toi"</u> sur la Shoah, mais de chansons qui apparemment n'ont aucun rapport avec la judéité.<br /><br /><br /><br />Ca c'était l'intro. Maintenant, pour la première, on va prendre une chanson dont l'évidence d'une existence d'étincelle juive saute aux yeux: <strong><u>Il changeait la vie</u>.</strong><br /><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R-JUFv3fiTI/AAAAAAAAAH8/rzwXzsAgXrs/s1600-h/Gris+clair.bmp"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5179794979154790706" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" height="250" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R-JUFv3fiTI/AAAAAAAAAH8/rzwXzsAgXrs/s320/Gris+clair.bmp" width="237" border="0" /></a><br /><strong></strong><br />Je vous rappelle les paroles de cette chanson issue de l'album "Entre Gris clair et Gris foncé":<br /><br /><br /><em>C'était un cordonnier, sans rien d'particulier</em><br /><em>Dans un village dont le nom m'a échappé</em><br /><em>Qui faisait des souliers si jolis, si légers</em><br /><em>Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter</em><br /><em>Il y mettait du temps, du talent et du cœur</em><br /><em>Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures</em><br /><em>Et loin des beaux discours, des grandes théories</em><br /><em>A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui</em><br /><em>Il changeait la vie</em><br /><br /><br /><br /><em>C'était un professeur, un simple professeur</em><br /><em>Qui pensait que savoir était un grand trésor</em><br /><em>Que tous les moins que rien n'avaient pour s'en sortir</em><br /><em>Que l'école et le droit qu'a chacun de s'instruire</em><br /><em>Il y mettait du temps, du talent et du cœur</em><br /><em>Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures</em><br /><em>E</em><em>t loin des beaux discours, des grandes théories</em><br /><em>A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui</em><br /><em>Il changeait la vie</em><br /><br /><em>C'était un p'tit bonhomme, rien qu'un tout p'tit bonhomme</em><br /><em>Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme</em><br /><em>Se croyait inutile, banni des autres hommes</em><br /><em>Il pleurait sur son saxophone</em><br /><em>Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur</em><br /><em>Les rêves de sa vie, les prisons de son cœur</em><br /><em>Et loin des beaux discours, des grandes théories</em><br /><em>Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris</em><br /><em>Il changeait la vie</em><br /><br /><strong></strong><br />Quelle est l'idée ? Que ce qui change le monde, ce ne sont pas les grands mouvements révolutionnaires. Que ce n'est pas la politique qui change profondément l'existence des hommes <a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R-JUdP3fiUI/AAAAAAAAAIE/_CR6KCPjQMg/s1600-h/ilchangeaitlavie.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5179795382881716546" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R-JUdP3fiUI/AAAAAAAAAIE/_CR6KCPjQMg/s320/ilchangeaitlavie.jpg" border="0" /></a>(sauf quand c'est un régime sanguinaire et que là pour le coup, la vie elle peut vraiment changer, mais je vous conseille pas trop...).<br /><br />L'efficacité, elle se déploie au niveau micro, au niveau de la relation interpersonnelle lorsqu'elle met en jeu l'effort personnel et constant qui, loin d'un état de grâce spontané, forge et polit le caractère et la grandeur d'un homme.<br /><br />Qui n'a jamais admiré les artisans pointilleux dans leur travail, parfois si précis et fiers de leur ouvrage qu'ils en oublient qu'il faut bien gagner sa vie et qu'après tout "un rapide tour de vis, personne n'y verra que du feu" ?<br /><br /><br />Cette permanence dans l'attention portée aux choses et aux hommes, est-ce cela que dit le Talmud ?<br /><br /><br />Il me semble qu'un passage bien connu, cité par <strong>Lévinas</strong> dans <u>Difficile Liberté</u> et <a href="http://lemondejuif.blogspot.com/2007/10/vayra-avraham-et-le-etrog.html">déjà évoqué dans ce blog</a> est à cet égard assez édifiant.<br /><br /><br />Je vous le remets ici:<br /><br /><br /><em>Ben Zomma a dit: "j'ai trouvé un verset qui contient toute la thora: <strong>Ecoute Israël, l'éternel est notre Dieu, l'éternel est un</strong><br />Ben Nanas a dit: j'ai trouvé un verset qui contient toute la thora: <strong>Tu aimeras ton prochain comme toi même</strong>"<br />Ben Pazi a dit: j'ai trouvé un verset qui contient toute la thora: <strong>Tu sacrifieras un agneau le matin et l'autre au crépuscule</strong>. </em><br /><em>Et Rabbi leur maître se dressa et décida: "La loi est selon Ben Pazi"</em><br /><br /><br />En lisant ce passage, je me suis dit que le "Ecoute Israël" et le "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" ressemblaient furieusement aux "Beaux discours et des Grandes théories" de Goldman.<br /><br />Et qu'à côté de cela, sacrifier un agneau le matin et le soir paraît quand même plus basique, terre à terre et pour tout dire d'une qualité d'âme beaucoup moins évidente que celle du cordonnier.<br /><br /><br />Mais c'est bien ça le message: le Maharal de Prague explique que le sacrifice dont parle Ben Pazi est le korban Tamid, le sacrifice perpetuel, dont l'interruption est interdite, dont la grandeur est bien cette constance dans l'action et l'amélioration de soi.<br /><br />Pour reprendre Lévinas: "<em>La quotidienne fidélité au geste rituel demande un courage plus calme, plus noble et plus grand que celui du guerrier".</em><br /><br /><em></em><br />Les deux premiers couplets de "Il changeait la vie" parlent bien de cela. Je dirais même que c'est une démarche très juive "litvak", lituanienne dans le sens où la mystique et la grâce ne peuvent rivaliser avec le travail, l'effort et l'étude intensive.<br /><br /><br />Le 3ème couplet sur le saxophoniste est plus étrange. Ce n'est pas un travailleur. C'est un peu un nul, un "malhabile". Pas très intelligent. Qui apparemment ne peut pas apporter grand chose au monde. Et pourtant son envie, sa ferveur, son enthousiasme ont réussi à faire exploser les écorces empêchant d'accéder à l'essence du désir de l'homme (à Dieu ?).<br /><br />Dans une des traditions du judaïsme, cela porte un nom. Cette tradition, c'est le hassidisme qui s'est constitué en opposition à la position exclusive des lituaniens.<br /><br />Un juif, même simple, peut accéder à une certaine dimension spirituelle grâce à une sincérité, une passion et une inspiration qui s'appellent la <em><strong>Hitlahavout</strong> </em>chez les hassidim.<br /><br /><br />Pendant longtemps (et pour certains le combat n'est pas fini) les lituaniens et les hassidim se sont violemment affrontés. Le rationnel contre le mystique. L'effort contre la ferveur. Le travail contre la passion.<br /><br />Il se pourrait que le judaïsme soit finalement une synthèse jamais aboutie de cette lutte.<br />Et bizarrement, c'est ce que j'entends dans <strong>Il changeait la vie</strong>.<br /><br />Un titre qui annonce bien une utopie toujours en mouvement.<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-5061993831681127238?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-5672164493729539102008-03-12T12:53:00.006+01:002008-03-12T17:47:44.606+01:00Pourim - Politique, Action et Judaïsme...<div><div>Bientôt Pourim !<br /><br />Selon l'interprétation du <strong>Ari Zal</strong> (Rabbi Itzhak Louria), un des plus grands kabbalistes de Safed au 16ème siècle, le jour de Kippour est appelé "Yom Hakippourim", littéralement: <em>"le jour qui est comme Pourim"</em>.</div><div><br /><em>"Comme"</em> ça dénote quand même une légère infériorité. Quand je lis dans l'Equipe d'hier: <em>"Ribéry c'est comme Zidane"</em>, ça veut quand même dire paradoxalement qu'il reste un peu de chemin à parcourir pour y arriver tout à fait.<br />D'où l'assertion à première vue étrange tendant à prouver que <strong>Pourim</strong> est une fête plus importante que Kippour et serait alors <strong>la fête la plus importante de l'année</strong>.<br /></div><br /><div>En réalité, c'est bien le cas.<br /></div><br /><div>Et ce n'est pas pour rien que de très nombreux sages ont écrit sur Pourim: le <strong>Maharal de Prague</strong> (Or Hadach), le <strong>Rema</strong> (Mehir Yaïn), le <strong>Malbim</strong>, etc, etc... sans compter les textes "officiels": un traité entier dans le Talmud (Meguila) et bien sûr le rouleau d'Esther.<br /><br /><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9gIfN6QlCI/AAAAAAAAAHY/1bwe4Y0IGD4/s1600-h/megila2.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5176897104065369122" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9gIfN6QlCI/AAAAAAAAAHY/1bwe4Y0IGD4/s320/megila2.gif" border="0" /></a>Cette Méguila, lue deux fois à Pourim, est étonnante à plus d'un titre si l'on veut bien se donner la peine de la lire autrement que comme une pièce tragico-comique pour enfants déguisés en Batman.<br /><br />1) Maïmonide dit dans son code de lois que l'ensemble des textes du Tanakh (Pentateuque, Prophètes, Hagiographes) a vocation à être annulé lors des temps messianiques...sauf la Meguilat Esther...Pourquoi ce statut si particulier ?<br /><br />2) La Halakha est qu'à Pourim, il faut se saoûler (littéralement) jusqu'à confondre "Béni soit Mordekhaï et Maudit soit Aman" avec "Béni soit Aman et Maudit soit Mordekhaï". </div><div>Si on prend Pourim au sérieux, c'est-à-dire la fête parlant notamment des tentatives d'extermination physique des Juifs (Hanouka commémorant les tentatives d'annulation spirituelle), imaginerait-on que la Tradition juive nous oblige par la Halakha à dire <em>"Béni soit Hitler et Maudit soit Mordekhai Anielewicz"</em> ?<br /><br />3) La Tradition juive explique qu'Esther était la femme de Mordekhaï (en plus d'être sa cousine: je ne sais pas d'où vient le mythe selon lequel Esther serait sa nièce). </div><div>Comment peut-on concevoir qu'un mari envoie sa femme à l'adultère pour plusieurs années et qu'en plus ce couple soit honoré par la Tradition ?<br /><br />4) Je ne sais pas si vous vous êtes attardés sur la fin de la Meguila, mais les Juifs tuent quand même 75000 personnes en une journée. Même aujourd'hui, on fait pas mieux...Et on a la dignité de ne pas être joyeux, de ne pas se saoûler et de ne pas faire un formidable festin...comme on le fait à Pourim !<br /><br />Il y aurait énormément de choses à dire sur chacun de ces points.<br /><br />Mais on va essayer de s'attarder sur le dernier verset de la Meguila.<br /><br />Il parle de la situation de Mordekhaï: </div><div><br /><em>"Et Mordekhaï le Juif était le 2ème personnage du royaume après le Roi Akhachveroch, était Grand parmi les Juifs, était apprécié par la majorité de ses frères, recherchait le bien pour son peuple, et travaillait à la paix pour toute sa descendance"</em>.<br /><br />Magnifique happy end. <a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9gIYd6QlBI/AAAAAAAAAHQ/eSGW9NuuJno/s1600-h/purim07.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5176896988101252114" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9gIYd6QlBI/AAAAAAAAAHQ/eSGW9NuuJno/s320/purim07.gif" border="0" /></a></div><div>Petit bug quand même: pourquoi n'était-il apprécié que par la majorité de son peuple ?<br /><br />La réponse de <strong>Rachi</strong> est intéressante. Celui-ci rapporte un passage du Talmud expliquant que Mordekhaï s'était éloigné de la Thora, ce qui lui a valu les reproches d'une partie du peuple.<br /></div><div>D'où le sait-on ?<br />Réponse de la Guemara: Pourim s'est passé à l'époque de l'entre-deux Temples, pendant l'exil de Babylone. Et Mardochée faisait à l'époque partie du Sanhédrin.<br />Or, dans le livre d'Ezra il est cité <em>"après 4"</em> c'est à dire qu'il était le 5ème membre le plus important du Sanhédrin.<br />Mais dans le livre de Néhémie (donc après Pourim), il est cité <em>"après 5"</em>, c'est à dire qu'il était le 6ème membre le plus important. Dans l'intervalle, il avait donc perdu une place.<br /><br /><u>Question:</u> qu'y a-t-il de si dramatique dans cette différence ? S'il était devenu impie, à la limite, mais là il n'a fait que descendre d'un grade parmi les Sages les plus éminents de sa génération ! Et puis que veut dire cette tournure de phrase inhabituelle du Talmud: <em>"après 4"</em> ou <em>"après 5"</em>. Ne pouvait-il pas dire 5ème et 6ème, comme dans toute compétition sportive qui se respecte ?<br />Est-ce vraiment cela qui lui a valu la désapprobation d'une partie du peuple ?</div><div><br />Petit détour par <strong>Maïmonide</strong> pour y répondre.<br />Allons voir le Michné Thora, le code de lois écrit par Maïmonide. </div><br /><div><strong>Chapitre: Les Lois concernant l'étude de la Thora</strong>, car c'est de cela dont il s'agit.</div><div><br /><em>"Soit une Mitzva qui se présente à quelqu'un qui étudie la Thora. Si quelqu'un d'autre peut assumer cette Mitzva, il la fait faire par quelqu'un d'autre. S'il ne peut pas, il interrompt son étude, va faire la Mitzva, puis retourne à son étude"</em>.<br /></div><br /><div>Cas concret: je suis en train d'étudier et mon portable sonne: ce sont mes parents. Ils sont à Roissy et me demandent de venir les chercher. Vu la Mitzva de respect des parents, je suis obligé d'y aller. Mais si j'ai un frère, celui-ci peut aussi la faire. De préférence, j'appelle donc mon frère pour qu'il assume cette Mitzva et que je puisse continuer mon étude. S'il ne peut pas (ou que je n'ai pas de frères et soeurs), je vais les chercher, les dépose, puis je retourne à mon étude.<br /><br />Bon, mais en quoi cette étude de la Thora est-elle si importante que je puisse faire l'impasse sur certaines Mitzvot ?<br />Réponse de Rambam: <strong>"Parce que l'étude mène à l'acte (Maasseh)"</strong>.<br /><br />Alors là attention. Comme à son habitude, Rambam est extrêmement précis dans ses termes. Remarquez qu'il n'a pas dit: <em>"l'étude mène à la pratique des Mitzvot"</em>, ce qu'on aurait plutôt compris, c'eût été plus religieusement correct.<br />Non, là Rambam parle de <strong>l'Acte</strong> de manière générale. En quoi l'étude peut-il mener à l'acte ? On connaît des gens qui ont étudié toutes leurs vies et qui ne sont jamais sorties de leur Yéchivot.<br /><br />Le maître dont le cours a inspiré ce billet (cf. ci-dessous) propose la démarche suivante: chacun de nous est plongé dans un rythme effréné de vie, dans laquelle il est confronté à des choix de vie, à des conventions sociales, à des engagements à prendre ou pas. Il est très difficile de faire la part entre ce que l'on fait parce qu'on y est profondément engagé de tout son être, et ce que l'on fait <strong>parce qu'on est déterminé par des conventions, des contraintes</strong>, des automatismes sociétales...<br />Ce que dit Maïmonide, c'est que l'étude de la Thora, c'est ce qui permet, par la confrontation au texte et à un compagnon d'étude, <strong>de faire accoucher d'un désir précis et personnel,</strong> dégagé des contingences environnantes et porteur d'un engagement fort.<br />Sans cette étude et cette remise en question permanente, le risque est de se laisser emporter par le flot de la vie, de se faire balloter par l'extérieur et d'oublier (ou de ne jamais connaître) ce qui est susceptible de nous parler et de nous faire agir.<br /><br />Ce que reproche le Talmud à Mardochée, c'est d'avoir oublié Maïmonide: bien sûr qu'il devait sauver le peuple juif et accéder au pouvoir. C'était son rôle et il était le seul à pouvoir le faire, comme d'aller chercher ses parents à l'aéroport. Mais après que le peuple a été sauvé, son obligation était de retourner à l'étude de la Thora, pour éviter d'être prisonnier d'une pratique du pouvoir "automatique", portée par l'orgueil, l'ambition ou le sentiment si commun chez les politiques, d'être irremplaçable.<br />De se laisser porter par l'extérieur, plutôt que de rechercher au fond de lui via l'étude de la Thora, son avenir existentiel.<br /><br />On peut maintenant également répondre à l'expression <em>"après 4"</em> ou <em>"après 5"</em>. L'étude de la Thora, c'est un combat. Un confrontation. L'étude de la Thora ne se fait jamais tout seul. </div><br /><div>La grande différence entre les lieux d'études juifs et non-juifs, c'est le bruit. Dans une maison d'étude, le dialogue est permanent, les arguments fusent dans un brouhaha ininterrompu. Dans une bibliothèque occidentale, c'est le silence absolu qui prévaut. La plupart du temps pour <strong>ne pas déranger </strong>l'homme qui lit. </div><br /><div>Ne pas déranger, c'est justement ce que la Thora refuse. Elle a pour objectif de déranger, voire de bouleverser le train-train dans lequel il est si facile de s'installer.</div><div><br />Ce que veut dire ce décalage de place, c'est que Mordekhaï a laissé quelqu'un d'autre accéder à une interrogation existentielle sur ses actes plus profondes que la sienne, pour céder aux sirènes du pouvoir. </div><br /><div>Et c'est bien cela que lui ont reproché un partie des membres du Sanhédrin... </div><br /><div></div><div>Cette interprétation nous donne une vision très particulière du rôle de la politique. Elle est considérée avec méfiance par la tradition juive. Complètement indispensable pour l'organisation de la cité, elle est néanmoins porteuse de dangers de perdition pour l'homme qui s'y engage au point d'y perdre sa propre individualité. </div><br /><div>L'antidote, c'est une occupation intellectuelle, désintéressée, qui ne rapporte ni argent ni pouvoir et qui est parfois susceptible de nous placer en désequilibre. </div><br /><div>Autant de spécificités à l'étude de la Thora qui permettent finalement à l'homme d'accéder à une véritable liberté.</div><br /><div></div><div><em>Ce billet est librement inspiré d'une série de cours donné par le Rav Gérard Zyzek sur Pourim.</em></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-567216449372953910?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-28080636445572737752008-03-06T22:59:00.007+01:002008-03-09T01:54:34.780+01:00Gad Elmaleh à la Yéchiva<div><div><a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9M0lt6Qk-I/AAAAAAAAAG4/iHLAM-wEDQw/s1600-h/jerry_seinfeld__1_.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5175538219362587618" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9M0lt6Qk-I/AAAAAAAAAG4/iHLAM-wEDQw/s200/jerry_seinfeld__1_.jpg" border="0" /></a><br /><div><div>Il existe une longue tradition de comiques juifs.<br /><br />Aux Etats-Unis bien sûr, avec Woody Allen, Jerry Seinfeld ou Lenny Bruce, symboles de l'humour juif ashkénaze mais aussi de ce type si particulier qu'est le stand-up: un homme capable d'amuser pendant près de deux heures dans une sorte de conversation avec son public.<br /><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9M0wN6Qk_I/AAAAAAAAAHA/CwDoA1rs3i8/s1600-h/lenny+bruce.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5175538399751214066" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9M0wN6Qk_I/AAAAAAAAAHA/CwDoA1rs3i8/s200/lenny+bruce.jpg" border="0" /></a><br />En France, les spectacles comiques juifs ont (malgré Popeck) été souvent attachés à l'imaginaire séfarade: Michel Boujenah évidemment, mais aussi dans une moindre mesure Elie Semoun ou Elie Kakou, sans compter ce monument d'euphémisation du judaïsme d'Afrique du Nord qu'est La Vérité Si je Mens. </div><div><br /><a href="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9M04d6QlAI/AAAAAAAAAHI/6gXO9GekTS8/s1600-h/boujenah.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5175538541485134850" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R9M04d6QlAI/AAAAAAAAAHI/6gXO9GekTS8/s200/boujenah.jpg" border="0" /></a><br />Gad Elmaleh est un cas à part: il rentre bien sûr aussi dans ce schéma du juif séfarade un peu désorienté lorsqu'il arrive dans une contrée froide et (apparemment) peu accueillante et il a joué dans la deuxième version de la "Vérité" ("C'est la porte ouverte à toutes les fenêtres" est devenue culte...).<br />Mais Gad Elmaleh a évolué dans ses derniers spectacles vers un mode comique plus proche du stand-up américain. Plus éloigné de ses origines dont il ne fait plus un fond de commerce ressassé à longueur de spectacle. Bref, un véritable artiste qui sait se renouveler.<br /><br />Mais ce qui est aussi paradoxal, c'est que Gad Elmaleh est peut-être le comique juif (toutes catégories confondues) qui a la connaissance la plus approfondie de ce qu'est le judaïsme en tant que mode de vie et pratique religieuse.<br /><br />La preuve ? Ce spectacle inédit (à mon avis donné au Zénith pour Méir Panim) dans lequel le sketch de la comptine prend un tour très particulier: qui eut cru que la Guemara, Rachi ou Rabbi Elazar ferait un jour une incursion explicite (et non plus implicite comme dans tout humour véritablement juif) dans un one-man show comique ?<br /><br /><br /><embed src="http://www.youtube.com/v/rKdiKVxZG1s" width="425" height="355" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent"></embed> </div></div></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-2808063644557273775?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-34632308694312896032008-03-03T11:53:00.000+01:002008-03-04T11:55:47.414+01:00La preuve irréfutable de l'existence de DieuL'existence de Dieu est une question philosophique majeure qui a occupé de très nombreux penseurs à travers les siècles. Aujourd'hui, l'état de l'Art consiste à dire qu'il s'agit d'une question insoluble ou plutôt, indémontrable. <div><br /><div></div><div>Il ne serait pas possible de prouver l'existence de Dieu. Il serait également impossible de prouver sa non-existence.</div><br /><div></div><div>Or, bien évidemment, même si c'est loin d'être un sujet de préoccupation majeur pour un étudiant en Yéchiva, n'importe quel juif un peu versé dans l'étude des textes sait qu'il existe une preuve complètement irréfutable de l'existence de Dieu.</div><br /><div></div><div>Je sais, vous vibrez d'impatience, mais avant de vous donner cette pépite, il nous faut faire un bref rappel historique et culturel sur deux grands maîtres de la tradition juive: <strong>Maïmonide</strong> et le <strong>Raavad</strong>.</div><br /><div></div><div>Maïmonide, tout le monde connaît, <em>"De Moïse (le prophète) à Moïse (Maïmonide), il ne s'est levé aucun homme comme Moïse".</em></div><br /><div>Talmudiste, penseur nourri de philosophie aristotélicienne, décisionnaire sans équivalent, Maïmonide (ou Rambam: Rabbi Moché Ben Maïmon) a marqué jusqu'à aujourd'hui notre façon d'envisager la Thora et le judaïsme. </div><br /><div>Son oeuvre maîtresse ? Plus que le <u>Guide des Egarés</u>, c'est le <u>Michné Thora</u> qu'il faut retenir: somme inégalée de l'ensemble des lois recensées dans le Talmud, compilées, assemblées, structurées et synthétisées dans un hébreu d'une limpidité de cristal.</div><div></div><br /><div>Oeuvre majeure, mais évidemment très critiquée. Pourquoi ? Parce que Maïmonide a eu l'outrecuidance de penser avoir produit le <em>"code ultime" </em>qui rendrait caduc toute référence au Talmud pour les décisions pratiques et la fixation de la halakha. </div><br /><div>Aucune source en effet n'apparaît dans le Michné Thora de Maïmonide. Ambition peut-être un peu démesurée, même pour le grand Maïmonide.</div><br /><div></div><div>Et c'est là qu'apparaît <strong>Rabbi Avraham ben David de Posquières</strong>, dit le Raavad. Posquières étant un charment (j'imagine) village de Provence où vécut et enseigna cet éminent maître.</div><br /><div>Le Raavad (ou Reeved selon l'accent ashkénaze), a été un des plus virulents commentateur de Maïmonide. Quasiment à chaque passage du Michné Thora, le Raavad intervient, remet en cause, critique, met en pièces les assertions (non sourcées il faut le rappeler de Maïmonide). </div><br /><div>L'énergie du Raavad, il la puise dans une volonté de contrer ce qu'il lui apparaît comme un risque majeur pour les juifs: qu'ils ne s'en tiennent qu'à la lecture d'un code de lois, sans s'immerger dans l'Etude, la vraie, c'est à dire celle du Talmud et de ces commentateurs.</div><br /><div>Match nul: les oeuvres de synthèses halakhiques ont proliféré à la suite du Rambam. Le <u>Choulkhan Aroukh</u> de Rabbi Yosef Caro au 16ème siècle, puis le <u>Michna Beroura</u> au 19ème ou le <u>Yalkout Yosef</u> du Rav Itzhak Yosef, basé sur les responsa et les décisions de son père le Rav Ovadia Yosef.</div><br /><div>Maïmonide n'a donc pas produit le code ultime, mais il a lancé une tendance de fond qui ne s'arrêtera plus.</div><br /><div>Mais ces oeuvres n'ont pas supprimé, loin de là, les Yéchivot et centres d'étude dans lesquels la Guemara est toujours l'objet de préoccupation principale. Le Raavad est donc légitimé dans sa critique: en effet, la vitalité du judaïsme n'a pu prospérer que par la continuité de l'étude du Talmud, jusqu'à aujourd'hui.</div><div></div><br /><div>Toujours est-il que la lutte entre ces deux là a été acharnée, sur des sujets aussi divers que le statut du mont du Temple, les endroits où on peut embrasser sa femme (Rambam dit partout, le Raavad s'y oppose), la question de savoir si l'interdiction noachide de "Ever min hahai" s'applique aussi à la volaille et même sur un sujet qui nous paraît aujourd'hui recueillir l'unanimité des forces vives du judaïsme: la <strong>corporéalité de Dieu</strong>.</div><br /><div>En fait le Rambam et le Raavad sont d'accord pour dire que Dieu n'a pas de corps et que les anthropomorphismes de la Thora sont évidemment d'ordre allusif, mais si le Rambam considère qu'un tenant de la position inverse est un hérétique, le Raavad considère seulement qu'il a fait une erreur intellectuelle qui n'est pas passible du qualificatif d'hérésie avec tout ce que cela peut impliquer en pratique.</div><br /><div></div><br /><div>Bref, ils ne sont d'accord sur presque rien.</div><br /><div></div><br /><a href="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R80p645eA-I/AAAAAAAAAGo/Z7C5HJaVK24/s1600-h/Michné+Thora.gif"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5173837638601147362" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R80p645eA-I/AAAAAAAAAGo/Z7C5HJaVK24/s320/Michn%C3%A9+Thora.gif" border="0" /></a><br /><div>Mais, revenons donc à notre sujet. Le début du Michné Thora de Maïmonide concerne les "Halakhot" dites de "connaissance". C'est en réalité une introduction aux fondements sur lesquels repose la foi juive.</div><br /><br /><div>Ca commence comme ça <em><strong>"Le fondement des fondements et le pilier des sagesses est de savoir qu'il existe une cause première (Matsouï Richon)"</strong></em> .</div><br /><br /><div>Mine de rien, cette phrase (et bien d'autres ensuite, notamment dans le Guide des Egarés) est une réfutation formelle avant l'heure des théories de <strong>Spinoza</strong>. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que celui-ci revient souvent longuement sur l'oeuvre de Maïmonide, qu'il sait très explicitement opposé à sa thèse panthéiste.</div><br /><br /><div>Après un bref développement sur cette notion de <em>"Cause première"</em>, le Rambam poursuit: <em><strong>"Cette cause première, c'est le Dieu du monde, le maître de la terre."</strong></em></div><div><em></em></div><br /><div>A ce moment là, l'étudiant en Yéchiva va chercher fébrilement ce qu'en dit le Raavad. Et vous savez quoi ? <strong>Le Raavad n'en dit rien.</strong> </div><br /><div>C'est donc qu'il n'a rien à dire sur le sujet et qu'il est (pour une fois) en accord avec Maïmonide.</div><br /><div><u>Résultat:</u> la proposition "Dieu existe" n'est pas remise en cause par le Raavad, c'est donc qu'elle est vraie. </div><br /><div><strong>CQFD ;-)</strong></div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-3463230869431289603?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com4tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-72557503012393371672008-02-12T12:17:00.000+01:002008-02-12T16:01:21.131+01:00Communauté juive: Turbulences à prévoir sur le 1er semestre 2008Attachez vos ceintures, le premier semestre 2008 va être agité pour la communauté juive de France. Au programme:<br /><br />- Le <strong>dîner du CRIF</strong> le 13 février avec comme invité d'honneur, rien moins que le Président de la République<br />- La <strong>première visite d'Etat</strong> de l'ère Sarkozy d'un Chef d'Etat étranger: <strong>Shimon Peres</strong> en mars<br />- Visite couplée avec <strong>l'organisation du Salon du Livre</strong> qui met cette année à l'honneur la littérature israélienne<br />- <strong>L'élection du Grand-Rabbin de France</strong> et du Président du Consistoire Central le 22 juin<br />- <strong>L'élection du Grand-Rabbin de Paris</strong> (je ne sais pas trop quand...;-)<br /><br />Pourquoi s'attendre à des turbulences ? Mes pronostics:<br /><br /><u><strong>Le Dîner du CRIF</strong></u><br /><strong><u></u></strong><br />Historiquement, le dîner du CRIF (créé par l'ancienne directrice générale du CRIF Jacqueline Keller sous la présidence de Théo Klein), était un moyen efficace mais discret de dialoguer de façon constructive et régulière avec les représentants des autorités de l'Etat.<br />Il a depuis, et notamment sous la présidence de Roger Cukierman, pris une toute autre ampleur, dont on se demande si elle est véritablement positive.<br /><br />Interrogeons-nous notamment sur les aspects suivants:<br /><br />- Est-il vraiment nécessaire d'inviter plus de 800 personnes, dont la plupart sont des notables de la communauté juive pouvant payer 500€ par tête pour prendre un jus d'orange en compagnie des ministres de la République ou d'Enrico Macias ? Le dialogue serait-il plus fécond grâce à la présence d'Alexandre Arcady et d'on ne sait quel PDG ? Où la vague people a aussi touché de plein fouet une institution aussi respectable que le CRIF...<br /><br />- Quel est l'impact de la médiatisation croissante de ce dîner ? Depuis l'année dernière, il est désormais télévisé sur Public Sénat (merci Elkabbach...), ce qui implique que tous ceux qui reçoivent la TNT en France (plus de 15 millions de foyers) pourront désormais voir ce qu'on espère être une exception: la prise à partie en direct et plutôt vexante du premier ministre français, comme cela a été le cas il y a quelques années. Le CRIF a-t-il correctement mesuré les conséquences d'une telle décision ?<br /><br />- Quelle instance du CRIF a eu la brillante idée d'inviter le Président de la République à ce dîner 2008 ? Pour dire les choses clairement, il s'agit d'une erreur politique assez grossière. D'abord, cela rompt avec la tradition consistant à honorer le Premier Ministre. Celle-ci se justifiait: c'est avec le gouvernement, donc avec son dirigeant, qu'on traite des questions politiques, qu'on se permet d'afficher parfois des désaccords ou d'encourager telle ou telle action. Pas avec le Président qui se doit de garder une certaine distance avec ces problématiques et à qui on ne s'autorisera certainement pas d'émettre le moindre reproche. De façon plus conjoncturelle, le CRIF a misé sur le mauvais cheval: ils ont invité un Président affaibli et peut-être vexé un Premier Ministre en plein épanouissement populaire.<br /><br />Bref, j'attends de voir avec impatience le compte-rendu des médias sur ce dîner et suis même très étonné que la couverture médiatique soit encore si faible....<br /><br /><u><strong>La visite d'Etat et le Salon du Livre:</strong></u><br /><strong><u></u></strong><br />Là, c'est nettement plus réjouissant. Je me délecte déjà de deux événements:<br />- Naviguer dans les travées du Salon du Livre en discutant avec Aharon Appelfeld, A.B Yeoshoua, Etgar Keret, Amos Oz ou Orly Castel-Bloom. Ca c'est pour le côté intello.<br />- Pour le côté plus instinctif, le simple plaisir déjà éprouvé en 2004 de remonter les Champs-Elysées ornés pour l'occasion des drapeaux français et israéliens ;-)<br /><br />Bien entendu, cette apparition spectaculaire d'Israël dans l'agenda politique et culturel français n'ira pas sans susciter de nombreux commentaires et articles dans la presse qui seront évidemment plus ou moins aimables... Nous verrons bien !<br /><br />Quant aux prochaines élections "rabbiniques" et consistoriales, elles méritent un billet à part que je ne manquerai pas de publier dans les plus brefs délais. Car ce sont celles-là qui auront peut-être le plus d'impacts sur la Communauté juive, bien plus que le dîner du CRIF ou la visite de Shimon Peres !<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-7255750301239337167?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-81090501151759555772008-02-07T18:02:00.000+01:002008-02-10T11:54:56.872+01:00Le "Monde juif d'or" de la meilleure série juive est...On assiste depuis quelques années à une explosion des séries américaines, qui sont d'excellente qualité, tant du point de vue du scénario, que du jeu des acteurs ou de la méthode de réalisation.<br /><br />Petit jeu anodin qui n'a pas grande importance mais qui me plaît bien: quelle est la série qui s'approche le plus de l'esprit du judaïsme ?<br /><br />Voyons voir les possibles vainqueurs...:<br /><br />- <strong>24</strong> ? avec Jack Bauer dans le rôle du Messie qui nous sauverait de la guerre finale entre Gog et Magog ?<br />Disons que le côté "tout est permis" et "la fin justifie les moyens" paraît légèrement décalé par rapport à un message qui recommande de porter une attention toute particulière à l'être humain. Et puis, ce n'est pas l'humour et la dérision qui l'emportent dans cette série, alors qu'il s'agit d'un critère pourtant déterminant pour l'attribution du "Monde juif d'or".<br /><br />- <strong>Heroes</strong> ? Où il serait tentant de faire le parallèle entre la situation de minorité des "mutants" qui doivent gérer une particularité leur donnant une responsabilité particulière et le peuple juif, historiquement minoritaire, mais souvent appelé le "Peuple élu" depuis que Dieu leur a confié la Thora ? Le don de se régénérer de la Cheerleader serait-il semblable à la capacité maintes fois démontrée du peuple juif de se relever des catastrophes les plus atroces ?<br />Je suis pas encore convaincu. Car dans ce cas, qui est Sylar ? Un Juif renégat ? Et puis encore une fois, ils se prennent quand même très au sérieux ces "Heroes", ce qui n'est heureusement pas tout le temps le cas des Juifs.<br /><br />- <strong>Desperate Housewives </strong>? Là c'est sûr, c'est déjà plus marrant. Mais le rapport avec le judaïsme, je le vois pas. Depuis quand le judaïsme aspire-t-il à une vie bourgeoise sans remise en question existentielle ni aspiration à la transcendance ?<br /><br />- <strong>Sex and the city ? </strong>pour son approche décomplexée de la sexualité ? Certes, le judaïsme n'est pas puritain. Il est néanmoins pudique (ce qui est très différent) et met l'accent sur la relation unique capable d'associer un homme et une femme. Ce qui n'est pas vraiment la trame principales de la série.<br /><br /><br />Bon, ne cherchez pas, il n'y a qu'une série au monde qui puisse prétendre et de loin au trophée si convoité de "Monde juif d'or de la meilleure série juive".<br /><br />C'est une série où l'ironie, l'humour, la volonté de comprendre, le refus des faux-semblants prennent une place centrale. Cette série, c'est..... <strong>Dr House</strong>.<br /><br />Pour rappel, le Dr House c'est ce brillant médecin diagnosticien qui ne se met à travailler que lorsqu'il a un cas vraiment intéressant à traiter, qui se fout de l'état psychologique de son patient mais qui veut absolument comprendre les tenants et les aboutissants de la maladie, très ironique envers son équipe et en fait avec la plupart des gens qui l'entourent.<br /><br /><br /><br /><a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R6tWHu1ww5I/AAAAAAAAAGI/LwsKJkIO_Ik/s1600-h/Dr+House.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5164316088543003538" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R6tWHu1ww5I/AAAAAAAAAGI/LwsKJkIO_Ik/s320/Dr+House.jpg" border="0" /></a><br />Quelques citations pour prouver le bien-fondé de mon diagnostic:<br /><br />D'abord sur la religion, qu'en pense Dr House ?<br /><br /><em>"Vous pouvez croire autant que vous voulez aux esprits, à la vie après la mort, au paradis et à l'enfer, mais quand il s'agit du monde ici-bas, ne faites pas l'idiot. Parce que vous pouvez me dire que vous vous en remettez à Dieu pour chaque moment de votre vie. Mais quand vous devez traverser une rue, je sais que vous regardez toujours des deux côtés".</em><br /><br /><br />N'est-ce pas une métaphore parfaite pour le Juif qui, s'il sait que Dieu existe, doit aussi savoir qu'il est interdit de s'en remettre aux miracles dans sa vie quotidienne et qu'il doit se prendre en main pour sanctifier ce monde en respectant ses règles ?<br /><br />Dans le même ordre d'idée, celle-là est sympa aussi: <em>"Vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Dieu vous parle, vous êtes psychotique"</em><br /><br />Ensuite, c'est quand même quelqu'un qui ne se laisse pas berner par la guimauve ambiante et qui sait souvent aller à l'encontre de l'ambiance de l'époque, ce qui est peut-être la raison d'être ultime du pouvoir subversif du Talmud.<br /><br />Commençons light: <em>"Vous connaissez la phrase "On ne peut pas vivre sans amour" ? Et bien l'oxygène c'est encore plus important"</em><br /><br />Et puis, Dr House, c'est tout de même le modèle de l'étudiant en Yéchiva. Celui qui cherche à comprendre au-delà de la simple évidence. Qui continue à argumenter, à creuser le sens, à rechercher une exigence de vérité qui refuse la douce satisfaction de l'évidence trompeuse. Quelques exemples:<br /><br /><br /><em><span style="color:#330099;">"Foreman: Son taux de saturation d'oxygène est normal</span></em><br /><em><span style="color:#cc0000;">House: Non, il est 1% en dessous de la normale</span></em><br /><em><span style="color:#330099;">Foreman: C'est dans la fourchette. C'est normal</span></em><br /><em><span style="color:#cc0000;">House: Si son ADN était 1% en dessous de la normale, elle serait un dauphin"</span></em><br /><br /><br /><em><span style="color:#330099;">"Cameron: les chances qu'il ait été infecté sont proche de zéro</span></em><br /><em><span style="color:#cc0000;">House: J'ai jamais été bon en maths, mais proche de zéro c'est plus grand que zéro"</span></em><br /><br /><br /><p>Comment ne pas penser à faire le rapprochement entre House et Rabbi Eliezer. Rabbi Eliezer qui, parce qu'il était certain d'être dans le vrai, est allé à l'encontre de ses collègues, mobilisant des forces surnaturelles, faisant se courber les murs ou remonter le cours d'une rivière pour prouver qu'il était sûr de ses convictions. Même une voix divine lui a donné raison, ça n'a pas convaincu ses collègues majoritaires. Depuis cet épisode, Rabbi Eliezer a du vivre l'écart de l'académie talmudique, loin de ses collègues et de l'honneur qui s'y attache, par attachement à ce qu'il pensait être une position créatrice de sens pour l'homme.</p>Quand je repense à cette histoire, c'est House que je vois, un brillant diagnosticien, reconnu par ses pairs, mais qui ne vit que par la passion de toucher le vrai sans se soucier des apparats sociaux.<br /><a href="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R6tWeu1ww6I/AAAAAAAAAGQ/UgkjyLuam60/s1600-h/House+2.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5164316483679994786" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R6tWeu1ww6I/AAAAAAAAAGQ/UgkjyLuam60/s320/House+2.jpg" border="0" /></a><br /><br /><br /><br /><p>Lorsqu'il est sérieux, House est parfois capable de nous donner des leçons de vie. Dans une des épisodes que je préfère, Foreman hésite entre rester avec House et partir s'associer avec un brillant collègue de la côte Ouest, très à l'aise avec les paillettes et toute la reconnaissance sociale qui va avec un statut de star de la médecine.</p><br />House et Foreman ont alors une discussion serrée:<br /><br /><br /><p><em><span><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(204, 0, 0);">Dr. Gregory House: J'ai vérifié, c'est un très bon docteur et vous pensez qu'il est meilleur que moi</span></span></em></p><p><em><span style="color:#000066;">Dr. Eric Foreman: Vous avez un problème d'ego ?<span class="Apple-style-span" style="color: rgb(204, 0, 0); "></span></span></em></p><p><em><span style="color:#000066;"><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(204, 0, 0); ">Dr. Gregory House: Répondre à cette question ne changera pas la manière dont je me perçois, peut affecter l'opinion que j'ai de vous, mais ne doit pas affecter l'opinion que vous vous faites de vous-même. Je suis perplexe. Si vous pensez qu'il est meilleur que moi, vous devriez prendre le boulot qu'il vous offre. Sinon, laissez-le vous offrir encore deux ou trois déjeuners où vous évoquerez le bon temps et puis déclinez poliment.<span class="Apple-style-span" style="color: rgb(0, 0, 102); "></span></span></span></em></p><p><em><span style="color:#000066;"><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(204, 0, 0); "><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(0, 0, 102); ">Dr. Eric Foreman: C'est aussi simple que ça ? Je devrais faire abstraction des moqueries et de la maltraitance ?</span></span></span></em></p><div><em><span style="color:#cc0000;">Dr. Gregory House: Je vous maltraite ?<span class="Apple-style-span" style="color: rgb(0, 0, 102); "></span></span></em></div><div><em><span style="color:#cc0000;"><span class="Apple-style-span" style="color: rgb(0, 0, 102); ">Dr. Eric Foreman: Si vous me maltraitez ? Si je fais une erreur....</span></span></em></div><div><em><span style="color:#cc0000;">Dr. Gregory House: Je vous en tiens pour responsable, et alors ?</span></em><br /><em><span style="color:#000066;">Dr. Eric Foreman: Le Dr. Hamilton pardonne lui, il est capable d'aller de l'avant.</span></em><br /><em><span style="color:#cc0000;">Dr. Gregory House: Ce n'est pas ce qu'il fait</span></em><br /><em><span style="color:#000066;">Dr. Eric Foreman: J'ai foiré le traitement de son patient. Il m'a dit…</span></em><br /><em><span style="color:#cc0000;">Dr. Gregory House: Il n'a jamais dit que vous étiez pardonné. J'étais là. Il a dit que ce n'était pas votre faute</span></em><br /><em><span style="color:#000066;">Dr. Eric Foreman: Et alors ?</span></em><br /><em><span style="color:#cc0000;">Dr. Gregory House: Et alors c'était votre faute ! Vous avez pris un risque, vous avez fait quelque chose de bien. Vous aviez tort, mais c'était bien. Vous devriez vous sentir bien d'avoir fait quelque chose de bien. Vous devriez vous sentir comme de la merde d'avoir eu tort, mais c'est ça la différence entre lui et moi. Il croit qu'il faut faire son job et qui vivra verra. Je crois que ce que je fais et ce que vous faites a de l'importance. Il dort mieux la nuit, il ne devrait pas."</span></em><br /><br />Je n'ai pas encore vu de définition plus claire de ce qu'est la responsabilité et de l'importance des actions de l'homme dans ce monde.<br /><br />Vainqueur: <strong>Dr House</strong>, sans hésitation !<br /><br /><em>PS: vous remarquerez que n'a pas été pris en compte le fait que Dr House, s'il n'est pas juif est entouré de Juifs dans la série puisque les Dr Wilson et Cuddy sont juifs et que le producteur exécutif de Dr House n'est autre que Bryan Singer (Usual Suspects, X-Men,...), juif également.. </em></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-8109050115175955577?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com4tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-2485402399526615092008-02-02T20:48:00.000+01:002008-02-03T11:44:50.045+01:00Halakha - un petit exemple de méthode<div>La Halakha est un concept central dans toute vie juive qui se respecte. Mais c'est aussi une notion complexe donc controversée.</div><br /><div>Parfois cible du monde non-juif qui la considère comme une sorte de ritualisme (opposée à une vie spirituelle plus "intérieure"), elle est parfois également interrogée par le monde juif qui en plus des reproches classiques, lui fait grief d'avoir déformé la fulgurance intiale du don de la Thora en déclinant certains préceptes forts en de petites règles mesquines qui n'auraient plus rien à voir avec "le message universel reçu au Sinaï et dont le peuple juif est le garant".</div><br /><div> </div><div>De manière plus concrète, certains milieux "juifs laïques", avec peut-être un peu de mauvaise foi, s'acharnent sur certains "incohérences":</div><br /><div>- comment un Loi peut-elle différer entre "Séfarades" et "Ashkénazes" ? Ne sommes-nous donc pas un seul peuple devant obéir à un enseignement identique ?</div><br /><div>- La Thora est divine, je veux bien, mais je me refuse à obéir à tous les preceptes ultérieurs décrétés par des rabbins, qui sont des hommes comme vous et moi.</div><div><br /></div><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R6WaOu1ww4I/AAAAAAAAAGA/kDGhZ-cs9GA/s320/31SP0738SGL._SS500_.jpg" border="0" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5162702125732512642" /><div>Je dis "de mauvaise foi", parce qu'en réalité,il suffit d'ouvrir quelques bouquins de vulgarisation pas trop mal foutus (ex: Explorations Talmudiques de Georges Hansel aux éditions Odile Jacob qui lui est très bien foutu) pour comprendre la cohérence de l'ensemble du corpus halakhique et la dimension absolument essentielle de l'intervention humaine dans la fixation de la Loi, ce qu'on appelle toujours aujourd'hui la Thora orale (par opposition à la Thora écrite qui rassemble les écrits bibliques tels que les chrétiens les connaissent également, à quelques nuances près).</div><div><br /></div><br /><div>Mais il est plus compliqué de se plonger dans le Talmud et les décisionnaires ultérieurs pour comprendre précisément le cheminement intellectuel et juridique de la fixation de la halakha dans le temps.</div><div> </div><div> </div>Ce billet ne se veut pas une réponse théorique charpentée aux questions posées ci-dessus. Il s'agit seulement d'un petit exemple de méthode de fixation de la halakha à propos du commandement biblique bien connu: "Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère". <div>Ce verset, est à la base de toute la pratique juive sur le mélange interdit entre la viande et le lait.<br /><br /><div>L'idée du développement ci-dessous est de savoir comment les sages ont répondu à la question toute pratique: <span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;"></span></div><div><span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">"peut-on manger des pâtes cuites dans une marmite où de la viande a cuit au préalable, et les mélanger avec du fromage ?"</span></div><br /><div>Quel est le problème ? Il se peut que les pâtes cuites dans une marmite où de la viande a cuit prennent un statut "viande" et ne peuvent donc pas être mélangées avec du fromage puisqu'il est interdit de manger de la viande et des laitages dans le même repas.</div><br /><div>Allons-y:</div><br /><div><u><span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">L'origine</span></u></div><br /><div> </div><div>D’abord, il y a la source écrite susmentionné dans la bible : <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">« tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère »</span>. </div><br /><div>Très bien. Sauf que ça ne précise aucune modalité pratique et les applications de cette loi. </div><br /><div>Est-ce à prendre au sens littéral ? Non, c’est rarement le cas. Et c’est la tradition orale qui vient nous préciser les détails. </div><br /><div>La Tradition orale, c’est d’abord la Michna, puis la Guemara, qui forment le Talmud. </div><br /><div>Sur le sujet pratique qui nous occupe, la source dans le Talmud est à trouver dans le traité <span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">Houlin</span> (qui est un des noms des nombreux traités du Talmud). </div><br /><div>Le cas du Talmud est le suivant : supposons qu’un poisson ait été cuit, puis posé sur un plat qui sert habituellement à accueillir de la viande. Peut-on manger ce poisson avec du lait (ou du beurre, c’est meilleur) dans une assiette lait ? </div><br /><div><u><span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">Le concept de Noten Taam</span></u></div><br /><div> </div><div>Pour y répondre, il faut d’abord se demander pourquoi ça poserait un quelconque problème. Parce qu’au préalable, il faut avoir connaissance d’une notion conceptuelle talmudique appelée <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">« Noten Taam », « Qui donne le goût ». </span></div><br /><div>Une viande cuite dans une marmite va « communiquer le goût » de la viande à la marmite, qui sera potentiellement capable de la retransmettre à un futur aliment lors d’une prochaine cuisson. C’est la raison pour laquelle on a 2 vaisselles : il est impossible de cuire du lait dans une marmite viande vu que la marmite va « communiquer » le goût de la viande au lait, ce qui est interdit. </div><div>Une remarque: cette notion n'est pas un concept d'ordre physique même si des éléments de cet ordre peuvent intervenir (il y a une différence par exemple entre un récipient en céramique et un ustensile en verre). Il s'agit avant tout d'une notion juridique.</div><br /><div>Tout le monde suit ? </div><br /><div>Bon, maintenant abordons une autre notion qui s’appelle «<span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;"> Noten Taam lifgam »</span>. </div><br /><div>Concrètement la question est : cette propriété de pouvoir communiquer ce goût est-il éternel ? Réponse : non. Au bout de 24 heures, si la marmite n’a pas été utilisée, la marmite perd son pouvoir de communiquer le goût de viande. </div><br /><div>Ah, mais alors : si la marmite n’a plus ce pouvoir après 24 heures, cela veut dire qu’on peut même cuire du lait dans cette marmite ?!! </div><br /><div>Réponse : c’est là que nous allons aborder les notions de <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">« Lehatkhila »</span> et <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">« Bediavad »</span>, qu’on traduit respectivement par <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">« a priori »</span> et «<span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;"> a posteriori »</span>. </div><br /><div>A priori, il est interdit de cuire volontairement du lait dans une marmite viande qu’on a laissé reposer 24 heures. </div><br /><div>Mais qu’en est-il d’a posteriori ? Exemple : je me trompe en cuisant mon lait, j’ai pris une marmite viande propre qui n’a pas été utilisée pendant plus de 24 heures. </div><br /><div>Ai-je le droit de boire quand même le lait ? Réponse : oui a posteriori, le lait peut être consommé, mais la marmite doit être cacherisée. </div><br /><div><u><span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">Nat bar nat</span></u></div><br /><div>Bon, revenons au sujet initial. Il ne s’agit pas d’un cas classique de « Noten Taam ». Le poisson est "neutre", il n'est ni lait, ni viande. La question est: est-ce qu'un aliment neutre comme le poisson (ou les pâtes) peut prendre un goût de viande et interdire de ce fait sa consommation avec des laitages ?</div><br /><div>Le poisson susceptible de prendre le goût de la viande peut-il être consommé avec du lait ? C’est en fait une sorte de « Noten Taam » secondaire. </div><br /><div>C’est exactement ce que dit le Talmud : c’est « Noten Taam bar Noten Taam », "Il donne le goût, puis il redonne le goût" en abregé Nat Bar Nat ! </div><br /><div>Voilà donc l’explication de ce terme barbare. Alors est-ce permis ou pas ? </div><br /><div>Apparemment oui, puisque la Guemara l’autorise. Sauf que ce n’est pas si simple. La Guemara parle du cas où on « pose » le poisson sur un plat viande. </div><br /><div>Les commentateurs ultérieurs vont donc discuter de savoir si l’autorisation est toujours valable si le poisson a été « cuit » dans une marmite viande. </div><br /><div>Et là il y a désaccord (une « Mahloket » en hébreu), notamment entre le principal décisionnaire du monde Séfarade : le <span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">Choulkhan Aroukh</span>, et un des principaux décisionnaires ashkénazes : le <span class="Apple-style-span" style="font-weight: bold;">Rema</span> (Rabbi Moché Isserles). </div><br /><div>Il y a donc divergence entre les Poskim ("décisionnaires") sur ce sujet. Le Choulkhan Aroukh pense que c’est permis (<span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">Moutar</span>) dans tous les cas. Le Rema pense que c’est interdit <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">lekhatkhila</span> (a priori), mais autorise de manger le mets <span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;">bediavad</span> (a posteriori). </div><div><br /></div><div> </div>Conclusion: si vos parents sont nés en Afrique du Nord, il y a de grandes chances pour que vous puissiez cuire vos pâtes dans une marmite viande, puis les transférer dans une assiette lait et ajouter du fromage. Si vos grands-parents sont nés en Pologne, ça va être plus compliqué...<br /><div> </div><br /><div> </div></div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-248540239952661509?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com0tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-28898705591530769712008-01-21T18:33:00.000+01:002008-01-21T18:49:17.390+01:00Tou Bichvat - La fête du videJ'ai assisté l'année dernière à un cours du Rav Zyzek à la Yéchiva des Etudiants, pendant lequel celui-ci a appelé Tou Bichvat, "La fête du vide".<br /><br />Pourquoi ? Parce qu'il ne se passe quasiment rien à Tou Bichvat.<br /><br />En tous cas d'un point de vue halakhique, de quoi ça parle ? En fait, de rien de spectaculaire, mais attention c'est un peu technique:<br /><br /><u>Stratégie d'imposition de la Thora:</u><br /><u></u><br />On sait que beaucoup de lois sont liées à la Terre d'Israël, notamment ce qu'on appelle les Teroumot et Maaserot, que nous appellerons pour simplifier les prélèvements obligatoires.<br />Sur un cycle de 7 ans, on prélève différentes choses en fonction des années (ça aurait pu d'ailleurs inspirer nos candidats pour l'élection présidentielle: des prélèvements sociaux sur les années 1,2,4 et 5, des augmentations de TVA sur les années 3 et 6, et pas d'impôts du tout la 7ème année pour relancer l'économie !).<br />Bon c'est pas tout à fait ça mais ça y ressemble: la 7ème année, la terre est laissée en jachère et il est interdit de profiter des produits de la 7ème année (c'est la Chemita).<br /><br /><u>L'interdiction de la fongibilité:</u><br /><br />Par ailleurs, pour employer un terme de comptabilité publique, la fongibilité est interdite. En d'autres termes, il est interdit de donner en prélèvement pour la 5ème année du produit de la 3ème ou 4ème année (ce qui serait envisageable pour des denrées non périssables comme les céréales par exemple).<br /><br /><u>Comment différencier les années de production des fruits ?</u><br /><br />Il faut donc être très précis dans le contrôle de l'année de provenance des récoltes. Et pour cela, il faut déterminer une date fixe qui permet de passer d'une année à l'autre. La première michna du traité Roch Hachana définit que:<br />* pour les légumes, c'est le 1er Tichri (Roch Hachana)<br />* pour les fruits, il y a discussion entre Beth Chamaï et Beth Hillel, mais comme d'hab c'est Hillel qui gagne et c'est donc le 15 Chevat (Tou Bichvat)<br /><br /><strong>C'est donc TouBichvat qui permet de décider si on est en année n ou en année n+1 pour les prélèvements fruitiers.</strong><br /><br />Voilà pour la partie halakhique. Mais qu'est-ce que ça nous dit pour notre dimension existentielle ?<br /><br /><u>Un début de réponse...</u><br /><u></u><br />Quelle est la différence entre un fruit et un légume pour la Thora ?<br />Le légume nécessite un arrosage constant pour pouvoir survivre.<br />Le fruit, lui, est dépendant d'un tronc, qui a juste besoin d'une montée de sève unique.<br />Une fois que cette montée de sève s'est produite, l'arbre peut a priori donner ses fruits pour toute l'année.<br />Vous l'avez compris, Tou Bichvat, <strong>c'est la date à laquelle la montée de sève intervient.</strong><br /><br />Le parallèle avec notre vie d'homme ? C'est que pour pouvoir apprécier des fêtes ultérieures comme Pourim ou Pessah, <strong>il faut d'abord que se crée une attente, une envie.</strong> Ou comme dirait Johnny dans un élan prophétique (et ce n'est pas pour rien que Goldman a écrit cette chanson), il faut retrouver "L'envie d'avoir envie". (Il faudrait d'ailleurs que je me mette à une série de posts "Les chansons de Jean-Jacques Goldman et la Thora", je pourrais en écrire des pages...)<br /><br />On peut faire tous les commentaires du monde sur tout ce que le judaïsme a produit en terme de pensée, d'éthique, de tradition, si l'on a en face une personne qui n'a aucune attente spirituelle, aucune envie spécifique d'entendre, aucune once de curiosité, rien ne peut passer.<br /><br />Et Tou Bichvat, c'est le début de cette attente. C'est un moment complètement intérieur, qui ne s'extériorise pas du tout, mais qui représente une montée de sève, la montée de quelque chose qui va initier une démarche.<br /><br />Voilà pourquoi on peut en effet appeler ça la fête du vide: pas de lecture spéciale à la synagogue, aucune interdiction spécifique, rien, juste quelque chose d'intérieur. Un vide qui permet de construire quelque chose.<br /><br />Comme la nature a horreur du vide, les kabbalistes de Safed au 16ème siècle ont institué une coutume consistant à manger des fruits à Tou Bichvat. Mais c'est plus du folklore qu'autre chose. Ensuite, le Hemdat Yamim (le fameux Nathan de Gaza, personnage central de l'épopée de Shabtaï Tzvi) a institué un Séder bien ordonné, avec des prières, etc... mais vu la provenance douteuse de ce texte, on peut douter de sa pertinence.<br />D'ailleurs, dans le Choulkhan Aroukh de Rabbi Yossef Karo, qui était un de ces Kabbalistes de Safed, il n'est fait aucune mention de la tradition de manger des fruits. La seule chose mentionnée sur Tou Bichvat (en dehors des questions agricoles) c'est qu'on ne fait pas les Tahanounim (on demande pardon pour nos fautes).<br />Ce qui est quand même bien léger...voire vide ;-)<br /><br />Hag Sameah !<br /><br />PS: si vous avez bien lu, nous avons démontré que l'homme était un légume. En effet, le début de l'année pour l'homme est le 1er tichri, la même date que les légumes. Ce qui est cohérent puisque l'homme est une créature qui nécessite un effort régulier et systématique pour sa progression spirituelle et matérielle, sous peine de déperir sous le règne de la glandouille....<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-2889870559153076971?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com1tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-38558296534753780722007-12-21T00:39:00.000+01:002007-12-21T00:54:27.599+01:00Vayekhi - Ah l'universel...<div>Vous connaissez bien sûr la blague du juif sur une île déserte ?</div><br /><div>Ca fait 20 ans qu'il est tout seul, et soudain, un bateau vient le sauver. Alors avant de partir il fait visiter les lieux au capitaine: </div><br /><div><em></em></div><br /><div><em>"Donc là c'est ma maison à 3 étages, ici c'est le gymnase où je m'entraîne, ici c'est la synagogue, là-bas c'est le centre de recherche météorologique, de l'autre côté vous pouvez admirer le musée des arts primitifs, plus loin il y a la synagogue, ensuite..."</em></div><br /><div><em>"Mais, s'écrie le capitaine, je croyais que la synagogue était là-bas ?!"</em></div><br /><div><em>"Non, non celle-là c'est celle où je vais tous les jours, l'autre, ne comptez pas sur moi pour y mettre les pieds !"</em></div><br /><div></div><br /><div>Histoire de rire des dissensions et déchirements perpétuels qu'ont toujours connus les communautés juives...Mais la paracha est plus profonde que cela. </div><br /><div>Elle nous relate une sorte de fin des temps, fin de la première partie de la Thora, après un affrontement violent entre Juda et Joseph. </div><br /><div>Cette opposition, c'est celle qui traversera le peuple juif pendant plus de 3000 ans et, comme nous le verrons, jusque dans l'essence intime de la judéïté.</div><br /><div></div><br /><div>Reprenons: Joseph, on l'a vu dans une paracha précédente, c'est le politique, l'universaliste. C'est le juif qui n'est plus en Israël, il est en Egypte, il est coupé de sa famille et adopte les coutumes égyptiennes. </div><br /><div>Sa vision du judaïsme, c'est que le juif doit aller à la rencontre des nations et des autres peuples pour faire avancer le monde.</div><br /><div>C'est ce que symbolisent les 70 personnes qui descendirent avec Jacob en Egypte. 70 représente dans la tradition juive les Nations du monde. </div><br /><div>Joseph, c'est celui qui fait en sorte qu'Israël se fonde dans les nations pour faire progresser l'humanité toute entière. </div><br /><div></div><br /><div>Juda, en revanche, c'est tout le contraire. Juda est très attaché à son père, à Israël, il n'arrête pas de le répéter toute la journée (c'est d'ailleurs lassant à la fin ces juifs qui n'arrêtent pas de revendiquer leur identité ;-)).</div><br /><div>Il perçoit très clairement le risque de la position de Joseph: à trop vouloir se fondre, on risque de disparaître ! La spécificité d'Israël n'existera plus en Egypte !</div><br /><div>Marx, Einstein, Freud, Spinoza, que de grands noms et que de grandes avancées dans la vie de l'humanité ! Mais où sont leurs descendants ? Sont-ils encore juifs ? Voilà ce que demande Juda.</div><br /><div></div><br /><div>Mais l'histoire ne s'arrête pas là !</div><br /><div>Le peuple d'Israël, une fois rentré en terre promise, demande un roi. Dieu (c'est dans le texte de Samuel, vous regarderez) est pas très chaud. Pas chaud du tout même. Il fait une petite crise de jalousie en faisant bien remarquer qu'il était déjà roi et qu’il n’était pas nécessaire d'en avoir un autre.</div><br /><div>Mais finalement, il leur fait plaisir et leur donne Saül. Puis David. Puis Salomon. Puis le schisme !Le royaume de Salomon se divise entre le royaume de Juda (les tribus de Juda et Benjamin) et le royaume d'Israël (dirigé par un descendant de Joseph).</div><br /><div></div><br /><div>Encore Juda contre Joseph. </div><br /><div></div><br /><div>Et là, pour les sceptiques, c'est plus la Bible, ce sont des évènements historiques. Le royaume d'Israël, plus riche, plus civilisé, beaucoup moins fidèle à la Thora et plus ouvert au monde sera détruit par Sénachérib: les 10 tribus qui le constituaient sont aujourd'hui perdues à jamais.</div><br /><div>Le royaume de Juda fut finalement détruit 136 ans plus tard, mais les tribus qui le composèrent subsiste encore aujourd'hui: tous les juifs de par le monde (donc nous), à part les Cohen et Levi, sont issus des tribus de Juda ou de Benjamin.</div><br /><div>Mais Juda sans Joseph ne peut suffire: on ne peut seulement se satisfaire de rester dans les hautes sphères spirituelles sans accomplir une vie politique et réelle. </div><br /><div><em>"Ils sont bien gentils vos rabbins dans les shtetl à se prendre la tête. Mais qu'est-ce qu'ils font pour faire renaître une vraie vie politique, économique, sociale juive, pour s'ouvrir au monde ?"</em> </div><br /><div></div><br /><div>Voilà ce que demande Joseph à Juda....par un curieux raccourci, les questions que se posent Juda et Joseph sont celles qui se posent encore aujourd'hui:<em>"Faites attention aux attraits de l'émancipation, à la culture occidentale, vous risquez d'y perdre votre âme"</em> n'ont cessé de répéter les maîtres du judaïsme depuis 2000 ans</div><br /><div><em>"Y en a marre d'entendre les vieux rabbins des shtetls dire l'an prochain à Jérusalem tous les ans sans prendre aucune décision politique pour que l'Etat juif renaisse de ses cendres et que le peuple juif soit un peuple comme les autres"</em> n'ont cessé de répéter les premiers sionistes laïcs.</div><br /><div></div><br /><div><a href="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R2sAjOq08yI/AAAAAAAAAF4/HIWPyJtK4ZY/s1600-h/ravkook.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5146207604434072354" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; CURSOR: hand" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_G3mgM9jE8AM/R2sAjOq08yI/AAAAAAAAAF4/HIWPyJtK4ZY/s320/ravkook.jpg" border="0" /></a>Pour le <strong>Rav Kook</strong>, l'épopée du sionisme est bien encore une preuve de l'affrontement entre Juda et Joseph. Et c'est d'ailleurs pour cela que, de manière fort énigmatique, il a semblé identifié Théodore Herzl lors du discours d'enterrement de celui-ci au Messie fils de Joseph: le Messie qui devait donner la libération politique !</div><br /><div>Mais le Messie de Joseph, celui qui vise à insérer Israël dans le concert des nations, est nécessaire, mais ne suffit pas: le véritable Messie est le fils de David, donc de Juda. Celui qui garantira la véritable spécificité juive dans l'esprit national.</div><br /><div>Dans le champ du débat intellectuel, si vous regardez bien, il n'est pas rare de voir s'opposer deux styles: Joseph et Juda. </div><br /><div>Pour simplifier, les "Joseph" ce sont ceux pour qui la culture occidentale est sacrée, pour qui l'universalisme prime avant tout, pour qui le soutien à Israël ne peut évidemment pas être inconditionnel, pour qui le savoir académique s'est substitué à la Thora. </div><br /><div></div><br /><div>Les Juda, ce sont ceux pour qui la "chose" juive passe avant tout. Pour qui le respect de la Thora passe avant toute considération politique ou économique, pour lesquels le soutien à Israël ne peut être qu'inconditionnel, et pour lesquels l'assimilation est le pire danger.</div><br /><div></div><br /><div>Je caricature volontairement, mais vous le voyez, le débat n'est pas nouveau. Chacun doit aller vers l'autre car les deux positions sont issues de courants très forts de notre tradition....mais attention dit le Rav Kook, la position n'est pas symétrique: la fin des temps n'arrivera que lorsque le Messie fils de Joseph, après avoir accompli sa mission, laissera la place au fils de David qui, en tant que porteur de la tradition juive, pourra enfin faire entrer le monde dans les temps messianiques...</div><div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-3855829653475378072?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-32682168715837433382007-12-07T12:26:00.000+01:002007-12-07T13:05:13.526+01:00Mikets - Dieu ou Père Hanouka"Bon, écoute Dieu, voilà le deal: mise des téfilines pendant au moins 1 mois et tu me mets plus de 15 de moyenne à mes partiels, OK ?"<br /><br />Outre qu'à mon sens, la personne qui dit ça va se prendre un grosse raclée à ses partiels, cette phrase dénote d'une conception de Dieu qui est exactement celle de Pharaon dans notre Paracha.<br /><br />En effet, Pharaon rêve au début de la Paracha. La Thora nous raconte ce rêve et encore une fois, il faut faire très attention aux mots, en hébreu.<br /><em>"Vehinei Omed <strong>Al</strong> Ayeor"</em>.<br /><em>"Et voici qu'il (Pharaon) se tient <strong>SUR</strong> le fleuve".</em><br /><br />Cette formulation est étonnante d'autant que lorsque Pharaon raconte son rêve par la suite, il dit qu'il se tenait <em>"Al Sefat Ayeor"</em>, sur les bords du fleuve.<br /><br />Quelle est la signification de ce "SUR le fleuve" ?<br />Appelons à la rescousse, le frère de Nehama Leibowitz avec qui nous avons étudié la semaine dernière: Yeshayaou Leibowitz.<br />Figure incontournable de la vie de l'Etat d'Israël jusqu'à sa mort en 1994: Professeur de Neurobiologie, de Médecine et de Philosophie à l'Université de Jérusalem, il était appelé "le prophète de la colère". C'est lui qui, le 7ème jour, après la guerre des 6 jours, lança un appel pour qu'Israël rende immédiatement les territoires alors que toute la population était dans un état d'euphorie totale. Il prévoyait que ces terres n'apporteraient que des problèmes...ce en quoi il n'avait pas forcément tort...<br />C'est aussi lui qui n'hésitait pas à provoquer ses concitoyens, en appelant le Kotel (le mur des Lamentations), le "DisKotel", pour fustiger les comportements indignes qui s'y produisent (vente de fils rouge "magiques", petits papiers à n'en plus finir dans les fentes, etc, etc..)<br /><br />Mais il était également profondément orthodoxe et attachait une importance capitale à la Halacha pour le peuple juif. Ce qui faisait de lui un personnage très atypique dans le paysage intellectuel et politique Israélien.<br />Dans ses commentaires sur la Paracha (<u>Brèves Leçons bibliques</u> aux éditions Desclée de Brouwer), il donne une réponse à notre problème: il y a 2 façons de considérer Dieu.<br />La première est de considérer que celui-ci intervient de manière permanente dans la vie de l'homme et que celui-ci doit s'appuyer sur lui pour obtenir la santé, la richesse, le bien-être, etc...<br /><br />Dieu "rassure" et aurait des devoirs envers l'homme: le rendre heureux sur cette terre. C'est exactement ce que dit le texte ! Le fleuve en Egypte, c'est le Nil. Le Nil en Egypte, c'est un Dieu: c'est le fleuve grâce auquel l'Egypte n'est pas un pays désertique, c'est le fleuve autour duquel vivaient, et vivent toujours 90% des égyptiens. C'est le Dieu qui donne la fertilité et la richesse. Lorsque le texte dit qu'il était SUR le Nil, cela veut dire qu'il attendait que Dieu lui donne les richesses: il était supporté par le Nil.<br />Remarquez que c'est la définition classique que donnent d'une religion tous les sociologues et psychanalystes lucides sur la nature humaine: pour supporter la dure condition humaine, il est nécessaire de se créer une illusion conceptuelle appelée Dieu qui va rassurer et réconforter l'homme en lui faisant miroiter un monde meilleur (monde futur, nirvana, paradis, appelez-le comme vous voudrez). C'est l'opium du peuple de Karl Marx, ou l'Illusion de Sigmund Freud.<br /><br />Or, ce que dit Leibowitz, c'est que pour les juifs, c'est tout le contraire: l'homme a des devoirs envers Dieu, et non l'inverse.<br />L'homme doit prendre ses responsabilités sur terre, ne pas compter sur Dieu pour réussir ses partiels: Dieu n'est pas le père Hanouka !<br />Dieu ne rassure pas, il exige, il ordonne les Mitzvots et attend que l'homme respecte sa volonté. Et d'ailleurs, dans l'épisode de l'échelle avec Jacob, on lit bien: Dieu était <em>"Alav",</em> "<em>SUR"</em> Jacob. C'est Dieu qui reposait sur Jacob, pas l'inverse !!<br /><br />Toute la vie du peuple juif c'est ça: ne pas attendre qu'un miracle vienne de Dieu, ne pas penser que ça ira mieux en priant, mais se dire qu'on est sur terre pour accomplir le service de Dieu et que ce service est impossible à accomplir sans une prise de responsabilité.<br /><br />Vous connaissez le Choulhan Aroukh, LE recueil de lois par excellence. Savez-vous quelle est sa première phrase ?<br /><em>"Dieu est amour, il vous sauvera" ?</em><br />Raté<br /><br /><em>"Dieu est tout-puissant, n'essayez même pas de bouger, de toutes façons tout est écrit" ?</em><br />Encore raté<br /><br /><em>"Priez Dieu tous les jours, il vous fera réussir vos partiels" ?</em><br />Toujours raté<br /><br />La première phrase du Choulhan Aroukh c'est <em>"Itgaber Kaari Laamod Baboker Laavod ete Boreo"</em><br /><em>"L'homme doit se surpasser/renforcer comme un Lion lorsqu’il se lève le matin, pour servir son créateur"</em><br /><br />Voilà la différence entre deux conceptions de la foi, qui ont d'ailleurs mené Leibowitz à répondre à un ancien président de la cour suprême, rescapé d'Auschwitz:<br /><br />- Professeur Leibowitz, après la Shoa, je n'ai plus cru en Dieu<br />- Alors cela veut dire que vous n'avez jamais cru en Dieu: vous avez cru en un Dieu présent pour vous soutenir et vous sauver du malheur. Mais Dieu n'a aucun devoir envers vous. La vraie foi en Dieu c'est de savoir que nous en avons envers lui et que nous devons les respecter.<br /><br />Ou dit autrement:<br /><em>"A ceux qui me disent croire en Dieu ou dans le divin, mais ne pas être prêts à assumer le joug des mitzvot, je demande toujours: en quoi croyez-vous ?</em><br /><em>En un vénérable vieillard installé dans les cieux et qui, de là-haut tire les ficelles du monde ? Et si même vous étiez sûr qu'il en est bien ainsi - en quoi cela vous regarde-t-il ?"</em><br /><em></em><br />La première fois que j'ai lu ce passage, j'ai eu beaucoup de mal à dormir...<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-3268216871583743338?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com2tag:blogger.com,1999:blog-1985606537309007112.post-52262811644389072492007-11-28T22:53:00.000+01:002007-11-28T23:02:38.584+01:00Vayechev - Joseph ou le Juif FrançaisOubliez Star Wars, voici la nouvelle trilogie !<br /><br /><strong>Vayechev - Mikets - Vaygach</strong>, ce sont les 3 parachyot à venir qui, selon la tradition, sont liées parce qu'elles racontent en continu la même histoire: celle de la vente de Joseph par ses frères, la vie de celui-ci en Egypte, son ascension sociale (il est devenu n°2 !) et ses retrouvailles avec ses frères.<br /><br />Notez bien que:<br />- Spielberg ne s'y est pas trompé, après <em>"Le prince d'Egypte"</em>, il a racheté les droits au Tout-puissant et a fait pareil avec l'histoire de Joseph (<em>Joseph, le Roi des rêves</em> - copyright Dreamworks)<br />- Alors que dans Starwars (épisode V), Dark Vador disait à Luke: "Je suis...ton père !", Joseph dira plus tard: "Je suis...votre frère !"<br /><br />Bon, mais en attendant le film, tournons-nous vers Joseph. Joseph ou le Juif Français.<br />Pourquoi le Juif Français ? Parce que toutes les questions que l'on peut se poser sur ce sujet (peut-on être Juif et Français, peut-on vivre un judaïsme authentique en exil, etc...) se trouvent posées dans la vie de Joseph.<br /><br />Imaginez: lui qui vient d'une famille nombreuse d'un bled paumé, se retrouve esclave en Egypte (autant dire New-York ou Paris, bref le summum de la vie culturelle de l'époque), connaît peu à peu les fastes du régime, le luxe d'une société riche et les vertiges du pouvoir.<br />On dirait aujourd'hui qu'il est un Juif Français bien intégré !<br /><br />Mais un évènement retient notre attention: Joseph était esclave à la maison de Potiphar, un haut dignitaire égyptien. Arrive un moment dans la parasha où l'on nous raconte que la femme de Potiphar, très attirée par Joseph, lui a fait un peu de "rentre-dedans".<br />Et le midrache nous dit que Joseph était à deux doigts de commettre l'irréparable (en résumé, il allait se la faire), lorsque la figure de son père lui est apparue: il se souvint de son éducation et s'enfuit de la maison de son maître.<br />Quelle force ce Joseph ! Un vrai "mensch" ! Ou, comme le disait Pirelli: <em>"Sans la Maîtrise, la Puissance n'est rien"</em>. Vraiment ce qu'on appelle "un juste".<br /><br />Sauf que les commentaires ne sont pas si cléments avec Joseph !<br />Exemple: on nous dit juste avant l'épisode fatal que Joseph était <em>"beau de stature et d'apparence"</em> (traduction inexacte).<br />Pourquoi nous dit-on seulement maintenant qu'il était beau ?<br />Pour tous les autres personnages de la bible, on nous le dit beaucoup plus tôt, histoire qu'on sache déjà à qui on a affaire !<br /><strong>Rachi</strong>, le français champenois, explique que Joseph s'était mis à adopter de plus en plus les coutumes égyptiennes: il a commencé à se coiffer à la mode égyptienne, à adopter les petites manies locales, et se laisser doucement emporter par la vie égyptienne, la Dolce Vita de l'époque.<br /><br />C'est alors qu'il arriva chez la femme de Potiphar pour, dit le texte, <em>"aller faire son travail"</em>.<br />Le Talmud discute de la nature de ce travail.<br /><strong>Rav</strong> (un des maîtres du Talmud) explique qu'il s'agit vraiment de son travail d'esclave.<br /><strong>Shmouel</strong> (son copain du Talmud) en revanche, explique qu'en fait il voulait assouvir ses désirs: c'était ça son travail.<br />On se rend compte que Joseph n'est peut-être pas si "clean" que ça. C'est un Juif bien intégré, mais qui finalement porte les valeurs de son pays d'accueil en oubliant progressivement son héritage originel.<br />Ce qui le sauve ? La figure de son père qui lui apparaît juste avant la catastrophe: il se souvient qu'il est le fils d'Israël et qu'il n'est en Egypte que pour accomplir la promesse qu'a faite Dieu à Abraham.<br />Toute la vie de Joseph, c'est ça: la tension entre être le fils d'Israël et être intégré à son pays d'accueil.<br />Joseph, c'est la figure du Juif d'exil par excellence tenté par des cultures étrangères.<br /><br />La concordance de l'histoire de Joseph avec Hanouka n'est d'ailleurs pas anodine: c'est la même problématique. Le fait que le héros de Hanouka s'appelle Juda, comme le frère de Joseph qui s'oppose à lui n'est pas un hasard non plus...<br /><br />Quelle leçon devons-nous en tirer ? Laissons la conclusion à une des commentatrices les plus célèbres de la Thora: <strong>Nehama Leibowitz</strong>.<br />Celle-ci est la soeur de Yeshayaou Leibowitz et donnait des leçons de Thora aussi limpides et profondes que pédagogiques. Elle était profondément juive mais aussi très inspirée de valeurs occidentales.<br />Sa conclusion sur ce commentaire est le suivant (adaptation libre): <em>"Si Joseph a réussi à s'extraire de l'assimilation totale à la dernière minute alors qu'il était le fils de Jacob et que son héritage juif était extrêmement puissant, comment s'en sortira celui qui sait vaguement qu'il est juif grâce à quelques cours de Talmud Thora le dimanche matin de 10 à 13 ans ?"</em><br /><br />Une, sinon LA mission des cadres de la communauté juive de France n'est-elle pas de faire réapparaître la figure de Jacob ses fidèles ?<div class="blogger-post-footer"><img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1985606537309007112-5226281164438907249?l=lemondejuif.blogspot.com'/></div>Le Monde Juifhttp://www.blogger.com/profile/06840414283549237558noreply@blogger.com0