tag:blogger.com,1999:blog-140496212007-02-04T10:04:39.295+01:00sabachtaninot dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comBlogger118125tag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1145004022662753182006-04-14T10:39:00.000+02:002006-04-14T10:40:22.676+02:00Un député courageux.Jean Lassalle hospitalisé<br /><br />Le député UDF des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle, en grève de la faim depuis six semaines contre le risque de délocalisation d'une usine de sa circonscription, a été hospitalisé, apprend-on auprès de l'Assemblée nationale, vendredi, qui ne précise pas les raisons exactes de cette hospitalisation.<br /><br />Jeudi, Jean Lassalle avait reçu la visite du Premier ministre Dominique de Villepin qui l'avait assuré de sa pleine mobilisation sur ce dossier. Le président Jacques Chirac avait pour sa part téléphoné à l'élu mais l'Elysée avait refusé de divulguer la teneur de l'entretien.<br /><br />Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l'Aménagement du Territoire, doit recevoir dans la matinée de vendredi le PDG de Toyo ainsi que l'ambassadeur du Japon en France. Le ministre de l'Intérieur avait lui aussi écrit au PDG de Toyo pour s'engager à "apporter toute l'aide nécessaire", en tant que ministre de l'Aménagement du territoire, au maintien de l'usine Toyal d'Accous.<br /><br />M. Lassalle, 50 ans, a cessé de s'alimenter le 7 mars dernier pour protester contre les projets du groupe japonais Toyo, propriétaire de l'usine Toyal d'Accous, dans la vallée d'Aspe. Cette usine de 150 salariés, principal employeur de la région, produit de la pâte d'aluminium utilisée dans les peintures pour l'automobile.<br /><br />Le député craint que l'activité ne soit délocalisée à terme sur l'ancien site Total de Lacq, à 65km de là, où le groupe japonais a décidé d'implanter une nouvelle usine. Il demande que Toyal étende à la place son usine d'Accous.<br /><br />Les garanties offertes par le gouvernement n'ont pour l'heure pas convaincu Jean Lassalle d'arrêter sa grève de la faim, qu'il poursuit dans la salle des Quatre-Colonnes de l'Assemblée nationale. Le député, suivi quotidiennement par le service médical de l'Assemblée, a perdu 21 kilos et souffre de baisses de tension.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1142871256135778892006-03-20T17:13:00.000+01:002006-03-20T17:17:19.686+01:00Sacrement du mariage.<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/mariages.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/mariages.jpg" border="0" alt="" /></a><br />DR JACQUES LACAN Ce mardi à Pâques 1953<br />ANCIEN CHEF DE CLINIQUE A LA FACULTE<br />5, RUE DE LILLE VIIe<br />LITTRE 30-01 SUR RENDEZ-VOUS<br /><br />5 rue de Lille<br />Mon cher Marc<br />Il y a longtemps que nous ne sommes revus. Bien des choses se sont passées depuis. Non pas comme celles dont il s’agit en général quand on s’exprime ainsi : choses qui se sont défaites – mais au contraire mouvement dans le sens de l’accomplissement, de la certitude , de la construction et d’une responsabilité toujours plus grande.<br />Tout ceci non sans de grandes luttes bien entendu.<br />Je sais maintenant où je suis dans un certain moment qui est celui de mon siècle concernant l’homme. C’est-à-dire dans un moment qui va déterminer d’où dépend la façon dont les hommes se traiteront eux-mêmes pour un certain temps, au moins dans le domaine laïc, (peut-être au-delà).<br />Ce « traitement », ce rapport de l’homme à l’homme, est celui qui se manifeste pour l’instant sous diverses rubriques, qu’un seul mot peut provisoirement représenter : psychologie.<br />(2)J’en vois le sens, c’est-à-dire que j’en vois les dangers. La psychanalyse occupe là une position suréminente d’où chacun de ses tenants ne songe qu’à déchoir – pour concourir à quelque grand et général abaissement.<br />Je suis presque le seul à enseigner une doctrine qui permettrait au moins de conserver à l’ensemble du mouvement son enracinement dans la grande tradition – celle pour laquelle l’homme ne saurait jamais être réduit à un objet.<br />C’est peu te dire. Aujourd’hui sache seulement que tu ne saurais donner trop de portée à ces quelques lignes – ni trop estimer le point où sont engagées ma vie et mon action.<br />J’en viens à ce qui fait l’intention de ma lettre. Un conseil, une demande. Il s’agit maintenant de moi.<br />Je suis arrivé à bien peser, à pouvoir conclure sur ce drame qu’a été mon premier mariage, et sur ma situation actuelle avec celle qui est authentiquement ma femme, sans que j’aie voulu me marier avec elle – c’est-à-dire donner une parole que je pouvais croire ne plus jamais m’appartenir.<br />(3)Il est sûr que la conception sacrée que j’ai de l’engagement du mariage a motivé cette abstention.<br />Je sais maintenant que je puis le faire parce que mon « premier mariage » n’en était pas vraiment un.<br />Point que seul peut sonder ce lieu de toute science que nous appelons Dieu.<br />Y a-t-il sur terre quelque autorité qui puisse oser se charger, dans ma situation, de père de trois enfants par exemple, d’entendre mon procès : je veux dire d’accepter d’être juge de ce que je peux articuler, pour que ce qui « n’était » qu’apparence soit délié par un pouvoir qui aussi s’est arrogé – non sans fondement – de représenter ce qui traduit en ordre le secret des cœurs ?<br />Penses-tu qu’il y ait quelqu’un qui puisse, dans l’Église, envisager comme possible – si mon témoignage peut être reçu – l’annulation de mon premier mariage ?<br />Ceci m’importe. Car ma position vis-à-vis de la Religion est d’une importance considérable dans ce moment dont j’ai commencé à te parler. Il y a des religieux parmi mes élèves, et (4)j’aurai à entrer sans aucun doute en relation avec l’Église, dans les années qui vont suivre sur des problèmes à propos de quoi les plus hautes autorités voudront voir clair pour prendre parti. Qu’il me suffise de te dire que c’est à Rome qu’en septembre je ferai le rapport de notre Congrès de cette année – et donc que ce n’est pas par hasard s’il a pour sujet : le rôle du langage (entends : Logos) dans la psychanalyse.<br />La médiation obtenue pour ce problème personnel qui va loin, tu n’en doutes pas, peut être d’une grande portée pour un développement qui dépasse de beaucoup ma personne.<br />J’ajouterai que Judith, qui est toujours plus la personne que tu as su reconnaître, fait sa première communion le 21 mai. Ceci pour te rappeler que même le problème privé n’est pas ici – limité à moi.<br />Je t’annonce aussi que je suis depuis janvier président de la Société psychanalytique de psychanalyse française. Après une lutte épique dont le récit nécessiterait que je t’en apprenne beaucoup.<br />Crois-moi ton frère – profondément lié à toi.<br />J. Lacan.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1142598227267836232006-03-17T13:22:00.000+01:002006-03-17T13:23:47.283+01:00Sous le CPE, l'ANPE<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/cpe.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/cpe.jpg" border="0" alt="" /></a><br />16-03 <br />22:25:44 De nouveaux incidents ont éclaté jeudi vers 21h30 au Quartier Latin à Paris, opposant quelques dizaines de jeunes manifestants anti-CPE aux forces de l'ordre, ont constaté des journalistes de l'AFP.<br /><br />Les manifestants ont jeté des projectiles sur les gendarmes mobiles qui barraient le boulevard Saint-Michel tandis que d'autres dressaient une barricade de fortune rue Racine.<br /><br />Les gendarmes ont chargé et délogé les jeunes qui se sont ensuite regroupés au carrefour des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain.<br /><br />Un jeune homme a été interpellé rue Racine.<br /><br />Auparavant, le quartier de la Sorbonne avait connu une accalmie vers 21h00, après de violents heurts entre quelques centaines de jeunes et les gendarmes mobiles, à l'issue de la manifestation contre le CPE qui avait rassemblé dans le calme plusieurs dizaines de milliers de personnes.<br /><br />Face aux gendarmes mobiles, une centaine de jeunes manifestants restaient massés sur le boulevard Saint-Michel. Certains, assis sur la route, lançaient aux forces de l'ordre: "CRS vous ne rirez plus, quand vos gamins seront au chômdu" ou "police nationale, milice du capital".<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1142496543901872492006-03-16T09:08:00.000+01:002006-03-16T09:09:03.920+01:00Iran<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/iran.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/iran.jpg" border="0" alt="" /></a><br />On sauve l’Iran ou le dollar ?? ..<br />Le gouvernement Bush n’autorisera jamais le gouvernement Iranien à ouvrir une bourse où le pétrole s’échangerait en euros. Si cela arrivait, des centaines de milliards de dollars submergeraient en retour les Etats Unis, effondrant le dollar et détruisant ainsi son économie. C’est pourquoi Bush and C° projettent de mener la nation en guerre contre l’Iran. C’est simplement pour protéger le système de mondialisation actuel et la domination perpétuelle du dollar comme monnaie de réserve.<br /><br />La plainte selon laquelle l’Iran développe des armes nucléaires n’est rien d’autre qu’un prétexte pour lancer la guerre. La NIE (National Intelligence Estimate) prévoit que l’Iran ne sera pas capable de produire des armes nucléaires avant peut-être dix ans. Tout comme le chef de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, a dit et répété que les inspecteurs de son agence n’avaient trouvé « aucune preuve » de programme d’armes nucléaires.<br /><br />Il n’y a pas d’armes nucléaires ou de programmes d’armes nucléaires, par contre le plan économique de l’Iran pose une menace existentielle aux USA.<br /><br />Les USA monopolisent le marché du pétrole. Il est estimé en dollars et s’échange soit sur le NYMEX (New York Mercantile Exchange) soit sur l’IPE (London International Petroleum Exchange) appartenant tous deux aux Etats Unis. Ceci oblige toutes les banques centrales du monde à maintenir d’énormes stocks de dollars.<br /><br />Le monopole de la monnaie US illustre parfaitement le schéma pyramidal. Aussi longtemps que les nations sont obligées d’acheter le pétrole en dollars, les USA peuvent continuer à gaspiller outrageusement en toute impunité. (Le dollar représente maintenant 68% de la monnaie du capital mondial contre 51% il y a dix ans) La seule menace à cette stratégie est la compétition que projetterait une place boursière du pétrole indépendante ; forçant ainsi le dollar flageolant à se confronter à une monnaie plus stable (libre de dette) telle que l’euro. Ceci obligerait les banques centrales à diversifier leurs actifs, renvoyant des milliards de dollars aux USA, nous garantissant pour le coup un cycle d’hyper inflation dévastateur.<br /><br />L’effort de garder loin des gros titres cette information concernant le marché d’échange du pétrole Iranien a été très bien mené. Une simple recherche sur Google montre qu’aucun des grands journaux n’a relaté l’ouverture de cette bourse. L’aversion des médias pour les histoires contradictoires qui servent l’intérêt du public a été évidente dans beaucoup d’autres cas, comme l’élection présidentielle frauduleuse de 2004, le Downing Street Memo, et l’écrasement de Falluja. Au lieu d’informer, les médias servent de mégaphone à la politique des gouvernements et manipulent l’opinion publique en ressassant la démagogie spécieuse du gouvernement Bush. Du coup, peu de gens ont la moindre idée de la gravité de la menace qui pèse actuellement sur l’économie US.<br /><br />Ceci n’est pas une affaire de « libéraux contre conservateurs ». Ceux qui ont analysé le problème sont tous arrivés à la même conclusion : si le marché Iranien s’ouvre, le dollar va plonger et l’économie US voler en éclats.<br /><br />C’est ce que dit l’économiste Krassimir Petrov dans un récent article : La Bourse Iranienne du Pétrole en Question « D’un point de vue purement économique, si la bourse du pétrole Iranien prenait de l’élan, elle serait allègrement suivie par les puissances économiques majeures et précipiterait la mort du dollar... »<br /><br />Quant à l’analyste de droite Alan Peter, il déclare dans son article La Menace des Mollahs : « Avec des économies aussi interdépendantes et entrelacées, une dépression mondiale, non seulement aux USA, surviendrait avec un effet domino entraînant le reste de l’économie mondiale dans la pauvreté. Des places de marchés contraignant les US à réduire les tarifs de leurs exportations ne devraient jamais se matérialiser...<br /><br />200 millions d’Etatsuniens (USers) pourraient se retrouver à la rue, sans emploi et affamés, avec rien ni personne capable de les secourir ou de les aider, contrairement aux soupes de cuisines et autres soutiens charitables vus durant la Grande Dépression de 1920/30... »<br /><br />Un tel crash entraînerait la montée en flèche des taux d’intérêts, une hyper-inflation, des coûts en énergie astronomiques, un chômage massif et, peut-être, une dépression. Voici donc le scénario troublant, si la bourse Iranienne est reconnue et qu’elle écroule le dollar de son haut perchoir. C’est cela qui rend la guerre si probable, même une guerre nucléaire.<br /><br />Maintenant nous pouvons comprendre pourquoi les médias gentiment affiliés aux multinationales ont omis toute mention d’un nouveau marché du pétrole dans leurs couvertures. C’est un secret que les piliers de la direction aimeraient mieux garder pour eux. Il est plus facile de convaincre le public avec des histoires d’armes nucléaires et de musulmans intégristes plutôt que de justifier le lancement d’une guerre pour sauver un dollar anémié. C’est néanmoins le dollar que les USA défendent en Iraq et vraisemblablement bientôt en Iran aussi. (Saddam s’était converti à l’euro en 2000. Les bombardements ont commencé en 2001)<br /><br />Alternatives pacifiques<br /><br />Il y a des solutions pacifiques à ce dilemme, mais pas si le gouvernement Bush persiste à se cacher derrière la stupide tromperie du terrorisme ou d’un programme imaginaire d’armes nucléaires. Bush a besoin de se mettre au clair avec le peuple Etatsunien en ce qui concerne la nature réelle de la crise d’énergie mondiale et cesser d’invoquer Ben Laden et les AMD pour justifier sa politique d’agression. Nous avons besoin de toute une stratégie énergétique, (incluant le financement de l’état pour des projets de conservation, de sources d’énergies alternatives, et le développement d’une nouvelle lignée de véhicules hybrides « made in USA ») de sincères négociations avec l’Iran pour réguler la quantité annuelle de pétrole vendue en euros (pour faciliter une sortie ordonnée du dollar) et enfin une « approche internationale collective » de la consommation et de la distribution de l’énergie (sous les auspices de l’assemblée générale de l’ONU)<br /><br />Une plus grande parité des monnaies devrait être encouragée comme moyen de renforcer les démocraties et de revigorer les marchés. C’est promettre le souffle d’une nouvelle vie dans le libre échange que d’autoriser d’autres modèles politiques à s’épanouir sans crainte de se voir engloutis par le capitalisme. La domination actuelle du dollar a créé un empire mondial qui dépend largement de sa dette, de la torture et de la guerre pour maintenir sa suprématie.<br /><br />La bourse Iranienne du pétrole pose bien le plus grand des défis au monopole du dollar et à ses souteneurs de la Réserve Fédérale. Si le gouvernement Bush poursuit son intention de frappes nucléaires d’anticipation sur les soi-disant sites d’armes, leurs alliés s’en trouveront d’autant plus aliénés et les autres seront obligés de répondre. Comme le dit le Dr Petrov, « Les pays détenant le plus de dollars pourraient décider de riposter calmement en écoulant pas cher leurs propres montagnes de dollars, empêchant ainsi les US de financer davantage leurs ambitions belliqueuses. »<br /><br />Il y a de fortes chances pour que le champion absolu du système actuel soit celui même qui le mène à sa perte.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1142161978455635402006-03-12T12:09:00.000+01:002006-03-12T12:12:58.506+01:00J'ouie sens<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/schema.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/schema.jpg" border="0" alt="" /></a><br />Marc-François Lacan <br /> Une présence dont je puis jouir *<br /><br />(Publié dans Lumière & Vie, n° 198, pp. 63-80. Cet article s'appuie sur le texte d'une conférence inédite, donnée à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg, le 9 avril 1987.)<br /><br />* * *<br /><br /><br />Peut-on croiser sur l'épisode de Marthe et Marie dans l'évangile les approches de l'exégèse et de la psychanalyse ? Le contexte et les difficultés textuelles, notamment les fautes courantes de traduction dans la parole de Jésus, doivent d'abord être élucidées. Il apparaît alors qu'il s'agit, en cette rencontre de Jésus et des deux sœurs, de ce qu'il faut : jouir de sa présence, et non l'avoir afin d'accomplir ses devoirs. Mais qu'est-ce donc que jouir ? Si saint Augustin propose des critères utiles de distinction, il cède à la confusion de ramener la jouissance du souverain bien à sa possession. La pensée lacanienne aide à situer la jouissance, dans son lien avec la vérité et le réel. Elle a pour fruit la rencontre qui découvre la vérité de l'autre et préserve de la fusion. L'évangile, Augustin et Lacan peuvent-ils converger lorsqu'on affirme que ce qu'il faut c'est jouir de la vérité et que rechercher cela, ce n'est pas désirer combler un manque, mais rester ouvert au don qui peut être fait ?<br /><br />* * *<br /><br /><br />« Ce qu'il faut est unique. » Cette maxime est tirée de l'évangile selon saint Luc (10, 42). L'homme qui l'a prononcée s'est présenté lui-même comme un témoin de la vérité. Vous remarquez tout de suite que cette affirmation, si elle exprime la vérité, l'exprime en suscitant une question, à savoir : « Qu'est-ce qu'il faut ? ». A cette question, je propose une réponse ; elle tient en un mot, en un verbe : « Ce qu'il faut, c'est jouir ».<br />« Une présence dont je puis jouir » : de ce titre, je dirai simplement qu’il contient tout ce que je souhaite mettre en lumière, tout ce qui ouvrira, je l'espère, un chemin à notre recherche. De ce titre, en effet, tous les mots portent, nous le verrons ; et ce qui porte plus encore que chacun de ces six mots, c'est le mouvement qui les unit et qui a pour terme le verbe « jouir », verbe dont le sens est à discerner, verbe dont le sens profond désigne « ce qu'il faut », ce qui donnera son sens à notre vie.<br /><br /><br />Une recherche qui vise l'insondable<br />Ce qu'il faut est unique. Ce qu'il faut, c'est jouir.<br />Ces deux affirmations, si elles éclairent notre réflexion ne sont pas le thème d'un discours qui aurait pour but de démontrer leur vérité. Je les présente comme le fruit d'une expérience et le principe d'une recherche. Je me propose de montrer ce qu'elles signifient.<br />La recherche que j'évoque est celle de la vérité celle à laquelle aucun savoir ne peut mettre un terme. Elle implique un dialogue sans lequel nul n'accède à la connaissance philosophique, si l'on donne au mot philosophie son sens propre, celui que nous indique l'étymologie : l'amour de la sagesse. Une telle définition, si on l'exploite pleinement, signifie une rencontre avec une sagesse que nous aimons parce qu'elle suscite notre amour. La relation est à double sens : si nous cherchons la sagesse, c'est qu'elle nous attire. La sagesse ne peut se réduire à une qualité que nous chercherions à acquérir, en augmentant nos connaissances, ou en progressant dans l'expérience de la vie. Si elle n'était que cela, comment pourrions-nous parler de notre amour pour elle ?<br />On peut sans doute prendre le mot de sagesse dans une acception qui le réduit à ne signifier qu'un attribut de l'homme, que le fruit de son expérience. Même en ce sens réduit, le mot de sagesse nous oriente vers une relation sans laquelle notre expérience humaine ne serait qu'un enrichissement, au lieu d'être un développement. Nous resterions, en devenant sage, dans l'ordre de l'avoir ; nous n'aurions Pas progressé dans une relation réelle avec le réel. Or c'est d'une telle relation qu'il est question ici. Et cette relation est liée à la rencontre d'une réalité non seulement aimable, mais aimante.<br />Je viens d'écrire deux mots concrets : relation et rencontre. Ces deux réalités sont mystérieuses, ce qui veut dire, non qu'elles ne sont pas lumineuses, mais qu'elles sont des sources de lumière, et des sources inépuisables ; loin de combler notre désir, elles le renouvellent. Dans l'histoire des hommes et des femmes, une rencontre est une réalité qui transforme cette histoire et qui, souvent, était imprévue, voire imprévisible. Quant à la relation, cette dimension du réel, elle joue, dans notre vie humaine, un rôle structurant ; elle ne vient pas compléter l'homme et la femme, elle les constitue ; elle leur donne en effet accès au réel, à ce réel qu'ils ont à inventer.<br />Inventer le réel, c'est le découvrir, c'est aussi contribuer à le faire découvrir. Inventer le réel, cette formule exprime la recherche dont j'essaie, en ces pages, de communiquer le fruit, une recherche dont nous savons qu'elle vise l'insondable, qu'elle vise ce qui demeure. Ne pouvons-nous pas espérer que cette recherche recevra de ce qu'elle vise un élan qui, lui aussi, demeure ?<br /><br /><br />Jésus, marie et marthe<br />C'est donc à l'approfondissement de ce que sont une rencontre et une relation que nous allons nous appliquer. Dans une première étape, écoutons le récit de l'évangile de Luc, dont nous connaissons déjà la conclusion : « Ce qu'il faut est unique ». Il prend place dans un ensemble ; à première vue cependant, il ne paraît pas lié aux deux enseignements entre lesquels il se situe. Celui qui le précède concerne l'amour fraternel : c'est la parabole du bon Samaritain. L'enseignement qui le suit concerne la prière, une prière dont le premier mot est Père, et qui introduit le priant dans une attitude filiale. Amour, prière. C'est de l'homme qui est l'auteur des deux enseignements que ce récit raconte la rencontre avec deux femmes dont la maison se trouve sur sa route.<br /><br /><br />La route et la maison<br />Car il est en route, avec ses disciples, quand le récit commence. Et ce détail n'est pas un détail l'homme qui entre en scène et qui va rencontrer deux femmes dans le village anonyme où il entre, estun homme en route. C'est ce fait qui domine une série de dix chapitres dans l'évangile de Luc (9, 51-19, 28). Il faut que cet homme aille à Jérusalem. Là, il accomplira sa mission, en souffrant et en mourant, comme il le dira à ses disciples dans un dernier entretien (Lc 24, 44-46) qui fera écho à la première parole prononcée par lui au début de l'évangile de Luc : « Il faut que je sois chez mon Père » (Lc 2, 49).<br />Cet homme en route entre dans une maison, celle d'une femme qui l'y reçoit et qui s'appelle Marthe. Dans cette maison, il rencontre la sœur de Marthe, Marie ; cette rencontre et la relation qui en découle sont le centre du récit qu'il nous faut lire maintenant. Il occupe les cinq derniers versets du chapitre 10 (38-42). Je lis la traduction d'Osty qui, pour le Nouveau Testament, est une des meilleures et que nous allons cependant trouver en défaut. Car ce texte si simple et abondamment commenté a été déformé, non seulement par les commentateurs, mais par les traducteurs. Ajoutons que le texte grec original comporte deux lectures différentes dans la phrase finale, phrase qui est la pointe du message de ce récit. Pour cette phrase, nous dirons service comment la T.O.B. la traduit et la déforme, elle aussi. Lisons les versets 38 à 40 :« (38) Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. (39) Celle-ci avait une sœur appelée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. (40) Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse ainsi servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider ! »Aux versets 41 et 42, nous écouterons la réponse de l'homme que Marthe appelle Seigneur et dont Marie écoutait silencieusement la parole quand Marthe est intervenue. Mais avant d'entendre celui qui a interrompu sa marche pour être présent aux deux sœurs qui l'accueillent, notons la différence dans l'accueil de celles-ci.<br />Marthe accueille son hôte avec honneur, la réputation de celui-ci étant celle d'un « prophète puissant en action et en parole » aux yeux de tout le peuple (Lc 24, 19). Mais quelle relation naît de cette rencontre ? Si c'est elle qui l'a invité dans sa maison, est-ce seulement pour le servir comme un hôte ordinaire et mettre son honneur à l'avoir bien reçu ? Elle pense qu'il a besoin de ses services ; elle ne lui demande pas ce qu'il désire. Or ce que désire ce prophète, Marie l'a compris mieux que sa sœur, parce quelle désirait cette présence du prophète pour recevoir ce qu'il désirait lui donner.<br /><br /><br />Celle qui écoute et celle qui se trouble<br />Dès lors, une relation nouvelle naît entre le prophète et celle qui devient sa disciple en s'ouvrant à sa parole, à l'action de cette parole qui appelle une réponse et qui la suscite. De la présence du prophète, Marie comprend le sens : elle est appelée à « jouir » de cette présence, en écoutant sa parole. Elle entend ce verbe à l'impératif : « Jouis ! " ; et elle répond par un consentement qu'exprime tout son être et que pourrait formuler cette affirmation : « J'ouïs », du verbe « ouïr »; autrement dit : « J'écoute. » S'il y a jeu de mots, il est significatif. Le « j'ouïs » de la réponse, en faisant écho au « jouis ». de l'appel par lequel se manifeste la présence, nous mène au cœur de notre recherche et au éponse du Seigneur à Marthe.<br />Revenons à cette femme et à la façon dont elle accueille la présence de son hôte. Rappelons d'abord son intervention et le service qui l'a absorbée avant qu'elle n’intervienne par une « interpellation » qui, tout en visant sa sœur, atteint aussi le Seigneur. Voici d'abord le service. Elle l'accomplit parce qu'elle « a » un invité de marque ; nous sommes dans l'ordre de l'avoir ; il faut que l'invité « ait » tout ce qu'il lui faut. Elle ne semble pas se soucier d'être présente à son invité autrement que par ses services ; ceux-ci « l'absorbent ". Ce verbe par lequel Osty définit l'attitude de Marthe, traduit assez bien le mot grec (perispaô) qui décrit Marthe comme centrée sur son service ; elle en fait beaucoup, sans aucun souci de jouir de la présence de celui qu'elle sert. Et sa sœur ne fait rien, la laissant servir seule.<br />De là l'intervention : elle vient interrompre la relation née entre le prophète et sa sœur qui l'écoute. Loin de faire quelque chose, Marie est assise pour ouïr la parole de celui qui lui donne de jouir de sa présence. L'intervention est une interpellation du Seigneur qui est invité à se soucier de ce que Marthe fait, invité aussi à mettre fin à la parole par laquelle il transforme celle qui l'écoute et qui accueille en elle sa présence.<br />Le Seigneur répond en appelant Marthe par son nom, qu'il répète deux fois. La répétition est intentionnelle, sans aucun doute ; chacun des deux appels prend son sens, grâce aux deux verbes qui vont suivre : « Tu te soucies et tu t'agites pour beaucoup de choses ». Ainsi traduit Osty. Mais le deuxième verbe (thorubeô) ne signifie pas seulement l'agitation ; il désigne le bruit qu'elle produit. Il faudrait traduire : « Pour beaucoup de choses, tu te fais du souci et tu jettes le trouble ». Du souci qui l'absorbe, Marthe est appelée à sortir pour rentrer en elle-même, pour se retrouver et redevenir capable d'une rencontre. A ce premier appel, succède le second, invitation à cesser d'interrompre la communication de sa sœur avec celui qu'elle écoute. Autrement dit : « Marthe, redeviens présente. Marthe, cesse de faire obstacle à la présence mutuelle réalisée par ma relation avec ta sœur Marie ».<br /><br /><br />Ce que dit le seigneur<br />La réponse du Seigneur n'est pas finie. Mais c'est là que le texte grec n'est plus uniforme. Voici comment Osty traduit la forme la plus longue : « Pourtant il faut peu de chose, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée » (v. 42). Et voici comment la T.O.B. traduit la forme la plus courte du texte : « Une seule chose est nécessaire. C'est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée ».Ce qu'il faut noter d'abord, c'est que les deux traductions orientent le lecteur dans une mauvaise direction et que la leçon longue favorise cette mauvaise orientation. Mais la T.O.B., en traduisant la leçon courte, commet trois erreurs qui faussent la maxime finale, celle qui donne son sens à tout le récit. Précisons donc ce que le contexte invite à comprendre. Marthe a cru qu’il y avait beaucoup de choses à faire, beaucoup de choses à procurer à son hôte. Elle s'est cru permis de critiquer sa sœur qui, elle, a été attentive à la présence de cet hôte et lui a été présente, s'ouvrant à sa parole et devenant sa disciple.Ce que dit le Seigneur, ce n'est pas que Marthe a fait trop de choses, alors que peu suffisait ; c'est qu'en se préoccupant de choses à faire, elle n'a pas pris conscience que ce qu'il « fallait » était d'un autre ordre. Le Seigneur ne parle donc pas de choses. Il ne parle pas davantage de ce qui serait « nécessaire », comme le dit la T.O.B. à la suite de la traduction latine : « unum est necessarium ».<br />Le grec : « estin chréia » (que rendrait bien le latin « oportet »), loin d'exprimer une nécessité, évoque un devoir proposé à une liberté.« Ce qu'il faut », c'est choisir, c'est choisir la part que Marie a choisie, part qui n'est pas une chose, part qui est unique. Elle ne peut donc être présentée comme la meilleure part ; elle est la « bonne » part, l'unique qu'il faille choisir, celle que nul ne peut retirer à qui l'a choisie. Cette dernière affirmation clôt la réponse faite à Marthe. Nous aurons à en préciser la portée.<br />Avant de quitter les trois personnes dont Luc nous raconte la rencontre, nous avons à nous demander si la réponse faite à Marthe contient uniquement l'indication de ce qu'il faut choisir, et la mise en lumière des choix opposés des deux sœurs ; Marthe ne reçoit-elle pas aussi un conseil positif, en même temps que la révélation de son erreur d'orientation ? Ce conseil assurément n'est pas explicite, pas plus que n'a été explicite l'invitation à jouir de sa présence, faite par l'homme qui a quitté sa route pour entrer dans la maison de Marthe. Marie cependant a entendu l'impératif : « Jouis », et elle a répondu : « J'ouïs, j'écoute », consciente que c'était la condition pour que s'accomplisse la rencontre et qu’elle jouisse de cette présence, en même temps que l'hôte jouirait de la sienne.<br />Marthe a pu entendre un conseil implicite dans la description faite de son comportement : le Seigneur a dénoncé le souci dans lequel elle est enfermée par les multiples soins du service qui l'absorbent. Loin de vouloir en sortir elle voudrait que sa sœur y entre et s'y enferme. Donc, ce qu'il faut pour que Marthe puisse jouir comme sa sœur, c'est une rupture de l'engrenage de ses préoccupations, engrenage qui ne lui laisse aucun jeu ; ce qu'il faut, c'est introduire du « jeu » dans sa vie. Voilà ce qui lui est dit implicitement : « Joue, oui ! ».<br />Le « oui » qui souligne cet appel est bien nécessaire, comme il était nécessaire de répéter son nom : « Marthe, Marthe ! » pour faire revenir à elle celle que son souci de faire maintenait hors d’elle-même. « Joue. Oui. », c est la condition pour être capable d’ouïr et pour parvenir à jouir.<br /><br /><br />Ce qu'il faut c'est jouir<br />Ce récit nous a fait parcourir une première étape, grâce à ses personnages symboliques : un homme en route, une femme qui écoute, sa sœur qui ouvre sa maison, mais inconsciemment se ferme elle-même, ou plus s exactement s'enferme hors d'elle-même.<br />Il nous faut parler de ces symboles, non pour les expliquer, mais pour discerner comment ils nous donnent accès au réel. Par les symboles, le réel nous fait signe. Est-il besoin de souligner qu'un signe n'est pas une chose ? Les choses sont multiples et les liens qui les unissent sont souvent nécessaires. Les signes sont multiples, eux aussi ; les liens qu'ils nous invitent à nouer avec le réel sont des relations qui dépendent pour une part de notre choix.<br />Revenons à la rencontre de notre trio et à ce qu'il symbolise. Un homme entre chez une femme ; il en rencontre une autre. Celle chez laquelle il est entré est hors d'elle-même ; loin de rencontrer l'homme venu dans sa maison, elle tente d'interrompre la rencontre de sa sœur avec cet homme ; or cette rencontre, le récit entier le montre, est la part qu'il fallait choisir. Et dans cette rencontre, ce qui se révèle, c'est l'altérité fondamentale, celle de l'homme et de la femme, dont l'altérité est le principe de la relation réelle. Cette relation réelle, c'est dans l'histoire des personnes qu'elle peut s'établir. Pour qu'elle s'établisse, chaque personne a un rôle à jouer, grâce auquel l'homme et la femme vont tisser la trame de leur histoire ; et leur histoire, fruit du rôle qu'ils auront joué, sera le chemin où leur rencontre pourra s'accomplir. Accomplissement que nous avons désigné par le verbe : jouir.<br />Pour y parvenir, il faut que chacun joue un rôle. Le jouer suppose que chacun le reconnaisse comme le sien, et consente à le jouer.<br /><br /><br />Le jeu des libertés et de l'altérité<br />« Jouer ou ne pas jouer ». Voilà la première question qui « se » pose, que nous en ayons ou non conscience. Voilà la première question qui nous est posée, que nous l'écoutions ou que nous refusions de l'écouter, lorsqu'elle « se » fait<br />Le jeu dont il s'agit est celui d'une altérité, celle de l'homme et de la femme. Il est celui de deux libertés, celle de l'homme et celle de la femme. L’un et l'autre ont à choisir d'être ce qu'ils sont, et d'être ce qu'ils sont l'un pour l'autre, d'accepter leur altérité et de trouver leur accomplissement par le jeu de leur rôle.<br />Leur rôle ? Précisons le sens de ce mot dans notre contexte. Il ne s'agit pas de théâtre. Il ne s'agit pas d'un masque qui indique la place que nous occupons dans la société et la fonction que nous y remplissons ; cela, c'est le personnage auquel les autres peuvent nous réduire et dans lequel nous pouvons nous-mêmes chercher un refuge. Le rôle de l'homme et de la femme, en tant que manifestation de leur altérité, est au contraire un rôle vital, celui dont l'exercice est à l'origine des relations personnelles, à l'origine des personnes que ces relations constituent.<br />Chacun de nous, en effet, est en relation avec la femme qui lui a donné naissance ; chacun est aussi en relation avec l'homme dont l'union avec cette femme a rendu celle-ci féconde. Des noms expriment ces diverses relations dont le réseau est le milieu vital où hommes et femmes se développent dans leur altérité. Réseau : le mot peut évoquer un circuit dans lequel on est enfermé et où on ne peut que tourner en rond. Il n'y a alors aucun jeu qui rende possible un choix. Mais le mot peut aussi désigner ce qui permet de circuler en choisissant le but qui oriente la marche.<br />Les structures sociales peuvent assurément constituer un réseau du premier type, celui où l'on est le chaînon d'un engrenage. Mais les relations fondées sur l'altérité sexuelle humaine sont à l'origine du réseau où la femme et l'homme peuvent jouer leur vie, de génération en génération. Cela ne signifie pas que le jeu est facile. L'homme et la femme qui choisissent d'assumer leur rôle auront souvent à se débattre dans le réseau social où ils sont insérés. De là les débats qui, au niveau des sciences humaines, mettent en question la sexualité et les relations dont elle est la source.<br />Dans notre réflexion, si j'ai proposé pour point de départ l'altérité sexuelle, c'est qu'elle me semble symboliser la relation de l'homme avec le réel, car dans les deux cas l'accomplissement auquel il s'agit de parvenir est signifié par le verbe « jouir ».<br />Jouir Un verbe. Que désigne-t-il ? Un état ou un acte ? Quelle conception de la vie est impliquée par la réponse à cette question ? Autrement dit, la vie sera-t-elle conçue, dans son déroulement actuel, comme tendue vers un état qui mettra fin à une marche, vers un repos qui constituera le bonheur et inaugurera une vie autre que la vie actuelle ? Ou bien, la vie sera-t-elle vécue comme une réalité dont l'expérience va nous faire découvrir, non pas comment la concevoir, mais plutôt comment l'inventer ? Dans ce deuxième cas, la vie actuelle ne serait plus une marche menant à un terme où elle cessera, mais la découverte d'un chemin où nous sommes appelés à demeurer et à demeurer en marche.<br />La question que je pose sur le verbe jouir apparaît donc comme une question sur le sens de la vie, le mot « sens » ayant ici toute sa force. Il s'agit du sens à donner à la vie, de l'orientation à choisir dans notre vie, afin de découvrir ce que signifie vivre, afin de découvrir la vérité de la vie, afin de vivre en vérité. Nous sommes à un carrefour où se décide ce qui constitue notre quête. Sommes-nous en quête d'un savoir à acquérir ? Sommes-nous en quête de ce savoir vivre qui se nomme sagesse, autrement dit « sophie » et que la philosophie cherche en l'aimant ?<br />C'est dans la lumière de ces questions que nous allons parcourir la dernière étape de notre recherche sur « ce qu'il faut ». Le mot de lumière, que je prononce en le liant au mot de question, doit être souligné. Par lui, j'exprime mon espérance que nous sommes en face de vraies questions, de celles que la vérité nous pose, par lesquelles la vérité nous fait parler et écouter. De telles questions sont lumineuses.<br />La première est : « Qu'est-ce que veut dire : jouir ? » ou : « Qu'est-ce que je veux dire en affirmant : ce qu'il faut, c'est jouir ».<br />Un des aspects de la réponse est de situer la jouissance par rapport au plaisir et au bonheur. Sur ce point, il est utile de se référer à la psychanalyse et je vous renvoie en particulier au livre d'Alain Juranville : Lacan et la philosophie[1]; dans ce livre admirablement construit, vous trouvez un paragraphe consacré à la jouissance, mais, depuis le début du chapitre, il est question de la jouissance et de sa distinction du plaisir : « Le thème de la sexualité dans la jouissance sexuelle est au cœur de la théorie lacanienne du désir. Il n'y a de jouissance que de la vérité, et il faut distinguer plaisir et jouissance. La pulsion comme telle conduit au plaisir et non à la jouissance. Mais la forme fondamentale de la jouissance est sexuelle. » (p. 170). Et dès le début du livre est affirmé le lien entre vérité et jouissance dans la conception lacanienne, dont le concept primordial est le concept de « réel » (pp. 6-8).<br /><br /><br />La jouissance et le bonheur : les confusions d'augustin<br />Personnellement, pour distinguer la jouissance, du plaisir et du bonheur, j'ai recours à un critère proposé par saint Augustin, dans De doctrina christiana[2]. Augustin oppose « jouir » (frui) à « user de » (uti). Pour distinguer ces deux actes, il définit leur objet respectif ; chacun d'eux met l'homme en relation avec des réalités d'ordre différent. Les réalités dont je peux jouir sont celles qui peuvent être aimées pour elles-mêmes. Les autres, celles dont je peux user, sont des moyens pour obtenir les premières. Je n'aime pas ces moyens pour eux-mêmes ; je les utilise pour parvenir à ce que j'aime.Augustin précise ensuite en quoi consiste l'acte de jouir et quelle relation il établit entre celui qui jouit et la réalité dont il jouit. L'acte de jouir est fondé sur un acte d'amour ; il met en relation avec une réalité qui, par elle-même, suscite l'amour, donc que je peux aimer pour elle-même. Quant à la relation qui se noue dans l'acte de jouir, c'est l'intimité avec la réalité aimée : Augustin la désigne par le mot inhaerere. Le traduire par « s'attacher à », comme on le fait ordinairement, me semble insuffisant ; cela correspondrait à adhaerere. Il ne s'agit pas seulement d'adhésion, mais d'accès à l'intérieur de la réalité aimée, ce que j'exprime par le mot d'intimité.<br />La phrase d’Augustin parle d'ailleurs par sa structure, autant que par les mots employés. Écoutons-la : « Frui est amore alicui rei inhaerere propter seipsam[3]. » Cette phrase réunit trois affirmations : « Pour jouir, il faut aimer une réalité ; cet amour réalise ce qui constitue la jouissance, à savoir l'intimité ; cet amour a pour cause la réalité dont il donne de jouir ». Comment ne pas goûter la densité lumineuse de la maxime augustinienne ?Ayant donné un critère pour distinguer la jouissance de ce qui pourrait être confondu avec elle, Augustin applique ce critère à notre vie ; il symbolise celle-ci par un voyage qui nous mènerait dans notre patrie, patrie qui représente la réalité dont nous devons jouir ; il précise que, durant notre pérégrination, notre vie ne peut être heureuse ; nous désirons donc rentrer dans notre patrie pour en jouir et, pour cela, user de moyens de locomotion. Mais il signale une perversion possible, qui consisterait à transformer en jouissance l'usage des véhicules qui nous portent : nous serions détournés par-là du but du voyage, détournement pervers car il nous aliénerait en nous rendant étrangers à la patrie dont nous avons à jouir pour être heureux. De cette présentation symbolique de notre vie, Augustin tire la conclusion suivante : notre devoir est de ne pas jouir, mais seulement d'user des réalités corporelles et temporelles de ce monde, pour pouvoir devenir heureux en saisissant les réalités éternelles<br />En écoutant Augustin faire cette application de son critère, qui est vrai, comment ne pas prendre conscience qu'il le fausse radicalement ? Nous venons de l'entendre dénoncer la perversion qui consisterait à jouir de ce dont il faut seulement user. Un tel avertissement est utile. Mais sur quoi Augustin le fonde-t-il ? Sur une confusion : au lieu de viser à jouir d'une réalité aimable en l'aimant, nous sommes invités maintenant à saisir des réalités qui nous rendront heureux. L'acte de jouir est confondu avec l'état de bonheur ; et on parviendrait à ce bonheur par la saisie de réalités éternelles, hors de ce monde, tandis que l'acte de jouir avait été désigné comme le fruit de l'amour des réalités aimables par elles-mêmes, nullement présentées comme hors de ce monde.<br />Comment Augustin en est-il venu à une telle confusion ? En réduisant tous les biens autres que le souverain bien, toutes les réalités autres que les réalités éternelles, à être des moyens dont il faut user pour parvenir au bonheur que nous trouverons en saisissant le souverain bien, le seul dont il faille jouir. Et en plusieurs occasions, Augustin affirme l'équivalence des deux expressions : « avoir » le souverain bien ou en « jouir »; habere et frui semblent interchangeables. Faut-il ajouter que cette perspective est celle de beaucoup de nos contemporains qui croient en l’Évangile ? Mais cette perspective, que nous en ayons conscience ou non, risque de pervertir la vie humaine, précisément en tant qu'elle est voyage, recherche, devenir ; car elle ne peut être tout cela que si est déjà présent ce qu'elle cherche et que si elle peut être déjà accueil de cette présence.<br />Pour éviter cette perversion, nous avons choisi une perspective tout autre, celle où le souverain bien ne dévalorise pas les autres biens, celle où l'acte de jouir des êtres qui sont à aimer pour eux-mêmes est un acte qui donne à notre vie son sens dans le présent. Adopter cette perspective, c'est être à l'écoute de la vérité, devenir témoin de cette vérité. C'est vivre en relation avec le réel auquel la vérité nous donne accès, le réel qui, seul, demeure.<br /><br /><br />La jouissance et l'amour<br />C'est ce qu'il faut maintenant mettre en lumière, en approfondissant un thème déjà proposé, celui de l'altérité, et en développant le thème que notre titre annonçait et auquel nous nous sommes contentés jusqu'ici de faire allusion : celui de la présence.<br />Partons de l'altérité sexuelle, altérité fondamentale. Principe de la relation entre l'homme et la femme, cette altérité rend possible une rencontre qui s'accomplira dans l'acte de jouir, acte que nous pouvons désigner par le mot de jouissance, à condition de ne pas le réduire au sens que lui donne le langage courant : celui de plaisir, la satisfaction d'une pulsion. Si le plaisir peut résulter de l'activité sexuelle, il ne constitue pas la jouissance au sens actif dont nous parlons. Analyser cette jouissance est le chemin concret par lequel il est bon de passer pour discerner ce qui constitue la jouissance humaine, même dans ses formes les plus parfaites, les plus pures de toute possessivité, celles qui seront aussi les plus fécondes en étant principe de communion entre les personnes.<br />Pour l'analyse de la jouissance sexuelle, je vous renvoie au livre de Serge Leclaire : Psychanalyser, notamment son chapitre 6 sur l'inconscient[4]. Je n'en rappelle ici que l'essentiel. Étudiant les rapports du fait de la jouissance avec la fonction du sujet, il écrit : « Le sujet est cette fonction qui peut se définir par l'affirmation et l'effacement alternatif de l'annulation qu'est la jouissance » (pp. 132-133). Il souligne que cette affirmation et cet effacement constituent une pulsation difficile à concevoir. En effet, parole et jouissance s'excluent. Le sujet ne peut rien dire de la jouissance, si celle-ci est son annulation ; mais la parole par laquelle le sujet se dit annulé dans la jouissance efface cette annulation (p. 137).La jouissance apparaît donc non réductible à ce que nous en concevons ; mais quand elle est vécue, on peut en percevoir le fruit. Ce fruit n'est pas une fusion ; il est une union qui, pour être plénière, n'abolit cependant pas la distinction de ceux qu'elle unit, bien au contraire. Car chacune des personnes qu'elle unit y trouve son accomplissement si, comme le dit Augustin, cette jouissance est l'intimité réalisée<br />Amour mutuel : ces deux mots sont la clef du mystère qu'est la jouissance. Grâce à eux, nous pouvons donner au critère de saint Augustin une meilleure forme et le rendre plus efficace dans notre quête du réel, quête dans laquelle l'intelligence est aussi insuffisante que nécessaire, pour communier à ce réel.<br />Jouir et user : ce sont des actes dont le second ne doit avoir pour objet que les choses, tandis que le premier met en relation les personnes, seules réalités qui puissent être à la fois aimables et aimantes. Il devient donc clair que le danger, pour nous, n'est pas de chercher à jouir des choses dont il faut seulement user ; une telle recherche se révélerait vite illusoire, car il est impossible de trouver dans cette direction une source de jouissance. Cela ne veut pas dire que l'illusion ne soit pas possible ; il est au contraire manifeste qu'elle est fréquente. Cela veut dire que l'illusion résulte d'une confusion entre jouissance et possession.<br />Le vrai danger est inverse : il est dans le désir d'user des personnes pour se procurer une jouissance, désir fondé sur une autre confusion, celle de la jouissance avec le plaisir. Le danger est d'asservir les personnes pour se procurer du plaisir.<br />Formulons maintenant une distinction importante. Il y a deux formes d'altérité : l'une sépare les choses et les personnes, en tant qu'elles sont des réalités d'ordre différent ; la deuxième établit entre les personnes une distinction grâce à laquelle peuvent s'instaurer, et le dialogue qui donne accès à la vérité, et cette communion que réalise l'acte de jouir, fruit de l'amour. Par ce dialogue et cette communion, les personnes parviennent à être en relation avec le réel.<br /><br /><br />Le mystère de la présence<br />Le moment est venu de préciser la place des choses dans les relations entre les personnes, pour éviter de confondre les corps des personnes avec les choses. Entre l'ordre des personnes et celui des choses, il y a en effet des formes diverses de communication. Les personnes peuvent utiliser les choses et les posséder, et certains manques peuvent, de ce fait, être comblés. Notons que le savoir joue un rôle dans cette maîtrise des personnes sur les choses ; mais ce savoir, comme le pouvoir qu'il donne à l'homme d'exercer sur le monde des choses, reste de l'ordre de l'avoir ; il ne donne pas accès au réel, celui-ci demeurant inaccessible à toute recherche visant à le posséder.<br />Mais l'utilisation des choses par les personnes peut prendre une autre forme que la possession. Les choses peuvent devenir des signes et, à ce titre, être introduites dans les relations interpersonnelles ; ce que j'exprimerai en employant les mots de signifiant et de signifié selon une acception particulière. Sans doute l'acception très simple selon laquelle je m'en sers est-elle différente de celle qui leur est conférée dans la perspective psychanalytique lacanienne ; peut-être ne lui est-elle pas absolument étrangère. Je donne au mot signifiant son sens étymologique ; il désigne la personne qui fait un signe, qui le produit. Le signifié, c'est la chose dont la personne fait un signe, qui est produite comme signe. Nous avons là une relation dans laquelle est produite une transformation, effet du don fait par une personne à une chose : le don d'un sens qui fait d'elle un signe.<br />La production du signe, la transformation de la chose par la personne qui lui donne sens, est un acte qui fonde une relation entre une réalité de ce monde et le réel, ce réel qui n'est pas un autre monde, mais qui est autre que le monde. J'ajoute que, pour moi, ce réel n'est pas plus hors du monde que le monde n'est hors du réel. Ce réel, c'est en effet la personne à qui est fait le signe, en vue de qui il est produit ; cette personne, précisément en tant qu'elle est « autre » que moi, me fait face comme le réel. Elle est, comme lui, inaccessible à toute recherche prétendant parvenir à la posséder. Mais nous pouvons entrer en communication au moyen de signes, au moyen des réalités<br />Car le monde est fait pour devenir le signe du réel et le rôle des personnes est d'être les artisans de ce devenir en donnant au monde un sens, en en faisant un langage. Remplir ce rôle, produire ce langage, c'est être poète, c'est collaborer à faire du monde une œuvre d'art, c'est révéler qu'il est fait pour devenir signe du réel par nous et pour nous.<br />Nous avons vu qu'il ne fallait pas confondre les corps des personnes avec les choses. En effet, les personnes humaines n'ont pas à user de leurs corps, ni à lui donner un sens pour en faire un signe ; c'est au contraire grâce à lui qu'elles peuvent se faire signe l'une à l'autre ; c'est grâce à lui qu'elles peuvent s'exprimer et se parler. Le corps joue donc un rôle dans l'amour humain et dans l'acte de jouir où cet amour s'accomplit. Parler de cet acte, c'est dépasser l'ordre des choses auquel préside la nécessité ; c'est accéder au cœur de l'ordre des personnes et de leur liberté. C'est parvenir à la source de la jouissance, au mystère de la présence.<br />Parler de la présence, c'est parler de l'autre et de notre relation avec cet autre qui est une personne. C'est donc entrer dans un domaine d'où est exclu le « on » impersonnel, et où n'ont accès que le « je » et le « tu », dans un domaine où leur dialogue leur fait prendre conscience de leur altérité ; dans ce dialogue, chacun découvre la vérité de l'autre : l’autre est un Tu et n'est pas ce que Je suis. Parler de la présence, ce n'est pas parler d'une chose, d'une substance que je rencontrerais comme purement juxtaposée, à la fois extérieure et impénétrable. C'est parler d'une personne dont j'ai entendu l’appel et que je puis appeler ; et nous nous disons « Tu ».La présence est le fruit d'une rencontre. Elle est le principe d'une recherche qui sera appel et écoute. Elle est le désir d'une intimité désir qui se traduit par une ouverture à l'autre et une offrande à l’autre.La présence, c'est ce qui suscite mon attente et ce que manifeste mon attention. Je suis dans l'attente d'une présence unique, celle dont il me faut jouir. Je suis attentif à cette présence unique, qui demeure encore invisible, mais dont l'absence déjà me parle et que je manifeste, comme présente, en l'écoutant. Mais il y a du jeu entre ouïr et jouir ; pour passer de l'un à l'autre, il faut dire « oui » à la parole entendue. Ce « oui » doit être sans cesse renouvelé ; il faut dire « oui » à l'ouverture qui m'est demandée, « oui » au don qui m'est offert.<br />« Joue : oui ». Jusqu'ici dans cette formule, le « oui » n'exprimait qu'une insistance soulignant l'invitation à jouer ; non seulement tu peux jouer, mais il le faut ; oui, c'est le choix à faire. Maintenant, ce oui prend un sens nouveau ; il devient une indication qui oriente notre jeu : « Joue ta vie sur le oui »; que ta vie soit un oui à la présence qui le suscite et qui l'attend. Cette présence, celle dont je puis jouir, n'est pas celle d'un Autre, avec un A majuscule, qui serait la seule dont je puisse jouir. Si nous parlons « d'une présence dont je puis jouir », ce n'est pas pour suggérer qu'il n'y en a qu'une « singulière ».<br />Ce point est capital. La présence signifie la relation qui unit deux personnes dans leur singularité concrète sans diminuer leur altérité. Deux mots qui font écho au mot de présence éclairent cette relation le verbe présenter et le substantif présent. Présenter, c'est l'acte qui offre. Le présent, c'est le don qui est offert. Le mot présence implique les deux autres : il caractérise une personne comme disponible, comme offerte, comme ouverte actuellement au don qui réaliserait une communion- La présence est à la fois ce qui situe quelqu'un dans un moment du temps présent, et ce qui nous donne accès à une autre durée : celle des relations qui demeurent, celle dans laquelle les relations sont toujours nouvelles.<br />Une présence singulière : telle est la présence de l'autre dont je puis jouir, de l'autre dont l'altérité est inaccessible à toute possessivité qui ferait de lui une chose, de l'autre dont l'intimité est ouverte au don que je puis lui faire de moi-même en l'aimant. Qu'une présence soit singulière, cela ne signifie pas qu'elle mette en relation deux solitaires. Car le dialogue qu'elle inaugure nous met toujours en présence d'un tiers, ce tiers qui est la vérité. Oui, ce tiers est toujours présent dans un dialogue vrai, celui où chacun des interlocuteurs s'exprime pour l'autre. Par leur dialogue, ils sont témoins de la vérité qui les unit et dont ils peuvent jouir, et par leur témoignage, ils sont présents à ceux devant qui ils le portent.<br />La présence dont je puis jouir, c'est aussi celle de la vérité que je cherche avec l'autre et qui est déjà présente dans notre dialogue, puisque c'est elle qui nous fait parler et écouter. Jouir de la vérité, c'est l'acte vers lequel tend toute personne qui la cherche parce qu'elle lui manque. Sous cet aspect de manque, une telle personne est symbolisée par « la femme ». De fait, dans le récit qui nous a servi de point de départ, c'est une femme qui tient ce rôle, c'est Marie.<br />Mais chercher à jouir de la vérité, ce n'est pas désirer combler un manque en la possédant ; c'est désirer rester ouvert au don qu'elle veut nous faire d'elle-même. Sous cet aspect de don, la vérité est' symbolisée par « l'homme ». Dans notre récit, l'homme qui tient le rôle de la vérité, c'est l'homme en route qui parle à Marie, l'homme en quête de celle à qui il pourra se donner pour qu'elle jouisse de sa présence<br />Nous voici revenus dans la maison où, tandis que Marthe veut se rendre utile, Marie jouit de la présence de l'homme venu porter une Parole qui peut rendre féconde celle qui l'écoute. La relation qui est le fruit de cette rencontre est ce que symbolise l'union conjugale.<br /><br /><br />Conclusion : jouir de la vérité<br />Le moment est venu de dire brièvement quel mouvement unit les mots de notre titre : « une présence dont je puis jouir ». Nous le ferons en distinguant bonheur et jouissance. Du même coup, nous exprimerons le sens de notre recherche.<br />Le bonheur, c'est ce qui donne à une heure d'être bonne, et ce peut être l'heure présente. Le bonheur, c'est ce qui rend l'homme béat, grâce à une plénitude qui consiste, non à le combler, mais à l'ouvrir et à le garder ouvert. Dans la solitude, l'homme peut être un individu comblé, mais il ne peut devenir une personne qui s'ouvre à la relation avec l'autre et que cette relation garde ouverte. C'est ce que signifie la parole : « Bienheureux les pauvres », c'est-à-dire bienheureux ceux qui consentent à être présents aux autres. Ce consentement ouvre à la relation dont l'accomplissement est l'acte de jouir.<br />Ce consentement, ce « oui », naît de l'écoute ; il est principe de jeu, le jeu de la vie,,dans lequel s'invente l'altérité. Ce « oui » se consomme par l'amour, dans l'acte où je jouis de la présence singulière d'un autre. A cet acte qui est libre, et qui est accueil en même temps que don, lAutre avec un A majuscule est toujours présent comme source du réel, comme source dont le jaillissement m'attire, comme source à l'attrait de laquelle j'ai à consentir.<br />« Une présence dont je puis jouir », c'est d'abord celle de l'autre c'est une présence avec laquelle je suis en relation, comme l'indique le pronom relatif « dont »; cette relation me constitue comme « je » et m'ouvre au « Tu » qui est l'autre ; cette relation est déclarée possible, « je puis », pour signifier que l'acte de jouir est un acte libre. Il m'est offert pour qu'en l'accomplissant, je choisisse de m'accomplir en communiant avec l'autre qui l'accomplit avec moi. Tel est le mouvement qui me conduit à ce qu'il faut uniquement chercher.<br />Nous laisserons le dernier mot à Augustin qui, dans les Confessions, témoigne ainsi : « Beata vita est gaudium de veritate » (X, 33). Pour rendre la force des mots latins, nous proposons cette traduction : « La béatitude vécue, c'est la joie dont la source est la vérité ». Je reprendrais volontiers la formule en remplaçant gaudium par gaudere et en disant : « La béatitude vécue, c'est jouir de la vérité », c'est communier au réel en communiant aux autres et au grand Autre qui est présent dans tous les autres, et finalement découvrir le vrai Nom de cet Autre et le lui donner, comme nous y invite l'homme en route, l'homme qui est la route.<br /><br /><br />[*] Notre intention, en mettant ce texte en ligne, est multiple :<br /><br /> *<br /> montrer la proximité, l’échange et l’influence de pensée entre les deux frères ; l’on pourrait dire qu’ils sont aussi lacanien l’un que l’autre ;<br /> *<br /> montrer comment Marc éclaire la notion de jouissance chez Jacques ;<br /> *<br /> donner l’illustration d’une pente : celle de la croyance en la toute-puissance du langage et les risques, dès lors, à réduire la psychanalyse à une seule pratique verbale.<br /><br />Nous laissons donc les lecteurs libres d'en juger par eux-mêmes et il serait fort intéressant qu’ils communiquent leurs avis sur ce texte. La « publication » de ce texte n’est pas le signe d’une quelconque adhésion de notre part.<br /><br />[1] Paris, Presses Universitaires de France, 1984. Cf. II partie, ch. 4, « Le désir et l'objet », § 35, pp. 226-227.<br />[2] Saint AUGUSTIN, Le Magistère chrétien, Paris, Desclée de Brouvver, 1949 (Bibliothèque augustinienne, t. XI). Cf. « La Doctrine chrétienne », ch. 1, § 4, p. 185. Juranville cite d'ailleurs ce texte, p. 223.<br />[3] L'édition citée traduit : « Jouir, c’est s'attacher à une chose par amour pour elle-même ».<br />[4] Paris, Éditions du Seuil, 1968.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1141394719628012842006-03-03T14:57:00.000+01:002006-03-04T14:16:55.833+01:00Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira.<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/images.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/images.jpg" border="0" alt="" /></a><br /><br />Lettre de Marc-François Lacan<br /><br />à Jacques Sédat<br /><br />Abbaye d'Hautecombe<br /><br />Saint-Pierre-de-Curtille<br /><br />73310 Chindrieux<br /><br />Vendredi 3 décembre 1982<br /><br />Monsieur,<br /><br />[…]<br /><br />Un fait est à rappeler : Jacques, au début de sa carrière, a cependant un certain temps signé : Jacques Marie, puis Marie a disparu de la signature. Quelqu'un pourrait-il donner le sens de ce fait ? En tout cas, il en a un.<br /><br />D'autre part un autre fait est évident : Jacques a, toute sa vie, cherché à traverser le miroir, cherché le vrai dont tous les miroirs ne procurent que l'illusion.<br /><br />Le vrai au sens biblique : non pas le vrai, qualité de la pensée, mais le vrai qui donne sens à la vie et est au-delà de toute pensée, le vrai qui est le réel.<br /><br />Ma relation à mon frère se situe au coeur de cette quête qui implique le refus de savoir comme moyen d'accès à ce réel. Notre amitié de toujours était reconnaissance mutuelle de deux personnes en quête du réel ; et je crois qu'il m'a initié à cette quête.<br /><br />J'ai choisi mon chemin, alors qu'il en avait choisi un autre. Et celui qu'il avait choisi me semble parallèle à celui de Spinoza. Les deux chemins sont quête d'une Ethique. C'est là que reparaît le « Saint ».<br /><br />Spinoza a sûrement exercé une influence décisive sur mon frère qui le connaissait à fond. Et Baruch Spinoza s'insère assurément dans la tradition biblique, dans l'affrontement même avec la synagogue qui l'a exclu.<br /><br />Quelle relation entre mon frère et la tradition chrétienne ?<br /><br />Voilà la question qu'il faut poser.<br /><br />Est-il possible d'y répondre ?<br /><br />Voici au moins des jalons indiquant la direction dans laquelle il faut la chercher.<br /><br />La tradition chrétienne donne à la personne une place qu'on peut dire fondamentale. Dans la lumière de cette tradition dont il a cherché à avoir une connaissance profonde, Jacques a cherché à être, non un saint, mais une personne.<br /><br />Une telle recherche comporte des exigences – des exigences éthiques – et quelles exigences ! Etre une personne implique les relations dans lesquelles la tradition chrétienne place « le Père » que Jésus nous a appris à nommer.<br /><br />Ici, j'attire votre attention sur l'expression : « ton nom que tu m'as donné », employée deux fois par Jésus parlant à son Père Saint, en Jean XVII, 11 et 12.<br /><br />Etre une personne exige d'un homme qu'il se situe par rapport au père, qu'il prenne conscience de cette relation « fondamentale » qui fait de lui un homme. Et une autre prise de conscience est nécessaire : celle de la dimension que Freud a nommé « inconscient ». Mon frère a voulu explorer l'inconscient, précisément pour être une personne.<br /><br />Mais c'est bien de la tradition chrétienne qu'il tenait le but de sa quête : être une personne.<br /><br />Et dans la tradition chrétienne, la dimension de la personne qu'est l'inconscient n'était pas nommée ainsi, mais elle était présente sous le nom de mystère.<br /><br />Toute personne est mystère pour l'homme croyant dans le Dieu de Jésus-Christ. Ce mystère vient de ce que la personne humaine est, dans la tradition chrétienne, relation au Père de Jésus-Christ - cette relation était en rapport avec la relation au père humain, rapport que le mot d'analogie signifie. La relation au père humain est analogue à la relation au Père de Jésus-Christ – c'est-à-dire que la première ressemble à la seconde, et non l'inverse. La seconde en effet est Tout Autre que la première.<br /><br />Et c'est ce que veut dire le mot : saint.<br /><br />Vouloir être une personne, ce n'est pas vouloir être saint. Mais c'est le chemin nécessaire pour entrer dans une relation quelconque avec Le Saint.<br /><br />Etre une personne, dans la tradition chrétienne, c'est prendre conscience du mystère de sa relation à Dieu. Là se situe l'ouverture à la Parole de Dieu, cette Parole qui est appel à l'homme et, du même coup, révélation de celui qui appelle. Car cette Parole appelle l'homme, la personne humaine à nommer Dieu Père, à nommer Père celui qui est Le Saint.<br /><br />Je m'arrête là – espérant avoir été jusqu'ici cohérent et clair.<br /><br />Vous voyez comment l'exploration de l'inconscient, activité de mon frère, n'a pas pu être menée par lui, initié à la tradition chrétienne, sans que le nom du Père y apparaisse sous le nom de l'Autre.<br /><br />L'appel à la sainteté a été « réduit » par lui à l'appel à être une personne « connaissant le bien et le mal », c'est-à-dire à une personne dont la situation est celle du « pécheur » dans la tradition chrétienne.<br /><br />Pécheur, oui. Mais personne quand même Et cela donne le sens de sa recherche, qui aurait pu le mener à la conversion. Qui oserait dire où elle l'a mené ? Mais, depuis la mort advenue le 9 septembre 1981, la réponse est définitive.<br /><br />Je crois donc avoir répondu à votre question relative à la Trinité dans la recherche de mon frère.<br /><br />La Trinité ? Ce mot abstrait fait partie d'un vocabulaire théologique qui nous établit au niveau d'un savoir théorique.<br /><br />Le Père, le Saint, l'Autre.<br /><br />Cela nous introduit au niveau de la relation du Symbolique au Réel.<br /><br />Jacques a labouré en restant dans le domaine de l'analyse, de la psychanalyse.<br /><br />La tradition chrétienne lui ouvrait une autre voie de recherche, celle de l'Esprit, du « Pneuma », de la « rouah » hébraïque.<br /><br />C'est cette troisième dimension de l'homme biblique (cf., Première lettre aux Thessaloniciens V, 23) qu'il a laissée ouverte, mais qu'il n'a pas pu analyser, car elle n'est pas du domaine auquel l'analyse a le pouvoir d'accéder. L'analyse ne peut mener qu'au seuil.<br /><br />En théologie, la relation du symbolique au réel est la condition du langage. Et le réel, c'est non pas l'Etre, mais Dieu, cet Autre que la révélation biblique nomme le Saint, et que Jésus nomme Père Saint.<br /><br />Le symbolique, c'est le nom qui intervient dans la relation de dialogue entre Jésus et Dieu. Nous sommes appelés à participer à ce dialogue : et répondre à cet appel, c'est « prier », c'est « nommer le Père, ce dont l'Esprit seul nous rend capables (Galates IV, 6 ; Romains VIII, 15).<br /><br />Jacques priait-il ? Il a cherché à être une autre personne, c'est-à-dire ce « réel » capable de répondre à l'appel de Dieu en priant.<br /><br />Quant à la question de la Trinité, c'est une question étrangère à la révélation chrétienne et à son expression théologique, du fait de son caractère abstrait. C'est par contre une question philosophique à laquelle Hegel, par exemple, donne une réponse philosophique.<br /><br />Nous, chrétiens, sommes en danger d'en faire autant quand nous parlons de la Trinité. Et nous succombons, dans cette épreuve, lorsque nous oublions que nous sommes des personnes et que nous avons à être ce que nous sommes, à savoir des personnes.<br /><br />Voilà ce que je vous propose comme témoignage sur mon frère.<br /><br />Si, sur certains points, il manquait de clarté, vous pouvez me demander de préciser. […]<br /><br />Il me reste à vous remercier,<br /><br />D'abord de m'avoir demandé cette réponse : écrite d'un trait, elle m'a amené à élucider, en approfondissant mon expérience, la façon de poser certaines questions.<br /><br />Je vous remercie ensuite de l'envoi du livre. […]<br /><br />En attendant une rencontre, je vous souhaite, au-delà du retour à Lacan, un retour renouvelé au réel, dans un sentiment amical.<br /><br />Marc-François Lacan o.s.b.<br /><br />Marc-François Lacan<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1141393360438967922006-03-03T14:41:00.000+01:002006-03-03T14:42:40.493+01:00Frère Marc François<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/verite.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/verite.jpg" border="0" alt="" /></a><br />JACQUES LACAN ET LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ<br /><br />Sermon prononcé par Dom Marc-François Lacan à la mémoire de son frère, le 10 septembre 1981 en l'église Saint Pierre du Gros Caillou<br /><br />Jacques Lacan a parlé. Pourquoi ? Pour le savoir, faut-il écouter ceux qui, depuis sa mort, parlent moins de lui que de leur propre positioin à son égard ? Ce n'est pas le bon moyen. Ce qu'il faut, c'est rappeler qui il était. Il était un homme. Cet homme cherchait la vérité ; le chemin qu'il ouvrait pour la chercher était la Parole.<br /><br />L'HOMME :<br /><br />Les sciences de l'homme sont sans doute ainsi appelées parce qu'elles nous enrichissent d'un savoir sur diverses fonctions de l'homme ; ce faisant, elles nous permettent de masquer et d'oublier notre ignorance de l'homme lui-même, notre inattention au fait que chaque homme est un mystère. Un mystère qui reste insondable.<br /><br />Jacques Lacan, c'est d'abord un homme attentif à l'homme, à sa réalité toujours inaccessible, à son désir dont le caractère propre est de ne jamais pouvoir être satisfait.<br /><br />Dans le monde intellectuel, il était classé tantôt comme psychanalyste, tantôt comme philosophe, voire comme poète, ou encore comme structuraliste, surréaliste, acteur … La liste pourrait s'allonger. Or il est avant tout un homme, dont il ne suffit pas de dire qu'il était humain. Sa contribution à la psychanalyse, si importante qu'elle soit, ne permet pas de dire qui il était. Bien au contraire, c'est parce qu'il était cet homme unique, nommé Jacques Lacan, qu'il a pu mettre en valeur la découverte inaugurée par Freud : celle de l'inconscient. Mise en valeur telle que le monde des psychanalystes ne l'a pas accueillie sans émoi.<br /><br />Mais qu'est-ce donc que l'inconscient ? En entendant ce mot, chacun s'en soucie d'en demander une définition. Un tel souci révèle le plus souvent, moins une recherche de la clarté, que la fuite devant un mystère qui inquiète et qui cependant caractérise la vie psychique dans sa réalité.<br /><br />L'inconscient échappe à toute définition ; il désigne l'homme lui-même dans cette dimension de son mystère qui ne donne aucune prise à sa conscience. Parler à l'homme de l'inconscient, c'est lui rappeler ce qu'il s'applique à oublier ; c'est le sauver de cet oubli que tout est organisé pour favoriser en cette fin du XXème siècle. C'est lui rappeler en effet que son centre est ailleurs qu'en lui-même. C'est lui faire découvrir que le chemin à suivre n'est pas celui que Descartes a inauguré : « Je pense donc je suis ». Cette déduction sur laquelle Descartes prend appui va-t-elle lui permettre de connaître ce « Je » qui pense ? Lacan réplique : « Je ne suis pas ce que je pense ».<br /><br />La vérité ainsi formulée jaillit de la découverte de l'inconscient, autrement dit de l'homme lui-même. La reconnaissance de l'inconscient permet à l'homme d'avoir accès à sa réalité ; loin de s'enfermer dans les limites de la vie consciente, il doit s'ouvrir à une relation qui le constitue, à une relation avec l'Autre . Une telle relation suscite une recherche ; la recherche de la vérité, de la vérité sur l'Autre, et inséparablement de la vérité sur l'homme, constituée par sa relation à l'Autre.<br /><br />LA VERITE :<br /><br />Jacques Lacan était un homme, donc un chercheur de vérité. La vérité : ce mot fait peur. Chacun, comme Pilate, réagit en disant : « Qu'est-ce que la vérité ? », et en s'en allant sans attendre la réponse.<br /><br />Lacan a découvert, grâce à Freud, le moyen d'entendre la réponse : « Freud, écrit-il, a su laisser, sous le nom d'inconscient, la vérité parler » [i]. Laisser parler la vérité, voilà le moyen, le seul, de la connaître. Aucun savoir ne donne accès à cette connaissance. Ecouter la vérité est l'unique nécessaire. Si la conscience peut entendre la vérité, il arrive souvent cependant qu'elle s'y ferme. L'inconscient est la voix de la vérité refoulée : plus précisément, il est la voie, c'est-à-dire le chemin par lequel elle passe, lorsque l'homme a refusé de l'entendre.<br /><br />Ici prend place l'intervention du psychanalyste. Il se tait ; mais il invite à parler, pour chercher à entendre la vérité qui va passer par des chemins inattendus, la vérité dont va peut-être accoucher –non sans douleur- l'homme qui parle.<br /><br />Ce que Lacan invite le psychanalyste à écouter, est-ce le malade ? C'est bien plutôt la vérité que celui-ci a refoulée, la vérité de son désir. C'est ce type d'écoute qui fonde sa méthode de psychanalyste. Il s'agit d'écouter la vérité pour pouvoir la dire. Mais Lacan sait « qu'il est impossible de dire toute la vérité ; c'est par cet impossible que la vérité tient au réel » [ii].<br /><br />Le réel est en effet inaccessible dans sa plénitude. Nous le réduisons à ce que nous en savons. Nous pouvons toutefois nous ouvrir à la connaissance du réel, et répondre ainsi au désir profond qui nous constitue. Mutiler ce désir nous rend malades, psychologiquement ou spirituellement. La santé, comme la sainteté, exige que nous cherchions la vérité, et pour cela, que nous l'écoutions parler.<br /><br />LA PAROLE :<br /><br />Nous pouvons répondre maintenant à notre question initiale : « Pourquoi Jacques Lacan parle-t-il ? » Car, depuis sa mort, il parle encore.<br /><br />On lui reproche son style, et l'obscurité qui le caractérise. Il réplique : « Il suffit de dix ans pour que ce que j'écris devienne clair pour tous » [iii].<br /><br />Il faut ajouter ceci : chaque fois qu'un homme est porteur, non d'un savoir à communiquer, mais d'une parole invitant à chercher la vérité et, pur cela, à l'écouter, il se heurte à un refus qui se masque souvent derrière une accusation : « Ce qu'il dit est impossible à entendre ». (cf. Evangile selon Saint jean, 6.60).<br /><br />Lacan n'a pas parlé pour autre chose que pour ouvrir la porte à la Parole qui vient d'ailleurs, à cette Parole de l'Autre dont l'inconscient atteste la présence ; cette présence est réelle, et sa réalité est manifestée par la peur qu'elle provoque et le refus d'écouter qui est le fruit de cette peur.<br /><br />A travers l'œuvre écrite de Lacan, que faut-il donc chercher ? Un enseignement oral inachevé et figé ? Nullement. Ce qu'il faut découvrir, c'est un homme en quête de vérité, vérité qui est le trésor évoqué dans la fable : il fallait creuser le champ pour trouver le trésor caché. Ce trésor de la vérité appartient à ceux qui apprennent par expérience que ce trésor n'est rien qu'on puisse posséder.<br /><br />Le bonheur de l'homme, c'est de décider s'ouvrir à la Parole de l'Autre. Ce désir est suscité par une présence sans laquelle l'homme n'est plus lui-même et grâce à laquelle jaillit de lui une parole qui rend témoignage à la vérité, une parole qui exprime son désir toujours nouveau de la source de sa vie d'homme.<br /><br />La parole de Jacques Lacan inquiète les hommes, car elle les oblige à sortir de leur fausse paix, en posant la vraie question que voici. En effet, je n'ai pas à me demander : « Que posséder ou que savoir pour devenir un homme heureux ? ». Mais la vraie question à me poser, c'est : « Qui m'appelle à trouver dans sa recherche le sens de ma vie ? ».<br /><br />Marc-François Lacan,<br /><br />Moine bénédictin<br /><br />Marc-François Lacan<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1140888418257437592006-02-25T18:19:00.000+01:002006-02-25T18:26:58.293+01:00Le grand Un<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/Pouvoir.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/Pouvoir.jpg" border="0" alt="" /></a><br />Seul le monothéisme pense l'écart comme tel, l'écart dans l'Absolu lui même l'écart qui non seulement sépare le Dieu (unique) de lui-même, mais l'écart qui est ce Dieu? Cette différence est une différence «pure» : non une différence entre des entités positives, mais la différence «comme telle ». Le monothéisme est ainsi la seule théologie conséquente : contrairement au multiple qui peut seule-ment se manifester sur l'arrière-plan du Un, en ayant le Un pour terrain neutre, comme une multitude de figures sur le même arrière-plan (Spinoza, le philosophe du multiple, est ainsi, très logiquement, aussi le grand moniste, le philosophe du Un), la différence radicale est la différence du Un vis-à-vis de lui-même, la non-coïncidence du Un avec lui-même, avec son propre lieu. C'est pourquoi le christianisme, en raison même de la Trinité, est le seul véritable monothéisme : la leçon de la Trinité est que Dieu coïncide pleinement avec l'écart entre Dieu et l'homme, que Dieu est cet écart – tel est le Christ, non pas le Dieu de l'au-delà séparé de l'homme par un écart, mais l'écart comme tel, l'écart qui simultanément sépare Dieu de Dieu et l'homme de l'homme. Cela permet aussi d'approcher ce qu'il y a de faux dans la conception qu'ont Lévinas et Derrida de l'Altérité : c'est le contraire même de cet écart dans le Un, du redoublement inhérent du Un ; l'affirmation de l'Altérité conduit à l'identité ennuyeuse, monotone, de l'Altérité elle-même. Voila pourquoi omega + 1 n'est pas égal a 1 + omega.<br /><br />Commme dit Lacan: "Enfin il n'y a qu'une chose qui en ressorte quand il s'articule, c'est très exactement ceci : "y en a pas deux". Je vous l'ai dit : c'est un dire. Et même, vous pouvez trouver à la portée de la main confirmation de ce que, moi, je dis quand je dis que la vérité ne peut que se mi-dire parce que vous n'avez qu'à casser la formule : pour dire ça, il ne peut que dire, ou bien "il y en a" - comme je le dis "y a d'l'UN" - ou bien "pas d'eux", ce qui s'interprète tout de suite pour nous : "il n'y a pas de rapport sexuel". C'est donc déjà, si vous voulez bien, à la portée de notre main, mais, bien sûr, pas à la portée de la main unienne de l'UN, d'en faire quelque chose dans le sens du sens."<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1139852237322541952006-02-13T18:36:00.000+01:002006-02-13T18:37:17.346+01:00Il y a des phrases qui tuent ...Les anti proteases se portent tres bien au moins pour 15 jours et entre Schering, Vertex et Boerhinger je suis sur qu'on vous fera vous lever en pleine forme dans les prochaines années...<br />Nous sommes sur tous ces protocoles et à la première occasion d'inclusion je vous contacte.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1137860340979138002006-01-21T17:14:00.000+01:002006-01-21T17:54:12.660+01:00<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/om.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/om.jpg" border="0" alt="" /></a><br /><br />J'ai habillé la dame brune dans mes pensées<br />D'un morceau de voile de brume et de rosée.<br />J'ai fait son lit contre ma peau pour qu'elle soit bien,<br />Bien à l'abri et bien au chaud contre mes mains.<br /><br />Habillée de voile de brume et de rosée<br />Je suis la longue dame brune de ta pensée.<br />Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi.<br />A travers les monts et les dunes, j'entends ta voix.<br /><br />Pour une longue dame brune, j'ai inventé<br />Une chanson au clair de la lune, quelques couplets.<br />Je sais qu'elle l'entendra un jour, qui sait demain,<br />Pour que cette chanson d'amour finisse bien.<br /><br />Bonjour, je suis la dame brune, j'ai tant marché.<br />Bonjour, je suis la dame brune, je t'ai trouvé.<br />Fais-moi place au creux de ton lit, je serai bien,<br />Bien au chaud et bien à l'abri contre tes reins.<br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/804.1.png"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/804.1.png" border="0" alt="" /></a><br /><br />Et puis, il y a les autres<br />La mère qui ne dit rien<br />Ou bien n'importe quoi<br />Et du soir au matin<br />Sous sa belle gueule d'apôtre<br />Et dans son cadre en bois<br />Il y a la moustache du père<br />Qui est mort d'une glissade<br />Et qui recarde son troupeau<br />Bouffer la soupe froide<br />Et ça fait des grands flchss<br />Et ça fait des grands flchss<br />Et puis il y a la toute vieille<br />Qu'en finit pas de vibrer<br />Et qu'on attend qu'elle crève<br />Vu que c'est elle qu'a l'oseille<br />Et qu'on écoute même pas<br />Ce que ses pauvres mains racontent<br />Faut vous dire Monsieur<br />Que chez ces gens-là<br />On ne cause pas Monsieur<br />On ne cause pas on compte<br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/interferon3de.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/interferon3de.jpg" border="0" alt="" /></a><br /><br />Pour le prêtre qui s'exaspère<br />A retrouver le doux agneau<br />Pour le pinard élémentaire<br />Qu'il prend pour du Château Margaux<br />Pour l'anarchiste à qui tu donnes<br />Les deux couleurs de ton pays<br />Le rouge pour naître à Barcelone<br />Le noir pour mourir à Paris<br /><br />Thank you Satan<br /><br />Pour la sépulture anonyme<br />Que tu fis à Monsieur Mozart<br />Sans croix ni rien sauf pour la frime<br />Un chien, croque-mort du hasard<br />Pour les poètes que tu glisses<br />Au chevet des adolescents<br />Quand poussent dans l'ombre complice<br />Des fleurs du mal de dix-sept ans<br /><br />Thank you Satan<br /><br />Pour le péché que tu fais naître<br />Au sein des plus raides vertus<br />Et pour l'ennui qui va paraître<br />Au coin des lits où tu n'es plus<br />Pour les ballots que tu fais paître<br />Dans le pré comme des moutons<br />Pour ton honneur à ne paraître<br />Jamais à la télévision<br /><br />Thank you Satan<br /><br /><br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/cortisone.gif"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/cortisone.gif" border="0" alt="" /></a><div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136814722350062972006-01-09T14:40:00.000+01:002006-01-09T14:52:03.596+01:00Le réseau Jeanson.<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/charby1855.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/charby1855.jpg" border="0" alt="" /></a><br />Jacques Charby est mort.<br /><br />http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-728156@51-728237,0.html<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136641463982276562006-01-07T14:42:00.000+01:002006-01-07T14:44:24.000+01:00Avocat ou militaire ?<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/klarsfeld.jpg"><img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/klarsfeld.jpg" border="0" alt="" /></a><br />http://oumma.com/article.php3?id_article=1854<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136477925829531582006-01-06T17:14:00.000+01:002006-01-06T07:47:09.413+01:00<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/hbm_avc_col.jpg"><img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/hbm_avc_col.jpg" border="0" alt="" /></a><br /><br />Il fallait oser. Des utilisateurs suédois de réseaux P2P ont fondé un parti politique dont le but est de défendre l'abolition de la propriété intellectuelle. Rien que ça.<br /><br /><br />"Fatigués d'être considérés comme des pirates et des terroristes par le système pour avoir partagé quelques misérables fichiers sans gain financier ni perte pour quiconque", rapporte The Enquirer, le PiratPartiet (littéralement le "Parti des Pirates") a un programme radical. Il souhaite abolir les lois de propriétés intellectuelles, ignorer les organisations internationales responsables des brevets et droits d'auteurs, annuler les traités et politiques qui freinent la libre circulation de l'information, refuser la rétention des données sous prétexte de lutte contre le terrorisme, etc.<br /><br />Ses fondateurs expliquent que leur seul but est de défendre ces positions devant le Parlement, ce qui leur demande 4% des voix lors des élections de septembre 2006, soit environ 250.000 votes en leur faveur. Ils ne prendront pas position sur d'autres questions que celles attachées aux droits immatériels.<br /><br />Evidemment, la position est quelque peu extrême et les chances de voir le PiratPartiet glaner un siège sont minimes. Mais l'initiative aura à n'en pas douter le mérite de soulever quelques débats en Suède. La directive européenne transposée en France par le projet DADVSI a été implantée en Suède l'été dernier.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136371665268108502006-01-05T11:46:00.000+01:002006-01-05T11:44:23.703+01:00Le DA VDSDI Code.<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/DSCN7163.jpg"><img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/DSCN7163.jpg" border="0" alt="" /></a><br /> M. Patrick Bloche - Je souhaite faire un rappel au Règlement. Il se passe actuellement au sein de l'Assemblée nationale quelque chose de tout à fait scandaleux. A proximité immédiate de l'hémicycle, dans la salle des Conférences...<br /><br /> M. Didier Migaud - Dans le périmètre sacré !<br /><br /> M. Patrick Bloche - En effet. Dans cette salle, des salariés d'un groupe privé, Virgin, équipés d'ordinateurs portables, proposent aux députés des offres de téléchargement de musique sur Internet. Virgin assure ainsi sa promotion au cœur même de l'Assemblée, allant jusqu'à proposer aux députés une carte représentant un crédit de 9,99 € pour télécharger de la musique en ligne. Et tout cela alors que figure à l'ordre du jour de notre séance de ce soir le projet de loi relatif au droit d'auteur dans la société de l'information ! D'après ce qu'elles ont dit à notre collègue questeur Didier Migaud qui les interrogeait, il semble que ce soit le ministre de la culture qui ait autorisé ces personnes à entrer jusqu'ici. Nous ne pouvons légiférer ainsi sous influence. Nous sommes libres et ne saurions avoir de mandat impératif. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste ; exclamations sur les bancs du groupe UMP)<br /><br /> M. Bernard Accoyer - J'en appelle à un peu de sagesse. Monsieur Bloche, celui qui vient de faire de la publicité à une société commerciale, c'est vous ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP) Il n'y a rien à gagner à de telles manipulations ! (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste) Alors que nous débattons du budget de la France, sujet important et grave s'il en est, mêler le vote qui va intervenir avec les polémiques inévitables que suscite le texte qui viendra en discussion tout à l'heure constitue une tromperie qui porte atteinte à l'honneur du Parlement et à la qualité de son travail. Je la condamne de la manière la plus ferme.<br /><br /> Monsieur le président, je vous demande d'inviter nos collègues à s'en tenir au présent débat (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).<br /><br /> M. le Président - Monsieur Bloche, c'est le ministre de la culture et de la communication qui a pris l'initiative que vous avez évoquée (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste). Il a demandé par écrit au Président de l'Assemblée nationale qu'à l'occasion du débat qui suivra celui-ci, puissent être installés à proximité de l'hémicycle des ordinateurs portables, afin d'initier les parlementaires aux techniques de téléchargement en ligne. Je rapporterai votre protestation au Président de l'Assemblée nationale qui a autorisé cette démonstration.<br /><br /> M. Jean-Marc Ayrault - Que le ministre de la culture demande qu'une société privée organise une démonstration au moment même où va s'ouvrir le débat parlementaire sur la question du droit d'auteur est profondément choquant. S'il est normal que les députés soient tenus informés de toutes les évolutions technologiques - les travaux en commission sont pour cela parfaitement adaptés -, jamais encore je n'ai vu pareille initiative. Je demande qu'il soit mis fin dès maintenant à ces démonstrations. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste)<br /><br /> M. le Président - Nous en informons le Président de l'Assemblée nationale.<br /><br />Suite de l'incident un peu plus tard :<br /><br /> M. le Président - Le Président de l'Assemblée nationale a été informé des rappels au Règlement provoqués par la présentation effectuée dans la Salle des Conférences à l'occasion de la discussion du projet de loi sur le droit d'auteur.<br /><br /> Il a décidé d'interrompre immédiatement cette présentation, dont il apparaît qu'elle ne se déroule pas dans les conditions qui avaient été prévues et pour lesquelles il avait donné son accord. Le Président considère par conséquent qu'il n'y a plus lieu de revenir sur cet incident. (« Très bien ! » et applaudissements sur divers bancs)<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136298442153486922006-01-04T15:25:00.000+01:002006-01-04T08:41:53.283+01:00<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/poing.jpg"><img style="float:right; margin:0 0 10px 10px;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/poing.jpg" border="0" alt="" /></a><br />M. Bernard Carayon - Le présent texte n’échappe hélas ni aux critiques - justifiées lorsque les motive la recherche de l’intérêt général - ni aux caricatures, elles, inacceptables compte tenu des enjeux du débat. Plantons le décor : il y eut d’abord, sous l’impulsion du Président Chirac, l’adoption par 148 Etats de la charte de l’UNESCO sur la diversité culturelle, tendant légitimement à affirmer la spécificité non marchande de l’œuvre d’art. Merci, Monsieur le ministre, d’avoir pris une part active dans une démarche dont l’esprit va éclairer nos travaux. La toile de fond, c’est l’ouverture au monde que procure l’internet. Las, la maîtrise technique et financière de ce réseau global est désormais l’apanage de quelques grands groupes...<br /><br />Mme Martine Billard et M. François Bayrou - Absolument !<br /><br />M. Bernard Carayon - A tous égards, les enjeux sont considérables et notre débat doit se concentrer sur l’essentiel : la sécurité des Etats, la compétitivité des entreprises, la protection de la vie privée des individus. Sur ces enjeux bien connus se sont greffées des habitudes, une forme de délinquance - voire de criminalité - et des menaces de tous ordres.<br /><br />L’habitude, c’est celle d’accéder gratuitement à des milliards de pages de contenus, des centaines de milliers d’ordinateurs connectés entre eux proposant une quantité faramineuse de documents mais aussi de biens culturels. Et je veux tordre le cou à l’une des caricatures entourant ce texte au sujet de la notion de gratuité. De grâce, ne mélangeons pas tout ! Il y le « gratuit collaboratif », issu du don de temps et de compétences de dizaines de milliers d’hommes et de femmes, créateurs d’oeuvres et développeurs de logiciels : c’est le gratuit qui rapporte à tous, qui enrichit notre patrimoine intellectuel et culturel, améliore la compétitivité de nos entreprises et allège nos dépenses publiques ; c’est celui de la communauté du logiciel libre. Mais il y a aussi le gratuit qui coûte à tous, celui du piratage des œuvres à des fins mercantiles ou de la copie qui ne débouche jamais sur l’achat de CD ou de DVD. S’il faut combattre le second - et ce doit être le seul objectif de ce texte, il ne faut pas tuer -ni même mettre en danger - le premier !<br /><br />C’est pour cette raison qu’il nous faut être ensemble particulièrement attentifs aux rédactions des articles 7, 13 et 14 , lesquels ne doivent pas être maladroitement instrumentalisés contre le logiciel libre. J’espère que le Gouvernement tiendra compte, non seulement les résultats de la réunion qui a eu lieu aujourd’hui à Matignon avec les entreprises de ce secteur créateur d’emplois, mais aussi des amendements, déposés avec mes collègues Marland-Militello, Cazenave, Chatel, Colombier, Goasguen, Luca, Martin-Lalande, Remiller et Wauquiez, qui concernent l’interopérabilité, seule garantie de concurrence libre et non faussée, ainsi que la possibilité pour les universitaires et chercheurs de travailler dans des conditions normales.<br /><br />J’en viens à présent aux menaces et aux vulnérabilités. Elles sont issues de l’utilisation des réseaux à des fins déstabilisatrices : rumeurs, vol d’informations d’entreprises ou d’Etat, atteintes à l’image, etc... Nous devons, chers collègues, avoir également à l’esprit ce type d’avatars, que peuvent favoriser des textes imprécis.<br /><br />Votre projet de loi, Monsieur le ministre, est nécessaire, d’abord parce qu’il transpose une directive européenne, trop longtemps différée et qu’il vous revient aujourd’hui d’assumer. Mais loin d’être seulement nécessaire, votre texte contient deux principes que je salue : celui de la juste rémunération des auteurs que ne malmènent pas seulement des internautes pratiquant le « pair à pair », mais aussi, disons le, les grands groupes industriels qui, avec habileté, ont su dissimuler la protection de leurs intérêts marchands derrière la promotion de la création culturelle.<br /><br />Le second principe est celui de la réponse graduée, une idée novatrice qui intègre l’information et la prévention dans un dispositif qui aurait pu n’être que répressif.<br /><br />Ce texte soulève des questions fondamentales et recèle de formidables enjeux humains : personne ne s’étonne donc qu’il ait porté en gésine tant de malentendus. Sous un aspect technique, il touche en fait à la relation de chacun à l’oeuvre, à notre patrimoine et à notre idée du partage. On ne transmettra évidemment pas demain à nos enfants un disque dur truffé de mesures techniques comme on transmet aujourd’hui la bibliothèque d’une vie de lecture ou une collection de CD ou de DVD. Pour éviter la rupture interne entre bien culturel et patrimoine, votre texte doit absolument réconcilier le consommateur de biens culturels et le droit d’auteur. C’est pour cette raison que je ne peux me faire à l’idée que nos enfants - ceux de mes collègues, bien sûr - puissent un jour être assimilés à des contrefacteurs passibles de lourdes peines ! La sanction doit être proportionnée à la faute. A ce propos, qui détiendra les informations concernant les infractions constatées ? Qui constatera ces infractions, et donc aura accès aux informations personnelles de millions d’internautes ?<br /><br />M. Pascal Terrasse - Big Brother !<br /><br />M. Bernard Carayon - Qui gardera les informations sur la réponse graduée ? J’espère que les débats apporteront des réponses précises : il s’agit tout de même de la vie privée de nos compatriotes !<br /><br />Réconcilier le consommateur et le droit d’auteur, c’est également permettre la copie privée - le texte initial était si peu clair que le rapporteur a cru bon de préciser que le nombre de copie ne pouvait être inférieur à un ! - et éliminer le tracas des lecteurs liés à l’œuvre : seule une véritable interopérabilité dispensera le consommateur de s’affranchir des mesures techniques de protection et lui évitera donc de se mettre hors la loi. A ce propos, il me semble qu’on aurait pu envisager, pour la consultation des œuvres à distance, une mesure technique de protection universelle s’appuyant sur une infrastructure clé publique-clé privée et permettant le marquage desœuvres. Cela aurait évité toute pratique anticoncurrentielle et le partage du marché par un très petit nombre d’acteurs.<br /><br />Enfin, les enseignants et les chercheurs utilisent quotidiennement des logiciels libres. Avec la rédaction actuelle, ils deviennent tous des contrefacteurs, ainsi que tous ceux qui souhaiteraient indexer leurs documents numériques sous une forme non prévue par la mesure technique de protection - bibliothécaires, documentalistes ou tout particulier voulant mettre de l’ordre dans sa bibliothèque numérique. Nous ne pouvons laisser prospérer une telle insécurité juridique. Un dialogue serré, mais ouvert s’est engagé avec vous, Monsieur le ministre. Je connais assez votre sens des responsabilités pour ne pas douter que vous prêterez à nos amendements une attention bienveillante (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF).<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136205052144099692006-01-03T13:29:00.000+01:002006-01-03T07:43:36.506+01:00<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/fnac.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/fnac.jpg" border="0" alt="" /></a><br />Cher Patrick Bloche, vous entendez expliquer aux artistes (Libération, du 29 décembre) pourquoi vous avez eu raison de proposer l'amendement qui légalise le téléchargement sauvage des oeuvres sur Internet et organise un mécanisme forfaitaire de rémunération des ayants droit appelé «licence globale».<br /><br />Permettez au premier disquaire de France de vous répondre. J'écarte tout de suite l'argument selon lequel je m'opposerai à votre amendement simplement pour défendre les intérêts mercantiles de mon entreprise. Si c'était là seulement mon propos, il y a longtemps que la Fnac se contenterait de vendre, comme les grandes surfaces, 5 000 à 10 000 hits. Or, chaque année, nos 800 disquaires spécialisés et passionnés commercialisent 200 000 références différentes, parmi lesquelles 190 000 disques qui se vendent à moins d'un exemplaire par magasin et par an. Depuis sa création il y a cinquante ans, la Fnac milite pour la démocratisation et la diversité culturelles. Nous ne voulons pas d'un monde où l'on écoutera seulement Eminem et la Star Ac. Or, c'est cela que vous nous proposez.<br /><br />Tout d'abord, je suis inquiet quand je vois un député socialiste renouer avec des démons anciens qu'on croyait oubliés : faire le bonheur des gens malgré eux. La majorité écrasante de leurs organisations représentatives syndicats, sociétés d'auteurs... et, individuellement, la plupart des talents français (et d'ailleurs étrangers), ainsi que les producteurs indépendants se sont prononcés contre votre amendement. Plutôt que d'expliquer aux artistes ce qui est bon pour eux, que ne les écoutez-vous ?<br /><br />Vous dites avoir voulu vous opposer à une loi liberticide, celle sur le droit d'auteur proposée par le ministre de la Culture après concertation avec l'ensemble des professionnels. Votre amendement, lui, est tout bonnement «créaticide» au sens où il organise le pillage légal du répertoire musical national et assassine la création musicale française en la privant de sa juste rémunération.<br /><br />Une telle disposition est contraire à la tradition de notre pays. Depuis l'invention du droit d'auteur sous la Révolution française jusqu'aux combats récents contre l'AMI et pour «l'exception culturelle», notre pays s'est illustré par son rôle d'avant-garde dans la défense des arts et des lettres. Cela lui vaut d'ailleurs d'être encore l'un des rares pays du monde à «résister» à la puissance américaine en conservant notamment une cinématographie et une musique nationales vivantes et fortes. Cela lui vaut aussi l'admiration et le soutien des créateurs sur tous les continents qui exhortent leurs propres gouvernements à imiter le nôtre. Oui, dans ce domaine, conformément à ses valeurs universalistes, la France demeure un modèle.<br /><br />Depuis les accords Blum sur le cinéma jusqu'à l'action de Jack Lang et de ses successeurs, la gauche dont vous vous réclamez s'est inscrite dans cette perspective. Elle a toujours considéré que la culture devait être protégée par des régulations appropriées contre les effets destructeurs du progrès économique ou technique s'il est laissé à lui-même. Or, par votre amendement, vous avez fait prendre à la représentation nationale l'exact contre-pied d'une tradition qui était à la fois celle de votre pays et celle de votre parti.<br /><br />En légalisant le téléchargement sauvage contre la poignée de lentilles d'une licence globale, vous avez voté un texte inique et assassin pour la musique française.<br /><a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/lentille.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/lentille.jpg" border="0" alt="" /></a><div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136134549071906112006-01-02T17:54:00.000+01:002006-01-02T11:57:03.206+01:00<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/signatministres.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/signatministres.jpg" border="0" alt="" /></a><br />Monsieur le Ministre d’Etat,<br />Monsieur le Ministre,<br />Mesdames et messieurs,<br /><br />Je suis très heureux que nous soyons réunis ici ce matin, dans ce lieu très symbolique qu’est l’Olympia, pour inaugurer ensemble une alliance nouvelle entre les auteurs, producteurs de musique, et les fournisseurs d’accès et de services sur internet.<br /><br />Vive la musique ! vive la chanson ! vive Internet ! Nous avons aujourd’hui dégagé un horizon commun.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136299340690895172006-01-01T15:31:00.000+01:002006-01-03T15:42:20.890+01:00Bon troisième millénaire<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1136051462117242112005-12-31T18:48:00.000+01:002006-01-01T17:56:46.550+01:00Appollinaire1913 Le premier janvier, Apollinaire s'installe au 202, Boulevard Saint Germain, son dernier domicile.<br />En février, les futuristes italiens exposent à Paris. Le 29 juin, Apollinaire publie L'Antitradition futuriste en français et en italien. Il se lie d'amitié avec Picabia et fait la connaissance de Blaise Cendrars. En mai, il fait paraître un livre de critique d'art, Les Peintres cubistes. En avril, Alcools paraît. Tous les signes de ponctuation ont été supprimés.<div class="blogger-post-footer">http://www.zarzis.org/</div>not dead yethttp://www.blogger.com/profile/17322102142539926194noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-14049621.post-1135958039711498282005-12-31T16:52:00.000+01:002005-12-30T16:54:31.583+01:00<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/1600/bizarre.0.jpg"><img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/7617/423/320/bizarre.0.jpg" border="0" alt="" /></a><br /><br />Maître Folace<br />- Sauvés... faut voir !<br />Jean<br />- Tiens, vous avez sorti le vitriol !<br />Paul Volfoni<br />- Pourquoi vous dites ça ? Il a l'air pourtant honnête !<br />Fernand Naudin<br />- Sans être franchement malhonnête, au premier abord, comme ça il a l'air assez curieux.<br />Maître Folace<br />- Y date du mexicain, du temps des grandes heures, seulement on a dû arrêter la fabrication : y a des clients qui devenaient aveugles, alors ça faisait des histoi