tag:blogger.com,1999:blog-12689104207630590222008-07-22T17:41:56.945-04:00Clavier bien tempéréLuciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comBlogger191125tag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-70737836721740960692008-07-22T08:37:00.004-04:002008-07-22T08:48:08.159-04:00Chagrin d'écoleJ'avais été charmée par Daniel Pennac en entrevue mais n'avais pas encore lu son livre. En juin, quand j'étais à Paris, en jetant un coup d'œil à la bibliothèque de <a href="http://madamemusique.canalblog.com">tidoigts</a> (c'est un peu compulsif chez moi, quand je vais chez les gens, de partir à la recherche de leur bibliothèque), il était là, qui me faisait de l'œil. Tidoigts m'en ayant parlé en grand bien, je n'ai pas hésité et c'est le livre qui m'a accompagnée pour une bonne partie de mon périple. Il a pris le TGV Paris-Lyon et Lyon-Paris, a d'ailleurs suscité des commentaires de passagers (j'aime le rapport que les Français en général ont au livre). Il s'est promené dans le métro. Il a été ouvert à Belleville, quartier où réside Pennac lui-même. Je l'ai lu avec grand intérêt, l'œil presque humide par moments, tellement les propos de Pennac savent toucher quiconque est intéressé, de près et de loin, par notre système d'éducation (et ses lacunes). À mettre entre toutes les mains, sans hésitation.<br /><br />Quelques citations choisies...<br /><br /><span style="color: rgb(0, 0, 102); font-style: italic;">« Nos « mauvais élèves » (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l'école. C'est un oignon qui entre dans la classe: quelques couches de chagrin, de peur, d'inquiétude, de rancoeur, de colère, d'envies inassouvies, de renoncements furieux, accumulés sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné. » (p. 70)<br /><br />« Le savoir est d'abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui captent, notre bouche qui le transmet. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ça fait du bruit, une pensée, et le goût de lire est un héritage du besoin de dire. » (p. 160)<br /><br /></span><span style="color: rgb(0, 0, 0);">et enfin celle-ci... Vous comprendrez immédiatement pourquoi elle m'a touchée.</span><span style="color: rgb(0, 0, 102); font-style: italic;"><span style="font-style: italic;"><br /><br />« Chaque élève joue de son instrument, ce n'est pas la peine d'aller contre. Le délicat, c'est de bien connaître nos musiciens et de trouver l'harmonie. Une bonne classe, ce n'est pas un régiment qui marche au pas, c'est un orchestre qui travaille une même symphonie. » (p. 138)<br /></span></span>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-87778769428526902922008-07-20T08:00:00.003-04:002008-07-20T17:46:59.082-04:00Chouette, on déménage!Juillet étant le mois des déménagements, forcément, tout Québécois qui se respecte <span style="font-weight: bold;">se doit </span>de participer à au moins un déménagement. Non, ce n'est pas le mien cette fois... quoique, considérant les rénovations qui se poursuivent au rez-de-chaussée chez moi, un déménagement temporaire aurait peut-être dû être considéré (je suis allergique à la poussière!). Hum... mais passons à autre chose rapidement, avant que je me rende compte de ce que je viens d'écrire! Je disais donc... Juillet étant le mois des déménagement, <span style="font-style: italic;">La Recrue du mois</span> - oui, oui! ce blogue collectif dédié au premier ouvrage d'un auteur québécois auquel je participe depuis sa mise sur pied, il y a presque un an - a jugé bon de déménager dans plus grand, plus beau, plus polyvalent. Une déferlante de courriels a assailli les divers collaborateurs au cours des dernières semaines, les avis sur couleurs, typographie, sections à inclure, se multipliant. Moi qui en général déteste viscéralement les courriels dans lesquels tout le monde et son supérieur sont en copie conforme, j'avoue que cette fois, tout cela avait un parfum très sympathique. Oui, parfois les avis divergeaient, certains tergiversaient, d'autres pitonnaient en écho aux requêtes.<br /><br />Mais là, enfin, on peut se servir un mimosa ce matin puisque le déménagement est complété et s'est déroulé dans la bonne humeur de A à Z (pouvez-vous en dire autant de votre dernier déménagement?). Oui, je sais, vous êtes curieux, alors, je vous invite à faire un détour par les nouveaux quartiers de La Recrue. Oui, il reste un petit fond de peinture fraîche dans l'humidité de l'air matinal mais, qu'importe... le plaisir y est, entier. <a href="http://www.larecrue.net/">La pendaison de crémaillère, c'est par ici...</a> et surtout, parlez-en à vos amis!Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-25868758770707433782008-07-15T08:41:00.001-04:002008-07-15T08:43:00.988-04:00Véronique Papineau: Petites histoires avec un chat dedans (sauf une)<p class="MsoNormal">Les auteurs ont des approches fort différentes de la nouvelle et, d’une certaine façon, c’est peut-être ce qui fait le charme des recueils mixtes. Quand un auteur, comme ici Véronique Papineau, décide de publier un recueil de ses nouvelles, le danger rôde forcément que le ton devienne un peu trop uniforme d’un texte à l’autre et que le lecteur en tire un moins grand plaisir que s’il avait lu chaque nouvelle de façon indépendante. En ajoutant le défi supplémentaire d’inclure des félins dans chacun de ses textes (sauf un), la jeune auteure a ici joué le tout pour le tout. Les chats deviennent tour à tour personnages principaux (<i style="">Petite histoire avec un chat dedans</i>, Claude le chat ayant plus de substance que ses propriétaires), témoins (<i style="">Garçons en mauvais état</i>, nouvelle rendue avec sensibilité), victimes (<i style="">Bonbons à la menthe</i> et <i style="">Dormir très mal</i>, qui auraient eu intérêt à ne pas être présentées l’un à la suite de l’autre), échos à la narration (<i style="">Bobby Bibbo se fait kidnapper, </i>touchante histoire de fuite adolescente<i style=""> </i>et <i style="">La mort d’un chat</i>, terrible calvaire amoureux) ou participant récalcitrant (<i style="">Traitement contre les puces</i>, qui m’a donné l’impression diffuse d’avoir été plaquée là).</p> <p class="MsoNormal"><o:p></o:p>La plume de Papineau est précise, souvent acerbe, vaguement désabusée, représentative peut-être d’une certaine vingtaine blasée et surtout blessée par ses relations amoureuses ratées. On y plonge d’abord avec plaisir, avec l’impression de se faire raconter pour la <i style="">x</i><sup>e</sup> fois la même aventure qui tourne mal par une copine, le nom des acteurs masculins devenant presque interchangeables, comme si toutes les nouvelles (sauf deux) se voulaient plus ou moins déclinaisons de cette première histoire. J’y ai d’abord cru volontiers, riant jaune à quelques reprises, appréciant la folie qui se dégageait de certaines pages (la rencontre des protagonistes de <i style="">Bonbons à la menthe</i> reste mémorable). Et puis, comme lorsqu’on est allergique aux chats, j’ai fini par me lasser, regretter de les avoir lues à la suite. <i style="">Pas d’espoir pour les bizarres</i>, magnifiquement amenée, m’a réconciliée avec le recueil mais alors, il n’en restait plus qu’une…</p><p class="MsoNormal">Lire les <a href="http://larecrue.blogspot.com">autres commentaires de lecture ici...</a><br /></p>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-30052539917480109662008-07-12T10:58:00.001-04:002008-07-12T10:58:01.059-04:00Sophie Calle: Prenez soin de vous<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SHfLU7HTk6I/AAAAAAAAAHU/EgVyF-SODOA/s1600-h/2342028181_ab8148f1eb_o.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SHfLU7HTk6I/AAAAAAAAAHU/EgVyF-SODOA/s320/2342028181_ab8148f1eb_o.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5221865853285536674" border="0" /></a><br /><p>DHC/ART Fondation pour l’art contemporain, un nouvel espace d’exposition situé dans un édifice historique rénové, au cœur du Vieux-Montréal, a été inauguré à l’automne 2007. La fondation frappe très fort cette fois, en présentant, jusqu'au 19 octobre, l'encensée exposition (installation? collaboration? <span style="font-style: italic;">work in progress</span>?) « Prenez soin de vous » de l'artiste française Sophie Calle. À l’origine produite pour le Pavillon français de la Biennale de Venise 2007, l’installation a été présentée ce printemps à Paris et avait suscité une vague d'enthousiasme, notamment sur plusieurs blogues amis. (J'étais d'ailleurs bien triste d'arriver sur les lieux quelques jours à peine après la fin de l'expo, ignorant alors les textes, photos et vidéos feraient le voyage transatlantique dans des boîtes rembourrées vers Montréal alors que je m'envolais vers Paris. Le hasard est parfois très bien fait...)</p>Au cœur de ce projet en apparence extravagant: un courriel de rupture d'un amant, reçu par l'artiste sur son cellulaire (la technologie n'a plus de limite!), à la dernière phrase particulièrement lapidaire: « Prenez soin de vous ». Sophie Calle qui puise essentiellement dans son vécu les prémices de toute sa démarche artistique (elle a déjà traité de deux précédentes ruptures), décide de prendre ces mots au pied de la lettre. Elle explique sa démarche ainsi: « J'ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par les mots : Prenez soin de vous. J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre. J’ai demandé à 107 femmes, choisies pour leur métier, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel. L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer. L’épuiser. Comprendre pour moi. Répondre à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. À mon rhythme. Prendre soin de moi. »<br /><br />À travers textes parfois presque surréalistes, photos saisissantes, films, Sophie Calle cède la parole à des femmes de toutes professions, qui dénatureront puis incarneront, selon leur champ de spécialisation, leur vécu, la lettre en question. S'y frottent par exemple une comptable (loufoque bilan actif/passif de la relation à travers les termes de la lettre), une normalienne (un texte d'une densité remarquable mais d'une grande pertinence cependant), deux exégètes talmudiques (une analyse proprement fascinante), une policière (on se croirait plongés dans un polar), une éditrice de journal (qui explique pourquoi la lettre est « impubliable », puisque personne n'a été tué, que la personne qui l'a reçue n'est finalement pas si célèbre que cela, qu'elle ne peut être reprise dans le courrier des lecteurs et qu'elle ne dénote donc aucun intérêt et se retrouvera à la poubelle), une graphiste (magnifique détournement de l'objet), une publicitaire (trois déclinaisons punch), une spécialiste d'ikebana (un arrangement floral d'une grande poésie), une spécialiste en étiquette (et comtesse)... Deux traductrices s'y frottent également (une vers l'anglais, l'autre une latiniste) et c'est absolument saisissant de lire leurs commentaires insérés ici et là dans le texte quant aux difficultés rencontrées lors de la réalisation de la traduction. La réviseure s'en donne à-cœur-joie (et nous aussi!) en surlignant en couleurs les multiples répétitions des termes, en encerclant les erreurs syntaxiques (une des phrases est particulièrement boiteuse, il est vrai), émettant quelques « réserves » (hum!) sur le style de l'auteur.<br /><br />On a ainsi droit à 107 déclinaisons, détournements de la lettre qui deviennent autant de pistes potentielles de détachement pour Calle. Si on pourrait craindre la surenchère, il n'en est pourtant rien. L'exposition est présentée dans des salles sur quatre niveaux, suffisamment intimes pour qu'on ressente la chaleur des lieux et suffisamment vastes pour qu'on puisse circuler de façon libre entre les divers éléments de l'installation tandis que les vidéos sont présentés dans un autre édifice (également rue Saint-Jean). Dans des conditions idéales (c'était le cas cette semaine puisque nous étions très peu sur les lieux, un après-midi de semaine plutôt maussade, de plus lors de la première semaine de l'expo), on peut s'y plonger pendant des heures. (J'ai passé deux heures et demie sur les lieux avec une amie et nous nous promettons toutes deux de revivre l'expérience au moins une autre fois. En plus, comme l'expo est gratuite, pourquoi se priver?) Certains points de vue sont profondément émouvants (la réflexion de la spécialiste des droits de la femme de l'ONU ou la lettre de la mère de l'artiste, par exemple, qui se conclut sur une phrase l'invitant à se servir du matériau pour en tirer une œuvre!). D'autres sont franchement ludiques et déclenchent un rire contagieux. Comment oublier le vidéo du perroquet qui déchiquette la lettre et l'avale, cette clown qui « commente » la lettre ou cette actrice italienne qui transforme la lecture de la lettre en un numéro d'un comique consommé!<br /><br />Si, à un moment, on n'en peut presque plus de disséquer la lettre sous ses multiples angles (un processus très proche de celui privilégié quand on retourne dans tous les sens les termes d'une rupture, vous reconnaîtrez ici l'astuce de la chose), on finit par se l'approprier, par se laisser toucher par la poésie qui se dégage des objets, par être happé par les choix de chacune. Si ce projet semble à la base terriblement narcissique, au fil de ses circonvolutions il devient universel parce qu'il nous rejoint tous, dans un lieu intime qu'on ne visite qu'à l'occasion, histoire de ne pas réveiller les vieux démons ou raviver les vieilles blessures. Amour, désir, perte, abandon, sont des termes qui ne peuvent que résonner profondément en nous. Ici encore, comme dans plusieurs de ses œuvres antérieures (que j'avoue ne pas encore connaître mais, dès mon retour, je me suis mise à faire des recherches Internet intensives sur le sujet), Sophie Calle réussit magistralement à redessiner les frontières parfois bien floues entre vie privée et vie publique.<br /><br /><br /><ul><li><span style="font-style: italic;">On peut voir ici </span><a style="font-style: italic;" href="http://www.champagne-roederer.com/sophie_calle/index.html">deux vidéos de l'expo parisienne</a><span style="font-style: italic;"> (les lieux n'ont rien à voir avec ceux de DHC/ART) sur le site de Louis Roederer, partenaire de l'événement en France. En cliquant sur le mot « femmes », vous avez aussi accès à certaines photos de l'expo.</span></li><li><span style="font-style: italic;">On peut aussi consulter le site de </span><a style="font-style: italic;" href="http://www.dhc-art.org/">DHC/ART </a><span style="font-style: italic;">(on offre notamment des visites commentées gratuitement! Vive le mécénat!) Heures d’ouverture : mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, samedi et dimanche de 11 h à 18 h – Entrée libre. 451 et 468, rue St-Jean (angle Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal).</span></li><li><span style="font-style: italic;">Pour la petite histoire, Sophie Calle parle toujours à cet homme, le fameux X qui, peut-être bien consciemment, lui a offert un finalement plutôt somptueux cadeau de rupture, se doutant peut-être que l'objet pourrait très bien servir d'inspiration à un projet de l'artiste.</span></li><li><span style="font-style: italic;">Pour les littéraires, fanas de Paul Auster (comme moi), le personnage de Maria dans </span>Leviathan est inspiré de Sophie Calle. Ils ont ensuite collaboré à un fascinant projet.<a style="font-style: italic;" href="http://viperenoire.free.fr/litteratC.htm"> À découvrir ici...</a></li><li><span style="font-style: italic;">Une entrevue avec Sophie Calle dans le </span><a href="http://www.voir.ca/publishing/article.aspx?article=59289&section=20">Voir <span style="font-style: italic;">de cette semaine...</span></a><br /></li></ul>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-34720526917835231852008-07-11T15:43:00.003-04:002008-07-11T15:54:34.133-04:00Jouez-vous Brahms?Un petit appel à tous, ici... enfin, tous ceux qui ont déjà joué l'Intermezzo opus 118 no 2 de Brahms. Julie, une nouvelle lectrice, s'y frotte ces temps-ci et a émis ce commentaire sur le <a href="http://lucierenaud.blogspot.com/search?q=opus+118">billet consacré à l'Intermezzo</a>: « A ce sujet, auriez-vous (Lucie ou les autres bloggers) des conseils techniques à me donner pour interpréter cet intermezzo? Il y a beaucoup de déplacements à la main gauche qui me posent parfois problème dans la vitesse. Ce qui m'intéresse dans la musique c'est la technique comme révélateur de sensibilité... »<br /><br />Je pourrais répondre d'un point de vue purement technique, d'isoler les déplacements de la main gauche en question et de les travailler un par un, en fait en traitant les « sauts » problématiques comme des exercices et en travaillant le saut dans les deux sens i.e. aussi bien la version écrite que son contraire. Cela permet généralement d'assurer le réflexe musculaire du bras. Je pense aussi ici qu'il est important de sentir (et je dirais même ressentir) ces déplacements dans le bras, le poignet, la main, d'analyser si l'on doit prendre le geste vers le haut, le bas, où est le poids de la main, etc., histoire d'obtenir un « instantané » du moment, du geste, de l'émotion même. Quand je le joue, je reste toujours consciente de l'équilibre (parfois précaire) entre les deux mains, tant au niveau des mouvements effectués que des paliers sonores (le plus grand défi selon moi). Et il est essentiel ici de se rappeler que Rome ne s'est pas bâtie en une journée...<br /><br />Si vous avez des suggestions plus précises (même si divergentes), n'hésitez pas à les partager ici.Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-10741350933075238362008-07-08T14:32:00.004-04:002008-07-08T20:20:59.243-04:00Aimez-vous Brahms?J'ai déjà avoué ici un penchant pour l'improbable triumvirat Mozart-Schumann-Debussy. Bien sûr, cet amour (presque) inconditionnel ne m'empêche pas d'avoir une tendresse toute particulière pour d'autres compositeurs. De ceux-ci, Brahms semble exiger ces temps-ci que je m'assume enfin à son égard. Cela fait trois fois que son nom (et particulièrement mon billet sur le sublime Intermezzo opus 118 no 2) attire de nouveaux lecteurs dans mon antre, tous trois fervents pratiquants quand vient le temps de s'approprier cet univers si particulier qui est le sien.<br /><br />À Paris, quand j'ai rencontré Nicolas Cauchy (auteur chouchou no 2 de ma <a href="http://krolinh-lectures.blogspot.com/">Caro[line] </a>préférée), il a été question de Brahms. Quand j'ai dû admettre qu'il n'était pas mon compositeur chouchou, j'ai dû essuyer une vague moue de dépit. Il a même fait référence à Brahms dans la dédicace de son bouquin. Argh, impair diplomatique en perspective... J'ai tout de même admis spontanément qu'il était l'un des grands et que je le respectais particulièrement, considérant qu'il évoluait dans le cercle (très) rapproché de Schumann. (On se rappellera ici que ce dernier n'avait pas hésité à le qualifier de « nouveau Messie de la musique classique », rien de moins, après avoir entendu sa Sonate opus 1 et que Clara Schumann entretenait des liens d'amitié très serrés avec le jeune protégé de son mari.) Depuis, Brahms me nargue. Il fait un peu la gueule. Il aurait voulu que j'admette haut et fort que, au fond, je l'aime.<br /><br />Alors, depuis mon retour, il multiplie les clins d'œil. Pour un ronchon patenté, il est tout de même extraordinaire quand vient le temps de provoquer le destin. (Vous connaissez peut-être cette anecdote dans laquelle notre ami, lors d'une soirée particulièrement réussie, avait pris ses cliques et ses claques et avait effectué une sortie tonitruante en lançant à la ronde: « S'il y a quelqu'un que je n'ai pas insulté ce soir, considérez-vous servi! » On admettra tout de même qu'il a du chien.) Il y a quelques jours, j'ai entendu à la radio les<span style="font-style: italic;"> Liebeslieder</span>, un cycle magnifique pour chœur de chambre et deux pianos. En écoutant un, deux, trois lieder dans la voiture, je me suis rappelée le plaisir pur à chanter ces pages et le rôle si charmant dévolu aux altos dans la partition. (Enfin, un homme qui comprend les femmes à la voix plus grave et n'en a pas que pour les délicates sopranos!) Et puis, ce matin, des commentaires en différé, encore une fois sur ce fameux Intermezzo opus 118 no 2...<br /><br />Je m'apprêtais à m'assoir au piano quand j'ai reçu le tout et hésitais encore sur le compositeur à privilégier. Depuis quelques jours, je me suis « décrassée » au Bach, trempant à peine le bout des doigts dans Mozart en fin de session. Cette fois, j'ai cédé. J'ai ouvert le cahier vert (le deuxième livre des œuvres pour piano de Brahms chez Kalmus) et j'ai feuilleté le recueil jusqu'à ce que je m'arrête sur l'opus 118 no 2. Je l'ai joué une première fois, puis une deuxième, puis une troisième. L'esprit et l'oreille guidaient, les mains suivaient, avec une belle complicité. Et puis j'ai eu le goût d'autre chose, alors j'ai tourné quelques pages encore et ai dévoré l'opus 119, que je connais très peu. En fait, j'avais travaillé l'opus 119 no 2 à Orford, l'été de mes seize ans, lors de cette saison précise qui m'a convaincue que, au fond, je n'avais rien d'une scientifique et que la musique, j'étais prête à en manger (et, accessoirement, à ne pas manger pour m'y consacrer).<br /><br />Je me suis souvenue de la photocopie griffonnée par André-Sébastien Savoie, mon professeur cet été-là, de son énorme patte sur le clavier (si terriblement agile malgré tout), de certaines indications précises, comme si de retrouver ces notes permettaient de soulever un pan de vie enfoui. Portée par le plaisir, je suis passée à travers de l'opus 119, puis me suis frottée à la transcription de la Chaconne en <span style="font-style: italic;">ré</span> mineur de Bach réalisée uniquement pour la main gauche (sportive mais, somme toute, très anatomique), la Rhapsodie opus 79 no 1. J'ai sorti l'autre volume de sa cachette et me suis attaquée aux <span style="font-style: italic;">Variations sur un thème de Handel</span>. Que Brahms est génial quand il s'attaque à la forme variation (comme son maître spirituel, Beethoven, d'ailleurs)...<br /><br />Pendant que défilaient les pages (et certains écueils à maîtriser), je me suis mise à penser à toutes ces œuvres de Brahms que j'aimais profondément, celles où je le retrouve le plus entier, d'une certaine façon: les sonates pour violoncelle et piano (ce même été, j'avais travaillé celle en <span style="font-style: italic;">mi</span> mineur, un joyau), celles pour clarinette et piano (sous sa plume, la clarinette devient un instrument particulièrement inspiré), le Quintette en <span style="font-style: italic;">fa</span> mineur (et sa réduction pour deux pianos, réalisée par Brahms lui-même, trop peu jouée) et puis certains lieder, aux sonorités somptueuses.<br /><br />J'aime penser que, sous ses dehors rêches, Brahms reste un tendre, un incompris. A-t-il été amoureux fou de Clara? Se sont-ils échangés plus que des lettres? Au fond, ce n'est même pas important. Quand il a donné le premier rôle à la voix d'alto (chantée ou au clavier), j'aime à penser qu'il l'a fait en hommage discret mais fervent à celle pour qui il éprouvait amour profond plutôt que passion épidermique, qu'il la respectait si entièrement qu'il n'aurait jamais osé un geste déplacé, que cette union qui ne pouvait être a vraisemblablement alimenté certaines des pages les plus sublimes du répertoire. Cette tendresse qui perle sous l'emportement, ce concentré d'émotion qui transperce les colères les plus légendaires, cette fragilité qu'on entrevoit sous l'ampleur des formes gigantesques, me séduisent sans contredit. Et, même si je prétends parfois le contraire, oui, j'aime Brahms.<br /><br />Ici, le 3e mouvement du Quintette en fa mineur, interprété par Leif Ove Andsnes et le Quatuor Artemis.<br /><br /><object height="344" width="425"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/d38zL2mO_Do&hl=en&fs=1"><param name="allowFullScreen" value="true"><embed src="http://www.youtube.com/v/d38zL2mO_Do&hl=en&fs=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" height="344" width="425"></embed></object>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-67306384195580646132008-07-07T09:48:00.006-04:002008-07-07T10:35:20.183-04:00La Quatorzième ValseDepuis mon retour de voyage, j'ai (trop) peu lu de romans. Des rénovations massives à l'étage (et, pour la première semaine, un « retard » à rattraper côté boulot) m'ont empêchée d'avoir suffisamment d'espace mental pour me replonger dans ce livre entamé dans l'avion au retour (et, oui, acheté à Paris sur une pure impulsion). <span style="font-style: italic;">La Quatorzième Valse</span> d'André Tubeuf, vous l'aurez deviné par le titre, est un roman musical. En fait, il est plus que cela puisque l'auteur (collaborateur de nombreuses publications classiques prestigieuses) signe ici ce que certains pourraient appeler une « biographie romancée ». En fait, non, le terme serait très mal choisi puisque Tubeuf se concentre exclusivement sur les dernières semaines de la vie du pianiste roumain Dinu Lipatti, décédé à l'âge de 33 ans en 1950.<br /><br />Il se glisse dans l'esprit du pianiste qui partage avec nous ses pensées sur certaines des œuvres qu'il travaille mais aussi, bien sûr, sur la place qu'occupe la musique dans sa vie (mais aussi le silence), sur sa résignation face à ses forces vitales qui le fuient, sur son enthousiasme face à l'enregistrement de son mythique dernier opus, sur l'importance des « anges » (ces êtres chers qui nous entourent mais aussi ces presque inconnus qui nous aident à avancer). Impossible pour moi de dévorer ce livre puisque, entre chaque page, chaque phrase, je souhaitais m'arrêter, laisser décanter l'information, me laisser imprégner par la musique de Lipatti mais aussi celle des mots de Tubeuf qui privilégie ici une écriture légèrement surannée mais aussi précise qu'une phrase musicale parfaitement maîtrisée. <span style="color: rgb(0, 0, 153); font-style: italic;"><br /><br /></span><span style="color: rgb(0, 0, 153);"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">Au fil des pages, on avance toujours plus profondément dans la psyché de Lipatti (très peu d'information est disponible sur cet artiste immense et l'auteur a ici eu la part belle pour imaginer ces dernières semaines d'une vie consacrée à la musique).</span></span><span style="color: rgb(0, 0, 153); font-style: italic;"> « J'ai trop joué dans ma tête, ces dernières semaines, à faire comme si les conditions de la vraie présence, en musique, pouvaient être changées. Ici, maintenant, on va retrouver la vérité première. Eux, vraiment présents, et moi, dans le cercle de craie. Indissociables. Comme un, pour le meilleur et pour le pire. Comparution. » (p. 133) </span><span style="color: rgb(0, 0, 153);"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">Plus on se rapproche de l'essence de son être (fût-elle pure projection de l'esprit de Tubeuf), plus on entend les œuvres évoquées, notamment les transcriptions de chorals de Bach que Lipatti privilégiait comme rappel lors de ses concerts. <span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);">« Ne serait-ce que pour eux je devrais y aller. Mais très au-delà d'eux, hors de ce lieu, hors de ce temps aussi, s'il m'en reste encore un peu, je voyais les vrais autres interlocuteurs, ceux qui au monde n'ont plus rien à faire qu'attendre, et entendre. Attendre de l'eau, entendre rien qu'un choral. Ceux pour qui je voudrais dévouer ce qui me reste d'énergie et de vie pour être à leur chevet, moi qui suis l'un d'eux mais, à la différence d'eux, détiens un peu de l'eau qui fait vivre. Disposer d'une sorte d'ubiquité, même s'il faut la payer de son propre corps, le temps d'un choral de Bach. Leur apporter la consolation dont je porte en moi-même le trop-plein, moi qui n'ai plus que ça au monde. » (p. 137) </span><span style="color: rgb(0, 0, 0);">En nous rapprochant de la musique, de la vérité, en « traduisant le silence »André Tubeuf a réussi magistralement à restituer l'esprit de Lipatti. Après cette lecture, tout mot devient superflu, il faut laisser parler la musique. <span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);">« La musique est la respiration de Dieu. Je ne sais pas, personne ne sait, si Dieu existe. Mais Il est musicien, cela je le sais. Et ça explique tant de choses qui restent des mystères: la tension et la dissension, et Babel, et la guerre. Et la douleur. Et l'harmonie. Et cette vibration, terrible et douce, jusqu'au dernier suspens, jusqu'au dernier soupir. Dieu traduit du silence. » (p. 152)</span><br /><br />Je vous propose donc ici, prolongement naturel, un enregistrement de la transcription du choral « Jésus, que ma joie demeure » interprété peu de temps avant sa mort par Lipatti (repris deux fois sur le vidéo pour une raison mystérieuse) puis de la Sicilienne tirée de la <span style="font-style: italic;">Deuxième Sonate pour flûte</span>.</span></span></span><br /><object height="344" width="425"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/R0085wPebZc&hl=en&fs=1"><param name="allowFullScreen" value="true"><embed src="http://www.youtube.com/v/R0085wPebZc&hl=en&fs=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" height="344" width="425"></embed></object><br /><br />Une <a href="http://www.classiquenews.com/lire/lire_article.aspx?article=2056&identifiant=2008626AMVIQDMHC6FKY68YPECSZD9K8">autre critique du livre ici</a>.Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-11345770471762008892008-07-07T09:45:00.004-04:002008-07-07T09:48:46.627-04:00La mouche (The Fly)Quand j'étais à Paris (il y a douze jours, autant dire un siècle, une éternité), il y avait beaucoup de publicité pour la création de ce nouvel opéra, musique de Howard Shore (oui, Monsieur <span style="font-style: italic;">Lord of the Rings </span>lui-même, soit dit en passant, un compositeur canadien) d'après le scénario du film assez particulier de David Cronenberg.<br /><br />Selon Papageno, lui-même compositeur, une production réussie... À quand le passage de l'œuvre à Montréal? <a href="http://www.loiseleur.com/patrick/blog/index.php/2008/07/06/251-la-mouche-howard-shore-david-cronenberg-au-theatre-du-chatelet">À lire ici...</a>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-13062036417100613912008-07-03T12:33:00.004-04:002008-07-03T12:40:15.238-04:00LibreJe ne suis pas très politisée (mes beaux-frères diraient plutôt que je ne le suis pas suffisamment) mais là, ce matin, quand j'ai vu en première page de mon quotidien qu'Ingrid Betancourt était enfin libérée, après plus de six ans d'emprisonnement, j'ai cru un instant aux miracles, furent-ils petits. Sans hésiter une seconde, j'ai négligé la section « Arts et spectacles » pour me consacrer à la lecture des trois pages consacrées à l'événement.<br /><br />J'avais été touchée à Paris alors qu'en me promenant sur le parvis de l'hôtel de ville, j'avais vu ce tableau électronique géant sur lequel s'égrenait le temps, implacablement, les longues heures de son emprisonnement. Par respect, par peur de susciter le mauvais sort, je ne l'ai pas pris en photo. J'ai bien fait. Il est inutile maintenant.<br /><br />Les détails ici, tels que <a href="http://www.ledevoir.com/2008/07/03/196197.html">présentés par <span style="font-style: italic;">Le Devoir.</span></a>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-2174630807671676622008-07-01T09:11:00.004-04:002008-07-01T10:13:10.317-04:00Lisez-vous Canadien?En cette fête du Canada, je prends quelques instants pour évoquer la littérature canadienne. Certains d'entre vous ne lisent que des romans québécois, d'autres ont approché la littérature québécoise récemment et découvrent sa vitalité. Bravo! Mais lisez-vous Canadien comme dans littérature canadienne anglophone, oui, celle-là même que le ROC (Rest of Canada) s'approprie sur une base régulière?<br /><br />Un test informel, tout d'abord: pouvez-vous me nommer, sans l'aide d'un bouquin de référence ou d'Internet, dix auteurs canadiens non québécois? Bon, allez, je suis certaine que vous pouvez en nommer trois au moins sans faire trop d'efforts, parce qu'elles écrivent en français: <span style="font-weight: bold;">Gabrielle Roy</span> (si vous souhaitez la mieux connaître, je ne saurais trop vous recommander les chroniques récentes parues sur le <a href="http://passemot.blogspot.com/">blogue de Venise</a>), <span style="font-weight: bold;">Antonine Maillet</span> (que j'avoue n'avoir jamais lue) et <span style="font-weight: bold;">Nancy Huston</span>, qui a débuté sa carrière en anglais et qui écrit maintenant (de Paris) en français puis se traduit elle-même en anglais (auteur que j'apprécie énormément). Et puis après? Oui, <span style="font-weight: bold;">Yann Martel </span>(qui vit maintenant en Saskatchewan et dont les titres sont traduits par ses parents). N'oubliez pas dans votre liste l'éternelle <span style="font-weight: bold;">Lucy Maud Montgomery</span> (saviez-vous que Anne fête ses 100 ans cette année?). Si vous avez des enfants, vous aurez sans doute lu à répétition les <span style="font-weight: bold;">Robert Munsch</span>. Les miens sont grands maintenant mais j'ai gardé dans ma bibliothèque le très touchant <span style="font-style: italic;">Je t'aimerai toujours</span> et l'ai offert en cadeau à plusieurs reprises. Je vous laisse réfléchir trois (trente?) secondes de plus. Votre liste de dix noms est complétée? (Si cela peut vous consoler, je suis certaine que nos compatriotes anglophones peineraient à nommer plus de trois auteurs québécois.)<br /><br />J'ai abordé la littérature canadienne anglophone il y a déjà quelques années, un peu par hasard, et j'y ai découvert nombre d'auteurs particulièrement inspirants. Je pense notamment à <span style="font-weight: bold;">Margaret Attwood </span>dont j'ai lu plusieurs titres jusqu'ici mais de qui je recommande sans aucune hésitation <span style="font-style: italic;">L'assassin aveugle,</span> un livre qui avait remporté il y a quelques années le prix de « livre de l'année » de CBC (un vote essentiellement populaire). Côté littérature féminine, il ne faudrait pas non plus oublier <span style="font-weight: bold;">Margaret Laurence </span>(son <span style="font-style: italic;">Ange de pierre</span> vient d'être traduit enfin et me fait de l'œil depuis des semaines), <span style="font-weight: bold;">Alice Monro</span> (j'ai un de ses livres dans ma PAL) et <span style="font-weight: bold;">Jane Urquart </span>(dont j'ai pu apprécier l'univers si particulier dans <span style="font-style: italic;">Niagara</span> et <span style="font-style: italic;">Les amants du Styx</span>).<br /><br />Certains de mes plus grands coups de cœur des dernières an<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SGo6U9wfr7I/AAAAAAAAAHA/WyK8Jr69ab0/s1600-h/Tiff2002.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SGo6U9wfr7I/AAAAAAAAAHA/WyK8Jr69ab0/s320/Tiff2002.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5218047250111901618" border="0" /></a>nées ont été signés par des auteurs canadiens. Je pense ici à <span style="font-weight: bold;">Michael Ondaatje </span>(<span style="font-style: italic;">Le patient anglais</span> mais aussi <span style="font-style: italic;">Le fantôme d'Anil</span>), <span style="font-style: italic;">Le jardin de papier </span>de <span style="font-weight: bold;">Thomas Wharton</span> (un livre magnifique entre conte de fées, roman et essai typographique) et, <span style="font-style: italic;">last but not least</span>, <span style="font-weight: bold;">Timothy Findley</span>, dont j'ai (presque) tout dévoré (je viens de réaliser ce matin en reprenant la liste de ses œuvres qu'il me manque, outre ses pièces de théâtre, un livre de souvenirs pour que j'en aie fait le tour). J'ai commencé par <span style="font-style: italic;">Pilgrim</span>, qui avait reçu des critiques dithyrambiques de la part des collaborateurs du défunt magazine radiophonique artistique de la défunte Chaîne culturelle de Radio-Canada, et puis, j'ai tout avalé, presque d'un coup. Du lot ressortent particulièrement <span style="font-style: italic;">La fille de l'homme au piano</span> (vous me direz que le titre était prédestiné) mais peut-être encore plus<span style="font-style: italic;"> Chasseurs de têtes, </span>une plongée saisissante dans le monde de la folie (qui reste un des thèmes récurrents de l'œuvre de Findley). Quand j'ai appris la mort de l'auteur, en 2002, je venais de terminer son dernier (et ultime) roman: <span style="font-style: italic;">Les robes bleues</span>, dont je ne me départirai probablement jamais parce que, même s'il n'est peut-être pas le plus parfait de ses écrits, il demeure son testament.<br /><br />Pour vous inspirer, vous pouvez consulter ici la liste d'écrivains canadiens (anglophones et francophones) <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_alphab%C3%A9tique_d%27%C3%A9crivains_canadiens">recensés sur Wikipedia</a>. Moi, je me laisserais bien tenter par Neil Bissoondath, Joy Fielding, Mordecai Richler...Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-55774312176417934452008-06-26T09:24:00.006-04:002008-06-26T10:46:34.217-04:00Vous prendrez bien un petit livre avant de partir?De retour de Paris la magnifique... Au fil des jours, je suis devenue une pro des dédales du métro parisien (pas exactement pour les natures sensibles ou ceux qui n'ont pas la gambette agile!) et, tout au plus, ai tourné deux ou trois fois autour de points de rendez-vous (à pied) mais en réussissant toujours à m'y retrouver. Pas toujours facile quand on sort de la dite station de métro de deviner quelle sortie privilégier et ensuite l'angle des rues, souvent assez aléatoire.<br /><br />Ma visite s'est déclinée d'une certaine façon en trois volets: littéraire, musical et pictural. Autour de ces trois axes majeurs se sont greffées des rencontres, toujours fort enrichissantes. Curieuse sensation de s'incarner en tant que blogueur(se), de passer de l'écrit/lu à la rencontre proprement dite. Dans certains cas, on bascule tout naturellement de l'un à l'autre, dans d'autres, comme dans toute rencontre, il faut s'apprivoiser.<br /><br />Puisque je ne souhaite pas vous étourdir de mes souvenirs de voyage, je me concentre aujourd'hui sur l'aspect littéraire de mon périple. Avant d'élaborer, je vous dirai simplement ceci. À la question posée par le douanier: « Que rapportez-vous? », j'ai répondu franchement: « Principalement des livres! » Disons que, euh... (rougissement)... j'ai été un peu compulsive. Mais (presque) tous les bouquins rapportés (une vingtaine, ouch!), je n'aurais pas pu les trouver ici ou,<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SGOqRqYJGnI/AAAAAAAAAGw/NCrbMaiFAr0/s1600-h/9782742760510.jpg"><img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SGOqRqYJGnI/AAAAAAAAAGw/NCrbMaiFAr0/s200/9782742760510.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5216200013835213426" border="0" /></a> du moins, si difficilement. (Juré, craché!) De façon fort significative, c'est même ce que j'ai rapporté comme souvenirs à mes ados (qui ont tous deux vu Paris il y a deux ans), à l'exception près d'une ou deux petites babioles pour chacun.<br /><br />Il faut ici souligner que certains (six précisément) m'ont été offerts par des amis blogueurs: <span style="font-style: italic;">Le </span><span style="font-style: italic;">sixième crime</span> de <a href="http://sebastienfritsch.canalblog.com">Sébastien Fritsch </a>(remis par l'auteur, dédicacé bien sûr), <span style="font-style: italic;">Les adolescents troglodytes</span> d'Emmanuelle Pagano (un coup de cœur récent de Sébastien), <span style="font-style: italic;">Trois leçons de ténèbres</span> de José Angel Valente (textes poétiques d'un auteur que je ne connais pas, un cadeau de <a href="http://madamemusique.canalblog.com">Madame Musique</a>), <span style="font-style: italic;">Paris l'instant </span>de Philippe Delerm (un cadeau de <a href="http://krolinh-lectures.blogspot.com/">Caro[line]</a>, pour m'empêcher d'être trop nostalgique... j'avais d'ailleurs offert le même livre à mon ami <a href="http://michelfournier.blogspot.com">Michel </a>quand il est rentré de Paris en décembre, comme quoi on offre ce que l'on souhaite recevoir), <span style="font-style: italic;">Dans la main du diable</span> d'Anne-Marie Garat (le dernier coup de cœur de Caro[line]) et <span style="font-style: italic;">La Véritable histoire de mon père</span> de Nicolas Cauchy. Oui, oui, celui-là même, l'auteur chouchou no 2 de Caro[line] (cris de groupie ici), que j'ai rencontré « en vrai » (très sympathique et tout à fait accessible) lors d'un apéro à quelques mètres à peine de la fontaine St-Michel. (Oui, j'ai jeté un coup d'œil à l'eau de la fontaine et n'ai pas trouvé les bijoux de la grand-mère de la narratrice du roman de Katia Belkhodja moi non plus). Nous avons parlé de littérature, de musique classique, de l'écriture elle-même, en terrasse, comme il se doit à Paris.<br /><br />Autre grand coup de cœur littéraire de mon séjour: le Salon de la poésie<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SGOqju6CTGI/AAAAAAAAAG4/xj5X8-og-04/s1600-h/MDLP_26_Vierge_petit-4.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SGOqju6CTGI/AAAAAAAAAG4/xj5X8-og-04/s320/MDLP_26_Vierge_petit-4.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5216200324288760930" border="0" /></a>, qui se tenait Place Saint-Sulpice, du 19 au 22 juin. Des stands remplis de textes poétiques, de tous genres, tant classiques qu'anarchiques, de toutes provenances. J'admets que j'ai eu plusieurs mouvements de fierté quand j'approchais de stands des maisons québécoises et que je reconnaissais le parler de chez-nous. Partout, sous les tentes blanches, des éditeurs absolument passionnés par leurs produits et qui en parlaient avec une fièvre communicatrice. Certains avaient fait carrière dans un autre domaine et publiaient uniquement des textes auxquels ils croyaient totalement. D'autres ne demandaient pas mieux que de parler en détail de leurs produits, cherchant à orienter notre choix selon ce qui nous interpellait le plus. Les conversations étaient parfois intenses, souvent ludiques, plusieurs poètes (généralement d'une touchante timidité) étaient sur les lieux pour signer leurs œuvres. J'ai été (relativement) raisonnable: cinq bouquins plus un petit fascicule remis en cadeau par les Éditions Lettres Vives (basées en Corse) avec achat. Chez cet éditeur, je me suis procurée <span style="font-style: italic;">Le fantôme de Chopin </span>de Thierry Martin-Scherrer (un texte en prose au titre prédestiné, vous admettrez) et <span style="font-style: italic;">L'Intouchable</span> de Pierre Bettencourt, une lettre d'amour dont on ne se remet pas selon Claire Tiévant, l'éditrice qui publie aussi les textes de Christian Bobin et dont les livres sont présentés à l'ancienne, c'est-à-dire qu'il faut en ouvrir les pages avec un coupe-papier. Aux Éditions de Saint Mont, j'ai craqué pour les <span style="font-style: italic;">Lettres d'amour à George Sand</span> de Musset, un texte que je souhaitais lire depuis plusieurs années et <span style="font-style: italic;">M. Ré-Dièse et Mlle Mi-Bémol</span>, une nouvelle de Jules Verne, parue dans le <span style="font-style: italic;">Figaro illustré</span>, publiée pour la première fois ici. Après en avoir feuilleté quelques pages, je me suis aussi laissée tenter par <span style="font-style: italic;">Ici pépie le coeur de l'oiseau-mouche </span>de Nicolas Dieterlé, chez Arfuyen, une maison alsacienne. Je vous reparle bien sûr de tout cela dès lecture.<br /><br />Les cadeaux ont été bilatéraux, rassurez-vous. Je révélais à Venise, quelques heures avant le départ, que je n'apportais que des produits québécois dans mes bagages pour les amis blogueurs que je rencontrerais. Maintenant qu'ils ont été distribués, je peux les révéler. Pêle-mêle, il y avait donc dans ma valise: <span style="font-style: italic;">Le cœur de la baleine bleue</span> de Jacques Poulin (que j'ai lu dans l'avion à l'aller, avec un plaisir immense), <span style="font-style: italic;">La traduction est une histoire d'amour</span> du même auteur, <span style="font-style: italic;">Chercher le vent </span>de Guillaume Vigneault, <span style="font-style: italic;">Un dimanche à la piscine à Kigali</span> de Gil Courtemanche, <span style="font-style: italic;">Scrapbook </span>de Nadine Bismuth, <span style="font-style: italic;">Opéra</span> de Jean-Jacques Nattiez, les <span style="font-style: italic;">Poèmes d'asile</span> de Nelligan et, exception à la règle, <span style="font-style: italic;">La fille de l'homme au piano</span> de Timothy Findley, un auteur canadien que j'aime beaucoup.Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-69683641782361360362008-06-22T04:21:00.003-04:002008-06-22T04:53:51.073-04:00Fête de la musiqueMon séjour parisien (avec crochet lyonnais) est des plus sympas (je commence à adopter les tournures de phrase d'ici, vous remarquez?) et les rencontres se multiplient. Quelques visites aux musées déjà mais espacées (je découvrirai Beaubourg demain par contre, assurément), un concert symphonique dans la mythique salle Gaveau (splendide comme endroit mais assurément pas pensé pour les grandes perches comme moi!), une présentation par une classe d'enfants de leur adaptation du <span style="font-style: italic;">Petrouchka </span>de Stravinski, une escale au Marché de la poésie (j'en reparlerai à mon retour mais je peux déjà vous affirmer que j'y ai dépensé quelques balles et y ai fait des rencontres étonnantes).<br /><br />Hier, fête de la musique, j'ai plongé tête première en intégrant la musique à toute ma journée. D'abord, en matinée, une visite au cimetière du Père-Lachaise, histoire de me recueillir quelques instants sur la tombe du chantre du piano, Chopin. J'avais lu dans les guides que sa tombe était la plus fleurie du cimetière et c'était tout à fait vrai. Une émotion quand même quand on réalise que son amour de jeunesse, auquel on continue de vouer une tendresse réelle, dort pour l'éternité à quelques mètres de soi, tout près de Michel Petruacci et Cherubini...<br /><br />Après un panini et une succulente glace, Madame Musique et moi sommes rentrées à Belleville, histoire de souligner la fête de la musique à notre façon: en déclinant quelques sonates pour piano quatre mains de mon cher Mozart. Instants poétiques et purement ludiques se sont succédés pendant deux heures, au gré de nos caprices.<br /><br />Quelques stations de métro et nous avons réussi un travelling avant vers le XXIe siècle, plus précisément dans l'espace Design Bastille, un lieu assez magique qui se prête admirablement aux expositions d'art contemporain. Oeuvres picturales, dessins, poupées ensorcelantes, vidéos, vêtements et textes de poésie s'y mariaient avec harmonie. Quelques pages de poésie tirées de fragments de courriels ont été lues avec une certaine conviction par l'auteur pendant que les invités du vernissage déambulaient à travers les trois étages ouverts du lieu.<br /><br />Après la musique des mots, des objets, la vraie, celle qui envahit, assaille presque, à tous les coins de rue. Les Québécois peuvent imaginer une soirée chaude du Festival de jazz qui serait reprise aux quatre coins de la ville en même temps: hallucinant! Une foule compacte qui me laissait craindre par moments de perdre tidoigts, toute petite, les musiques qui s'attaquent aux coins de rue, l'atmosphère tenait plus de la fête païenne que du concert gentil. Nous avons poussé la porte de l'Eglise Saint-Paul et avons pu apprécier quelques pages sacrées (et la beauté du lieu), rendues avec plus ou moins de maîtrise selon les interprètes (<span style="font-style: italic;">Pieta Signore </span>n'aura probablement jamais été aussi mal interprété). Au détour des cours intérieures du Marais, nous sommes tombées sur un groupe jazz, une fête privée dans laquelle on dansait le tango en s'échangeant des victuailles, du folk, des percussions... Pas de révélation musicale mais je suis tout de même contente d'avoir vécu l'événement, malgré la cohue dans le métro au retour, compacte mais ludique malgré tout...<br /><br />Trois jours et je retrouverai Montréal... mais d'ici là, j'ai bien l'intention de vivre l'intensité au maximum... Ce soir: café littéraire autour de Boris Vian. Parfois, la vie est franchement assez merveilleuse!Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-59372582405138856992008-06-16T10:20:00.000-04:002008-06-16T10:20:00.913-04:00Paris!<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SFUpJ5fCWQI/AAAAAAAAAGg/rfLMOfgPc2Q/s1600-h/eiffel.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SFUpJ5fCWQI/AAAAAAAAAGg/rfLMOfgPc2Q/s320/eiffel.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5212117393777776898" border="0" /></a><br />Quand vous lirez ces lignes, j'aurai franchi l'Atlantique et serai à Paris pour quelques jours. Si, si! Ce Paris-là, pas Paris, Ontario ou Paris, Texas (magnifique film de Wim Wenders, néanmoins). Je pars seule, comme une grande, avec une valise remplie de cadeaux « faits au Québec » pour mes amis blogueurs que je rencontrerai là-bas. (Je vous raconterai ce que j'y ai glissé au retour, histoire de ne pas éventer les surprises!) J'habiterai chez tidoigts alias <a href="http://madamemusique.canalblog.com/">Madame Musique </a>(admettez que c'était destiné comme amitié, nous deux) et ferai un crochet par Lyon pendant 24 heures, histoire que <a href="http://sebastienfritsch.canalblog.com/">Sébastien </a>me remette ma copie dédicacée de son deuxième roman en main propre (en tant que première lectrice québécoise, j'ai droit à des privilèges, tout de même!). Parmi les habitués qu'on retrouve ici, je rencontrerai aussi <a href="http://krolinh-lectures.blogspot.com/">Caro[line]</a>, notre collaboratrice française préférée à <a href="http://larecrue.blogspot.com/">La recrue </a>le 23 (et un autre invité, mais, chut, je n'en parle pas pour ne pas provoquer le sort) et assisterai au concert de <a href="http://klariscope.blogspot.com/">Klari </a>avec l'Orchestre du Chantier le 22.<br /><br />Et puis, je serai à Paris lors de la fête de la musique (hourra!) et lors du Marché de la poésie (nouveaux applaudissements!). Je pars avec peu de livres, tous en poche, bien consciente que je devrais croiser une ou deux (ou dix?) librairies au cours de mon périple. Il faudra simplement que je me souvienne de respecter le chiffre fatidique de 23 kg de bagages au retour. J'essaierai de vous donner des nouvelles (l'avantage d'habiter chez des blogueurs) mais il se pourrait bien que je sois inondée sous les stimuli divers, alors, si je suis silencieuse, ne vous en faites pas trop... je vous raconterai un peu plus tard!Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-92039682223932329692008-06-15T10:13:00.003-04:002008-06-15T10:18:45.443-04:00Katia Bekhodja: La peau des doigts<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SFUkvbH3rfI/AAAAAAAAAGY/dntwHAbZIrE/s1600-h/peau.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SFUkvbH3rfI/AAAAAAAAAGY/dntwHAbZIrE/s320/peau.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5212112540904435186" border="0" /></a><br />Katia Belkhodja nous propose avec ce premier roman un billet simple pour l'ailleurs: vers le pays là-bas où l'on parle le kabyle, vers un Paris où le gris prime et les rêves déchus se ramassent au fond des fontaines, vers un Montréal qu'on découvre sous un jour entièrement différent, avec le regard de ceux qui restent en marge de la société, par nature, par hasard, par choix. Ce roman ne se dévore pas en deux heures à peine, malgré la minceur de la plaquette. Il doit s'apprivoiser, doucement. On doit laisser les bribes d'histoire se sédimenter, un peu mêle-mêle, dans un curieux assemblage qui ne ressemble à rien de connu. Certains passages rappellent les mystérieuses histoires arabes, d'autres découpent le langage, le morcellent, puis le déposent afin qu'on s'en approprie une parcelle.<br /><br />Solitudes désenchantées qui se frôlent, s'enflamment à l'occasion mais jamais ne se fondent l'une dans l'autre, les personnages du roman sont esquissés à traits flous, ponctués ça et là d'éléments particulièrement vibrants. Si on cherche une cohésion narrative, une linéarité dans le récit, on devra abdiquer. Si on accepte de laisser l'histoire nous imprégner comme un songe éveillé, on entendra au détour le chant du muezzin, le clapotis de l'eau dans la fontaine, les crêpes qui sautent dans la poêle, le métro qui entre en gare, les insectes croqués sur le vif, les pensées des protagonistes, la vie qui bat, avec toutes ses désillusions. <span style="font-style: italic;">« À Montréal, des fois, il fait si bleu qu'il y en a partout, dans tous les coins. Du bleu. De la lumière. Il y a cette impression d'être Boris Vian. Que le ciel est un arrache-cœur. »</span> (p. 44)<br /><br />Pour lire la suite et celle des autres collaborateurs de<a href="http://larecrue.blogspot.com/"> <span style="font-style: italic;">La recrue</span>, c'est ici...</a>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-63805638410261519442008-06-12T16:44:00.003-04:002008-06-12T17:14:38.185-04:00Avec 37 ans de retard...Par un beau dimanche après-midi où le mercure était dangereusement à la hausse, plutôt que de fondre sur le trottoir, j'ai passé deux heures vautrée dans un fauteuil pour un après-midi cinéma. À la demande expresse de mon fils qui ces temps-ci voue un intérêt marqué au cinéma de Stanley Kubrick et commence à s'intéresser à celui de Hitchcock (je ne vais tout de même pas me plaindre, considérant les navets américains que la plupart des ados consomment à l'heure actuelle), j'ai regardé <em>Orange mécanique</em> de Kubrick (sorti en 1971), un film auréolée d'une réputation relativement sulfureuse mais dont, je l'avoue humblement, je ne<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SFGQa_SaGWI/AAAAAAAAAGQ/g2LoiKcwWos/s1600-h/Alex00.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SFGQa_SaGWI/AAAAAAAAAGQ/g2LoiKcwWos/s320/Alex00.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5211105037184014690" border="0" /></a> connaissais rien, à part ses liens très rapprochés avec la musique classique (le dernier mouvement de la <span style="font-style: italic;">Neuvième</span> de Beethoven y joue un rôle-clé) et la violence qui se dégageait des propos. Je me souviens aussi qu'un de mes copains à l'adolescence, vaguement décalé par rapport aux cliques et aux étiquettes, vouait un culte mystérieux au film. J'étais un peu sceptique mais mon fils insistait. La dernière fois qu'il avait insisté avec autant de conviction, c'était pour que je regarde le film <span style="font-style: italic;">Joyeux Noël</span> qui, disait-il, était tout à fait moi. (Il avait raison, absolument.) Après les premières 20 minutes, j'avoue que je commençais à être franchement réticente. La violence (l'ultra-violence, telle qu'elle est nommée explicitement dans le film) gratuite, administrée par des gangs de voyous délinquants, me laissait assez perplexe.<br /><div><p class="MsoNormal">Éventuellement, comme vous le savez tous (je dois certainement être la seule personne qui n'avait jamais vu le film!), le propos se métamorphose en autre chose, une critique assez acerbe du totalitarisme sous toutes ces formes et surtout un plaidoyer flagrant pour le libre arbitre. « Quand un homme cesse de choisir, il cesse d'être un homme », dit d'ailleurs fort à propos le sacristain lors de l'expérience démontrant la « guérison » du dangereux Alex. D'un point de vue esthétique, les lignes, les éclairages, la façon dont Kubrick choisit de montrer la violence jusqu'à l'extrême limite mais en s'arrêtant juste avant, sont absolument saisissants. C'est un univers extrêmement sombre que le cinéaste traite avec des couleurs saturées particulièrement lumineuses (les blancs sont presque éblouissants). Et, oui, la musique classique y est un narrateur et moteur essentiels, même quand les grands classiques sont traités au Moog (le synthétiseur en était alors à ses premiers balbutiements).<br /></p><p class="MsoNormal">J'avais lu <em>Mygale </em>de Thierry Jonquet la veille (un livre qui date d'une vingtaine d'années) et avais échangé avec mon fils sur l'épineuse question: le personnage principal est-il machiavélique ou méphistophélique? Il me semble que mes travaux à cet âge étaient bien éloignés de cet univers où la cruauté prime mais, il faut bien l'avouer ici, les revirements de l'histoire sont tout simplement saisissants. Est-ce une lecture appropriée pour des jeunes de 17 ans? Certains s'interrogeront peut-être mais je pense que, considérant les images de violence auxquelles nos jeunes ont accès sur Internet et à la télé, c'est finalement tout à fait dans l'air du temps. D'une certaine façon, <em>Orange mécanique</em> devenait d'ailleurs presque un prolongement de cette réflexion et, même si je ne le reverrais pas (enfin, pas maintenant), je sais que le propos m'habitera encore longtemps et en ceci, le film est peut-être bien visionnaire parce que criant d'actualié.<br /></p> </div> <div><span> </span></div>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-308295158763261662008-06-07T20:48:00.006-04:002008-06-08T11:59:37.422-04:00Musée plein air de LachineJ'aime quand l'art est vivant, qu'il fait partie de notre vie quotidienne, qu'il soit suffisamment présent pour qu'on s'interroge si on le souhaite ou qu'on se contente de le regarder de loin. Je m'arrête souvent devant des murales (officielles ou non), devant certains tags parfois, devant des sculptures. J'aime que ces objets se présentent sous un jour différent, qu'il fasse jour ou nuit, que le ciel soit clément ou non.<br /><br />Comme dernière activité de mon cours de culture générale, j'ai donc décidé d'organiser un rallye sculpture au Parc René-Lévesque. Le canal Lachine est un lieu magnifique qui nous plonge instantanément dans un autre état d'esprit. Qu'on y circule le dimanche après-midi (en compagnie de nombreux promeneurs, à pied, à vélo ou en patins à roues alignés) ou en semaine, on y posera forcément un autre regard. J'ai d'abord commencé par m'approprier les parcs riverains, pensant y rencontrer une sculpture aux 100 mètres. Euh... c'était plutôt une sculpture au kilomètre, ce qui rend la promenade un peu longue quand on n'est pas à vélo et qu'on compte sur notre chance pour dénicher des sculptures. J'ai fini par réaliser que le gros des installations était en fait présenté au Parc René-Lévesque, une langue de terre <a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SEsxCr7dnpI/AAAAAAAAAGI/R6xwo_UUdfE/s1600-h/ren%C3%A9.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SEsxCr7dnpI/AAAAAAAAAGI/R6xwo_UUdfE/s320/ren%C3%A9.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5209311316205739666" border="0" /></a>sise au milieu du canal (on peut donc, en regardant des deux côtés, contempler les rives du canal en alternance). Et là, effectivement, on rencontre une sculpture aux 50 ou 100 mètres.<br /><br />Un écriteau informatif, traitant de l'artiste et de l'œuvre, nous éclaire sur chacune des installations sélectionnées. Certaines se veulent franchement ludiques (<span style="font-style: italic;">Détour: le grand jardin </span>de Michel Goulet ou <span style="font-style: italic;">Le déjeuner sur l'herbe </span>de Dominique Rolland, par exemple, qui met en espace bouteille de vin, soulier, nappe, fromage, baguette, balle et chien, mais de façon un peu disproportionné, un peu comme si on se retrouvait dans Alice au pays des merveilles), d'autres plus édifiantes (<span style="font-style: italic;">L'Hommage à René Lévesque</span> de Robert Roussil par exemple, voir photo). Certaines touchent à un niveau purement émotif, tel <span style="font-style: italic;">The Passing Song</span> de Catherine Widgery, qui met en espace le souffle de vent qui quitte le corps des défunts selon les légendes Cherokee. Peu importe comment on décide de l'apprivoiser, le parcours nous habite et on n'a de cesse que d'y retourner une deuxième fois. Au centre du parc, on retrouve aussi un charmant arboretum dans lequel les oiseaux s'en donnent à coeur joie, chaque arbre ayant été offert par une famille ou un groupe d'individus. Un lieu à s'approprier, à quelques minutes à peine du centre-ville, qui nous rappelle que les Montréalais sont des insulaires et qui donne vaguement l'impression de faire l'école buissonnière...Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-19879730591578501212008-06-04T07:53:00.003-04:002008-06-04T08:22:25.902-04:00Où, quand, comment, pourquoi?Bon, ça y est, ça devait encore arriver. <a href="http://passemot.blogspot.com/">Venise</a> m’a taguée mais cette fois, c'est vraiment difficile d'y résister par que c'est une tague littéraire<span style="font-weight: bold;">. </span>On me pose donc<span style="font-weight: bold;"> </span><span style="color: rgb(102, 0, 204); font-weight: bold;">cinq questions sur mes habitudes de lecture</span><span style="color: rgb(102, 0, 204);">.</span> Alors, tentons d'y répondre le plus honnêtement possible.<o:p></o:p> <p style=""><strong><span style="">Où et quand ?</span></strong><span style=""> <o:p></o:p></span></p><p style=""><span style="">Je lis franchement un peu partout, incluant (oui, je sais, ça peut être dangereux!) en marchant. Quand je lis dans le métro, il m'est arrivé à quelques reprises de rater ma station. Je suis entièrement dans ma bulle et j'en oublie tout ce qui se passe autour (à moins que le livre ne soit pas très captivant bien sûr). Sinon, j'aime bien lire au lit le soir ou dans le jardin quand il fait beau (ça fait un bon moment que ça n'est arrivé, hum!). Au bord de la mer, sur le sable, c'est franchement pas mal non plus, même si le sable se glisse entre les pages du livre... Parfois, je me coule dans un fauteuil mais je me sens trop souvent coupable de lire pour le plaisir « en plein jour » quand il y a du boulot qui m'attend alors je me concentre généralement pendant ses heures-là sur des lectures musicologiques.<br /><o:p></o:p></span></p> <p style=""><strong><span style="">Comment je choisis mes lectures ?</span></strong><span style=""> <o:p></o:p></span></p> <p style=""><span style="">Je n'ai pas de formule pré-établie. J'aime bien lire des critiques de lecture d'autres blogueurs et note alors des titres dans mon petit calepin (ma LAL). Je lis presque religieusement la section « lectures » de <span style="font-style: italic;">La Presse</span> le dimanche et aime bien aussi <span style="font-style: italic;">Entre les lignes</span> pour m'inspirer de temps en temps. Sinon, parfois, j'y vais simplement par coup de cœur, sur l'instant... Le dernier en lice, comme ça: le numéro courant de la revue littéraire <span style="font-style: italic;">Moebius</span>, consacré à (comment résister?) la musique classique! (Et, en plus, il était à prix doux...) Parfois, je prends aussi un livre complètement au hasard sur l'étagère et, après avoir lu le quatrième de couverture, je craque... Ça a été le cas pour <span style="font-style: italic;">Seule Venise</span> de Claudie Gallay, dont je n'avais jamais entendu parler. Et puis, quand je passe en bibliothèque et que je vois un livre qui m'avait intéressée, je n'attends pas (ce qui n'est pas toujours bon pour ma PAL).<br /><o:p></o:p></span></p> <p style=""><strong><span style="">Quel style de lecture ?</span></strong><span style=""> <o:p></o:p></span></p> <p style=""><span style=""> J'admets que je ne lis peu ou pas de biographies, sauf si elles sont de musiciens/compositeurs, que la science-fiction me laisse de glace et que les histoires qui se passent au Moyen-Âge ont besoin d'être drôlement bien ficelées pour que je m'y attarde (comme <span style="font-style: italic;">Le mariage d'Anne d'Orval </span>de Sébastien Fritsch, par exemple). Je ne suis pas très autofiction non plus, sauf exception. Sinon, je peux lire français, québécois, américain, étranger. Quand je lis un auteur anglophone, je le lis le plus souvent en traduction, non pas parce que je ne suis pas parfaitement bilingue (je travaille dans les deux langues officielles), mais pour le plaisir d'apprécier le travail du traducteur, puisque je fais souvent de la traduction moi-même. Comme le dit le titre du roman de Jacques Poulin, <span style="font-style: italic;">La traduction est une histoire d'amour. </span>Ainsi, j'aime beaucoup les traduction de Christine Le Boeuf des livres de Paul Auster.<o:p></o:p></span></p> <p style=""><strong><span style="">Qu’est-ce que j’attends de mes lectures ?</span></strong><span style=""> <o:p></o:p></span></p> <p style=""><span style="">Selon l'instant, d'être divertie, d'être édifiée, d'habiter mon imaginaire, de secouer certaines idées préconçues, de me permettre de voyager parfois ailleurs, parfois en moi.<br /><span style=""></span><o:p></o:p></span></p> <p style=""><strong><span style="">Mes petites manies ?</span></strong><span style=""> <o:p></o:p></span></p> <p class="MsoNormal"><span style="line-height: 115%; font-weight: normal;">J'insère de petits bouts de papier dans mes livres afin de pouvoir recopier dans mon carnet de citations les phrases qui m'ont le plus interpellée, soit par leur style, leur message, leur émotion. Parfois, je me modernise et y colle un petit <span style="font-style: italic;">post-it </span>(c'est bien plus pratique après, pour retrouver le passage en question, plutôt que d'avoir à relire les deux pages en entier! Quoi que, parfois, je note une deuxième phrase lors de la phase « recopiage »).<br /><o:p></o:p></span></p> <span style="line-height: 115%; font-weight: normal;">Le principe de la tague est de la donner : je la transmets donc à <a href="http://sebastienfritsch.canalblog.com/">Seb</a>, <a href="http://claudiopinto5.blogspot.com/">Claudio</a>, <a href="http://moncoinlecture.over-blog.com/">Karine</a>, <a href="http://entredeux.blogspot.com/">Marie </a>et <a href="http://michelfournier.blogspot.com/">Michel.</a> <a href="http://lucierenaud.blogspot.com/2008/06/des-lieux-pour-rver.html"></a></span>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-33031943964499168352008-06-03T08:31:00.005-04:002008-06-03T10:04:24.027-04:00In memoriam YSLLe 1er juin, le mode de la haute couture a perdu un très grand nom en la présence d'Yves Saint-Laurent, figure emblématique s'il en est une. Alors que le Musée des Beaux-Arts lançait une exposition dédiée à son incroyable créativité (certains diront génie) comprenant 140 modèles, il vivait ses derniers instants à Marrakech. (Il semble que son complice, Pierre Berger, ex-compagnon, avait failli ne pas venir au lancement pour rester près de lui.) Evene reprend aujourd'hui un article paru l'année dernière qui trace le portrait du style unique du créateur. <a href="http://www.evene.fr/arts/actualite/exposition-voyages-extraordinaires-yves-saint-laurent-708.php">À lire ici...</a>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-12370574596849569662008-06-01T09:43:00.000-04:002008-06-01T09:43:00.419-04:00Des lieux pour rêverJ'aime les librairies qui ont une âme, une histoire derrière leur succès, qui n'ont pas peur de montrer leurs cicatrices aussi. La Terrasse du Gutenberg, dans le 12e arrondissement de Paris, semble être l'un de ces lieux inspirés, dans lesquels on veut s'attarder. Ateliers d'arts plastiques pour les petits, sessions d'écriture les samedis matins pour les plus grands, expositions, lectures, rencontres avec des auteurs... <a href="http://www.evene.fr/livres/actualite/delphine-de-vigan-librairie-terrasse-gutenberg-libraire-1421.php">À découvrir ici...</a>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-65522526817517146922008-05-31T09:46:00.000-04:002008-05-31T09:46:01.219-04:00Magnificat de John RutterCe soir, je revêtirai un autre de mes nombreux chapeaux (celui de conférencière pré-concert et animatrice) et retrouverai avec grand plaisir les choristes de <a href="http://sympholiesvocales.com/">Sympholies vocales</a>, un groupe de fervents mélomanes qui ont le chœur sur la main. Au programme: des œuvres variées en première partie, dont un arrangement inusité du <span style="font-style: italic;">Canon</span> de Pachelbel, qui sera enrichi d'un texte d'une choriste, Claudine Christin, décédée il y a quelques mois après un combat contre le cancer, testament poétique sur page éternelle du répertoire. J'avoue ne pas être la plus grande fan du dit <span style="font-style: italic;">Canon</span>, mais avec un sous-texte aussi émouvant, je revois sans hésiter mes positions.<br /><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);">« Oh vie, ma joie, chantons, dansons, célébrons la vie!</span><br /><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);">Le vent du large caresse ma peau, le sang circule.</span><br /><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);">Mes pensées reprennent leur vol. Alléluia. Célébrons la vie.</span><br /><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);"> Mon âme a repris sa place près de mon cœur,</span><br /><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);">Qui bat la mesure de la vie; rester pour aimer. Rester pour aimer. »<br /><br /></span><span style="color: rgb(51, 0, 153);"><span style="color: rgb(0, 0, 0);">En deuxième partie, une œuvre que je ne connaissais pas, pourtant fort attrayante: le <span style="font-style: italic;">Magnificat</span> de John Rutter, compositeur anglais contemporain des plus prolifiques, fruit de l'enseignement choral britannique et collègue de classe de John Tavener, l'un des ténors de la scène britannique contemporaine.</span></span><br /><p class="MsoNormal">Le <i style="">Magnificat </i>de Rutter a été créé au Carnegie Hall de New York par le Manhattan Chamber Orchestra, des chœurs et la soprano Patricia Forbes, le 26 mai 1990, sous la direction du compositeur. Le <i style="">Magnificat</i>, le cantique de <st1:personname productid="la Vierge Marie" st="on"><st1:personname productid="la Vierge" st="on">la Vierge</st1:personname> Marie</st1:personname>, faisait traditionnellement partie de l’antique rite des Vêpres dans l’église romaine médiévale. Après <st1:personname productid="la R←forme" st="on">la Réforme</st1:personname>, il devait être intégré aux services en soirée des églises luthériennes et anglicanes. Ce texte a été mis en musique plus souvent que tout autre texte liturgique (exception faite de l’ordinaire de la messe), notamment par Giovanni Pierluigi da Palestrina, Claudio Monteverdi, Wolfgang Amadeus Mozart (dans ses <i style="">Vêpres solennelles d’un confesseur</i>, interprétées par Sympholies vocales l’année dernière) et Johann Sebastian Bach, source d’inspiration pour John Rutter.<o:p><br /></o:p></p> <p class="MsoNormal">Ainsi, les deux œuvres proposent une reprise de matériau musical dans leurs premiers mouvements, utilisent des chants grégoriens, confient à la soliste les vers plus introspectifs, le chœur s’affirmant dans les sections les plus éclatantes du texte. Tout comme Bach avait choisi d’intercaler quelques numéros supplémentaires dans le texte original du <i style="">Magnificat</i>, Rutter y glisse un <i style="">Sanctus </i>(de l’ordinaire de la messe), un <i style="">Sancta Maria</i> et une page musicale d’une grande beauté, « Of a Rose, a Lovely Rose », qui reprend l’image de la rose comme métaphore de <st1:personname productid="la Vierge Marie." st="on"><st1:personname productid="la Vierge" st="on">la Vierge</st1:personname> Marie.</st1:personname> Rutter a noté dans ses notes de l’œuvre qu’il souhaitait recréer dans son <i style="">Magnificat </i>l’atmosphère des nombreux festivals méditerranéens dédiés à Marie.</p><p class="MsoNormal">Je vous propose d'écouter ici l'ouverture de cette œuvre chorale:<br /></p><br /><span style="font-style: italic; color: rgb(51, 0, 153);"></span><br /><object height="355" width="425"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/F3O_cV4bxRk&hl=en"><param name="wmode" value="transparent"><embed src="http://www.youtube.com/v/F3O_cV4bxRk&hl=en" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" height="355" width="425"></embed></object>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-67346042883260051022008-05-30T08:35:00.004-04:002008-05-30T09:24:55.933-04:00Faire son marché<span style="font-size:100%;">Les circonstances ont fait que j'ai été très « musique » ces derniers temps et moins « littérature ». Ce n'est pas que je n'ai pas lu, pourtant. Pour la rédaction des notes de la pochette du prochain disque Messiaen de Louise Bessette, je me suis replongée dans cet univers si particulier d'un compositeur que j'apprécie. J'ai relu avec plaisir de larges pans de ses </span><span style="font-style: italic;font-size:100%;" >Entretiens</span><span style="font-size:100%;"> avec Claude Samuel, certaines pages du </span><span style="font-style: italic;font-size:100%;" >Olivier Messiaen</span><span style="font-size:100%;"> d'Halbreich, dévoré il y a quelques années, ai découvert le regard légèrement suranné de Pierrette Mari (un livre daté de 1965 alors que Messiaen était dans la force de son génie créateur). Et puis, si Messiaen se qualifiait de compositeur, « rythmicien » et ornithologue, il possédait une belle maîtrise des mots, héritage potentiel de ses parents, une poétesse reconnue (Cécile Sauvage) et d'un professeur de littérature, traducteur de Shakespeare.<br /><i style="color: rgb(51, 0, 153);"><span style=";font-family:";" >« La musique est un perpétuel dialogue entre l’espace et le temps, entre le son et la couleur, dialogue qui aboutit à une unification : le temps est un espace, le son est une couleur, l’espace est un complexe de temps superposés, les complexes de sons existent simultanément comme complexes de couleurs. Le musicien qui pense, voit, entend, parle au moyen de ces notions fondamentales, peut dans une certaine mesure s’approcher de l’au-delà. »</span></i></span><span style=";font-family:";font-size:100%;" ><br /><br /><span style=";font-family:georgia;" ><span style="color: rgb(0, 0, 0);">Dans un registre tout aussi poétique, j'ai aussi lu <span style="font-style: italic;">Ceci est mon corps</span> de Jean-François Beauchemin, un livre dont les prémices sont des plus intéressantes. Jésus (qui ne sera jamais nommé mais dont on reconnaît facilement l'histoire) n'est pas mort sur la croix et n'a pas eu besoin de ressusciter. Placé au tombeau encore vivant, il réussit à s'enfuir, les gardes ayant été soudoyés. Plus de cinquante ans plus tard, au soir de sa vie, face au décès de sa bien-aimée Marthe, il se raconte. Il évoque quelques pans troublants de sa jeunesse: certains « miracles », la folie de Jean-Baptiste, son amitié avec Lazare, l'amour qu'il porte à son père Joseph, sa révolte face à ce père spirituel aussi, qu'il questionne férocement, comme tout autre humain. Il parle aussi avec tendresse de sa mère Marie, de l'émotion ressentie quand il est revenu à la demeure familiale, a retrouvé ses frères et sœurs, lors du décès de celle-ci. Dans sa postface, l'auteur justifie sa démarche:<span style="color: rgb(51, 0, 153);"> <span style="font-style: italic;">« Et pourtant, je rôde autour de Jésus, non pas comme le ferait un disciple, mais poussé par une curiosité qui ne veut plus me quitter. Qui est-il donc, lui qui m'est si étrangement familier et qui m'échappe tout à la fois? J'ai compris justement que ce qui se dérobait à moi était la divinité dont l'avaient revêtu l'Histoire et sa toujours fâcheuse habitude de glorification. » </span></span><br /><br />Là où Éric-Emmanuel Schmitt tentait de jeter un regard neuf sur l'histoire de Jésus en la racontant d'un autre point de vue (avec un succès mitigé), Beauchemin choisit plutôt la voie de l'introspection, de la réflexion philosophique. La plupart du temps, le pari est tenu et on se fond dans les pensées de ce vieil homme revenu de tout mais qui a changé la face du monde, bien malgré lui. À certains autres, par contre, Beauchemin devient plus historien pointu que philosophe de l'humain et certaines pages deviennent alors plus lourdes à la lecture, nous emmêlant un peu dans les références à des événements très lointains (pas nécessairement inintéressants cependant). Le livre se déguste en petites sections, pour laisser les phrases se sédimenter dans l'esprit. Si on n'est pas dans le registre attractif de <span style="font-style: italic;">Garage Molinari,</span> fable magique sur l'amitié, l'amour, la vie, on rejoint d'autres profondeurs, qui nous plongent en nous-même, nous forçant à revoir certaines « vérités » acceptées. <span style="font-style: italic;"><br /><br /></span><span style="color: rgb(51, 0, 153); font-style: italic;">« Nous ne savons rien du vide où se termine la terre et où les astres commencent de se suspendre. Nous ne connaissons du temps que la caravane qu'il allonge et dont nous sommes les passagers contraints: le mécanisme de ses tyrannies ou de ses indulgences ne nous est presque jamais intelligible. Tout au plus ne bénficions-nous que de son enseignement, qui n'est déjà plus le temps lui-même, mais sa résonance. Nous repoussons cet horizon trop près par l'éclairage que jettent sur le monde nos raisonnements et notre faculté d'abstraction. Cela nous a donné quelques-uns de nos arts les plus admirables, et surtout les sciences, dont le langage mathématique n'a cessé de me fasciner, peut-être parce qu'il semble si près de celui dans lequel le monde est écrit. » </span>(p. 65)<br /><br /><span style="color: rgb(0, 0, 0);">Si la poésie vous interpelle ou que vous sentiez curieux face à ses multiples visages, je vous invite en terminant au Marché de la poésie de Montréal 2008 qui se tient ce week-end: 170 éditeurs et poètes au rendez-vous sous le chapiteau de la place Gérald-Godin (métro Mont-Royal), des spectacles, des lectures, des visites commentées du quartier qu'ont habité plusieurs poètes québécois, un concert musicolittéraire, l'exposition « Sculpture sur prose »... <a href="http://www.maisondelapoesie.qc.ca/index.html">La programmation complète est disponible ici.</a><br /></span></span></span></span><br /><em></em>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-458716499322605752008-05-28T08:24:00.005-04:002008-05-28T09:43:03.262-04:00CMIM: une grande gagnante<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SD1gpjuNBdI/AAAAAAAAAGA/zxmdmh2BGuk/s1600-h/nareh.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SD1gpjuNBdI/AAAAAAAAAGA/zxmdmh2BGuk/s320/nareh.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205423011390096850" border="0" /></a><br />Deuxième et dernier soir de finale hier, Théâtre Maisonneuve. La salle est bondée et, même avant le début des prestations, les supputations vont bon train. Restée sur ma faim la veille, je misais sur Nareh Arghamanyan, dont la sensibilité m'avait émue dans sa <span style="font-style: italic;">Deuxième Ballade</span> de Liszt en quart de finale (je l'ai réécoutée deux fois en boucle!) et dont son sens de l'architecture m'avait séduite dans son opus 110 de Beethoven. Je n'aurai pas été déçue même si, au moment où elle s'est avancée sur scène, je commençais à croire que les membres du jury possédaient certainement des oreilles (ou du moins une grille analytique) différentes des miennes.<br /><br />L'Américaine Elizabeth Schumann, que tout le monde semblait a-do-rer mais dont les <span style="font-style: italic;">Scènes d'enfants</span> manquaient selon moi totalement de poésie en demi-finale et qui s'était perdue de façon assez remarquable (et surprenante dans un concours de ce niveau) dans son <span style="font-style: italic;">Wigmund </span>de Schumann-Liszt (elle avait fini par se fâcher et jouer toute une section <span style="font-style: italic;">fff</span>!) nous a offert un <span style="font-style: italic;">Premier Concerto </span>de Chopin absolument inutile, dénué du <span style="font-style: italic;">bel canto</span> le plus élémentaire. (Chopin devait pleurer hier soir dans sa tombe, moi, en tout cas, j'ai souffert.) Privilégiant des articulations démesurées plutôt que de phraser grand, laissant défiler des double-croches de façon purement mécanique, manquant de subtilité (le troisième mouvement n'aura jamais été aussi peu dansant), Schumann a démontré qu'elle était peut-être une machine à notes remarquable dans les œuvres complexes techniquement (son <span style="font-style: italic;">Etude Fantasy</span> de Corigliano par exemple) mais qu'il lui manquait la poésie nécessaire à un tel travail d'orfèvre. À un moment, j'étais suffisamment dépitée pour laisser mon esprit dériver et là, bang, encore une fois, elle s'est perdue de façon spectaculaire. L'orchestre a mis les freins en catastrophe, le chef Jean-Marie Zeitouni a jeté un regard interrogateur mais compatissant et tout le monde a fini par terminer en même temps.<br /><br />Le Russe Alexandre Moutouzkine n'avait pas beaucoup à faire pour renverser le public. Il a démontré une spectaculaire maîtrise technique dans les passages de virtuosité brute (nombreux) du <span style="font-style: italic;">Troisième Concerto</span> de Rachmaninov et a plongé dans l'œil du cyclone sans férir. Le premier thème a semblé un peu fade, les <span style="font-style: italic;">fff</span> manquaient d'une rondeur évidente, le phrasé était à l'avenant mais il a su transmettre une belle intensité dans le deuxième mouvement et emporter le public dans le fiévreux troisième mouvement. Une interprétation digne d'un athlète olympique: plus vite, plus fort, plus pyrotechnique. Pour moi, il était devenu « le meilleur des pires » et sa présence en finale démontrait que le jury avait choisi de privilégier une grosse technique à une subtile musicalité.<br /><br />Nareh Arghamanyan, la toute jeune candidate arménienne (19 ans), s'est enfin avancée et dès les premiers accords gigantesques du Concerto de Tchaïkovski, elle a su démontrer qu'elle n'était pas que technicienne mais aussi musicienne. Oui, c'est vrai, il y a eu quelques flottements mineurs dans le premier mouvement (que Daneshpour avait mené plus rondement peut-être) mais en quelques phrases à peine, le lyrisme, l'intensité et la poésie ne faisaient plus qu'un, esclaves de la partition romantique de Tchaïkovski. Suffisamment éblouie par la musicalité de la pianiste, mes oreilles ont moins accroché au manque de précision flagrant des musiciens de l'orchestre, décidément pas dans leur meilleure forme. (Ils ne seront certes pas les premiers ni les derniers musiciens d'orchestre à tenter de nuire aux candidats en finale d'un concours important.) Happée par l'expressivité du visage d'Arghamanyan quand elle joue (chez elle, on sent l'émotion plutôt que de devoir subir les grimaces d'un Takada ou les marmonnements incessants d'une Dorel Goran), j'ai oublié un instant toutes les notes mitraillées, tous les phrasés avalés, tout l'esbroufe des autres candidats et me suis dit que, enfin, on écoutait une vraie musicienne.<br /><br />À mon grand soulagement, le jury m'a donné raison et l'a couronnée lauréate du Premier Grand Prix, les deux pyrotechniciens (Takada et Moutouzhkine) se méritant le deuxième prix ex-aequo. En entrevue radiophonique avec Mario Paquet quelques minutes après l'annonce des résultats, on la sentait dépassée par les événements, profondément émue par l'accueil chaleureux du public, un peu comme l'avait été le jeune violoniste Yossif Ivanov (16 ans alors) en 2003. On lui souhaite une longue carrière.<br /><br />Christophe Huss était cette fois plutôt d'accord avec moi (<a href="http://www.ledevoir.com/2008/05/28/191661.html">lire ici</a>) tandis que Claude Gingras a produit un<a href="http://www.cyberpresse.ca/article/20080528/CPARTS/805280768/5020/CPARTS03"> papier minimal là</a>.Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-21605713974479595932008-05-27T08:57:00.004-04:002008-05-27T09:40:58.281-04:00CMIM: pas encore de premier prixContrairement à il y a quatre ans où j'avais avalé le concours comme on dévore un repas fastueux, presque jusqu'à l'indigestion, je suis restée relativement en retrait des premières épreuves, préférant la flexibilité de la technologie à l'écoute en salle, sauf à deux reprises. Pourtant, je me suis dit qu'en finale, je serais dans la salle, histoire de ne pas laisser mon esprit dériver lors d'une écoute radiophonique. (Difficile dans une maison dans laquelle on ne vit pas seule de s'isoler entièrement...)<br /><br />La première soirée s'amorçait hier avec le candidat canadien Sergei Saratovsky (né en Russie, il étudie depuis quelques années dans l'Ouest canadien), qui avait offert en demi-finale un assez réussi <span style="font-style: italic;">Gaspard de la nuit</span> et un rafraîchissant <span style="font-style: italic;">Butterflies and Bobcats</span> de David McIntyre. Dans son « Empereur » de Beethoven (qui, clin d'œil du hasard, était joué presque simultanément dans la Salle Wilfrid-Pelletier par Till Fellner et l'OSM), Saratovsky a connu quelques flottements rythmiques et des imprécisions suffisamment fâcheuses pour que la lecture du premier mouvement en soit vaguement entachée. Les gestes amples, un peu caricaturaux, avec lesquels il arrachait ses accords, n'ajoutaient pas non plus quoi que ce soit à la qualité du son ou même au plaisir du spectacle. S'il a démontré le moelleux de son toucher et une belle fluidité des double-croches dans le deuxième mouvement, il n'a pas su porter le souffle suffisamment loin pour en extraire le lyrisme sublime de ces pages. On cherchait une direction, un sens, une profondeur, à tout ça. Le troisième mouvement a été lancé avec une belle énergie mais à laquelle manquait le caractère dansant inhérent à la partition. Là aussi, on aurait souhaité un peu plus de liberté dans le geste musical et dans l'attitude.<br /><br />L'Américaine Sarah Daneshpour s'est ensuite avancée avec confiance, sous les bravos déjà conquis du public, qui attendait goulûment le célébrissime Concerto de Tchaïkovski. L'Orchestre métropolitain du Grand Montréal a clairement démontré ici quelques lacunes. Si les cordes étaient le plus souvent somptueuses dans les <span style="font-style: italic;">fortissimo</span>, le synchronisme des <span style="font-style: italic;">pizzicati</span> était déficient. Les vents n'ont certes pas ébloui, une trompette rentrant faux une mesure avant le temps (on ne parle quand même pas de musique contemporaine, ici!), la justesse d'intonation en général laissant grandement à désirer. Malgré les embûches semées sur son parcours par l'orchestre, la candidate s'est avérée d'une solidité exemplaire mais dénuée d'une certaine poésie. Les accents étaient le plus souvent percussifs (je l'aurais mieux imaginé dans Prokofiev), elle travaille très fort pour extraire le matériau de la masse, pousse le son dans les accords. Son deuxième mouvement était bien éloignée de la rêverie proposée par Tchaïkovski le mélodiste. Dans le dernier mouvement, les phrases manquaient de direction et on sentait, là aussi, un souci de s'arrêter à chaque incise du discours musical plutôt que de transmettre les subtilités inhérentes à la longue phrase.<br /><br />Le Japonais Masataka Takada m'avait horripilée en demi-finale, jouant deux Scarlatti presque kitsch de contorsions et des <span style="font-style: italic;">Estampes</span> de Debussy suffisamment incohérentes pour que je considère quitter son récital en plein milieu, avant la Sonate en <span style="font-style: italic;">si </span>mineur de Liszt (mieux réussie). Je cherche encore ce que le jury a cru déceler dans son jeu. Il avait décidé de jouer le tout pour le tout en finale, proposant le particulièrement casse-cou<span style="font-style: italic;"> Deuxième Concerto </span>de Prokofiev. Malgré ses airs et grimaces franchement exagérés et ses cheveux dignes d'un Ken asiatique, il a su nous énoncer les thèmes du premier mouvement avec un certain lyrisme et a démontré une solidité exceptionnelle dans la cadence foudroyante. J'aurais souhaité un deuxième mouvement plus sardonique, presque machiavélique, moins propre et parfait. Les traits du troisième mouvement, si parfois un peu aseptisés, ont été présentés avec une remarquable fluidité et une belle précision de l'articulation. Sera-ce assez pour convaincre le jury? Souhaitons que non. De grandes choses pourraient être accomplies par la jeune candidate arménienne ce soir, Nareh Arghamanyan, dont le sens de l'architecture et la poésie ont ébloui jusqu'ici.<br /><br />Pour vous démontrer que toute écoute est question de perception, vous pouvez lire ici les critiques de <a href="http://www.cyberpresse.ca/article/20080527/CPARTS03/805270911/5020/CPARTS03">Claude Gingras</a> de <span style="font-style: italic;">La Presse </span>et <a href="http://www.ledevoir.com/2008/05/27/191490.html">Christophe Huss</a> du <span style="font-style: italic;">Devoir</span> qui, tous deux, encensent Sarah Daneshpour.<br /><br /><span style="font-size:85%;"><span style="font-style: italic;">On peut suivre le dernier segment de finale ce soir à 19 h 30 (heure de Montréal) sur Espace musique et CBC Radio Two ou sur le site Internet de Radio-Canada.</span></span>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-56211422979526692682008-05-26T09:36:00.003-04:002008-05-26T09:39:52.792-04:00C'est la faute à la chick-litHier dans <span style="font-style: italic;">La Presse</span>, comme un écho à <a href="http://larecrue.blogspot.com">La Recrue </a>« 100 % pour filles » du mois de mai, Chantal Guy s'épanche sur ce <span style="font-style: italic;">buzz word </span>qui semble se trouver maintenant sur toutes les lèvres. Et si, au fond, la chick lit (que certains nomment maintenant la wit-lit pour <span style="font-style: italic;">women</span> et humour) avait toujours existé? <a href="http://www.cyberpresse.ca/article/20080525/CPARTS02/805250419/6517/CPARTS02">À lire ici...</a>Luciehttp://www.blogger.com/profile/16188470487969364207noreply@blogger.comtag:blogger.com,1999:blog-1268910420763059022.post-70503766083117289142008-05-23T18:54:00.004-04:002008-05-23T20:48:28.922-04:00Concours de circonstancesTrois jours de concours international et j'ai déjà le cœur brisé. Non, je vous rassure, je n'ai pas cédé au charme ravageur d'un jeune pianiste venu d'une lointaine steppe quoi que... J'ai suivi une bonne partie des <a href="http://radio-canada.ca/cmim">récitals sur Internet</a> (et, grâce à la magie de la technologie, on peut les réécouter en différé dès le lendemain, et ce, pour un an!), ai frémi d'ennui à l'écoute de certains. Oui, bien sûr, ils possèdent tous une technique impeccable (sinon, forcément, on les aurait recalés avant) mais combien savent toucher le public, de façon presque viscérale? Bien peu au fond...<br /><br />Hier après-midi, je me suis glissée en salle parce que ce récital-là, je ne pouvais pas l'écouter uniquement sur la toile, il fallait que je le vive. Quatre ans plus tard, une émo<a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SDdR8DuNBcI/AAAAAAAAAF4/Ty_gu540f4w/s1600-h/gintaras.jpg"><img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_IUdtwZo3T10/SDdR8DuNBcI/AAAAAAAAAF4/Ty_gu540f4w/s320/gintaras.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5203717986682996162" border="0" /></a>tion me saisit encore quand j'évoque devant un ami le deuxième mouvement du Concerto K. 488 interprété par Gintaras Janusevicius alors qu'il n'avait que 19 ans. Il fallait donc que je sache, une fois pour toutes, si j'avais rêvé ces instants suspendus. Il a mis la main sur le piano et les premières notes du prélude en<span style="font-style: italic;"> fa</span> mineur du premier volume du <span style="font-style: italic;">Clavier bien tempéré</span> a doucement pris possession de la salle, presque bondée. Déjà, j'étais envoûtée: le jeu avait une belle profondeur, l'architecture du tout se dégageait de façon magnifique, comme si le pianiste nous dévoilait au fur et à mesure d'une improbable visite les pans d'une cathédrale. Il s'est ensuite jeté dans l'Intermezzo opus 118 no 2 de Brahms, le magique, celui qui permet de reconnaître hors de tout doute l'intériorité d'un pianiste. Après une douzaine de mesures un peu en surface, il a plongé de nouveau, s'est exposé, est venu nous chercher, un par un, par la tendresse, la fragilité aussi. L'opus 25 no 10 de Chopin, la terrible étude en double octaves, n'aura jamais été jouée avec une telle facilité. On y sentait un souffle de vent plutôt qu'une tornade, la sonorité restant toujours parfaitement calibrée. Une étude de Debussy, la pièce imposée d'Alexina Louie (un « boogie » plutôt sympathique, je crois bien que je me procurerai la partition) et c'est le temps d'une dernière toile musicale, le <span style="font-style: italic;">Quatrième Scherzo </span>de Chopin, une œuvre dont la complexité n'est jamais apparente, dans un registre plutôt intime, joué avec plus de poésie que de brio. Déjà, après le Bach, j'étais troublée. Quarante minutes plus tard, j'étais profondément touchée. Par moments, dans les <span style="font-style: italic;">ppp</span>, je retrouvais la pâte sonore de Lupu et je me disais que j'avais affaire à un vrai musicien. Peut-être pas un pianiste étincelant, dont les arpèges miroitent en cascades, dont les accords font trembler les lustres, mais un artiste, sans aucun doute.<br /><br />Après le récital, je suis descendue l'attendre, le retrouver pour la première fois en quatre ans (le courriel, c'est sympa, mais un câlin en personne, c'est mieux!). Visiblement inquiet, il voulait savoir ce que j'en pensais. Moi qui, habituellement, suis parfaitement bilingue, avais de la difficulté à trouver certains termes, tellement je pensais en images poétiques plutôt qu'en phrases sensées, complètes. Je l'ai rassuré, l'ai embrassé puis me suis sauvée vers le collège. Un peu plus tard, j'ai repensé au récital de façon objective et j'ai su où les juges pourraient trouver la faille. Il manquait une pièce brillante, un numéro d'esbroufe, quelque chose qui clamait haut et fort: « Je sais jouer aussi vite et aussi fort que les autres! » Il aurait peut-être dû jouer le <span style="font-style: italic;">Deuxième</span> ou le <span style="font-style: italic;">Troisième Scherzo</span>, un Rachmaninov, du Liszt.<br /><br />Le jury m'a malheureusement donnée raison et ne l'a pas retenu pour la procha